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 ‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE

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MessageSujet: ‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE   Lun 1 Juil 2013 - 19:15


 
t. fausteen stefford
" monsters are real"


 
" three years down the line of being on an endless world tour and my memories of them were the only things that sustained me, and my only real happy times. "
✤ NOM(S) : il y a de ces blasons, déjà malmenés par le temps ; de ces noms qui ont trop largement trempé dans le sang. des noms acides et amers, frappés d'ostracisme et de déshonneur ; familles sur lesquelles la gloire a éteint sa lumière, les plongeant un peu plus profondément dans les abysses de leurs ténèbres. il y a de ces noms, lourds de signification pour ceux qui en connaissent l'envers du décor, de ces patronymes sur lesquels on voudrait restaurer ce prestige d'antan désormais perdu. stefford est autant son nom qu'il est son fardeau ; car il est bien peu aisé de porter le nom d'une lignée d'hunters lorsqu'on est une transmutante. ironie du sort, quand tu nous tiens. ✤ PRENOM(S) : thémis, en premier lieu, nom qu'elle partage avec une divinité grecque, personnifiant la justice. autrefois, elle arguait ce prénom avec une force farouche et colérique, parce que c'était pour cela que sa famille s'était toujours battue : pour la justice, et la prospérité, en éradiquant cette vermine que le commun des mortels appellent dégénérés. au lieu de quoi, aujourd'hui, thémis est tenu sous un silence obstiné, malgré les agréables sonorités qui caressent l'oreille. à la place, si on veut s'adresser à elle, c'est davantage le surnom de faust plutôt que le prénom de fausteen qu'il faut employer. fausteen, textuellement, heureuse, fortunée. son identité à elle seule est ironique car, le bonheur et la chance ont filé d'entre ses doigts à peine se rendit-elle compte de sa tare ; à présent, elle arbore le nom d'un célèbre héros de conte populaire allemand, qui a préféré vendre son âme au diable au prix d'une seconde vie. ✤ ÂGE : tout juste vingt-quatre printemps fraichement acquis même si elle a longtemps eu l'habitude de mentir à propos de son âge, notamment lors de sa fugue à travers les états-unis, se félicitant mentalement d'avoir toujours paru un peu plus mâture pour que ses dires paraissent plausibles. ✤ DATE ET LIEU DE NAISSANCE : faust est née dans la petite ville de perry, dans l'utah, le jour de l'équinoxe d'hiver. ✤ NATIONALITÉ : américaine à cent pourcents, sang pour sang. d'aussi loin qu'on puisse remonter dans son vaste arbre généalogique, les stefford n'ont jamais foulé d'autres sols que celui des états-unis ; d'après son géniteur, ils descendraient vaguement des premiers colons et, depuis, n'auraient jamais quitté les terres conquises. ✤ STATUT CIVIL : son arrivée à radcliff n'aura été remarquée que pour une chose : les hommes. faust use et abuse de ses charmes, se plaie à séduire autant qu'elle le peut, pour fuir la solitude mais, paradoxalement, elle craint autant de s'attacher à quelqu'un. pour s'y être  déjà brûlée les ailes une fois, il y a une éternité, elle ne veut plus recommencer. les aventures d'un soir, au moins, il n'y a pas de risques qu'on s'attache. pas de pleurs au moment de se séparer. mais au bout d'un moment, ça finit par faire mal. comme si avec chaque lit qu'elle visite, elle se perd un peu plus, comme chaque corps qu'elle frôle laisse des marques cuisantes sur sa peau déjà écorchée vive. ✤ ORIENTATION SEXUELLE : hétérosexuelle, à quatre-vingt dix-neuf pourcents ; elle a déjà essayé une ou deux fois, tenté l'expérience avec une jolie fille, mais ça ne l'a pas réellement emballée. du coup, sauf avec quelques cadavres de bouteilles derrière elle, elle ne risque pas vraiment d'aller à l'encontre de la gent féminine. ✤ EMPLOI : elle a rapidement plaqué ses études, n'a même pas fini le lycée et pourtant, ça ne l'a pas empêchée de continuer de plancher sur les bouquins, d'éprouver un intérêt tout particulier à l'égard de la lecture ; en vérité, même si elle conserve quelques lacunes du fait qu'elle ait arrêté ses études prématurément, elle s'avère presque incollable en littérature et s'est trouvé un véritable exutoire en allant travaillé à la bibliothèque municipale à mi-temps, en journée, pour prêter main forte. le soir, en général, elle le passe derrière le comptoir du bar de radcliff, à servir les poltrons comme les honnêtes hommes simplement venus décompresser après une journée de dur labeur. elle fait ce qu'elle peut avec ce qu'elle a, songeant que l'important, c'est d'avoir quelque chose dans le portefeuille à la fin du mois, à défaut de pouvoir vivre de la rente familiale à cause de son paternel qui lui a rapidement coupé les vivres. ✤ TRAIT DE CARACTÈRES : forte + impétueuse + téméraire + colérique + libre + courageuse + mauvaise perdante + séductrice + un tantinet pyromane + orgueilleuse + charismatique + loyale + fourbe + rancunière + déterminée + volontaire + libertine + manipulatrice + influençable. ✤ MUTATION : pyrokinésie, c'est un don qui a le don de l'effrayer parce qu'elle n'exerce qu'un contrôle très relatif dessus. à petite dose, si elle ne désire brûler qu'un bout de bois, elle le peut sans aucun problème ; mais, à partir du moment où elle se frotte à quelque chose d'une trop grande envergure ou bien si elle sujette à des émotions trop fortes, son pouvoir prend le dessus et devient littéralement incontrôlable, la rendant particulièrement dangereuse dans ces moments-là car tout ce qui l'entoure est susceptible d'être littéralement calciné. tout s'envole, devenu cendres ; parti en fumée.   ✤ GROUPE : dégénérés. ✤ AVATAR : emilia clarke
✤ êtes-vous originaire de radcliff ?
elle est née dans la petite ville de perry, dans l'utah. sa famille y a posé ses valises il y a de cela des décennies, voire des siècles et aucun stefford avant elle n'en est jamais parti. elle ne comptait pas déroger à la règle, à vrai dire, ne se voyait pas quitter perry, implantée jusqu'aux racines mais elle n'a pas eu le choix. c'était l'exil, ou bien la petite cellule dans la cave au sous-sol. partir loin pendant la nuit, ou accepter de se faire tuer par les siens. parce qu'elle a du fuir à cause de sa mutation, elle a longtemps arpenté les états-unis, à l'aube de ses seize ans, elle a vécu sur les autoroutes, faisant du stop et squattant dans quelques motels miteux à chaque arrêt en enchainant les petits boulots pour tenter de renfourguer ses poches. elle n'a plus fréquenté d'autres écoles que celle de la vie et, au bout de huit années à traverser les états-unis de long, en large et en travers, elle a fini par tomber là, sur radcliff, et y a élu domicile depuis trois ou quatre mois. parfois, elle se surprend à trouver des points communs avec sa ville natale comme il lui arrive d'arpenter les rues à la manière d'une touriste qui ne connait encore rien des alentours.

✤ avez-vous déjà eu affaire à un ou plusieurs hunters ?
cette question aurait le don de la faire rire. pas un rire franc et léger, plutôt sarcastique et sans joie. pour avoir eu affaire à des hunters, elle pense qu'aucun mutant n'en a jamais autant fréquenté qu'elle. faust est née dans une famille d'hunters, a elle-même été initiée à cette vie qui devait être sienne si elle n'avait pas possédé ce que les stefford considèrent comme une véritable tare. c'est d'ailleurs parce qu'elle est issue d'une lignée telle que la sienne qu'elle a fui sa ville natale, sans un au revoir, leur tournant définitivement le dos, traçant un trait sur sa vie d'autrefois, pour savoir qu'ils n'auraient jamais pu l'accepter telle qu'elle l'était. depuis, elle se sait traquée. par ceux qui étaient autrefois les siens, par ceux qui étaient autrefois sa famille ; son père a rapidement abandonné l'idée de ratisser les états-unis de long, en large et en travers, a refilé cette tâche à un autre hunter, abraxas spector, le rejeton d'une famille étroitement liée à la sienne, un homme qu'elle connait depuis toujours, dont elle est tombée amoureuse il y a des années de cela. depuis, ils ont entamé un vague jeu du chat et de la souris, aux conséquences bien plus sanglantes, néanmoins. c'est à celui qui sera attrapé le premier qui mourra. pas d'autres échappatoires. ainsi, pour y avoir eu affaire, elle s'est frottée à pas mal d'hunters depuis sa naissance. et pas qu'un peu.        

✤ utilisez-vous beaucoup votre don ?
le moins possible. ça l'effraie autant qu'elle se sent enivrée par cette toute puissance de pouvoir contrôler la matière dans le creux de sa main. elle est destruction, elle purifie le monde dans ses flammes, elle condamne au bûcher d'un simple regard et, parfois, ce sont dans ses yeux que dansent les flammes de l'enfer, tant elle aimerait tout calciner, brûler ce monde pourri jusqu'à la moelle qui n'a de cesse de la rejeter pour sa différence. le temps passant, et avec ses nouvelles fréquentations, faust penche davantage dans un extrémisme pro-transmutants, les percevant désormais comme supérieurs au commun des mortels, devant assouvir le reste de la population, êtres insignifiants et insuffisamment évolués pour continuer de dicter leurs lois. un autre problème, assez conséquent par ailleurs, son don, au-delà d'être parfois incontrôlable, s'avère beaucoup trop puissant pour elle ; ainsi, même lorsqu'elle parvient à raffermir son contrôle sur son pouvoir, celui-ci la consume lentement de l'intérieur ; ironique lorsqu'elle se sent tout juste prête à s'en servir véritablement, de savoir que cela causera sans doute sa perte. elle brûlera sur le même bûcher auquel elle a condamné le monde entier.

✤ comment avez vous réagi à l'officialisation de votre statut ?
elle n'a pas eu de réaction véritablement vive ou virulente pour la simple et bonne raison que les seules personnes à qui elle voulait profondément cacher cette infamie étaient déjà au courant. faust n'a plus de famille et change d'amis comme de chemise, en fonction de ses voyages, des aléas de sa vie calquée sur rien d'autre que ses impulsions, subites et imprévisibles. elle n'éprouve pas la moindre peur quant à savoir que des hunters puissent la traquer, désormais ; elle a grandi parmi eux, elle connait chacun de leurs travers, elle a longtemps employé les mêmes méthodes. faust possède également une confiance en elle-même considérable et ne penserait même pas à se faire du soucis quant à savoir que le tomber du rideau sur sa nature de transmutante puisse lui coûter vraiment très cher. au lieu de quoi, si elle n'est pas effrayée, elle s'indigne, tape du poing, à chaque massacre, chaque attaque, commençant à jurer qu'elle se vengera. car les transmutants répondront, assurément ; plus rien ne sert à être pacifiste, maintenant qu'on a officialisé la vérité, on va devoir l'assumer. dans le sang, s'il le faut    



 
" let's talk about you and me "
✤ PSEUDO : virtual heart/joe. ✤ PRÉNOM : laura. ✤ ÂGE : eighteen. ✤ PERSONNAGE : inventé. ✤ FRÉQUENCE DE CONNEXION : everytime. ✤ COMMENT AS-TU TROUVE LE FORUM ? : la faute à abraxas. ✤ UN DERNIER MOT ?



Dernière édition par T. Faust Stefford le Dim 7 Juil 2013 - 17:41, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: ‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE   Lun 1 Juil 2013 - 19:15


 
we're all stories in the end
" just make it a good one "


Tuer cet homme n'aurait pas dû poser de problème ; ce n'était qu'un dégénéré après tout. Alors pourquoi en avait-elle l'estomac retourné ? Pourquoi ces sueurs froides le long de son dos ? À travers les herbes et les ronces, Fausteen se dirigea vers le fond du parc, calquant son pas sur celui d'Asher et de son père tandis qu'une brise nocturne de fin d'automne soufflait pendant leur progression. Plus personne ne se rendait ici depuis longtemps. Les ronces barraient le sentier sinueux, recouvert par endroits de vieilles ordures en décomposition ; au loin, les chaines rouillées des balançoires grinçaient sinistrement au gré du vent. L'homme était planté au milieu de cette petite clairière abandonnée. Ce n'était qu'un dégénéré, se répétait-elle, chaque fois qu'un frisson venait mordre son épiderme. Peut-être. Mais elle n'avait que neuf ans. Neuf ans et, déjà, son père s'évertuait à lui apprendre la vie et la mort, qui la méritait et à qui fallait-il la retirer. Embrigadée depuis le berceau, elle avait rapidement assimilé l'idée selon laquelle les transmutants n'étaient qu'une vermine à éliminer, que Dieu, dans sa grande miséricorde, leur avait permis de vivre pendant trop longtemps et qu'il revenait aux hommes de mettre un terme à cette infamie. Fausteen en était intimement convaincue, guidée avant tout par la confiance indéfectible qu'on place en nos parents, prêcheurs de bonne foi et détenteurs de la vérité absolue, piédestal sur lesquels ils sont déposés du haut de ses neuf ans. Elle s'approcha. En plus de sa lampe torche, elle avait pour s'éclairer la lumière de la pleine lune et celle, vacillante, de quelques réverbères ancestraux bordant l'allée délaissée. La respiration saccadée de l'homme la heurta de plein fouet tandis qu'il suffoquait dans sa course folle, visiblement trop peu rapide pour échapper à ses assaillants dans cette traque horrible. Ce n'était qu'un dégénéré, se morigéna-t-elle lorsqu'elle sentit une pointe de compassion poindre dans sa poitrine. Elle ne pouvait éprouver aucune pitié pour cet homme ; son âme était viciée par sa transmutation, les hunters ne faisaient que lui offrir son salut, le repos salvateur qu'il devrait être reconnaissant d'obtenir du bout de leurs armes tant sa vie demeurait une abomination en elle-même. Il était déjà maudit, d'ores et déjà condamné, ils ne feraient qu'abréger ses souffrances, voilà tout. Fausteen inspira profondément avant de franchir la clôture qui la séparait de cette petite clairière à l'herbe pâle, presque blafarde, couleur peau-de-cadavre, comme la teinte que prendrait lentement l'épiderme du dégénéré une fois que son père et son frère se seraient occupés de lui. Le cœur battant, elle emboitait silencieusement le pas à Asher, laissant sciemment une certaine distance entre eux, une sécurité que son géniteur lui avait intimé de prendre, au cas où le transmutant, dans un élan désespéré, viendrait à se servir de son don. Autour de lui, la terre était jonchée de détritus : cadavres de bouteilles, cannettes de bière, journaux moisis et mégots de cigarettes agonisants. Tout dans cet endroit était lugubre et sinistre. Déjà souillé par le sang qu'on allait versé, le vent portant déjà les cris d'agonie dans des échos terrifiants et, parmi le bruissement des feuilles, le dernier souffle bientôt poussé par le pauvre homme.

« Bonsoir. » C'était son père qui avait parlé. Correl Stefford était un homme assez imposant ; pas tant par la taille puisqu'il n'atteignait que difficilement les un mètre soixante-quinze, mais davantage dans l'aura bestiale, l'aura de puissance brute qu'il dégageait tout autour de lui et qui tenait en respect le monde entier. Intensément charismatique, profondément remarquable, il avait un visage très dur, comme coupé à la serpe, taillé dans le marbre, quoique assez émacié par le temps, la traque constante, l'impossibilité de se poser un instant. Il avait l'air d'un homme un peu ravagé par les années, la barbe de trois jours lui mangeant le visage, la bouche déformé dans un pli amer, le nez un peu distordu à force d'avoir été trop cassé. Seuls ses yeux, bleus perçants, témoignaient, plus que d'un soupçon de vie, d'une véritable force téméraire et vivace, d'un feu qui lui brûlait ses entrailles autant qu'il l'alimentait. Et pourtant, partout dans son allure, de ses épaules carrées à sa silhouette un brin trapue, on lui reconnaissait un certain charme ; on voyait, dans les vestiges de son visage qu'il avait été un bel homme, dans la fleur de l'âge ; une caractéristique dont son fils avait indéniablement hérité. Asher faisait tourner les têtes autant qu'il ravageait les cœurs mais ne se préoccupait que très peu de ces champs de batailles où les cadavres de palpitants encore frétillants étaient parsemés sur son passage, bien trop obnubilés par son devoir de Hunter, coupé du monde qui l'entourait pour ne se consacrer qu'à l'existence qu'on lui avait prédestiné avant même sa naissance. Ce n'était pas prêt d'arriver à Fausteen, née fille dans une lignée qui ne jurait que par la robustesse et la force des hommes, son père avait longtemps tenté de la tenir à l'écart de ces virées nocturnes comme de la dure vie qu'était celle d'un Hunter, soufflant à sa femme que cet enfant était sien, autant que Asher était son successeur. Mais la gamine s'était accrochée, tant et si bien qu'il avait fallu lui céder, au final. Et, au fil des jours, Correl avait dû finir par reconnaître qu'elle possédait un certain talent, très certainement héréditaire, autant dans la traque que lors des entrainements, maniant les armes – bien que factices, à cause de son jeune âge – avec brio autant qu'elle ne se plaignit jamais de l'emploi du temps rude qu'on lui imposa par la suite. Son unique crédo avait été de rendre son géniteur fier d'elle, et elle savait qu'elle frôlait cet objectif du bout des doigts, aujourd'hui. Mais jamais elle n'avait imaginé qu'il faudrait tuer pour en arriver là. Pas si tôt. Pas alors qu'elle possédait encore un semblant d'innocence, d'ores et déjà à moitié atrophiée par la vie qu'était celle de sa famille. Mais soit. Elle avait tenu à devenir une Hunter, elle aussi, qu'importait les sacrifices et les fardeaux qui seraient siens par la suite.

Ce soir, elle devait être véritablement initiée. Comme un rite de passage, elle devait participer à sa première véritable traque, et si celle-ci se soldait par une réussite, elle aurait tout le loisir de se perfectionner dans les arts complexes de la chasse qui feraient alors partie de son lot du quotidien. « S'il vous plait... » La voix de l'homme était tremblante, transpirante d'émotions, troublante dans le désespoir qui lui faisait davantage rouler ses mots avant que la phrase ne meurt dans un souffle agonisant d'amertume. Lui n'avait sans doute rien demandé ; certainement qu'il n'avait jamais voulu naître transmutant, comme il n'avait pas voulu être traqué comme le dégénéré qu'il était, et pourtant, la fortune s'était montrée cruelle à son égard et il était de leur devoir, à ses pairs et elle, de mettre un terme à ses souffrances, comme à celles de l'humanité de porter pareille vermine en son sein. « Désolé, Daniel. On doit te renvoyer d'ici. » Au contraire du dégénéré, Correl ne semblait pas le moins du monde sincère dans ses paroles, dans cette excuse qui n'en était pas une pour ne pas éprouver le moindre sursaut de compassion à l'égard de ceux qu'il considérait comme des erreurs de la nature. Fausteen, elle, fut davantage perturbée par le fait qu'il connût le nom de leur victime, d'autant plus troublée qu'à Perry, petite ville de l'Utah, on se connaissait presque tous, au moins de vue. Son père lui avait souvent répété qu'il fallait tout connaître de ceux qu'on s'apprêtait à traquer, qu'il fallait avant tout glaner des informations autant que possible car, si la force brute ne suffisait pas, il serait toujours préférable d'avoir d'autres cartes dans la manche, de pouvoir user de la ruse ou, mieux encore, du chantage. Le jour où Asher était rentré de sa propre initiation, le teint livide, les yeux dans le vague, il n'avait pu soufflé que quelques suites de mots incompréhensibles. Pourtant, quelques ans revenaient sans cesse. Sang, partout, jeune, enfant. Fausteen avait passé toute la nuit à son chevet, serrant ses doigts entre les siens par intermittence tandis que son front dégoulinait de sueur et qu'il s'agitait nerveusement dans son sommeil, répétant à nouveau quelques flopées d'onomatopées autant que des phrases au sens décousues, semblant revivre inlassablement le cauchemar de cette nuit-là. Quelques semaines plus tard, elle avait appris que son frère avait du se charger d'un petit garçon de tout juste six ans et leur père, aussi impatient qu'intransigeant, avait également achevé les parents du petit d'une balle dans la tête, prétextant que s'ils avaient enfanté d'un transmutant, eux-même étaient susceptibles de porter cette gangrène en eux comme ils n'auraient connu aucun repos tant qu'ils n'auraient pas vengé la mort de leur monstre de fils. Se trouvant immédiatement horrible de penser aussi, Fausteen remercia néanmoins le ciel que sa première victime soit un homme d'une quarantaine d'années, d'à peu près le même âge que son père, pour ne pas devoir encaisser le même traumatisme cuisant que son ainé.

« Non... S'il vous plait... » Insensibles aux suppliques, les deux Stefford avaient déjà dégainé leurs armes. Asher tenait entre ses mains crispées un berretta de petit calibre lorsque Correl tendait les deux bras, un fusil de chasse visant déjà la poitrine du pauvre homme. Comme dans un geste instinctif – alors que ce fut la première fois qu'elle le fit –, Faust se saisit du chapelet qu'elle gardait autour de son cou, le crucifix pendant au bout posé sur sa chair, devenue brûlante avec le contraste du métal froid. Le tenant fermement entre ses doigts gourds, elle ferma immédiatement les yeux très fort, avant de remuer très vite et imperceptiblement les lèvres, octroyant à l'âme pourtant maudite du dégénéré quelque prière destinée à lui offrir le repos éternel. Il y eut un bruit, horrible, indescriptible, un bruit de fin du monde ; puis deux coups de feu, brutaux, très brefs et succincts. Elle jura entendre les balles perforer la chair avant que le corps ne tombe lourdement sur le sol. Alors, lorsqu'elle les entendit rengainer leurs armes, elle se permit d'ouvrir un œil, puis l'autre. Au centre de la clairière, l'herbe cadavérique se teintait doucement d'un pourpre inquiétant, auréolant le corps désormais inerte du dénommé Daniel. Tout autour de lui, à l'orée de la clairière, trois larges chênes massifs avaient été littéralement déracinés et penchaient dangereusement vers le centre, comme s'ils avaient été attirés vers le corps du dégénéré, comme s'ils avaient été prêts à quitter leur mère la terre pour prête main forte aux transmutants et écraser littéralement les trois Stefford. Pourtant, Fausteen ne parvint pas à détacher les yeux du spectacle morbide qui se jouait devant elle. Alors, Asher vint la prendre dans ses bras, la serrant très fort. Ce ne fut qu'à cet instant qu'elle se rendit compte qu'elle pleurait.

____________________________


Le miroir vola en éclats comme son cœur se brisa en mille morceaux. Ses yeux, furieux et larmoyants, détaillaient avec rage son poing désormais ensanglanté ; quelques débris de verre s'étaient enfoncés dans la plaie béante sur les jointures de sa main droite. Et pourtant, ce n'était en rien comparable à la blessure, horrible, infâme, qui lui lacérait la poitrine depuis ces deux dernières heures. Une véritable gangrène qui pullulait désormais dans tout son être, une souffrance terrible et insurmontable qui lui donnait des vertiges, lui filait des nausées. Une douleur qui la prenait au cœur et remontait jusqu'à sa gorge, aussi amère que la bile qu'elle vomissait sans arrêt, dans un nouvel excès de rage qui l'obligeait à arrêter de tout saccager, simplement pour s'étendre sur le sol, se replier en position fœtale jusqu'à ce que ses genoux touchent sa poitrine, appuyant avec suffisamment d'insistance dans l'espoir que la pression sur son palpitant puisse diminuer la douleur, en vain. Elle n'en pouvait plus, s'épuisait dans son déni désespéré, se tuait lentement dans sa tristesse colérique ; elle n'en pouvait plus. Rien que la sensation de sentir son palpitant battre lui était intolérable car, elle venait lui rappeler douloureusement et un peu trop vivement que le cœur d'Asher, lui, était désormais complètement inerte. Nouveau sursaut de douleur, nouveaux sanglots venant faire tressauter ses épaules tandis que, à nouveau, elle se laissait tomber sur le sol, se recroquevillant du mieux qu'elle le pouvait sur elle-même, venant mordre férocement dans son poing pourtant déjà blessé. Mais totalement anesthésiée à la douleur, autre que celle qui s'appliquait à l'assaillir et l'encercler, carcan indestructible, forteresse imprenable, bonheur devenu inaccessible. Sa mère, douce Prudence à qui on avait arraché son fils et qui voyait sa fille sombrer dans les méandres de la folie douloureuse. Elle tambourinait désespérément à la porte depuis dix bonnes minutes, scandant son nom en répétition, à la manière d'un disque rayé à force d'avoir été trop écouté, son timbre tremblant d'émotion douloureuse, trahissant les larmes qui ne tarissaient pas sur son visage car il n'existait aucune souffrance plus immonde que celle de devoir enterrer son enfant. Elle en aurait pleuré des jours et des nuits, des nuits entières à tremper son oreiller de ses larmes, à étouffer ses cris d'agonie latente, à se cacher sous ses draps en attendant que son palpitant cesse de se suicider contre sa cage thoracique, à chaque battement, chaque seconde. Et pourtant, il lui fallait se montrer forte. Pour Thémis. Sa tendre et bien aimée Thémis. Sa petite princesse qu'elle voulait préserver de tous les maux du monde. Et, déjà, elle songeait qu'on pourrait la lui arracher, elle aussi, dans une nouvelle traque, avec un autre dégénéré plus dangereux encore. Comme celui qui avait tuer Asher, son fils, son petit héros, celui qui, du haut de ses cinq ans, s'appliquait déjà à jouer le rôle de l'homme de la maison lorsque Correl s'en allait pendant plusieurs jours en compagnie de Henri Spector à la traque. Asher, dont le visage enfantin se rappelait par vagues douloureuses. Son visage un peu poupin mais déjà, trahissant le charme sculptural des Stefford ; son regard innocent, cils lumières et pupilles d'azur, comme un ciel d'été, comme une mer languide d'un paradis terrestre. Sa démarche galopante, et son sourire auquel il manquait une incisive des suites d'une bagarre un tantinet virulente avec le petit Spector, Abraxas.

Abraxas, qui avait le même âge que son fils. Abraxas, qui faisait office de second grand frère auprès de Fausteen et qui, malgré l'application de sa fille à n'en rien montrer, conservait une certaine influence sur les agissements de la petite. Le seul qui avait su la raisonner quant à abandonner l'idée de partir à la traque du haut de ses sept ans, gargarisée par un compliment paternel glissé au cours d'un repas alors qu'elle discutait sport et école ; comme il était parvenu à lui faire promettre de se montrer prudente lors de sa première véritable chasse aux dégénérés où elle n'avait été accompagnée que de Correl et Henri qui, s'ils ne demeuraient pas insensibles au sort de la petite – il s'agissait quand même de la fille du premier et de la filleule du second, après tout –, ne se montreraient pas autant protecteurs qu'auraient pu l'être Asher et Abraxas. Abraxas, le seul que Fausteen regardait avec cette admiration tangible, des étoiles plein les yeux, le seul qui avait su trouver un certain intérêt, pour qui elle éprouvait le même respect que Asher. Il lui fallait trouver Abraxas. Clarisse lui avait pourtant soufflé, la voix morne et un peu brisée par l'émotion de l'annonce de la mort d'Asher, qu'il avait claqué la porte de la maison et s'était volatilisé. Henri avait refusé qu'elle parte à sa recherche, prétextant qu'il avait besoin d'air pour se remettre les idées au clair, besoin d'être seul. Elle avait respecté le choix de Spector Senior sans s'indigner du fait qu'il laisse son fils errer seul dehors, sans véritablement afficher une quelconque inquiétude à ce sujet ; mais, désormais, il s'agissait de la santé et de la sécurité de sa fille, son dernier enfant. Il lui fallait nécessairement le trouver. Alors, finalement, les coups répétitifs à la porte comme les gémissements s'arrêtèrent ; un instant plus tard, la porte du rez-de-chaussée claqua, et le silence s'engouffra finalement dans la demeure Stefford. Silence de mort.

Une heure plus tard, peut-être deux, on toqua à nouveau à la porte. Toujours étalée sur le sol, elle s'apprêtait à congédier à nouveau sa mère ; la voix qui s'éleva de l'autre côté la coupa néanmoins dans son élan, plus rauque, plus forte, masculine. Elle fut clouée sur place, plus par la surprise que la douleur, néanmoins. Étonnant alors qu'elle n'avait rien éprouvé d'autre que la souffrance occasionnée par le deuil, ou plutôt par le déni, encore, l'idée intolérable que son frère soit mort venant la percuter de plein fouet autant qu'elle rejetait cette évidence de toutes ses forces. Sa voix mourut aussitôt dans sa gorge, autant que son cœur retomba aussitôt dans son estomac. Elle eut tout juste le temps d'entendre la porte s'ouvrir puis se refermer une seconde plus tard que, déjà, une paire d'yeux bleus la vrillaient de part en part, la transperçaient, semblaient voir au travers de son être, déceler le mal qui la rongeait à présent ; semblaient comprendre. Elle ravala un sanglot, hoqueta une seconde, bien qu'elle s'efforça de ne pas baisser le regard, le gardant accroché à ces billes d'azur avec force et témérité, malgré les larmes qu'elle s'évertuait à retenir qui venaient flouter sa vision. Il lui rappelait Asher ; pensée qui n'eut que le don d'apporter une nouvelle salve de douleur la faisant trembler de la tête aux pieds. Alors, ses bras l'encerclèrent aussitôt, autant qu'il se laissa glisser sur le sol, lui aussi, la forçant à venir se blottir dans son étreinte ; ce qu'elle n'eut pas la force de refuser bien longtemps. Elle vint nicher son nez dans son cou, tentant encore de retenir ses pleurs incessants, en vain. Elle avait l'impression sordide de n'être venue au monde que pour cela : pleurer. Pleurer un frère perdu, tout un monde englouti, une innocence arrachée. Pleurer la haine, nouvelle, qu'elle éprouvait à l'égard des transmutants. Ils paieraient. Tous. Coupables ou innocents. Ils partageaient la tare du meurtrier d'Asher alors, dans les flammes de sa haine, elle les fera brûler.

L'Hunter était née. Et, ironiquement, la transmutante s'éveillait.

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Elle aimait l'odeur de l'essence. Fermant les yeux, elle savourait ces effluves autant qu'elle se perdait dans le son un peu poussiéreux que crachaient les enceintes, tandis qu'un chanteur des années seventies s'égosillait à travers les hauts parleurs. L'enseigne lumineuse clignotait, vacillait une seconde, avant de se raviver à nouveau, annonçant fièrement qu'ici, on pouvait s'abreuver, autant les humains que les véhicules. Elle avait fait du stop toute la nuit, après avoir marché jusqu'à se rendre sur cette petite route sinueuse, adjacente à l'autoroute quatre-vingt neuf, qui ne menait qu'à la prochaine ville au nord mais s'avérait largement moins fréquentée. Une fois arrivée à Brigham, elle aurait tout le temps et le loisir de choisir une destination, pouvant emprunter le train plutôt qu'à s'obstiner à compter sur la compassion un peu vaseuse de ses concitoyens de passage sur la route. Elle avait tout juste eu le temps de fourrer quelques tee-shirt, un jean et une paire de baskets, en plus des vêtements qu'elle portait déjà sur elle ; comme elle avait immédiatement enfilé un sweat appartenant à Abraxas, qu'il avait laissé dans sa chambre la dernière fois où il était entré par effraction par sa fenêtre lors d'un de ses retours impromptus de l'université. Abraxas. Fourrant les mains dans ses poches, elle en retira un petit bout de papier, vaguement griffonné d'un simple Désolée. Adieu. Court, clair et précis. Faust, tout craché. Elle avait longuement hésité à lui laisser ce message plutôt que la longue lettre qu'elle lui avait écrite, sur une impulsion subite. Elle s'était immédiatement sentie idiote, lorsqu'elle avait sauté sur la toiture de chez elle pour quitter discrètement la demeure familiale pendant que ses parents dormaient encore. À eux, elle ne leur avait rien laissé, avait songé une seconde à leur abandonner ce bout de papier, écrit à la va-vite, mais avait rapidement considéré que c'était une mauvaise idée. Après tout, qu'elle soit désolée ou non, ça ne changerait rien. Sa mère demeurera inconsolable, à n'en pas douter ; autant que son père, fou de rage, cherchera à la traquer.

La traquer. Elle se figea une seconde. Bordel, mais dans quel merdier s'était-elle encore fourrée ? Ce n'était pas par choix, elle le savait pour l'avoir déjà reconnu des années plus tôt pour d'autres ; car elle n'aurait certainement jamais choisi de jeter sa petite existence tranquille – aussi tranquille que peut l'être une vie d'hunter – au profit d'une vie à se cacher, biche effarouchée, à garder l'anonymat et aller de ville en ville, d'état en état, sans jamais garder un pied-à-terre car il lui faudrait toujours s'en aller, sitôt l'auraient-ils retrouvée. Eux, sa famille. Eux, son père, son parrain, tous les hunters des famille Stefford et Spector. Lui, Abraxas. Putain. Il allait la détester, à coup sûr. Il la haïra de toute son âme lorsqu'il découvrira le pot aux roses. Et qu'importe qu'elle non plus n'en ait jamais eu conscience ; peu importait, au fond. Ils avaient été éduqués de la même manière, forgés dans le même fer : sans pitié lorsqu'il s'agissait des transmutants. Lorsqu'il s'agissait d'elle. Bordel, oui ! Une transmutante. Une putain de dégénérée, semblable à ceux qu'elle avait traqué avec ardeur pendant près de quatre ans, sans relâche, sans attache. Demandant plutôt pardon que permission. Car elle n'aurait su attendre sagement les directives de son père lorsque les meurtriers de son frère pullulaient et souillaient leur terre. Ils devaient payer. Ils devaient mourir. Tous. Elle se souvenait, mémoire vivace qui vint se rappeler à elle, elle se souvenait de son père, le regard illuminé de fierté, posant sa main rugueuse d'avoir trop manié le fer et le feu, d'avoir trop trempé dans le sang, sa main calleuse posée sur son épaule tandis qu'il lui soufflait qu'elle était le fils dont il avait toujours rêvé. Alors, il ne l'avait plus jamais considérée comme une fille, mais comme le Hunter qu'il avait toujours désiré formé, comme son digne successeur, son petit prodige, sa plus grande fierté. Asher avait été douée. Fausteen frôlait le génie. Et, Dieu, comme Correl avait été fier d'elle, pendant ces dernières années, lorsqu'il avait vu brûler ces flammes vengeresses dans ses si jolis yeux alors qu'elle quittait enfin sa chambre après des heures à pleurer, semblant avoir abandonné l'enfant et la douleur au fond de son lit, comme Abraxas sortit à sa suite. Il n'avait plus de gamine, à partir de ce jour-là. Juste une guerrière. Une guerrière avide de revanche et qui réussissait avec brio toutes les traques qu'elle entreprenait. Jusqu'à cette dernière. Ultime traque où elle avait enfin mis la main sur le dégénéré qui avait tué son frère, quatre ans plus tôt. Un homme, de peut-être vingt-cinq ans, trente, tout au plus. Le pistolet brandi droit devant elle, elle savait pour avoir été assidument entrainée, qu'il lui suffirait d'un seul coup pour lui faire exploser la cervelle. Sidékinésiste de talent, il était parvenu à tordre le bout de son arme, de sorte que la balle demeura coincée, même lorsque Fausteen, dans un excès de rage, appuya deux, puis trois, puis dix fois sur la gâchette. Et, dans sa colère immonde, elle avait hurlé et, soudain, une chaleur inconnue l'avait envahie alors qu'un incendie se propageait tout autour d'eux, les flammes venaient lui lécher la peau mais elle n'éprouva aucune douleur, n'eut aucune brûlure, comme immunisée à ce feu qui, étonnamment, semblait se plier au gré de ses envies, ou plutôt de ses émotions car, son cœur enragé battant la chamade, les flammes encerclèrent le dégénéré, réduisirent leur étau jusqu'à faire office de seconde peau sur l'homme hurlant à l'agonie, hurlant à la mort tant la douleur fut atroce. C'était arrivé la semaine dernière ; ça ne faisait que cinq mois que son père la laissait partir à la traque toute seule. Elle était rentrée, l'air de rien, les mains dans les poches, avait prétexté ne pas avoir faim, simplement sommeil, avait lentement monté l'escalier menant aux chambres et s'était finalement effondrée sur son lit en enfouissant son visage dans l'oreiller tandis que l'évidence la frappait de plein fouet. Elle était des leurs. De ces gens qu'elle abhorrait plus que tout au monde. De ces hommes et femmes qu'elle s'évertuait à tuer pour combler ce trou béant dans sa poitrine, creusé par la mort d'Asher, causée par un de ces putains de dégénérés. Elle en était une.

Ces derniers jours passés à faire semblant, à jouer son rôle à la perfection tant elle le connaissait sur le bout des doigts, avaient été éprouvants et, malgré son excellent jeu de comédienne, elle n'avait su échapper aux regards inquiets de sa mère lorsque celle-ci voyait les cernes se creuser sous ses yeux, autant qu'elle remarqua que Faust avait anormalement maigri en à peine quelques jours, refusant d'avaler quoique ce soit et vomissant le peu qu'elle daignait ingurgité simplement pour rassurer Prudence. Son père, lui, était demeuré aveugle à tous ces signaux de détresse, trop plongé qu'il était dans sa quête sans fin, les yeux balayant toujours et encore des cartes, journaux et, parfois, se hissant jusque sur l'écran de télévision à l'heure des informations. Il ne lui avait fallu que deux jours pour comprendre qu'elle devait partir, ou elle serait tuée lorsque sa famille l'apprendrait. Il ne lui en fallu qu'un seul de plus pour tout préparer de sa future évasion, volant à contrecœur les quelques billets parsemés ici et là dans la maison, glanée à la sueur de leurs fronts. Le dernier jour, elle alla vider son compte en banque – et remercia les cieux que son père ait daigné lui laisser toute la gestion de son compte du haut de ses seize ans, arguant que si elle devait partir loin pour la traque, il valait mieux qu'elle soit indépendante et capable de subvenir elle-même à ses besoins – puis elle avait fourré quelques vêtements dans son sac, avait patiemment attendu que son géniteur éteigne la télévision, à deux heures du matin et aille se coucher, avait patienté une demi-heure supplémentaire pour s'assurer que tout le monde serait paisiblement endormi et puis, elle avait pris la fuite par la fenêtre, comme le faisait si bien Abraxas chaque fois qu'il venait lui rendre une de ses visites nocturnes. Au préalable, elle avait maladroitement laissé sa lettre dans l'un des rares livres qu'elle avait gardé, malgré le manque évident de place et son besoin constant de renouveler sa bibliothèque. Antoine et Cléopâtre. C'était lui qui le lui avait offert, pour quelque obscure raison et elle avait du se faire violence pour ne pas emporter son cadeau avec elle. Au lieu de quoi, elle le laissait derrière elle, peut-être dans une symbolique étrange et encore nébuleuse.

C'est ainsi qu'elle entama un long voyage à travers les États-Unis, allant d'est en ouest, puis les arpentant du nord au sud, ne restant jamais plus de quelques mois au même endroit. Elle savait qu'ils la suivaient. Qu'il la suivait. Lui, avec plus d'ardeur encore que les autres. Lui, sans doute, qui avait pensé qu'elle s'était foutue de lui et, susceptible comme il l'était, de se sentir d'autant plus trahi qu'il la poursuivait désormais à travers les États-Unis, la traquant telle la dégénérée qu'elle était. Elle, pourtant, ses sentiments n'avaient pas changé. Elle l'aimait toujours de cette force farouche, de cette passion brûlante et de ce désir virulent. Son fantôme la hantait tous les soirs autant qu'elle n'aspirait plus qu'à se noyer dans l'outremer de ses yeux, se noyer dans la litanie de son nom. Abraxas, Abraxas, Abraxas. Elle tentait parfois, souvent, de glaner encore quelques secondes, d'entendre encore sa voix sans que celle-ci ne signe son arrêt de mort. Elle l'avait appelé. Une fois, une centaine de fois, un millier de fois. Basculant systématiquement sur son répondeur, autant qu'elle avait basculé de l'autre côté de la barrière. Elle n'en avait pas démordu, lui avait laissé des messages brûlants, parfois même indécents. Elle l'avait appelé pour le nouvel an, Noël, une année, elle l'avait même appelé pour la Saint-Valentin, souriant d'ores et déjà de tout le cynisme dont elle ferait preuve dans cet énième message, le faisant certainement bouillir de rage. Elle n'avait jamais manqué de l'appeler pour son anniversaire, le lui souhaitant, bien malgré lui ; comme elle l'avait appelé tous les ans pour celui d'Asher, espérant, sans doute qu'il décroche cette fois-ci pour l'aider à tenir le coup. Mais jamais rien. Alors, avec le temps, ses appels s'étaient espacés. De tous les jours, elle se contentait de l'appeler une fois par semaine, puis une fois par mois. Et, au fil des années, elle ne tentait plus que lors des fêtes, des grandes occasions, que sur une impulsion subite plutôt que comme le rituel auquel elle s'était prêtée pendant des années. Au bout de six ans, elle ne l'appelait qu'une fois par an, et n'espérait même plus qu'il décroche ou écoute simplement le message avant de le supprimer. Et puis, des mois plus tard, étonnamment, c'était lui qui avait appelé. Elle commençait tout juste à se remettre. Se remettre de lui, de sa putain de passion qui refusait toujours de s'éteindre complètement, flamme au mieux vacillante, mais jamais éteinte. Juste au moment où son spectre se faisait moins oppressant autour d'elle, lorsqu'elle commençait à connaître le moindre de ses retords pour pouvoir se permettre de rester un peu plus longtemps dans chaque ville pour considérer qu'elle commençait enfin à lui filer entre les doigts. Au lieu de quoi, ce con s'était permis de l'appeler, de venir lui fracasser la mémoire de souvenirs qu'elle avait tenté d'enterrer, du haut de ses vingt-trois ans. Elle s'était pourtant félicitée de s'être montrée froide et cassante, tout du long, jamais véritablement déstabilisée, jamais prête à lui céder. Devenue véritable princesse des glaces lorsqu'il s'agissait de lui. Lui, qui la traquait sans relâche depuis des années et n'aspirait qu'à la tuer pour se venger. Lui, son bourreau. Et lorsque, dans un excès rageur, il lui avait finalement raccroché au nez, assez fière d'elle de l'avoir fait sortir de ses gongs en seulement quelques mots, se targuant silencieusement d'avoir conservé un certain pouvoir sur lui autant qu'il influençait encore et toujours le moindre de ses choix, elle s'était finalement laissée gagner par une certaine mélancolie. Se laissant choir sur le sofa qu'elle avait investi dans l'appartement d'un garçon qui avait eu la bonté de l'héberger depuis son arrivée en ville, enfouissant sa tête entre ses mains, elle avait eu envie de hurler, de tout faire brûler. Lui le premier. Au lieu de quoi, elle se jura simplement que, la prochaine fois, qu'il désire encore ou non la tuer, elle le calcinerait dans les flammes de sa passion vengeresse. Au bûcher.

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Cela faisait déjà deux mois qu'elle avait posé ses valises à Radcliff. Six semaines qu'elle s'était dénichée un boulot à la bibliothèque et une de plus qu'elle bossait tous les soirs dans le bar de la ville, histoire d'arrondir ses fins de mois. Mais, surtout, c'était la première fois depuis huit ans où elle se sentait en paix avec elle-même. Grâce à Graham. Graham, un transmutant comme elle qui rendait bien leur haine aux hunters – et même aux humains lambdas –, voire même au centuple, considérant les dégénérés, à leur instar, comme des êtres supérieurs. Il lui avait proposé de l'aider à maitriser son don, sa pyrokinésie qui, avec le temps et faute d'entraînement, devenait de plus en plus incontrôlable. Il lui enseignait la vie en tant que transmutante, mais également, la vie en tant qu'être humain, un statut dont elle s'était privée il y avait de cela des années. Il lui réapprenait à vivre et, plus le temps s'égrainait, moins elle se voyait quitter Radcliff, désormais. Elle se sentait enfin bien. Enfin chez elle, après des années à errer sans but hormis celui de se préserver, de survivre à la traque qu'on opérait à son encontre. Abraxas n'était pas réapparu depuis le fameux coup de fil, elle s'en était passablement félicitée mais avait quand même pris le large le lendemain pour arpenter de nouveaux états, jusqu'à arriver ici, guidée par le vent et ses impulsions. Elle se faisait doucement une place, se permettant enfin à se lier aux gens, mais craignant encore de s'y attacher ; les conflits entre hunters et transmutants demeurant encore trop oppressants pour qu'elle consente à donner une chance à d'autres. C'était tout juste en Graham qu'elle avait confiance ; et parce qu'il partageait avec elle le moindre de ses rêves, dont l'un, qui revenait sans cesse : celui de monter une alliance inter-transmutants pour faire face à l'oppression et pouvoir leur répondre, et comment pourraient-ils ne pas avoir l'avantage alors qu'ils étaient tout puissants, possédant des dons dont d'autres n'oseraient même pas rêver ? Il la berçait de ces histoires fantastiques où les dégénérés comme eux pourraient vivre librement, s'afficher publiquement en tant que tel et où, plutôt que de les traquer, on s'inclinerait devant eux. Et, plus le temps passait, plus Faust songeait que c'était ça, l'avenir qu'il leur fallait, voyant désormais les humains lambdas comme des êtres inférieurs, ayant manqué un tournant décisif dans leur évolution. Voyant les hunters comme ses nouveaux ennemis alors qu'elle était née en tant que telle, qu'elle avait brandi les mêmes idéaux et combattu sous leurs bannières. Elle avait retourné sa veste, complètement changé d'idées. Il lui faudrait tuer tous ceux qui se mettraient sur leur chemin, peut-être, à l'instar de tous les transmutants qu'elle avait du tuer durant son enfance. Eh bien, soit. Et elle savait déjà lequel serait son apothéose. L'accomplissement total de son objectif. Pour couronner sa volonté de succès, et s'auréoler de gloire, il lui faudrait mettre un terme à la vie d'Abraxas Spector. Bien.

Abraxas Spector qui se tenait juste en face d'elle. Mais... Abraxas ne pouvait pas... être ici ? Non ? Alors que la foule compacte défilait devant ses yeux, elle ne rencontra que les siens. Ils n'eurent pas à échanger le moindre mot ; le mal était fait, l'obsession revenue. Il lui avait laissé une impression impérissable, prêt à la hanter pour de longues heures incessantes. À cet instant, il ne lui était pas difficile de comprendre quel était le véritable sentiment du brun et Faust savait dans quel merdier elle était désormais, lorsqu'elle le vit lui sourire narquoisement, parodiant un stupide salut militaire, adossé contre le capot de sa voiture, clope au bec. La flamme, virulente et bien trop reconnaissable qui vint lui calciner les entrailles. Elle aurait voulu se jeter sur lui, lui tordre le cou, entendre le dernier son raque de sa voix avant qu'il n'expire son dernier souffle sous ses mains assassines. Mais il y avait ce brasier, toujours, qui l'intimait à se tenir en place. Il l'avait retrouvée. À nouveau, la foule afflua entre eux, si bien qu'elle le perdit de vue une seconde. Elle en profita pour aussitôt faire demi-tour, l'esprit d'ores et déjà parasité par les yeux bleus d'Abraxas.


Dernière édition par T. Faust Stefford le Lun 8 Juil 2013 - 12:49, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: ‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE   Lun 1 Juil 2013 - 19:17

 t'es moche.  
-repart en se dandinant sur sa fiche-
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MessageSujet: Re: ‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE   Lun 1 Juil 2013 - 19:25

emilia clarke cette déesse vivante omg j'ai hâte de découvrir mon personnage et quoiqu'il arrive, réserve-moi un lien anyway, bienvenue parmi nous et bonne chance pour ta fiche I love you
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MessageSujet: Re: ‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE   Lun 1 Juil 2013 - 19:38

Haaaooooon Emilia   
Bienvenue parmi nous, et bon courage pour ta fiche ! I love you
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MessageSujet: Re: ‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE   Lun 1 Juil 2013 - 19:40

Bienvenuuuuue  Bon courage pour ta fiche !  
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MessageSujet: Re: ‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE   Lun 1 Juil 2013 - 19:44

EMILIIII[...]IIIAAAA Quel choix de malade, elle est tellement parfaite Je te la réserve pour la semaine
Bon courage pour cette fiche, et bienvenue sur TH I love you Il nous faudra un lien avec mon DC qui travaille à la bibliothèque aussi :gnni:
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MessageSujet: Re: ‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE   Lun 1 Juil 2013 - 20:20

abraxas ; mercii, toi aussi.

aëlwenn ; et nina, alors, que dire ?  entre laura, un lien n'se refuse pas.

aleska ; emmaaa.  mercii. I love you 

rayan ; omfg, willaa. et mention spéciale pour ta mutation : j'adooore.

annabel ; owii, un lieeen, en plus avec jenna-louise.  ce sera avec plaisiir. et mercii pour la réservatioon.
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MessageSujet: Re: ‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE   Lun 1 Juil 2013 - 20:23

Merciiii  & Le tien est classe aussi
*je flooooode pas*
Amuses toi bien parmi nous !  
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MessageSujet: Re: ‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE   Lun 1 Juil 2013 - 21:05

Gosh, quand je vois la taille du questionnaire, j'ai peur pour ton histoire
Bienvenuuue en tout cas, amuse-toi bien parmi nous :coeur:
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MessageSujet: Re: ‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE   Lun 1 Juil 2013 - 22:28

EMILIA CLARKE   
Welcome !
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MessageSujet: Re: ‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE   Mar 2 Juil 2013 - 8:22

La magnifique Emilia :coeur:
Bienvenue sur TH, et bon courage pour ta fiche ! :coeur:
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MessageSujet: Re: ‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE   Mar 2 Juil 2013 - 12:51

J'adoooooooooooore votre histoire avec Abraxas ! Du moins ce que j'ai pu en lire sur sa fiche
Vraiment vraiment hâte de voir ce que la tienne va raconter :gnni:
Bienvenue
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MessageSujet: Re: ‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE   Mar 2 Juil 2013 - 19:58

rayan ; :love:

rylie ; il ne faut pas, voyons.  j'ai l'habitude de faire long au questionnaire mais le reste sera plus... "normal". Arrow mercii. I love you

eymeric ; omfg. henry caviiiill.  est-ce que je peux me jeter sur toi, dis ? (mercii. )

aerith ; j'vois que emilia a beaucoup de succès.  c'kool, vous viendrez me demander des liens, comme ça.  anyway, mercii bien.

primrose ; haawn, merci.  c'vrai que l'histoire en jette, dans sa fiche, à l'autre grognasse.  et on est deux à avoir hâte de voir c'que ça donnera sur ma fiche, tiens. Arrow en espérant ne pas te décevoir, dans ce cas. :gnni:
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MessageSujet: Re: ‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE   Mar 9 Juil 2013 - 18:24

(désolée de l'attente )superbe fiche je te valide immédiatement! I love you


te voila validé
" real life starts now "

Te voilà validé, félicitation Tu peux dès à présent poster des rps, mais pense également à créer une fiche de liens et un journal de rp. N'oublie pas non plus de recenser ton métier. Tu peux également créer un scénario, c'est par ici. Pour finir, n'oublie pas de te tenir au courant de l'intrigue en cours sur le forum par .
Encore une fois bienvenue sur The Hunted, et bon jeu ! I love you

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‟ DIG UP HER BONES BUT LEAVE THE SOUL ALONE

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