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 still and silen, calm before the storm (celestron)

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SUR TH DEPUIS : 15/05/2016
MessageSujet: still and silen, calm before the storm (celestron)   Dim 11 Sep 2016 - 17:55

still and silen, calm before the storm
Celeste & Aaron



Lorsqu’Aaron vient en journée au lycée de Radcliff, cela peut être pour toute une flopée de raisons, toutes plus justifiées les unes que les autres. Déjà, il peut venir parce qu’il a rendez-vous avec un enseignant, avec la directrice, avec un élève ou un membre quelconque du corps enseignant. Ensuite, il peut aussi venir chercher lui même un de ses pensionnaires exclus de cours, malades ou tout simplement qui a besoin de lui, à un moment donné, à un instant donné, pour une raison qui peut être, et qui est le plus souvent, anodine. Ca ne le dérange pas, de franchir les grilles de l’établissement, dans ces cas là. Parfois, et même s’il aurait aimé affirmer que c’est rare, il ne peut nier que c’est de plus en plus fréquent, parfois c’est pour Celeste qu’il doit s’excuser auprès des éducateurs spécialisés, des donateurs, des futurs parents, qu’il doit hâter le pas pour venir la chercher après une énième exclusion de cours et une énième réprimande. Quand elle daigne venir en cours, bien sûr. Il ne se fait plus d’illusion depuis le début d’année, Aaron, il sait que Celeste dérape, s’éloigne, n’a plus rien de l’adolescente obéissante qui est rentrée au lycée. Il sait aussi qu’il a fermé les yeux trop longtemps.

Mais il sait aussi qu’il a beau être lâche, que même si c’est loin d’être agréable, il n’a pas le droit d’abandonner Celeste sous prétexte qu’il ne veut pas aller à la confrontation, qu’il ne veut pas fragiliser davantage leur relation qui s’étiole. Il n’a que trop tardé. Malachi a semé le doute dans ses pensées, un doute qui se refuse d’être une certitude quand bien même le professeur d’histoire semblait sûr de lui. Quand bien même l’évidence s’impose chaque seconde un peu plus sur le déni violent du père.

Lorsque Aaron franchit les portes du lycée, il transpire l’inquiétude et la colère incertaine, qui, à défaut d’être canalisées sur quelque chose de concret, l’enveloppent de sons angoissants. Sons dont sont victimes sans le savoir tous ceux qui ont le malheur de s’approcher un peu trop de lui. « Je viens chercher Celeste. » Quelques jours à peine se sont écoulés depuis qu’il a vu Malachi. Quelques jours à peine que la question de la mutation de Celeste s’est posée au premier plan. Et après cela, Aaron a été incapable de rentrer chez lui. Il s’est réfugié dans son bureau, avec une bouteille, il s’est réfugié à l’orphelinat, en tête à tête avec un verre. Il s’est réfugié pour finir avec l’album photo que Chiara et lui avaient commencé à constituer, juste après leur mariage. Aaron n’évite pas Celeste, il évite toutes les situations qui pourraient le confronter à sa fille plus d’une poignée de minutes, depuis le rendez-vous avec Malachi. De toute manière, a-t-il envie de se dire pour soulager sa conscience, elle a déjà bien à faire avec le chiot qu’il a fini par lui offrir pour compenser ses absences, pour compenser la distance, pour lui faire plaisir et surtout céder à ce qu’il voit comme un caprice. Sauf que… Aaron se déplace dans les couloirs avec l’assurance de celui qui a fini par connaître les lieux. Cours de langue étrangère, salle 213. Il frappe sans la moindre hésitation ou timidité : Aaron n’est clairement plus à ça près. Avec aplomb, il interrompt le cours, s’excuse auprès du professeur, sans un regard pour sa fille, avant de tendre un justificatif confié une tierce personne. Sans même attendre que l’enseignant finisse de le lire ou lui donne une quelconque autorisation, Aaron cherche le regard de sa fille, au fond de la classe. « Celeste, prends tes affaires, tu es dispensée de cours pour la journée. Et dépêche-toi, je t’attends dans le couloir. » Sans un mot supplémentaire, ses pensées voltigeant et contenant leurs émotions bon gré mal gré, Aaron sort de la pièce et fait quelques pas dans le couloir pour s’éloigner au maximum de cette foule d’élèves aux musiques si diverses, qui tendent malgré tout à s’harmoniser autour d’une seule chose : l’interrogation. Est ce que ta fille a été vaccinée ces derniers mois ? Il aura mis du temps à se décider, Aaron.

Et il doute encore d’avoir opté pour la bonne solution tout en se refusant de faire marche arrière. Celeste… s’il risque de la perdre ? Non, bien sûr que non. Mais il a peur, il a peur de voir ce qu’il ressortira de cette confrontation, de cette discussion. Il a peur de se rendre compte que l’inenvisageable est une réalité. Que l’inconcevable est définitif. Et qu’il n’a rien vu.

Dès qu’il aperçoit la silhouette de Celeste, il recommence à fuir dans un « Allez, dépêche toi, je t’ai connue plus prompte à quitter le lycée. Je suis garé devant le bâtiment. » D’un pas vif, sans l’attendre, en se contentant d’espérer qu’elle le suive, Aaron descend les étages, rejoint le véhicule et prend surtout le temps de respirer lorsqu’il y arrive. Il ouvre la porte côté passager, s’installe côté conducteur. « Celeste, il faut qu’on parle. »

Et ni l’un ni l’autre ne va apprécier cette discussion. Il le sait. Et elle doit le savoir. « Mets ta ceinture. »


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Je crois que vous êtes faits l'un pour l'autre Et nos différences ? Au premier coup d’œil, la serrure et sa clé paraissent très différents. Pourtant, un examen approfondi lui révélera que sans l'une, l'autre devient inutile. L'homme averti voit alors que la serrure et la clé ont été créées dans un même dessein. •• ALASKA (sanderson)

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MessageSujet: Re: still and silen, calm before the storm (celestron)   Mar 13 Sep 2016 - 23:17

Quand la porte de la salle de classe s'ouvre, Celeste a le regard perdu dehors. Elle observe les quelques élèves qui traînent dans la cours, en train de se faire engueuler par l'un des pions, elle ne fait aucun effort pour se concentrer sur sa professeur qui s'égosille à l'autre bout de la salle. Elle songe à Neo qui doit attendre son retour pour pouvoir aller promener un peu, et un sourire manque s'épanouir sur ses lèvres à cette pensée. Manque, car la porte s'ouvre. Brusquement, la voix de sa prof s'éteint, l'attention de la jeune Trager est arrachée à ce qui peut bien se passer dehors. - Papa... La présence de son père dans la salle de classe l'étonne. Son cœur se serre, rate un battement, une appréhension indescriptible la gagne. Qu'est-ce qui se passe ? Pour le moment, il ne la regarde pas. Si c'était le cas, peut-être qu'elle aurait pu deviner ce qui l'a mené jusqu'ici, sans avoir besoin de... Ses mots brusques la freinent dans sa réflexion. Un instant, Celeste n'arrive plus à bouger. Elle voit son père sans le reconnaître. Elle le toise sans le vouloir, elle le défie sans pour autant avoir envie de le mettre encore plus en... en colère ? L'adolescente sait ce que donne un Aaron Trager un peu en colère, pas vraiment prêt à s'ériger contre l'une de ses idées farfelues, mais là... C'est différent. Avalant difficilement sa salive, Celeste finit par se lever de sa chaise, range ses affaires et fiche son sac sur son épaule. Des tonnes de questions continuent à tourner dans son esprit et, quand elle passe à côté d'Aily, cette dernière lui fait les yeux ronds. Elle mime un qu'est-ce qu'il fait là ? du bout des lèvres, auquel Celeste ne trouve rien de plus à répondre qu'un j'en sais rien, doublé d'un haussement d'épaules mal-assuré. Plus elle avance vers la porte de sortie, plus une nausée certaine la gagne. Elle ne se sent pas bien, la lycéenne, elle reste coincée dans l'incompréhension la plus totale, et les choses ne s'arrangent pas quand elle rejoint son aîné dans le couloir, après avoir murmuré un - Au revoir... penaud à sa professeur.

Son père trace, plusieurs pas avant elle. Il semble jouer une course importante contre la montre, dans laquelle Celeste a dû mal à s'élancer à son tour. - D'accord, ça va..., qu'elle ronchonne quand même, fidèle à elle-même. Mais sa voix n'a pas la rage dont elle se vêtit d'habitude. Elle a dans le creux de la gorge ce trémolo à peine perceptible qui témoigne une fois de plus de son trouble. Se passant une main dans les cheveux, pour chercher à se détendre, la petite brune suit tant bien que mal la route endiablée de son père jusqu'à sa voiture. Qu'est-ce qui lui prend ? - Qu'on p-, qu'elle a à peine le temps de balbutier que son père est installé derrière son volant. Poussant un soupir frustré, elle tend une main en direction de sa ceinture, avant qu'une nouvelle remarque du chef Trager ne se fasse entendre. Un regard noir dans sa direction, un mélange idéal de frustration et de vulnérabilité, et le « clic » de la ceinture de la lycéenne résonne bruyamment dans l'habitacle. - C'est bon, je l'ai mise. Une pointe d'insolence dans le fond de la gorge, Celeste repousse son sac de ses genoux au sol de la voiture, tandis que son père démarre. Elle reste silencieuse un moment. Elle observe la route qu'il prend, les virages qu'il emprunte, les routes qu'il traverse. Elle a compris qu'ils ne retournent pas à la maison. Où vont-ils, alors ? Où vont-ils pour que ça soit si important ? Au point que son père en personne vienne la chercher en cours ? Wade en reviendrait sûrement pas, Daria non plus, encore moins Maxim.

Incapable de rester dans l'ignorance plus longtemps, l'adolescente finit par lâcher la route des yeux, déposant sa tempe contre le dossier de son siège. Ses deux prunelles sombres scrutent son visage sérieux, bien trop sérieux, voire même nerveux ou en colère, et les interrogations finissent par être libérées de leur cache dorée. - T'es énervé ? C'est à cause de Neo ? Il a fait une bêtise ? Je te promets que je vais réparer s'il a cassé un truc ou je vais nettoyer, promis juré Papa..., que Celeste s'aventure en terrain miné. C'est qu'elle a si peu l'habitude de le voir dans cet état qu'elle n'a aucune idée de comment arranger les choses. Dans une voiture, impossible de prendre son père dans ses bras pour le rassurer. Impossible de le regarder dans les yeux pour l'apaiser, impossible de lui promettre qu'elle va faire des efforts pour arrêter de le rendre malheureux. Impossible de lui changer les idées si c'est le souvenir de sa mère qui revient pour le hanter, comme ce dernier le fait avec elle... Face au manque de réaction qui lui parvient, Celeste secoue la tête. - J'aime pas quand tu conduis et que t'es énervé. Croisant les bras, elle se remet à détailler la route par la vitre côté passager, dans l'espoir de comprendre où ils vont, ce qu'ils font. Mais tout ça n'a aucun sens. Elle n'a même pas de rendez-vous, aujourd'hui, elle en est certaine. - Tu peux juste me dire où on va ?, qu'elle demande, aussi penaude que lorsqu'elle a quitté sa salle de classe, avec l'envie immense de voir son père arrêter de jouer au roi du silence.

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MessageSujet: Re: still and silen, calm before the storm (celestron)   Dim 18 Sep 2016 - 14:57

still and silen, calm before the storm
Celeste & Aaron



Faire irruption de la sorte dans l’établissement, dans une salle de classe, dans un cours de sa fille alors qu’il n’y a pas été réellement invité : en temps normal, ce n’est pas vraiment dans les habitudes d’Aaron. Loin de là, même : il sait très qu’à cet âge, c’est la dernière chose que Celeste doit souhaiter, d’être ainsi mise en avant. Mais… mais Aaron est en colère, Aaron angoisse à l’idée des heures voire simplement des minutes à venir, Aaron est balloté par des certitudes qu’il refuse de considérer comme réelles. Aaron est tourmenté par les mots de Malachi, oscille en le rejet complet et l’anxiété culpabilisante. Pourquoi maintenant, pourquoi aujourd’hui, pourquoi en pleine journée ? Parce qu’il a fini par prendre une décision, il a fini par suivre un raisonnement bancal mais cohérent, parce qu’il faut qu’il en ait le cœur net. Autant pour lui que pour Celeste. Il a fermé les yeux trop longtemps, il s’est terré trop longtemps, il a été lâche trop longtemps : si Chiara le voyait à cet instant, elle lui mettre non pas une, non pas deux mais certainement trois claques bien pesées, si ce n’est plus. Et il mériterait chacune d’entre elles pour avoir laissé la situation dégénérer à ce point sans même prendre les devants pour comprendre. Ses mots sonnent comme des ordres, il ne s’excuse auprès du professeur que par politesse alors que ses yeux sont déjà fixés sur l’heure, puis fixés sur Celeste. - Papa... Il ne cille pas, le patriarche, pour ne pas risquer de voir sa volonté flancher. Il ne veut pas savoir, il ne veut pas lui poser la question, il ne veut pas l’acculer au pied du mur si tout ça s’avère être vrai, il ne veut rien de tout cela, mais il s’entend quand même lui intimer de le rejoindre dehors. Aucune patience, aucune douceur, Aaron sort de la salle de classe aussi rapidement et brusquement qu’il y est entré, n’attend qu’une poignée de seconde dans le couloir. - D'accord, ça va... Elle ne sait pas ce qu’il est venu faire.

En même temps : comment pourrait-elle se douter de ce qu’il refuse de comprendre, alors que depuis bien trop de temps, il s’éloigne, il se fait distant et elle aussi, comme si d’un commun accord ils avaient décidé de tout foutre en l’air ? Aaron ne prend le temps de souffler que lorsqu’il atteint la voiture, que lorsqu’il l’ouvre pour s’installer devant le volant et plaquer ses mains dessus, à défaut d’avoir le courage d’y fracasser son front. Il déteste ces véhicules, surtout à cet instant. - Qu'on p- Non, pas tout de suite. Il répondra à ses questions plus tard : avant tout, il faut qu’ils s’éloignent du lycée, qu’ils s’éloignent de ce qu’il entend, qu’ils s’éloignet de Radcliff, qu’ils s’éloignent de tout pour se recentrer sur eux-mêmes. Sur les Trager. - C'est bon, je l'ai mise. Aaron a bien conscience que son comportement n’a rien de rassurant ni rien de sympathique. Que le ton insolent de sa fille, il le mérite tout particulièrement. Mais il ne retient pas un « Fais attention à ton ton, Celeste » aussi sec que cassant. La voiture démarre, les yeux d’Aaron sont rivés sur la route. Et ses gestes sont brusques, sa conduite nerveuse, comme pour mieux traduire l’agitation et la colère dans lesquelles il est.

- T'es énervé ? C'est à cause de Neo ? Il a fait une bêtise ? Je te promets que je vais réparer s'il a cassé un truc ou je vais nettoyer, promis juré Papa... Les doigts d’Aaron se crispent sur le volant, à s’en faire pâlir les phalanges. Neo ?Il met bien une demi-douzaine de secondes à faire le lien entre ce nom et le chiot qu’ils hébergent depuis son anniversaire. Avant la réunion parent-prof. Aaron reste muet, préférant ne pas s’hasarder à s’énerver davantage en pensant à ce désastre inutile. - J'aime pas quand tu conduis et que t'es énervé. Tu peux juste me dire où on va ? La voix de Celeste est une tentation à jeter un coup d’œil sur le côté. Bien malgré lui, Aaron sait qu’il faut qu’il rompe le silence avant que sa fille ne s’angoisse ou qu’elle ne s’énerve à son tour. Il sait qu’elle ne mérite pas un tel comportement, qu’elle ne mérite rien de tout cela. D’autant plus que si ça se trouve, tout cela n’est qu’un mauvais rêve, qu’un cauchemar, qu’une mauvaise interprétation d’un professeur paranoïaque doublé d’un imbécile. Peut être, au final, qu’Aaron a raison depuis le début, que ce n’est qu’une passade, que rien n’est définitif, que tout est éphémère, que… « La semaine dernière, j’ai été convoqué par ton professeur principal, Malachi. » Il change de vitesse un peu durement, au moment même où ils sortent de la ville. Un coup d’œil aux panneaux, il accélère légèrement. « Il tenait à me parler de ton comportement. » Il ne la regarde pas, rive ses rétines sur l’asphalte comme une échappatoire. Echappatoire qu’elle n’a pas, elle, puisqu’elle est enfermée dans le véhicule en mouvement. Avec lui. « Il s’inquiétait pour toi. Et m’a accusé de ne pas prendre soin de toi. » Les propos du professeur d’histoire sont déformés par la culpabilité du père qui prête à son ami des propos dont il est le seul propriétaire. « Comme quoi je te délaisse. Je te laisse dériver sans m’intéresser à ce qu’il a appelé des cris de détresse. » Brusquement, il tourne sur une voie en terre, arrête la voiture en bordure d’un champ et lâche un « Descends de la voiture. » qui ne tolère ni insolence, ni réponse, ni quoique ce soit d’autre qu’une obéissance immédiate. Ses doigts dénouent sa cravate, jettent sa veste sur le siège de la voiture, claque la porte pour le laisser en chemise. Il contourne la voiture en se disant qu’il s’est déjà connu plus diplomate avec des enfants et des adolescents. « On va marcher un peu. » ses mains s’enfoncent dans ses poches. En pantalon de costume et en chemise blanche, en chaussures cirées, il n’est clairement pas dans une tenue adéquate pour se lancer dans une randonnée comme il a pu en faire des dizaines avec sa femme et leur fille encore incertaine sur ses jambes. « Est-ce que quelque chose ne va pas, Celeste. » Pour la première fois depuis qu’il est arrivé dans la salle de classe, la voix d’Aaron perd en brutalité et en colère pour n’être que soucieuse.


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MessageSujet: Re: still and silen, calm before the storm (celestron)   Dim 25 Sep 2016 - 0:12

Son père ose lui demander de faire attention à la façon dont elle parle, et Celeste se met à croiser les bras férocement. Elle ne comprend pas ce qu'elle fiche dans cette voiture, avec lui, alors qu'elle est supposée être en cours. Elle est certaine – certaine – que dans deux ou trois jours, quand le lycée lui reprochera de s'être absentée sans justificatif autre que celui apporté par son père tout à l'heure, que son père le lui reprochera. La lycéenne est prête à en mettre sa main à couper. Agacée tout autant que dépassée par ce qui se passe, les premiers mots de son père surprennent encore un peu Celeste qui se tourne pour de bon vers ce dernier. - Ouais, je le connais, merci. Elle souligne ce fait car elle le sent prêt à lui conter tout le CV de son professeur d'Histoire et professeur principal, et ça la jeune Trager s'en fiche royalement. Elle répond aussi comme ça car sur la défensive au fur et à mesure que les secondes s'écoulent. - Il voulait quoi ?, qu'elle s'empresse d'ajouter, pour ne pas laisser à son père l'occasion de la réprimander une fois de plus. - Ah... est la seule réponse qu'elle parvient à donner alors. Parler de son comportement ? Elle n'a pas plus changé que l'année dernière. Elle ne voit pas le rapport. Puis pourquoi angoisser son père avec des suppositions erronées, comme ça ? Ses profs peuvent pas se mêler de ce qui les regarde ? Si elle ne s'entend pas avec la moitié de ses profs, d'ailleurs, est-ce que c'est de sa faute ? Carrément pas. On ne peut pas aimer tout le monde – Celeste n'aime pas tout le monde, voilà, fin de la discussion. Elle ne s'en formalise pas plus parce que dans quelques mois, le lycée sera derrière elle, elle pourra se lancer dans une formation pour devenir pompier et la vie commencera enfin à être un peu intéressante. En attendant, tout est nul. Le lycée est nul, son père est lourd et elle est incapable de retrouver la personne lui ayant arraché sa mutation. Une super vie qui mérite d'être vécue, vraiment.

Même si Celeste écoute d'une oreille distraite ce qui lui est dit, ses yeux s'écarquillent quand elle réalise les horreurs qu'a dû entendre son père par sa faute. - N'importe quoi... Son père s'occupe bien d'elle. Son père est le meilleur père dont on puisse rêver. Il n'est peut-être pas souvent là ou absent, il oublie certaines choses ou se focalise parfois trop sur d'autres, mais c'est son papa. Son papa qui a toujours été là pour elle et qui aujourd'hui entend qu'il s'occupe mal de sa fille unique, parce que cette dernière est incapable de tenir en place. Sur le coup, l'adolescent en veut à Malachi Porter, mais elle s'en veut également à elle. Beaucoup. Son petit cœur se serre doucement, de plus en plus douloureusement, avant que la voiture ne s'arrête brusquement. Fronçant les sourcils, la petite brune observe le paysage qui entoure la voiture. - On est où ?, qu'elle quémande en jetant un regard interrogatif à son père. Son ordre l'empêche de poser plus de question. Après avoir vite détaché sa ceinture, délaissé son sac au pied du siège passager et avoir caché son portable dans la poche de sa veste en cuir, la mini-Trager se met à suivre son père le long du chemin de campagne. L'adolescente acquiesce aux nouveaux mots sévères prononcés par son aîné, avant de croiser les bras. Pour le coup, elle aimerait se faire aussi petite qu'une souris. Histoire de ne plus avoir à subir les foudres de son père sans rien y comprendre, histoire de fuir ce moment si particulier et étrange.

Enfin, son père s'adoucit. Enfin, quand Celeste laisse son regard trouver le sien, elle a l'impression de le reconnaître. Son interrogation, en revanche, elle la laisse perplexe. Ouvrant la bouche pour la refermer aussitôt, l'adolescente cherche à trouver les bons mots pour y répondre. Pour ne pas éveiller le moindre soupçon, aussi, pour ne pas laisser entrevoir à son père toutes les choses qui font que Celeste n'est plus la même depuis plusieurs mois maintenant. - J'vais bien. Elle acquiesce ses propres dires d'un mouvement énergique de la tête, pour le convaincre au maximum. - Papa, je te jure que je vais bien. Je sais pas pourquoi il a parlé de cris de détresse, il a fumé j'crois. Pourquoi ça n'irait pas ? Un petit sourire étire ses lèvres, ses épaules se haussent mollement. - C'est toi à m'emmener ici qui me stresse... Son marmonnement n'est qu'une réminiscence de ce mauvais petit caractère qu'elle pouvait avoir dans la voiture ; il ne reste cependant pas longtemps dans la conversation. - Et toi, est-ce que quelque chose ne va pas ? Qu'est-ce qu'il t'a dit de plus mon prof ? Pourquoi tu me fais faire une promenade en plein milieu d'une journée ? Je comprends pas. C'est là que les choses coincent. Au fond d'elle, la mini-Trager trouve toujours une explication au comportement de son père. Elle connaît la plupart de ses réactions et réflexions par cœur, elle le connaît, l'aime comme il est, mais... mais sur le moment Celeste voit trouble pour la première fois depuis un bon moment. Elle ne saisit pas ce qu'ils font ici, les questions que lui pose son père, ce comportement étrange qu'il a adopté en débarquant sans prévenir dans sa salle de classe. Il y a une logique manquante à toutes ces choses qui se passent soudain et, avec son grand regard perdu qui vient de planter dans celui de son père, l'adolescente ne réclame plus que des explications, de simples et toutes petite explications.

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MessageSujet: Re: still and silen, calm before the storm (celestron)   Mer 5 Oct 2016 - 20:22

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Celeste & Aaron



Aaron est un homme patient. Exagérément patient, même, dans bien des situations. Patient, passif, d’une qualité à un défaut il n’y a qu’un pas et il doit bien se l’avouer : il ne s’est pas fait prier pour le faire, ce pas, lorsqu’il a eu soudainement l’impression de se noyer sous un amas de problèmes. Des problèmes pouvant être minimes, mis en comparaison avec d’autres, mais qui lui suffisent déjà pour perdre le fil, perdre pied, perdre contenance et surtout perdre cette capacité qu’il avait à surmonter les épreuves et même la pire, comme l’a pu être le décès de Chiara, onze ans, onze longues et pourtant si petites années. Il aurait bien du mal à donner une date à ce qu’il pourrait décrire comme la pichenette dans le premier d’une harassante succession de dominos mais il sait qu’elle a eu lieu, cette pichenette, et qu’il les a regardés tomber un à un, ces dominos, sans faire réellement le moindre geste pour stopper la propagation de l’onde de choc. Et il sait aussi qu’il est en train de faire le premier mouvement, lorsqu’il demande d’une voix aussi lasse que sèche à sa fille de surveiller son ton. Aaron est un homme patient, mais Aaron n’est malheureusement qu’un homme, avec bien trop de défauts à son goût pour faire face à si peu de qualités. Une inspiration répond à son hésitation, une expiration à ses doutes : sa respiration est rythmée par ses mains crispées sur le volant et les gestes brusques qui marquent inhabituellement sa conduite.

Finalement, il accorde quelques explications, en réponse aux questions agacées et inquiètes de Celeste. Une introduction aussi concise qu’exhaustive, sur laquelle elle rebondit sans plus tarder, rehaussant d’un nouveau cran la fatigue de son père. - Ouais, je le connais, merci. Aaron jette un coup d’oeil à son rétroviseur, se concentrant sur sa conduite pour ne pas s’exaspérer davantage des réponses de sa fille. - Il voulait quoi ? Las, les yeux rivés sur la route, Aaron ne se fait pas prier pour répondre. Ce qu’il voulait ? - Ah... Là, les yeux du père dérivent de manière incertaine vers Celeste. Une fraction de seconde. De quoi Malachi aurait-pu lui parler d’autre, de toute manière ? Le comportement de Celeste est une raison plus que suffisante, plus qu’évidente, plus qu’omniprésente pour suffire à justifier une, deux trois, quatre convocations et même plus encore. Une justification qu’il se sent pourtant obligé de détailler, en insufflant dans la bouche du professeur d’histoire des propos qui ne viennent pourtant que de lui même. Les reproches de Malachi n’avaient pas tout à fait cette teneur, mais c’est ainsi qu’il se les ait appropriés, dans une culpabilité plus qu’inavouée. - N'importe quoi... Sans accorder plus d’attention que cela aux interventions de sa fille, il se force à poursuivre, tournant brutalement sur la droite pour s’arrêter à peine quelques mètres plus loin, Sortir de la voiture devient une priorité, abréger cette conversation une nécessité, fuir : un besoin. Seulement, il ne peut pas fuir. Il ne peut plus fuir. - On est où ? Il entend peut être la question, il ne l’écoute pas : veste et cravate se perdent sur le siège, la porte claque, ses pas l’écartent de la voiture, mains dans les poches. Marcher. Respirer. Sortir de Radcliff : il n’a étrangement pas pu concevoir un autre environnement pour discuter avec Celeste. Venir la chercher brutalement dans la salle de classe n’est que le résultat d’un coup de tête visant à le faire avoir le courage d’avoir ces mots.

La voix d’Aaron perd en brutalité, gagne en inquiétude, ses sourcils se décrispent mais son front héberge désormais la ride du lion, celle qui marque les soucis constants d’un parent pour son enfant. S’il croise un instant les yeux de Celeste, c’est pour mieux regarder ailleurs, devant, avancer sur le chemin après s’être assuré qu’il la suit. Etrangement, elle ne répond pas immédiatement. Elle semble peser ses mots et ça le rassure, Aaron, parce qu’il veut croire qu’elle va lui dire la vérité. Peut être qu’elle va bien, même si elle est un peu fatiguée. Ou alors qu’elle se fait du souci pour Maxim. Ou alors qu’elle est en effet un peu perturbée parce qu’elle pense à sa mère. Aaron veut croire que tout peut s’arranger simplement, vraiment. Parce que ce serait mieux, autant pour lui que pour Celeste, que toutes les hypothèses de Malachi ne relèvent que d’une paranoïa surréaliste. Parce qu’Aaron n’arrive toujours pas à concevoir que cela puisse être vrai. Parce qu’il craint, vraiment, très sincèrement, de voir quelle sera sa réaction si… - J'vais bien. Papa, je te jure que je vais bien. Je sais pas pourquoi il a parlé de cris de détresse, il a fumé j'crois. Pourquoi ça n'irait pas ? Le sourire de Celeste sonne faux. Il l’entend bien, que son sourire n’est qu’un piccolo venu s’immiscer dans un requiem, même s’il aurait aimé pouvoir se faire charmer par le flûtiste d’Hamelin plutôt que de le percer à jour aussi facilement. - C'est toi à m'emmener ici qui me stresse… Et toi, est-ce que quelque chose ne va pas ? Qu'est-ce qu'il t'a dit de plus mon prof ? Pourquoi tu me fais faire une promenade en plein milieu d'une journée ? Je comprends pas. Je ne comprends pas. D’une demi-oreille, Aaron sent, sans savoir comment, sa mutation lui échapper et mettre en avant dans son esprit des nuances auxquelles il n’avait jusque là jamais prêté attention. Chaque personne émet une symphonie dont il perçoit instinctivement la portée sur le plan de la peine et de son pendant inverse, la joie. Mais là… là, c’est autre chose qu’il entend. Quelque chose qu’il entend depuis bien des mois, sans qu’il ne parvienne pour autant à déterminer quoi. Comme une émotion à laquelle il ne serait pas habitué. Ça lui coupe la respiration, à Aaron. Ça l’empêche momentanément de réfléchir, aussi.

« Tu es sûre que ça va ? » Il ne répondra pas honnêtement à la question de Celeste. Elle n’a pas à s’inquiéter pour son père, ce n’est pas dans l’ordre des choses qu’une enfant se fasse ainsi du souci pour la personne chargée de veiller sur elle. Il n’y répondra pas honnêtement mais… « Je me fais du souci pour toi. J’ai l’impression que tu ne me dis pas tout, que tu… tu sais que tu peux me parler de tout, Celeste, j’espère... » Il s’arrête de marcher, pour mieux la pousser à le regarder, de deux mains autoritaires posées sur ses épaules. « Même si tu as fait une bêtise, une grosse bêtise, même si tu as honte ou que sais-je, tu sais que tu peux me parler de tout ? Si quelque chose ne va pas... » Il regarde autour : personne, strictement personne à l’horizon, juste deux champs qui les encadrent. Il se pince les lèvres, comme pour se retenir de parler. « Tu n’as pas une mutation facile à porter parce qu’elle se déploie dans toute sa splendeur qu’au dépend de sa discrétion. Parfois, je ne sais pas si je te l’ai déjà dit ou si tu t’en souviens, ta mère avait besoin d’espace pour mieux laisser libre cours à tout ce qu’elle avait en elle. On partait souvent sur un coup de tête, tous les deux puis tous les trois lorsque tu es arrivée, pour aller marcher en montagne. Essuyer des orages. Et vous entendre toutes les deux rire aux éclats. Tu essayes d’attraper les gouttes d’eau, mais des bourrasques de vent te les ramener au visage ou les faisaient fuir tes petites mains potelées. » Il s’est perdu, Aaron, il s’est perdu dans ses souvenirs tant et si bien qu’il a presque oublié ce pour quoi il est là, avec Celeste, en pleine journée. « Tu peux t’amuser, là, si tu veux. Il y a un peu de vent, quelques nuages, c’est un temps idéal pour toi Chiara. » Il ferme les yeux à l’instant même où il se rend compte qu’il s’est trompé de prénom. « Celeste. »


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MessageSujet: Re: still and silen, calm before the storm (celestron)   Mar 25 Oct 2016 - 12:30

Celeste a beau chercher le regard de son père, elle ne le trouve pas. A chaque fois, il se détourne, semble ailleurs, si loin d'elle que son cœur se contracte toujours un peu plus, toujours plus fort. L'adolescente n'arrive pas à comprendre ce qu'ils font ici. Elle sait qu'elle peut guetter encore et encore une réponse dans le champ qui les entoure, vers leur voiture au loin, dans le ciel, au-delà de la forêt qui s'élève non loin d'eux, elle ne trouvera aucune réponse seule. Alors, elle secoue la tête sous l'incompréhension et continue de marcher aux côtés de son père. Ce père qui ne semble pas au meilleur de sa forme et qui refuse de lui dire quoi que ce soit. Ce père qui lui pose toujours plus de questions étranges, des questions qu'il a même déjà posées mais dont il ne semble pas se souvenir, la minute suivante... - Oui, papa, je viens de te le dire..., que souffle une Celeste préoccupée, les sourcils froncés. Au final, il n'a pas répondu à sa question à elle. Se pinçant les lèvres, la petite brune comprend qu'il ne répondra pas. Et si elle peut se montrer bornée, son père l'est souvent tout autant. A la place, elle se contente de réitérer son interrogation par le regard. Il ne peut que comprendre. Il ne peut que lire dans ces prunelles à la fois perdues et remplies d'inquiétude qu'elle n'arrive pas à saisir ce qu'il veut, ce qu'il fait, ce qu'ils font ici, tous les deux. Quand son père se stoppe enfin, quand ses mains viennent se déposer sur ses épaules, Celeste inspire le plus calmement possible. Elle appréhende : la suite, ce qu'il va dire, ce qu'elle a probablement fait pour le pousser à être assez en colère pour qu'il se décide à l'emmener jusqu'ici, et peut-être l'abandonner... Car si ce n'est pas la colère ou l'envie de la laisser derrière qui motivent son père à venir ici, pour parler, qu'est-ce que c'est ?

Ses sourcils se froncent de plus belle. Il se fait du souci pour elle ? La lycéenne cherche à secouer la tête pour lui enlever cette idée de l'esprit, pour l'aider à dédramatiser, mais les mains massives de son père sur ses frêles épaules l'empêchent de faire trop de mouvement. Pour le rassurer, ne lui reste plus alors qu'un sourire à lui offrir. Un sourire doux, avenant, un sourire sincère comme Celeste n'est capable d'en faire qu'à son père, depuis toujours, ce sourire qu'il est forcé de comprendre et de croire, car le côtoyant depuis 17 ans maintenant. En son fort intérieur, l'adolescente espère qu'il est encore assez sincère, assez crédible. Elle en doute. Pour la première fois, elle ne le reproduit pas à la perfection de loin, au détour d'un couloir à la maison ou juste avant de quitter le siège passager, devant le lycée. Non, cette fois-ci, Celeste se force à faire bonne figure sous le regard frontal de son père. Elle ment effrontément sans prendre conscience que c'est la première fois que son sourire se tord. Il n'est pas aussi sincère et réel qu'elle aimerait le faire apparaître, la fissure de son cœur s'y devine et son mal-être aussi. Pourtant, elle fait mine de ne pas s'en apercevoir. Elle poursuit, sur cette lancée qui la blesse toujours plus, dans l'espoir que son père n'y voit de nouveau que du feu. - Je sais, affirme-t-elle, d'un ton qu'elle espère convaincant. Ensuite, la jeune fille laisse ses épaules, contractées par la nervosité, retomber lourdement quand l'attention de son père semble s'évader ailleurs.

Elle espère avoir réussi son coup. Elle l'espère sincèrement. Elle n'a pas envie de parler de ce qui ne va pas, puisque pour elle, tout va bien. Tout va bien. Comme elle ne cesse de le répéter depuis le début de cette conversation, comme à chaque fois qu'on lui pose la question, en particulier Dhan ou Ezekiel. Elle les rassure car elle a le sentiment d'être la plus adulte de tous, lorsqu'elle se retrouve sous leurs regards inquiets. C'est rien. Elle a perdu sa mutation, le moral ne va pas fort, mais c'est rien. Elle va se relever, elle va continuer, elle va retrouver celui qui lui a fait ça et elle va continuer à vivre. C'est pas la mort. C'est rien. C'est pas comme si sa mutation était la dernière chose qui la rattachait à sa mère. C'est pas comme si son souvenir s'était évanoui au moment où le poison a transpercé sa peau. C'est rien. C'est si peu, cette mutation. Elle l'aimait même pas, de toute façon. Elle l'a jamais aimé. Elle est même capable de s'en passer : la preuve, elle le fait depuis des mois. Encore quelques semaines et elle l'aura complètement oubliée. Elle ne pensera plus à cette marque sur son épaule, elle ne songera plus à la déception qu'aurait éprouvé sa mère si elle avait été là. Elle n'imaginera plus son père la détestant de ne plus être comme sa mère. Elle ne cauchemardera plus. Elle vivra sa vie. Sans sa mutation. Plus que quelques semaines et ça sera bon.

Du moins, c'est ce que Celeste se dit, pense encore, avant que son père ne s'avance sur ce terrain miné. Le souvenir qu'il évoque, il fait accélérer les battements du cœur de l'adolescente. D'une part parce qu'il évoque sa mère, et que son souvenir est si précieux aux yeux de la mini-Trager que la moindre information se révèle merveilleuse à entendre, d'autre part parce que son père parle de mutation. Et que ce n'est pas bon. Elle n'a pas idée d'où il veut en venir mais une appréhension terrible saisit la jeune femme à la gorge, si bien qu'elle se recule de l'emprise de son père de deux pas empressés. - Euh, ouais, d'accord... Mais qu'est-ce qui lui prend ? Elle n'a pas envie de parler de ça, elle n'a pas envie de penser à sa mutation, elle est fatiguée, elle ne... Le prénom de sa mère lui fait ouvrir la bouche, pour la refermer aussitôt. Ses yeux se sont légèrement écarquillés sous le coup de l'émotion et de la surprise, avant qu'un soupir ne passe ses lèvres. Elle ne doit pas se laisser avoir. Elle ne doit pas laisser la moindre émotion la gagner, la plus petite peur la contrôler. Si son père parle de ça, c'est juste comme ça. Il n'est pas au courant. Il ne peut pas être au courant. Il demande juste ça sur un coup de tête, peut-être parce qu'il a senti qu'elle s'ennuyait en ce moment à la maison, que les cours ça n'est toujours pas son truc, que... Il va le sentir. La mutation de son père est programmée pour ressentir ces émotions étranges, mélange de tristesse et de doute, ces bouts de mélancolie qui se baladent dans le cœur de l'adolescente, il va deviner qu'elle ne va pas bien. Secouant la tête, Celeste essaye de lui offrir un nouveau sourire rassurant, encore plus tordu que le précédent. - Je- J'ai pas envie de faire ça, j'ai plus trois ans, papa, c'est bon... Un petit rire nerveux lui échappe. Il ne gagne pas son regard, au contraire. Jetant un coup d'oeil à la voiture au loin, elle hausse deux épaules tremblantes, alors que ses bras viennent se serrer tout contre elle, comme pour la protéger du mal qui la ronge, mais surtout pour empêcher son père d'approcher. - On peut rentrer à la maison maintenant ? Je suis fatiguée, si tu veux on pourra faire ça une autre fois, ça m'embête pas, mais pas aujourd'hui, j'ai pas envie... Relevant ses deux billes sombres dans celles de son aîné, Celeste se rend compte qu'il est trop tard. Il a compris. Il a forcément compris. Il va la détester. Plus les secondes passent, plus la supplique silencieuse qui passe par le regard de l'adolescente prend de l'ampleur. De fines larmes commencent à se former au creux de ses paupières, avant qu'une dernière phrase ne parvienne à passer ses lèvres, dans l'espoir fou de ne pas lire dès à présent la désillusion sur le visage de son père. - S'il-te-plaît, papa, je veux pas...

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MessageSujet: Re: still and silen, calm before the storm (celestron)   Dim 6 Nov 2016 - 17:24

still and silen, calm before the storm
Celeste & Aaron



Il se fait du souci pour elle. Quel père, en même temps, ne se ferait pas du souci pour sa fille unique, devant une crise d’adolescence tardive et brutale, devant la déliquescence progressive de leur relation privilégiée, quel parent ne s’inquièterait pas de voir sa princesse, sa petite princesse, malheureuse et de ne pas savoir comment l’aider ou la guider suffisamment pour qu’elle traverse sans mal cette mauvaise passe ? Et surtout, surtout, comment Aaron pourrait-il ne pas se faire du souci pour sa fille alors qu’il ignore résolument depuis bien trop de moins maintenant que quelque chose ne va pas ? Trop de problèmes, trop de souci, trop de travail, trop de trop, il s’est trouvé des raisons de repousser cette discussion pendant des semaines. Et maintenant, il n’a plus le choix, vraiment plus le choix. S’il voulait être honnête, Aaron, il se rendrait compte que sans le rendez-vous exigé par Malachi quelques jours plus tôt, la situation serait toujours la même qu’il y a une, deux, trois semaines. Et sans cette discussion excessivement tendue, Aaron serait encore un lâche bien décidé à fermer les yeux. A ne pas poser de question. A ne pas acculer Celeste dans un coin de campagne pour avoir le fin mot de cette histoire qui n’a déjà que trop duré.

Pendant un instant, en sortant de la voiture, Aaron envisage de faire demi-tour. Et une nouvelle fois, lorsqu’il lui intime de le suivre sur le chemin de terre, il reconsidère la fuite. Je ne comprends pas. Lui non plus, il ne comprend pas. Il ne comprend rien. Et c’est bien ça, le problème. Il s’arrête de marcher pour la pousser à le regarder. Ses oreilles se vrillent de la mélodie émotionnelle de Celeste, se crispent de nuances qu’il ne comprend pas, qui ne concernent ni la joie, ni la peine, mais bien quelque chose d’autre, quelque chose de plus diffus. Il essaye de ne pas y prêter attention, sans grand succès. Il faut qu’elle sache qu’il sera toujours là pour elle, même s’il a failli à son rôle et de père, et de guide, et de protecteur ces derniers temps. Il veut lui laisser une chance, aussi, une dernière chance, de lui parler. De lui dire ce qu’il ne va pas. Parce que quelque chose ne va pas, c’est évidence. Bien trop évident. Et ce, malgré le sourire qu’elle lui offre et auquel Aaron ne parvient à répondre que par une mine douloureusement inquiète et peinée par la distance qu’elle impose entre eux. Il s’y prend mal, il s’y prend si mal que c’en est désolant. - Je sais Elle sait. Alors pourquoi, retient-il entre ses lèvres, pourquoi est ce qu’elle ne lui dit rien ? Pourquoi est ce qu’elle s’obstine à se taire, encore et encore, pourquoi est-ce qu’elle s’obstine à le fuir, pourquoi est ce que… Aaron relâche les épaules de sa fille, se passe une main sur le visage en inspirant à plein poumon, comme si oxygéner davantage son sang aller lui permettre de trouver une solution.

Chiara, à sa place, aurait certainement trouvé ce qui n’allait pas. Chiara avait cette intuition de mère qui lui fait défaut, Chiara avait ce pressentiment constant, et infaillible, qui la rendait à même de percevoir ce que son motiopathe de mari était incapable d’appréhender. Jamais, depuis le décès de sa femme, Aaron ne s’était senti aussi désarmé et impuissant qu’à cet instant, devant le refus de Celeste de lui parler. Chiara… Chiara était mutante, et la mutation qu’elle portait, si semblable à celle de Celeste, n’était ni facile à contenir, ni aisément camouflable. Elle fourmillait sous la peau de sa femme, Aaron s’en souvient encore avec une acuité qui lui donne le vertige. Comme ces souvenirs qui déferlent sur lui et prennent le pas sur sa réflexion. Une journée comme celle là, une promenade comme celle là… - Euh, ouais, d'accord... La voix de Celeste le ramène brutalement à la réalité. Et à ce qu’ils sont venus faire ici.

A-t-elle conscience que c’est une mise à l’épreuve, en quelque sorte, que lui propose son père ? A-t-elle conscience qu’il n’arrive pas à la confronter directement à ses doutes, mais qu’il essaye d’amener le sujet par les voies les plus détournées pour qu’elle comprenne, qu’elle lui dise elle-même ce qui ne va pas, qu’elle le rassure, qu’elle utilise sa mutation sous ses yeux, qu’elle balaye ce champ d’un vent puissant pour s’exprimer et se défouler, qu’elle tue dans l’œuf les doutes, les insinuations de Malachi, qu’elle… Ecrasant les souvenirs, c’est à présent la détresse de Celeste qui déferle sur lui. Il aimerait ne plus entendre, Aaron, il aimerait ne plus entendre ce qu’il entend, ne pas comprendre ce qu’il comprend. Pour la première fois de sa vie, Aaron aimerait être sourd. Et humain. Pour la première fois depuis qu’il a compris quelle était sa mutation, il aimerait savoir s’en couper, plaquer ses mains sur ses oreilles et ne plus entendre. Ne plus entendre. - Je- J'ai pas envie de faire ça, j'ai plus trois ans, papa, c'est bon... Aaron ferme les yeux, le rire nerveux de sa fille le crispe et s’accorde à sa propre mélodie anxieuse. - On peut rentrer à la maison maintenant ? Je suis fatiguée, si tu veux on pourra faire ça une autre fois, ça m'embête pas, mais pas aujourd'hui, j'ai pas envie... Pas envie. La Celeste qu’il a élevée lui aurait posé des questions sur Chiara. La Celeste qu’il a élevée se serait déjà amusée une demi-douzaine de fois, aurait déjà profité de la tranquillité du lieu pour laisser s’exprimer sa mutation, pour profiter de l’absence d’interdit, pour profiter de l’absence de précaution à prendre. Il n’a pas besoin de regarder Celeste pour sentir des larmes à ses paupières, parce que les mêmes s’agglutinent pour irriter ses pupilles. - S'il-te-plaît, papa, je veux pas...

Il fait un pas en arrière. « Tu ne veux pas quoi, Celeste ? » Sa voix est bien plus sèche qu’elle ne le devrait, mais Aaron est incapable de l’adoucir, incapable de se calmer, incapable de la moindre mesure. « Tu n’as pas envie de quoi, Celeste ? » Sa voix se durcit un peu. Il est partagé, Aaron, partagé entre faire prendre d’encore un peu de patient, de laisser encore une dernière chance à Celeste de parler la première, de faire encore preuve, une dernière fois, de diplomatie et d’écoute ; partagé entre ça et céder, céder à l’impulsivité du père inquiet, céder à l’impulsivité du veuf qui craint de voir le souvenir de sa femme mourir encore un peu plus et, surtout, mourir une seconde fois sans qu’il n’ait rien pu faire pour l’en empêcher. « Tu n’as pas envie de m’avouer quelque chose, peut être ? Tu ne veux pas me montrer ce que tu sais faire, ce que ta mère t’a appris à faire ? Qu’est ce qu’il se passe, Celeste ? » Ses mains attrapent les épaules de sa fille pour la secouer, sans la moindre douceur. « Qu’est ce que tu refuses de me dire ? Je t’ordonne d’utiliser ta mutation, Celeste. Je te l’ordonne, maintenant. Fini de jouer, fini de tourner autour du pot. Enerve toi, fais quelque chose, mais obéis moi. » Rassure-moi.


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MessageSujet: Re: still and silen, calm before the storm (celestron)   Dim 20 Nov 2016 - 19:08

Quand Celeste voit son père faire un pas loin d'elle, son cœur se brise. La douleur se propage dans toute sa tête, vient paralyser la moindre de ses pensées. Elle la voit, cette incompréhension qui continue de grandir dans son regard, ainsi que cet agacement qu'il ne réussira plus à gérer dans quelques instants. L'adolescente joue avec ses nerfs sans le vouloir, dans l'espoir de pouvoir encore repousser l'instant où elle devra enfin avouer ce qu'elle n'a pas osé prononcer depuis tout ce temps... Le ton sec de son père lui fait tasser les épaules, la fait reculer d'un pas, elle aussi. Ses bras se resserrent encore un peu contre elle. Ils cherchent sans qu'elle ne le sache à la préserver de ce qui est en train de se passer. Elle n'est pas prête. Celeste désire plus de temps. Elle aimerait encore obtenir quelques heures sur le destin, pour répéter, encore et encore, seule dans sa chambre, pour trouver les bons mots, le bon ton, la bonne idée. La bonne nouvelle qui fera pencher la balance, celle qui parviendra à faire oublier à son père qu'elle n'est plus rien, désormais. Qu'elle a tout perdu à cause d'une minuscule petite aiguille. La mini-Trager laisse son regard échouer en direction du sol. C'est bien plus simple que de chercher à affronter son père. Puis il... il lui fait peur. Celeste appréhende sa réaction depuis tant de temps ; elle s'est imaginée cette scène des centaines, des milliers de fois, elle s'est posée trop de questions sur comment la discussion allait tourner, comment elle allait pouvoir réussir à le rassurer avant qu'il ne se mette à la repousser. Mais c'est déjà trop tard, la petite brune le sait. Il est trop tard pour faire marche-arrière, comme il est trop tard pour tenter de réparer les pots cassés. Pourtant, elle essaye une dernière fois de le faire. Une phrase, simple, soufflée à demi-mots, pour ne serait-ce que voir son père la croire enfin... - Mais- mais il ne se passe rien...

Mais, comme elle vient de le penser, il est déjà trop tard pour ça. Quand les mains de son père agrippent ses épaules, Celeste relève brusquement son regard dans le sien. Elle sait qu'elle n'a plus le choix. Elle sent aussi les battements de son cœur s'emballer douloureusement. Sa respiration se fait plus bruyante, saccadée, elle se laisse surprendre par une sorte de crise de panique qui ne lui ressemble pas. Mais ce comportement que vient d'adopter son père, ça ne lui ressemble pas non plus. Son corps ballotté ainsi, l'adolescente se retrouve perdue. Désarçonnée, malmenée. Sur ses épaules ne pèse pas le poids des mains de son père, mais bel et bien le poids de son mensonge. Ce mensonge difficile à faire perpétuer, ce mensonge qu'elle aurait aimé révéler aux yeux de son aîné dans de meilleurs conditions. Maintenant... maintenant tout est perdu, tout est raté. Tout est manqué. Celeste n'est plus que l'ombre d'elle-même, elle n'est plus rien dans les yeux de sa mère qui est partie trop tôt et elle n'est plus rien dans les yeux de son père qui espérait encore beaucoup d'elle, il y a quelques secondes à peine... - LÂCHE-MOI ! Ses mains viennent brusquement s'écraser contre le torse de son père, que la jeune femme repousse de toutes ses forces. Une fois éloignée de lui, Celeste cherche à apaiser cette respiration chaotique qui ne l'aide pas à réfléchir. Soufflant doucement, elle fixe tout ce qui peut se trouver autour d'elle, tout ce qui pourrait la raccrocher à un autre moment que celui-ci. Tout, sauf son père. Tout, sauf ce moment affreux.

Au loin, son père reprend la parole. L'adolescente s'ordonne mentalement de se calmer. Ses mains se crispent, ses ongles s'enfoncent dans ses paumes. Il vient de le dire. Ta mutation. Les larmes de Celeste reviennent se loger sous ses paupières. Cette fois-ci, elles sont brûlantes, enragées. Elles luttent contre tout le reste de son corps pour faire cesser le tourment qui vient de s'emparer de son esprit déjà bien abîmé par le temps. Au lieu d'obéir de suite, elle fait un pas en arrière. Sa tête nie malgré elle. Une première larme roule sur sa joue. Le silence devient oppressant. La douleur se fait écrasante. Ce qu'elle aimerait le voir s'avancer vers elle pour la prendre dans ses bras, lui promettre qu'ils parleront de ça plus tard, une autre fois... Mais son père ne bouge pas. Et son ordre rebondit sans relâche contre les parois du crâne de Celeste. Elle le déteste tellement, à ce moment-là. Elle le déteste autant qu'elle l'aime, son papa. Elle le déteste tout comme elle sait très bien qu'il n'est pas celui à qui il faut en vouloir dans cette histoire. La seule coupable, c'est elle. Un sanglot la secoue. Doucement, ses prunelles s'ancrent dans celles de son père. Elle rassemble tout son courage honteux. Elle s'efforce de ne pas flancher. Elle en veut à la Terre entière sauf qu'il est trop tard. - Je ne peux pas le faire, papa. Ces mots sont les pires qu'elle ait jamais eu à prononcer. Au creux de ses grands yeux se lit une détresse sans pareil. Et, enfin, Celeste prend une grande inspiration. Ses mains tremblantes viennent la délester de sa veste grise, veste qu'elle prend la peine d'accrocher autour de sa taille. Sans plus oser regarder son père, sa main droite remonte jusqu'à son épaule gauche. Une fois posée sur le tissu de son t-shirt, elle hésite une dernière fois. Si elle se mettait à courir maintenant, il ne pourrait peut-être pas la rattraper... Son épaule se découvre peu à peu. La jeune Trager se mord férocement l'intérieur de la joue pour éviter de laisser un nouveau sanglot faire plus de bruit qu'il n'en mérite, alors que ses joues sont dorénavant ravagées par les larmes. La piqûre est apparente. Petite, rougie, marquante. On ne peut que comprendre de quoi il s'agit, vu le monde dans lequel ils vivent... - Je voulais te le dire...

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MessageSujet: Re: still and silen, calm before the storm (celestron)   Mer 7 Déc 2016 - 21:14

still and silen, calm before the storm
Celeste & Aaron



Aaron ne s’est jamais vu comme un père, patron, directeur, éducateur voire simplement un homme particulièrement autoritaire. C’est quelqu’un qui sait se faire obéir, voilà qui est certain et qui est aussi indispensable dans son travail. Qui sait se faire respecter, aussi. Mais autoritaire au point de n’en pas comprendre la définition de conciliant et de compromis, non. Aaron ne s’est jamais perçu comme une personne autoritaire et il espère très sincèrement que les choses resteront ainsi encore longtemps. Il se veut attentif, ouvert, il se veut à l’écoute, flexible et prompt à se remettre en question. Et surtout, il ne veut user du pouvoir qu’il a de par sa position qu’en dernier ressort, qu’en dernier recours pour qu’il ne perde jamais de son sens à force d’être trop employé. Un oui n’a de valeur que si le non existe, un non n’a de sens que si le oui advient parfois; Aaron se veut être un homme patient, doux et surtout qui n’hésite pas à traiter chaque situation comme si elle était unique, sans s’embourber dans des ornières ou s’enfermer dans des oeillères malvenues. Mais aujourd’hui… aujourd’hui on ne parle pas d’une bêtise, on ne parle pas d’un verre renversé, on ne parle même pas d’un orphelin un peu trop turbulent, d’un enfant perdu qui cherche des repères en voulant se faire remarquer, on ne parle pas de la victime d’un abandon qui testerait des limites, on parle de sa fille.


De sa princesse. De son trésor. De sa fille, la chair de sa chair, la fille de Chiara. On parle de Celeste. Et de cette angoisse qui tord les entrailles d’Aaron, au fur et à mesure que la suspicion se transforme en doute, que le doute se transforme en certitude et la certitude en souffrance. Aaron ne s’est jamais vu comme quelqu’un d’autoritaire, et pourtant il hausse le ton. Il s’est toujours efforcé de se montrer patient et de rester calme en toutes circonstances, et pourtant il la presse de répondre, il l’accule contre un mur invisible, il la pousse et la pousse encore. Il aimerait croire, le père, qu’il ne fait que l’aider, qu’il ne veut qu’agir pour son bien, leur bien, qu’il ne veut que percer un abcès qui n’a pas lieu d’être et qui ne s’est infecté ces derniers mois que par sa propre négligence mais il sait que les choses sont toutes autres.


Qu’est-ce qu’il se passe, Celeste ? La question est lourde, lourde d’autorité, lourde d’ultimatum. A la hauteur de ce qui est désormais une certitude désastreuse. - Mais- mais il ne se passe rien... La voix de sa fille lui hurle d’arrêter le massacre, de la laisser tranquille, l’attitude de sa fille lui souffle sa détresse, son malaise, son mal-être même… Aaron devrait rebrousser chemin, il devrait, même, s’excuser, la prendre dans ses bras. Alors pourquoi réagit-il autrement ? ”Arrête de me mentir !” Il agrippe ses épaules, chancelle et tombe dans une autorité incontrôlée et presque injuste. Ses rétines accrochent celles de Celeste, ses mains enserrent sa fille sans la moindre douceur, crispées, anxieuses, angoissées. Comme sa fille. Je t’ordonne, Aaron bascule, ordonne, impose. Il ne lui a jamais ordonné quoique ce soit. Il lui a demandé bien des choses, lui en a conseillées bien d’autres aussi, mais il ne lui a jamais ordonné de faire quoique ce soit, pas avant aujourd’hui, pas avant cet instant.


Ca ne ressemble pas à la fille de lui mentir, ça ne ressemble pas au père d’abuser de son autorité. Mais rien ne leur ressemble, parce que rien n’est tangible, tout s’effrite. La respiration paniquée de Celeste ne trouve qu’une soeur dans celle étranglée d’Aaron; son cri, ses mains qui se plaquent contre son torse pour l’éloigner, cette faiblesse soudaine qui s’empare des muscles du père lorsque la peine de Celeste déferle sur lui… ils perdent pied, tous les deux, ils perdent pied mais ils ne se tendent pas la main pour se tirer hors de l’eau. - L CHE-MOI ! Il ne la retient pas. Il ne cherche même pas à la retenir, parce qu’il en serait bien incapable. En revanche, il ne se tait pas, bien au contraire: Aaron enfonce le clou, enfonce jusqu’à la garde, dans sa poitrine et dans celle de sa fille, un poignard sacrificiel. Elle nie, elle refuse, elle recule, Aaron s’interdit de fléchir, refuse de se calmer, refuse de se montrer raisonnable. ll refuse égoïstement, parce qu’il n’est centré que sur ce déni absolu de la réalité. Il ne veut pas entendre Celeste lui confirmer qu’elle ne peut pas utiliser sa mutation, il ne veut pas entendre Celeste lui confirmer qu’elle souffre désormais d’un handicap que rien, strictement rien ne pourra remplacer. Il veut qu’elle le rassure.


Bon sang qu’il aimerait l’entendre lui hurler qu’elle n’en a juste pas envie; bon sang qu’il aimerait se faire malmener par les éléments, ne rien pouvoir faire, encaisser la colère et l’exaspération de son adolescente adorée. Bon sang, bon sang qu’il aimerait ne pas entendre ce qu’elle vient de dire. - Je ne peux pas le faire, papa. Il recule d’un pas, Aaron, il recule d’un pas sous la détresse de Celeste, portée par ses yeux, exacerbée par la mutation de son père. Il se la prend de plein fouet, cette détresse, elle lui lacère le torse, éclate ses tympans, devient omniprésente. S’imposer dans tout son être. Il n’arrive même pas à la retoucher, il ne sait pas s’il a le droit, il doute même d’en être capable. ”Que… comment ça, tu ne peux pas ?” Sa voix est étranglée, loin, très loin de ces ordres assénés un peu plus tôt.


Il recule, Aaron, il recule en essayant de garder pour lui sa propre peine pour ne pas alimenter davantage encore celle de Celeste. Il la voit ôter sa veste, il la voit découvrir son épaule, il la voit. - Je voulais te le dire... Il sent une larme lui brûler la rétine. Lentement, il tend la main, pour effleurer la peau de sa fille, le relief rougi qu’a laissé dans sa chair la pointe d’une seringue. ”Pourquoi…” Il a envie de la prendre dans ses bras, il a envie de lui promettre que ce n’est pas grave, il a envie de hurler que ça ne peut pas être possible, mais Aaron, Aaron ne sait plus quoi faire. Sa mutation, sa propre mutation, balaye ses pensées avant même qu’elles ne soient formées, elle occulte tout, absolument tout, en dehors de leurs émotions à tous les deux. Aaron maudit leur solitude, maudit le silence de la campagne qui le confronte à ce qu’il ne peut bâillonner. A ce que Celeste n’est plus. ”Comment… comment est-ce que c’est arrivé ? Comment as-tu pu…” Comment as-tu pu les laisser te faire ça ? La question reste étranglée dans sa gorge, il regrette instantanément d’avoir ne serait-ce que commencé à la formuler.


Aaron cède, enlace d’autorité Celeste pour appuyer son menton sur la tête de sa princesse, embrasser le haut de son crâne. ”Ce n’est pas grave, tu sais.” C’est faux, et elle le sait. ”Pourquoi est-ce que tu ne me l’as pas dit ?”


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MessageSujet: Re: still and silen, calm before the storm (celestron)   Dim 8 Jan 2017 - 18:31

Celeste refuse de regarder son père approcher. La tête tournée sur le côté, elle subit ce qui se passe tel le pire des cauchemars qui pouvait se réaliser. Ce moment, elle y a pensé bien trop de fois. Elle a imaginé toutes les issues possibles à cette discussion, à ces révélations, juste là pour leur gâcher la vie, pour les piétiner tous les deux, mais, au final, l'adolescente s'est mal préparée. Son cœur qui bat de moins en moins vite, ses larmes qui ne s'arrêtent plus de couler... Dans ce qu'elle avait pu imaginer, elle était bien plus forte que ça. Dans ce qu'elle avait imaginé, elle ne se laissait pas dépasser par les événements. Peut-être parce que dans ce qu'elle avait imaginé, elle était prête.

Prête à tout révéler à son père, dans les moindre détails, prête à lui livrer ce poids devenu si éprouvant sur ses frêles épaules. Prête à lui prouver qu'elle est capable de se relever, malgré tout, prête aussi à lui démontrer qu'elle ne le fera plus jamais souffrir, ni s'inquiéter...

Les doigts de son père frôlent sa peau. Celeste ne sait pas s'il s'agit de son imagination, à nouveau, mais elle sent la petite cicatrice de sa piqûre la brûler, tout à coup. Un peu comme si, à présent que son existence vient d'être révélée à la personne qui ne devait jamais s'en apercevoir, la blessure se mettait en avant et s'amusait à se rappeler à la jeune Trager, histoire de rendre le moment toujours plus difficile à endurer.

Un silence pesant s'installe entre eux. Ainsi au milieu des champs, Celeste se dit que c'est inévitable. Son père doit encaisser le choc, il doit se débrouiller avec cette vérité affreuse qui vient d'éclater au grand jour. Sa fille a été vaccinée. Sa fille a préféré lui mentir durant des mois. Sa fille n'a plus aucun lien marquant avec sa femme, sa propre mère. Le dernier qui leur restait s'est rompu.

La question de son père oblige la petite brune à reporter son attention sur lui. Elle peut alors lire le trouble dans son regard, si différent des autres fois. Si semblable, a-t-elle l'impression, à celui qui se lisait dans ses prunelles le jour où sa mère est morte. Il y a des choses que Celeste n'a pas oublié ; cette fraction de seconde où son père semblait perdu, dépassé, en fait partie.

L'adolescente remet son t-shirt en place, avant de croiser les bras. Elle a le sentiment que ça va l'aider à ne pas craquer, plus qu'elle ne l'a déjà fait en tout cas. Elle parvient à s'apaiser un peu, assez pour que ses mots soient clairs, afin de ne pas avoir à les répéter par la suite. - J'étais... J'étais sortie de la maison, juste une petite heure, pas longtemps, je voulais juste aller voir Harvey avant de reprendre les cours, je voulais pas... Me faire vacciner. Ça, son père doit s'en douter. Ce qu'elle veut dire par là, c'est qu'elle ne voulait pas désobéir. Dans ses souvenirs, son père lui avait explicitement déconseillé de quitter la maison. La veille de la reprise des cours, qui fait ça ? Personne.

Personne, si ce ne sont les têtes de mule comme Celeste qui se permettent de décider de leurs actions seules. Ces personnes qui n'écoutent rien aux conseils utiles de leur parent, qui ne veulent rien voir de cette bienveillance ou de cette inquiétude naturelle qui se glisse dans les regards des parents. Celeste regrette ce choix bien plus que tous les autres. Si elle n'était pas sortie, ils n'en seraient pas là. Point à la ligne.

De nouvelles larmes se forment à ses paupières. - J'ai utilisé ma mutation pour aider une vieille dame dans la rue, c'était pas... j'avais rien fait de mal, papa, j'te le promets... La mini-Trager se met à secouer la tête. Ses doigts viennent briser les larmes qui s'évadent. - Je savais pas qu'il y avait un chasseur... Le sanglot la secoue brusquement. Celeste n'ose plus regarder son père, ne sait plus où regarder du tout. Son seul point d'ancrage reste la terre, ses pieds, rien d'autre, pour tenter de ne pas abandonner la partie maintenant. - J'ai jamais couru aussi vite de toute ma vie, papa..., qu'elle laisse échapper dans un murmure.

Les bras de son père viennent entourer ses épaules, son baiser sur le haut de son crâne la surprend. Pour la première fois depuis longtemps, la jeune femme profite de cette proximité presque oubliée avec son père. Elle sait qu'elle n'en aura plus l'occasion avant un bon moment, à partir de ce jour symbolique. - Je pouvais pas..., qu'elle souffle. Doucement, elle se recule, pour ancrer son regard triste dans celui de son père. - J'avais peur que... Elle ne peut pas dire ça. Elle ne veut pas le dire par peur que ça se réalise vraiment. Pourtant, Celeste ne se voit pas faire marche-arrière maintenant. Peut-être que son père comprendra qu'elle a besoin de ne plus voir la déception dans son regard et le mal-être dans ses mots, pour pouvoir prétendre à aller mieux, au fil du temps, elle aussi... - Tu me détestes. Elle se racle doucement la gorge. Les mots ont brûlé ses lèvres en les passant. - Je suis désolée, papa, j'aurais pas dû... Partir ce soir-là, sans ton autorisation, te mentir ensuite, te faire vivre des moments difficiles. J'aurais pas dû croire que j'allais pouvoir te cacher ça toute ma vie. J'aurais pas dû te décevoir. J'aurais pas dû faire tout ça.

La gorge de Celeste se serre. Elle sait qu'à présent il est trop tard. Son père la déteste. Il aura beau dire tout ce qu'il veut, se défendre d'éprouver une telle chose pour sa fille unique, il pourra nier autant qu'il le voudra, elle a entendu cette question terrible sortir de sa bouche. Et, désormais, l'adolescente ne pourra plus l'oublier. Comment tu as pu...

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MessageSujet: Re: still and silen, calm before the storm (celestron)   Jeu 19 Jan 2017 - 14:00

still and silent, calm before the storm
Celeste & Aaron



Aaron a toujours espéré être un père peut être pas parfait, mais au moins acceptable. Un père dont Celeste pourrait être fière, un père dont elle n’aurait pas honte. Aaron a toujours tout fait pour concilier du mieux qu’il pouvait son expérience d’éducateur, ses responsabilités de directeur et sa paternité, en jonglant entre tout ce qu’il était, tout ce qu’il devait être et tout ce qu’il voulait être pour s’en sortir du mieux qu’il pouvait. Aaron, enfin, avait depuis des années la certitude, très certainement prétentieuse, d’avoir justement trouvé l’équilibre qu’il fallait. Et de ne pas s’en être trop mal sorti.

Ces certitudes sont désormais en lambeaux, sa remise en question est douloureuse, plus que douloureuse, et cet abcès si longtemps ignoré, enfin percé, s’est infecté jusqu’à l’os, a rongé la confiance qu’il pouvait avoir en lui pour exposer ce dont il a désormais honte: Celeste, il n’a pas veillé sur elle comme il le fallait. Sa tête est tournée sur le côté, elle n’ose même pas le regarder. Ses larmes dégringolent de ses joues, et Aaron ne sait plus ce qu’il doit dire, ce qu’il doit faire. Il n’avait jamais hésité, jusque-là, en de telles situations. Mais rien, absolument rien, en même temps, n’est comparable à cette détresse qui lui tord les tripes. Pourquoi, la question reste en suspens. Pourquoi, pourquoi l’avoir vaccinée ? Pourquoi, pourquoi elle ? Le silence les enveloppe lorsqu’il ose enfin tendre la main, alors qu’il hésite encore sur l’attitude à tenir. Un père, un vrai père, un père modèle, ne serait-il pas déjà en train de la prendre dans ses bras ? Mais un père, un vrai père, un père modèle, n’aurait-il pas, de toute manière, prévenu cette situation des mois plus tôt sans la laisser s’envenimer à ce point ? Pourquoi… après le pourquoi sans réponse, vient le comment. Un comment douloureux, un comment motivé par une curiosité malsaine, une angoisse sourde. L’angoisse d’être encore plus coupable, l’angoisse d’avoir encore plus failli, l’angoisse d’être encore plus responsable de la situation. Celeste lui semble inaccessible lorsqu’elle remet son t-shirt en place. Elle lui semble si lointaine, que les émotions dont elle submerge son père lui paraissent surnaturelle. Si proches, mais si lointaine. Il a le regard perdu, Aaron. Parce qu’il est perdu. Il se retrouve sans port d’attache, il aimerait chercher derrière lui le regard de Chiara pour qu’elle soupire et qu’elle prenne les choses en main, qu’elle le repousse, d’une main sur la poitrine, pour s’accroupir devant une petite Celeste et lui expliquer que ce n’est pas grave. - J'étais... J'étais sortie de la maison, juste une petite heure, pas longtemps, je voulais juste aller voir Harvey avant de reprendre les cours, je voulais pas... Avant le début des cours. Je ne voulais pas. Aaron fronce les sourcils. N’ose pas la relancer, de peur de la faire taire. Il sent une désobéissance, derrière son silence, il sent qu’une part de lui veut désapprouver. Mais il sent, il entend bien davantage les larmes de sa fille, des larmes qui lui volent sa voix, qui lui volent tout ce qu’il pourrait bien ressentir pour ne laisser qu’une colère stupéfaite, une perdition proportionnelle à ces perles qui continuent de poindre aux paupières de Celeste. - J'ai utilisé ma mutation pour aider une vieille dame dans la rue, c'était pas... j'avais rien fait de mal, papa, j'te le promets… Je savais pas qu'il y avait un chasseur... Le coeur d’Aaron se serre dans sa poitrine. Il n’est pas la personne avec le plus d’imagination au monde, il n’a pas l’esprit fantasque, mais il se représente sans mal la scène. Combien de fois a-t-il dit à Celeste d’assumer ce qu’elle était, de revendiquer son héritage, d’être fière de ces capacités ? Bien trop souvent. Combien de fois l’a-t-il mise en garde contre un usage abusif, en public, contre la fragilité de leur secret et pourtant sa nécessité ? De toute évidence trop rarement, trop rarement en comparaison. - J'ai jamais couru aussi vite de toute ma vie, papa... Le murmure de Celeste est un appel à l’aide et si Aaron s’interdit la moindre larme, il cède et il prend sa princesse dans ses bras. “Je n’en doute pas, ma chérie, je n’en doute pas une seule seconde…” Il n’a pas une mutation suffisamment puissante pour s’approprier en tout point les émotions de Celeste, mais son imagination est suffisamment fertile pour qu’il se projette dans la peau de son petit bébé paniqué. Effroyablement paniqué.

Son petit bébé. Sa petite Celeste, son ciel étoilé, la prunelle de ses yeux. Une prunelle mutilée, sacrifiée sur l’autel de la violence et de l’incompréhension, une prunelle traversée d’une cicatrice, une prunelle rendue aveugle par son propre aveuglement. Ses lèvres rencontrent les tempes de sa fille. Il la serre tout contre lui, il lui impose une étreinte, il lui impose un câlin qu’il lui a refusé par manque de temps depuis bien trop de mois. Il impose une proximité, une proximité que sa fille lui réclame, parce qu’il se rend compte, Aaron, qu’il aurait pu la perdre. Et qu’il l’a perdue, aussi, d’une certaine manière. Ce n’est pas grave, c’est un mensonge, c’est en mensonge en lequel il souhaite croire, croire de tout son coeur. Un mensonge qu’il veut lui faire croire, aussi, pour qu’il finisse, à terme, par devenir vérité. Pourquoi, pourquoi ne lui-a-t-il pas dit ? - Je pouvais pas... Bien sûr. Elle se recule, Aaron lutte pour ne pas détourner le regard, lutte pour regarder Celeste dans les yeux. - J'avais peur que... De ? Il n’y a pas d’étonnement dans les yeux du père, il n’y a que… quoi au juste ? Pas de surprise, pas de stupéfaction. Peur de le voir en colère, peur de l’avoir déçu, peur, peur de tant de choses, finalement… sait-elle que jamais Aaron ne lui en voudra plus qu’il ne s’en veut actuellement ? ”Je comprends…”, ne trouve-t-il au final qu’à répondre, dans un murmure démentant ces deux mots. Il comprend sans comprendre, Aaron. Il ne fait que continuer à se bercer d’illusion, pour repousser à plus tard la réelle prise de conscience, le réel poids des responsabilités et de la culpabilité, des remords et de la colère.

Une part de lui a envie de secouer Celeste. Une part de lui a, lâchement, injustement, envie d’accuser sa fille de désobéissance, une part de lui a, lâchement, injustement, envie de reporter sur elle toute la faute et la responsabilité de la vaccination pour qu’il puisse ne pas étouffer de culpabilité. - Tu me détestes. Une culpabilité qui enfle, enfle à n’en plus finir. - Je suis désolée, papa, j'aurais pas dû... Il secoue la tête, Aaron, avant de fermer les yeux. ”Ce n’est pas ta faute…” Une part de lui, toujours la même, lui chuchote que c’est un mensonge. ”Je ne te déteste pas, ma puce, je ne te détesterai jamais, tu es ce que j’ai de plus précieux au monde.” Ses mains encadrent le visage de Celeste, pour guider son regard vers le sien, qu’il puisse la regarder dans les yeux. ”Tu m’entends, Celeste ? Tu es ce que j’ai de plus précieux, tu seras toujours mon trésor.” Il la prend une nouvelle fois dans ses bras, comme lorsqu’elle était petite, comme lorsqu’elle se réveillait d’un cauchemar ou que lui-même s’en réveillait. Comme lorsqu’il avait besoin d’elle pour se rassurer, qu’il venait dans sa chambre la regarder dormir et s’assurer de sa présence. Comme les nuits qui ont suivi cette journée-là il y a onze ans. ”Ce n’est pas ta faute, c’est…” C’est lui, qui n’a pas suffisamment jaugé la menace que les hunters faisaient peser sur sa fille, ce sont ces chasseurs qui se sont octroyés le droit de mutiler sa fille, c’est cet Harvey, qui aurait mieux fait de se concentrer sur ses devoirs, c’est le destin, c’est l’univers; c’est de la faute de tout le monde mais ”Ce n’est pas de ta faute. Ca va aller tu vas voir.” Est-ce que ça va aller ? Non. Aaron choisit de rester droit, d’apaiser sa propre peine, de retoucher sa propre douleur, de maintenir silencieuse, d’une main de fer, tout ce qui pourrait le faire flancher. Il abuse, Aaron, il abuse de son propre don sur lui-même parce qu’il sait qu’il ne pourra pas toucher les émotions de Celeste sans lui faire plus de mal que de bien.



Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: still and silen, calm before the storm (celestron)   Dim 9 Avr 2017 - 21:19

Tu seras toujours mon trésor. Ce que Celeste aimerait y croire. De toutes ses petites forces, de tout son petit cœur. Ce qu'elle aimerait pouvoir lire dans le regard de son père cette même vérité qu'il vient de chercher à placer dans le moment. Pourtant, ça sonne si faux. Aux yeux de l'adolescente, son père ne prononce ces mots car c'est ce que tout parent ferait -sans doute- dans un tel moment. Mais son père à elle, Aaron Trager, il ne croit pas à ce qu'il ose dire devant elle. Et ça, la mini-Trager le sait car son papa, elle l'aime, si fort, qu'elle le connaît, du moins le pensait-elle jusqu'à aujourd'hui. Jusqu'à ce que son père déboule dans sa salle de classe, la traîne hors du lycée, la contraigne à monter dans leur voiture et la force à avouer ce qu'il lui est arrivée, ici, au beau milieu de ce champ. Non, son père, elle ne le pensait pas capable de tout ça, et pourtant. Ses bras qui se referment à nouveau autour d'elle, ils suivent l'exact même chemin que les mots. Une route toute tracée, forcée, que son père emprunte tant bien que mal, parce qu'il est supposé agir de la sorte dans un tel moment et ne pas la laisser seule ici, abandonnée à ce sort que Celeste a au final mérité.

Un sanglot secoue l'adolescente, faisant rouler de nouvelles larmes sur les joues de la petite brune. Ses bras à elle ne viennent pas entourer la taille de son père. Son visage ne vient pas se réfugier contre son cœur, ses larmes ne viennent pas tâcher le tissu délicat de son pull. Non, Celeste se retient. Elle laisse son père faire son travail à contre coeur mais elle se refuse à participer à cette mascarade. Si elle doit accepter de le perdre aujourd'hui, maintenant, alors instaurer un peu de distance dès à présent l'aidera à traverser ce coup dur... même si elle sait au fond d'elle qu'elle ne s'en remettre jamais. L'adolescente tient bon, pour son père, ne bougeant pas d'un pouce, jusqu'au moment où les mots de son aîné deviennent trop difficiles à encaisser. Trop faux, trop ailleurs, trop lointains. Celeste repousse avec le plus de précaution possible son père, pour se débarrasser de son étreinte devenue trop, tout en secouant la tête. Ses larmes se retrouvent un peu chassées, ici et là, tandis que ses mains tremblantes s'autorisent à venir les faire déguerpir, une fois le visage de la mini-Trager relevé en direction de celui de son père. - Tu mens..., qu'elle souffle, le regard sombre. Elle n'a pas envie de faire ça. Elle n'a vraiment pas envie de lui faire du mal, encore moins maintenant, mais, pour eux deux, Celeste sait qu'elle n'a pas le choix. Instaurer une distance, vitale, le temps que les choses s'apaisent. Ou prévenir le mal, justement, à jamais, si elles ne s'apaisent pas.

L'adolescente continue de le fixer en silence durant plusieurs secondes, avant de reprendre, plus virulente : - Tu dis ça maintenant mais tu mens ! Une nouvelle vague de larmes brûlantes revient brûler ses paupières, si bien que Celeste se retrouver contrainte de revoir ses plans à la baisse. Elle n'a pas de courage – pas assez du moins pour oser faire souffrir aussi frontalement son père. Elle n'a pas cette audace, cette prestance, elle n'a rien, Celeste, elle n'est plus rien, même, depuis la perte de sa mutation. Et c'est sans doute ce qui est le plus frappant et le plus dérangeant à la fois, pour son père qui pense peut-être encore que les choses vont aller. - Maman me manque et maintenant je suis même plus comme elle ! Sa voix s'éraille, ses bras se croisent l'un à l'autre pour venir se contracter contre son ventre. Cet aveu la brise de l'intérieur. Il déchire une nouvelle partie de Celeste Trager sur son passage, cette dernière petite partie d'elle qui pensait encore qu'en cachant toute la vérité à son père, sa mutation finirait par revenir, comme par magie. Malheureusement, toute cette histoire prend bel et bien fin aujourd'hui, les illusions s'envolent, la déception se fait une place de choix dans le cœur de l'adolescente, le tout sous le regard de son père. La seule personne que Celeste ne voulait jamais décevoir de toute sa vie.

Reculant d'un nouveau pas, la petite brune finit par se détourner de son père pour de bon. Elle cherche un échappatoire, une issue à cette journée, à cette vie qui ne réussit plus à faire battre son cœur de la même vitalité que celle qui l'habitait lorsqu'elle était encore capable d'animer l'air et de faire chanter la pluie du bout de ses petits doigts. - Je veux pas que tu me prennes dans tes bras, je veux pas, laisse-moi, je veux rentrer à la maison, je veux plus être ici, je veux pas, va-t'en ! Celeste choisit de se recroqueviller sur elle-même, laissant ses jambes flancher, ses genoux toucher le sol brusquement, avec le désir silencieux de ne plus jamais se relever. Rien que le regard de son père dans son dos lui est insupportable, alors comment est-elle supposée être prête à endurer celui de tous les autres ? Et le sien, de regard ? Est-ce qu'il pourra un jour Aaron - Laisse-moi ici. Je veux pas retourner à la maison. Je veux juste... Mourir. Celeste serre les dents. Elle ne le dira pas, mais elle le pense si fort. Ramenant ses genoux jusqu'à elle, l'adolescent y enfouit doucement la tête, avant de laisser ses larmes reprendre le dessus, dans l'espoir fou de pouvoir, grâce à elles, oublier tout le reste.

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MessageSujet: Re: still and silen, calm before the storm (celestron)   Lun 17 Avr 2017 - 16:25

still and silent, calm before the storm
Celeste & Aaron



Entre savoir quelque chose, en avoir la confirmation et petit à petit en prendre réellement conscience, il y a des mondes et des gouffres qu’aucune personne censée ne devrait jamais avoir hâte de franchir. Aaron n’est pas perdu : il est propulsé au milieu d’un désert. Seul. L’oasis au loin n’est qu’un éclat de douleur, un mirage vacillant qu’il n’arrive ni à solidifier, ni à faire disparaître. Un entre-deux désagréable, brûlant. Ses pieds se consument sur le sable de braise, ses lèvres sont gercées de sécheresse. Et la voix de sa fille est portée par un vent cinglant, chargé de sable et de violence. Je n’ai jamais couru aussi vite de toute ma vie, papa. Il l’entend courir, il la croit. Il la voit courir, il veut se précipiter à son aide, la protéger comme jamais il l’a protégée. Il n’en doute pas, il ne doute pas qu’elle ait couru à toute vitesse. La mutation de sa fille aurait pu être redoutable pour l’aider, mais Aaron ne l’a jamais éduquée à en user pour faire du mal, juste à la contrôler, à aider, à apprendre à s’en servir comme on se sert de ses mains. Pas pour tuer, pas pour blesser, juste pour construire et tendre le bras vers les autres, les aider à se relever, pas à les faire tomber. S’il le regrette à présent ? Il le regrette plus que jamais, asséché de détresse. Pas de route à suivre, pas de prompteur à lire, il est seul dans un désert, dans ce désert qu’il imagine être la prison de Celeste depuis tant de mois, bien trop de mois. Trop peu de moi, trop peu de lui, trop peu d’elle : juste une solitude qu’il n’a fait que renforcer en la laissant se débrouiller. A distance. En fermant les yeux et en repoussant la discussion qu’ils ont à présent. S’il la prend dans ses bras, c’est parce qu’il ne sait plus ce qu’il peut faire d’autre. Rien. Strictement rien. Un espoir de guérison ne serait qu’utopique en de telles circonstances, ne serait qu’un poignard planté dans le dos, pas une béquille sur laquelle s’appuyer. On ne promet pas le bleu du ciel à un enfant qui vient de voir ses rétines brûlées par l’acide. On ne promet pas des courses aux clairs de lune à l’enfant qui se retrouve piégé dans un fauteuil. On ne peut leur promettre qu’une autre vie que celle qu’ils vivaient jusque-là, mais toujours leur vie. Ne pas se définir par ce qu’ils ont perdu, se définir par ce qu’ils sont, au fond tout au fond. Le reste n’est qu’auxiliaire. Celeste… Celeste restera toujours son trésor, quoi qu’il arrive. Il espère qu’elle le sait, il espère que c’est le cas. Sa fille, sa petite fille, sa petite princesse lui paraît si fragile dans ses bras. Des sanglots comme ceux qui l’agitent… il ne lui en a pas connu depuis des années. Depuis quelques caprices. Depuis quelques déceptions. Depuis ces aléas de la vie qui étaient normaux et attendus. Contrairement au virage brutal et à l’accident qui s’est produit en janvier. Ce n’est pas un aléa, c’est un drame, c’est un crime, c’est une blessure infectée, purulente, qu’il contemple maintenant qu’il a enfin ouvert les yeux.

Elle sera toujours son trésor.  Mais un trésor terni, un trésor qui se dérobe lorsqu’il veut le frotter pour lui redonner tout son éclat. Un trésor qu’il lui échappe, sans qu’il ne comprenne pourquoi. Non il ne la déteste pas, jamais, jamais Aaron ne pourra détester sa petite Celeste. Comment pourrait-il détester l’héritage de Chiara, son héritage, comment peut-on détester un lever de soleil éclatant d’espérance, même lorsque des nuages le marbrent et l’assombrissent ? Elle sera toujours son trésor, mais le trésor le repousse. Dragon déchu, protecteur déchu : il n’a pas su la protéger, comment peut-elle lui faire confiance ? Aaron ne la déteste pas mais elle… le déteste-t-elle ? - Tu mens... Le doute s’insinue sous l’accusation mais Aaron encaisse malgré tout. Il encaisse. Et a le soulagement d’entendre sa voix rester ferme lorsqu’il contre par un « Non » dans lequel il met toute sa conviction. La détresse de Celestre lui vrille les oreilles. Son regard sombre, la distance qu’elle impose entre lui et elle a le timbre strident de cordes angoissantes. Aaron entend, entend mieux que quiconque ce que sa fille ressent. Il ne peut pas se boucher les oreilles, ce serait inutile, il peut uniquement ignorer. Mais même ça, même l’ignorance, lui est désormais interdite. - Tu dis ça maintenant mais tu mens ! Des larmes qui reviennent, des larmes qui brisent son élan de colère. Aaron est démuni. Il aimerait lui offrir une présence rassurante mais de toute évidence, il en est incapable. Maintenant. Il dit ça maintenant, mais avant, avant aujourd’hui, il ne disait rien. Qu’a-t-il détruit par son silence ? Sa gorge est asséchée, réclame les vapeurs d’alcool coutumières pour oublier. « Je ne mens pas, Celeste » Aaron trouve il ne sait où la fermeté de lui opposer avec calme et détermination la vérité. Il ne ment pas. Justement, d’ailleurs : pour la première fois depuis des mois, il ne se ment pas. - Maman me manque et maintenant je suis même plus comme elle ! Une fermeté que la voix de Celeste raille sans plus tarder. Un aveu qui brise sa fille, il l’entend lorsque les cordes s’affaiblissent et se font les corbeaux de malheur d’une tristesse infinie. Nul besoin d’autres instruments pour porter les émotions de sa fille. Il se les prend par vague, avec la puissance d’années d’écoute. La tristesse et la joie, les premières émotions qu’il a appris à découvrir, celles qu’il connaît le mieux, celles avec lesquelles il est le plus intime. Celles qu’il enlace à bras-le-corps. Je suis même plus comme elle. Sa mère lui manque. La culpabilité d’Aaron passe un nouveau cap. Celeste ressemble tant à sa mère, à cet instant. Et lui, lui commençait tout juste à s’ouvrir à une autre. « A moi aussi, ma princesse, à moi aussi elle manque. Mais… écoute moi Celeste… » Qu’elle l’écoute ? Mais pourquoi ? Que peut-il lui dire ? « Tu lui ressembles plus que jamais… » finit-il par souffler.

Et elle peut lui répéter qu’il ment, cette fois il ne niera pas. Ne démentira pas. Parce qu’il ment. Elle ressemble plus que jamais à Chiara, c’est un fait, mais elle n’est plus comme elle, elle n’est plus comme lui, c’en est un autre aussi. Mutant issu d’une famille de mutant, père d’une mutante, mari d’une mutante, frère d’une mutante, oncle de mutants, Aaron voit déjà sa fille comme la victime d’une agression qui la laisse handicapée. Marquée. Véritablement marquée. Non il ne la déteste pas. Mais rien ne sera plus jamais comme avant, quoique quiconque puisse penser. Quoiqu’il puisse dire. - Je veux pas que tu me prennes dans tes bras, je veux pas, laisse-moi, je veux rentrer à la maison, je veux plus être ici, je veux pas, va-t'en ! Il a fait un pas en avant, le voilà qui recule sous l’injonction de sa fille. Aaron sait gérer des adolescents en difficulté, traumatisés par des accidents ou la perte de leurs parents. Il a appris à leur parler, et même à mettre une distance indispensable dans son travail. Mais avec Celeste, il ne sait plus. Il ne sait plus quoi dire, il ne sait plus quoi faire, il doute, Aaron, il doute et il hésite à mettre la moindre distance. Elle se recroqueville, flanche et il n’a pas fini d’expirer qu’elle est à genoux, qu’il est sur elle, ses mains à quelques millimètres de sa fille, bloquées par ce qu’il entend. Entend si bien. Lâche moi. - Laisse-moi ici. Je veux pas retourner à la maison. Je veux juste... Il s’accroupit, ignore la poussière qui s’accroche à ses chaussures vernies, ignore jusqu’aux taches dont se pare son pantalon lorsqu’il pose un genou à terre. A côté d’elle. A distance.

A-t-il jamais su comment parler à Celeste, finalement ? Il l’ignore. Quelque part, le père a l’impression que tout, jusque-là, n’a été qu’un songe, qu’un doux rêve, et qu’il se retrouve brutalement plongé dans une réalité dure et coupante. Dans une réalité où, de toute évidence, il ne sait plus rien faire. Sa main se pose avec précaution sur l’épaule de Celeste. « Je ne vais pas te laisser ici. Ma puce, je te le répète, tu es ce que j’ai de plus précieux. Tu… tu es toujours la même. Tu es toujours la fille de Chiara, tu es toujours ma fille et jamais rien ni personne ne pourra défaire ça. Tu es de mon sang. Tu es de son sang. Tu es notre héritage, tu… tu es toi. Pleinement toi. » Et il se sent coupable d’insister sur un pleinement mensonger, puisqu’on lui a arraché une part d’elle. « Maman t’aime, tu sais. Elle t’aime infiniment, malgré tout ça. » Malgré. « Je suis désolé de t’avoir forcé à me le dire, mais il fallait que ça sorte, il… il… » Son bras veut envelopper maladroitement l’épaule de sa fille. Je ne veux pas que tu me prennes dans tes bras. Depuis quand hésite-t-il face à un ordre de sa fille ? « Je sais ce que tu ressens, Celeste, moi plus que quiconque, je sais ce que tu ressens, tu le sais. Je peux t’aider. On va surmonter ça ensemble. On est une équipe, ma princesse. La team Trager, tu te souviens ? »


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and now we are alive
Je crois que vous êtes faits l'un pour l'autre Et nos différences ? Au premier coup d’œil, la serrure et sa clé paraissent très différents. Pourtant, un examen approfondi lui révélera que sans l'une, l'autre devient inutile. L'homme averti voit alors que la serrure et la clé ont été créées dans un même dessein. •• ALASKA (sanderson)

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