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 (Callahan twins) I am folded, and unfolded, and unfolding, I am colorblind.

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SUR TH DEPUIS : 15/03/2015
MessageSujet: (Callahan twins) I am folded, and unfolded, and unfolding, I am colorblind.   Ven 24 Juin 2016 - 0:51

Noeh marmonne sur le chemin jusqu'à l'appartement de sa sœur. Il cherche la meilleure façon de présenter ses excuses. Il s'est planté avec Laura, avec Aspen, puis avec Lorcan et aussi avec Pietra, même si les choses avec elle étaient moins difficiles à gérer qu'avec les autres, alors aujourd'hui, il ne veut pas commettre la moindre erreur. Ça va bien se passer. Il va lui prouver qu'il a commencé à rouvrir les yeux, qu'il lui reste encore du chemin, mais qu'il est sur la bonne voie. Lui dire aussi qu'elle avait raison : Noeh, son frère, son jumeau, il était vraiment encore là, et que tous ces mois à lui faire du mal c'était autant pour se protéger elle que lui. Surtout elle. Blesser Sam est un des impairs les plus terribles qu'il ait pu commettre. C'est une évidence que le Callahan ne peut pas nier et qu'il ne veut pas nier. Il a brisé beaucoup de choses entre eux mais... il est là, maintenant. Il ne veut pas donner l'impression de revenir avec un sourire sur le coin de la figure et des excuses dégoulinante de bons sentiments sauf que c'est un peu tout ce qu'il a en réserve. Une envie sincère de tout arranger et une volonté de fer pour y parvenir. C'est tout ce qu'a Noeh pour parvenir à ses fins. Il est pas rendu, il est même foutrement mal parti quand il ne peut que se souvenir de leur anniversaire qu'il a piétiné du début à la fin, néanmoins il continue de marcher. Il poursuit sur sa lancée, persévère dans sa quête des termes exacts à employer dans une telle situation, grimpe les marches jusqu'au bon étage, chasse les souvenirs de la nuit d'avril de sa mémoire, se plante devant la porte de Sam, lève le point devant lui et... il le laisse redescendre lentement. Il appréhende. Noeh redoute ce qui peut se passer. Il est rare pour lui de se laisser gagner par tout ça, sachant les torts que cela a pu lui causer par le passé, notamment avec Aspen, toutefois ce moment n'est pas comme les autres. Le pianiste a beau se persuader que sa réserve quant à la mutation de sa jumelle peut évoluer, se faire oublier, disparaître, il se connaît assez pour savoir que la moindre brusquerie à ce sujet, après sa mésaventure avec Adriel, peut tourner au drame. Et de façon plus terre à terre encore, Noeh a la trouille de rester derrière cette porte. Il tente de ne pas s'imaginer le pire avant de l'avoir vécu, mais si Sam n'ouvre pas cette porte, il n'envisage pas de suite. Il n'a pas réussi à en prévoir une ; parce que ça va marcher. Hors de question de laisser du terrain au doute.

Sam ?”, que Noeh appelle. Il se met à tendre l'oreille, dans l'espoir de desceller le moindre bruit annonciateur de la présente de sa jumelle. Pour peu, il a presque le tympan collé contre le bois. Et son esprit se met à supplier Sam de bien vouloir faire l'effort de pas le laisser en plan comme ça au beau milieu du couloir. C'est con. Complètement bête s'ils en sont arrivés à ce stade par sa faute, et il vient justement pour essayer de se faire pardonner, en tentant de passer outre le fait qu'il a été le pire des frères la dernière fois qu'ils se sont vus. Son “C'est m...” s'évanouit de plus belle à cette simple pensée. Un c'est moi semble peut-être redevenu un peu trop familier entre eux après tout ce temps à avoir divergé de son rôle de jumeau. Noeh en est arrivé à l'étape où douter de ce qu'il peut faire ou non devient une évidence, et il espère sincèrement qu'il va réussir à réparer tout ce qu'il a détruit. Il fait des petits pas en avant ; le premier avec Laura, un second avec Aspen, un autre avec Lorcan, la discussion avec Pietra... Il avance de façon toujours aussi maladroite, comme à sa grande et mauvaise habitude, mais il fait son petit bout de chemin pour rattraper le temps perdu. Noeh ne sait pas si le piano et sa rencontre avec ce gars au bar y ont joué pour beaucoup dans cette quête de pardon, ça n'en est pas moins un point de départ crucial pour une marche-arrière qui a tardé à pointer le bout de son nez. “C'est Noeh ! Ouvre !”, qu'il reprend, d'un ton plus franc. Elle va pas le laisser planter là. Sam sait très bien que si elle, elle peut s'avérer bornée, elle a son égal de l'autre côté de la porte qui n'attend que de lui démontrer qu'il n'a rien perdu de sa persévérance. S'il doit rester planté là une bonne partie de la nuit, de la journée, du lendemain et du surlendemain, l'empêchant de surcroît de pouvoir sortir de chez elle, il le fera.

D'ailleurs, il se met à hausser les épaules face au manque de réponse. La patience, c'est toujours pas son truc, et Noeh est excellent quand il s'agit de forcer les autres à dépasser certaines limites. Dire qu'il est doué pour générer la colère chez autrui serait un euphémisme. Suggérer que Sam a toujours été l'une de ses victimes favorites à ce petit jeu... une erreur presque monumentale. Et pourtant si vraie. Croisant les bras, le Callahan vient appuyer son épaule gauche contre le mur près de lui.  “Je peux aussi parler depuis derrière la porte. Je l'ai déjà fait pleins de fois quand on était gosses, je suppose qu'il y a des habitudes qui ne se perdent pas”, qu'il intime d'une voix un peu plus forte. Peut-être que Sam est retranchée tout au fond de son petit appartement, après tout, alors autant l'aider à ne rien rater de ce qu'il peut dire. Elle peut pas avoir oublié le nombre de fois où elle lui a claqué la porte au nez au Manoir parce qu'il était trop lourd ? Elle peut pas avoir zappé le nombre d'heures inimaginable qu'il a passé à vouloir obtenir des réponses sur sa vie, assis derrière la porte ? Ni même les chansons qu'il a inventé à ce sujet pour essayer de l'amadouer... La plupart du temps, Noeh se faisait jeter par un de ses parents qui passait par là et qui ne supportait plus de l'entendre geindre pour rien. Quand Sam s'y mettait, il est vrai qu'elle était aussi bavarde qu'une porte de prison. M'enfin, ça n'avait jamais arrêté Noeh. Ça ne l'arrêtera pas non plus aujourd'hui. Il joue une carte dangereuse en évoquant le passé aussi franchement, après tout ce qu'il lui a fait, mais il... il a besoin d'elle. Il a envie que les choses redeviennent ce qu'elles étaient, il va tout faire pour ne pas avoir peur, il est prêt, il peut le faire. Pour elle. Pour Sam. Elle doit juste se souvenir qu'il est très lent quand il s'y met, qu'il lui a toujours fallu plus de temps qu'elle pour se faire à certaines choses ; Noeh reste Noeh, malgré l'accident, malgré l'éloignement qu'il a engendré, ce qui signifie un jumeau toujours un peu paumé, trop impulsif, pas assez réfléchi, qui apprend toujours de ses erreurs à un moment ou un autre. Se raclant la gorge, le futur assistant du lycée de Radcliff lève les yeux au ciel. “Et tu vas même pas avoir à tendre l'oreille cette fois vu que je vais hurler dans le couloir jusqu'à ce que tu te décides à venir m'ouvrir cette foutue porte Sam !” Et il a haussé pour de bon la voix. Si Sam doutait de sa détermination, elle va être servie. Le Callahan sait qu'il devrait être en train de montrer patte blanche plutôt que de s'égosiller derrière la porte, sauf que dans sa logique de ne jamais faire comme les autres, Noeh préfère un retour fracassant dans la vie de sa jumelle, un début de retrouvailles à son ingénieuse façon.

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MessageSujet: Re: (Callahan twins) I am folded, and unfolded, and unfolding, I am colorblind.   Sam 2 Juil 2016 - 18:00

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Sam. C'était la première chose qu'elle avait entendu en commençant à gravir les escaliers, la stoppant nette dans sa progression. Tendant l'oreille, se persuadant un instant d'avoir simplement rêvé cette interpellation floue lui étant parvenue d'entre les planches, le silence qui s'ensuivit persuada la Callahan de poursuivre, balayant son hésitation. Jusqu'à ce que l'on recommence à parler plus fort, les mots étouffés par les étages, et que la contrariété ne reprenne de plus belle. Si c'était encore l'ex énervé de sa voisine qui comptait passer la nuit à la menacer, la brune allait se faire une joie de l'expédier dans la cage d'escalier. Personne n'allait l'empêcher de se vautrer devant une série, ce soir, pas après ce service plus que merdique au bar où Mikael s'était un peu trop emporté en brisant l'une des vitres de la façade dans un fabuleux lancer de tabouret. Elle n'avait pas que ça à faire, d'essuyer les plâtres de la jalousie délirante de ce mec, et si elle s'en foutait bien qu'il vienne emmerder la fille d'à côté, elle ne tolèrerait pas qu'il passe une nuit de plus à beugler dans le couloir en empêchant tout le monde de dormir. Elle était à peu près certaine de le maîtriser, depuis qu'elle avait repris les entraînements avec Parrish et que sa force se rétablissait doucement. D'une main, la brune composait déjà sur son portable ses envies assassines à son égard, prête à envoyer le texto à Lorcan qui pâtissait également des vociférations de l'emmerdeur quelques nuits par semaine. Mais ce fut une toute autre voix qui reprit, quelques mètres au-dessus de sa tête, la tétanisant une seconde fois. Parce que cette fois, elle l'avait reconnue, cette voix si familière. Noeh. Noeh était là, bel et bien là, et il lui fallut quelques longues secondes pour digérer l'information, pour se débattre avec les sentiments qui l'envahissaient subitement.

L'envie de rebrousser chemin se battait contre celle, plus cruelle, de simplement regagner son appartement en lui refermant la porte au nez. Le coeur hargneux n'avait plus de place pour la tendresse, et elle serait assez forte pour lui intimer de dégager, comme il avait si bien su le faire deux mois plus tôt. La rancune de Salomé n'avait aucune limite, et elle n'avait rien perdu des moindre détails qui avaient composé leurs précédentes retrouvailles. Du mal qu'il avait pu causer sur son passage, la laissant certaine de ne jamais en avoir autant provoqué elle-même, de ne pas mériter tant d'acharnement. Elle l'avait toujours défendu, envers et contre tout, quitte à l'engueuler une fois seuls sans ne jamais le trahir en public. Elle n'avait commis qu'une erreur, celle de naître anormale, et en avait été la première horrifiée. Mais rien n'avait jamais été si douloureux que la réaction de son jumeau. Noeh n'était pas seulement la personne qu'elle aimait le plus au monde, mais aussi celui pour lequel son coeur s'effritait avec bien trop de facilité, là où nul autre n'avait jamais su l'atteindre. Ce pouvoir qu'il avait possédé sur elle depuis leur naissance, Salomé avait cru en prendre l'entière conscience un an plus tôt, lorsqu'il l'avait abandonnée malgré lui en enjambant la rambarde de ce balcon.  Et elle avait compris à quel point elle avait pu s'y méprendre, surestimer cette douleur qu'elle avait alors jugée insurmontable, lorsqu'il lui avait sciemment tourné le dos à trois reprises durant cette année. Si la première avait été facilement pardonnée, la brune s'accablant en n'éprouvant aucune once de rancoeur envers sa moitié, la seconde était moins bien passée, la laissant ruminer une certaine amertume lorsqu'il avait choisi de se détourner une fois de plus le jour de leur anniversaire. Mais la brune n'avait pas été prête à abdiquer, joignant ses efforts à ceux d'Aspen pour assurer une nouvelle rencontre, la peuplant des visages qu'il avait tant apprécié par le passé en espérant se fondre dans le décor, se tenir à ses côtés sans l'effrayer, sans lui inspirer ce dégoût qui n'avait pourtant que trop transparu une fois de plus sur ses traits. Par cette nuit de juin, c'était la colère qui s'était mêlée à la peine, la détresse de la jumelle qui l'avait senti lui filer entre les doigts sans qu'elle ne puisse espérer le retenir. Le message avait été clair, et pourtant, encore une fois, Salomé ne s'était pas résignée. Parce qu'il ne s'agissait pas d'un copain, d'un type de passage dans sa vie, d'une personne à laquelle elle pouvait dire adieu sans se perdre au passage. Il n'y avait pas d'aurevoir possible entre eux, à jamais attachés l'un à l'autre par ce même sang qui animait leurs coeurs, leurs êtres tout entier, ce qui avait parfois des airs de malédiction lorsque penser l'un à l'autre n'éveillait plus que la souffrance. Pourtant, la rupture s'était imposée, brutale, à de trop nombreuses reprises, semblant  assumée par le jeune homme, comme si elle était la seule à ne pas daigner ouvrir les yeux sur l'état de leur relation, sur cette fin inéluctable que son frère semblait dessiner pour deux. Si assumée qu'il ne s'était pas inquiété, durant les attentats, la négligeant une fois de plus, une fois de trop, lui brisant le coeur pour de bon. C'était sûrement à ce moment précis, que la brune s'était trompée une nouvelle fois, s'imaginant avoir atteint le paroxysme de la douleur que pouvait lui inspirer son frère, lui coupant toute envie de renouer le contact, lui octroyant le privilège de l'avoir suffisamment blessée pour que jamais plus la dégénérée ne s'ose à l'approcher de nouveau. Là était sûrement son but, c'était l'option la moins difficile à digérer pour la Callahan, l'imaginer terrifié à sa simple évocation, incapable de la côtoyer avec cette mutation rongeant ses gènes. La seconde était qu'il s'en foutait, purement et simplement, et qu'il n'avait pas eu plus de difficulté à l'effacer de sa vie qu'il n'avait pu en éprouver avec n'importe qui d'autre. Cette idée qui la glaçait lorsqu'elle s'introduisait dans son esprit fatigué, qu'elle repoussait tant bien que mal, parce que même à bout, elle n'avait pas été capable de renoncer à son frère. L'espoir avait persisté, encore et encore, jusqu'à l'accident d'Aspen. Jusqu'à ce qu'une vérité qu'elle avait effleuré durant les dernières semaines ne vienne la heurter plus encore que tout ce qui avait précédé. C'était celle qui lui revenait comme une brûlure lancinante derrière les côtes, ranimée par la voix de Noeh, par sa présence soudainement trop proche, trop réelle. Celle qui n'avait pas tardé à piétiner le soulagement de le savoir enfin là, enfin de retour auprès d'elle. Cette douceur qui avait envahi sa chair, apaisé le tiraillement de son esprit à son souvenir, parce qu'il lui était revenu, qu'il ne l'avait pas oubliée, qu'il ne s'en foutait pas. Cet étourdissement qui aurait pu l'affaiblir suffisamment pour en oublier chacun de ses griefs à son égard. Si la rage sourde et la déception viscérale n'avaient pas animé son palpitant depuis trop de jours et de nuits. Depuis que Lorcan lui avait confirmé ce qu'elle savait déjà à moitié. Une donnée qui suffisait à faire pencher la balance, à déséquilibrer ce qui lui restait de dévotion à l'égard de son jumeau. L'idée qu'il l'ait abandonnée sous le prétexte de sa monstruosité, cette tare pour laquelle elle n'avait eu de cesse de s'excuser, là où cette même tare semblait bien moins monstrueuse lorsqu'elle était portée par une autre, qu'elle ne connaissait que trop bien. Aucune difficulté semblait-il, à aller jusqu'à se révéler si intime avec ce qu'il jugeait si ignoble et indigne de sa simple compagnie lorsqu'il était question de sa jumelle, quitte à la laisser seule au pire moment de son existence, sans se priver de foncer se perdre dans les bras d'une féminine Adriel. Sa main s'était crispée sur la rampe de l'escalier, quelques secondes à l'écouter s'égosiller en ramenant le passé sans la moindre hésitation, la hérissant un peu plus encore. Gravissant les marches en essayant de canaliser la fureur qui bouillonnait dans ses veines, la brune arriva sur le pallier alors que Noeh commençait tout bonnement à hurler, brusquant le semblant de calme qu'elle peinait encore à conserver. « Putain, c'est tout ce que t'as trouvé, sérieusement ? » S'annonçant sans plus de cérémonie dans son dos, le visage figé dans un masque glacial, iris tempétueux braqués sur lui qui se retournait. « Qu'est-ce-que tu fais là ? » Les mots sonnaient avec un tel agacement que la brune en fut presque surprise, conservant pourtant cet air blasé, ne tenant pas à lui donner la satisfaction de s'énerver face à ce petit jeu qui la braquait pourtant si bien par le passé. « Tu savais plus où t'allais, ou quoi ? Tu t'es trompé de chemin ? » Cinglante, la brune détacha son regard du sien en avançant le plus naturellement du monde vers sa porte d'entrée, y tournant la clé avant de l'ouvrir d'un mouvement un peu plus vigoureux. « Y'a rien pour toi, ici. Tu peux faire demi-tour. » Un simple regard en biais, un éclat dans les prunelles contrastant avec ses paroles acerbes, alors qu'elle s'enfonçait dans son appartement, pressée de lui tourner le dos pour de bon. Ne refermant pas derrière elle, laissant la porte grande ouverte, sans se laisser le temps d'y réfléchir. Parce qu'une partie d'elle n'avait pas la moindre envie de le voir se détourner. En cela sans doute les choses n'avaient-elles pas réellement changé. Noeh avait été et resterait sa plus grande faiblesse.

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MessageSujet: Re: (Callahan twins) I am folded, and unfolded, and unfolding, I am colorblind.   Ven 8 Juil 2016 - 20:51

Noeh fronce les sourcils quand il entend la voix de sa sœur lui répondre dans le couloir. Se retournant brusquement, il perd presque l'équilibre alors que son épaule revient s'appuyer contre le mur. Il ne trouve rien de mieux pour répondre à sa question, d'abord, que de lui offrir un petit sourire fier. “Ouais.” Il a trouvé que ça et il est content que ça ait fonctionné. Elle est là. Juste devant lui, le fusillant du regard, accompagnée de questions plus incisives les unes que les autres, mais elle est là. “Et ça a marché, alors...” Un petit haussement d'épaules, le pianiste sait qu'il part déjà mal. Sa jumelle n'a pas l'air d'humeur à parler, il ne faut pas être devin pour saisir que ce n'est ainsi qu'avec lui. Il se souvient très bien de leur dernière discussion, de la fin de leur anniversaire sur le toit du lycée, de sa colère à son encontre et de sa déception, il n'est pas dupe sur le fait qu'il va devoir se mesurer de nouveau à tout ça dans les prochaines minutes s'il perdure à ses côtés. Ce qu'il a l'intention de faire même si elle le menace du pire. S'il s'écoutait, il ouvrirait grand les bras et l'obligerait à le serrer contre elle durant des heures, mais... Noeh tient à son nez et sa vie. Et s'il n'a jamais concédé ce fait évident, par fierté, depuis toujours, Sam est bien celle des deux qui possède le plus de force et d'agilité sous le coude. Sachant qu'elle a encore pas mal de choses à évacuer avant de pouvoir le prendre dans ses bras sans ressentir l'envie de le massacrer, le pianiste se dit qu'il ne vaut mieux pas précipiter les choses. Noeh est juste content de la voir. Heureux de constater qu'elle va bien, qu'elle n'a pas vraiment changé et qu'elle a gardé ce même regard agacé quand elle le regarde. Ça prouve qu'elle ne l'a pas oublié. “Je...”, que le pianiste commence à vouloir s'expliquer, sans pouvoir poursuivre. Sam l'empêche de s'exécuter, enchaînant les questions glaciales sans outre-mesure. Bien, ça s'annonce plus compliqué que prévu.

Trompé de chemin ?”, que répète Noeh avec un petit sourire en coin. “C'est pas ta porte ?” Sa question tombe au moment où  sa jumelle ouvre la porte et entre dans son appartement sans lui adresser un mot de plus. Le Callahan la regarde s'aventurer au loin, murmurant un : “J'me disais bien aussi...” moqueur sans perdre plus de temps. A son tour, il fait un premier pas dans le petit habitacle. Pour le demi-tour, on repassera. A la place, Noeh est assailli par le souvenir de sa dernière visite en avril. Il se revoit hurler sur sa sœur des choses qu'il n'aurait jamais dû dire, il se souvient de la panique qui l'empêchait de réfléchir correctement à cause de ce bracelet à son poignet. Il serre un peu les dents, son sourire s'évanouissant dans le même temps. Il sait que la prochaine heure, peut-être plus, va être compliquée à gérer, pour lui comme pour Sam, mais ils ont besoin de mettre les choses à plat. Il est venu pour s'excuser, pas pour envenimer les choses. Il évitera au maximum les sujets délicats et tentera de ne pas s'emporter même quand les choses dégénéreront un peu... parce qu'il est évident qu'une discussion entre les deux jumeaux Callahan ne restera pas calme très longtemps. Ça n'a jamais été le cas quand ils étaient plus jeunes, les choses n'ont pas changé aujourd'hui, encore moins quand on pense à tout ce qu'il a fait ces derniers mois. Poussant un soupir, Noeh décale la tête sur le côté pour tenter d'apercevoir Sam, partie se planquer il ne sait où. “Je ferme derrière moi ! N'importe qui pourrait rentrer sinon, c'est pas prudent !”, qu'il indique, recommençant à s'égosiller pour qu'elle n'oublie pas de revenir dans le salon.

Une fois la porte claquée, il recommence à arborer un petit sourire. “T'as besoin d'aide ?”, qu'il reprend. “Tu fais quoi ?!” Noeh sait qu'il pousse déjà le bouchon trop loin, mais s'il ne fait pas ça, sa visite n'aura servi à rien. Ils doivent parler – se balancer tout ce qui doit être balancé pour pouvoir renouer. Il est peut-être con, chiant, emmerdant à souhait, il est peut-être le mec le plus idiot qui fait partie de sa vie, mais lui, elle est obligée de le supporter. C'est sa jumelle, sa moitié, celle qu'il a blessé alors qu'il n'aurait jamais dû le faire. Celle dont il va arrêter d'avoir peur parce qu'elle ne mérite pas ça. Celle qu'il aurait dû venir voir plus tôt et aussi celle face à qui il accumule les pires bêtises depuis trop de temps. Si Noeh est prêt à réparer ses erreurs, il n'a d'autre choix que de pousser Sam à le suivre dans cette nouvelle folie. D'où son petit ton chantant quand il lui pose des questions, d'où son petit air je-m'en-foutiste qui n'a rien à faire ici, dans le seul but de la voir débarquer dans cette pièce à bout de ses capacités de tolérance à son égard. Et si ça ne suffit pas pour l'y mener, le pianiste a encore plus d'un tour dans son sac. Continuant de détailler la pièce qui l'entoure, le Callahan jette un coup d’œil au pansement qui entoure sa main. Ce dernier est trop voyant pour rester à la vue de Sam, il n'a pas envie de se justifier sur comment il s'est blessé, pourquoi, devant qui... Sa main vient se loger dans la poche de sa veste à capuche rouge, histoire que ce détail passe inaperçu. Si sa jumelle va s'énerver pour tout un tas de trucs, avoir emmerdé Aspen à l'hôpital, l'avoir faite pleurer alors que c'était tout sauf le moment pour le faire, ça ne passera pas. Et là, il perdra la vie. Alors plutôt que de donner le bâton pour se faire battre, Noeh le dissimule avec précaution avant de se remettre à ouvrir la bouche : “J'peux m'installer comme si j'étais chez moi ou y'a des règles à suivre ?” Inspirant doucement, il attend une ou deux secondes avant de s'aventurer sur un terrain dangereux. Toujours dans l'idée qu'ils doivent crever l'abcès pour avouer tout ce qu'il y a à avouer, dire tout ce qu'il y a à dire. “Je demande, je sais pas si ça a changé depuis la dernière fois que je suis venu...

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MessageSujet: Re: (Callahan twins) I am folded, and unfolded, and unfolding, I am colorblind.   Jeu 21 Juil 2016 - 18:44

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when I was at my worst, down on my knees.

Elle luttait pour ne rien dire, Sam, pour tenir sa langue alors que celle-ci menaçait de répandre toutes les paroles venimeuses qui restaient coincées dans sa gorge, incapable de rétorquer, pas alors que sa seule présence la bouleversait. Jetant ses clés sur la table basse avant de retirer sa veste, elle se raidit un peu plus en entendant la voix de Noeh dans son dos, traversant son appartement jusqu'à disparaître dans le couloir, tenant à mettre un maximum de distance avec lui. Elle reconnaissait à ses airs chantants le présage d'une patience qui n'allait pas tarder à lui filer entre les doigts, parce qu'il avait toujours eu le don de la pousser à bout en s'exprimant sur ce ton tout sauf naturel. Rien qu'à l'entendre fanfaronner dans le salon, ça lui hérissait le poil, à se demander ce qu'il venait foutre ici, si ce n'était la torturer un peu plus qu'il ne l'aurait déjà fait au cours des mois passés. Conserver le silence, c'était le premier point, celui de retrouver son calme semblant compromis par la simple présence de Noeh chez elle, ce qui n'était pas compatible avec une éventuelle discussion posée. Il y avait bien trop de rancoeur, trop de non-dits qui ne manqueraient pas de fuser hors de son contrôle s'il restait, et plus encore s'il continuait à la titiller. Repassant dans le salon sans un regard pour son frère, la Callahan s'enfonça dans la cuisine pour se servir un verre d'eau, ignorant autant que possible les questions qui carillonnaient dans le salon. Ignorant sa présence tout court. Comme si c'était possible, juste quelques secondes. Mais non. Non, ça n'était définitivement pas possible d'ignorer la présence de Noeh, parce qu'il ne se laissait pas faire, jamais, et que tous les efforts du monde n'y changeraient rien. Il était là, bel et bien là, et si elle voulait qu'il s'en aille, elle devrait certainement se charger de le traîner elle-même jusqu'à la porte d'entrée. En général, ça ne se terminait pas bien, lorsque l'un essayait de contraindre l'autre à faire quoique ce soit. Ils étaient sûrement trop fortes têtes, ils l'avaient toujours été. A se voler dans les plumes sans se ménager, lorsque les nerfs étaient à bout, pour toujours se pardonner sans broncher par la suite. Ce n'était pas vraiment un problème, ces disputes qu'ils avaient pu avoir par le passé, la plupart du temps pour des broutilles, à se provoquer en sachant si bien faire sortir l'autre de ses gonds. Leur complicité n'avait jamais manqué d'amplement compenser leur habilité à se conduire en vraies têtes de mûles, jusqu'à aujourd'hui. Jusqu'à ce que les choses s'aggravent tant et si bien au fil des mois que Sam en était venue à se demander si elle n'allait pas finir par le perdre. Et s'il n'allait pas finir par la perdre, elle aussi. Le côté insensé de cette idée, la certitude que c'était impossible - parce qu'elle ne l'aurait tout bonnement pas supporté - n'avaient pourtant pas rendu des pensées moins douloureuses, ces perspectives inconcevables qui s'étaient pourtant installées dans un coin de sa tête. Jamais ce genre de crainte n'aurait dû germer dans son esprit, à l'égard de son jumeau. Et pourtant, elle s'en était voulue, autant qu'elle lui en avait voulu de les avoir conduit dans cette impasse. D'abord lui, qui l'avait repoussée jusqu'à l'excès, puis elle qui avait laissé la colère l'emporter sur tout le reste. Un peu plus encore alors que les mots de Noeh parvenaient à ses oreilles et lui lacéraient les tympans, ramenant à ses tempes les souvenirs de cette dernière fois si finement évoquée. Elle ne pouvait pas laisser passer ça, cette provocation qui venait la tourmenter un peu plus encore, sans qu'elle n'en cerne la raison.

Posant brutalement son verre sur le plan de travail, son regard se braqua sur son frère, son sang ne faisant qu'un tour sans lui laisser le temps de réfléchir à ce qui allait bien pouvoir lui échapper. « C'est pour ça que t'es venu ? Pour te remémorer de bons souvenirs ? » Acerbe, Sam s'avança de quelques pas, s'enfonçant dans le salon alors qu'un sourire irrité prenait place sur ses lèvres. « Ceux de la dernière fois que t'es venu ? C'était si plaisant que ça ? Curieux. Parmi tous ces bons moments passés ensemble j'pensais que t'aurais plutôt misé sur notre anniversaire. Ou sur la soirée sur le toit. Vraiment, j'pense que tu peux mieux faire, si tu tiens tant à te pointer chez moi les mains pleines de nostalgie à partager. » Croisant ses bras sur sa poitrine pour calmer les tremblements naissants au bout de ses doigts, la brune leva le menton en abaissant un regard sombre sur sa moitié, cherchant dans son regard la véritable raison de sa présence chez elle. « Mais vas-y, fais comme chez toi. C'est pas comme si t'en avais quelque chose à foutre de ce que je pense, de toute manière. Tant que je pense pas trop fort dans ta tête, bien entendu. » Serrant les dents en sentant son sang-froid commencer à se faire la malle, la brune réalisa après-coup que c'était la première fois qu'elle ramenait sa mutation dans la conversation, d'autant plus de manière si abrupte. Elle ne se le serait peut-être jamais permise, avant de voir ses doutes confirmés en ce qui concernait Pietra. Désormais, elle n'avait plus envie d'arrondir les angles, pas après ces semaines d'absence. Si elle ne se sentait pas plus à l'aise qu'avant en ce qui concernait cette saloperie qui lui brûlait les neurones, elle ne comptait pas taire le sujet pour autant, pas maintenant qu'elle l'avait en face d'elle, pour la première fois depuis deux mois. « Mais dis-moi, Noeh. Qu'est-ce-qui t'a pris au juste de te pointer chez moi aujourd'hui, de t'incruster comme ça après deux mois sans la moindre nouvelle ? » Par là, c'était surtout à la soirée des attentats que la brune faisait référence, accentuant bien ses paroles dans une rancune des plus tenaces. Un faux air songeur démêla ses airs maussades durant quelques secondes, juste le temps d'assembler toutes les mauvaises ondes qui circulaient dans sa tête. « Tu t'ennuyais ? Tu t'es rappelé que j'existais, que t'avais une soeur ? Non. Non, ça, tu l'as oublié, tu l'as totalement oublié le jour où je t'ai abandonné, hein. » Jouant de son ton comme si elle venait de réaliser sa bêtise, parce qu'il n'était pas le seul à savoir se montrer des plus désagréables et que la brune n'en était encore qu'à l'échauffement, le ventre noué de cette hargne qui ne cessait de la rendre malade depuis une semaine. « T'as gagné, je t'ai foutu la paix. C'était bien ce que tu voulais, hein ? Alors pourquoi tu reviens, maintenant que t'as bien eu tout ce que tu voulais de moi ? » Elle attaquait sans relâche, allant directement à la morsure sans prendre le temps d'aboyer, de prévenir de ce ressentiment invincible qui l'envahissait dès qu'elle pensait à lui. Et ça lui faisait un mal de chien, là, au fond de la cage thoracique, s'éreintant physiquement à extérioriser des mots qu'elle n'aurait jamais songé prononcer à haute voix.


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MessageSujet: Re: (Callahan twins) I am folded, and unfolded, and unfolding, I am colorblind.   Ven 29 Juil 2016 - 12:27

Un léger sursaut secoue Noeh quand le bruit du verre contre la table résonne tel un premier stop. Une demande de le voir s'arrêter dès à présent, cesser la moindre parole en l'air ou la plus infime des tentatives d'humour malvenue. Il y a tellement de choses cachées dans ce geste qu'il s'en retrouve bouche-bée ; un peu plus encore quand les prunelles furibondes de sa sœur se dardent sur lui. Un instant, il regrette. Il s'en veut d'avoir été aussi direct, crétin, d'avoir remis aussi vite sur le tapis une chose qu'ils auraient peut-être souhaité oublier tous les deux, un souvenir qu'ils auraient aimé ne pas se remémorer maintenant. Mais dans son regard, à côté de l'air désolé qu'il adopte soudain, s'impose un air différent, plus évident, qui ne sous-entend qu'un truc : faut en passer par là, Sam, faut vraiment en passer par là. C'est une excuse silencieuse, que sa jumelle remarque sans doute à peine tant sa provocation a marché du premier coup. Noeh a toujours eu un don pour ça, mais sa victime favorite et malheureuse, surtout aujourd'hui, restera à jamais Sam. Son adorable Sam qui a apparemment pas mal de choses à lui dire, ce que le pianiste ne peut que comprendre. Ils ne se sont pas vus depuis longtemps, il a merdé, elle lui en veut, plus que tous les autres sans doute. Au fil de ses mots, Noeh ne peut que se mettre enfin à sa place. Il saisit sa réaction car la sienne, si la situation avait été inversée, n'en aurait été qu'un copier-coller bien trop ressemblant. Pour le coup, il ne sourit plus. Plus du tout. Il s'efforce de garder son regard dans le sien plutôt que de le détourner, bien qu'il en meure d'envie, comme à chaque fois qu'il reprend en plein figure ce qu'il a fait, comme à chaque fois que la honte prend le pas sur la fierté mal-placée, préférant prouver à Sam qu'il ne va pas se défiler, cette fois. Même lorsqu'elle évoque sa mutation effrontément. Noeh tique un instant, son pouls s'accélère, son esprit s'échauffe malgré lui, malgré une volonté de fer de ne pas réagir, mais ne dit rien. Il laisse sa jumelle poursuivre, la laisse sortir et évoquer toutes ses erreurs qui lui ont fait beaucoup de mal à elle, qui ont fait bien trop de dégâts. Comme le fait de ne pas avoir pris de nouvelles. L'erreur fatale. Celle que lui a collé posément Lorcan dans la figure, quand ils se sont vus. Celle qu'il n'aurait pas dû commettre mais qu'il a osé sans même y penser. Oui, ce jour-là, il l'a oubliée. Il n'y a pas d'autres mots. Noeh encaisse sans se départir de ce visage terne, fermé, ou de cette envie de rétorquer qu'il tait sans détour. C'est à son tour de parler. C'est au tour de Sam de s'exprimer comme elle a le droit de le faire depuis longtemps alors qu'il n'arrivait pas à lui accorder cette liberté. Il est écrasant, le Callahan, quand il s'y met, au point où il ne mesure plus ce dont il prive ou non les autres. Parfois, il faut le confronter, lui balancer tout ce qui peut le calmer dans la figure et le freiner sans outre-mesure. Sam sait faire ça. Elle sait le faire quand il le faut, quand elle n'a plus le choix, quand elle le doit. Sam, c'est cette tête pensante du duo que Noeh a rejeté bien trop longtemps. La preuve : il n'a pas arrêté de déconner à partir du moment où il l'a repoussée.  

T'aurais préféré quoi ?! Que je revienne jamais ?” Noeh ne voulait pas crier. Il ne voulait pas s'emporter à son tour, se caler sur son modèle pour qu'au final cette conversation ne serve à rien. Ils en ont besoin mais les mécanismes sont rouillés. Ou, au contraire, ils attendent depuis bien trop longtemps de pouvoir à nouveau fonctionner et vont carburer à vive allure jusqu'à ce qu'ils n'en puissent plus. Noeh se souvient être capable d'hurler sur Sam comme d'avoir envie de la voir sourire la seconde suivante. Il en a toujours été ainsi avec eux : Sam est celle qui peut tirer le meilleur de Noeh comme en dégager le pire, le faire sortir de ses gonds en un claquement de doigts comme le faire rire aux éclats. Et le pianiste, il a de nature cette tendance à mal gérer les émotions fortes. La colère sort toujours de façon toujours plus négative, encore plus depuis sa rencontre avec Adriel, ainsi que toutes les choses qui sont arrivées ensuite, d'où cette première réaction qu'il ne veut pas avoir mais qui s'impose tout de même dans le moment. Jamais il n'aurait pu ne jamais revenir. Il part mal. Très mal. Serrant les poings, ses traits tressaillant alors qu'il jette un coup d'oeil à cette main droite, courbée et recouverte de son bleu démesuré, qui vient de souffrir de ce geste inconscient, Noeh secoue la tête. “Je...” Il cherche à s'apaiser, il cherche surtout les bons mots. Ceux qui pourront les empêcher de se déchirer pour de bon. Pour une fois, le pianiste essaye de ne pas réfléchir. Il ne veut que livrer à Sam ce qu'il a sur le cœur plutôt que de cogiter à nouveau, encore, toujours. “Ok, j'ai merdé. Sur toute la ligne. Je sais que j'aurais jamais dû avoir les réactions que j'ai eues, j'ai déconné, je m'en veux. Beaucoup. Je t'ai dit que tu pouvais compter sur moi et je t'ai laissé tomber. Dans le pire moment. Je sais pas si un jour tu pourras me pardonner mais j'aurais jamais dû faire ça, je le sais, je m'en rends compte, d'accord ? ” Cherchant le regard de sa jumelle, le visage embêté, il poursuit : “Je suis désolé de pas avoir demandé de nouvelles, j'ai pas réalisé... Je pensais pas que tu pouvais te trouver là-bas, tu sais, j'ai...” Un soupir lui échappe. “J'en ai pas demandé aux autres non plus...” Une justification puérile, bête, idiote, presque inutile. Elle doit s'en foutre, Sam, qu'il n'ait pas demandé de nouvelles aux autres. C'est elle qui compte, il le sait bien pourtant. “Je t'ai pas oublié, Sam. Je suis sans doute le pire des frères, mais ça j'aurais jamais pu le faire.” Sa main gauche vient masquer un instant son regard qui se brouille de fines larmes, à cause de ce qui se passe, à cause de ces pensées au sujet de la mutation de Sam qui recommencent à marteler son crâne, à cause de toutes ces choses qu'il a peut-être encore à dire mais qui n'arrivent pas à sortir. “J'avais besoin de prendre du recul. Tu me connais, si j'avais essayé de faire comme si de rien n'était, j'aurais déraillé à un moment ou un autre et je t'aurais fait encore plus de mal que je t'en ai déjà fait. Je voulais pas que ça arrive.” Enfin, sa voix s'apaise encore un peu. Il ne crie pas comme il a pu le faire en reprenant la parole un peu plus tôt, il pèse ses mots pour ne pas faire de nouvelle erreur. “Je suis venu pour m'excuser”, qu'il murmure, toute trace de sourire ayant définitivement disparu de ses traits. “Même si tu veux pas m'écouter, au moins je sais que tu m'auras entendu.

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MessageSujet: Re: (Callahan twins) I am folded, and unfolded, and unfolding, I am colorblind.   Mer 3 Aoû 2016 - 12:32

but i wonder where were you
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Les yeux écarquillés à ses premiers mots, Sam demeura un instant muette, incapable de rétorquer quoique ce soit tant sa gorge se nouait dans un mélange de peine et de fureur. Qu'il ne revienne jamais, c'était ce qu'il avait bien réussi à lui faire croire, à force, et l'entendre proférer cette menace à haute voix était encore bien trop douloureux. Parce qu'elle avait eu beau se le dire, se le redire, elle ne s'y était pas préparée du tout, elle s'était trompée. Jamais elle n'avait pu encaisser cette possibilité, pas même lorsque ses nerfs s'emportaient et qu'elle se le disait comme une vérité inéluctable. Elle ne pourrait jamais s'y faire, pas même après tout ce temps et cet éloignement. Jamais. Et c'était une faiblesse dont il semblait conscient, Noeh, c'était l'impression qu'il lui donnait à se révéler si injuste alors qu'elle finissait enfin par contre-attaquer. « J'aurais préféré que tu reviennes au moment où j'avais le plus besoin de toi ! » C'était sorti sans retenue, rebondissant sur ses mots à lui, lui crachant l'évidence comme si celle-ci lui lacérait la langue, comme si cela allait alléger ce poids qui lui comprimait les côtes. Pourtant, ça n'y changea foutrement rien, alourdissant un peu plus encore sa poitrine alors que ses traits se figeaient dans un masque d'incompréhension. A quoi s'attendait-il, au juste ? Qu'elle le remercie d'avoir enfin au la grandeur d'âme de revenir, passant outre les mois d'absence ? Cette seule pensée l'hérissait un peu plus encore alors que son regard s'obscurcissait, résonnant des foudres lointaines d'une colère qui ne souffrirait plus la moindre excuse. Elle se nourissait des paroles maladroites de Noeh, enflant dans son ventre alors qu'elle commençait sérieusement à bouillir, incapable de faire preuve de demi-mesure lorsque cela le concernait lui. C'était toujours vif, sans détour, lorsque les vannes finissaient par s'ouvrir en laissant échapper les mots entassés, les non-dits qui ne pouvaient s'exprimer sans brutalité. Crispant ses doigts dans ses avant-bras en essayant de se contenir, au moins le temps qu'il s'exprime à son tour, à ne pas trop s'avancer, à lui laisser une fois encore le bénéfice d'un doute auquel elle ne croyait plus vraiment. Ses excuses semblaient glisser le long de ses traits marmoréens, y ricocher avant de s'échouer à leurs pieds, Sam soutenant ses prunelles humides lorsqu'il la regarda à nouveau, crispant ses mâchoires en tentant de conserver ses airs implacables. Ses airs qui ne valaient plus grand chose, alors que les mots s'insinuaient malgré elle sous sa peau, réchauffaient doucement son épiderme à son grand désarroi. C'était trop facile, trop injuste, qu'il l'atteigne de la sorte, que ses grands yeux braqués sur elle et ces mots qu'elle avait tant attendu parviennent à effriter ses allures de reine des glaces. Qu'un coup d'oeil allant d'une grimace à sa main ne lui comprime l'estomac en apercevant les teintes violacées de cette dernière, la laissant un instant interdite, prête à l'interrompre pour lui demander ce qui lui était arrivé, s'il avait mal, s'il avait besoin de quelque chose. C'était affligeant, comme elle ne semblait retenir la leçon, comme les failles de son coeur oubliaient de se protéger, prête à foncer droit dans le mur à nouveau. Il ne pouvait pas se présenter chez elle, la bousculer comme ça, et chercher à décrocher un pardon qu'elle n'était pas certaine de pouvoir lui accorder, pas avec tout ce qu'elle avait encore à lui dire, tout ce qui serrait encore sa poitrine avec trop d'intensité. Il n'y eut qu'à l'évocation des autres que ses lèvres se pincèrent à nouveau, qu'elle se souvint lentement de ce qui lui avait fait le plus de mal, dans le fond. Cette étincelle tendre qui avait un instant modulé ses iris sombres se volatilisait lentement, cessant d'affaiblir son regard, cette vision qui se dessinait sous ses yeux en lui donnant envie de tout abandonner, de s'avancer et de le prendre dans ses bras, parce qu'elle n'avait jamais supporté la vue des larmes naissantes dans les yeux de Noeh. De prendre du recul. Les mots se dessinaient silencieusement sur ses lèvres, les répétant dans un murmure alors qu'elle secouait négativement la tête avant de lever les yeux au ciel. Encore plus de mal qu'il ne lui en avait déjà fait. Malgré ses traits froids, ses prunelles tressaillèrent, se reposant sur lui alors que son regard se brouillait quelques secondes. « Tu réalises vraiment pas. » C'était sorti dans un souffle, à peine audible, alors que Noeh achevait de s'expliquer. « Je crois que c'est toi qui n'entend pas. » Le calme sonnait faux, à peine maîtrisé, la voix déjà tremblante de la tempête qui se dessinait dans son regard alors qu'elle s'approchait, qu'elle venait se planter bien en face de lui. « Tu viendrais jamais ici, tu dirais jamais ça, si tu savais. » S'il savait ce qu'elle savait. S'il savait ce qu'elle avait enduré sans lui. « T'aurais jamais osé venir, si tu comprenais. » La marée montante de ses prunelles avait achevé de brouiller sa vue, de flouter les contours du visage de Noeh alors que sa voix s'éteignait doucement. Ses doigts tremblant se levèrent doucement, se posèrent sur sa joue, alors que ses paupières s'abaissaient en chassant les larmes qui roulaient déjà sur son visage. Il ne comprenait pas. Alors elle allait le lui montrer.

Le lien s'instaura dans une facilité déconcertante, la violence des souvenirs qu'elle ramenait à la surface explosant dans leurs esprits aux fils entremêlés. La douleur à ses tempes, les larmes à ses yeux, le brouhaha dans son crâne et ses mains aggripant ses épaules à lui, le secouant en se perdant en supplication, lui hurlant de se réveiller, pantin désarticulé étalé dans la pelouse, voix montantes à ses tempes, éveil de la mutation, début du cauchemar. Les visages au bar, les voix dans sa tête, les minutes passées à s'enfermer dans les toilettes, à tenter de reprendre pied, d'oublier. Son regard à lui, braqué sur elle, ses mots trop difficiles à encaisser, dans son appartement, son départ précipité, le chaos dans son crâne exteriorisé dans son appartement, les chaises renversées, les meubles balayés, la lame appuyée sur son avant-bras. Le parc, les effets secondaires du vaccin, le malaise lors de son examen final à la fac. Les heures prostrées sur son canapé, grelottantes, à espérer une fois de plus que tout s'arrête. L'anniversaire sur le toit. Les regards, les mots, destinés à résonner dans sa tête sans merci. L'angoisse des repas de famille. L'angoisse d'être suivie par Matthias, de le voir débarquer à l'improviste. La douleur, encore, de la migraine annonçant l'arrivée prochaine des pensées dans son esprit. Le bordel d'une année passée à s'écorcher les tempes, à sentir sa tête imploser à mesure que les voix se battaient à l'intérieur, sans qu'elle ne parvienne à les repousser. Les appels d'Aspen rejetés, les appels des parents rejetés, les heures de solitude, à se cogner dans les murs sans parvenir à sortir de son appartement la tête haute. Tout se mélangeait, donnant probablement cette sensation imminente de perte de connaissance, celle qui semblait si salvatrice dans le désordre des pensées, qui n'arrivait pourtant presque jamais, qui n'arriverait pas à Noeh non plus, alors qu'elle régulait le flux de ses pensées, ralentissant doucement la cadence, pour n'en laisser que deux se démarquer.

La première les ramenait dix-sept ans en arrière, alors qu'elle quittait un entraînement la boule au ventre, trébuchant sur le chemin qui la ramenait au Manoir, certaine de porter sur ses épaules le poids de la déception de ses parents face à cet échec, face à cet arrêt prématuré, alors qu'elle se plaignait de maux de tête, qu'après quelques scintillements brouillant sa vue elle ne pouvait continuer. Gravissant les marches, penaude, en se perdant devant la porte en ne trouvant pas la poignée derrière ses yeux brouillés, perdant quelques secondes à sangloter, à pleurnicher comme disait Matthias, alors qu'elle finissait enfin par entrer. Ses petites mains comprimant ses tempes pour faire taire la douleur, la môme partait s'effondrer sur le canapé, incapable d'emprunter l'escalier, de rejoindre sa chambre. Le temps se distendait alors que sa tête pesait de plus en plus lourd, rencontrant les affres d'une migraine pour la première fois de son existence, un grésillement montant crescendo à ses oreilles alors qu'elle se tortillait sur les coussins en serrant ses lèvres pour ne pas se remettre à pleurer. Jusqu'à ce qu'une main ne se pose sur son épaule, la poussant à soulever ses paupières humides, à distinguer un Noeh de neuf ans tout au plus qui se tenait à ses côtés, venant caresser son front pour y effacer la douleur. Évidemment, ça ne fonctionnait pas vraiment. Mais il était là. Il était là et c'était tout ce dont elle avait besoin.

La seconde s'installa doucement, la pénombre de ses paupières closes se découpant dans un calme soudain, un grand vide envahissant leurs esprits. « Je crois que t'as réussi. Je t'entends plus. J'entends plus personne. » Un soulagement sans nom glissait en chassant toute trace de douleur, l'esprit cotonneux s'apaisant enfin. « Je crois qu'on va enfin pouvoir parler sans être interrompues, j'vais faire vite, t'auras pas à utiliser ton truc longtemps, t'inquiète. » Les yeux s'ouvraient, se fixant sur une petite table en bois dans la pénombre du fond du bar, sur ses mains qui se trituraient nerveusement. « Je sais que vous êtes amis, mais avec ce qui lui est arrivé, et avec ton truc, là... Je serais plus tranquille si tu arrêtais de voir Noeh. » Et le regard se relevait, décidé. Et l'interlocutrice se dessinait, bien en face d'elle, de l'autre côté de la table, juste avant que ses doigts n'abandonnent la joue de son frère, que le lien se rompe entre leurs esprits et que Sam n'ouvre à nouveau les yeux sur lui. Pietra. Pietra et toute la rancoeur de savoir que s'il l'avait abandonnée, s'il n'avait pu supporter de la revoir, préférant la laisser seule, cela ne l'avait pas empêché de côtoyer Pietra. De choisir Pietra. De l'abandonner, elle.

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MessageSujet: Re: (Callahan twins) I am folded, and unfolded, and unfolding, I am colorblind.   Jeu 4 Aoû 2016 - 17:10

Noeh n'est pas le plus doué pour libérer ce qu'il peut avoir sur le cœur. Auprès des personnes qu'il connaît à peine, les critiques peuvent fuser. Elles passent ses lèvres sans outre-mesure pour atteindre en plein cœur, car elles savent qu'elles n'obtiendront peut-être pas de réponse ou simplement un regard de travers. Avec des inconnus, ce que le Callahan peut avoir dans la tête, ce sont des choses banales, normales à balancer pour lui, des choses dont il ne se préoccupe pas forcément. A cet instant précis, Noeh se dit qu'il aimerait avoir en face de lui une jeune femme qu'il n'a jamais connu plutôt que d'être contraint à véritablement livrer un peu de lui – partager ce qu'il pense vraiment après tout ce temps. Avouer ses torts, concéder ses erreurs, évoquer les souvenirs douloureux, ça le fait souffrir autant qu'à sa jumelle mais le pianiste sait qu'il ne peut pas arrêter : il est venu pour ça, aujourd'hui, il savait que les choses seraient difficiles à encaisser, pour eux deux. Seulement, lorsqu'il entend que c'est lui qui ne comprend pas, lui qui ne réalise pas, ses sourcils se froncent sous l'incompréhension. Comment ne peut-il pas comprendre alors qu'il tente désespérément de le faire ? Comment peut-il être encore dans le faux malgré ce pas en avant ? Ses lèvres forment un « quoi » silencieux qui s'intensifie dans son esprit alors que Sam approche doucement. Noeh retient le mouvement de recul lorsque sa main s'élève au niveau de son visage, ses doigts se déposant tout contre sa joue. Il le retient, le rejette et l'envoie valser au loin, tout comme la légère nausée qui manque le gagner dans le même temps. Les premières secondes qui s'écoulent, durant lesquelles le Callahan peut contempler les traits de cette jumelle qu'il a rendu meurtris, lui permettent de ne pas commettre l'irréparable. Noeh observe en silence, des yeux clos de Sam aux larmes qui s'en évadent, de son visage abaissé à sa main tremblante, la respiration absente et les pensées bouleversées. C'est au moment où il commence à entrevoir un souvenir qu'il est certain de ne pas avoir pu ressentir de la sorte qu'il s'autorise à coller un peu plus sa joue contre les doigts de sa sœur. Il s'efforce de ne pas craquer. Son cœur s'emballe sous la nervosité de l'instant mais il persiste et signe, ne bouge pas et cesse de respirer abruptement, il attend et écoute. Noeh veut comprendre, même s'il devine que ce qu'elle va lui montrer va lui faire du mal, juste pour que Sam puisse voir qu'il fait quand même l'effort. Voire qu'il est prêt à en faire plein d'autres à présent.

Les bribes de souvenirs l'obligent à froncer encore un peu plus les paupières, trop nombreux pour qu'il ait le temps d'en comprendre le sens, ni même pour qu'il puisse se souvenir avec exactitude de ce qu'il s'y passait ou non. La logique voudrait que ce soit normal puisque tous ces moments ont été vécus par Sam puisque... il s'agit de ce qu'elle a fait la dernière fois à leur anniversaire, sur le banc, pas vrai ? Noeh ne voit pas d'autre explication, il ne reconnaît là que le presque même mécanisme qui s'est tissé entre eux la première fois, rien d'autre. Plutôt que de songer au fait qu'il est effrayé par ce qui est en train de se passer, le Callahan se concentre sur ce que sa jumelle désire lui montrer. Il ne pense qu'à ça, pas au reste, plus au reste. En dépit de son crâne qui commence à le faire souffrir atrocement, une douleur lancinante prenant place à la droite de sa tête, Noeh ne bronche pas, encore moins quand une jeune Salomé apparaît sous ses paupières. Il la voit trébucher, il reconnaît le chemin qui mène jusqu'au Manoir, celui qu'ils prenaient dans la forêt parfois, celui qu'ils ont pris la dernière fois qu'ils sont allés près de la cabane. Le pianiste a l'impression que les larmes de sa jumelle roulent sur son propre épiderme, les ressentant avec une puissance exacerbée malgré le temps qui est passé depuis ce jour. Le mal de tête reprend de plus belle, une fois allongée sur le canapé, les larmes continuent de s'échapper en silence. Jusqu'à ce qu'une sensation vienne envahir le front de Noeh ; une présence, une caresse. Les yeux de Salomé s'ouvrent sur lui. La dizaine pas encore atteinte mais l'envie de bien faire déjà à l'esprit, le besoin de l'aider malgré son inaptitude à pouvoir le faire. Pourtant, un lointain sentiment de soulagement vient se nicher dans le cœur du Callahan, qui exerce une infime mouvement de recul face à ce dernier. Le contact avec Sam ne se rompt pas, mais l'instant est si étrange à revivre – à vivre – que les épaules du jumeau de la famille flanchent un peu.

Seulement après avoir inspiré longuement, Noeh vient redisposer sa joue contre la main de Sam comme avant. Il est même soulagé de constater qu'à présent le souvenir a laissé place au noir et au silence. Pour une fois que ces deux choses rassemblées ont quelque chose de rassurant, d'apaisant, le pianiste sent poindre une pointe de soulagement, lui aussi. Le besoin de répit, d'une pause bienvenue. Jusqu'à ce que les mots de sa jumelle n'attirent son attention. Pas à utiliser son truc ? A qui parle-t-elle ? Les choses semblent si réelles que Noeh doit se faire prudence pour se souvenir qu'il ne s'agit là que de ce qu'elle lui transmet par son contact, rien d'autre. Une lumière tamisée apparaît dans le champ de vision, et il reconnaît même la fâcheuse habitude de sa sœur à faire se rencontrer ses mains lors d'une situation embêtante ou qui lui déplaît. Enfin, les derniers mots ricochent contre les parois de son crâne. Le visage de la personne en face de Sam apparaît enfin et Noeh a à peine le temps de pouvoir la voir plus longtemps, après tout ce temps passé loin d'elle, presque sans nouvelle, que sa vision soudaine lui est arrachée brutalement. Par la main de Salomé qui se détache sans détour de sa peau, par le mouvement de recul coupable de Noeh dans le même temps. N'osant pas recroiser le regard de sa sœur de suite, le pianiste cherche un point d’ancrage correct. Le plafond d'abord, le mur sur sa gauche, au loin, le sol ensuite. Le parfait comportement de celui qui a compris son erreur et qui n'a aucune idée de comment faire pour que les choses ne soient pas aussi terribles qu'elles en ont l'air.

Mais quand le Callahan parvient enfin à affronter le regard de sa jumelle, il sait. Il comprend qu'il ne trouvera pas d'excuses pour ça, et qu'il n'en a pas. - Ok, euh..., qu'il bafouille, avant de venir se passer une main sur le visage. Les mots vont avoir du mal à se pointer ou même à avoir envie de venir l'aider. Serrant les lèvres, Noeh cherche le meilleur moyen de présenter les choses à présent, sans aggraver son cas. Une mission qui semble impossible tant cette bêtise reflète à la perfection le bordel qui peut encore y avoir dans son esprit. Il n'était pas prêt pour ça, il ne la savait pas au courant, Sam ne... - C'est... pas ce que tu crois. Ses mâchoires se crispent, signe évident de son mensonge. Si ce n'est pas ce que Sam croit, alors pourquoi est-ce qu'il attend le retour de Pietra ? Pourquoi est-ce qu'il s'inquiète ? Pourquoi est-ce qu'elle lui manque ? Pourquoi malgré les sentiments qu'il éprouve pour Aspen, il ne peut pas arrêter de penser à elle ? Pourquoi il s'impatiente d'avoir de ses nouvelles ? Pourquoi est-ce qu'il ne la considère pas comme les autres, elle aussi ? - Je... Avec Pietra c'est... Compliqué ? En ce moment, oui. Depuis qu'elle est partie, très. Et à cet instant précis les choses ne vont pas aller en s'améliorant. Mais ce n'est pas pareil, c'est Pietra, et... - Rah merde !, qu'il lance en se passant les deux mains sur le visage, comme il le peut. - Elle me l'a dit il y a longtemps. Bien avant que j'apprenne pour toi. C'est pour ça qu'il a réussi à revenir vers elle, après un bon bout de temps, et parce que Pietra ne l'a pas laissé s'éloigner comme il avait prévu de le faire pour qu'elle ne risque rien. - Ma première réaction a été de partir en lui balançant que j'allais tout dire à nos parents pour qu'ils... Ça, ça fait – faisait - partie des choses à ne pas dire. Ouais, il a manqué révéler la véritable identité de sa petite-amie à ses parents pour que ces derniers, des chasseurs comme ils désiraient que lui le devienne à son tour, ne la tuent. C'est une idée affreuse et répugnante mais c'est une idée qui lui a traversé l'esprit car sous l'influence de cette foutue peur terrible après son accident. Secouant la tête, Noeh cherche à capter le regard de Sam pour ne plus le lâcher. - Je l'ai pas fait mais- mais tu vois j'ai réagi connement avec elle aussi et... je... je lui ai fait du mal, je voulais pas, comme avec toi ! Noeh ne voit pas d'autre façon d'arranger les choses que de prouver à Sam que les situations sont à peu près les mêmes ; avec Pietra, il a aussi mis du temps, en aucun cas il ne l'a préférée ! - Je t'ai rien dit parce que je savais que tu le prendrais comme ça ! Faux. En fait, il n'y avait pas encore songé. Jusqu'à présent. Jusqu'à ce que sa propre jumelle lui envoie cette belle erreur dans la figure sans prévenir, et surtout lui prouve qu'elle en sait plus à son sujet que l'inverse. Comme depuis toujours. - Je vois même pas ce que ça vient foutre là, ça te regarde pas. Les deux derniers aveux sont prononcés avec une certaine amertume sur le bout de la langue, ainsi que dans le regard, voire même dans l'attitude. Ils sont ici pour parler d'eux, pas de ce qu'il peut avoir fait dernièrement. Sa mauvaise foi l'aveugle tant que Noeh ne réalise pas qu'il n'a en aucun cas le droit de commencer à réagir de la sorte. Il n'a pas envie de se justifier... en partie parce que plus rien ne peut plus l'excuser aux yeux de sa jumelle, désormais.

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MessageSujet: Re: (Callahan twins) I am folded, and unfolded, and unfolding, I am colorblind.   Jeu 18 Aoû 2016 - 11:36

but i wonder where were you
when I was at my worst, down on my knees.

Le lien s'était rompu en laissant une douleur sourde dans son sillage, alors qu'elle réalisait qu'il ne s'était pas éloigné, qu'il avait fait l'effort de ne pas bouger, de revenir même lorsque les souvenirs s'étaient modifiés. Si cela ne changeait rien à cette attente, ce besoin d'explications qui était presque devenu vital pour la Callahan en voyant son double s'éloigner, une pointe de tendresse se distilla quelques secondes dans ses veines en reposant son regard sur lui. Presque imperceptible, que la brune ressentait pourtant légèrement, malgré ce masque plaqué sur ses traits implacables. Il semblait prêt à faire un minimum d'efforts, et cette perspective la laissait espérer naïvement qu'il y avait peut-être une bonne excuse, finalement, à cet éloignement à sens unique qu'elle semblait être la seule à avoir connu. Pourtant, dès les premières maladresses, ses épaules se crispèrent à nouveau, et son regard ternit. Noeh ne chercha pourtant pas à feindre l'innocence plus longtemps, et l'entendre poursuivre la glaça davantage, parce que c'était encore différent dans sa voix à lui, que lorsque Lorcan le lui avait dit. C'était plus douloureux, aussi. L'indignation résonnait déjà dans son regard avant que Noeh n'évoque les parents, qu'une pulsation effrayée ne s'abatte contre ses côtes face à cette perspective. La première pensée était égoïste, plus portée sur sa propre sécurité que sur ce qu'avait pu endurer Noeh en envisageant de dénoncer Pietra à leurs parents. De se dire qu'il aurait été aisé pour la mutante de tout déballer en ce qui concernait la télépathie de leur fille unique, de cette abomination qui faisait d'elle un nouveau nom sur la liste des têtes à abattre. Mais en sentant le regard de son jumeau capter le sien, en s'y plongeant plus profondément, Sam effleurait ses sentiments, à essayer de le comprendre, de saisir la logique de ce qu'il avançait. Sûrement que ça aurait pu convaincre une tierce personne, peut-être qu'elle semblait trop dure à l'observer de la sorte sans laisser passer la moindre émotion, pourtant rien ne s'exprimait alors qu'elle semblait peu réceptive aux arguments avancés. Voire même pas du tout, alors que le ton n'était plus aux excuses et s'emportait vers les reproches. Il n'en fallut pas plus à son sang-froid pour achever de se faire la malle.

« Ah, ça me regarde pas, autant pour moi, j'savais pas que Pietra était un sujet défendu. » Un rire narquois s'échappa alors que ses nerfs se tendaient à l'extrême, ce genre de rire qui ne mettait pas deux secondes à sonner faux pour une oreille avertie. Sûrement que Noeh comprendrait mieux que quiconque à quel point sa jumelle n'était pas d'humeur à plaisanter, et que cela ne présageait rien de bon.  Surtout pas lorsqu'elle commençait à faire mine de réfléchir, alors que tout était déjà clair dans son regard. « C'est vrai, t'as raison, ça m'regarde pas que t'ais eu aucun mal à la côtoyer alors que t'étais pas foutu de prendre de mes nouvelles...Ça me fait penser à autre chose qui me regarde pas, en ce qui concerne ta relation avec Pietra. Mais bon, on partage tout, pas vrai ? Puis t'étais le premier à trouver dégueulasse que j'ai embrassé Lorcan, hm ? Parce qu'il y a un truc que j'ai vraiment, vraiment trouvé dégueulasse aussi, pour ma part, et c'était pas que t'ais vécu un truc avec Aspen, non, ça c'était rien du tout... Mais ce que tu lui as fait, Noeh. Oh, c'était peut-être mieux que tu me fuis comme la peste quand je l'ai appris. Tu veux que j'te dise ? Ça aussi, je trouve ça franchement minable, dans le genre comportement de sale con. » C'était la première chose qui était sortie, parmi le bordel qui se bousculait dans son esprit bouillonnant, parmi les reproches qui ne demandaient qu'à s'extérioriser, même lorsque ce n'était pas vraiment le moment. Parce qu'elle n'avait jamais eu l'occasion de le sermonner pour ce qu'il avait fait - osé faire - à sa meilleure amie, ce qui n'aurait déjà pas manqué de la foutre en rogne s'il s'était agi d'un mec lambda, mais qui était pire encore lorsque c'était son propre jumeau qui faisait son malheur. Surtout lorsque lui ne s'était jamais gêné pour mettre le nez dans ses histoires sentimentales, et à la descendre sans réfléchir lorsqu'il avait appris pour Lorcan. S'il se permettait de la blâmer pour un simple baiser, que devrait-elle lui dire, pour avoir brisé le coeur de son amie la plus proche ? Les mots ne manquaient pas de se bousculer à ses lèvres alors qu'elle essayait de regagner un semblant de calme, au lieu de fulminer sans prendre le temps de respirer. Levant les mains entre eux en prenant une profonde inspiration pour se laisser le temps de mettre de l'ordre dans ses idées et de ne plus tout sortir sans réfléchir, ce qui s'exprima ensuite n'avait rien perdu de sa frénésie.

« Mais d'accord, ça à la limite, ça n'a rien à foutre là, comme tous les sujets qui risqueraient de te mettre mal à l'aise deux secondes. C'est vrai que tu l'as pas mérité, hein, c'est jamais de ta faute. » Un soupir siffla à ses lèvres alors qu'elle reculait d'un pas pour s'imposer une distance de sécurité. Plus les mots de son frère repassaient dans son esprit, alors qu'elle cherchait à les excuser, à les comprendre peut-être aussi, le problème se dessinait clairement à ses yeux, menaçant de la faire sortir de ses gonds à nouveau. Ce fut un ton tremblant qui imprégna chacun des mots qui délesta son coeur sans cesser de le déchirer pour autant, vaine tentative de maîtrise qui craquait déjà dans la gorge de la Callahan. « J'ai l'impression de parler à un mur. Que t'es tellement borné que tu te rends même pas compte de ce que tu dis. Si tu veux pas comprendre, très bien. S'il te faut un dessin, très bien. » Une brève inspiration, ses prunelles se reportant dans les siennes, et le déluge prêt à s'abattre. « Tu seras gentil à l'avenir de ne plus me comparer à ta dernière conquête. T'avais pas à me traiter comme elle, parce que j'suis pas elle, j'suis pas une fille que t'as rencontré et à qui tu t'es attaché, j'suis ta soeur, putain, et j'suis pas que ça, j'suis ta jumelle Noeh ! T'as pas d'excuses, essaye pas de te rattraper en me disant que tu nous as traitées pareil elle et moi parce que t'avais pas à le faire. T'as pas été foutu de te comporter différemment avec moi. Tu m'as laissée toute seule. C'était compliqué pour toi, alors tu t'es barré. Mais t'as jamais pensé à ce que c'était pour moi, de pas être normale ? De me demander si j'devrais pas en finir moi-même, pour être raccord avec ce qu'on nous a appris depuis toujours ?! T'étais où, hein, quand j'étais toute seule avec ces questions ? » Pas là. Il n'était pas là. Et certainement que sans la présence de Lorcan, elle ne serait plus là, elle non plus. La vue brouillée et les traits crispés, Sam essuya d'un geste rageur les larmes qui affluaient le long de ses cils, le fixant à travers le miroir salé qui dansait en l'aveuglant. La colère montait crescendo dans sa voix qui ne connaissait pas de repos, à ouvrir les vannes sur les maux intarrissables qui à trop se taire lui rongeaient les sangs. « Tu sais ce que je me disais, pendant tout ce temps où t'étais pas là ? Que tu t'en foutais de me perdre. J'ai cru que tu m'avais oubliée, pour de bon, est-ce-que tu te rends compte à quel point on en est arrivé ? A croire que finalement, je te retrouverais jamais, que ç'allait se terminer comme si on n'existait plus, comme si on n'était jamais nés ensemble. » Lâchant ces derniers mots en sentant ses tripes se tordre, parce que c'était certainement la phrase la plus difficile à prononcer, celle qu'elle n'aurait jamais cru prononcer avant que l'éloignement ne l'incruste au fond de son crâne, cauchemar récurrent ne daignant la libérer. « Et à force d'y croire, à me dire que je t'avais perdu pour de bon, t'as sûrement commencé à me perdre toi aussi. » Et à son tour, elle faisait mal. A son tour, elle plantait ses crocs et déversait le venin pour qu'il les ressentent lui-aussi, ces battements de coeur qui s'écroulaient, cette sueur froide dans la nuque, cette torsion dans l'estomac, ce vide sous ses pas. Qu'il réalise, qu'il comprenne, parce qu'elle était en train de perdre pied, à le regarder comme si elle ne le reconnaissait pas, comme s'ils ne se comprenaient plus.

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: (Callahan twins) I am folded, and unfolded, and unfolding, I am colorblind.   Lun 22 Aoû 2016 - 14:25

Noeh ne comprend pas pourquoi il se met à réagir de la sorte. Il n'a pas le droit de faire ça. Il a encore moins le droit de le faire à Sam. Ce qu'il doit faire, pour arrêter d'aggraver son cas, c'est la boucler. La fermer jusqu'à ce que toute la tempête qu'il a déclenché ne s'apaise un jour, même s'il ne sait pas quand ça peut être, même s'il ne sait pas si ça peut vraiment arriver un jour, aussi. Mais cette pensée réprobatrice, elle s'impose au Callahan lorsqu'il retrouve le silence. Après s'être planqué derrière une réponse agressive, son éternel besoin naturel de se défendre face à l'attaque. Alors qu'attaque, il n'y avait pas. Sa jumelle n'a fait que montrer une vérité qu'il ne peut nier. Lui, Pietra. Lui, une mutante. Lui, loin de sa sœur. Lui, proche d'une autre. Lui, menteur. Et si d'abord Noeh ne perçoit pas de réaction flagrante de la part de Sam, il sait qu'il a appuyé une fois de trop là où ça peut faire mal, en se braquant à l'évocation de cette histoire dont il ne voulait pas lui parler de suite. Il voulait attendre, ne serait-ce qu'un peu, afin que les choses s'améliorent entre eux. Mais il est déjà trop tard. Les premiers mots sortent avec une acidité qui oblige le pianiste à baisser les épaules. Sans s'en rendre compte, il fait un minuscule pas en arrière. Histoire de se protéger de ce qui va suivre, bien qu'il soit le seul dans cette pièce, avec Sam, et le seul à incarner l'origine de sa colère. Noeh se force à soutenir son regard. Il lui doit bien ça : de l'attention, de l'écoute, du silence. Un silence qu'elle comble d'un petit rire qui enserre le cœur de son jumeau, y apposant minutieusement une première cicatrice. La première d'une longue lignée dans les minutes qui vont suivre. Plus Salomé parle, plus Noeh doit lutter pour ne pas tomber. Il avait raison, quand il disait qu'elle savait beaucoup de choses sur lui. Ce n'est pas pour rien qu'elle est celle qui le connaît le mieux, après toutes ces années, malgré l'accident et l'éloignement. En dépit de tous ces événements, elle maîtrise encore à la perfection le manuel de son fonctionnement. Ce que Noeh est capable de faire, dire, infliger, Sam en est la première témoin depuis qu'ils sont gamins.

D'où l'absence de réaction du Callahan, à son tour, quand elle évoque Aspen. D'où son absence de réponse, quand elle n'hésite plus à le dénommer comme il doit l'être. Un con. Il ne semble pas y avoir de terme plus équivoque le concernant. Les prunelles de Noeh se détachent finalement de celles de sa jumelle, sa respiration tente de rester calme, neutre, tandis que les mains de Sam s'élèvent dans les airs. Et entre ses lèvres, il reconnaît ses mots. Il retrouve ses propres pensées, son envie irrésistible de croire qu'il n'est pour rien dans le malheur des autres. Ce déni ravageur l'empêchant d'y voir clair la plupart du temps. Noeh a bien essayé de s'en débarrasser. Il a bien tenté de ne pas se planquer derrière pour dissimuler ses failles, atténuer ses erreurs et panser les blessures. Mais à trop tarder à vouloir voir la vérité en face, voilà qu'il n'a récolté que l'effet contraire de tout ceci : les failles ont marqué les esprits, les erreurs ont grandi, pris de l'âge, et les blessures sont devenues bien trop profondes. Si profondes que Noeh ne peut dorénavant plus les nier. En a-t-il encore envie ?/Le peut-il encore ? Sa tête bouge de gauche à droite, quand sa sœur annonce ne voir en lui qu'un mur. Un mur massif et impénétrable, que rien n'est capable d'affecter. Mais c'est faux. Tout ce qu'il a fait, le Callahan le garde en tête chaque jour. Dès que ses paupières s'ouvrent le matin, il ne peut que se souvenir de tout ce qui s'est passé ces derniers mois. Il se souvient du bip du bracelet. Il se rappelle de son bruit strident, alors que Sam s'acharnait à vouloir le lui arracher, il repense au moment où il a compris. A l'instant où son regard a croisé le sien, en quête d'une réponse, et que pour la première fois depuis longtemps, ni l'un ni l'autre n'avait eu besoin des mots pour se comprendre. La connexion s'était établie, la peur s'était insinuée dans son esprit jusqu'à le faire fuir. Lui permettre de s'évader de cet appartement, où ils se tiennent de nouveau aujourd'hui tous les deux, avant de s'y asphyxier. La douleur qu'il a éprouvée au moment de son départ est l'exemple premier de cette carapace érodée qu'il affiche. Ce n'est pas un mur que Sam a en face d'elle, c'est un Noeh qui commence à ne plus supporter de tout encaisser sans pouvoir oublier. Un Noeh qui relève un visage pâle en direction de sa jumelle, quand il lit entre les lignes, entend entre les mots.

Non. Elle ne peut pas avoir pensé à ça. Ce n'est pas elle. Ce n'est pas Sam de songer à en finir avec la vie. Le coup de poignard que cette annonce lui plante dans le ventre fait rouler une première larme sur sa joue. Soudain, le pianiste voit devant ses yeux défiler une vie sans Sam. Des jours sans la voir, des semaines sans l'entendre rire, des mois sans l'écouter s'emporter. Noeh s'imagine à la terrasse d'un restaurant. Assis, il attend que les minutes défilent, regardant parfois sa montre, observant passer les inconnus dans la rue. Il salue le serveur qui passe près de sa table, seulement occupée par un verre d'eau qu'il n'a pas encore touché, avant de se replonger dans son activité passionnante. La fin de la journée arrive et il se lève, en sachant pertinemment qu'il ne sert plus à rien d'attendre la fin du service de Sam, elle n'est plus là. Noeh s'imagine assis sur leur banc, dans le parc. Le vent caresse son visage, les rayons du soleil font briller l'émeraude de ses iris. Les enfants courent un peu partout, les parents s'amusent de leurs bêtises, le vendeur de barbe à papa est toujours fidèle au poste. Celle qui ne l'est pas, c'est Sam. Elle n'arrive pas, les heures s'enchaînent, le temps change. La moindre jeune femme qui donne l'illusion au Callahan d'apercevoir sa jumelle lui fait relever brusquement la tête. Mais il sait que cette attente pleine d'espoir est vaine. Elle n'est plus là. Noeh s'imagine au Manoir. Des enfants jouent dans le salon, l'ambiance est chaleureuse, ses parents ont vieilli, lui aussi. Il est installé sur le canapé, une femme à ses côtés, des sourires sur les lèvres, des cadeaux au pied du sapin. La période est propice aux retrouvailles, avant qu'une nouvelle année ne débute bientôt. Pourtant, dans le regard de Noeh se devine un océan de tristesse. Une fatigue dans le cœur et dans l'âme, qui se lit dans ses pupilles qui ne peuvent s'empêcher de fixer la photo au-dessus de la cheminée. Sam et lui, perchés dans leur cabane dans les bois. Une main sur la sienne le rappelle à l'ordre. On lui souffle de ne pas y penser ce soir, d'essayer d'oublier un peu. D'oublier que sa jumelle n'est plus là.

Serrant les dents, Noeh baisse de nouveau la tête. Il n'était pas là, non. Il n'a pas la force de répondre. Son cœur bat si fort qu'il se dit, qu'à un moment, ce dernier va le lâcher sans qu'il ne s'y attende. Et, tout d'un coup, il en a envie. Il a envie que les battements cessent pour ne plus ressentir cette honte qui l'étreint, ce mal-être qui vient d'entourer ses épaules de ses grands bras. Comme si on n'était jamais nés ensemble. Une nouvelle larme s'évade de l'abri rassurant de sa paupière, sans pour autant que Noeh ne fasse le moindre mouvement. A son tour, il fait un pas de travers, sans savoir si c'est pour s'éloigner de sa jumelle ou pour se retenir à quelque chose. Parce que ça fait beaucoup, tout ce qu'il entend. Ça fait mal, même si c'est le prix à payer. Il n'a pas besoin de lire dans ses pensées pour comprendre que tout ce qu'elle avoue là, ce sont toutes les émotions, les sentiments et les instants qu'elle a ressenties, éprouvés et vécus à cause de lui. Toute cette douleur qui se dégage de ses mots à son encontre, elle est si grande que le Callahan n'est pas capable de la regarder durant de longues secondes. Jusqu'à ce que les secondes deviennent des minutes, qu'aux deux premières larmes se joignent d'autres fines perles salées, dans un silence que fait perdurer Noeh sans pouvoir y remédier. Tout se bouscule, à l'intérieur. Tout se mélange, entre ce qui veut sortir en premier, ce qui doit sortir ou non, ce qui doit être fait ou pas. L'envie de prendre sa sœur dans ses bras est forte, pour espérer commencer à la délester de tout ce mal qu'il a causé, mais il se retient. A la place, le pianiste inspire lentement, pour se donner un peu de courage. De sa main valide et tremblante, il cherche à faire disparaître de son visage les larmes. - Sam..., qu'il débute, d'une voix voilée par le sanglot qui occupe le fond de sa gorge. - Si un jour tu m'avais perdu, tu crois que j'serais venu m'asseoir sur notre banc, au parc ? Son regard percute le sien, et Noeh se dit qu'ils ont de la chance de n'être que tous les deux, parce qu'ils sont mal en point. En venant jusqu'ici, il savait que cette issue serait inévitable.

Mais à présent, être au cœur de cette dernière le ronge. Noeh a mal au cœur, comme il a eu mal en s'ouvrant un peu à Aspen, sauf que cette fois-ci, il doit aller jusqu'au bout. Avouer ses erreurs et les assumer sans se détourner. Inspirant une nouvelle bouffée d'air, nécessaire au recouvrement total de ses capacités physiques et mentales, le pianiste laisse sa question en suspens. Il n'a pas envie que Sam interprète mal ses propos. S'il voulait qu'elle saisisse ce que lui-même ne voulait pas rendre évident, depuis le début, il n'avait qu'à lui dire. Il n'avait qu'à lui souffler que son départ de chez elle était une belle erreur, tout comme ses mots à son encontre. - Je sais que j't'ai fait du mal quand je suis parti. La bouche pâteuse, le Callahan a retrouvé un semblant de calme. Et il ose. Il ose regarder sa sœur dans les yeux pour qu'enfin elle le croit, pour qu'elle ne puisse pas douter de lui, pour qu'elle ne puisse plus le faire. - Tu m'as manqué dès que j'ai passé la porte de cet appartement. J'ai essayé de te le dire. Y'a des moments où je pensais plus qu'à prendre mon téléphone pour au moins t'envoyer un message, juste pour voir si j'aurais obtenu une réponse. Puis je préférais me dire que t'allais bien, comme moi je prétendais aller mieux. Un sourire triste étire le bas de son visage. Noeh a toujours considéré que les sourires pouvaient tout arranger, tout réparer. Mais peut-être pas cette fois. - C'est complètement con. Il le reconnaît sans en plaisanter. Il a mal agi, il a mal réagi, il a mal pensé et envisagé les choses. Plus petit, rien n'aurait pris autant d'ampleur. Noeh mesure tout juste l'impact que ses actes d'adulte peuvent avoir. Il n'est plus jeune, il n'est plus innocent, et le fait de se laisser emporter par ses émotions n'est plus pardonnable. Cette belle époque où tout ça était encore possible est révolue. - Ça marche pas comme ça... Son murmure lui donne des airs d'enfant, son nez qui se penche vers le sol également. Le regret de réaliser que, si ses fautes sont compliquées à reconnaître, le pardon en sera d'autant plus complexe à obtenir, est si grand que Noeh croule un peu sous son poids immense. Sam ne le pardonnera peut-être jamais. Ce n'est pas qu'il n'a pas pensé à cette option, juste qu'il ne s'attendait pas à ce qu'elle soit si éprouvante à confronter.

Dans une dernière tentative pour prouver sa bonne foi, le Callahan acquiesce dans le vide. Il confirme la pensée qui vient de lui ordonner de relever la tête, de redresser les épaules, de courber l'échine et d'accepter que les choses ne vont pas être simples. Pas simples, mais pas insurmontables, tant qu'il est là pour rattraper le temps perdu. - Je sais pas si je vais mieux ou pas, j'en ai aucune idée, mais je sais que maintenant je peux être là pour toi. Il n'a pas survécu à son accident pour rien. Il ne s'est pas relevé -ou presque- de sa rencontre avec Adriel pour rien. La détermination se mêle à son côté borné, à l'intérieur, si bien que les deux ne peuvent que se comprendre, dans son attitude et ses mots, à présent. L'appréhension est toujours présente, aussi. D'où le - Sauf si... qui ponctue le silence de sa peur de l'échec. Parce qu'il est peut-être trop tard. Et peut-être que ça ne suffit plus. Et tant d'autres choses. Sauf si Sam a décidé qu'elle en avait fini avec lui. Sauf si elle pense sincèrement ce qu'elle a dit plus tôt. Sauf s'ils ont atteint le point de non-retour, sauf s'il est encore en train de se planter lamentablement, à ce moment précis. Délaissant les traits du visage de sa sœur un instant, le regard de Noeh passe sans y faire attention sur sa main blessée, le long de son corps. Le bleu est encore là. Son attention se reporte sur ce dernier, qu'il relève un peu dans son champ de vision, avant de pousser un soupir, à son tour. - J'ai pas d'excuse, tu l'as dit toi-même.  Son geste malheureux et emporté dans la chambre d'hôpital se rejoue dans sa mémoire, tandis qu'il choisit d'aborder le sujet que sa jumelle a évoqué sans détour. - Je suis allé voir Aspen, à l'hôpital. Je me suis excusé pour ce que je lui ai fait. Et je lui ai promis de la laisser tranquille. Je veux plus lui faire de mal. Qu'elle le croit, parce que cette promesse, il ne peut pas la répéter inlassablement. Il la regrette déjà, car s'imaginer un monde sans Aspen est une chose qui le terrorise, mais il va s'y tenir. Il ne faut juste pas l'y faire trop penser. C'est tout. - Alors, maintenant, dis-moi ce que je dois faire, Sam, qu'il reprend d'une voix suppliante, faible, pour ne pas laisser la conversation mourir maintenant. - Est-ce que je dois te faire la même promesse ou j'ai encore une chance de me racheter ? Son murmure s'accompagne d'un pas en avant, d'un pas vers Sam, cette jumelle qui ne supporte plus de le regarder, de l'entendre, par moment, alors qu'il n'a pas crié un seul instant. Tout ce qu'il a dit a été prononcé presque trop doucement, dans la crainte de faire un nouveau faux-pas, mais aussi pour ne pas brusquer une Sam qui a déjà trop souffert à cause de ce Noeh-là, avant. - Je suis désolé. De pas avoir été là et de t'avoir fait croire au pire, je suis désolé Sam, je recommencerai plus. Il secoue la tête,à la fois pour confirmer ses derniers mots et pour chasser cette larme qui menace de couler, entraînant toutes les autres dans son sillage. - Je peux pas te perdre, Sam, s't-plaît.

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MessageSujet: Re: (Callahan twins) I am folded, and unfolded, and unfolding, I am colorblind.   Lun 3 Oct 2016 - 14:44

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Elle frappait, encore et encore, de ces mots qui lui écorchaient les lèvres, puisaient à l'outrance dans le peu d'énergie que cette confrontation laissait dans son sillage. Mais elle ne s'arrêtait pas, s'échinant à tout dire, tout déballer, jusqu'à venir creuser au fond de sa poitrine à lui, être certaine de l'atteindre en plein coeur. Et Sam le voyait se décomposer un peu plus à chaque fois qu'elle reprenait la parole, sans filtres, sans avoir préparé son texte. C'était qu'elle y avait pourtant réfléchi, elle avait même eu tout le temps de le faire durant ces semaines de silence qui avaient eu l'air interminables, mais ce n'était pas ces accusations aux allures de monologue qui lui échappaient aujourd'hui. Ce n'était pas ces phrases grognées entre ses dents en croisant le regard de son frère sur ces photos disposées dans le salon de son appartement. C'était le gouffre sans fond enfermé derrière ses côtes qui s'ouvrait à nouveau, prêt à tout saccager, tant lui qu'elle-même, à la déchirer de l'intérieur. Elle était bien consciente du poids de ce qui s'évadait enfin, venant percuter son frère, comme elle l'avait voulu à tant de reprises depuis qu'il était parti. Mais ça ne la soulageait pas, Sam. Elle ne se sentait pas plus légère du tout. C'était peut-être même encore pire, de le traîner vers le fond avec elle, quite à se noyer à deux sous cette marée de reproches qui menaçait de les emporter, de les séparer à jamais. Elle avait l'impression de le voir s'éloigner, de le repousser en tentant de le retenir à bout de bras, les tiraillements de ses entrailles protestant contre sa propre violence, contre ce qu'elle avait ressenti, ce qu'elle tentait de lui infliger sous l'impulsion de cette fichue rancune qui l'avait toujours dominée. Elle voyait les dégâts, à son tour, et elle continuait cependant, elle qui l'avait pourtant toujours préservé, qui se serait mille fois sacrifiée pour qu'il aille bien, qu'il tienne debout et le menton levé. Jamais, jamais elle n'aurait songé ainsi se retrouver à s'acharner après sa moitié, à se détruire un peu plus en commençant à déceler ses émotions, à arrêter de se draper dans sa colère pour mieux lire ce fond de vérité dans son regard brillant. Il n'y avait qu'à le regarder, bien le regarder sans détourner le regard, même lorsque les larmes dansant à ses cils lui donnaient envie de fixer le mur derrière lui pour ne plus être témoin du désastre qu'elle causait elle-même, à son tour.  S'imprégner de ses traits, ressentir ce qu'il ressentait, n'avoir besoin que d'un regard pour comprendre, se retrouver à sa place quelques instants en un battement de cil. Il n'y avait pas besoin de télépathie pour ça. Pas entre eux. C'était ce lien fusionnel qui les condamnait à tout vivre à deux, à calquer leur humeur sur celle de l'autre, des éclats de rire à la noirceur des regards. D'aussi loin qu'elle s'en souvienne, ç'avait toujours été le cas. Il avait toujours eu cette faculté à l'emporter dans les tours dès que lui même laissait son sang s'échauffer un peu trop. Celle de lui briser le coeur en parfait écho aux fêlures du sien. De lui arracher des sourires là où personne d'autre n'y serait parvenu, en n'ayant presque pas d'effort à fournir. Ce n'était pas parti, ça n'avait pas disparu. Ce foutu pincement dans la poitrine qui lui coupait le souffle en témoignait parfaitement. Parce qu'elle ne se réjouissait pas de le voir comprendre, elle s'en voulait déjà de ce sadisme à son égard, de cette manière de s'acharner lorsqu'il semblait pourtant déjà à terre. Elle ne pouvait pas se montrer froide avec lui, malgré cette parfaite maîtrise de reine des glaces qu'elle arborait encore quelques minutes plus tôt. Elle ne pouvait pas le rejeter, malgré toutes ces promesses qu'elle s'était faite de lui faire regretter cette absence, cet abandon qui l'avait laissée à genoux bien trop longtemps. C'était à ce moment précis qu'elle comprenait à quel point il ne l'avait pas perdue du tout. A quel point elle ne pourrait jamais prétendre s'éloigner, pas même pour lui faire mal, et déjà ses lèvres se mettaient à trembler dangereusement, alors qu'il reprenait enfin la parole.

Noeh était venu, ce jour-là. Il avait pris place sur le banc, leur banc, le jour de leur anniversaire. Ce n'était sûrement pas pour le plaisir d'observer les gamins jouer, de se payer une barbe à papa et de rester là, à attendre que le temps passe, à ne surtout pas espérer l'y voir. Ce n'était sûrement pas pour rien qu'il était venu, et elle s'en était réjouie en le voyant, avant de laisser ces souvenirs s'occulter par ce qui s'en était suivi. Il y avait plein de petits détails qui lui revenaient, qui lui faisaient un peu plus mal encore, à garder ses lèvres serrées pour ne pas commencer à pleurer, pour le laisser s'expliquer à son tour. Elle ne le quittait pas des yeux, malgré sa difficulté à soutenir son regard, assemblant ses forces pour maintenir ce lien, lui montrer qu'elle était prête à écouter, et à entendre. Et il arrivait enfin, le soulagement. Il s'immisçait doucement dans sa poitrine trop serrée, à ces mots qui venaient lentement panser les plaies, celles qui semblaient destinées à ne jamais se refermer. Un soupir s'éteignit à ses lèvres alors que Noeh parlait enfin, cessait de se voiler la face comme il avait semblé le faire un peu plus tôt en retournant les reproches contre elle. Il n'y avait pas de haine, dans les prunelles de Salomé, si tant est qu'il y en ait réellement eu à son égard, à l'égard de cette absence insupportable. Plus de cette colère qui envenimait ses pensées, qui s'estompait alors que les iris s'adoucissaient, semblaient s'éclairer d'une lueur nouvelle, celle qu'il avait éteinte en refermant la porte derrière lui. Elle avait le sentiment de retrouver son souffle, alors que ses épaules crispées s'abaissaient à leur tour, délaissant l'hostilité, la laissant redevenir seulement sa soeur, pas cette boule de nerfs qui menaçait d'exploser à tout instant. Elle ne put se retenir d'hocher la tête, alors qu'il avouait que ç'avait été con, incapable d'esquisser le moindre sourire, encore trop secouée par cette dispute trop éprouvante. A le voir baisser le nez vers le sol, penaud comme le gamin qu'il avait été, qu'il était encore sûrement assez souvent, Sam sentit sa gorge se serrer de plus belle. Au moins t'as compris, Minus. Au moins maintenant tu sais, et tu recommenceras plus jamais. Ses traits se crispèrent alors qu'elle réprimait un sanglot, croisant ses bras sur sa poitrine en ne sachant pas quoi faire de ces mains tremblantes, de ces bras qui ne demandaient qu'à venir entourer ses épaules, au lieu de rester plantée là. Qu'il soit là, c'était tout ce qu'elle demandait, tout ce qu'elle avait espéré. Qu'elle n'ait plus à hésiter lorsque ses pensées se dirigeaient vers lui sans qu'elle n'ose prendre son téléphone. Qu'elle puisse lui raconter comme elle avait merdé à la fac, et qu'il la rassure à ce propos, qu'il lui dise que c'était pas grave de perdre une année. Qu'elle lui parle de la chasse, du vaccin, du fait qu'elle devrait mettre Aspen au courant un jour ou l'autre, et que ça la terrorisait. Il y avait des tas de trucs dont elle aurait eu besoin de lui parler, des réponses que lui seul pourrait lui donner. Des choses qu'elle aimerait lui demander, aussi, comme ce qu'il avait fait à sa main, si on l'avait emmerdé, s'il avait fait une mauvaise chute, alors que son regard suivait le sien et se posait sur sa blessure. Elle ne pouvait chasser cet air inquiet qui reprenait place sur son visage, alors qu'elle s'efforçait de reporter ses yeux sur son visage, de laisser cette question pour plus tard. Un nouveau hochement de tête, un air vaguement approbateur, parce qu'il avait au moins eu le mérite de faire les choses bien avec Aspen, au final. Trop tardivement, à la Noeh, mais il l'avait fait. C'était un point qui méritait un air encourageant, parce qu'elle le connaissait, qu'elle savait à quel point ça avait dû lui demander un effort démesuré. Ce n'était sûrement pas grand chose, en comparaison à ce que la rouquine avait pu ressentir ces derniers mois, mais il l'avait fait. Comme s'il s'était décidé à améliorer point par point tout ce qui avait pu merder, en témoignait sa visite inopinée, sa persistance à l'écouter, même lorsqu'elle était allée loin à son tour.

Elle l'avait laissé avancer, bien incapable d'en faire de même alors qu'un nouvel éclair de douleur perforait ses muscles, à l'imaginer un instant lui faire cette même promesse, et l'accepter. Une secousse négative de la tête et elle roulait déjà des yeux, comme si c'était la chose la plus débile qu'elle ait pu entendre. Alors que c'était elle qui avait proféré les menaces, laissé croire qu'elle pouvait le laisser partir sans broncher, en étant soulagée, même. Mais c'était plus simple d'agir comme s'il racontait n'importe quoi, comme s'il était le seul à être excessif dans ses propos, alors que c'était bien loin d'être le cas, plutôt que de repenser à ce qu'elle avait dit, ce qui lui retournait le coeur. « T'es con. » Sa voix s'était éteinte, mots inaudibles ne se dessinant que sur ses lèvres sans même qu'elle ne le regarde. Elle ne pouvait pas le regarder, pas en entendant sa voix mal assurée et en étant presque certaine de se mettre à pleurer dès qu'elle reposerait les yeux sur lui. Elle se contentait d'écouter, les bras toujours fermement croisés, hochant la tête en pinçant les lèvres, incapable de tarir l'humidité qui lui brouillait la vue. Retenant son souffle, laissant ses yeux vagabonder sur sa droite sans se fixer sur lui, les derniers mots finirent par l'achever, détruire cette volonté de garder une certaine fermeté à son égard. Tournant la tête en le regardant à nouveau, les larmes ne tardèrent pas à venir s'agiter sur ses joues, avec la tête de celle qui se retenait de pleurer, même quand c'était déjà trop tard. « J'te déteste, j'te déteste vraiment, tu sais ? » Les mots sortaient entre ses dents serrées, à s'effondrer pour de bon sans pourtant s'arrêter. « Parce que tu peux être le pire des cons que j'arriverai toujours pas à te détester pour de bon. » Essuyant d'un geste brusque ses joues - en vain - avant de renifler en peinant à reprendre son souffle entre deux sanglots, sa main s'abattit mollement sur son épaule, coup vague et symbolique, achevant d'épuiser le peu de colère qui tendait encore ses muscles. « Tu.. tu recommenceras jamais, jamais, ... » Déjà son nez s'enfonçait dans son épaule, venant y appuyer sa tête sans décroiser ses bras, tiraillée entre le bonheur inespéré de retrouver son frère, et ces montées d'adrénaline qui ne l'avaient pas quittée depuis son arrivée.  « J'y arrive pas sans toi, m'laisse plus jamais, sinon... » Sûrement que la suite était à peu près inaudible, à marmonner dans son t-shirt sans prendre la peine de reculer, ni même d'articuler. « ... j'veux pas te perdre  non plus Minus. » Seules paroles distinctes alors qu'elle essayait de se calmer lentement, les paupières closes, le nez écrasé dans ses vêtements, empli de cette odeur rassurante et familière, de celle qui calmait les battements de son coeur après les avoir si bien éreinté.

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MessageSujet: Re: (Callahan twins) I am folded, and unfolded, and unfolding, I am colorblind.   Jeu 27 Oct 2016 - 10:55

Noeh prend son mal en patience. Ce silence qui semble s'installer après sa question, il le fige sur place. Incapable d'avancer plus, de reculer pour éviter de mal faire, d'être trop proche, priver sa sœur d'une réflexion vitale, il se contente de la regarder avec appréhension. Même sa respiration n'ose plus se faire entendre, ni sentir. Le Callahan cache au mieux sa nervosité et espère désespérément une réponse, une réaction qui tarde pourtant à venir. Il sait qu'il en demande beaucoup, peut-être trop – sans aucun doute trop. Il sait qu'il débarque à l'improviste pour d'abord s'agacer et ne pas reconnaître ses tords, pour enfin réussir à courber l'échine et à comprendre. Tous ces mots qu'il a pu avoir envers elle, il les regrette. Sa réaction à l'annonce de sa mutation, il ne se la pardonnera jamais. Son départ est inexcusable. Si les rôles avaient été inversés, aurait-il supporté que Sam lui tourne le dos ? Le jumeau ne préfère pas y penser. A la place, il se concentre sur l'instant présent. Sur ce moment par lequel ils sont obligés de passer s'ils espèrent pouvoir recommencer à avancer ensemble, à être les Noeh et Salomé qu'ils sont depuis toujours. Ces deux jumeaux au caractère un peu raté, capables de s'envoyer balader mais si complémentaires, au final. Rien que de vivre ces quelques secondes auprès de sa jumelle suffit à redonner confiance à Noeh... même si l'attente d'une quelconque réaction est toujours plus longue, trop longue. Dans son regard se devine une nervosité qui ne l'habite pas souvent, une angoisse que Sam n'a peut-être jamais aperçu chez lui, après toutes ces années passées ensemble. La seule qui a peut-être pu la lire au creux de ses pupilles, c'est Laura, quand il a débarqué en pleine nuit dans sa chambre à l'orphelinat, après que les choses aient dégénéré avec Aspen...

Enfin, des mots. Enfin, son regard qui se replonge dans le sien. Enfin, Noeh ne peut s'empêcher d'avoir une sourire triste. Un sourire un peu tordu, timide, qui agrippe pourtant une larme au passage pour la faire descendre du lit de sa paupière. Le soulagement comprime son cœur qui retrouver une seconde vie, une seconde jeunesse, accélère sans prévenir et lui fait peut-être monter le rouge aux joues. Un peu de couleur sur cette peau pâle, ça ne peut être qu'un signe positif, quand on connaît le Callahan. Les mots de sa jumelle continuent de l'atteindre en plein cœur, en plein corps, tant et si bien que Noeh ne réalise pas que ses larmes coulent pour de bon, à présent. Tout ce qu'il est capable de murmurer, c'est un maigre - Je sais. d'une voix enrouée, alors que son petit sourire douloureux se courbe encore un peu, une fois que la main de Sam entre en contact avec son épaule. Quand elle se rapproche un peu plus de lui, le Callahan hésite un instant. - Plus jamais... Ses bras commencent à s'élever pour venir la serrer contre lui avant de se freiner. Peut-être que Noeh a perdu le droit de faire ça ? Peut-être qu'il a brisé pour de bon ce qu'il y avait entre eux, ce lien indubitable qui les liera jusqu'à la fin de leurs vies ? Mais, malgré sa crainte, il a l'impression de le sentir. Il le ressent, ce truc si particulier qu'il éprouve quand il est avec Sam, ce bien-être et ce sentiment qu'il pourrait arriver n'importe quoi, il serait toujours en sécurité, à ses côtés. Alors, doucement, ses bras viennent entourer ses épaules. Avec une tendresse infinie, il initie lui aussi un pas vers elle, un pas de géant, après tout ce qu'ils ont traversé, tout ce qu'il a pu faire, avec l'idée qu'elle puisse un peu oublier à quel point il a été minable. Avec l'idée, aussi, qu'elle puisse comprendre encore une fois qu'il est désolé, sincèrement désolé. Noeh met de côté sa crainte encore trop vivace concernant sa mutation, il fait la part des choses et ne choisit de voir chez sa sœur que ce qu'il a toujours vu : Sam, juste sa petite Sam.

Déposant sa joue contre ses cheveux, le jumeau perd le peu de sourire qu'il a lorsque la menace de sa sœur n'est plus qu'un marmonnement indistinct contre son vêtement. Il se demande s'il parviendra un jour à la voir récupérer cette confiance en lui qu'il a malmené. Il se demande s'il réussira vraiment à ne plus jouer au con et à la blesser comme il l'a fait. C'est ce qu'il veut : ne plus jamais voir Sam dans l'état dans lequel il l'a vue, la dernière fois qu'il est venu ici, ni même être la cause de sa colère ou de sa déception. - Tu me perdras pas, qu'il lui murmure, d'instinct, quand il entend résonner son surnom. Ce surnom qui signifie beaucoup, qui suffit pour le faire gravir un nouvel échelon sur la confiance qu'il peut accorder à ce qui se passe, à ces retrouvailles qu'il attendait, au fond de lui, depuis l'instant où il a osé quitter cet appartement, laissant derrière lui Sam, la seule personne dont il ne pourra jamais rester séparé à vie. - Je suis désolé. Il ne le répétera jamais assez. Il est même prêt à le répéter jusqu'à ce qu'elle n'ait plus aucun doute. Sur ses paroles, Noeh laisse un bref silence se déposer. Plusieurs minutes où il ne dit plus rien, profitant de cette étreinte pour faire passer à sa jumelle toutes ces choses qu'il n'est pas apte à dire à voix haute. Ses bras qui s'appuient un peu plus sur ses épaules, ils sont là pour témoigner de sa présence. Oui, bientôt, il redeviendra aussi chiant qu'avant. Il l'embêtera avec la même juvénilité qu'autrefois, il s'amusera de la voir s'agacer de son comportement ou mettra un point d'honneur à la faire sourire même quand les circonstances ne s'y prêteront pas. Il a toujours été là pour ça, Noeh, et ça lui manque plus qu'il ne voulait se l'avouer jusqu'à aujourd'hui. Ses bras qui s'appuient sur ses épaules, de cette nouvelle légère pression, presque invisible, elle n'est là que pour prouver à Sam qu'il est pas prêt de repartir. Il a besoin d'elle comme elle a besoin de lui. C'est comme ça, il ne dira plus jamais le contraire. Plus jamais, Sam.

Prenant une légère inspiration, le Callahan finit par libérer sa sœur de son emprise. Son regard se met à chercher le sien, avant d'essayer d'esquisser un nouveau sourire. Une mimique qui se tord la seconde suivante, quand il sait d'avance que sa question n'a peut-être pas sa place ici, maintenant, mais qu'elle lui brûle bien trop les lèvres pour qu'il parvienne à la garder pour lui. - Sam, tu... Tu t'injectes toujours un truc, pour ta mutation ? Ses prunelles se détachent brusquement des siennes, en quête d'un autre point d'accroche pour ne pas assister directement à la réaction de sa jumelle, avant de céder à l'envie de s'y confronter quand même. - Si tu peux m'envoyer des trucs, enfin des- des souvenirs dans la tête, c'est que tu le fais, non ? Ses mâchoires se contractent légèrement. - J'y connais rien mais je crois pas que ça t'aide... Si ? Noeh n'aborde pas ce sujet pour l’embarrasser, l'agacer, c'est juste que... qu'il s'inquiète. Et cette inquiétude ne remonte pas à maintenant. Elle dure depuis qu'il a quitté le parc, en juin, le jour de leur anniversaire, et qu'il sentait que ses derniers mots rentreraient peut-être par une oreille pour sortir par l'autre, chez Sam. - T'es pas obligée de répondre. Tu veux peut-être pas en parler. Pardon. Se raclant la gorge, Noeh fait un léger pas en arrière pour lui rendre encore un peu d'espace vital. Assez pour qu'il puisse croiser les bras, baisser un regard penaud sur ses pieds et ne plus du tout savoir quoi faire, désormais. Est-ce qu'il doit partir ? Est-ce qu'il peut encore rester un peu ? Est-ce qu'elle comprend pourquoi il demande ça ? Est-ce... - J'ai le droit d'avoir des nouvelles d'Aspen ? Son regard tacheté d'émeraude se darde dans celui de sa sœur. Est-ce qu'il est trop tôt pour dériver sur ce sujet, aussi ? C'est plus fort que lui, il a besoin de savoir : Sam est censée être sa meilleure amie, elle doit bien être au courant de l'état de santé de la Wolstenholme, pas vrai ? Et pas que, Noeh l'espère. Il veut juste savoir si... si Aspen va bien. Il demande rien de plus. Il posera pas cent mille questions parce qu'il sait qu'il n'en a plus le droit. Nerveux, le jumeau se remet à serrer un peu plus les bras, histoire que sa main blessée n'attire pas l'attention de sa sœur, et que cette dernière se concentre sur ses interrogations seules. Lui, c'est pas très important.

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MessageSujet: Re: (Callahan twins) I am folded, and unfolded, and unfolding, I am colorblind.   Jeu 19 Jan 2017 - 20:12

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when I was at my worst, down on my knees.

Une fois dans le cocon de ses bras, la rancoeur fléchissait encore un peu plus, l'émotion la gagnant alors qu'elle finissait par se taire, par laisser le moment se graver de manière indélébile sous ses paupières. A combien de reprise n'aurait-elle eu besoin que de ça, une simple étreinte adressée par la personne la plus importante de la Terre, un geste suffisant à recentrer son univers ? Elle cessait de suffoquer alors que ses mains venaient se poser dans son dos, abandonnant cette posture renfrognée qui ne tenait plus la route avec lui. Il avait compris, enfin, et le lui faire payer plus longtemps n'avait pas le moindre sens. Sûrement qu'elle aurait mieux aimé oublier, tourner la page en se focalisant sur les jours futurs et ne garder qu'un vague souvenir de l'amertume passée. Elle aurait tout donné, Sam, pour que cette foutue rancune qui la caractérisait tant s'annule au contact de son frère, que là où le monde entier pouvait aller se faire foutre pour l'avoir délaissée ne serait-ce qu'une seconde de trop, cela ne s'applique plus à présent, avec lui. Pourtant elle le savait, loin d'être devenue naïve malgré ses pensées adoucies durant ces dernières minutes, et sûrement que ça allait lui rester dans un coin de la tête pendant quelques temps encore. C'était peut-être le plus difficile à oublier, lorsque la douleur mordait encore son coeur à rembobiner le fil de ces mois derniers. Qu'il n'y avait que pour lui qu'elle aurait pu passer l'éponge, lorsqu'il ne s'agissait même pas de cette fierté démesurée - parce que jamais elle n'avait cherché à se montrer fière avec Noeh, jamais. Que c'était pourtant là que les choses se compliquaient, qu'il faudrait un peu plus de temps pour le regarder sans que le tout ne se retrouve entravé par les regards et les mots échangés. Enfonçant un peu plus sa joue dans son épaule, une impulsion mentale tâcha de faire taire les réflexions survoltées de son esprit, les empêchant de briser l'instant, savourant la sensation de cette moitié retrouvée.

Presque à regret, elle s'écarta doucement alors que Noeh en faisait de même, tressaillant légèrement à sa question alors qu'un battement de cils troublait son regard. Elle se souvenait de leur anniversaire, de son aveu, de la réponse de Noeh avant qu'il ne se détourne entièrement. Il n'avait pas oublié, alors, il n'avait pas cessé d'y penser en tournant les talons. Sûrement n'avait-il pas eu idée du calvaire imposé à sa chair toute entière dès que le vaccin embrasait ses muscles, des effets secondaires qui allaient de pair avec le produit que renfermait la seringue. Et quelque part, elle n'avait pas vraiment envie de le lui dire, à lire l'inquiétude dans ce regard qu'il détournait.   Lui épargner ce tracas, à reprendre trop rapidement ce réflexe inné de le protéger de tout, du souci qu'il pourrait se faire pour elle, aussi. Bonne à craquer lorsque les choses iraient trop loin sans manquer de le préserver en attendant, comme elle avait tâché de le faire depuis la chute, le réveil, les premiers pas en dehors de l'hôpital. Elle avait échoué, à lui envoyer l'une des plus grandes claques de sa vie et à le condamner à vivre avec, à accepter sa dégénérescence parce qu'il n'avait pas le choix, il était lié à elle pour toujours, incapable de partir même lorsqu'il y tenait. Pour la première fois depuis son arrivée, Sam se mettait deux secondes à sa place, à imaginer l'effort considérable qu'il avait dû fournir pour venir délibérément la trouver. Et elle n'avait pas envie de lui faire du mal, en lui avouant à quel point ça pouvait être compliqué à endurer. Nulle envie de le voir grimacer en lui énonçant point par point tout ce que ça lui faisait, de continuer à le prendre. Alors, à la place, ce fut un regard légèrement fuyant qui tenta de se montrer le plus ferme possible alors qu'un haussement d'épaule peinait à alléger l'instant. « Au moins, ça m'évite d'entendre les gens. T'imagines pas ce qui leur passe par la tête, des fois. Franchement, ça m'évite d'éclater de bonnes bouteilles sur leur tronche de ratés, au bar. » Le bar, toujours, ce sujet qui revenait dès qu'elle évoquait la télépathie. Parce que ça semblait toujours plus léger, aux antipodes de ce que c'était vraiment d'entendre, lorsqu'il ne s'agissait que des idées vicieuses de quelques personnes alcoolisées. Bien moins dramatique que de tendre le dos dès qu'elle côtoyait ses proches, à prier pour ne pas se retrouver projetée dans leurs crânes. « Puis le tout c'est de savoir quand je risque de passer mes propres pensées sur haut-parleur. En général, ça arrive quelques jours après l'injection et ça reste là trois jours, et après j'suis tranquille. » Elle mentait allégrement, presque convaincante alors qu'un maigre sourire en coin déridait ses traits. « C'est mieux comme ça. Ce sera sûrement mieux comme ça, quand j'm'y serai bien habituée. Puis c'est toujours mieux que le définitif, tu sais pas dans quel état t'en sors de celui-là. » Suffisamment d'échos résonnant à ses oreilles sur les horreurs ayant succédé la prise de nh25 pour qu'elle n'ose l'envisager pour l'instant. « J'essaye de faire profil bas, de rentrer dans le rang en douceur pour pas qu'ils se posent de questions. J'ai repris l'entraînement y'a un moment, en février en fait, après la fête de l'hiver. Après que j'me sois retrouvée bloquée dans une sale situation, avec Lorcan, j'ai cru qu'on allait y passer, j'me suis rendue compte que j'étais vraiment plus en état de me protéger, de protéger personne d'ailleurs. » Révélation s'enchaînant, parce qu'elle ne lui en avait jamais parlé, qu'elle avait camouflé les cicatrices qui avaient fini par disparaître lentement, et que tout ce qu'il savait réellement... c'était le baiser qu'elle avait pu donner à leur meilleur ami après qu'ils aient été tirés d'affaire. Secouant la main comme s'il ne s'agissait que d'un vague souvenir et non de la dernière fois à avoir frôlé la mort de trop près, la brune reporta son regard dans celui de son frère en énonçant finalement le seul fait qui tenait actuellement la route, de manière sincère. « Et la chasse, aussi, ça se profile. En espérant que ça remonte aux oreilles de Matthias et des parents, que ça les rassure un peu et qu'ils arrêtent de poser trop de questions. »

S'humectant les lèvres alors que son esprit carburait à mille à l'heure, à détourner le sujet, à le faire légèrement traîner pour trouver la meilleure réponse à lui adresser quant à Aspen, son coeur manqua subitement un battement. Pour aborder le sujet dans un tel moment, c'était qu'il devait s'inquiéter sincèrement, que son affection pour la rouquine n'avait certainement pas décliné malgré tout ce qui avait pu les éloigner. Elle aurait aimé le rassurer, s'inquiéter un peu plus encore de ses sentiments, mais l'image de Pietra revenait gangréner son esprit bien trop rapidement, la braquant dans cette solidarité féminine qui n'était plus à prouver lorsqu'il s'agissait de la Wolstenholme. « Tu t'en soucies, vraiment ? » La pique gratuite pour la forme, assortie d'un sourcil arqué qu'il ne devait connaître que trop bien. Qui signifiait, un mot de travers, et je t'attends au tournant. « Elle va mieux que ça n'a été le cas. » Évasive, à se demander ce qu'Aspen accepterait qu'elle révèle réellement, la brune ne manqua pas cette main qui disparaissant sommairement sous son coude. « Tu t'es fait quoi à la main ? » La désignant d'un geste du menton avant de reporter son regard vers lui, ne cachant pas l'inquiétude qui perçait dans son regard. « Aspen récupère progressivement, physiquement. Elle est pas faite en sucre, tu devrais le savoir. » Nouvelle pique, tiraillée entre la loyauté inénarrable portée à sa meilleure amie et sa capacité à se relever de toute épreuve, et l'envie de calmer l'inquiétude qui ruinait le regard de son frère. Une révélation, aussi, en échange de l'une des siennes, alors qu'elle insistait un peu plus, un pressentiment collé aux tripes. « Comment tu t'es blessé ? »

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MessageSujet: Re: (Callahan twins) I am folded, and unfolded, and unfolding, I am colorblind.   Mer 5 Avr 2017 - 14:38

Cette question, Noeh se dit qu'il aurait mieux fait de la taire. Il vient tout juste de retrouver Sam, ils viennent à peine d'échanger deux mots sans s'énerver ou s'emporter, elle lui en veut sans doute encore beaucoup mais... mais justement, c'est ce moment-là que le Callahan a choisi pour évoquer cette éventualité qui lui fait peur. Sam qui se retrouve dépendante d'un vaccin, c'est ce cauchemar dont il aimerait bien se réveiller maintenant. Certes, il suppose que Sam n'en est pas à ce stade, il l'espère sincèrement, mais il a peur que toute cette histoire en prenne le triste chemin. Noeh n'est juste personne, à ce jour, pour l'empêcher de faire ça. Il l'a trop déçue pour prétendre aujourd'hui être le jumeau idéal, armé des meilleurs arguments et d'un caractère plus fort que le sien pour contraindre la brune à ne plus jamais approcher un vaccin. Et Noeh s'en veut terriblement d'être aussi inutile, de ne pas avoir les mots. Il se mord les doigts de devoir la laisser s'injecter ce truc plutôt que de la pousser à se faire respecter une bonne fois pour toutes dans son bar... - Ouais je comprends..., qu'il souffle alors, sans réussir à faire perdurer plus longtemps ses prunelles préoccupées dans les siennes. Dans peu de temps, il aura regagné assez sa confiance pour pouvoir changer de discours, exprimer ce qu'il a sur le cœur sans détour, et il en a plus que hâte.

Seulement, si Noeh s'attendait à cette réponse au sujet du vaccin, il n'avait pas prévu la suite. Cette suite qui lui coupe un peu plus le souffle, qui l'interloque assez pour qu'il en fronce le temps d'une seconde les sourcils, préparé à entendre beaucoup de choses sauf que Sam a repris l'entraînement, et donc qu'elle reprendra bientôt la chasse. - Ah..., qu'il lâche, bêtement. C'est vrai que Noeh ne retient plus cette expression de surprise qui passe sur ses traits, suivie par un brin de scepticisme. Il ne peut pas entendre ça maintenant, ou du moins si tôt. Avec tout ce qui arrive à Sam, il pensait même, au fond de lui, ne plus l'entendre du tout. Est-ce qu'une... personne avec un gêne mutant peut se permettre de continuer à chasser les autres ? Est-ce que c'est pas un peu illogique ? Toutes les questions qui assaillent soudain le Callahan n'ont pas lieu d'être, en partie parce qu'il ne se sent pas prêt à les poser ou à les méditer dans son coin. Alors, pour tout commentaire, Noeh reprend la parole, d'un ton qu'il veut le plus détaché possible, pour que sa sœur ne remarque pas que cette nouvelle le bouleverse réellement de l'intérieur. - J'pensais pas que tu reprendrais la chasse. Il relève ensuite la tête dans sa direction et hausse mollement les épaules. - Mais si ça te convient comme ça, alors pourquoi pas... Je suis pas le chasseur le plus expérimenté du monde pour t'en empêcher de toute manière. Un sourire un peu crispé sur les lèvres, l'assistant du lycée sait que chercher à se faire avaler cette pilule douloureuse par l'humour peut aider. Enfin, d'habitude, ça aurait aidé. Là, c'est du forcing. Juste pour réussir à faire bonne figure devant Sam et pour atténuer les battements de ce cœur qui se sont affolés à ses mots.

Par « chance », Sam accepte de considérer sa question à lui, lui permettant de ne presque plus penser à ce qu'elle vient de lui avouer. Aspen. - Oui. Noeh sait que tout le monde est bien placé pour lui poser cette question, Sam encore plus à cet instant précis, mais ça lui fait mal. A une époque, personne n'aurait douté de son intérêt pour la Wolstenholme. Personne n'aurait pensé qu'il merderait assez pour que tous, en particulier la principale intéressée, se méfient de lui. Et à cause de ses conneries à répétition ces dernières années, voilà où en est Noeh, à devoir affirmer qu'il est sincère quand il demande de ses nouvelles. Son regard suit celui de sa jumelle, se redépose sur cette main qui lui rappelle sa malheureuse existence à chaque mouvement et Noeh secoue bien vite la tête pour dissiper le flou qui entoure cette blessure. Sans grand succès, il faut bien l'avouer. - C'est rien... La remarque au sujet d'Aspen lui redonne espoir de pouvoir éviter d'expliquer ce qui s'est passé à l'hôpital ; en d'autres termes, ce qu'il a encore fait. - Elle est peut-être pas en sucre, en attendant c'est elle qui est clouée dans un lit d'hôpital... Et après y avoir longuement pensé, Noeh préfère bien évidemment la voir coincée dans ce lit aux draps blancs que six pieds sous terre à cause d'une colocataire complètement détraquée. Comme il avait maladroitement tenté de lui expliquer, un monde sans elle, ça n'est pas viable, pour personne, encore moins pour lui. Cette simple idée lui file des frissons. Laissant un sourire sincère venir se loger sur son visage, le Callahan finit par souffler un - Merci. à sa jumelle. Même si elle sait qu'il ne mérite pas la moindre nouvelle, elle a compris qu'il en avait besoin. Sans doute parce qu'elle n'est pas encore au courant de ce qu'il s'est passé quand il a osé venir voir Aspen à l'hôpital. Explications que Sam redemande, sans le savoir, quand elle se préoccupe de nouveau de ce que Noeh a bien pu faire à cette pauvre main déjà mal en point pour paraître encore plus affreuse qu'auparavant.

Noeh laisse son regard s'échouer longuement dans celui de sa sœur, gardant un peu le silence, pour chercher les bons mots, trouver la formulation adéquate pour tout ce qui va suivre. Son sourire a bien vite disparu, sa légère appréhension quant à la réaction de Sam doit commencer à se deviner au creux de ses prunelles. - Je préfère te prévenir : ça va pas te plaire. Et je me suis senti très con juste après, okay ?, qu'il commence, avant d'ajouter aussitôt : - Et je regrette beaucoup. Le Callahan tord les lèvres, dubitatif, paumé, hésitant à prendre ses jambes à son cou et à revenir plus tard pour évoquer tout ça. Ça n'est pas le bon moment. Il sait que ce n'est vraiment pas le bon moment, alors qu'ils se reparlent tous les deux à peine, sauf que d'un autre côté, peut-être est-ce justement le meilleur moment pour tout livrer à Sam. Arracher ce nouveau pansement qui va faire mal pour ne plus en avoir en réserve dans le futur ; tout déballer dans cette discussion à cœur ouvert pour ne -presque- plus avoir de secret aussi épineux. - Quand je suis passé voir Aspen, je... je me suis pas juste excusé de ce que j'ai fait, j'ai... je me suis énervé quand j'ai vu que Pietra lui avait laissé un bouquet de fleurs avec un mot pour lui souhaiter un bon rétablissement. J'ai pas compris ce que ça fichait là et comme je sais toujours pas réfléchir avant d'agir, j'ai gueulé plutôt que posé les questions que je voulais poser. Sam va le tuer, le frapper à mort parce que Noeh réalise que c'est foutrement tout ce qu'il mérite. - Aspen a cru que c'était Pietra qui m'avait poussé à aller la voir. Avec le recul je comprends pourquoi elle a pensé ça, mais sur le coup ça m'a fait mal. Et en plus de mourir des mains de sa jumelle, il ne mérite en supplément qu'un immense bien fait pour ça. - J'ai cogné le premier truc que j'avais sous la main... et c'est juste tombé sur la mauvaise main. Un nouveau haussement d'épaules, bien plus embêté que le précédent. - Je l'ai encore faite pleurer et j'ai vraiment tout gâché... Le regard de Noeh se fait encore plus fuyant qu'avant. Il ose une remontée brève dans celui de sa jumelle, pour contrôler si ce qu'il y lit est trop négatif, ou peut-être positif, espère-t-il même le temps d'une seconde, jusqu'à réaliser qu'il ne devrait pas céder à une telle forme de provocation maintenant. Peut-être qu'il s'est fait mal, certes, mais au final ça ne compte pas. Ce qui compte vraiment, c'est qu'il a peut-être tout foutu en l'air avec Aspen et qu'il a encore tout secoué sur son passage quand il est allé la voir, et ça c'est bien pire.

Spoiler:
 

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(Callahan twins) I am folded, and unfolded, and unfolding, I am colorblind.

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