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 happy birthday mister Smedry... (marvlen)

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SUR TH DEPUIS : 13/06/2016
MessageSujet: happy birthday mister Smedry... (marvlen)   Dim 25 Sep 2016 - 0:18

Depuis le début de la journée, Helen court dans tous les sens. Après avoir emmené Josh à l'école, constaté à son retour que Marvin était bien parti au travail et avoir rangé la maison de fond en comble, la mère de famille s'est empressée de se rendre à l'épicerie du coin pour acheter tout ce dont elle avait besoin. Tous les ingrédients pour réaliser le plat préféré de Marvin. Ou du moins celui qu'elle suppose être son préféré. Elle s'est rendue compte qu'elle n'avait finalement aucune idée de quoi fourrer dans son cadis une fois dans le magasin, parée à dépenser autant qu'il le faudrait pour lui faire plaisir. Une situation qui l'a frustrée autant que rendue triste ; tristesse qu'Helen a dissimulé sans aucun mal derrière un immense sourire et une reprise en main de la situation dépassant l'entendement. Si le plat favori de son mari ne vient pas à elle, elle viendra à lui. Helen ne s'est pas laissée abattre par l'absence chronique d'un Smedry bourru et insensible, elle ne se laissera pas avoir par quelque chose d'aussi futile. Ça n'est pas dans ses habitudes ni dans ses desseins. Alors, Helen se démène. Il est bientôt l'heure pour Marvin d'être de retour à la maison, il manque encore un peu de décoration sur la table, une touche de mascara sur ses cils, dix minutes de cuisson pour ce qui se trouve dans le four... Quand la porte d'entrée s'ouvre, la mère de famille sourit à son reflet dans le miroir. Une légère angoisse la traverse, l'éveille, avant qu'elle ne pousse un long soupir pour évacuer toute cette tension accumulée au fil de cette journée si spéciale, avant qu'elle ne s'avance vers la grande pièce servant à la fois de salon et de cuisine.

En arrivant, le simple fait de croiser le regard de Marvin accélère les battements de son cœur. Helen a presque l'impression d'être de retour 15 ans en arrière, la toute première fois où elle a eu la chance de croiser la route de Marvin Smedry. Un jour gravé à jamais dans sa mémoire et qui suffit à la faire sourire comme une idiote à chaque fois qu'elle y pense. Au fond, peut-être a-t-elle toujours dans le ventre les premiers papillons qui se sont mis à bourdonner en elle au contact de son mari. Même si leur relation ne cesse de se détériorer depuis son retour, qu'il est surtout incapable de percevoir le geste salutaire qu'elle a eu envers lui en le débarrassant de sa mutation, même s'il désire divorcer pour des raisons stupides et lui arracher peu à peu son fils, Helen a encore devant les yeux un voile délicat l'empêchant de constater à quel point la situation générale est désespérante. A la place, elle y croit encore. De toutes ses forces et de toute son âme, Helen sait que les choses vont s'améliorer entre eux et que cela ne va d'ailleurs plus tarder. Sinon, pourquoi organiser ce repas d'anniversaire rien que pour lui ? Une attention aussi touchante et férocement préparée, ça ne peut que faire plaisir, même à une personne aussi bougonne que Marvin – adorablement bougonne, bien sûr. - Bonsoir, que s'annonce une Helen au sourire tendre. Pour le moment, elle reste à une distance raisonnable. Elle s'est promis une chose ce soir : ne pas le brusquer. Elle n'a pas envie de réitérer leurs derniers échanges froids et détestables, en aucun cas. Pour cette soirée, elle va se montrer la plus sincère possible et lui prouver qu'elle ne veut que son bien, et son bonheur. Rien de plus.

Toutefois, si elle reste sage, son allure générale a été pensée et réfléchie pour que son mari dépose un regard différent sur elle. Pour une fois, peut-être remarquera-t-il les efforts et les complimentera ; ou pas. Helen s'est aussi jurée de ne pas relever à ce sujet non plus. Que de progrès et de promesses en cette belle soirée pour rendre Marvin fier d'elle et leur permettre de renouer avec une complicité qui ne se cache pas loin, la brune le sent. Un petit pas en avant, et la mère de famille dépose les deux mains sur le dossier de la chaise qui sera prochainement sienne pour le repas. C'est bête, mais elle a presque l'impression de perdre un peu de son assurance. Est-ce parce que c'est la première fois depuis... toujours ? qu'elle va avoir l'occasion de fêter l'anniversaire de Marvin, que cet état second la gagne de plus en plus ? - J'ai déposé Josh chez Meredith pour la soirée. Et plus si besoin, a-t-elle envie d'ajouter, mais ce serait ruiner en l'espace de deux secondes et à l'aide de quatre mots stupides tous ses espoirs et efforts. Helen rêve de vivre tant de moments semblables et différents avec son époux que ces derniers ont tout le loisir de surgir dans ses pensées dès qu'ils en ont l'occasion. Mais, après tout, ils sont devenus si légitimes au fil du temps que la jeune femme n'arrive même plus à les contrôler totalement. - Nous ne sommes que tous les deux. Un geste ample en direction de la table qu'elle a préparée avec attention accompagne ses paroles. Jetant un coup d'oeil côté cuisine, Helen se rend compte que la dernière cuisson qu'elle a mise avant de faire un dernier tour à la salle de bain va prendre fin. Après plusieurs petits pas bruyants, encore et toujours à cause de ses talons, un petit rire lui échappe. Oui, vraiment, elle se sent bien idiote, à se comporter comme une enfant confrontée à son tout premier amour. Enfin... - J'ai préparé ça pour toi, qu'elle achève, en déposant le plat qu'elle vient de sortir du four sur la table. Une brève inspiration discrète pour reprendre le contrôle d'elle-même, et la brune passe une main dans ses cheveux, coince une longue mèche derrière son oreille droite et relève ses prunelles perçantes dans celles de Marvin.

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MessageSujet: Re: happy birthday mister Smedry... (marvlen)   Sam 8 Oct 2016 - 15:54

happy birthday, mister Smedry
Marvin & Helen



Encore une journée à tamponner, signer, agrafer des papiers. Encore une journée de perdue, de toute évidence, encore une journée de terminée, encore une journée, une journée de plus, passée dans ce fauteuil qui m’handicape à mes yeux presque plus que mes jambes. Le pire étant certainement qu’aujourd’hui, j’ai des sensations, jusqu’au bout de mes orteils, le pire étant que je n’ai qu’une envie : aller courir. Me défouler. Me dépenser. Me sentir vivant, me sentir valide, me sentir utile. Le plus terrible dans la vaccination que m’a infligée Helen, ce n’est pas qu’il me soit désormais impossible de me téléporter – de toute manière, je ne l’avais fait qu’une fois – et ce n’est même presque pas d’être condamné au fauteuil. Le pire, c’est cet espoir sans cesse renouvelé et sans cesse déçu, brisé, piétiné, de pouvoir à nouveau marcher sans crainte de m’écrouler, brutalement paralysé. Encore une journée à rester le cul vissé à ce siège sans avoir le droit de m’en lever, juste pour sauver les apparences et ne pas me faire passer pour un vulgaire menteur. Et un imposteur. Encore un jour passé, finalement, à entretenir une vulgaire mascarade.

Mais au moins, cette journée est finie et on ne va pas tarder à passer à une autre. Le taxi me dépose comme tous les jours au portail, le chauffeur prend même la peine de m’accompagner jusqu’à la porte pour l’ouvrir et me souhaiter une bonne soirée. Qu’il aille se faire foutre, tiens, une bonne soirée avec Helen, ça se résume au mieux à de l’indifférence, au pire… je fronce les sourcils. Je n’ai pas eu besoin d’aller bien loin : j’ai à peine quitté le couloir de l’entrée pour déboucher dans notre salon qu’elle est là. Et que je sens qu’il y a quelque chose de… - Bonsoir Son sourire me fait l’effet de l’attraction qu’à une plante carnivore pour les insectes. Et je déteste l’idée de jouer le rôle d’une coccinelle. Je plisse les yeux, suspicieux, en détaillant et son attitude, étrangement… distante, et son apparence, soignée. Calculée. Indéniablement séduisante. « Bonsoir… » Tout en moi hurle la méfiance la plus absolue. Je cherche le piège, je cherche l’erreur, je cherche ce qui peut justifier… ça. D’ordinaire, Helen prend soin d’elle, de son apparence, déploie des efforts conséquents à se plier aux attentes des autres pour se fondre dans le rôle de la petite mère de famille bien faite qu’elle m’a servi depuis notre mariage. J’avance prudemment, sans la quitter du regard, pour enlever ma veste et la jeter sur le canapé, après avoir lentement contourné la table. Et Helen. Bien. D’un mouvement hésitant, je me lève même, comme je peux, jambes flageolantes et engourdies par trop d’inactivités. Et misérablement faibles, malgré les trop nombreuses séances de kiné. Ce n’est qu’en tombant sur un playmobile de Josh que je me rends compte d’une autre anomalie. Un peu tard, il faut croire, si le petit manuel du père parfait à raison, mais mieux vaut tard que jamais. « Josh est où ? » Pas là. - J'ai déposé Josh chez Meredith pour la soirée. Je fronce les sourcils, m’appuyant à une chaise pour garder l’équilibre. Plus les mois passent, plus la paralysie atrophie mes muscles. Plus je vais finir par avoir besoin d’une canne pour marcher, les rares jours où elle refluera. - Nous ne sommes que tous les deux. Je fronce les sourcils. Toujours davantage. De manière de plus en plus prononcée, sans parvenir à apaiser la méfiance angoissée qui commence à poindre sérieusement. - J'ai préparé ça pour toi Okay…

Les choses passent d’inhabituelles à particulièrement flippantes, sauf si on part du principe qu’elle a réellement pris au sérieux ce défi que je lui ai lancé, il y a pas mal de semaines maintenant, de me reconquérir. Et autant dire que pour une fois, sans s’y prendre bien, elle ne s’y prend pas mal. « Je vois ça. T’as tout préparé, c’est mignon, c’est propret, c’est adorable et je vois l’effort déployé. » On peut me reprocher bien des choses, à commencer par ma franchise, elle est parfois une qualité j’imagine, lorsqu’elle vise à dire des compliments. « D’ailleurs tu es ravissante. » Mais qu’elle n’aille pas se faire d’illusion non plus, « mais je peux savoir en quel honneur c’est, tout ça ? Je doute que ce soit notre anniversaire de mariage, on s’est marié avant mon départ en mission, donc en été. » Je dois avoir loupé quelque chose. Il n’y a pas d’autre possibilité. Mais quoi ? C’est une excellente question. Mes doigts se crispent sur le dossier de la chaise, à l’instant où je titube suffisamment pour la rejoindre. Une chaise, une assiette, deux assiettes. Un dîner en tête à tête. Bien. Avec une robe bordeaux, d’une couleur que j’affectionne tout particulièrement, étrangement. De mieux en mieux. Et… bien. Mon plat préféré, si on peut dire que j’en ai un. « C’est gentil en tout cas. » Ma méfiance suinte de tous mes mots, je garde autant que je peux les yeux rivés sur elle. Je me demande où est le coup fourré. Peut être va-t-elle m’annoncer qu’on a reçu un courrier du tribunal, que mon avocat s’est rétracté, qu’elle a des preuves de mes quelques meurtres en tant que chasseurs et qu’elle peut faire tomber toute ma défense en un clin d’œil si je m’obstine dans le divorce.

© Grey WIND.

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≈ "Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. [...] Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde" (St Exupéry)

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MessageSujet: Re: happy birthday mister Smedry... (marvlen)   Jeu 27 Oct 2016 - 16:51

Au fond d'elle, Helen se dit qu'elle devrait peut-être arrêter de fixer Marvin comme elle le fait. Si elle parvenait à prendre un peu de recul sur la situation, elle réussirait à regarder ailleurs, comme par exemple le plat qu'elle vient de déposer sur la table ou encore pour jeter un dernier coup d'oeil à la décoration raffinée entreposée sur la table... Oui mais voilà, Marvin, il a ce truc contre lequel elle ne peut lutter. Elle s'y est pourtant essayée par le passé, inutile pour elle de prétendre le contraire : pour se détacher de lui, quoi de mieux que de tenter de passer à autre chose ? Ou de penser à un autre ? Helen a vraiment fait de son mieux, entre quelques sorties le soir et des rencontres minables au supermarché, mais rien n'y a fait : Marvin Smedry reste accroché à son esprit depuis des années maintenant, à tel point que la brune n'est plus en mesure de réfuter cette évidence. Même lorsque son mari se comporte comme le pire des connards, demandant ouvertement son éloignement et suggérant que son fils serait mieux loin d'elle, Helen l'aime. Un amour peut-être empoisonné et déraisonné, mais un amour sincère et passionné. Un amour qui l'a poussée, ce soir, à tout mettre en œuvre pour lui faire passer un bon moment, loin de tous les tracas que le divorce qu'il cherche à engager lui procure. Un sourire doux étire les lèvres de la mère de famille, tandis qu'une teinte rosée s'empare de ses joues. Un - Merci... soufflé pour toute réponse et Helen ose un nouveau pas en direction de son époux. Certes, elle reste toujours bien trop éloignée de lui à son goût, mais si elle peut déjà rester dans la même pièce que lui sans qu'il ne cherche à prendre la première issue de secours à sa portée, c'est un progrès à ne pas sous-estimer.

Le compliment que Marvin lui fait ensuite fait manquer un battement à son cœur battant déjà à son paroxysme. Interloquée, Helen l'est, sans pour autant qu'elle puisse totalement en profiter. Marvin ne serait pas Marvin s'il ne laissait pas transparaître une certaine dose de mauvaise humeur à travers ses mots ou son attitude. Non pas que cela déplaise à Helen ou qu'elle n'en ait pas l'habitude, après toutes ces années passées à ses côtés -... ou presque- juste que par moment se faufile toujours en elle cet espoir fou de le faire s'arrêter d'être ainsi, rien qu'une minute ou deux. Ce désir, la trentenaire le fait taire immédiatement quand la suite de la phrase arrive. Il s'en souvient. Même s'il ne semble pas situer de façon plus concrète la date, il sait que la saison où ils se sont mariés était synonyme de soleil et de bonheur. Un peu plus et Helen pourrait croire qu'ils vont célébrer son anniversaire à elle plutôt que celui de Marvin. - Tout à fait. est la seule chose qui parvient à ressembler à une réponse normale. En son fort intérieur, Helen laisse exploser une exclamation de joie. Cette dernière doit même se lire dans son regard qui s'est mis à pétiller. Ce n'est pas tous les jours que le ciel semble vous tomber sur la tête de la sorte, ce n'est pas tous les jours que votre mari prend conscience d'une chose qui pouvait lui sembler réellement insignifiant la veille. Il n'en faut pas beaucoup à la brune pour sentir son cœur se contracter d'un bonheur aussi soudain, aussi brut, mais lorsqu'on vit auprès d'un homme qui n'a pas été là souvent d'abord, et qui manifeste un désir flagrant de vous abandonner, le moindre petit signe positif est à saisir à la volée et à conserver précieusement. Ce qu'Helen ne va pas manquer de faire dès à présent.

Toutefois, malgré l'état presque second dans lequel elle semble s'être plongée toute seule, comme une grande, l'attention d'Helen est rapidement attirée par la perplexité qui règne sur les traits de Marvin. La jeune femme fait un pas de plus vers lui avant de se stopper. Fronçant les sourcils, elle laisse passer sa dernière remarque. Elle ne se sent pas d'y rétorquer quoi que ce soit alors qu'elle est en train de comprendre qu'il a... oublié son anniversaire ? Comment est-ce possible ? - Marvin ?, qu'elle murmure, dans l'attente d'une quelconque réaction. Il va bien réaliser où se trouve l'erreur, pas vrai ? Secouant la tête sans le quitter des yeux, Helen finit par laisser un autre sourire avenant s'incruster sur ses traits. - C'est ton anniversaire... Sa voix est douce, aussi douce que celle qu'elle peut prendre lorsqu'elle s'adresse à Josh et est en train de lui apprendre quelque chose. Un petit rire lui échappe alors. Elle ne peut pas croire ce qui est en train de se passer. - Heureusement que je suis là pour te le rappeler ! Poussant un maigre soupir, la mère de famille lutte contre son envie de s'approcher pour déposer un baiser sur ses lèvres. Un simple petit baiser, presque invisible, insensible, indolore, un baiser qui n'aurait rien à voir avec le dernier qu'ils ont échangé, lorsque Marvin était revenu de... petite sortie nocturne. Malheureusement, elle sait qu'elle ne peut pas faire ça. Elle n'a aucune envie de le voir se braquer tout d'un coup, sans aucune possibilité de repartir sur de bonnes bases ensuite. Tout l'amour qu'elle aimerait pouvoir lui donner librement, elle va le garder une fois de plus au fond du cœur, le masquer jusqu'à, peut-être enfin, réussir à l'oublier. - Prends place, je t'en prie. Désignant sa chaise d'une main, Helen laisse couler un dernier regard brillant dans celui de Marvin avant de s'affairer à ouvrir une bouteille de vin. - Ta journée s'est bien passée ?

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MessageSujet: Re: happy birthday mister Smedry... (marvlen)   Dim 13 Nov 2016 - 11:27

happy birthday, mister Smedry
Marvin & Helen



Mon honnêteté n’est pas un principe de vie. C’est juste ma manière d’être et j’ai suffisamment de défauts à corriger pour avoir le droit de laisser celui-là de côté pour le moment. D’autant plus que je ne vois pas le problème qu’il y a à se refuser au mensonge et qu’en théorie, sur le papier, les gens devraient plutôt être flattés de savoir exactement ce que je pense d’eux. Dans tous les cas… je me lève comme je peux, je m’arrache au fauteuil qui m’a enchaîné toute la journée, je m’appuie au dossier d’une chaise pour lutter contre la faiblesse de mes muscles et je prends le temps de comprendre que cette soirée ne sera, de toute évidence, pas comme les autres. Vraiment pas comme les autres. A commencer par l’absence de Josh, qu’elle justifie par un baby-sitting chez Quinn. Mes sourcils se froncent, ça ne s’arrange pas. Une soirée tous les deux. Elle me fixe, pose un plat sur la table, enfonce le clou. Pour toi. Sommes-nous supposés fêter quelque chose de particulier ? J’ai beau chercher, admettre qu’elle a effectivement pris le temps de tout préparer, de soigner les détails comme elle seule sait le faire, de la couleur de sa robe à la nature du plat qui trône au milieu de la table, je ne comprends pas. - Merci... Son pas dans ma direction me laisse sans réaction autre qu’une crispation de mes mains sur cet appui auquel je m’accroche. Je ne comprends pas à quoi elle joue.
Et pourtant, j’aimerais, j’aimerais beaucoup commencer à comprendre parce que ma méfiance fourmille sur mon épiderme et me laisse dans un état de tension indéniable. Elle est ravissante, c’est un fait, et je serais fou si je le niais. Elle est ravissante, elle est même magnifique, c’est une évidence. Helen, de toute manière, a toujours été une très belle femme, et malgré cette distance que j’ai toujours laissée entre moi et les autres, dans une incapacité d’être quelqu’un de véritablement sociable, je l’ai toujours su. J’ignore ce qui a motivé cette soirée en tête à tête, mais une chose est certaine, ce n’est pas notre anniversaire de mariage, cette date si problématique dans bien des couples si j’en crois les feuilletons télévisés à l’eau de rose que j’ai pu regarder pendant mes journées à l’hôpital. - Tout à fait. Mon regard se concentre sur la nappe, sur les couverts, toute ma réflexion concentrée sur les dates qui pourraient justifier ça.

Je suis un ours, mais je suis un rustre un peu bourrin et pas franchement à l’aise dans tout ce qui est contact humain normal, mais il faut bien admettre que pour une fois, je suis aussi plein de bonne volonté. Et méfiant, indéniablement méfiant, parce que si la réponse à la question n’est pas évidente, c’est qu’elle ne va pas me plaire. Je suis véritablement perplexe, lorsque je répète qu’en tout cas, son attention est gentille et que maintenir, pour le moment, à distance la tension qui règne d’ordinaire entre nous est quelque chose d’aussi inattendu que d’agréable, pour une fois. - Marvin ? Je relève la tête, pour chercher son regard. « Quoi ? » Elle sourit, j’en viens à me demander si je ne suis juste pas risible à chercher forcément une raison à toute cette mise en scène. - C'est ton anniversaire... Mon… je me redresse un peu, détache l’une de mes mains de la chaise pour la passer dans mes cheveux. « Mon quoi ? Mon anniversaire ? On est… » Mon anniversaire. Aujourd’hui. Je regarde ma montre, marque un temps d’arrêt devant la date. Seize novembre. En effet. Le petit rire d’Helen ne m’irrite pas, pour une fois, ne me vexe même pas. Parce que je souris de mon côté aussi du ridicule de la situation. - Heureusement que je suis là pour te le rappeler ! Ca… j’ai à nouveau un sourire, auquel il ne manque pas grand-chose pour qu’il se transforme en rire. « Je dois bien admettre que… je n’y aurais pas pensé seul. »

Je ne suis pas du genre à rire souvent. Le comble de l’amusement se traduit, chez moi, par un sourire bien appuyé, bien affirmer, et une tête qui se secoue de droite à gauche comme pour nier la réalité de la chose. Je ne suis vraiment pas du genre à rire aux éclats ostensiblement et à me tenir les côtes en roulant par terre. Vraiment pas. Mais là, là… je me rends compte que je n’y ai pas pensé un seul instant. Et que je n’y ai pas pensé depuis des années, depuis que j’ai quitté la dynamique familiale des anniversaire en cercle privé, autour d’un gâteau, de quelques bougies jetées dessus et allumées sans grande cohérence, et d’un temps passé avec mes parents et mon frangin. Au moins quinze ans. Très certainement plus. - Prends place, je t'en prie. Mon sourire n’est plus qu’un fantôme sur mes lèvres, une ombre discrète qui n’ose pas faire trop de bruit de peur d’être reléguée au placard comme le reste du temps. - Ta journée s'est bien passée ? Loin, de répondre à son invitation, je prends sur moi pour faire quelques pas prudents dans sa direction, mettre toute la douceur que je peux dans mes gestes lorsque je retire de sa main la bouteille de vin qu’elle s’affaire à ouvrir. Dans une caresse et un contact inévitables. « Laisse, toi, assis-toi, je ne pense pas me tromper en disant que tu cours de partout depuis que je suis sorti de la maison, n’est-ce pas ? »

Je pose mes mots, je pose ma voix, j’essaye d’être un peu moins bourru que d’habitude, j’essaye d’être un peu moins distant, un peu moins agressif, un peu moins brusque. Pourquoi ? Je ne saurais le dire, mais… c’est mon anniversaire. Et si j’ai toujours préféré la caserne à la présence d’Helen, si j’ai toujours préféré être entouré de mes frères et sœurs d’arme plutôt que de mon épouse, si j’ai toujours fui sa compagnie pour aller boire une bière avec mes amis, me préparer ce genre de soirée, ils ne l’ont jamais fait. Et elle si. Et quoique je puisse en dire, je suis touché plus que je ne peux l’admettre. « On va voir si j’arrive encore à ouvrir une bouteille de vin, tiens… » J’essaye de faire de l’humour, pour déployer une bonne volonté à laquelle elle ne doit plus être habituée depuis des années. Dans un doux pop, le bouchon dégage l’ouverture, je remplis le verre d’Helen à moitié avant de faire de même dans le mien. « Une journée particulièrement semblable aux autres jusqu’à maintenant. J’ai des sensations dans les jambes depuis ce matin, et pour une fois, ça n’a pas l’air de partir, ce qui est assez… agréable. »

Je repose la bouteille, m’assois finalement, sans savoir ce que je dois faire maintenant. Mon anniversaire. Trente-cinq ans. Nous sommes mariés depuis plus de quinze ans, puisque mes parents ont marié leur cadet avant même qu’il ne fête ses vingt ans. Et à ce moment-là, j’étais en stage auprès des rares officiers et amis qui croyaient en mes chances pour préparer les deux semaines d’enfer qui m’attendaient pour intégrer les forces spéciales. Quinze ans de mariage réduits à néant, autant de son côté que du mien, par la force des choses. J’ai envie de lui faire remarquer que son attention est peut être touchante, mais qu’il est trop tard pour que j’aie envie de sauver notre mariage parce qu’il n’y a rien à sauver. J’ai envie de lui faire cette remarque, vraiment, mais elle reste coincée dans ma gorge. Parce que ce serait un mensonge. Et que je suis quelqu’un d’honnête, même dans la rancœur et dans la mauvaise foi. « Helen… c’est la première fois que je suis ici… » Je la regarde dans les yeux. « … à la maison, pour mon anniversaire. Non ? » Ce n’est pas une vraie question, puisqu’on en connait tous les deux la réponse. « Je suis désolé. » Pour quoi ? Pour tant de choses que la liste n’en finit plus. Une part de moi est tentée de lui accorder une trêve pour la soirée, et de le lui annoncer, mais je sais que ça ruinerait ses efforts pour maintenir à distance notre quotidien. Tout ce que je peux faire, présentement, c’est simplement maintenir, de mon côté, l’illusion d’une parenthèse. Tout en gardant en tête que ce ne sera, au final, qu’une parenthèse. Rien de plus. J’inspire en laissant à nouveau un sourire timide se dessiner sur mes lèvres. « Et toi, ta journée ? Josh va bien ? » On ne parle pas beaucoup, d’ordinaire. « Qu’est ce que tu… as fait de beau ? »

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MessageSujet: Re: happy birthday mister Smedry... (marvlen)   Mer 21 Déc 2016 - 11:04

Helen ne peut pas croire que son Marvin ait oublié son propre anniversaire. C'est une chose impensable... mais peut-être pas quand on connaît le phénomène. Après tout, son mari a une tendance à oublier beaucoup de choses, d'événements, de moments, et ce depuis des années, ce n'est là que la suite logique de sa façon d'être. Pourtant, cette fois, pas de voix agressive au téléphone, ni de reproche en face à face. Non, cette fois-ci, Helen a également du mal à croire ce qu'elle voit : un sourire. Un sourire sincère, franc, naturel. Un sourire qu'elle n'a pas aperçu depuis longtemps sur le visage de Marvin. Un sourire qu'elle réaliserait n'avoir jamais aperçu de sa vie, si elle prenait soudain le temps de se poser pour y méditer. Pour le coup, Helen en reste bouche-bée. La chasseuse en oublie la crispation des mains de Marvin sur sa chaise, elle en oublie l'éternelle méfiance qu'il persiste à avoir à son égard. Ce sourire annihile toute la colère que peut éprouver la Smedry pour l'homme qui se tient à l'autre bout de la table, pour ne laisser place qu'à toute la tendresse qu'elle aimerait avoir la chance d'exprimer librement pour lui. Rien que pour lui. Cette vision ravissante d'un Marvin amusé, d'un Marvin souriant, Helen va la garder précieusement au creux de son cœur. Comme quoi, les miracles, il ne faut jamais cesser d'y croire. Encore légèrement troublée par ce qui vient de se passer, la mère de famille se reconcentre sur la bouteille de vin qu'elle souhaite ouvrir. Toutefois, quand elle remarque le mouvement de Marvin dans son champ de vision, un mouvement qui se rapproche d'elle, ses mouvements se font encore plus lents qu'auparavant. Ce n'est pas qu'elle a peur, loin de là, c'est qu'elle se demande bien ce qu'il va faire...

Le contact entre leurs deux mains l'électrise, même si bref et à peine sensible peut-être pour Marvin. Le regard d'Helen se relève alors dans celui de son époux, un léger trouble se devinant sur son visage. - D'acc... d'accord. C'est vrai que j'ai pas mal bougé aujourd'hui..., que la brune acquiesce, avant de prendre place sur sa chaise. Helen refuse de se plaindre. Tout ce qu'elle a pu faire dans la journée, les courses, le ménage, la décoration, la cuisine, toutes les idées qu'elle a cherché à réaliser, tout a été fait dans l'espoir de donner un peu de bonheur à Marvin pour son anniversaire. Et rien que de l'avoir vu sourire, la jeune femme espère avoir réussi à atteindre ne serait-ce qu'un peu cet objectif. C'est là la seule récompense qu'elle désirait et qu'elle a obtenue plus tôt qu'elle ne l'aurait espéré ! Helen ne ressent aucune fatigue à avoir mis tout ça en place pour son mari, car c'est une façon pour elle de lui prouver qu'elle l'aime encore, même si elle le montre étrangement parfois. Rien n'est trop beau pour lui aux yeux de la chasseuse, il ne doit pas l'oublier. L'observant débouchonner la bouteille, un sourire étire les lèvres de la mère de famille quand Marvin prend l'initiative de venir remplir son verre en premier, puis le sien. Une petite attention qui suffit à faire battre à une vitesse encore plus démesurée le cœur de la Smedry. L'évocation des jambes de Marvin ternit légèrement le moment. Helen sait très bien que ce sujet est un sujet délicat entre eux, si bien qu'elle se contente d'acquiescer la nouvelle avec un sourire doux et un - C'est une bonne nouvelle. sincère.

Helen ne peut pas oublier qu'il est dans cet état par sa faute. Elle ne peut pas omettre avoir fait le choix de protéger sa famille, mais surtout d'avoir faire le bon choix. Celui de priver son mari d'une tare dont il devait être débarrassé. En aucun cas elle ne reviendra sur cette décision. A ses yeux, elle n'a fait que le sauver d'une mort qu'aucun d'eux n'aurait peut-être pu empêcher si elle ne l'avait pas vacciné. Puis, d'habitude, les mutants, Helen les tue. Tout simplement. Marvin devrait s'estimer heureux de ne pas avoir subi le même sort que tous les monstres qu'elle a croisés sur sa route au fil des années. Lorsque son prénom passe les lèvres de son mari, la jeune femme sort de son espèce de moment d'absence. Elle relève un visage concerné dans sa direction, son verre de vin toujours dans la main. Fronçant les sourcils, elle attend la suite. La brune confirme son interrogation d'un petit sourire délicat et un hochement de tête. Oui, c'est bien la première fois. Pourtant, Helen n'en éprouve aucune rancoeur ce soir. Peut-être que toutes ces années elle n'a eu de cesse d'espérer le voir s'excuser de la sorte à ce propos, mais ce soir, entre le sourire et le geste attentionné pour prendre sa place pour l'ouverture de la bouteille de vin, Helen a vu toute la déception accumulée anniversaire après anniversaire s'estomper soudainement. Ses excuses étonnent de nouveau la Smedry. La surprise a dû se deviner clairement sur son visage, une stupeur qu'elle s'empresse d'ailleurs de faire disparaître derrière un sourire timide. C'est qu'un Marvin qui s'excuse de son comportement particulier ou insensible, c'est étonnant... et surprenant. C'est une chose à laquelle Helen n'est pas du tout habituée et qui la ravit du plus profond de son être.

Replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille, la mère de famille prend le temps de boire deux légères gorgées de son verre de vin. Elle en a bien besoin, sachant qu'elle ne comprend presque plus ce qui se passe. Les questions au sujet de sa journée tombe, et Helen a presque envie de regarder fixement les angles des murs de la pièce pour vérifier qu'il ne s'agit pas d'une caméra cachée. Marvin s'intéresse à... ce qu'elle a fait ? Et à Josh, de façon aussi directe ? Le palpitant de la chasseuse s'emballe. - Je... Elle se racle doucement la gorge. C'est fou car, dans ses rêves, Helen trouve de suite quoi lui raconter. Elle lui parle de tout son l'oeil attentif d'un mari intéressé et elle n'éprouve aucune gêne à l'embêter avec pleins de petits détails insignifiants qui en agaceraient plus d'un, sauf le Marvin de ses rêves. Et, ce soir, alors qu'elle peut enfin prétendre à voir ce rêve devenir réalité... les mots ont du mal à sortir. La surprise, encore, sans aucun doute. Un sourire vient souligner délicatement les joues rosies d'Helen, avant qu'elle ne se lance enfin : - Ma journée... s'est bien passée. J'ai préparé la table en regardant une série en même temps, je... j'aime bien faire ça, ça m'aide à me concentrer... On dirait presque qu'Helen est redevenue l'adolescente réservée qu'elle pouvait être, parfois, face à ses parents ou son frère quand elle savait qu'elle ne serait pas écoutée, malgré les journées passionnantes qu'elle avait alors. La Smedry n'a pas l'habitude de parler normalement avec Marvin. C'est même la première fois depuis un long moment que ce n'est pas arrivé. Et sa vie de mère de famille bien rythmée, elle n'est sans doute pas très intéressante aux yeux de son époux. - Josh va très bien. Il était content de pouvoir passer la soirée avec Meredith ; ils se sont prévus une soirée dessins animés. Tu aurais vu sa tête quand Meredith lui a annoncé ça... Un petit rire accompagne l'aveu de la brune, avant qu'elle ne se lève pour s'occuper du plat en train de refroidir. - Je te sers, sinon on va manger froid... Par la même occasion, cela empêchera à Marvin de remarquer qu'elle va bientôt finir rouge écarlate s'il continue à porter son attention sur elle. - Ensuite, on a préparé les cadeaux avec Josh cet après-midi. Il t'a fait une super carte, tu verras. Helen se saisit de l'assiette de Marvin, y dépose une part du plat qu'elle a confectionné et la remet devant son mari. - Et enfin j'ai cuisiné jusqu'à ce que tu arrives ! Une fois servie elle aussi, la mère de famille reprend place autour de la table. - J'étais un peu stressée parce que j'avais peur que tout ne soit pas prêt à temps, mais c'était une bonne journée. Mais je ne vais pas t'embêter avec tout ça... Se saisissant de son verre de vin, Helen en avale une nouvelle longue gorgée. Son regard cherche à se poser autre part que sur le visage de Marvin, mais cela devient très vite mission impossible. Elle est si heureuse de le voir devant elle, qu'il soit avec elle. - C'est vrai que pour tes autres anniversaires tu n'étais pas là, mais ce n'est pas grave. Tu n'avais pas le choix. Je sais que ton travail était important pour toi. Si important que tu le faisais souvent passer avant toi, ce que j'ai toujours trouvé admirable. Lorsqu'elle prend conscience qu'elle en dit peut-être trop, Helen se condamne à fermer la bouche. - Enfin... euh... voilà, bon appétit, Marvin.

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MessageSujet: Re: happy birthday mister Smedry... (marvlen)   Lun 2 Jan 2017 - 22:17

happy birthday, mister Smedry
Marvin & Helen



Certaines personnes ont un don inqualifiable lorsqu’il s’agit de faire la conversation, de parler pour ne rien dire et de faire croire à son interlocuteur que, vraiment, sa vie est très intéressante et qu’on pourrait l’écouter pendant des heures. Certaines personnes ont le dialogue facile, peuvent disserter pendant des heures sur leurs dernières courses au supermarché ou sur le taillage des rosiers qui a constitué l’événement phare de leur journée. Helen fait partie de ces gens. Et moi pas. Parler pour ne rien dire est à mes yeux une perte de temps incommensurable, et faire croire que la conversation est intéressante lorsqu’elle est fatigante à en mourir n’est selon moi qu’une marque d’hypocrisie sans laquelle le monde ne se porterait que mieux. Ta journée s'est bien passée ? Cette phrase annonce un babillage sans fin auquel je n’aurais strictement aucun scrupule, en temps normal, à mettre fin d’une phrase plus ou moins sèche. En temps normal. Oublier son anniversaire, ce n’est pas chose commune. Ne l’avoir pour ainsi dire jamais réellement fêté avec sa femme au bout de plus de dix ans de mariage… je n’ai pas envie, quelque part, de réduire tous les efforts d’Helen à néant parce que l’attention me touche plus que j’aurais jamais pu le croire si on me l’avait prédit la veille. Mes pas sont maladroits, sur mes jambes aux muscles affaiblis par des mois de paralysies, lorsque je m’approche d’elle pour prendre sur moi et lui retirer la bouteille des mains. Je ne réponds pas à sa question, non. Je m’intéresse plutôt à sa journée à elle, je fais semblant du moins, de m’y intéresser. Je crois. Je ne parviens pas à déterminer si mon intérêt est factice ou sincère, je préfère ne pas trop me pencher sur la question. Son trouble m’effleure sans que je ne m’y attarde, presque sans que je ne le remarque. Elle s’asseoit, me laisse faire. - D'acc... d'accord. C'est vrai que j'ai pas mal bougé aujourd'hui... J’acquiesce à mon tour, me concentre pour ouvrir la bouteille et me rendre compte que bien nécessairement, je sais faire. Je m’entends babiller, répondre à sa question pendant que je la sers, je m’entends me prêter au jeu sans, encore une fois, savoir si je m’y force ou si je le fais de bonne grâce. Ma journée, une lente agonie épuisante d’insipidité, à l’instar de la sienne à n’en pas douter. mais une journée qui s’achève sur une note agréable malgré tout, une courte mélodie à laquelle je ne m’attendais réellement pas. - C'est une bonne nouvelle. Je m’interromps un instant dans mes mouvements, pour mieux croiser son regard, tenter de jauger la sincérité de ses mots. Je n’ai pas confiance en elle.

Je n’ai aucune confiance en elle, même. Ironique, lorsqu’on songe que je la connais depuis presque la moitié de ma vie, maintenant. Que je suis supposé la connaître mieux que personne, et qu’elle est supposée me connaître mieux que personne. Il y a quelque chose de dérangeant, dans ce repas qu’elle sert, ce plat qu’elle expose, cette conscience que j’ai de fêter mon anniversaire ici, avec elle, très certainement pour la première fois. Quinze ans de mariage, et aucun seize novembre passé ici. Mes excuses me surprennent, tant par leur honnêteté que par leur spontanéité. Je suis sincèrement désolé. Pour tant de choses que la liste exhaustive n’est pas envisageable. Mes yeux survolent sa surprise, s’attardent sur son sourire, la fixent pour mieux lui faire comprendre que je tiens à la remercier, d’une certaine manière, pour cette attention que je ne mérite en aucun cas. Je ne suis pas dupe : mon comportement avec elle frôle la monstruosité par bien des aspects, tout comme notre mariage ridicule. La trêve qui s’installe n’est qu’une illusion, qu’une parenthèse qui se brisera demain sans nul doute. Et pourtant, cette trêve est là. Et j’en profite pour redécouvrir ma femme. Redécouvrir chez elle une timidité que la huntress a réduite à néant, redécouvrir chez elle une fragilité que le vaccin a fait disparaître en une poignée de secondes.

Je ne suis guère doué pour faire la conversation, encore moins avec elle. Mes questions sont maladroites, il me faut toute ma concentration pour qu’elles se chargent d’un réel intérêt, et il me faut aussi toute ma concentration pour écouter sa réponse, sa réponse qui tarde à venir. - Je... Et qui tarde à prendre forme. - Ma journée... s'est bien passée. J'ai préparé la table en regardant une série en même temps, je... j'aime bien faire ça, ça m'aide à me concentrer... Ses mots glissent sur moi, mais pour la première fois depuis plus de dix, douze ?, ans, je m’efforce de les rattraper pour ne pas en perdre le sens. Je retiens dès la fin de sa première phrase un soupir las et cette envie que j’ai de la couper pour lui faire comprendre qu’au final… ça ne m’intéresse pas. - Josh va très bien. Il était content de pouvoir passer la soirée avec Meredith ; ils se sont prévus une soirée dessins-animés. Tu aurais vu sa tête quand Meredith lui a annoncé ça... A la mention de mon fils, je relève la tête. Notre fils. Le petit Josh. Le rire d’Helen ne m’irrite étrange pas autant les oreilles que d’ordinaire, je me surprends même à sourire à mon tour. Ce qui équivaut, chez moi, à un grand éclat de rire. « Je veux bien te croire… » Mes interventions ne sont là que pour lui faire comprendre que je tente de participer à la conversation. - Je te sers, sinon on va manger froid... Ensuite, on a préparé les cadeaux avec Josh cet après-midi. Il t'a fait une super carte, tu verras. Je lui tends mon assiette, en profite pour regarder ailleurs. « J’ai hâte. » Ne pas voir sa robe bordeaux, ne pas voir cette femme qui partage sa vie avec moi. Pour observer cette salle à manger bordée de clichés et d’instantanés d’une vie à laquelle je n’appartiens, au final, que par procuration. - […] jusqu'à ce que tu arrives ! Je tourne la tête dans sa direction, conscient que son babillage n’est clairement pas fini. Et que j’ai ouvert une boîte de Pandore. Presque involontairement. Si seulement il n’y avait que la peste et le choléra… j’ai un petit sourire discret à cette pensée, un petit sourire discret que fait disparaître la voix d’Helen qui s’éteint. […] …vais pas t'embêter avec tout ça... Je me redresse, à la recherche de quelque chose à dire. Elle m’en épargne cette peine. - C'est vrai que pour tes autres anniversaires tu n'étais pas là, mais ce n'est pas grave. Tu n'avais pas le choix. Je sais que ton travail était important pour toi. Si important que tu le faisais souvent passer avant toi, ce que j'ai toujours trouvé admirable. Enfin... euh... voilà, bon appétit, Marvin. Bon appétit ? J’ai déjà ma fourchette à mi-chemin entre l’assiette et ma bouche entrouverte mais le trajet semble être grandement compris. « Admirable ? » Ma fourchette se repose. « Vraiment ? » Il y a un soupçon d’agressivité dans ma voix, que je tente de tempérer. Elle ment, bien évidemment. Elle est ma femme, je l’ai délaissée, négligée pendant plus de quinze ans parce que je me considérais davantage marié à mon métier qu’à elle. Et on sait tous les deux aussi bien l’un que l’autre que si je n’ai jamais été là pour mon anniversaire, c’était que j’acceptais toutes les missions pour rentrer le moins possible ici. Je baisse le regard sur mon assiette, goûte du bout des lèvres la sauce, avant de commencer véritablement à manger, le temps de trouver une façon de désamorcer un conflit imminent, d’éteindre la poudre qui menace de s’embraser grâce à moi. « Tu n’avais pas à t’inquiéter, tout est parfait, et la surprise est là. J’ignorais que tu cuisinais aussi bien. C’est très bon. » Mon palais n’est en rien éduqué d’un point de vue gastronomique, je suis plus habitué à manger des rations de survie ou des plats chassés et constitués par moi-même qu’autre chose, mais… mais le compliment est là. Et il n’est pas forcé. Juste utilisé comme une diversion. « Tu as regardé quelle série ? J’ai beaucoup de retard à rattraper… dans beaucoup de séries. Je me rends compte que j’ai vécu un peu… hors du temps, ces dernières années. » Mes lèvres se trempent à présent dans le verre de vin, je chasse la pensée insidieuse d’un potentiel poison et dans la nourriture et dans l’alcool en la mettant sur le compte d’une paranoïa qu’il faut absolument que je garde sous contrôle. Puisque de toute manière, Helen a bu une longue gorgée de vin un peu plus tôt. « C’est toi qui as choisi le vin ? Il est excellent lui aussi. » Et ce n’est, encore une fois, pas un mensonge. « Tu en as, dis-moi, des talents cachés… » Je repose mon verre, lentement. « Quand j’étais en mission, tu me parlais de mosaïque et de club de lecture, tu aurais dû plutôt mentionner la cuisine et l’œnologie, mon estomac m’aurait peut être ramené plus souvent à la maison. » C’est plus fort que moi, je ne peux m’empêcher de ramener la réalité de notre relation, de notre relation mensongère, de ses mensonges que je n’écoutais que d’une oreille de toute manière sur le devant de la conversation, sous couvert d’une plaisanterie. Ou de ce qui s’en rapproche.

© Grey WIND.


Spoiler:
 

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≈ "Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. [...] Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde" (St Exupéry)

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MessageSujet: Re: happy birthday mister Smedry... (marvlen)   Dim 2 Avr 2017 - 21:29

Helen sent que le terme est peut être mal choisi. Ou, au contraire, qu'il tombe à pic. La chasseuse sait au fond d'elle que, dans tous les cas, elle obtiendra une réaction de Marvin ; « positive » ou négative, telle est la (presque) question. Le sourire sur le visage de la brune reste intacte, tandis qu'elle remarque le trajet de la fourchette de son époux qui se freine brusquement. Cette même fourchette retrouve sa place sur la table, à côté de l'assiette de Marvin, de son verre de vin dont il a goûté le savant arôme fruité, de sa serviette élégamment pliée par les soins d'une Helen qui a tout mis en œuvre aujourd'hui pour que ce repas se passe bien. Le ton sec de Marvin prive néanmoins la Smedry de ce miracle. - Vraiment, qu'elle confirme sans détour. Elle la connaît si bien cette méfiance dans le fond de sa voix. Elle en connaît chaque parcelle, elle en a déjà aperçu toutes les couleurs et les aspects. Du moins Helen le pensait, jusqu'à présent. Son regard défie un instant le sien, alors que ses lèvres se crispent légèrement. La chasseuse se maîtrise comme elle le peut ; elle sait que ce n'est pas le bon moment pour tomber bêtement dans le piège de son cher mari. Elle sait même qu'elle ne veut pas y tomber du tout ce soir. La dernière fois qu'elle s'est énervée, les choses se sont mal terminées et justifient même aujourd'hui pourquoi Marvin peut avoir une certaine réserve à croire en sa bonne foi et au fait qu'elle se soit décarcassée tout aujourd'hui pour lui.

Helen se dit qu'elle pourra retomber dans ses travers plus tard, pas maintenant. Maintenant, elle va arborer avec toujours plus de prestance ce masque de bonté et d'amour, pour démontrer à son mari, son véritable premier amour, qu'elle est capable de ça pour lui. - Ravie que ça te plaise. La brune se saisit avec délicatesse de sa fourchette, pour avaler une nouvelle bouchée de son plat finement préparé. - House of Cards, très bonne série, je te la conseille. Helen aurait même préféré continuer à parler de ça, un peu comme un couple normal, banal. Le genre de couple qu'ils ont toujours aspiré à être, même si Marvin n'en a jamais eu conscience. Seulement, Marvin Smedry n'est pas capable d'autant de clémence. Dès qu'il se remet à ouvrir la bouche, ce n'est pas pour être cordial. Ni pour se montrer avenant. Helen devine même qu'il ne dit pas cela par simple politesse. Non, Marvin, il ne sait pas faire ça. Marvin sait être acide, piquant, blessant, mais il ne sait pas être simplement poli, sympathique. Il n'a jamais su l'être et, soudain, la desperate housewive réalise que ce n'est pas ce soir, malgré l'excuse de son propre anniversaire, qu'il le sera. Helen trouve ça bien triste... affligeant même. Sa main se crispe même autour de sa fourchette lorsque le début d'un reproche, ou ce qui s'apparente à être le soupçon de méfiance de trop pointe le bout de son nez. - Moi, avec l'appui du gérant du rayon au supermarché, disons... La mère de famille ne veut pas tirer tout le mérite sur sa personne, bien au contraire.

C'est pour cette raison qu'Helen se permet de prendre une longue inspiration silencieuse avant de reprendre la parole. Marvin continue de la provoquer, elle doit continuer à paraître la plus paisible possible. Même si les choses commencent déjà à se gâter. - J'ai déjà dû te le dire..., qu'elle souffle, malgré elle du bout des lèvres. - C'est juste là une preuve supplémentaire du fait que tu n'écoutais pas beaucoup quand je te parlais, mais bon, ce n'est pas bien grave, maintenant tu le sais. Et les mots sortent tous seuls. Comme un flot continu, un torrent qui ne peut pas se freiner seul. Dès l'instant où les syllabes frappent ses tympans, Helen les regrette amèrement. Au final, même si elle pensait sincèrement le contraire, le Smedry en face d'elle à l'autre bout de cette table trop bien décorée en l'honneur de sa médiocre personne a réussi à lui faire délier une fois de plus ces lèvres qui se voulaient tissées l'une à l'autre par le fil de la maîtrise et du détachement. - J'ai aussi pratiqué un ou deux sports de combat et je joue régulièrement au poker avec des amies. Et j'ai un niveau plus que convenable. Helen se racle la gorge, avant de se saisir de son verre de vin et d'en boire une longue gorgée. Peut-être que c'est l'alcool dont est composé ce dernier qui lui est trop vite monté à la tête et qui lui fait raconter trop de choses comme ça, elle n'en a pas la moindre idée. Dans tous les cas, la chasseuse sait que ce n'est pas à son avantage. - Tu vois, je suis encore pleine de mystères. Il suffit juste d'écouter un peu et ces derniers n'auront bientôt plus rien d'inconnus à tes yeux, mon amour. La mère de famille finit par hausser les épaules, avant de déposer à nouveau son verre sur la table. Son regard bleuté se redresse alors dans celui de son mari, aussi méfiant que le sien ne pouvait l'être quelques secondes plus tôt. - Pourquoi ce besoin de remettre sur le devant de la scène l'un de tes pires défauts ? Est-ce si difficile de passer une bonne soirée pour ton anniversaire, Marvin ? Elle secoue la tête, avant de lâcher un dernier : - Explique-moi parce que j'ai vraiment du mal à comprendre. sec, un peu comme si on venait de gâcher le jeu imaginaire d'une petite fille avec dans les mains ses poupées préférées. Marvin ne sait juste pas être l'un de ces jouets dociles et stupides, non, il faut toujours qu'il ouvre la bouche pour insuffler des désillusions à chaque fois qu'Helen tente d'arranger les choses. À chaque fois.

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MessageSujet: Re: happy birthday mister Smedry... (marvlen)   Mer 12 Avr 2017 - 18:38

happy birthday, mister Smedry
Marvin & Helen



J’exsude la méfiance par tous les pores de ma peau, par chacun de mes mots. Mon attitude est nerveuse, mes regards sont suspicieux. C’est plus fort que moi, je cherche chez Helen le piège. Je cherche le double-sens, je cherche l’entourloupe. Je cherche le mensonge, je cherche les faux semblants. Je cherche le précipice vers lequel elle m’attire, ou simplement celui vers lequel je me dirige dès que je la regarde. Ce n’est pas de la haine, ce n’est pas du dégoût, ce n’est pas de la colère qui m’anime ce soir, c’est simplement de la méfiance, de la méfiance à son état le plus pur, de la méfiance si concentrée qu’elle en devient tangible, de la méfiance, uniquement ça, stimulée par un inconfort des plus certains. Et pourtant, je sens au fond de moi que ma méfiance n’a pas lieu d’être, qu’elle s’autoalimente. Elle se nourrit d’elle-même, puisqu’elle ne trouve rien chez Helen qui puisse véritablement la justifier.

La situation est étrange. Je n’arrive pas à voir sa gentillesse comme obséquieuse. Je n’arrive pas à voir ses joues rougies, ses attentions, comme agressives, mielleuses et chargées de venin. Le seul dans cette pièce qui noircisse un tableau des plus normaux, c‘est moi. Et je le sais, je ne peux que le savoir. Les compliments que je lui fais ont beau être sincères et me venir naturellement, je les articule du bout des lèvres, avec méfiance; mon attention à moi a beau être factice lorsque je fais mine de m’intéresser à sa petite vie trépidante, la volonté que je mets pour suivre ses propos est belle et bien réelle, comme oscillante entre ce que je dois faire et ce que je veux. Mais le problème est là, justement : qu’est ce que je veux pour ce soir ? La remercier. Je me méfie, mes monosyllabes le démontrent, mais dans un même temps, je suis touché, plus que jamais, par ce qui lui semble être normal. Est-ce que mes parents m’ont appelé ? Ils m'appelleront plus tard, les quatorze heures de décalage n’ont jamais aidé à la ponctualité. Est-ce que mon frère m’a appelé ? Je crois qu’il a baissé les bras et qu’il m’enverra un mail demain, commençant par me demander dans quel fuseau horaire je me situe. En réalité, qu’Helen se soit souvenue de mon anniversaire relève tant du miracle à mes yeux que je n’arrive pas à passer outre. Et ma méfiance exacerbée s’en trouve écartelée de doute. D’où mes questions.

Des questions forcées pour faire la conversation. Des questions extirpées avec difficulté d’une incapacité à baver des banalités. Mes propos, bateaux, insipides, dénuées de tout intérêt, me fatiguent. Je goûte une gorgée de vin pour me laver la bouche, pour me convaincre qu’elle mérite que je fasse un effort, pour une fois. L’effort d’avoir de la conversation, l’effort de m’intéresser à aller plus qu’en surface. L’effort de comprendre, aussi pourquoi elle s’obstine comme ça. La tension présente dans la pièce, elle n’est que de mon fait pour une fois. La méfiance, elle n’a pas lieu d’être. Et le plat est bon. J’ai l’impression d’évoluer dans un monde où je suis le méchant, où elle est la victime, où j’ai le mauvais rôle et où elle s’avère être brutalement propulsée au rang de l’héroïne maltraitée. - House of Cards, très bonne série, je te la conseille. House of Cards… inconnue au bataillon. “Oh, je note alors. De quoi est-ce que ça parle ? J’ai un peu de mal à devenir avec le titre…” Il me faut toute la concentration du monde pour ne mettre aucune ironie moqueuse dans ma voix. Lorsque je parle, en général, ce n’est jamais pour tourner autour du pot. J’ai un message, je débarque, je le dépose, et je repars sans plus tarder. Les ronds de jambe et le politiquement correct n’ont jamais été mon fort, et je ne me suis jamais penché plus que nécessaire sur le sujet. On s’y fait ou on ne s’y fait pas, mais moi je ne change pas. Surtout pas avec Helen. Je suis incapable de changer: je ne tarde même pas à le prouver lorsque mon honnêteté se conjugue à ma méfiance pour attaquer. Ce n’est même pas que je ne sais pas être poli, c’est que je ne peux pas filtrer mes pensées. Surtout pas avec cette femme que je ne connais pas, que je crois connaître, qui me ressemble bien trop ou bien trop peu. - Moi, avec l'appui du gérant du rayon au supermarché, disons... La réaction d’Helen ne tarde pas, je n’envisage pas plus d’une seconde de faire marche arrière. Ce qui est dit, est dit. Ce qui est fait, est fait. Et je n’ai pas à m’excuser : elle n’avait qu’à ne pas me mentir en premier lieu. Non ? Pire encore, je poursuis, sans parvenir à me retenir. Sans même essayer, il faut bien être honnête. - J'ai déjà dû te le dire… C'est juste là une preuve supplémentaire du fait que tu n'écoutais pas beaucoup quand je te parlais, mais bon, ce n'est pas bien grave, maintenant tu le sais. J’accuse le coup avec honnêteté. Pas la peine de me défendre : on sait tous les deux qu’elle est dans le vrai. “En effet” je concède même après un temps d’arrêt. En effet, je n’écoutais pas. En effet, ce n’est pas bien grave puisque autant être franc : je n’en ai rien à faire, au fond. Mais ma concession ne l’arrête en rien. J’ai l’impression que mon agressivité a été la goutte de trop, pour la soirée.

- J'ai aussi pratiqué un ou deux sports de combat et je joue régulièrement au poker avec des amies. Et j'ai un niveau plus que convenable. Tu vois, je suis encore pleine de mystères. Il suffit juste d'écouter un peu et ces derniers n'auront bientôt plus rien d'inconnus à tes yeux, mon amour. Ses yeux se posent dans les miens, son haussement d’épaule me paraît être un défi qu’elle me lance, chargé de menaces et chargé de mises en garde. Le défi de lui dire que même si je l’avais écoutée, il y aurait des choses que j’ignorerais encore. La chasse, par exemple. Un ou deux sports de combat. Je refuse de détourner le regard avant elle. - Pourquoi ce besoin de remettre sur le devant de la scène l'un de tes pires défauts ? Est-ce si difficile de passer une bonne soirée pour ton anniversaire, Marvin ? Je reste muet devant ce déferlement calme, si calme, de sa frustration et de son agacement. Je suis allé trop loin visiblement, j’ai franchi une limite invisible entre le tolérable et l’insupportable alors que tout ce qu’elle souhaitait, c’était une soirée calme. Calme. Que tout se passe bien. - Explique-moi parce que j'ai vraiment du mal à comprendre. Je vais chercher mon verre, pour toute réponse, en bois une nouvelle gorgée, avale une nouvelle fourchette d’un plat vraiment réussi. Pourquoi, oui ? “Parce que je suis incapable de cacher mes défauts.”, je retiens de justesse un moi inutilement provoquant. De toute manière, elle l’entendra. Je repose la fourchette à côté de mon assiette, en prenant inutilement soin de ne pas salir la nappe. Un soupir. “Je m’excuse, c’était déplacé.” Je croise les bras, coudes sur la table. “Je m’excuse d’avoir gâché cette soirée, Helen.” J’imagine que pour une fois, ma franchise ne me dessert pas. “Le fait est que, tu as dû le comprendre, je ne m’attendais pas à tout… ça. Et je ne te comprends pas, je ne te connais pas, tu l’as toi-même souligné. Aussi dérangeant que ça puisse paraître, tu en sais davantage sur moi que moi sur toi. C’est déstabilisant.” Plus que déstabilisant. “Je ne mérite rien de tout ça, pas plus que tu ne mérites, ce soir, mon agressivité latente. Le problème, c’est que j’ignore complètement quel comportement je suis supposé avoir face à toi.”

Je mets les choses à plat. Je mets les pieds dans le plat. Et si je détache les yeux d’Helen, c’est justement pour fixer le plat qu’elle a préparé pour moi. Nous ne formons pas un couple, et si nous en avons formé un il y a des années, il s’est évaporé dans les minutes qui ont suivi notre premier baiser. A bien y réfléchir même, les choses ne devraient pas me déstabiliser autant : je n’ai jamais pris le temps de connaître Helen, ces quinze dernières années. Et ça m’allait très bien comme ça. Si je revenais, ce n’était que pour mieux repartir. La seule chose qui ait changé, qui change tout désormais, c’est que cette fois, je ne vais pas repartir. La seule chose qui soit différente, c’est que je suis pris au piège dans la nasse de mes erreurs avec une femme que je suis incapable d’aimer. Une femme que j’ai tolérée dans ma vie, pas vraiment choisie mais pas vraiment refusée non plus. Acceptée, à la rigueur. “Je suis également désolé pour avoir gâché notre mariage. C’était une erreur.” Une erreur de nous marier. Une erreur, de sa part, de s’accrocher à moi. Une erreur, de mon côté, de l’ignorer à ce point. “Je m’excuse pour t’avoir rendue malheureuse. Je ne m’en rendais pas compte.” Ou je m’en fichais, plutôt. Les deux allaient de paire. “J’imagine que tout cela ne pouvait que aboutir à la situation particulièrement malsaine dans laquelle nous sommes à présent. Une situation à laquelle il n’y a que deux solutions, je crois.” Que l’on fasse une croix sur une collaboration à deux ou que je tombe amoureux d’elle, à défaut de retomber amoureux d’elle. “Comme pour le moment, l’une des deux solutions est… coincée dans un cul-de-sac, peut-être est-ce que ça vaut le coup que j’essaye l’autre. ” J’aimerais pouvoir dire que je ne sais pas ce que je raconte, mais en réalité, j’assume malheureusement tous mes propos. Envisager un avenir avec Helen m’est intolérable pour le moment, mais comme me le prouve ce repas, si on s’interroge du point de vue du mérite, je ne mérite pas une femme comme Helen.

Donc une part des efforts doit venir de moi. “Qu’as-tu prévu pour le reste de la soirée ? Je me disais que tu pourrais me montrer… House of Cards, c’est ça ?”

© Grey WIND.

_________________
≈ "Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. [...] Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde" (St Exupéry)

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