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 I wish we could rewrite the past — STELLY

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MessageSujet: I wish we could rewrite the past — STELLY   Dim 30 Juin 2013 - 0:06



I don't care that you got old. I care that we didn't grow old together.
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Radcliff, 2013. Encore aujourd'hui, alors que cela faisait vingt-trois jours exactement qu'elle s'était propulsée dans le futur, Sally espérait que tout cela n'était qu'un cauchemar, ou encore qu'un miracle allait advenir et qu'elle rejoindrait son époque. Seulement, tout était bien vrai, réel, et aucun de ses efforts n'avait réussi à la faire retourner en 1991. Elle était coincée dans ce maudit XXIème siècle, dans cette ville qu'elle avait toujours connue mais qui lui paraissait étrangère à présent. Alors qu'elle déambulait dans les rues, la rouquine laissa son regard se promener sur les vitrines des boutiques environnantes. Plus rien n'était à sa place, tout était différent et lui rappelait qu'elle n'avait rien à faire ici. A force, elle commençait d'ailleurs à se persuader que quitter Radcliff pour tenter de se reconstruire autre part était encore la meilleure chose à faire. Que trouverait-elle ici, à part des espoirs réduits à néant, un avenir qu'elle n'aurait jamais avec celui qu'elle aimait ? Tout ici lui rappelait Stephen, lui remémorait des souvenirs qu'ils avaient partagés... et lui montrait, surtout, qu'elle n'avait plus sa place à ses côtés. Vingt-deux ans avaient passé depuis sa disparition, elle ne pouvait espérer qu'il l'aurait attendue tout ce temps, encore moins depuis qu'elle avait découvert qu'une enquête l'avait déclarée morte. Alors, oui, certainement que c'était la meilleure chose à faire, de jouer le jeu et rester morte pour tout le monde, de continuer à se faire appeler Annie et de parcourir le pays dans l'espoir de trouver un nouveau chez soi. Fuir, souffla quelque chose en elle, lui serrant le cœur. Pouvait-elle vraiment quitter se ville natale, laisser tout le monde croire qu'elle avait disparu dans de tragiques circonstances, abandonner Stephen ? Mais d'un autre, avait-elle le droit de rouvrir sa blessure en réapparaissant, après tout ce temps et sans une réelle explication ? Ce dilemme l'agitait depuis des jours, des heures, sans qu'elle n'ait réussi à se fixer sur une réponse définitive.

Finalement, ses pas décidèrent à sa place ce qu'il convenait de faire, puisqu'elle réalisa soudainement qu'elle était dans la rue où Stephen vivait. Ou avait vécu, du moins, il y a vingt-deux ans. La jeune femme se figea, incertaine, alors que ses yeux scrutaient les alentours avec une curiosité débordante. Elle reconnaissait bien ces maisons, même si leurs occupants, eux, avaient sûrement changé. Elle rechercha en vain un signe de la femme de ménage qui vivait au numéro 5, vit avec surprise à quel point le laurier dans le jardin des Martins avait grandi, entendit des enfants rire, comme à l'époque déjà. Bien malgré elle, le regard de Sally tomba sur la boîte aux lettres indigo qu'ils avaient repeint, il y a toutes ces années, avec son fiancé. Son cœur manqua un battement et elle faillit bien prendre les jambes à son cou, avant de se ressaisir. Juste un coup d'œil, elle voulait juste jeter un coup d'œil, vérifier le nom sur cette boîte... Elle s'approcha donc et reconnut quasiment aussitôt le nom de Stephen, toujours inscrit dessus, sans aucun autre à côté. Une part d'elle en fut soulagée, avant d'être étouffée par la culpabilité : comment pouvait-elle se réjouir du fait qu'il n'ait pas fondé une famille, vieilli aux côtés de quelqu'un qu'il aimait ? Elle était terriblement égoïste... Et elle le serait certainement encore plus si elle partait à présent, sans s'assurer qu'il allait bien, sans tenter de lui expliquer ce qu'il s'était passé. Peut-être que c'était cela qu'il lui fallait, pour y voir clair : le voir, lui parler et, vraisemblablement, attendre son verdict.

C'est ainsi qu'elle atteignit le porche et se retrouva devant la porte d'entrée. Des dizaines de questions fusèrent aussitôt. Est-ce qu'il avait changé la serrure ? Est-ce qu'elle pourrait entrer avec la clé qu'il lui avait donnée ? Est-ce qu'il était là, au moins ? Quel jour était-on, au fait ? Est-ce qu'il ne valait pas mieux tout coucher sur le papier, plutôt que de tenter de lui expliquer ce qu'il s'était passé en face ? Elle se pencha vers la fenêtre pour examiner l'intérieur dans l'espoir d'y trouver une réponse quelconque à ses questions. Seulement, elle ne devina pas sa silhouette dans le salon, ni rien d'autre qui l'éclairait sur l'homme qu'il avait pu devenir. Et s'il avait rejoint les rangs de ces hunters dont tout le monde parlait ? Impossible... Mais tout était devenu si différent, en vingt-deux ans. Avant de céder tout à fait à la panique, Sally se décida à frapper à la porte. Puis à attendre... Une éternité. Les battements de son cœur l'assourdissaient, la rendant incapable de penser clairement. Elle était en train d'hésiter à frapper à nouveau - ou repartir comme elle était venue - quand la porte s'ouvrit, dévoilant un homme. Stephen. Les traits tirés par la fatigue, par les vingt-deux ans qui s'étaient écoulés, une barbe de quelques jours, les cheveux plus longs que dans son souvenir. La rouquine n'osa pas croiser son regard, de peur de ce qu'elle pourrait y lire ; elle ne savait pas non plus quelle attitude adopter, ou par où commencer ces retrouvailles peu communes. Toutefois, avec toutes ces histoires de dégénérés, il fallait vite qu'elle trouve quelque chose avant qu'il ne croit à une mauvaise blague, et accueille un voleur d'apparence avec un fusil à pompe. Elle ouvrit bien la bouche pour lui parler mais la boule au fond de sa gorge semblait paralyser ses cordes vocales. Après quelques tentatives, toutefois, elle parvint à lâcher :

« Je... Je suis désolée. » Une larme coula le long de sa joue mais elle ne tenta même pas de l'essuyer. « J'ai essayé... De revenir. J'ai vraiment essayé. Je te promets mais... » Un sanglot la fit hoqueter légèrement et elle se décida enfin à relever les yeux vers lui. « Je suis coincée ici. Et je ne sais pas quoi faire... Je... »

Confuse, Sally ? Pas qu'un peu. Mais en même temps, comment expliquer ce qui lui était arrivé ? Pourquoi l'aurait-il cru, après toutes ces années ? Et comment pouvait-il accepter que cette fiancée qu'il croyait morte était bien vivante, avait toujours vingt ans et revenait après tout ce temps frapper à sa porte ? Toute cette histoire ressemblait à une mauvaise blague et elle-même avait encore bien du mal à y croire. Alors, de là à s'expliquer clairement à ce sujet, face à cet homme qui avait vécu sans elle pendant vingt-deux ans, celui qu'elle aimait toujours autant, celui qu'elle aurait dû épouser, celui avec qui elle aurait dû vivre toutes ces journées perdues... Impossible. Tout se bousculait en elle, trop violemment pour qu'elle parvienne à garder son calme, pour qu'elle ne cède pas à la panique qui l'habitait depuis qu'elle s'était transportée dans le futur.
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MessageSujet: Re: I wish we could rewrite the past — STELLY   Lun 1 Juil 2013 - 16:43

J'étais affalé sur le canapé, étouffé par une pile impressionnante de coussins et de couvertures. Une bouteille de bière à la main, l'oeil terne, j'observais la télévision, dont les bruits et les couleurs formaient une maigre présence dans ma petite maison. Je m'étais habitué au grésillement permanent de l'écran, trop vieux pour notre époque. Je m'étais habitué aux séries B stupides, à la téléréalité pathétique et aux émissions pour ménagère de plus de cinquante ans. C'était bien là l'un des rares atouts de la dépression. On s'habituait. L'ennui et la détresse étaient deux charmantes compagnes que j'avais pris sous mon aile. Ou inversement. A vrai dire, je m'en fichais. Tout ce que je savais, c'était que la routine était ma femme et que je ne m'en souciais pas plus que ça. Plus rien ne m'importait. Comme aucune pensée ne parviendrait à me sortir de ce torrent de boue. Pire, encore, je m'y enfonçais. Les souvenirs me revenaient, souvent, au détour d'un couloir. Je revoyais des scènes que j'avais vécu, ici, dans cette petite maison qui me semblait depuis quelques temps trop grande pour un solitaire comme moi. J'avais envisagé la vendre. Mettre un terme à la vie que j'avais ici, à Radcliff, à défaut de mettre fin à ma vie tout court. Partir en ville, peut être en Californie, ou bien voir un peu le monde. Mais quelque chose me retenait. Cette ville était tout ce que j'avais jamais connu. J'étais attaché ici solidement, comme un bateau à son ancre, et je savais pertinement que j'allais mourir à Radcliff. Cette idée me rendait furieux plutôt que triste. J'étais en colère contre moi même d'être un tel incapable, et plus je pestais contre ma propre incapacité, plus je me haïssais. Plus je me haïssais, moins je sortais, préférant me blottir entre les draps et attendre le sommeil. La maison m'offrait un havre de paix.

A la télévision, une jeune femme chantait, pour un quelconque show qu'elle allait gagner, avant de retomber dans l'anonymat. Un élan de pessimisme m'enveloppait. Au final, nous allions tous rater nos vies, juste certains un peu moins que d'autres.

Laissant le poste allumé, je posai ma bière sur la table basse et fermai les yeux un instant. Les bras croisés sur mon torse, allongé négligemment, je m'imaginais un instant ce qu'aurait été ma vie si Sally n'avait pas disparu. Nous nous serions mariés. Elle aurait la plus belle, moulée dans une robe blanche avec une longue traîne. Nous aurions dansé. Nous serions partis en lune de miel quelque part de fantastique. Elle aurait obtenu son diplôme brillamment, avec, sans doute, une mention. Elle aurait eu un travail à la hauteur de sa culture. Nous aurions eu un petit garçon, puis une petite fille. Une belle maison. Un chien. Un jardin. Nos enfants auraient grandi, ils auraient des histoires à nous raconter,le soir, en rentrant de l'école. Plus vieux, nous aurions vu nos enfants avoir leurs propres progénitures. Nous serions devenus des grands-parents ensemble. Nous aurions passé toutes les fêtes de Noël ensemble. Tous les anniversaires. Et nous serions morts ensemble. Jusqu'à la fin, ensemble. Rouvrant les yeux, je constatais que je pleurais, comme un enfant. J'étais pathétique. Il valait mieux pour Sally qu'elle ne m'ait jamais vu dans cet état. J'éteignis la télévision, tremblant encore suite à la vision de tout ce que nous aurions pu faire, et me levai en titubant. J'étais épuisé. Mort de fatigue. Les cauchemars reprenaient en ce moment, si bien que dormir en devenait un châtiment insoutenable. Dès que je tombais dans les bras de Morphée, des images sanglantes s'imprimaient dans mon cerveau. Je n'y échappais jamais, alors, je prenais une bière dans le frigo pour la siroter devant la télé.

Je quittai le salon, montant dans ma chambre. Je n'avais pas changé la décoration, depuis le temps. Ni la tapisserie, ni la moquette, ni même les rideaux. A vrai dire, je n'avais rien changé de toute la maison entière, à part le frigo. Tout semblait figé dans une époque reculée. Cette maison n'avait pas vieilli depuis les années quatre vingt dix. Je passai un tee-shirt, celui que je portais étant dans un sale état, après avoir pris une douche rapide. Je tentais tant bien que mal d'occuper mes journées de repos. En semaine, je pouvais tenir, entouré de mes livres. Mais le week-end était pour moi une punition.

D'en bas, j'entendis quelqu'un frapper à ma porte. Je décidais en premier de ne pas ouvrir. Depuis peu, le jeu des gamins de Radcliff était de frapper à la porte du vieux Leweaver et de le voir ouvrir comme un zombie. Je n'étais pas idiot. Au bout de la deuxième fois, j'avais compris. Cependant, rapidement, la curiosité me prit, et je finis par craquer. Descendant les escaliers, j'entraperçus mon reflet dans le miroir de l'entrée. J'avais mauvaise mine. Plus que d'habitude. Haussant les épaules, je n'y prêtai plus attention, et finis par tourner la clé dans la serrure, et ouvrit la porte.

Sally.

La jeune femme lui ressemblait. Les mêmes cheveux roux flamboyants, le même visage, les mêmes expressions. La personne qui venait de frapper à ma porte lui ressemblait tellement que je sentis mon coeur se serrer douloureusement. Croiser un fantôme était si atroce que ça ? Je n'ouvris pas la bouche. Les battements de mon coeur s'accéléraient. J'avais mal. Tellement mal... Si c'était une blague morbide, elle était réussie. Mon interlocutrice tenta de balbutier quelques mots, mais ceux-ci restèrent coincés dans sa gorge. « Je... Je suis désolée. »  Cette phrase me fit l'effet d'un coup de poignard dans le ventre. La même voix. Elle avait la même voix que Sally. Je ne l'avais jamais oubliée. Sa voix. Sa voix... Une larme dégoulina de ses yeux jusqu'au bout de son menton. « J'ai essayé... De revenir. J'ai vraiment essayé. Je te promets mais... » Revenir? Qu'est-ce qu'elle racontait ? Si elle se prenait pour Sally, c'était réussi. Me sentant devenir blême, mon regard se perdit sur son visage. « Je suis coincée ici. Et je ne sais pas quoi faire... Je... » Quelque chose en moi refusant d'y croire. Ce n'était pas Sally. Ca ne pouvait pas être elle. Sally était morte. Son corps n'avait pas été retrouvé. On l'avait tué. Et son assassin était en prison jusqu'à la fin de sa vie. Un porc qui avait nié tous les faits lors de son procès, même en voyant sa famille éplorée parmi l'auditoire. Pourtant, elle lui ressemblait tellement... C'était tellement elle. Même ses vêtements semblaient tout droit sortis de l'année de nos vingt ans.

Je fronçais les sourcils, ma mâchoire se crispant. Qu'est-ce que je devais faire ? Je ne connaissais pas cette personne. Et celle-ci se faisait passer pour Sally et venait me voir ? A vrai dire, ma propre théorie me semblait bête. Pourquoi quelqu'un me ferait-il ça ? Je n'avais pas d'argent à voler. Aucune fortune. Je n'avais rien et je n'étais rien. Un long silence régna pendant plusieurs secondes - ou plutôt, une infinité de secondes - avant que je n'ose ouvrir la bouche. « C'est une blague ? » Ma voix était rauque, comme si j'avais fumé cigarette sur cigarette. Mais ce n'était que l'émotion. « Tu... » Je n'arrivais pas à finir ma phrase. C'était trop dur. Un mélange de peur, de tristesse et de frustration se formait en moi, en une boule dans ma gorge qui m'empêchait de parler.

Cette femme ne pouvait pas être Sally. Non. C'était impossible. Tout l'interdisait. Si c'était Sally, elle aurait mon âge. Elle aurait vieilli. Mais ses traits étaient jeunes. Elle n'avait pas changé. « Sally ? » L'éclat dans ses yeux n'était pas feint.

C'était Sally. Ma Sally. La seule personne que je n'ai jamais aimé.

« Qu'est-ce que... » Elle se tenait devant moi. Levant la main dans un réflexe stupide, je le posais sur sa joue. Elle ne disparaissait pas à mon contact. Pire encore, sentir sa peau me calmait. Et personne n'arrivait à faire ça. Il n'y avait qu'elle, à l'époque. Ce contact fit bondir mon coeur. A l'aide mon pouce, j'effaçais les traces de ses larmes. C'était Sally.

Ma Sally était revenue.
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MessageSujet: Re: I wish we could rewrite the past — STELLY   Jeu 4 Juil 2013 - 18:17



I don't care that you got old. I care that we didn't grow old together.
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Être forte, ne rien lâcher : c'était ce que Sally se répétait régulièrement depuis qu’elle était arrivée en 2013. Il fallait qu’elle persévère pour retourner chez elle. Il fallait qu’elle maîtrise son don, qu’elle ne parle de son histoire à personne afin de réussir à rejoindre 1991. Elle devait tenir pour Stephen. Pourtant, quand elle se retrouva face à lui, cette certitude s’envola, laissant place au doute, à la culpabilité, aux remords. Elle aurait dû essayer plus. Elle aurait dû s’accrocher, pour lui, pour eux, au nom de l’avenir qu’ils espéraient avoir. Elle n’aurait jamais dû le laisser passer toutes ces années sans elle. Elle avait échoué, elle le réalisait à présent très clairement. Et quelque chose sembla se briser en elle quand elle s’autorisa à formuler cette pensée. Aussitôt, elle ressentit le besoin de parler, de lui expliquer sa présence ici, de lui faire comprendre qu’elle avait essayé, vraiment, de lui montrer à quel point elle s’en voulait de ne pas avoir réussi à le rejoindre, vingt-deux ans plus tôt. Il fallait qu’elle lui dise tout cela, et certainement bien plus encore. Mais tout se mêla dans son esprit, et elle se retrouva bien incapable de lui expliquer quoique ce soit… Au moment où la premier mot franchit ses lèvres, toute sa détermination sembla disparaître, la laissant terriblement seule et désarmée. Sans qu’elle comprenne réellement pourquoi, les larmes commencèrent à couler le long de ses joues. Elle s’en voulut aussitôt de se montrer aussi faible face à lui et elle eut bien du mal à se décider à affronter son regard, de peur de ce qu’elle pourrait y lire.

Quand elle réussit enfin à le faire, elle le vit les sourcils froncés, le visage blême, la mâchoire serrée. Son cœur se serra aussitôt. Il ne la croyait pas. Les mots qu’il lâcha ensuite ne firent que lui confirmer cette certitude, lui plantant un poignard en plein cœur. Bien sûr qu’il ne la croyait pas. Elle n’avait d’ailleurs rien à faire ici, elle n’appartenait pas à cette époque, tout comme ce n’était pas ce Stephen qu’elle devait épouser. Elle se pinça les lèvres, retenant un nouveau sanglot pour simplement secouer la tête afin de lui signifier que non, ce n’était pas une blague. Comment lui prouver qu’il s’agissait bien d’elle ? Pour quelle raison accepterait-il de la croire ? Pour quelle raison accepterait-il sa présence ici tout court ? Elle n’appartenait pas à cette époque et chaque seconde qu’elle passait ici semblait le lui rappeler, encore plus cet homme qui avait vécu vingt-deux ans sans elle… Ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle s’autorisa à le détailler, à inspecter ses traits pour y rechercher ce qui avait changé, y retrouver ce qui lui était familier. Si elle reconnaissait sans problème ses traits, elle ne retrouvait pas l’éclat qu’elle lui connaissait au fond de ses yeux. Il semblait éteint et ce n’était pas une conséquence des années. On aurait plutôt dit qu’il avait perdu une part importante de lui-même – l’évidence frappa aussitôt Sally. Elle. Après tout ce temps… Elle osait à peine y croire ; et pourtant, tout dans l’attitude de Stephen la confortait dans cette pensée. Il parla à nouveau, et sa voix sembla lui arracher le cœur. Sa disparition l’avait brisé. Peu importait qu’il la reconnaisse, qu’il écoute son histoire et qu’il la croit : jamais elle ne pourrait réparer les dommages qu’elle avait causés. Elle avait été naïve de ne serait-ce que l’espérer. Elle se prit alors à vouloir revenir en arrière, quelques minutes auparavant, dans cette même rue. A vouloir disparaître tout à fait de la vie de Stephen, de cette Radcliff où elle n’avait plus sa place, plus aucun avenir. Elle se sentit soudainement atrocement fatiguée. Perdue. Anachronique. Vide.
« Sally ? » Son cœur bondit dans sa poitrine quand elle entendit la voix de Stephen prononcer son nom. Son regard rencontra à nouveau le sien, comme pour lui confirmer ce qu’il devinait. C’était elle, oui. Sally, sa Sally, exactement la même qu’il y a toutes ces années. Oui, elle était bien là, bien réelle – pas un vulgaire fantôme d’un passé qu’il regrettait. Elle voulait qu’il le voit, elle voulait qu’il y croit, plus que tout. Aucun mot ne lui vint à l’esprit pour le convaincre, et elle semblait tout aussi incapable de faire le moindre geste vers lui. Comme paralysée, figée par l’attente, l’espoir fou de… Quoi au juste ? Il parla à nouveau, entamant une question qu’il ne parvint pas non plus à finir. Il leva alors la main pour la poser sur sa joue. Un frisson la parcourut, serrant son estomac, craignant déjà le pire. Mais elle resta bien là, et le monde continua de tourner après qu’il l’eut touchée. Elle se surprit alors à sourire, faiblement d’abord, puis un peu plus. Avant même qu’elle ait eu le temps d’y penser, un élan la fit rompre la distance pour se réfugier dans ses bras. Contre toute attente et toute logique, elle s’y sentit aussitôt apaisée, enfin. A sa place. Contre lui, elle se laissait aller à penser que peu importait qu’il ait passé vingt-deux ans sans elle, puisque rien ne semblait avoir changé. Elle voulait l’aimer comme avant, réaliser tous les projets dont ils avaient rêvé ensemble. Peu importait l’époque, tant qu’ils étaient ensemble…

Sans crier gare, son cœur se serra et elle rouvrit les yeux qu’elle avait fermés lors de son étreinte. La réalité, cruelle, la frappa alors. Elle ignorait bien des choses sur ce Stephen, sur ses espoirs, ses envies, et plus que tout, devinait-elle, les démons qui le hantaient. Serrée ainsi contre lui, Sally remarqua pour la première fois une odeur d’alcool, puis les sons étouffés de la télévision lui parvinrent aux oreilles là où elle aurait espéré entendre des éclats de voix animés. Elle s’écarta soudainement, inspecta cette baraque qu’elle connaissait si bien. Rien n’avait changé : l’endroit semblait être resté bloqué dans les années 90. Et une partie de Stephen avec, comprit-elle. Comme s’il avait cessé de vivre après sa disparition – ou sa mort, devrait-elle dire. Ces derniers jours, la rouquine s’était souvent prise à imaginer ce que son fiancé avait pu devenir, sans elle, et, à chaque fois, elle l’avait espéré heureux, d’une manière ou d’une autre.

« Tu as gardé la maison… » parvint-elle finalement à lâcher. Bien des sentiments transpercèrent dans ces quelques mots : un mélange de regret, de nostalgie, de tristesse, de soulagement, aussi. « J’avais pensé que tu t’en serais débarrassé… Que tu serais parti pour… mettre tout ça derrière toi. » ajouta-t-elle avec une pointe de ressentiment. C’est ce qu’il aurait dû faire : avancer sans elle, poursuivre les rêves qu’ils avaient eu ensemble plutôt que de se morfondre. Mais comment l’aurait-elle retrouvé, alors ? Elle se pinça les lèvres, détourna le regard. C’était elle qui l’avait abandonné, sa maudite capacité qui les avait séparés : elle était la seule fautive. Pas lui. Certainement pas lui… Pourquoi alors ne pouvait-elle empêcher son esprit de formuler tous ces reproches à son encontre ?

« Je n’ai jamais voulu t’abandonner… »[ /b] Les mots franchirent ses lèvres malgré elle, sans même qu’elle ait eu conscience de vouloir les dire. Elle releva les yeux vers lui pour ajouter, malgré sa gorge nouée : [b]« Ni te faire souffrir. » La jeune femme secoua la tête, comme pour empêcher ses émotions de la submerger à nouveau. « Je ne sais pas ce que je fais ici mais… ce que je sais, c’est que je dois réparer les dommages que j’ai causés, que ma disparition a causé. » Un éclair de compréhension la saisit, comme un coup de poignard en plein cœur. La principale victime, ce n’était pas elle, ni l’homme qui s’était retrouvé faussement accusé de son meurtre, mais Stephen. Elle se rappela le garçon introverti et effacé qu’il était, les histoires sordides qu’il lui racontait sur ses « parents », les rêves qu’il osait à peine formuler, la timidité et la maladresse qui le saisissaient parfois, même après des années passées ensemble… Pas étonnant que sans elle, il se soit écroulé. Pouvait-elle vraiment réparer la douleur qu’elle avait éveillé en lui ? Tout ça en réapparaissant vingt-deux ans trop tard ? On est dans la vraie vie, pas dans un conte de fées, Sally, souffla une voix sceptique dans son esprit.
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MessageSujet: Re: I wish we could rewrite the past — STELLY   Jeu 11 Juil 2013 - 19:55

Mon coeur battait lourdement, tambourinant dans ma poitrine à un rythme irrégulier. C'était douloureux, insoutenable, le genre de souffrance sourde que jamais je n'avais réussi à faire taire. Encore partagé entre la surprise, la peine et l'incompréhension, je gardais ma main sur la joue de la jeune femme, incapable d'esquisser le moindre mouvement. Ce contact éveillait en moi des sentiments que j'avais cru perdu à tout jamais. La chaleur de sa peau contre la mienne était apaisante, mais à la fois douce et amère. C'était Sally. Je le savais pertinemment, au fond de moi, mais je ne comprenais plus grand chose, tant les questions affluaient dans mon esprit. Faisant taire la petite voix qui raisonnait dans ma tête et qui me poussait à ne pas y croire, je laissais à nouveau mon regard détailler Sally. Elle souriait, timidement, ce qui me coupa le souffle. Elle était toujours aussi belle. Toujours aussi jeune. Sans que je ne comprenne réellement ce qui se passe, elle se jeta dans mes bras, calant sa tête contre mon torse. Et comme une évidence, je réussis à me convaincre qu'il s'agissait réellement d'elle. En vingt-deux ans, je n'avais pas réussi à oublier qu'elle s'emboîtait parfaitement contre moi, comme si nos deux corps avaient été crées pour se retrouver. La façon dont elle passait ses bras autour de moi était la même, et en fermant les yeux, j'eus l'impression d'être revenu bien des années auparavant. Comme si rien n'avait changé. Comme si je n'avais pas vieilli. Je me sentais complet, entier. Comme si une part de moi même m'avait été rendue. J'avais toujours eu ce sentiment de vide, là, au fond de ma poitrine, et la simple présence de Sally arrivait à le combler.  Avec douceur, je finis par répondre à son étreinte, l'enlaçant lentement, avant de nicher mon visage dans le creux de son épaule. Me laissant aller, je sentis les larmes grandir sous mes paupières, et en silence, elles coulèrent sans que je ne puisse les retenir.

Toute ma vie, j'avais été seul. Depuis la disparition de Sally, je n'avais connu aucune histoire d'amour. Rien. Parce que je savais pertinemment qu'elle était celle qui m'avait toujours été destiné. Que, si Dieu existait, il avait choisi de nous créer l'un pour l'autre. J'étais heureux, plus qu'heureux, extatique, qu'elle soit revenue, mais j'avais mal. Terriblement mal. Comme si soudainement, je me rendais encore plus compte de tout ce que nous avions perdu. De tout ce temps que personne ne nous rendrait.

Elle s'écarta de moi au bout d'un instant, et le plus discrètement possible, je tâchais d'effacer les traces de mes larmes. « Tu as gardé la maison… »  Je hochai la tête, évitant son regard. Bien sûr que je l'avais gardé. J'avais bien essayé d'y penser, mais impossible de m'y résoudre. Vendre cette maison, c'était vendre ce qu'il me restait d'elle. « J’avais pensé que tu t’en serais débarrassé… Que tu serais parti pour… mettre tout ça derrière toi. » Je voulus protester, lui expliquer qu'après elle, personne n'aurait pu prendre sa place, mais rien d'autre qu'un vague grognement sortit de ma bouche, alors que Sally détourna le regard à son tour. Je ne savais pas si elle pouvait comprendre. L'amour que je lui avais porté était irremplaçable. Et même si j'avais pu le remplacer, trouver une autre femme avec qui passer le restant de mes jours, son souvenir serait resté. Pire encore, si je n'avais pas gardé cette stupide maison, elle ne serait pas revenue. Tout était confus dans ma tête. Je baissai la tête, honteux. « Je n’ai jamais voulu t’abandonner… Ni te faire souffrir.  »  Elle semblait s'en vouloir terriblement. J'aurais voulu lui dire que ce n'était pas de sa faute, que je ne lui en voulais pas - pire encore - qu'elle ne devait pas se tenir responsable de tout ça, mais elle reprit vivement après avoir secoué la tête.  « Je ne sais pas ce que je fais ici mais… ce que je sais, c’est que je dois réparer les dommages que j’ai causés, que ma disparition a causé. » J'avalai ma salive avec difficulté. Oui, sa disparition avait causé des dommages.  La timidité excessive dont j'étais victime. Les terreurs nocturnes. Toutes les nuits. La sensation constante d'avoir perdu quelque chose. La peur. La page blanche. L'alcool. L'envie de mourir aussi vite que possible, sans réussir à franchir le cap. Lorsque Sally était partie, elle avait pris avec elle tout ce qui m'avait maintenu sain d'esprit.

Pendant un long moment, je n'osais parler. L'émotion m'avait coupé la voix. Mais après une courte lutte intérieure, je finis par ouvrir la bouche, enfin.  « Ne t'inquiète pas. » Je lui fis un léger sourire fatigué. « Ne t'inquiète pas.. » je répétai, cette fois à moi même. Rouvrant la porte que j'avais fermé, je lui fis signe d'entrer à l'intérieur. Depuis combien de temps était-elle à nouveau là ? Qu'est-ce qu'il s'était passé ? Je n'avais pas compris grand chose, lorsqu'elle avait dit avoir tenté de revenir. Tout ce que j'espérais, c'était que personne ne lui ait fait du mal. L'idée même qu'on ait pu toucher à un seul de ses cheveux me rendait malade. Cette femme était la chose la plus précieuse que j'avais jamais eu. Seulement, est-ce que les choses avaient changé ? Un regard à sa main gauche m'indiqua qu'elle avait gardé son alliance, et bizarrement, cela me fit plaisir. « Fais comme chez toi. Désolé du désordre. » je fis avec une grimace, désignant le bazar dans le salon. Je fis un détour par la cuisine, décapsulant une bouteille de bière tiède pour moi et attrapant une autre de soda pour Sally. Après la lui avoir donné, je m'assis sur le canapé que j'avais quitté quelques minutes auparavant, dévisageant la jeune femme. « Qu'est ce.. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » je dis à voix basse, osant à peine lui demander. J'avais besoin d'une explication. J'avais besoin qu'elle me dise ce qu'il s'était passé. Et inconsciemment, dans mon esprit, j'avais besoin qu'elle me dise que rien n'avait changé.
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