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 Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]

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SUR TH DEPUIS : 09/08/2016
MessageSujet: Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]   Ven 30 Sep 2016 - 23:35


Paraît que ça rallonge l’espérance de vie…
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Depuis son réveil, son état se résumait en trois mots : mal au crâne. Ses migraines n’allaient pas en s’arrangeant et beaucoup de chose en étaient la cause. En premier lieu ce dont il ne pouvait pas parler à n’importe qui. Ce "don" qui le rendait fou. Si par le passé il savait le maîtriser, malheureusement ça ne faisait pas partit des choses aussi automatique que de fumer une clope, se brosser les dents ou faire du vélo. Si tant est qu’il puisse en faire… William avait l’impression de posséder une cloche dans la tête, transformant son cerveau en caisse de résonnance. La moindre chose entraînant une réaction en chaîne, dont une n’étant pas visible pour le commun des mortels. Et dong !, c’était pour sa pomme. Moins fort Quasimodo !... S’il pouvait mettre ce truc en veilleuse, ou retrouver la barre de mémoire lui permettant de le maîtriser, il ne crachait absolument pas dessus !
En seconde position se trouvaient ses insomnies. Parce qu’évidemment, il ne donnait pas dans la nuance. Un an de coma, un an d’éveil. Bien sûr qu’il savait que ça ne fonctionnait pas comme ça. Qui pouvait rester éveillé pendant une année, à par un mort vivant ? Personne.
C’était incroyablement stupide, mais l’homme craignait tellement de replonger, qu’il s’empêchait tout seul de dormir. C’était ça que les médecins appelaient le syndrome de stress post-traumatique non ?
Néanmoins, ils parlaient également de douleur fantôme. Comme quand on a un cil dans l’œil, et que même quelques instants après l’avoir retiré on croit qu’il est encore là.
Dans tous les cas, les scanners indiquaient que physiquement sa caboche se portait bien. Psychologiquement c’était une autre histoire. Un vrai merdier là-haut. Etait-ce pour autant qu’il en causait au psy ? Absolument pas. Quelque chose lui disait qu’il ne portait pas ces bêtes là dans son cœur. Il était ce genre de patient voulant tout retrouver tout de suite, mais avec un minimum d’aide. Voir pas du tout. Un peu comme un fumeur qui décide d’arrêter tout seul, et dont on se prend toute sa frustration dans la poire. Le genre de patient qu’on aime…

Or ce matin, sa caboche semblait vouloir le laisser en paix. Ce qui n’était pas plus mal en sois, vu ce qui l’attendait.
Bien que William sache que rester en sa compagnie l’aiderait à rebooster sa mémoire, il avait catégoriquement refusé que la gamine l’accompagne. Déjà qu’elle n’était pas trop en état de bouger… Cependant, c’était surtout qu’il ne voulait pas qu’elle le voit dans un moment de faiblesse. Il y en avait suffisamment comme ça depuis son réveil, le fauteuil en étant un permanent. Fierté oblige, il ne voulait pas qu’elle le voit luttant pour se lever et aligner trois pas, puis être rongé de frustration de ne pas pouvoir faire plus. Il s’en voulait déjà assez de ne pas se souvenir d’elle, compte tenu du lien qu’ils avaient l’air d’avoir, pour ne pas en rajouter une couche.
Heureusement que la kiné était une personne patiente, parce que lui ne l’était pas pour un sous. C’était également pour cette raison qu’elle avait eut la brillante idée de faire des séances à deux. Histoire qu’ils se motivent l’un l’autre. Ou râle de concert…
William n’avait pas encore rencontré celui, ou celle, qui aurait le déplaisir d’être son partenaire d’infortune. Sa première fois c’était faite seul, et ça n’avait guère été glorieux. Ses bras flageolant le soutenant à peine. Et tout se solda par une gamelle, des bleus, ainsi que quelques petites bosses. Mais une grosse blessure d’orgueil. Et rien n’annonçait que ce coup-ci serait différent…

Patientant dans le couloir, l’homme somnolait sur sa chaise, sa tête reposant au creux de sa main. Concentré sur sa respiration, il tenta de faire taire cette fichue mutation. Si ça pouvait ne pas réveiller une migraine, il serait ravi. Du coup, il ne fit absolument pas attention à l’infirmière qui vint le saluer. Son souffle sur sa peau le fit sursauter et son regard rieur croisa un azur fort éteint.
- « Moi qui pensait que vous étiez un homme difficile à surprendre, me voilà surprise de vous y avoir pris. Se moqua-t-elle gentiment. J’ai faillit ne pas vous reconnaître avec tant de cheveux et de barbe en moins. »
Son ironie eut le mérite de lui arracher un léger sourire. Laura faisait partit des seules personnes ici avec qui il s’entendait à peu près bien. Mais c’était surtout qu’elle lui rappelait quelqu’un… Quelqu’un qu’il avait aimé… Mais quelqu’un qu’il avait oublié…
Ses doigts passèrent dans sa barbe fraichement rasée. C’est vrai qu’il ressemblait plus à quelque chose, après son passage chez le coiffeur. C’est qu’il était tout de même temps.
- « Bonjour Laura. Dit-il simplement, d’une voix quelque peu lasse.
- Vous avez toujours vos migraines ? Interrogea l’infirmière, compatissant.
- Hélas… Mais aujourd’hui ça va.
- Et vous dormez au moins ? Excusez-moi, mais vous avez l’air d’un cadavre.
L’homme s’autorisa un léger rire.
- On me le dit souvent.
- Vous savez, beaucoup de chose sont seulement psychologique. Parlez-en à votre thérapeute, ou bien à quelqu’un en qui vous avez confiance. Mais de grâce William, ne restez pas comme ça. Ça ne fera qu’empirer.
- Je tâcherais d’y songer. » Répondit l’intéressé avec un léger sourire pincé.
A qui pourrait-il bien en parler, si ce n’était à ce fichu psy ? La gamine ? Ça lui semblait exclu. Elle avait bien assez de soucis comme ça. Et puis, il l’avait assez peiné pour ne pas avoir à en rajouter.
La jeune femme lui rendit son sourire, le siens étant bien plus sincère, et réconfortant à la fois. Répondant à un appel d’une de ses collègues, sa main sera doucement son épaule, puis se laissa glisser le long de son bras quand elle s’éloigna. Lui souhaitant une bonne journée, par la même occasion. C’est marrant… Mais ce geste lui rappelait quelqu’un…
Sa balade dans ses pensées troubles ne fut que de courte durée, car la porte à côté de lui s’ouvrit. Une tête brune passa dans l’ouverture, avant de balayer le couloir et de se poser sur lui.
- « Ah ! William, ça va être à vous dans quelques instants. Le rassura la kiné, avant de rentrer de nouveau dans la salle en refermant la porte.
- Prenez votre temps, je ne suis absolument pas pressé… » Marmonna l’amnésique dans sa barbe.
Un premier commentaire qui marquera le début d’une série de longue râlerie. Et quelque chose lui disait qu’il ne serait pas le seul…

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Dernière édition par Aidan Hamilton le Mer 29 Mar 2017 - 20:33, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]   Mer 5 Oct 2016 - 20:33


Paraît que ça rallonge l’espérance de vie…
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La voiture s’arrête, la portière s’ouvre : je toise le bâtiment dans un soupir très semblable à celui qu’offrirait un condamné à mort rencontrant sa chaise électrique pour la première fois. Sauf que ce n’est pas la première fois qu’Helen me trimbale par ici, sauf que ce n’est pas la première fois que les dents serrées, je contemple l’hôpital, sauf que ce n’est pas la première fois que je crache entre mes lèvres des insultes maories, les seules que je connaisse. Je le conspue, ce bâtiment. Avec vingt ans de moins et un peu plus d’extraversion, je taperais du pied en me roulant par terre pour ne pas y aller. Avec des jambes, aussi. Sauf que si j’avais mes jambes, accessoirement, je n’aurais pas besoin d’être là. J’ai les bras croisés, le regard mauvais et un mutisme borné lorsqu’Helen se sent obligée de faire la conversation et de me pousser jusque dans le hall, puis jusqu’aux ascenseurs. Pas un seul mouvement pour l’aider, pas un seul mot décroché : il est aussi évident pour elle, que pour moi, que pour toute personne nous croisant que je n’ai pas la moindre envie d’être là.

Pas la moindre. Vraiment. En même temps, même en y mettant de la bonne volonté, même en y mettant toute la bonne volonté du monde, je doute réussir à remarcher durablement un jour. J’ai beau avoir fait pas mal de choses au mental, mais se lever et faire un pas lorsqu’on est un paraplégique, ça dépasse de loin, vraiment, de très loin, ce que le mental d’un homme normal est capable de faire. Donc ça ne sert à rien de se pointer toutes les semaines ici pour une rééducation aussi ridicule que futile, et je n’ai pas besoin d’être une lumière pour le comprendre. Le seul problème, c’est que j’ai passablement l’impression d’être la seule lumière de Radcliff sur ce coup là. J’ignore Helen qui discute avec les infirmières, je préfère, de loin, me concentrer sur mes ongles et ma mauvaise humeur. C’est quelque chose qu’il faut cultiver avec soin, sa mauvaise humeur. Ça commence par un regard noir, un visage fermé, des monosyllabes, et ça s’irrigue d’un regard aussi mauvais que possible. Ensuite, un peu d’engrais  avec des remarques sarcastiques, il suffit de viser la bonne corde sensible pour convertir les foules et récupérer de nouveaux sympathisants qui iront faire chier leur monde avec brio et répandre la mauvaise nouvelle. Et la bonne parole. Je ressasse, je laisse fermenter dans mon regard tout ce que je peux avoir envie de dégueuler à tout le monde, je mâche et remâche ma rancœur et ma mauvaise humeur afin que tout soit bien mûr et bien à point pour la première personne qui osera m’adresser directement la parole, avec insistance et joie de vivre, histoire que je puisse tout particulièrement…. Une main se pose sur mon épaule, je me crispe immédiatement dans un « Désolé, je suis allergique aux imbéciles, est ce que vous pouvez reculer ? » à mi-chemin entre le sifflement acide et l’amabilité contrefaite. Je ne suis pas un hypocrite. Mais j’ai de l’énergie à revendre. Et aucune envie d’être ici. J’ignore les remarques que peut faire Helen, j’ignore même ce que peut me dire l’infirmière, j’ignore davantage encore le personnel soignant qui passe et que je gêne avec mon fauteuil calé de travers en plein milieu du couloir. J’ai mes doigts qui battent le rythme sur l’accoudoir du fauteuil, dans une tentative désespérée de faire passer le temps.

Rééducation de mon cul, ouais. « Monsieur Smedry, je vous laisse rejoindre la pièce, ça va être à vous. » Trop mignon. Vraiment adorable. « Joie absolue. » Donnez moi une corde. Tout de suite. La seule raison qui me pousse finalement à obtempérer, c’est Helen qui s’approche pour m’embrasser ou que sais-je encore : je m’écarte d’un geste brusque. « A dans une heure. » Je me fais l’impression d’être un gosse récalcitrant, c’est ridicule. Mais le fauteuil glisse sous mes mains gantées, glisse sur le carrelage de l’hôpital, glisse jusqu’à un couloir, un virage à prendre, et… « Oh putain… c’est bien ma veine. » Il y a déjà quelqu’un qui attend. Je recule mon fauteuil pour essayer d’apercevoir l’infirmière, toujours en grande conversation avec Helen. « Non mais vous vous foutez de ma gueule ? C’est quoi la prochaine étape, m’inscrire à un putain de marathon ? » Je tourne la tête vers le mec. « Qu’est ce que vous foutez là ? Qu’est ce que vous avez fait comme connerie pour qu’on vous foute avec le dernier de la classe ? Et qu’est ce qu’ils font, bon sang, déjà que j’ai passablement l’impression de perdre mon temps avec ces conneries. »

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≈ "Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. [...] Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde" (St Exupéry)

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MessageSujet: Re: Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]   Jeu 13 Oct 2016 - 1:23


Paraît que ça rallonge l’espérance de vie…
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La patience semblait être une vertu que William possédait. A l'époque peut être… C'était agaçant tout de même. On leur demandait d'être à l'heure et eux n'étaient pas foutus de l'être. Bon il voulait bien qu'il puisse y avoir des soucis avec certains patients, ce qui faisait que ça retardait le reste. Mais dans ce cas qu'ils prévoient large ! Si c'était pour après se faire sucrer du temps non merci. Non pas que ça ne le réjouissait pas, par moment, d'écourter sa séance de torture. Cependant le prix sur la facture restait, lui, le même. Donc si c'était pour se faire voler, qu'il se magne le cul de sortir l'autre éclopé !
Son menton trouva un support ergonomique parfait en la faveur de son poing, le coude profondément ancré d'impatience dans l'accoudoir. Son regard bicolore balaya le couloir, pour s'arrêter sur une paire de genoux qui se stoppa à l'angle. Décidément les roulettes ça pullulaient dans le coin. En même temps dans un hôpital, il ne fallait pas s'attendre à voir des gens prêt à courir le marathon de leur vie. Il ne prêta d'ailleurs pas plus d'attention à ces genoux, les affiches sur le mur d'en face comportaient pour lui un meilleur attrait. Enfin ça, c'était avant que la bouche, à laquelle appartenait ces guiboles inertes, ne l'ouvre pour cracher son fiel, avant d'apparaitre un peu mieux à sa vue. Ainsi que toute la visiblement détestable personne dont provenait cette voix. Woh c'est quoi ton problème gamin ? Sérieusement, s'il devait partager la prochaine heure et demi avec celui là, il préférait encore se jeter par la fenêtre. Au moins lui râlait en silence. Cet animal là, tout ce qui lui passait par la tête sortait brut de décoffrage. Ça s'annonçait folklorique cette séance ! William espèrerait que la kiné avait prévu des gants de boxe, ainsi que le ring qui va avec. Parce que quelques dents risquaient fort de tomber si machin démarrait d'emblé comme ça dés le matin. Et si ce n'était que son échauffement, il n'était pas certain de vouloir assister au bouquet final. Alors autant poser les bases d'entrée et faire redescendre ce merdeux d'un cran. Putain, il était trop vieux pour ces conneries…
Plantant ses yeux dans les siens, ses mains se levèrent à plat, paume vers le sol, imprimant de légers mouvements de haut en bas pour l’inciter à baisser le volume de sa verve. Si une migraine pouvait être absente de sa caboche ce matin, ce sera un grand exploit. L’homme ignorait si on pouvait devenir accro à l’aspirine, néanmoins il risquait fortement de développer cette addiction si ça continuait.
- « Vous allez, s’il vous plait, commencé par calmer le jeu. Dit-il d’un ton qu’il s’efforçait de garder calme, sans élever le volume sonore plus que nécessaire. Parce que si j’y suis absolument pour rien du fait que vous soyez en fauteuil, vous pourrez sûrement me reprocher d’être la cause de votre mutisme involontaire, dans un futur plus ou moins proche. »
Ça c’était posé. D’ailleurs il s’étonnait lui-même de son calme, bien que la moutarde montait insidieusement. Tout ça pour rester polis et ne pas dire « Passe pas tes nerfs sur moi, où j’te démonte la mâchoire d’un taquet, ça va être vite vu ». Jouer dans le passif agressif, ça il savait visiblement faire. Un peu dans la même manne que lui à bien y regarder. Mais au moins, lui aussi savait à présent à quoi s’en tenir.
- « Ensuite ce que je fais là, et bien j’attends, comme tout le monde, ce qui au départ était pour moi une séance de torture. Mais là je pense que je vais plutôt prendre l’ascenseur pour les enfers en votre compagnie. Reste à savoir maintenant jusqu’à quel étage nous allons descendre. » Maugréa-t-il en croisant ses mains sur son ventre.
S’il pouvait éviter d’aller jusqu’au septième ce serait bien. Il lui aurait bien signifié qu’apparemment, se prendre une balle dans le citron, ne semblait pas être à la hauteur que de devoir le supporter, cependant ça ne lui semblait pas pertinent. L’homme aurait bien voulu savoir ce qui lui était passé par la tête, à la kiné, pour le coller avec un oiseau pareil. Peut être le même projectile que lui… Déjà que sa personne seule, fallait s’accrocher, alors deux semblables... Elle devait être suicidaire. Avoir un bon psy. Ou être alcoolique. Va savoir…
Quoi qu’il en soit, si elle pouvait ouvrir ! Ce serait déjà une bonne avancée dans le shmilblique !
Ah ? L’avait-il pensé assez fort ? La poignée finit par bouger et la jeune femme apparut de nouveau, aidant l’homme à sortir en compagnie de sa femme, qui avait visiblement pleuré. Allons bon, de joie certainement, vu que son homme ressortait sur ses pattes. Bon quatre certes et pas très assurées, mais debout. William ne leur adressa pas un regard. Faut dire qu’il s’aplatissait le cul et commençait à tester sa patience avec l’autre à cause d’eux. La brune les salua en leur souhaitant bonne route, avant de reporter son attention sur ceux qui allait certainement être son pire cauchemars de la prochaine heure et demi. Son regard morose se planta dans le siens, son menton pivotant sur son poing dans un élan désintéressé.
- « Je suis désolé de vous avoir fait attendre, vous pouvez entrer, maintenant que… Son regard partit en direction du râleur bis. Vous semblez avoir fait connaissance. »
Et ce n’était pas si peu dire ! Ne décèlerait-il pas une pointe d’inquiétude dans sa voix ? Parce que, très franchement, il y avait vraiment de quoi. Ça risquait d’être explosif, mais quelque chose de bien. Cependant, il ne bougeait pas d’à côté de la porte, ancrant de nouveau ses yeux dans ceux de son partenaire d’infortune. Peut être que s’il avait la politesse de le laissé rentrer en premier, il l’ouvrirait un peu moins. D’ailleurs il lui signifia sa galanterie d’un geste de la main, dirigé vers l’intérieur de la pièce.
Ce moment allait être agréable. Vraiment…

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SUR TH DEPUIS : 29/03/2016
MessageSujet: Re: Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]   Mar 1 Nov 2016 - 11:36


Paraît que ça rallonge l’espérance de vie…
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La personne qui réussira à me faire durablement courir un marathon grâce à des séances de kiné, j’élèverai un autel à sa gloire et je lui ferai des compliments même lorsqu’elle ne les méritera pas. Mais comme ce n’est pas près d’arriver, je n’ai strictement aucun remord lorsqu’il s’agit de pointer du doigt la futilité d’un déplacement à l’hôpital pour avoir la confirmation que je suis bel et bien paralysé, handicapé, éclopé, ce que vous voulez mais clairement pas au top de ma forme. Je suis habitué au fauteuil, je commence tout juste à me faire à l’idée que tout le monde me regarde littéralement de haut et que je ne peux rien y faire, j’apprends à peine à exploiter tout le potentiel des roues pour écraser par inadvertance quelques pieds… mais ce faux espoir constant… c’est usant. Véritablement usant. Psychologiquement, physiquement, c’est usant, autant que cette mobilité instable que je retrouve irrégulièrement pour des laps de temps ne suivant aucune logique mais n’excédant jamais plus d’une vingtaine d’heures. Juste de quoi me remémorer ce que ça fait de marcher, d’être autonome, de se mettre debout et d’avoir des sensations dans toute la jambe.

Je suis sûr les nerfs, lorsque l’infirmière m’indique dans sa candeur habituelle la direction de la rééducation, Juste au bout du couloir, vous tournez à droit et ce sera la deuxième à droite. Quelqu’un d’autre. Forcément. Je n’ai pas une seule seconde la patience nécessaire pour garder pour moi mes remarques et mon exaspération. Déjà que venir, ça met une joie infinie dans mon petit cœur, mais en plus partager la séance de kiné et de rééducation avec un autre, c’est l’extase absolue, chose que je n’hésite pas une seule seconde à partager avec mon binôme de la journée. Qu’est ce qu’il fout là, lui ? Et qu’est ce qu’il croit ? Que sa gymnastique des bras va vraiment me faire baisser d’un ton ? J’essaye de me redresser comme je peux dans mon fauteuil, sans grand succès. - « Vous allez, s’il vous plait, commencé par calmer le jeu. Parce que si j’y suis absolument pour rien du fait que vous soyez en fauteuil, vous pourrez sûrement me reprocher d’être la cause de votre mutisme involontaire, dans un futur plus ou moins proche. » J’arque un sourcil. Vraiment ? Vraiment ? « Ah ouais ? Et vous vous prenez pour qui, pour me dire ça ? C’est une menace ? » Parce que si c’en est une, il va vite découvrir que dans un fauteuil ou non, je garde dans mon crochet du gauche toute la puissance d’un gaucher rompu au combat. Et si c’en est une, il est bien évidemment certain que je l’accueillerai avec la joie d’un drogué en manque. En manque de violence ? Non. En manque d’action ? Certainement. En manque d’utilité, de capacité ? Oh que oui…

- « Ensuite ce que je fais là, et bien j’attends, comme tout le monde, ce qui au départ était pour moi une séance de torture. Mais là je pense que je vais plutôt prendre l’ascenseur pour les enfers en votre compagnie. Reste à savoir maintenant jusqu’à quel étage nous allons descendre. » Je le fixe sans savoir si je dois sourire devant tant de lucidité pour continuer à faire ma mauvaise tête par pure vexation. Vexation qui n’existe pas : il a tout à fait raison et je serais bien mal avisé de mal prendre une réaction aussi logique que prévisible. Seulement… « Et j’imagine que je fais un Lucifer convainquant ? » Ma chaise recule brutalement, dans un mouvement vif qui pourrait se confondre avec un mouvement d’humeur. Je l’ausculte dans une pointe de jalousie. « Au moins, quand on peut vaguement envisager de remarcher un jour, la torture se justifie… c’est pas le cas pour tout le monde. » Et donc si lui, il fait partie de cette catégorie, il n’a pas à se plaindre. Il est condamné avec sursis, moi, c’est une peine à vie que je me traîne, et plus loin encore. Pitié, faites que la réincarnation n’existe pas, je ne veux pas me transformer en champignon ou en connerie paralysée dans le genre. « Désolé par avance, du coup. Je suis pas vraiment d’humeur à être sympa, gentil, mignon, indulgent, compatissant ou quoique ce soit d’autre. Juste envie d’être chiant, c’est ma nouvelle vocation. » Et en parlant de vocation, l’infirmière qui vient de sortir de la pièce a intérêt à en avoir une si elle ne compte pas se pendre à la fin de la séance. Je lance un regard noir sur le mec qui ressort debout, dans une nouvelle pointe de jalousie que je ne peux ni ne veux contrôler.

Ces séances ont le don pour me déprimer, c’est d’un grave… et après ça, ils tiennent à me faire voir un psy pour gérer un cas de stress post-traumatique ? Mais qu’ils arrêtent de m’obliger à me rendre compte tous les quatre matins que je suis paralysé, ce sera déjà ça de pris, bordel ! - « Je suis désolé de vous avoir fait attendre, vous pouvez entrer, maintenant que… Que ? Je me retiens de lui dire d’accoucher, en me forçant à me concentrer sur mes ongles. Vous semblez avoir fait connaissance. » Ma moue est éloquente : j’ai fait connaissance avec un con, point final. Et lui, il a fait connaissance avec un deuxième con, merveilleux, nous en sommes si heureux que je vais commencer à distribuer des câlins dans la rue et à péter des arcs-en-ciel. Et ma moue est encore plus éloquente lorsque je vois la main tendue vers l’intérieur qui m’invite à entrer le premier… Mais bien sûr. Je grommelle dans un français hasardeux, avec un accent australien à couper au couteau, un vague « Messieurs les anglais, tirez les premiers, c’est ça ? » C’est beau la sympathie et la fraternité innée entre les éclopés, n’est-ce pas ? « M. Smedry ? » Soit. Je souffle un sarcastique et surtout blasé « C’est mon nom, ouais… » avant de rouler dans la pièce et de commencer à enlever ma veste et mon pull pour rester en tee-shirt. « Je peux vous appeler Marvin ? » Je lui lance un regard en coin en pliant mes affaires soigneusement, les réflexes du militaire prenant inconsciemment le dessus. « Vous le faites déjà... » Je plisse les yeux en lisant son prénom. « Laura ? » Avant d’imprimer un quart de tour au fauteuil pour regarder l’autre qui vient de rentrer. « Et vous, c’est ? Roulette numéro deux ? Désolé, Professeur X est déjà réservé. » Par moi-même. « Du coup, c’est quoi le délire d’aujourd’hui ? On essaye de se stimuler, dans une compétition amicale visant à me faire sortir de ma dépression et de mon apathie habituelle ? Ou il a juste pas fini sa purée dans la semaine et il est puni ? »

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]   Sam 19 Nov 2016 - 0:34


Paraît que ça rallonge l’espérance de vie…
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Son regard passait de la contemplation silencieuse du panneau d'affichage lui faisant face, à cet oiseau qui le toisait. Visiblement il n'avait pas apprécié qu'il lui dise plus ou moins subtilement de fermer son clapet. La suite William l'écouta sans broncher, le lorgnant d'un œil neutre.
Ola bijoux !, pas la peine de monter sur ses grands chevaux ! Le regardait-il de haut, ou avec de la pitié, comme beaucoup de valide faisaient ? Non. Se plaignait-il de sa condition, ou s'apitoyait-il en chouinant ? Non. Sa plainte elle, se trouvait silencieuse. Et c'était plus de la frustration. Une frustration venant plus de cette perte de mémoire et de ne rien pouvoir contrôler, que du fait d'être collé temporairement dans ce siège. De ne pas savoir qui l'y avait mit d'ailleurs et de vivre dans une certaine incertitude de s'il viendrait finir le travail ou non. Même si quelque chose lui disait qu'il avait toujours vécu ainsi, dans un danger permanent. Puis sa frustration venait également du fait de causer de la peine à la gamine. Elle avait besoin de rire, pas d'une huitre lui balançant sans détour qu'il ne se souvenait pas de quoi elle causait.
Alors merde l'homme n'allait pas se laisser houspiller pour une chose dont il ne pouvait rien. D'ailleurs ce n'était pas le fait de l'entendre râler qui le dérangeait.
- « Moi qui l'imaginait comme le commun des mortels : pourvu d'une paire de corne et d'une queue, je me vois désolé d'afficher ma déception. A moins que dans votre cas ce soit purement rhétorique. Finit-il par dire d'un ton bas, brisant le faible silence installé entre eux.
Avec ces fichus migraines l'homme s'était contraint à parler bas. Mais l’aurait-il aussi plus ou moins subtilement traité de cocu impuissant, que ça en serait revenu au même. Et qu’il n'en avait absolument pas honte.
- Et bien que je sois navré de votre condition, j'ai pas non plus à m'excuser. Vous pouvez bien râler tant que vous voulez j'en ai rien à foutre. Je ne vous demande rien niveau compassions ou apitoiement, y en aura aucun dans les deux sens de toute manière. Le blond marqua une courte pause, pour se laisser le temps de peser ses mots. Je suis ravi que vous ayez trouvé votre voie, mais quitte à être le roi des emmerdeurs vous en excusez pas. Y a juste, je suis peut être un vieux con, mais je suis loin d'être sourd. Alors c'est pas la peine de gueuler.»
Au moins ça posait les bases. Bon, il exagérait peut être un peu sur la hauteur de son volume sonore. Mais déjà qu’avec le bruit ambiant c’était limite, mais si en plus l’autre lui prenait la tête, il n’avait pas envie de s’abrutir de médoc de bon matin. Qu'il tente donc de le faire chier, il sera reçu. La kiné n’avait plus qu'à compter les points. Fallait quand même être sacrément masochiste pour décider de mettre ces deux là dans la même pièce. A se demander s'ils n'allaient pas participer à une expérience scientifique contre leur grès. Ou peut être un concours de la meilleure vanne, ou pire des casses couilles.
Si ces deux là parvenaient à s'entendre sans en venir aux mains, c'est certain qu'ils feraient des ravages. Si la kiné avait put remarquer la tension entre les deux en ouvrant enfin sa satanée porte, son temps de pause voulait-il dire qu'elle mesurait l'ampleur de sa connerie ? C'est un peu ce que voulait dire le regard que son patient leva vers elle. Bien sûr que sur le papier ça pouvait paraître bien, mais là ma fille c'est juste une belle idée de merde. Bien évidemment qu'il la plaignait. Cependant ce n'était pour autant qu'il ferait des efforts pour ses beaux yeux. Chacun son taf.
William n'entra pas immédiatement à sa suite, tiquant sur la phrase qu'il venait de prononcer. Bien sûr qu'elle était connu cette phrase, mais ce fut plus de l'avoir comprise, alors qu'il venait de parler en français, qui le surpris le plus.
- « Je n'en ferait rien…» Lui répondit-il du tac au tac dans un français dont ressortait de façon flagrante son accent canadien.
D'ailleurs l'intonation de cet homme, visiblement nommé Marvin, lui parut familière. Mais s'il commençait à voir des connaissances partout il n'en finirait pas. Même si jusque là ça n'avait pas loupé.
Se rendant compte qu'il le dévisageait un peu trop, sur le pas de la porte, l'éclopé sortie de sa torpeur et enclencha la marche avant. Malheureusement un peu plus maladroitement que son homologue et son genou fit la bise au chambranle. Serrant les dents, il jura de façon inaudible dans sa barbe et recula pour viser un peu mieux. Au moins il était sûr d'avoir des sensations dans ces fichus guibolles. Mais le plus important c'est que l'autre se trouvait bien trop occupé à plier ses affaires pour ne pas avoir remarqué son erreur de parcours. Du moins c'est ce qu'il espérait. Au pire tant pis. Ses roues s'arrêtèrent quand le houspilleur s'adressa à lui, avant de s'écarter lorsque la jeune femme vint fermer la porte. Face à la référence, son regard se leva vers elle en recherche de soutiens. Si certaine chose anodine lui revenait comme s'il ne les avait jamais oublier, là il se trouvait un peu largué. Fronçant les sourcils les yeux de Laura passèrent de l'un à l'autre, avant de comprendre l'interrogation du plus vieux.
- « C'est dans un film, adapté d'un comics. L'amnésique la regarda toujours du même air. Xmen… Le professeur X, ou Xavier est un mutant, télépathe… qui se retrouve en fauteuil roulant après avoir pris une balle.» Ne put-elle s'empêcher d'ajouter face à son regard, qui la déstabilisait quelque peu.
En réalité William s'en fichait pas mal de qui pouvait bien être ce professeur X, puisse-t-il même être un personnage de mauvais porno. Il avait juste trouvé amusant sur le coup de conserver le même air interloqué pour voir si elle comptait lui donner toute la vie du sus cité personnage. Certes son intérêt feint était méchant sur le coup, mais il n'avait pas put s'en empêcher.
- « Ça nous fait un point commun. Échappa-t-il, avant de retirer à son tour ses vêtements pour rester également en t-shirt, les pliants de la même rigueur militaire. Et William suffira. Ajouta-t-il en se renfonçant dans son siège, braquant ses iris bicolores sur son interlocuteur. Cependant lequel des deux est le plus punis par rapport à l'autre, reste à prouver. Et je ne pense pas que vous ayez besoin d'un partenaire pour vous stimulez. Ça se saurait si les roquets avaient toujours besoin de vrai raison pour aboyer sans cesse.»
Son ton était aussi sec que son expression. Il avait dit qu'il s'en fichait qu'il râle ? Sous entendu qu'il pourrait s'en donner à cœur joie ? Bien sûr. Néanmoins lui n'avait jamais laissé entendre qu'il ne répondrait pas. Sa verve savait se montrer à la hauteur de la sienne, et il n'y avait aucune raison qu'il l'épargne, parce que de toute manière il le lui rendrait d'une façon ou d'une autre. Chacun sa merde et Dieu pour tous, comme on dit.
En ce moment le blond se trouvait préoccupé uniquement par deux personnes : la gamine et lui même. Et c'était déjà bien. Les yeux de leur interlocutrice roulèrent de l'un à l'autre, se demandant si elle devait mettre un frein sur leur éloquence, ou faire comme s'ils n'avaient rien dit. Elle s'éclaircit la gorge comme pour rappeler sa présence.
- « Le but de faire des séances à deux, c'est justement pour vous encouragez l'un l'autre et ne pas s'enfermer dans un éventuel échec. Des études ont prouvées que l'on se motivait mieux à deux. »
William fronça les sourcils en portant son attention sur elle. Ce serait hypocrite de sa part de jouer les choqué, parce qu'elle lui en avait parlé, et il avait accepté. Enfin ça c'était dans un monde parfait. Dans la réalité, oui elle lui en avait causé et lui avait à peine écouté, bien trop obnubilé par autre chose, surtout du fait qu'il s'en foutait. Puis il avait finit par dire oui, pour avoir un la paix et deux parce qu'il n'avait franchement pas eu l'impression d'avoir le choix. Ça sonnait gain de temps et restriction budgétaire, sous couvert d'un "on pense aux patients" qui sonnait un peu trop faux. Affichant un air grandement motivé, l'ancien comateux écrasa son poing dans sa paume.
- « Très bien. C'est mignon tout ça, mais où sont le ring et les gants ? Faudrait s'y mettre avant qu'on meurt de vieillesse !»
Parce que c'est que l'heure tournait quand même, et qu'il n'avait pas tout son temps.

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MessageSujet: Re: Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]   Mar 6 Déc 2016 - 13:58


Paraît que ça rallonge l’espérance de vie…
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Je suis quelqu’un de lucide. Certains disent pessimiste, d’autres me qualifient de désagréablement négatif, je préfère me voir comme quelqu’un de tout particulièrement lucide voire réaliste. Je ne remarcherai jamais de manière durable, et mieux vaut un jour une belle surprise qu’une constante déception. Alors oui, je vois le verre à moitié vide et oui, je vais avoir tendance à finir le verre pour qu’il cesse de me déprimer plutôt que de le fixer en espérant le voir subitement se remplir des quelques millilitres qu’il lui manque, mais je ne vois pas en quoi ça devrait poser un problème à quelqu’un. Et je ne vois pas pourquoi on me force à me plier à la vision optimiste de ceux qui sont supposés être qualifiés pour me soigner. Ma colonne vertébrale ne souffre qu’une séquelle, ma moelle épinière a failli être touchée, mais n’a que failli : ce n’est pas en cherchant à stimuler mes muscles et mes orteils qu’on soignera ce qui n’a pas à être soigné. J’ignore où se situe exactement le problème, j’ignore même comment le vaccin a pu merder à ce point dans mon organisme mais ce que je sais, c’est qu’à cause de ça, qu’à cause de tous ces faux optimistes autour de moi, à cause d’Helen qui joue la comédie, et bien tout le monde subit ma mauvaise humeur.


Même ce type, là, même ce type qu’on m’impose, ce type qui semble avoir parfaitement compris dans quelle merde on l’a foutu de force en le coinçant dans une session commune avec moi. Descente aux Enfers, l’image est criante de vérité, même si me retrouver dans le fauteuil de Lucifer - fauteuil, ahah, hilarant Marvin - n’a clairement jamais été dans mes ambitions. - « Moi qui l'imaginais comme le commun des mortels : pourvu d'une paire de corne et d'une queue, je me vois désolé d'afficher ma déception. A moins que dans votre cas ce soit purement rhétorique. J’arque un sourcil sous la remarque, à me demander s’il est suffisamment intelligent pour être en train de me traiter de cocu impuissant ou s’il est juste con et fait des traits d’esprit sans même s’en rendre compte. Putain que la deuxième solution serait triste… « Dans les deux cas, va falloir que vous reposiez la question à ma femme, elle sera ravie de tout vous dire sur le pacte qu’elle a signé avec le diable… même si entre nous deux, je me demande qui d’entre nous a vendu son âme dans l’affaire…» Chacun de mes mots hurle la réalité de mon mariage qui s’est explosé contre un mur d’indifférence et de distance, par ma faute et uniquement ma faute. Ma vaccination n’aura été que le coup de poignard dans le coeur d’une bête torturée pour couper court à son agonie, une bête torturée devenue cadavre auquel Helen s’accroche désespérément. - Et bien que je sois navré de votre condition, j'ai pas non plus à m'excuser. Vous pouvez bien râler tant que vous voulez j'en ai rien à foutre. Je ne vous demande rien niveau compassion ou apitoiement, y en aura aucun dans les deux sens de toute manière. J’étouffe un bâillement, sans parvenir à maintenir plus longtemps ma concentration à son maximum.  Je suis ravi que vous ayez trouvé votre voie, mais quitte à être le roi des emmerdeurs vous en excusez pas. Y a juste, je suis peut être un vieux con, mais je suis loin d'être sourd. Alors c'est pas la peine de gueuler.»


J’hausse les épaules en faisant pivoter mon fauteuil pour bien le repositionner vers la porte de la pièce, et surtout reculer de quelques centimètres. « Je ne m’excuse pas, je dis que je suis désolé: m’excuser, ça reviendrait à regretter de porter la couronne, être désolé c’est juste un constat. Il y a une sacrée nuance. Vous êtes peut-être bien un peu plus sourd que prévu, finalement.»


Je lui fais un sourire appuyé, un sourire adouci malgré tout par une pointe d’humour. Qu’il le prenne mal s’il veut mal le prendre, ce n’est plus de mon ressort.


La porte s’ouvre, on nous invite à nous diriger de nous-même vers le purgatoire. Génial. Et en plus, l’autre qui fait preuve d’une aimable courtoisie, digne des meilleurs généraux face à un combat aux canons. Mon français jaillit par réflexe, se retrouve cantonné à cette expression que me sortait toujours l’un de mes officiers lorsqu’on s’entraînait au corps à corps et qu’il me faisait comprendre que prendre l’initiative, ce n’était pas souvent une excellente idée. Mon français, cette expression à laquelle je n’attends aucune réaction particulière. - « Je n'en ferais rien…» Je me fige dans mon mouvement, alors que j’ai déjà franchi la porte, que j’ai déjà roulé sur quelques mètres. Des personnes qui parlent français, ça ne doit pas être particulièrement rare. Mais des personnes qui répondent spécifiquement ces mots… je fronce les sourcils, comme face à un vieil écho dont je ne saurais définir l'origine. Un écho qui me renvoie à de vieux souvenirs, à des souvenirs vieux de dix ans, facilement.


J'ai un doute. Un bête doute. L'infirmière me demande si elle peut m'appeler Marvin, j'en profite pour en apprendre plus sur l'autre. Je me suis déjà accaparé du surnom de Professeur X, dans mes lectures des comics, je ne sais pas trop comment l'appeler. Roulettes ? Je suis sur qu’en présence d'un autre public, j'aurais eu droit à une étincelle d'intelligence mais de toute évidence, on ne partage pas uniquement un caractère de merde et des jambes dysfonctionnelles mais aussi un gouffre d’inculture particulièrement affligeant. Laura se charge de traduire pendant que je me concentre pour terminer d'enlever ma veste et mes chaussures.  - « C'est dans un film, adapté d'un comics. X-Men… Le professeur X, ou Xavier est un mutant, télépathe… qui se retrouve en fauteuil roulant après avoir pris une balle.»


Je me fige sous ses derniers mots. Après s'être pris une balle par celui qu'il voyait comme un ami et un allié. Si je n'arrive pas à qualifier d'amie ou d'alliée ma femme, ce n'est que par pure rancoeur et mauvaise foi. Je ne l'ai peut être jamais aimée d'un amour guimauve et niais mais ça a été une amie, il faudra bien que je le reconnaisse un jour. Une amie qui m'a détruit mes jambes. Et ma carrière. Je n'ai pas envie de penser à ça, je cligne des yeux pour retracer le cours de la discussion et me rendre compte qu'il n'a toujours pas répondu à ma question. - « Ça nous fait un point commun. Et qu’il n’y répond d'ailleurs toujours pas. Et William suffira. J’ai les yeux rivés sur sa veste.  Cependant lequel des deux est le plus punis par rapport à l'autre, reste à prouver. Et je ne pense pas que vous ayez besoin d'un partenaire pour vous stimulez. Ça se saurait si les roquets avaient toujours besoin de vrai raison pour aboyer sans cesse.»
Je ne réponds pas, je ne cherche même pas à répondre, je ne cherche même pas à m’intéresser à une éventuelle réponse. Pourquoi ? Parce que la joute verbale ne m'intéresse plus. Le personnel soignant qui me suit veut me traîner depuis des semaines chez un psychologue pour que je parle de ce qu'ils qualifient de traumatisme. Ils veulent à tout prix que je cesse de vivre dans le déni, que je parle de ma carrière de militaire, de ma détresse à l'idée que jamais plus je ne serai un SASR opérationnel. Ils veulent que j'arrête de me renfermer sur moi même, que je me déride, que j'arrête de soi-disant agir comme un animal blessé en repoussant tout le monde. Ils veulent que je parle de cette culpabilité du survivant. Et ils m'ont foutus dans une putain de séance de binôme avec un  autre milouf.


Putain que je les déteste.


Je m'aperçois un peu tard que je n'ai pas cessé de fixer les affaires qu'il a pliées si caractéristiquement.  - « Le but de faire des séances à deux, c'est justement pour vous encouragez l'un l'autre et ne pas s'enfermer dans un éventuel échec. Des études ont prouvées que l'on se motivait mieux à deux. » Je relève les yeux dans sa direction. ”Et il vous faut des années d'études pour sortir des conneries comme ça ?” Je secoue la tête. ”C’est d’un ridicule. Des conneries, ça. Tout ce que vous allez arriver à faire, c’est pourrir sa journée en plus de pourrir la vôtre, ou la mienne.” Sans compter que je ne veux pas lui parler et qu’elle doit bien le savoir. De toute façon, j’ai comme l’impression que l’autre non plus n’est pas ravi d’être ici. Une intuition.


- « Très bien. C'est mignon tout ça, mais où sont le ring et les gants ? Faudrait s'y mettre avant qu'on meurt de vieillesse !» Une intuition qu’il ne serait pas vaguement en train de démentir, là ? Je le foudroie du regard. Si, entre cons, on ne peut même plus compter les uns sur les autres pour se soutenir… “ Oh, ne faites pas votre mauvaise tête, tous les deux… je vous laisse deux petites minutes, je dois aller chercher votre dossier, Marvin, je ne le trouve pas dans mes papiers.” Je la suis des yeux avec un regard mauvais le temps qu’elle sorte de la pièce. ”Comme c’est étrange…”


Dès que la porte se referme, mon fauteuil fait volte-face pour s’orienter en direction de William. Ses traits, en forçant un peu, me rappellent un visage. Un militaire. De vieux souvenirs, de vieux souvenirs vieux de quinze ans plus ou moins, finalement. De mes débuts aux SASR. Son nom ne me revient absolument pas, des bribes d’échos que je dépoussière à la main, plus ça va, plus j’ai la certitude qu’on se connaît bel et bien. ”Est ce que tu étais au courant ? Tu es militaire, c’est ça ? Ou tu l’as été, dans tous les cas, je suis sûr qu’on s’est déjà croisé. Mais on s’en fiche.” Je n’en ai rien à cirer qu’on se soit connu dans le passé, j’en ai rien à carrer que ce soit une coïncidence ou autre chose. L’important c’est que; “Qu’est ce qu’ils t’ont dit sur moi, qu’est-ce qu’ils veulent me faire cracher, qu’est-ce que tu dois me faire cracher ?” Je sais que la paranoïa est l’un des symptômes d’un stress post-traumatique. Mais je refuse de me voir comme paranoïaque. Juste lucide. Très lucide. ”Qu’est ce qui t’a foutu en fauteuil, toi ? Un problème en opération ?”


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≈ "Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. [...] Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde" (St Exupéry)

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MessageSujet: Re: Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]   Ven 30 Déc 2016 - 0:07


Paraît que ça rallonge l’espérance de vie…
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Un faible sourire, c'est bien tout ce que lui répondit William, face aux mots de l'homme, en réponse à ses répliques. Ainsi donc il avait une femme. Reste à savoir lequel des deux étaient le plus à plaindre… Mais sans connaitre l'animal… Puis c'est mal de juger voyons.
L'amnésique avait l'impression d'être coutumier de ça, des joutes verbales. Ça sortait tout seul, n'ayant absolument pas besoin de réfléchir. Mais en un sens c'était aussi fatiguant. Et l'autre semblait l'être aussi. Seulement juste fatigué de parler.
Lui l'était depuis son réveil, comme s'il n'avait pas assez dormit. Épuisé en permanence, rien que pour se déplacer, même pas très loin. Épuisé par ses maux de tête assez violents, qu'aucun scanner n'expliquait. Épuisé par ce fichu "don", dont il ne maîtrisait rien. Épuisé par sa mémoire qui faisait un peu ce qu'elle voulait, lui rendant des parcelles de sa vie de façon très aléatoire. Épuisé par ce psy à la noix, qui tentait à chaque fois de le pousser dans ses retranchements, mais lui se trouvait bien trop cabochard pour céder. Épuisé par ses séances, pour le faire remarcher. Épuisé par cette expression muette dans le regard de la gamine, qui rêvait de le retrouver. Et qu'il lui rendait à peine la moitié de ce qu'il était. Épuisé par cette peur sourde de sombrer de nouveau. Épuisé par les gens en général et leur fausse pitié. Épuisé par ce type…
Bien sûr l'homme ne montrait rien de tout ça. Sans doute une fierté animée par l'ancien militaire qu'il était. Et puis de toute façon, personne ne le remarquait, un peu comme son erreur de parcours de tout à l'heure, qui lui vaudra un sublime genou bleu.

Les histoires de super héro, lui ça ne l'avait jamais intéressé. Gamin ils étaient toujours bien trop occupés à la ferme pour se perdre dans des comics. Entre les travaux, les cours, les devoirs, et les conneries avec son aîné… Surtout les conneries. Puis leur père préférait les films de western, ou bien faire des jeux de société. Sa sœur elle lisait des romans, lui non. Il avait toujours préféré vivre ses propres aventures. C'est bien pour ça qu'il s'était engagé après tout. Par la suite, avec Sarah, non ils ne s'y intéressaient pas non plus. La télé se trouvait plus souvent éteinte qu'allumée. Et en rentrant de mission, ils préféraient encore passer du vrai temps ensemble, que de risquer de s'endormir dans une salle de cinéma. Puis le fait qu'ils n'aient jamais eu d'enfant jouait aussi.
Et si William ne se souvenait pas encore de tous ces faits, l'amnésie pouvait tout excuser. Enfin ça, la kiné le savait, son binôme du moment non. Pour le peu qu'il pouvait s'en soucier aussi… Donc William était parfaitement capable de faire des traits d'esprit tout à fait conscient, mais des références à des films pas du tout. Puis lui et le roquet n'avait pas du tout le même âge ça jouait.
- « En plus d'être un vieux con, j'ai pas cette culture, désolé. Dit-il faussement navré, en haussant les épaules, face au regard de son binôme d'infortune.
- Peut être que vous ne vous en souvenez pas encore.» Ne put s'empêcher d'ajouter Laura.
Ce à quoi l'homme répondit par un second haussement d'épaules. C'était amusant de voir comment elle avait tourné sa phrase, au lieu de dire simplement p't être parce qu'il amnésique. Enfin… C'était bien beau ces bavardages, mais dans tout ça, ils commençaient quand ?

Malgré ce qu'on pouvait plus ou moins qualifier de trait d'humour, non il n'était pas ravi d'être ici. Certes il avait plus ou moins accepté un duo, à dire vrai il s'en foutait royal, il aurait juste pensé que celui d'en face serait au courant. Pour peut qu'il ne soit pas parano, ou un adepte de la conspiration, ça faisait un peu traquenard cette affaire. Mais qu'il pense bien ce qu'il veut. T'façon il se trouvait là pour sa pomme et seulement sa pomme. La rééducation c'était pas cadeau hein. Il était là pour marcher, pas pour bavarder. Ça dernière réplique avait plus été dite pour la faire se hâter. Plus vite commencer, plus vite finit. Alors quand elle dit qu'elle devait aller chercher le dossier du morveux, son soupir fit échos à son regard noir, dont il ignora complètement celui qui lui était précédemment destiné.
En attendant, son regard se perdit par la fenêtre, ses doigts faisant tourner ses alliances autour de son annulaire. William ne s'entendait pas vraiment à cette "agression" verbale. Perdu dans ses pensées, il eut un léger sursaut lorsque l'autre l'apostropha, d'un coup plus proche. Si son regard fut d'abord surpris, ses sourcils se froncèrent à mesure qu'il parlait. Ok… Con, emmerdeur, militaire et paranoïaque. Beaucoup trop de point commun pour que ça ne paraisse pas fait exprès. Sauf que lui semblait bien mieux la gérer sa parano.
S'enfonçant dans son siège, il recula quelque peu. L'homme aurait put faire comme lui et bailler, histoire de lui faire comprendre qu'il lui cassait bien les couilles. Mais il n'en fit rien. Son envie fut plus portée sur un pain aux marrons… La raison pour laquelle il prit ses distances.
Il ne lui répondit pas de suite, le temps que son interlocuteur redescendre un peu, et que lui pèse ses mots. Si le blond avait connu la référence, il lui aurait dit «Vous ne pouvez pas vous échapper Mr. Anderson ». Seulement son amnésie ne lui permettait pas. Et pas dit qu'il ait vu Matrix alors…
Ses doigts passèrent machinalement dans ses cheveux, révélant la cicatrice ornant sa tempe, répondant de façon inconsciente à sa dernière question. Question à laquelle il ne répondra sans doute pas de vive voix. Ce type commençait vraiment à lui filer la migraine.
- « Bon yeu… Soupira-t-il, finissant par briser le silence qu'il avait délibérément laissé s'installer. Oui j'ai été militaire… Mais je n'ai pas encore le souvenir d'avoir put rencontrer un morveux se prenant un peu trop pour un chien savant.
Ça c'était une expression de chez lui qu'il utilisant souvent lorsqu'il était soldat, histoire de dire "arrête de te prendre le chou". Là le concernant c'était plus dans un sens péjoratif.
- Du coup si vous vous foutez d’la réponse, pas la peine de m’achaler à poser la question. Osti qu'tu gosses !
Son ton était clairement agacé et dans pas longtemps il lui dirait d'aller se faire doré chez les bonnes sœurs communistes.
- Pour la séance à deux, oui j'étais au courant, parce qu'elle, il pointa d'un doigt accusateur la porte où avait disparut la kiné, m'en a parlé. Mais j'ai pensé que c'était aussi votre cas. Visiblement non. Mais si elle m'avait un peu parlé de l'animal, j'aurais été un peu moins laxiste. T'façon ils font bien ce qu'ils veulent, qu'on accepte ou qu'on refuse.
La moutarde lui montait clairement au nez. Sérieusement s'il l'avait collé avec cet emmerdeur pour le faire causer, merci du cadeau. Parce qu'il avait déjà sa dose. Puis marde, il n'était pas là pour ça ! Ou qu'on le paie pour faire un boulot de foutu psy !
- Clairement j'crois qu'on est deux à être bouché dans cette pièce. C'est pas la peine de me tanner, j'suis pas un foutu psy ! J'ai pas plus que vous envie d'être là, mais si j'y suis c'est pour moé et seulement moé ok ? Pas pour vous tenir par la main, vous essuyer la goute au nez, ou soigner votre SSPT.
Parce qu'il était clairement évident qu'il en souffrait, mais lui avait assez à faire avec ses propres soucis pour pas se mêler de ceux des autres. En d'autre temps peut être était-il autrement : prévenant, à l'écoute, plein de la sagesse du vieux vétéran… Aujourd'hui tout ça c'était finit. On pouvait le qualifier d'égoïste, il s'en foutait pas mal.
- Et comme je l'ai dit tout à l'heure, j'aurais pas à me sentir coupable de sortir d'ici debout et pas vous. Vous voulez pas de pitié, parfait, j'en aie pas à donner. Maintenant faudrait voir à redescendre un peu le ton de la parano, sinon mon poing dans la gueule ça va vite arriver ! Crisse moi patience, tu m'énarves. » Grogna-t-il, achevant la fin de la phrase dans sa barbe, plus pour lui-même que pour l’autre.
C'était "drôle" de voir comment son côté canadien ressortait quand il s'énervait, que ce soit dans l'emploi des mots que dans l'accent. Le moins drôle fut la raison de son léger rictus en fin de phrase : une migraine commençait à poindre sous son crane, et vu l'emmerdeur qu'il se tapait, ça ne l'étonnait pas vraiment.
Massant machinalement ses tempes, son regard foudroya la doctoresse, lorsqu'elle daigna revenir enfin dans la pièce, sans doute alerté par son haussement de ton. Certainement que William avait parlé bien plus fort qu'il ne l'aurait voulu.
- « Vous n'allez pas vous battre tous les deux ? Dit-elle d'un ton tenant plus de l'ordre que de la réelle question.
- Nan… On bavardait un peu et on a eu une divergence d'opinion… Sur la surveillance des gens.
- Oh… Vraiment ?
Avait-elle vraiment saisit l'allusion par son "oh" ? Peut être bien.
- Oui. C'est pas très honnête.
Là son regard fut plus pour monsieur conspiration. Histoire de vraiment faire rentrer dans sa tête de bois qu'il s'en foutait de sa pomme, qu'il n'était absolument pas là pour jouer au psy avec lui. Qu'il se démerde avec un vrai professionnel.
- Et sinon vous l'avez trouvé ce fichu dossier ? Qu'on s'y mette. Si j'avais voulu philosopher j'aurais squatté un cours de philo.»
Adressant un dernier regard, peu avenant, le blond fit pivoter son fauteuil pour se diriger vers la table de travail. Oui ses migraines le rendaient aussi agressif qu'elles ne l'étaient. William aurait put prendre un cacheton, cependant il n'avait pas non plus envie de s'abrutir avec ça…

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MessageSujet: Re: Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]   Mer 18 Jan 2017 - 21:04


Paraît que ça rallonge l’espérance de vie…
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J’imagine que même je ne suis pas un cas isolé, je ne suis pas non plus la norme, loin de là. Pendant plus de quinze ans, j’ai considéré comme auxiliaire de m’intéresser à tous ces livres qui sortaient, ces films qui enflammaient les foules et les esprits. Pendant près de quinze ans, je me suis contenté des ragots de mon unité, de ceux rapportés par Helen, des livres prêtés dans la caserne et des goûts plus ou moins douteux de ceux que je considérais presque plus comme des frères que mon propre frère biologique. Pendant plus de quinze ans, j’ai largement préféré m’en tenir aux comptes rendus de mes supérieurs, à ceux que je produisais et aux formations rapides sur la géopolitique du monde en temps réel pour me tenir au courant de ce que je jugeais utile de savoir. Pour le reste… je découvre, je découvre seulement. Je redécouvre des comics que je lisais quand j’étais gosse, je découvre des adaptations cinématographiques sans parvenir à en apprécier la moitié, je découvre des nouveaux technologiques, je découvre les chaînes à la demande sur notre grand écran, je découvre les RPGs sur internet, je reprends pieds avec la réalité. Et j’essaye de combler mon retard pour combler le temps libre que j’ai et que je m’octroie. Ce que, de toute évidence, mon interlocuteur ne fait pas plus que ça. Pas qu’il loupe quoique ce soit, de toute manière.

Je laisse à l’infirmière le soin de faire la traduction, en essayant d’ignorer les trop grandes ressemblances, à mon avis, entre ce connard de professeur Xavier et ma propre paralysie. Ressemblances qui, de toute façon, n’en sont même pas. - « En plus d'être un vieux con, j'ai pas cette culture, désolé. J’hausse les épaules, totalement indifférent à ce qu’il considère comme de la culture et que je ne vois, au mieux, que comme un passe-temps pour me réintégrer à un monde auquel je n’ai pas l’impression d’appartenir. - Peut être que vous ne vous en souvenez pas encore.» Je leur lance un regard interrogateur avant de terminer de me préparer comme je peux pour ce qui s’apparente tant à une perte de temps que je ne vois pas la moindre utilité à me montrer plein de bonne volonté.

D’autant plus que j’en viens de plus en plus à suspecter le coup fourré. Je ne suis pas seulement ici pour subir les bienfaits hypothétiques d’une séance en binôme, je suis ici pour… pour quoi au juste ? Pour me retrouver en tête à tête avec un ex-militaire. Comme c’est étrange. Mais quelle coïncidence… Mon intuition se mêle à une agressivité frustrée et à cette paranoïa latente qu’on a de plus en plus tendance à me reproche. Il était au courant, le couillon, il était au courant de la manoeuvre si subtile du personnel soignant ? Je ne souffre d’aucun stress autre que celui suscité par l’existence des cons, je ne souffre d’aucun syndrôme autre que celui de l’emmerdeur, je ne souffre d’aucun traumatisme autre que celui de séances de rééducation imposées à l’utilité plus que douteuse. Et si ce mec est là pour me faire cracher des aveux de mal-être ou autre, il est mal barré.

Très mal barré. Déjà que je ne suis pas très ouvert en temps normal, là… je me referme comme une huître, dans une amabilité inexistante, dans des questions agressives et visant, ô ironie, à lui faire répondre à des questions auxquelles, moi, je ne répondrais certainement pas si j’étais à sa place. Mes yeux lorgnent sur sa cicatrice, plus impressionnante par ses conséquences que toutes celles que j’ai pu me faire en opex. - « Bon yeu… Oui j'ai été militaire… Mais je n'ai pas encore le souvenir d'avoir pu rencontrer un morveux se prenant un peu trop pour un chien savant. J’hausse un sourcil avant de répéter d’un bout des lèvres un ”Morveux ?” moqueur. Il y a de l’agressivité dans mon attitude, c’est indéniable, c’est évident, mais je n’ai jamais été un grand violent. Plutôt du genre à répondre de manière proportionnée à une attaque. ”J’imagine que je dois prendre ça pour un compliment, mais ça ne répond pas vraiment à mes questions.” Ou, du moins, ça ne répond qu’à une partie, infime, et la moins intéressante. - Du coup si vous vous foutez d’la réponse, pas la peine de m’achaler à poser la question. Osti qu'tu gosses ! Pour la séance à deux, oui j'étais au courant, parce qu'elle m'en a parlé. Mais j'ai pensé que c'était aussi votre cas. Visiblement non. Mais si elle m'avait un peu parlé de l'animal, j'aurais été un peu moins laxiste. T'façon ils font bien ce qu'ils veulent, qu'on accepte ou qu'on refuse. Mes doigts se crispent autour des roues de mon fauteuil, je le foudroie du regard, comme en réaction à son propre agacement. Je sais que je ne suis pas un cadeau, je n’essaye même pas de l’être, mais… s’il pouvait répondre à mes questions, ça m’arrangerait. - Clairement j'crois qu'on est deux à être bouché dans cette pièce. C'est pas la peine de me tanner, j'suis pas un foutu psy ! J'ai pas plus que vous envie d'être là, mais si j'y suis c'est pour moé et seulement moé ok ? Mes yeux se plissent, comme pour le mettre au défi d’assumer ses propos et de me faire croire à leur véracité. Son accent n’est clairement pas celui d’un anglais, encore moins celui d’un australien. Et il n’est pas non plus celui d’un américain. C’est un ovni. Un ovni canadien. Au moins, ça a le mérite de répondre une de mes questions. Hamilton. Quant au reste… Pas pour vous tenir par la main, vous essuyer la goutte au nez, ou soigner votre SSPT.

C’est amusant de voir comme quatre petites lettres peuvent causer chez moi une réaction plus que vive. Mes bras s’appuient sur les accoudoirs du fauteuil pour me redresser, mes dents se serrent, ma mâchoire se contracte. Je me lève, même, comme je peux, sur un fauteuil roulant dont le recul est inhibé par des freins tout juste verrouillés. « Pardon ? » C’est une mise en garde. Toute mon attitude est une mise en garde. Mon ton lui-même est une menace. Une menace amoindrie lorsque je me laisse retomber dans un soupir las. Et désespéré. Je ne vaux rien, je ne vaux plus rien. Mais je ne souffre d’aucun syndrome. - Et comme je l'ai dit tout à l'heure, j'aurais pas à me sentir coupable de sortir d'ici debout et pas vous. Vous voulez pas de pitié, parfait, j'en aie pas à donner. Maintenant faudrait voir à redescendre un peu le ton de la parano, sinon mon poing dans la gueule ça va vite arriver ! Crisse moi patience, tu m'énarves. » Je lève les yeux au ciel, en crachant un « Allez-vous faire foutre » totalement fermé à une quelconque discussion. Je tourne même le dos à l’abruti, en maugréant dans ma barbe que celui qui me fera admettre souffrir d’un quelconque SSPT n’est pas né. Ou est déjà mort.

C’est avec moi dans mon coin et William toujours de son côté que Laura nous retrouve presque immédiatement, à croire qu’elle était l’oreille plaquée contre la porte, à écouter notre « conversation ». - « Vous n'allez pas vous battre tous les deux ? Ah ah ah… elle aimerait bien, ouais. - Nan… On bavardait un peu et on a eu une divergence d'opinion… Sur la surveillance des gens. - Oh… Vraiment ? - Oui. C'est pas très honnête. Je croise le regard l’infirmière, je lui lance un sourire appuyé. « Ne me dites pas que ça vous étonne…  déjà que vous ne volez pas très haut dans mon esprit, mais là, ce serait le coup de grâce donné à votre crédibilité… » Je souffle. Cette séance est un fiasco. Un véritable fiasco. Et l’atmosphère, elle, est tendue. Electrique. Je la rends électrique par ma seule présence, par ma seule colère, par mon seul mauvais esprit. - Et sinon vous l'avez trouvé ce fichu dossier ? Qu'on s'y mette. Si j'avais voulu philosopher j'aurais squatté un cours de philo.»

Il ne m’en faut pas plus pour exploser. D’un gros mouvement de poignet, je reviens au contact d’une des tables de travail, je me hisse dessus sans la moindre difficulté, à la seule force de mes bras. Pour me mettre à leur niveau. Et pour fixer William. Aidan. « Bordel Hamilton ! Vous comprenez pas qu’elle en avait rien à foutre de mon fichu dossier ? Tout ce qu’elle veut, c’est que… ça rime à quoi tout ça ? » Mes questions s’adressent autant à l’ancien militaire qu’à la jeune femme. « Que les choses soient bien clair : je ne suis pas paranoïaque. Votre SSPT, c’est un fantasme. Je vais bien. Je vais très bien si on oublie mes jambes. C’est compris ? Comment vous saviez qu’il avait été mon supérieur en formation ? On vous a transmis mon dossier ? Vous avez décortiqué mes opex ? » Paranoïa. Mais la coïncidence serait trop forte. « Qu’est ce que vous croyez, que je ne vous verrais pas venir ? Je suis SASR ! J’ai donné ma vie à l’Australie ! J’ai donné ma vie à votre sécurité ! Vous croyez quoi ?! » La fatigue. Il faut croire que c’est la fatigue qui me fait parler. Il faut croire, aussi, que c’est l’exaspération qui commence à porter ses fruits. L’attente. La frustration. Je n’ai jamais dû sortir autant de mots, de phrases, de vérité depuis que je suis arrivé à Radcliff, depuis que j’ai été pris en charge par l’hôpital. Depuis mon rapatriement. Et même avant ça, depuis mon accident. « Vous pensiez que j’allais me faire avoir comme ça, juste parce que vous retrouvez Hamilton qui est, oh, comme par hasard, lui aussi en fauteuil et oh, coïncidence, dans le même hôpital que moi ? » Je perds mes moyens. Je perds ma maîtrise de moi-même. Je perds, même, ma réserve prudente. Et je sais, de manière confuse, que justement, je me prête à leur petit jeu : je tombe dans une paranoïa qui frôle le ridicule. Voire s’y vautre complètement. « C’est bon, arrêtez la comédie. » Et ramenez-moi chez moi.



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≈ "Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. [...] Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde" (St Exupéry)

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MessageSujet: Re: Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]   Mar 7 Fév 2017 - 23:11


Paraît que ça rallonge l’espérance de vie…
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Rien à rien. Non William ne connaissait rien à rien  et n’entendait rien à ces histoires de super héro. Sans doute n’aurait-il pas été aussi accaparé à la ferme, entre les corvées et les conneries avec son frère, qu’il s’y serait éventuellement penché. Sans doute aurait-il eut des enfants qu’il s’y serait un temps soit peu intéressé. Cependant le destin, aussi cruel et injuste soit-il, en avait décidé autrement. Il lui avait arraché son amour. Il lui avait arraché sa joie. Il lui avait arraché sa vie. Il lui avait arraché Sarah et son enfant à naitre. Il avait tout emporté, tout balayé, pour ne laisser qu’une profonde amertume. Laissé qu’une immense tristesse, séchée depuis longtemps maintenant, laissé qu’un trou béant à la place du cœur et une montagne de regret. Aujourd’hui il lui avait enlevé ses souvenirs et momentanément sa motricité. Tout ce qui lui restait n’était qu’une colère qui ne trouvait pas de réponse à son pourquoi. Et cette colère elle ne demanda qu’à sortir, qu’à s’exprimer à la moindre occasion.
Toutes ces règles sociales qui l’assourdissait depuis tout à l’heure, ces chichis, ces gnagnagnas… Il n’y entendait rien d’autre non plus que immense bla bla bla… L’homme en avait strictement rien à foutre. Tout ce qu’il souhaitait c’était faire sa séance, échanger d’éventuels mots hypocrites et sans fondement, sans véritable sentiment et s’en retourner se reposer dans un cet endroit qu’il ne pouvait même pas qualifier comme étant chez lui. Pour la simple raison que lui et la gamine vivaient comme des parasites. Un style qu’il n’acceptait pas trop, même si elle lui avait dit qu’ils vivaient comme ça depuis toujours. Mais était-ce vraiment une vie ? De squatter ? Il était un boulet pour elle et à deux ils étaient un boulet pour la société. Et ça le foutait en colère.
Alors la dernière chose dont il avait besoin, c’était qu’on vienne lui flanquer un gamin pleurnichard et pète gonade dans les guiboles. Putain il avait donné ! Il était trop vieux pour ces conneries ! Trop fatigué aussi. S’il avait sût, vraiment, il l’aurait envoyé se faire foutre elle et ses bons sentiments. Ce n’était pas son problème ces états d’âme à celui là. Il devait bien avoir un psy le morveux ? Tout comme lui. Bah qu’il aille baver sur ses genoux à lui ! Les siens avaient donné ! Tout ce qu’ils demandaient, c’était de se déplier, rien d’autre. Pas qu’on lui accable les oreilles !

William vit bien ce que la mention de ce que ces quatre malheureuses petites lettres déclencha chez lui : une véritable tempête. Ça lui faisait le même effet aussi. A la différence c’est que lui en avait plus ou moins conscience, il choisissait tout bonnement de l’ignorer et de jouer au plus con. Ce morveux là, il se trouvait dans le déni le plus total. Cependant le blond n’était pas là pour lui ouvrir les yeux.
Enfin, il avait dit tempête ? Pardon, plutôt un pet de mouche. Aussitôt redressé qu’il se rassit immédiatement. Pathétique… Il venait là de se rendre encore plus ridicule, que s’il s’était contenté de lui envoyer un regard bien sentit. Même pas foutu d’aller au bout de ses actions. Pauvre garçon, il était mal barré. Remarque, valait mieux qu’il abandonne plutôt que de risquer de se péter le tarin sur le carreau et de ramper comme un vers de terre.  
Oui c’était la colère qui parlait. Et la douleur aussi. Sa crispation avait noué sa gorge, de trop retenir cette rage qu’il aurait bien voulu laisser exploser, et avait immanquablement réveillé une migraine. Génial. Son simple "Allez vous faire foutre" le fit passablement rire.
- « L’apanage de l’argument zéro. » Ne put-il s’empêcher de lâcher, en lui décochant un regard peu avenant.
Son air pour la kiné ne fut pas non plus des plus accueillants. Avait-elle seulement conscience qu’elle leur faisait simplement perdre leur temps à tous ? Ou alors elle faisait une expérience sociologique à leur dépend ? Ils n’étaient pas des rats de laboratoire à ce qu’il sache ! Mais le pompon, la cerise sur le gâteau, et toutes autres expressions du genre, fut lorsque l’autre péta son câble. C’était quoi cette mascarade ? Ils étaient au cirque ou bien ? Il s’était trompé de porte ? Une dimension parallèle peut être ? Ou alors un rêve ? S’il se pinçait pour se réveiller ça allait marcher ? Non ?
Etrangement certain de ses mots faisaient un peu plus échos que d’autres au fin fond de son crâne, et ce n’était pas dû qu’au mal, qui commençait à lui gratter l’os. SASR, opex, Australie… Smedry… Etrange, quand la kiné l’avait prononcé tout à l’heure ça ne lui avait absolument rien évoqué, mais maintenant qu’il avait d’autres éléments. Et bordel, ce type le connaissait. Y avait qu’un hôpital à Radcliff, alors se retrouver dans le même n’avait rien d’étonnant espèce de sombre crétin. Mais par contre qu’il y retrouve comme ça trois personnes qui le connaissaient, ça lui semblait étrange. D’abord la gamine dans le premier bar où il échouait, ensuite Parrish, l’homme qui avait été autrefois son meilleur ami, et maintenant lui ! Lui dont, d’après ses dire il avait été son instructeur. Si William avait été leur genre de paranoïaque addict de la conspiration, il aurait très certainement crié au complot. Quelles étaient les putains de chance pour que par la seule sainte mère de coïncidence, il retrouve dans cette ville des gens qui le connaissaient de son ancienne vie ?!

Fronçant les sourcils William devait être aussi choqué que lui, ou même que la jeune femme. Il le regardait sans comprendre, avant de se tourner vers elle, avec comme un air de reproche dans les yeux. Si elle voulait les faire échanger là elle se trouvait servit. Parce que sincèrement y avait plus qu’à compter les points là. Face à leurs yeux accusateurs, la jeune femme leva les mains, comme si ça allait y changer quelque chose.
- « Ecoutez, ce n’est pas la peine de s’énerver. Je ne savais pas que vous vous connaissiez tous les deux. William ne m’en a pas parlé parce qu’avec son amnésie, il ne doit pas encore s’en souvenir. Marquant un temps de pause, elle sembla chercher ses mots. Il n’y a pas de complot, ou de conspiration, nous voulions simplement vous aider dans votre guérison…
- La belle affaire. La coupa William en la foudroyant du regard, après avoir reprit un semblant de contrôle de ses esprits. Et c’est par hasard, que vous avez mis les deux pires huitres gâtés, dans le même panier de crabe ? Là c’est vous qui parlez comme une parano. On vous a rien demandé nous, c’est quoi votre embrouille ? Vous êtes en train de faire une expérience sociologique ? Parce que y a moyen pour qu’on vous poursuive en justice pour ça. Vous êtes au courant ?
L’homme la regarda tout à fait sérieusement, en croisant les doigts sur son ventre. La kiné sembla d’un coup mal à l’aise, comme prise à son propre piège.
- Ecoutez, il n’y a pas d’expérience, ou de machination. C’est une petite ville et il n’y a qu’un hôpital. Il est donc, normal que vous vous soyez retrouvé dans le même. Son regard se porta sur le morveux. Et après être resté aussi longtemps dans le coma qu’il l’a été, il est normal d’avoir besoin de rééducation. Elle écarta les bras. Vous voyez il n’y a que des coïncidences.
- C’est ça. Et le secret médical vous en foutez quoi ? Railla l’homme. Allez donc faire un tour et revenez avec une paire de camisole, ça ira mieux après »!
Bah tiens ! Qu’elle étale donc tout son dossier médical à qui voulait l’entendre ! Qu’elle balance aussi sa différence, qu’il n’arrivait pas encore à expliquer, si tant est que ça figure quelque part dans son dossier, qui ne devait pas être très épais. S’en rendait-elle enfin compte qu’elle se trouvait totalement dépassé par les événements ? Que son idée, si tant est que ce soit elle, ou ses supérieurs qui l’aient eu, était la plus mauvaise qui soit ? C’était comme se retrouver face à deux prédateurs dominants et de se rendre compte qu’aucun des deux n’allaient plier, quelque soit le nombre de coup qu’ils pourraient bien se porter. Aucun des deux ne courbera jamais l’échine. Parce qu’ils avaient tous deux trouvé une proie de choix : autrement dit elle.  Y a pas trente six choix qui s’offraient à elle : les laisser partir et reporter à tous les deux leur rendez vous, éventuellement s’excuser de leur avoir fait perdre leur temps, ou aller chercher de l’aide, parce que toute seule elle n’arriverait à rien.
Visiblement elle choisit la seconde option, laissant de nouveaux les bêtes entre elles. Pas dit qu’à son retour elle n’ait pas à compter les morceaux.
William décocha un regard agacé à l’autre perché, et leva son pouce dans sa direction.
- « Bien joué pour le numéro de la parano, monsieur je vais bien. Par contre tu m’excuseras, je crois que par le passé t’étais un peu plus respectueux que ça… Morveux… »
Il n’y avait plus vraiment d’animosité dans sa voix, même si sa colère n’était absolument pas retombée. Ce n’était pas pour autant qu’il se souvenait de lui. ‘Fin juste un peu. Il se souvenait vaguement d’un Alvin ?... Gavin ?... Marvin ?... Ouais c’est ça… Marvin Smedry… Le plus jeune de son unité. Mais il se souvenait surtout que pour ça, il l’appelait le morveux.

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In other times, in other places...
I am in the dark beside you, buried sweetly in your yellow hair. With yellow hair like wheat, I think we shall not meet again... My dear Sarah.
But you are my only love.


Dernière édition par Aidan Hamilton le Mer 29 Mar 2017 - 20:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]   Lun 27 Fév 2017 - 18:40


Paraît que ça rallonge l’espérance de vie…
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Amusant l’impact que peuvent avoir quatre lettres sur une personne. Quatre petites lettres, sur le papier, ce n’est vraiment rien, rien de rien, et pourtant… il suffit qu’il les articule à haute voix pour que la réaction soit immédiate de mon côté. Crispation. Menace. Provocation. Dans cet ordre-là ou dans un autre, peu importe, le fait est que je suis déjà à moitié debout pour répondre à l’insulte quand mon organisme se souvient que non, il ne peut pas marcher et que sans réponse de la part du bas de mon corps, je ne pourrai ni faire un pas en avant, ni détruire la distance qui nous sépare, lui et moi, pour lui mettre mon poing dans la figure, lui faire avaler ses dents et regretter ces quatre petites, si petites lettres. Mon coup d’éclat est aussi ridicule que bref, je retombe sans plus tarder au fond de mon fauteuil. Mon orgueil est éventré, ma fierté est piétinée, je suis ulcéré autant par ma faiblesse – plus qu’évidente – que par mon impuissance. Et mon ridicule. Un ridicule que je lis dans les yeux de l’autre patient, agrémenté d’une moquerie palpable. Et d’un rire que je suis conscient d’avoir cherché bien malgré moi. - « L’apanage de l’argument zéro. » Je le foudroie du regard à défaut de pouvoir nier la véracité de ses propos. Je suis ridicule, et je le sais. Mais jamais pour autant je n’admettrai souffrir d’un quelconque stress post-traumatique, même si je dois pour ça me noyer complètement dans un déni visqueux et nauséabond. Ce qui semble d’être le cas.

SSPT. Syndrome de stress post-traumatique. L’apanage d’un nombre imposant d’anciens militaires, de militaires blessés, de militaires revenant d’opération. Un syndrome contre lequel on nous a toujours mis en garde et contre le déni duquel on nous a toujours mis en garde. Consulter un psychologue deux fois par an, parler entre nous et nous appuyer sans hésiter sur nos superviseurs personnels, c’était dans le contrat qu’on a tous signé en entrant dans les forces spéciales et c’était dans le contrat que j’ai signé moi aussi. Sauf que je ne fais plus partie des SASR et qu’avec leur petite rééducation ridicule et surfaite, ils m’obligent à m’en rendre compte. Je souffle, en écoutant d’une oreille l’infirmière revenir, je souffle, en l’entendant s’étonner sur un ton aussi mièvre que niais, je souffle encore lorsque je croise son regard pour mieux lui faire comprendre que non, je ne suis pas dupe de leurs conneries et que oui, j’ai bien compris qu’on m’avait foutu dans la même pièce qu’un ancien militaire, que je connais, en plus, pour que je parle. Je sais qu’en m’énervant de la sorte, qu’en me donnant comme ça en spectacle, je rentre dans leur jeu ridicule mais, bordel, qu’ils aillent tous se faire foutre autant qu’ils sont, je ne leur donnerai pas ce qu’ils veulent entendre. Pas volontairement du moins. Et William, Aidan, peu m’importe qu’on l’appelle connard ou ducon, c’est la coïncidence de trop. Je m’emporte, je m’emporte suffisamment pour oublier d’être taciturne et taiseux, je m’emporte tellement que j’en perds toute mesure, toute prudence et toute lucidité. Et lorsque je termine mon magnifique coup d’éclat, lorsque je leur demande d’arrêter leur comédie, c’est autant à eux qu’à moi-même que je m’adresse. Un énième soupir, je me prends la tête entre les mains pour mieux la relever et fixer la jeune femme. - « Ecoutez, ce n’est pas la peine de s’énerver. Je ne savais pas que vous vous connaissiez tous les deux. William ne m’en a pas parlé parce qu’avec son amnésie, il ne doit pas encore s’en souvenir. Il n’y a pas de complot, ou de conspiration, nous voulions simplement vous aider dans votre guérison… - La belle affaire. Je serre les dents, pressentant que si je commence à sortir un mot, je ne vais plus m’arrêter dans les insultes. Je viens de leur donner suffisamment de grains à moudre pour en entendre parler pendant des semaines. Et c’est par hasard, que vous avez mis les deux pires huîtres gâtés, dans le même panier de crabe ? Là c’est vous qui parlez comme une parano. On vous a rien demandé nous, c’est quoi votre embrouille ? Vous êtes en train de faire une expérience sociologique ? Parce que y a moyen pour qu’on vous poursuive en justice pour ça. Vous êtes au courant ? Un sourire se dessine sur mes lèvres : voilà une preuve que je ne suis pas paranoïaque. Ou que nous sommes deux grands paranoïaques dans la pièce, l’un comme l’autre c’est rassurant.

La jeune femme semble mal à l’aise et le soldat en moi hésite à s’en vouloir. Normalement, je protège les civils, je ne les accule pas dans un coin pour leur faire cracher des aveux. Mais normalement, aussi, je n’ai pas à le faire pour obtenir les informations que je veux. Je suis un simple pilote. Pilote multitâche, pilote d’élite, mais pilote. Pas diplomate ni négociateur. - Ecoutez, il n’y a pas d’expérience, ou de machination. C’est une petite ville et il n’y a qu’un hôpital. Il est donc, normal que vous vous soyez retrouvés dans le même. Et après être resté aussi longtemps dans le coma qu’il l’a été, il est normal d’avoir besoin de rééducation. Vous voyez il n’y a que des coïncidences. Elle se fout définitivement de ma gueule. Et de la sienne. « Et bien sûr, ce n’est qu’une coïncidence qu’il se retrouve en rééducation avec un paraplégique définitif ? » je persifle sans attendre ; Aidan renchérit pour moi. - C’est ça. Et le secret médical vous en foutez quoi ? Allez donc faire un tour et revenez avec une paire de camisole, ça ira mieux après »!

Amnésique et coma, donc, si je comprends bien pour lui, j’en sais bien plus sur ses propres problèmes que les miens et lorsqu’elle ressort certainement pour aller tout rapporter à ses petits supérieurs avides de détails, je me tourne immédiatement vers l’autre handicapé. - « Bien joué pour le numéro de la parano, monsieur je vais bien. Par contre tu m’excuseras, je crois que par le passé t’étais un peu plus respectueux que ça… Morveux… » Mon visage agressif et fermé se détend immédiatement lorsqu’il me renvoie à des années en arrière d’un seul surnom. « T’es sûr que tu es amnésique, Aidan ? » Son prénom s’impose, alors même que je ne l’avais longtemps appelé que par son grade, dans un respect pour la hiérarchie inscrit dans mes veines au fer rouge. Le respect, justement. « On va dire qu’actuellement, le respect n’est clairement pas dans mes priorités, surtout dans ce genre de situation complètement absurde. » Et ce n’est pas peu dire. « Et je ne suis pas par… » Je n’aime pas mentir. Et entre le déni et le mensonge, il n’y a qu’un pas que je refuse de franchir. Pour le moment. « Une saleté, le SSPT. Ils essayent de me convaincre que j’en suis la victime à mon tour. » Comprendre que de mon point de vue, c’est loin d’être le cas. « Qu’est ce qui t’es arrivé ? » Je suis plus calme qu’un peu plus tôt et j’ignore encore pourquoi. Peut-être parce que j’ai trouvé brutalement en Hamilton un allié, peut-être aussi parce qu’on n’est plus que tous les deux dans la pièce, peut-être enfin parce que ces putains de docteurs ne se sont pas trompés sur un point : même s’il ne se souvient de rien – à ce qu’ils disent – il reste le plus apte à me comprendre dans le coin. « Mon hélico s’est crashé. Colonne vertébrale touchée, j’ai de la chance d’avoir encore deux membres de fonctionnels. »


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Dernière édition par Marvin Smedry le Ven 21 Avr 2017 - 22:47, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]   Mer 29 Mar 2017 - 20:32


Paraît que ça rallonge l’espérance de vie…
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Au départ il venait là pour une rééducation non ? Reprendre des muscles et réveiller ses guiboles un peu trop endormies ? C'est ce qu'on lui avait vendu, à la base. C'est ce qu'il avait commencé aussi, dans ses premières séances, avant qu'on décide de le coller avec un gosse, dont la haine se lisait autant sur son visage que dans ses yeux. Peut être que la haine était un mot un peu fort. En tout cas, sa colère était claire, et sans équivoque. Tout comme la sienne. Au moins tous deux avaient ça en commun, en plus de leur caractère de merde, qui n'était bon qu'à faire des étincelles.
Il n'était pas bon de les laisser dans la même pièce, ou même s'adresser la parole. William avait perdu sa patience, depuis longtemps. Depuis le jour où on l'avait collé dans le noir. Il voulait retrouver tout, tout de suite et maintenant. Quitte à renverser quiconque se trouvait sur son passage. Cependant, la mémoire se trouvait être une entité bien plus complexe que le corps. Elle ne lui accordait que des choses anodines. Peut être que ça avait une certaine importance. Pour l'heure, à ses yeux il n'en trouvait aucune.
Le coup d'éclat du dénommé Marvin l'avait plutôt laissez froid. Ce qui l'irritait était surtout l'indiscrétion équivoque de la kiné, qui se servait de son état à lui, pour se justifier contre les attaques de l'autre. Mais ce n'était pas comme ça que ça fonctionnait. Tout ça, c'était sa décision. Sa décision, ses responsabilités. Eux pouvaient s'en laver les mains. Pourquoi aurait-il donc des remords de s'en prendre ainsi à elle ? Elle l'avait cherché en un sens. Lui n'était plus soldats depuis une décennie révolue. Les civils ça faisait bien longtemps qu'il ne les protégeait plus. A quoi bon, quand on voit comment les soldats sont jeté aux orties.
En tant que voleur et déserteur, la protection civil ne comptait plus du tout. Alors non, William n'avait pas honte de provoquer la colère de son compagnon d’infortune temporaire, puis de mettre le doigt là où ça fait mal. Comme pour la jeune femme. Puis, c'était plus facile de balancer aux autres la même chose qu'on voulait lui faire gober.

SSPT, son psy à la noix le lui martelait aussi, durant les séances. C'est ce qu'un coma aussi long pouvait entrainer, ainsi que ce qui résultait de sa balle dans le crâne. Traumatisme qui causerait ses maux de carafon, à s'en foutre la tronche dans une machine à laver. Mais tout comme ce gamin, il préférait nier. Le déni étant une chose bien plus accessible que l'acceptation.
Surtout à quoi ça l'avancerait bien de l'admettre ? Selon le psy : à avancer. Selon la tête de bois qu'il était : à rien. Ce n'était pas ça qui allait lui rendre sa mémoire, ainsi que ses jambes. Alors oui, le blond avait été de mauvaise fois, mais il assumait pleinement. La mémoire est vraiment une chose complexe et capricieuse. Des fois il se demandait lui même s'il était vraiment amnésique. Les choses lui revenaient parfois de façon tellement naturelle, comme s'il ne les avait jamais oubliés, mais la plupart du temps l'homme se trouvait aussi bête qu'une poule qui a trouvé un couteau. S'il pouvait se souvenir de tout, comme ça, d'un claquement de doigt, sa condition serait pour lui plus acceptable.
Lorsqu'il avait retrouvé Parrish, il n'avait qu'une envie : le bombarder de questions, jusqu'à ce qu'il lui dise tout ce qu'il savait, tout ce dont il se souvenait. Sur son frère, ses parents, mais surtout sa femme. Elle dont il connaissait la fin, mais dont il en ignorait encore la cause. Son alliance était le seul de ses souvenirs d'elle. Et pourtant il était sûr d'avoir une photo quelque part. Peut être qu'il l'avait laissé à la gamine. Il lui demanderait. William donnerait tout pour se souvenir juste d’elle, pas pour se faire emmerder comme maintenant. Qu’ils aillent bien tous se faire foutre tiens.

Son regard fut vraiment mauvais pour la kiné, lorsqu'elle sortie de la pièce. Ou plutôt fuyait les deux énergumènes. D'un coup la tension sembla redescendre, sans l'œil de Moscou dans leur dos, ça allait tout de suite mieux. A moins que son interlocuteur remontait, lui aussi, des années en arrière, par l'évocation d'un simple surnom. Et pourtant ce n'était pas pour autant qu'il se souvenait de lui. Vraiment des choses anodines… Ça l'agaçait.
L'homme le laissa parler, s'autorisant un léger rire sous ses remarques.
- « Disons que oui. Ma mémoire me revient par bribe, souvent inutile. Mais sans vouloir te vexer, c'est pas pour autant que je vais vraiment me souvenir de toi. Il se recula un peu, histoire de prendre quelque distance. Je crois aussi que le respect n'est plus vraiment de mise de quelque côté que ce soit. Et si j'avais su, j'aurais refusé ce cirque. C'est n'importe quoi cet hôpital. Râla-t-il comme un vieux machin de soixante dix balais.
Remarque c'était peut être l'âge qu'avait son corps maintenant. Il se sentait vraiment vieux. Bon pour la maison de retraite, ou même le costume en sapin.
- Je suis désolé, pour ce qui t'es arrivé.» Finit-il par dire de façon sincère, après quelques instants de silence.
C'était drôle quand même. Et dire que quelque instant plutôt, ils étaient prêts à se sauter à la gorge. Maintenant c'était limite s'ils ne se feraient pas un câlin, comme deux cœurs compatissant. N'importe quoi…
L'ancien soldat réfléchit quand même à ce qu'il pourrait bien répondre à sa question. Seulement, à quoi ça servait de lui mentir ? Il avait bien vu sa cicatrice, un soldat savait reconnaître une blessure par balle.
- « Pour ce qui m'est arrivé, je ne sais que ce qu'on a bien voulu me dire. Levant sa main, l'homme mima une arme qui tire. Pan ! Et j'ai perdu un an de ma vie. Tout ce que je sais c'est que la mémoire va me revenir, que j'ignore quand, et que ce n'est pas moi qui me suis foiré. Oh et que j'aurais aussi un SSPT. Ironisa-t-il. Sans doute qu'on doit avoir le même con psy ? »
Tout comme Parrish, il l'aurait bombardé de question sur ce qu'il savait. C'était quand même insupportable de rencontrer des gens qui en savaient plus que soit. Ça avait quelque chose de vraiment frustrant, qui donnait envie de faire subir un véritable interrogatoire. Cependant, il savait tout même un minimum se tenir. Puis allez savoir ce qui c'était vraiment passé entre eux.
A la place, WIlliam se contenta d'observer la porte, comme s'il s'attendait à voir la jeune femme la franchir dans la seconde, avec la sécurité, pour les jeter dehors. Quelque part, ce serait en partit justifié cependant, c'était aussi leur droit de se défendre. Reportant son attention sur Marvin, il se décida à desceller de nouveau ses lèvres.
- « Tu crois qu'on va finir par l'avoir c'te séance ? Ou on va s'prendre un café ? A c'rythme là, on aurait eut plus vite fait de se donner rendez-vous sur un ring de boxe.» Dit-il avec beaucoup d'ironie.

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MessageSujet: Re: Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]   Ven 21 Avr 2017 - 23:42


Paraît que ça rallonge l’espérance de vie…
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Amusant de voir à quel point une séance inutile de rééducation peut devenir tendue. A quel point l’atmosphère peut se charger en électricité. Et tout ça à cause de quoi ? Des conneries de ceux qui se prennent pour des demi-dieux, uniquement parce qu’un diplôme leur donne l’autorisation de charcuter et de droguer des clampins comme moi. Du sale caractère de deux militaires cloués dans des fauteuils pour une durée plus ou moins longue. D’un combo d’orgueils malmenés et de manipulations affichées. Qu’est-ce qu’ils croyaient, aussi ? Que leur petit jeu allait rester cacher dans l’ombre sans que je ne le remarque, sans même que je ne le suspecte ? Il n’y a pas de complot, pas de conspiration, je me retiens de décrocher un mot de peur de partir dans une flopée d’insultes qu’ils ne manqueraient pas de me faire payer. Pas d’expérience, pas de machination. Ah ouais ? J’aimerais bien la croire, franchement, mais pour ça, faudrait qu’elle admette elle aussi qu’elle a voulu nous embrouiller. Se foutre de notre gueule. Ou tout simplement jouer encore avec moi pour me forcer à admettre que je souffre d’un sérieux SSPT de mes deux. A quoi ça m’avancerait d’admettre ça, de toute manière ? A quoi ça m’avancerait, si ce n’est de faire en sorte qu’on me lâche enfin les basques avec toute cette histoire ? A rien. A perdre la garde de Josh. A offrir sur un plateau d’argent la victoire à Helen. A m’humilier. A me coller sur le front une étiquette d’handicapé ou quelque chose dans le genre, qui irait compléter celle que je porte déjà.

A croire qu’on est tous les deux dans la même situation, finalement. La sortie de la kiné est éloquente de sous-entendus, nous voilà nouveau seul à seul. Nos regards mauvais se détachent de la porte refermées, la discussion reprend son cours. Bien différemment de la première fois. Morveux. Petit à petit, des souvenirs vieux de quoi… dix, quinze ans ? remontent à la surface, s’accaparent d’un nom miraculeusement retrouvé, d’un grade et d’un surnom pour faire de mon vis-à-vis non plus un sombre inconnu mais une vieille connaissance retrouvée. Et hors de cause, dans cette mascarade. Hamilton. Amnésique. Anciennement dans le coma. Les pièces du puzzle se mettent en place et si ma méfiance est loin d’être complètement endormie, je me rends compte que je vais plus facilement réussir à faire confiance à un ancien militaire qu’au reste du personnel soignant. - « Disons que oui. Ma mémoire me revient par bribe, souvent inutile. Mais sans vouloir te vexer, c'est pas pour autant que je vais vraiment me souvenir de toi. J’hausse les épaules. Rien à foutre qu’il se souvienne ou non de moi, honnêtement. Je ne me souvenais pas de lui, ça fait des années… et je ne suis pas remarquable non plus. Les années sont passées de toute manière.

Et on a changé tous les deux, de toute évidence. Mon respect a été écrasé par un hélicoptère en flamme, histoire de me mettre au niveau de Radcliff sur ce plan-là. Je crois aussi que le respect n'est plus vraiment de mise de quelque côté que ce soit. Et si j'avais su, j'aurais refusé ce cirque. C'est n'importe quoi cet hôpital. Un nouvel haussement d’épaule. « On est bien d’accord. » je renchéris sans me faire prier. On est bien d’accord, on est plus que d’accord, même. N’importe quoi, c’est le mot. Une saleté de SSPT, c’est le mot aussi. Et si je ne peux dire à haute voix sans mentir que je ne souffre d’aucune sorte de paranoïa, il serait complètement absurde de baisser maintenant les bras devant leurs manipulations ridicules. Ridicules. Absurdes. Un nouveau soupir. Une question, un aveu. Mes propos sont décousus, comme mes pensées, comme cette atmosphère étrange, précédemment tendue, au bord de l’explosion et à présent douceâtre à défaut d’être douce, tout simplement. Que lui est-il arrivé ? Pour ma part, un crash, c’est la version officielle. Et mon regard durci par la colère l’appui mieux que tout le baratin du monde. Crash. Chute. Explosion. En une fraction de seconde, je revis le drame. Une fraction de seconde, une fraction d’éternité, le temps de fermer les yeux et de les rouvrir lorsqu’après un silence, Hamilton se décide à décrocher un mot. - Je suis désolé, pour ce qui t'es arrivé.» J’hausse les épaules. Encore « Pas autant que moi », je maugrée par réflexe, sans la moindre ironie. - « Pour ce qui m'est arrivé, je ne sais que ce qu'on a bien voulu me dire. Pan ! Et j'ai perdu un an de ma vie. Tout ce que je sais c'est que la mémoire va me revenir, que j'ignore quand, et que ce n'est pas moi qui me suis foiré. Oh et que j'aurais aussi un SSPT. Sans doute qu'on doit avoir le même con psy ? » « Sans doute, ouais » Sans doute. J’ai un rictus à cette conclusion. Et un rictus qui succède à la grimace qui a déformé mes lèvres à l’instant où je me suis imaginer me prendre une balle moi aussi. Des cicatrices, j’en ai eues. Des blessures, aussi. Alors je peux totalement m’imaginer ce qu’il vit. - « Tu crois qu'on va finir par l'avoir c'te séance ? Ou on va s'prendre un café ? A c'rythme là, on aurait eu plus vite fait de se donner rendez-vous sur un ring de boxe.» Mes yeux suivent son regard, fixent à leur tour la porte. C’est une excellente question qu’il pose là. Mais maintenant que je suis assis sur une des tables de travail, je n’ai pas réellement envie de m’enfermer à nouveau dans ce fauteuil qui me traîne et que j’ai en horreur. « Honnêtement ? Je ne pense pas. J’te le dis, elle ne rime à rien cette séance. Du moins, pas de mon côté. Normalement, j’ai des séances avec une kiné, pour masser mes muscles, des conneries dans le genre. Tu arrives à te lever, toi ? » Un soupir. « Mais je suis partant pour le café, sinon. Tu te souviens pas de moi, mais tu te souviens de quoi exactement ? » Je n’ai jamais été particulièrement curieux mais la situation est si peu habituelle que mes questions directes ne me surprennent qu’à moitié. « Quand on s’est connu, j’étais un bleu, tout juste entré dans les forces spéciales. Y’a quelques mois, j’étais officier et pilote si tu veux un résumé. » Et s’il n’en voulait pas et bien qu’il se la ferme et oublie, je ne vais pas m’excuser. « T’as été mon formateur dans un échange de technologie et de savoir-faire entre l’Australie et le Canada. J’avais fait un topo sur la prise en main d’un hélico. »


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MessageSujet: Re: Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]   Lun 12 Juin 2017 - 12:13


Paraît que ça rallonge l’espérance de vie…
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Lorsqu’il était venu dans cet hôpital aujourd’hui, pour s’enfermer encore une fois dans cette pièce, ce n’était pas pour le plaisir de se retrouver claquemuré et s’en prendre plein la poire. Non, au départ il était venu pour une séance de kiné. C’est ce qu’on lui avait vendu, c’est ce qui était prévu. C’est ce qui l’avait poussé à rouler jusqu’ici, à affronter les transports et leur population, au regard pour la plupart emplis de pitié. Déprimant… Comme s’il en avait besoin. C’est bon, qu’ils remballent leurs yeux de chèvres mortes, il allait remarcher… Un jour… Qu’est ce que ça pouvait l’agacer. Comme s’il avait un panneau clignotant au dessus la caboche, avec écris "plaignez-moi". Nan la seule chose qui pourrait bien être écrite au dessus de son citron serait, ni plus ni moins : "allez vous prendre du valseur".
L'ancien militaire n'avait jamais été du genre à se plaindre, ou à se faire plaindre. Mais plutôt du genre directif. A dire ce qu'il pensait, sans détour. A dire "merde" quand il faut dire "merde", ou d'autres joyeusetés du cru de son pays, dans son accent si caractéristique. Un accent qu'il avait en partit perdu, et qui ne refaisait pleinement surface que lorsqu'il s'énervait vraiment. Un aperçu qu'avait put avoir le morveux tantôt. Ça pouvait peut être prêter à sourire, cependant il n'était jamais bon d'énerver un canadien. Là il ne faisait que s'échauffer, et la kiné avait finalement bien fait de prendre la poudre d'escampette. Il l'aimait bien la petite, cependant là elle avait dépassé les limites. Il était là pour se faire soigner, sauter comme un cabri nouveau né. Pas subir un interrogatoire, et se prendre le chou avec un gamin. Ça l'énervait d'avoir l'impression de se pogner le beigne, alors qu'il aurait put rester tranquillement avec la gamine, et la bombarder de question. Ça lui aurait épargné un foutu ticket de bus, et la mauvaise haleine du roquet de cette vieille chouette, qui l’avait dévisagé comme si elle avait vu un fantôme. Le foutant extrêmement mal à l’aise, ce qui ne lui arrivait pas souvent. Ça lui aurait évité de manquer de se ramasser la poire sur cette fichue poudreuse, en descendant de cet engin de malheur.
Nan vraiment, William rongeait son frein depuis qu’il était debout ce matin. Enfin debout… Réveillé… Ce matin… très tôt avant le chant du coq. Ses nuits étaient loin d’être reposantes, et le mode de vie qu’ils s’imposaient n’était pas non plus des plus évident. Ses rêves le hantaient, bien plus qu’ils ne l’aidaient à se souvenir. Tout était flou comme s’il voyait à travers du brouillard. Et lorsqu’il se réveillait, en age et désorienté, tout lui échappait. Envolé, happé de nouveau par le néant de sa conscience. Ne lui laissant que frustration et amertume. Des sentiments qui lui nouaient l’estomac et la gorge pour la journée. Une boulle qui grossissait chaque fois qu’il devait prendre sur lui, engrangeant sa colère, jusqu’à ce qu’elle éclate.
Ce matin ils avaient presque évité le pire. Presque. Bien que le volcan ait sérieusement commencé à gronder. C’était drôle d’ailleurs de voir leur retournement de situation. Il y a quelques minutes encore, tous deux étaient prêt à se sauter à la gorge pour jouer des poings. Maintenant ils se taillaient le bout de gras comme s’ils se connaissaient depuis toujours. L’ennemi de mon ennemi est mon ami. Ou une connerie du genre… Faut dire que c’était peut être bien plus productif qu’un combat d’infirme. Quel spectacle incroyable ça aurait donné là. Juste deux abrutis finis se roulant par terre, en essayant d’avoir le dessus l’un sur l’autre. Et là aussi ils pouvaient bien spéculer. Sans se mentir, ce n’était pas avec ses muscles semblable à de la guimauve, ou un raisin sec, qu’il aurait put lui faire grand mal. Bon ce n’était pas l’infirmier, qu’il avait à moitié mis KO à sa sortie de coma, qui allait le contre dire sur le fait qu’il manquait de force, le vieux machin qu’il était. Néanmoins, William s’était vu nu devant le miroir, et si on exceptait la buche à roulette, qui n’avait jusqu’alors jamais fait partit de sa garde de robe, l’homme avait eut du mal à se reconnaitre. Une façon poli pour lui-même de se dire qu’en vrai : il avait eut peur. C’était peu dire. Il aurait put faire concurrence aux sacs d’os, servant de porte manteau déambulant, pour les défilés haute couture.
Au final c’était pas plus mal non plus, ça permettais de faire redescendre la tension, et de calmer ses maux de tête. Encore une chose dont il se serait bien passé. A se demander s’ils n’avaient pas oublié de lui retirer la balle qu’il s’était prit dans le carafon. S’il secouait la tête, l’entendrait-il sonner comme un grelot ? Peut être bien, cependant l’homme n’avait nullement envie d’essayer.
En un sens ça lui faisait aussi bizarre, de parler de tout ça avec quelqu’un d’autre que ce con de psy. Peut être qu’au moins avec lui, William savait à quoi s’en tenir. Pas de jugement, pas de faux semblant. Ce Marvin ne semblait pas non plus du genre à mâcher ses mots. Et ça lui allait parfaitement.

Détachant son regard de la porte, il le posa sur son interlocuteur et retint un rire. Réussir à se lever ? Alors que ça faisait à peine dix jours qu’il était réveillé. C’était à peine s’il pouvait remuer un orteil. Des spasmes musculaire à la rigueur, c’est bien ce qu’il pouvait avoir pour l’heure. Enfin, sans doute exagérait-il, cependant il était loin de pouvoir se lever. A son grand désespoir.
- « Je pense que j’aurais plus de chance d’avancer sur les mains, que sur mes jambes, à l’heure actuelle. Il se tue quelque instant, mais vu qu’ils en étaient à la franchise. Pourquoi ils s’obstinent à te trainer ici, et à subir ton caractère de merde, si c’est pour se pogner le beigne sur ton cas ?
Bon et s’ils jouaient vraiment sur la sincérité, autant répondre à sa seconde question. Enfin bien après avoir laissé couler entre eux un silence des plus lourds de sens. Ecoutant ses mots avec attention, attendant presque que ça rallume une petite lumière au fond de sa caboche. Mais rien… Déprimant…
- Honnêtement ? De rien. Je ne connais mon nom que parce qu’on me l’a dit. Je sais que j’ai été marié, parce que j’ai une alliance. Je sais que j’ai été militaire, parce que cette fichue carcasse en a les réflexes, et que toutes les cicatrices ne peuvent provenir que de là. Sinon c’est que j’ai été mercenaire, mais j’en doute. Je me souviens de petits détails, de chose et d’autre, mais rien de probant en faite. Peut être qu’un jour ça va se rallumer là haut. Pour le moment tout ce que je peux te dire c’est que je me souviens juste d’un gamin plein d’ambition, qui était le plus jeune de sa promo et qui à écopé du surnom de morveux. »
Fermant son clapet, le blond tourna son fauteuil un peu plus vers la fenêtre. Sa femme… Rien que de l’évoquer il sentait son cœur se serrer. Oui il savait qu’il avait été marié, mais il savait aussi qu’elle était morte. Cette certitude le bouffait, d’autant plus qu’il ignorait encore comment ça c’était passé, qui en était la cause. Lui peut être ? Cependant il se garda bien de le dire. L’avait-il connu sa chère femme ? Peut être. Peut être pas. En tout cas cette question là n’allait pas franchir ses lèvres.
Regardant sa montre, l’ex militaire finit par lâcher un énorme soupir. Pas qu’il se faisait chier, mais s’en était pas loin. Ils faisaient quoi alors ? Se tailler une bavette ? Peut être qu’ils allaient se masser mutuellement les jambes et… rien en faite… Chacun son taf… Chassant ses pensées de sa tête, un nouveau soupir se fit entendre, brisant le silence.
- « Bon ! Je ne pense pas que notre bourreau va revenir de si tôt ! Et je sais pas toi, mais j’en ai ma claque d’être enfermé ici. Ça me donne l’impression d’être avec ce foutu con de psy. Et un ça me suffit.
Attrapant sa veste, il la renfila et lança son écharpe par-dessus ses épaules, ses yeux se posant de nouveau sur Marvin. En faite qu’il reste perché là haut ou non il s’en fichait. Y a rien que le retenait ici, il n’y était pas forcé, et majeur et vacciné depuis longtemps. Alors il ira dispenser un autre lieu de son caractère de cochon.
- Faut que j’te mette sur mes genoux ou t’es bien perché ? Parce que si tu veux moisir ici, grand bien t’en fasse, mais moi… j’me casse ! »

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MessageSujet: Re: Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]   Lun 26 Juin 2017 - 0:01


Paraît que ça rallonge l’espérance de vie…
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En entrant dans la pièce, tout à l’heure, je n’avais qu’une idée en tête : en repartir le plus vite possible, mettre fin à cette mascarade hypocrite et retrouver Helen rapidement pour qu’elle me ramène chez nous, et qu’elle me laisse tranquille. Quelques dizaines de minutes plus tard : je n’ai pas changé d’avis ni d’envie. Pire encore : mon humeur déjà exécrable s’est détériorée, ma frustration et ma nervosité ont éclaté et je me suis donné en spectacle dans un éclat de colère que je ne devrais pas tarder à regretter, j’en ai bien conscience. Et je ne peux même pas dire que ça me fait du bien, c’est ça le pire. Mes jambes ne me seront pas rendues, pas intégralement, pas tant que des recherches ne seront pas faites en partant des bonnes prémices. Mes jambes ne me seront pas rendues, ma carrière encore moins, tout ce que j’ai construit dans l’armée australienne est consumé, piétiné, je ne peux maintenant que regarder les cendres retomber et me faire une infusion avec dans l’espoir aussi ridicule que pathétique d’en retrouver un peu le goût. J’ai bien du mal, là, à savoir qui je déteste le plus entre cette kinésithérapeute, le revenant et tout le personnel soignant de l’hôpital. Peut-être bien l’univers dans son ensemble. Peut-être bien le vaccin dans mes veines qui a réduit à néant mes espoirs. Peut-être bien Helen. Toujours Helen. Pour le meilleur et pour le pire, qu’on s’est promis. Un meilleur que je ne lui ai jamais offert. Un pire que je redécouvre tous les matins. Peut-être, aussi, que ceux que je déteste le plus au final, ce sont mes gènes mutés, ce sont ces gènes qui m’ont fait survivre à un accident qui a tué mes amis, ma famille de cœur, qui m’ont obligé à survivre et à tous les abandonner. Qui est à blâmer dans l’histoire ? Ma colère me hurle de haïr tout le monde, sans réfléchir, sans distinction. Ma colère, ma paranoïa, ma frustration, tout me pousse à haïr le monde, ce et ceux qui m’entourent, tout me pousse à évacuer mes cauchemars dans l’agression, dans ces actes qui ne m’ont jamais vraiment ressemblé. Et ils osent me dire que je souffre d’un putain de syndrome de stress post-traumatique ? Bullshit.

Mon agressivité, ma méchanceté, ma provocation trouvent leur source dans le maelstrom de fureur qui me consomme, qui m’enchaîne à ce fauteuil. Un maelstrom qui ne trouve pas de paix, un maelstrom qui n’est jusque-là parvenu à s’apaiser qu’en présence de mon fils, comme par respect pour son innocence ; un maelstrom qui me laisse quelques minutes de répit au moment où je me rends compte que l’autre handicapé ne m’est pas totalement inconnu et qu’il n’est pas non plus un ennemi. Juste une autre victime de la couardise et de l’hypocrisie manipulatrice du personnel soignant. Hamilton. De vieux souvenirs remontent, ma colère retombe sous mon contrôle. Un changement brutal d’attitude. Un changement brutal d’atmosphère. Une honnêteté qui me ressemble, tout comme le caractère plus que direct de mes interventions. Un changement brutal, une discussion qui éclot. Brutalement elle encore. Mais doucement aussi. Timidement. Si la séance a des chances de se poursuivre ? Pas pour aujourd’hui, leur petit plan a totalement foiré. Si les prochaines séances risquent d’exister ? Très certainement, même si elles seront toutes autant inutiles que celles-là, de mon côté. Du sien, en revanche… - « Je pense que j’aurais plus de chance d’avancer sur les mains, que sur mes jambes, à l’heure actuelle. Pourquoi ils s’obstinent à te trainer ici, et à subir ton caractère de merde, si c’est pour se pogner le beigne sur ton cas ? Un haussement d’épaules, une moue. Pourquoi est-ce qu’ils m’obligent à espérer ? Parce qu’ils n’ont pas tort, d’une certaine manière. Je marche. Parfois. Aléatoirement. Parce qu’il ne faut pas que mes muscles s’atrophient trop. Parce que… « Parce que ce sont de putain d’enfoirés sadiques ? J’en sais rien. Ils doivent se dire que je suis déjà suffisamment dépressif comme ça, faut bien me faire espérer un truc. » Bah oui, le pauvre Marvin. Il a perdu sa vie, son boulot, ses jambes, il va perdre son fils, son fric et sa baraque en perdant un procès contre son ex-femme, autant lui donner l’espoir vain de pouvoir remarcher durablement un jour, non ?

Je secoue la tête, pianotant sur la table où je suis perché. Autant ne pas s’attarder là-dessus, il y a bien plus intéressant à savoir. Comme nos souvenirs. Comme ses souvenirs. Comme ce dont il se souvient, au juste. - Honnêtement ? De rien. Je fais la moue. « Ca part mal. » Je ne connais mon nom que parce qu’on me l’a dit. Je sais que j’ai été marié, parce que j’ai une alliance. Je sais que j’ai été militaire, parce que cette fichue carcasse en a les réflexes, et que toutes les cicatrices ne peuvent provenir que de là. Sinon c’est que j’ai été mercenaire, mais j’en doute. Je me souviens de petits détails, de chose et d’autre, mais rien de probant en fait. Peut-être qu’un jour ça va se rallumer là-haut. Pour le moment tout ce que je peux te dire c’est que je me souviens juste d’un gamin plein d’ambition, qui était le plus jeune de sa promo et qui a écopé du surnom de morveux. » Je le fixe lorsqu’il bouge son fauteuil en direction de la fenêtre, condamné à le suivre du regard puisque je me suis séparé de mes quatre roues motrices. Des petits détails, des déductions, des hypothèses, je suis incapable de me projeter dans son fauteuil et je doute en avoir ne serait-ce que l’envie. Pourtant, une part de moi l’envie, justement. Le regarde, lui et son amnésie, avec une certaine jalousie. La jalousie de l’apaisement que doit procurer une amnésie. Les choses seraient elles plus simples pour moi si le vaccin avait soufflé ma mémoire plutôt que mes jambes ?

Je reste muet. Je reste songeur. M’attarde si peu sur ses dernières remarques nous concernant, moi et les souvenirs qu’il peut avoir de notre rencontre. Morveux. Un sourire face à ce vieux surnom, malgré tout. Morveux. Combien de temps suis-je resté le cadet de l’équipe ? Jusqu’au bout. Je ferme les yeux, l’hélicoptère explose à nouveau dans ma mémoire. Je secoue la tête, chasse les débris, chasse les flammes, chasse les corps calcinés de mes frères et sœurs d’armes. Accueille avec reconnaissance la diversion d’Hamilton. - « Bon ! Je ne pense pas que notre bourreau va revenir de si tôt ! Et je sais pas toi, mais j’en ai ma claque d’être enfermé ici. Ça me donne l’impression d’être avec ce foutu con de psy. Et un ça me suffit. J’ai un petit rire. Con de psy. Je suis bien d’accord. - Faut que j’te mette sur mes genoux ou t’es bien perché ? Parce que si tu veux moisir ici, grand bien t’en fasse, mais moi… j’me casse ! » « Prends pas cette peine, je vais me démerder. Tu te casses où ? Prendre un café ?  » Je me repositionne pour descendre de mon perchoir, et des interrogations en profitent pour prendre forme dans ma caboche. Des vieux réflexes. Des vieux réflexes d'interrogatoire, en terrain hostile. « Tu crèches où, d’ailleurs ? Tu parasites le fric de la mairie, j’imagine ? Sauf si t’as un job, ou une assurance vie, hein. » Les questions n’ont pas dépassé ma pensée, elles ne m’ont pas pris au dépourvu, non. Je les pose avec naturel et aplomb, lorsque mes épaules, mes bras, mes muscles se tendent pour me faire réintégrer mon fauteuil en jouant des abdominaux. J’ai perdu mes jambes, je n’ai pas encore perdu ma forme athlétique, surtout au niveau du haut du corps.

Pas de filtre, donc, dans mes questions. Pas de gêne non plus. Pas de discrétion. Je suis direct, je dis ce que je pense, je pose les questions qui me viennent et dont les réponses m’intéressent. Aux dernières nouvelles, il ne semble pas glander grand-chose de ses journées, il ne se souvient plus de son nom et un militaire en fauteuil, ça ne vaut plus grand-chose, j’en ai la preuve la plus irréfutable. Alors qui paie son hospitalisation, au juste ? Comment il finance sa rééducation ? Et… « Question con, mais ta femme, elle t’a pas cherché ? Et t’as aucune idée de comment t’as atterri dans le coin ? Parce qu’on n’est pas à dix minutes du Canada ou de l’Irak, et des autres théâtres d’opé de ta patrie, non ? » Je fronce les sourcils. « J’étais pas plein d’ambition. Je savais juste ce que je valais. J’étais fait pour être un SASR. Mais ouais, j’étais le plus jeune. J’pense que si tu te souviens d’moi, qui n’étais pas des masses mémorable, c’est que ton cerveau va finir par te cracher les infos. »


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MessageSujet: Re: Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]   Jeu 7 Sep 2017 - 11:40


Paraît que ça rallonge l’espérance de vie…
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S’il s’était imaginé, ce matin, ce qu’il subirait en traînant sa carcasse jusqu’ici, sans doute qu’Aidan aurait envoyé paitre la gamine et serait resté un peu plus longtemps dans ce lit squatté. Le convalescent supportait mal de traverser les murs, et à peut près tout ce qu’elle lui imposait. Déjà qu’il acceptait mal cette… mutation… qui lui balançait des images dans le crâne, comme s’il était une fichue chauve souri. Alors passer à travers la matière, ça l’épuisait et le laissait sur le carreau pour quelques heures. S’il ne se tapait pas une migraine en prime. Ces foutus migraines qui le rendait complètement marteau, comme s’il avait la tête dans une machine à laver en mode essorage. L’homme voulait bien rester amnésique toute sa vie, si ses maux de tête pouvait bien lui foutre la paix.
Mais rien n’y aidait… Cette dégénérescence, le trop de lumière, le trop de bruit, ses souvenirs qui faisaient bien ce qu’ils voulaient, les emmerdeurs… Non s’énerver n’aidait pas non plus, et ce matin il se trouvait plus que servit. Finalement aurait-il dû rester avec Laura, fuyant dans le couloir, au lieu de rentrer dans cette pièce. Laura… ses gestes, sa voix, son visage. Elle lui rappelait une femme, dont la seule pensée lui serrait le cœur. Cette femme dont il s’était souvenu en s’éveillant, mais cette femme dont le visage demeurait flou, incapable de s’en souvenir. Cependant ses sentiments, son corps s’en rappelait. Ses réactions étaient sans équivoques. Et l’infirmière ne semblait pas le laissé indifférent. Mais n’était-ce pas d’un souvenir dont il était amoureux ? Juste un souvenir qui lui échappait, et se projeter sur elle n’aiderait personne.

Tous deux se retrouvaient dans la même pièce, en total opposition, avec leur passif, leur sale caractère, leurs soucis du quotidien… Penser que ça aurait put bien se passer c’était comme croire au père noël, ou vouloir désamorcer une mine à coup de hache. Subir l’agressivité d’un gosse et l’incompétence notable d’une professionnelle, très peu pour lui. Ça lui donnait une autre facette de sa personnalité : perfectionniste peut être pas, mais impatient surement. Si certains se plaisaient à dire que la patience s’acquiert avec l’âge, William pouvait attester qu’elle se perdait également. Ou juste qu’il devenait un vieux con. Faut dire qu’à son âge, la crise de la cinquantaine le guettait. Mais d’un autre côté, ça lui faisait un peu de bien de sortir le nez de sa grotte et de causer franchement avec quelqu’un, du même acabit qu’il semblait être. Comme quoi la vie joue de sacré tour de cochon, parce que quelque chose lui disait qu’ils n’avaient pas toujours été comme ça. Comme quelque chose lui disait aussi qu’il s’en fichait pas mal.
La réponse de Marvin lui arracha un très léger rire, comme si ça pouvait vraiment fonctionner comme ça.
- « Le coup de la carotte et du bâton hein ? Des conneries… Ils auraient plus vite fait de te frapper avec. » Ironisa-t-il entre deux questions.
Ouais le frapper avec, juste pour se venger du fait qu’il soit aussi odieux. Même si en un sens il le comprenait. Cette amertume lui aussi en avait plein la bouche. Principalement à cause de sa mémoire qui semblait vouloir le fuir.
L’ex militaire croisa son regard du coin de l’œil, surprenant furtivement une certaine envie. Non, l’amnésie ne lui allait pas aussi bien, que ce qu’il venait de sembler vouloir relativiser. Mais alors pas du tout. Quitte à choisir, il aurait préféré être amnésique définitivement, et ne pas subir ces flashs, ces semblant de souvenirs, ces interrogations qui ne trouvaient aucunes réponses. Se souvenir de tout maintenant, ou se souvenir de rien pour toujours. Ça faisait un peu mélodramatique pensée comme ça, seulement s’il pouvait s’épargner les nuits en dents de scie, les cauchemars, les angoisses nocturnes entrainant de longues insomnies… Puis se réveiller avec des incertitudes, et la frustration de ne plus se souvenir de ce dont il venait de rêver. Un immense vide dans le crâne, mais un raz de marée de sentiment. Comme si sa tête refusait de lui rendre les souvenirs que son corps, lui, ressentait. Ça avait le dont de le rendre fou. Il allait vraiment devenir dingue et finir chez les frappés. Remarque beaucoup de vétéran finissait comme ça non ? C’était un juste retour des choses…
Des conneries selon lui. Ça avait le don de l’agacer souverainement, ce qui n’aidait pas réellement ses humeurs. Alors non, il ne ressentait aucun soulagement, aucune paix intérieure, seulement une immense frustration. Sans doute que l’homme devrait s’abstenir de côtoyer d’autres êtres humains pour le moment. Ça vaudrait mieux pour tout le monde…

Pourquoi il restait là d’ailleurs ? Perdre son temps, William détestait ça. Aller où ? Le blond n’en savait rien. Ailleurs qu’ici en tout cas, son soupir en disait déjà bien long sur sa pensée.
- « Je suis un vieux con, pas encore un croulant. Je me tire au moins… ailleurs. Ronchonna-t-il en mettant le fauteuil dans la direction de la porte. Au moins dans un endroit où le café ne ressemble pas à du jus de chaussette.
Autrement dit, aucune idée. Pas comme s’il connaissait la ville comme sa poche. Ah pardon, pas comme s’il allait pouvoir s’en souvenir, cette bonne blague.
Avec toutes les difficultés du monde, il poussa cette fichue porte, sans vraiment attendre son acolyte à roulettes. Celui-ci parut tout de même avoir la langue plus rapide que ses bras. Quelle pipelette. Il était de la police à poser autant de question ? Pire que ses propres pensées !
- A l’hôtel… Qu’il répondit du tac au tac. Parce que de toute façon William ne savait pas quoi répondre d’autre. Ça et là peut être ? Autant dire un carton… Et j’me prenais déjà des plombs dans les fesses, que les tiennes sautaient encore sur les genoux de ton père. Avec ce que j’ai donné pour ce foutu pays, je peux bien profiter de tes impôts !
Lui dire de fermer sa gueule aurait bien put marcher aussi. Son ton avait été sec, mais ça il devait sans doute en avoir l’habitude le mioche non ? Sincèrement, l’infirme commençait à avoir l’impression de trainer avec un mioche. A côté de lui, la gamine était un ange tombé du ciel. Néanmoins il ne s’en formalisa pas plus que ça, pour le moment. L’ex militaire franchit le seuil, jeta un coup d’œil par-dessus son épaule pour voir qu’il le suivait. Enfin qu’il le suive ou non, qu’est ce que ça pouvait bien lui faire. C’était finit pour aujourd’hui. Enfin, ça c’était avant que son nouvel assaut d’interrogation ne le fige sur place. Question con, il l’avait annoncé, mais oui elle était vraiment très con. Il n’écoutait rien ou quoi ? Avait-il répondu à une plante verte ? A une grosse courge sans doute. Pourtant le brun semblait encore loin du légume…
Ses mains attrapèrent les roues, pour lui faire amorcer une marche arrière. Le regard qu’il lui jeta ne fut pas des plus engageants. Sa main ornée de ses alliances se porta à sa bouche, pinçant ses lèvres, comme s’il se demandait s’il allait le frapper, ou simplement partir sans rien répondre. Le frapper aurait sans doute été mieux.
- Ai été… Je vois pas ce qui cloche dans cet emploi de temps. Qu’il rétorqua, un brin cassant. Ma femme est… morte. Et rien, c’est rien… »
Comme y avait rien d’autre à dire à par ça. William ne s’en souvenait pas, mais il le savait. Après tout, quel divorcé porterait encore son alliance ? Et quel divorcé porterait deux alliances ? A son sens aucun. Elle était morte parce qu’il le sentait dans ses tripes, dans son cœur qui se serrait, chaque fois que quelque chose semblait la lui rappeler inconsciemment. Dans ses cauchemars qui lui arrachait des larmes muettes, avant qu’ils ne s’évanouissent à nouveau dans les méandres de sa caboche, aussi vide qu’une noix pourris. Une certitude qui le bouffait aussi surement qu’il ne se souvenait ni de son nom, ni de son visage. Seulement qu’elle manquait à sa vie depuis bien longtemps. Trop longtemps…
Maintenant il n’était plus sûr d’en vouloir de ce café, ou d’une quelconque compagnie. Peut être une cigarette, puis un verre de bourbon. Ou deux. Et au diable sa santé, il allait parfaitement bien. Aussi bien qu’un homme, fracassé, dans sa position pouvait l’être.  

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I am in the dark beside you, buried sweetly in your yellow hair. With yellow hair like wheat, I think we shall not meet again... My dear Sarah.
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Un râleur sachant râler seul peut râler en chœur [Marvidan]

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