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 (tina) a thousand silhouettes dancing on my chest.

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MessageSujet: (tina) a thousand silhouettes dancing on my chest.   Mer 12 Oct 2016 - 23:35

valentina & vitali

✻✻✻ Il n'avait pas eu besoin d'ouvrir les yeux pour déceler sa présence, comprendre qu'elle était revenue, qu'elle se tenait à l'entrée du salon. Et comme chaque seconde depuis six jours, il aurait pu se contenter de se murer dans le silence, à tâcher d'oublier les mécanismes défaillants de sa mutation. Ne pas parler, pour ne pas rappeler à haute voix ce qu'il savait aussi bien qu'elle. Ce qui s'était passé, il l'oublierait jamais. Pas même quand il se mettait à grogner dès qu'ils auraient pu en parler, quand il se comportait comme s'il était tout seul chez elle, à souffrir de ces transformations incessantes sans pourtant piper mot. Mais là, là, c'était le moment de parler, de combler le silence qu'avait laissé son don derrière lui après des jours et des nuits d'agonie, à se tordre sur le canapé. Le moment de vérité, de savoir si oui ou non, ça y était, s'il allait resté coincé derrière la même figure, le même corps.  De se sortir les mots de la gorge pour émerger, établir un contact, focaliser son attention sur elle, la seule qui avait été susceptible de l'aider. La seule à laquelle il se raccrochait, avec ce besoin maladif de l'entendre parler pour lui, lui expliquer ce qui lui arrivait, là tout de suite, parce que seul il n'y arrivait pas. Il n'avait pas le courage pour ça, pas tout de suite. A mettre sur le compte de la fatigue, du traumatisme, parce que c'était l'explication la plus logique. « Dis moi.  S'te plaît. » Qu'elle lui dise si c'était bon. Si ça s'était arrêté. Quelle gueule il pouvait bien avoir, maintenant que le processus semblait s'être ralenti. Qu'il soit moche, défiguré, c'était peut-être l'impression la plus tenace après avoir senti son nez bouger dans tous les sens depuis deux jours, ses pommettes craquer sans se décider sur la forme à conserver. Il avait ce sale sentiment d'avoir la tronche ravagée, comme s'il s'était pris quelques portes en marchant trop vite. Il y avait même eu certaines heures, où ça devait s'approcher de ce que ressentaient les gens qui se ramassaient un bus en traversant la route. C'était quelque chose qui avait failli lui arriver des tas de fois, quand il était minot. Ouais, peut-être bien que c'était exactement ce que ça faisait, et même en essayant de se l'imaginer, ça semblait toujours moins douloureux que la torsion de ses muscles sous sa peau. D'entendre durant des jours la plainte insupportable de ses articulations, résonnant dans sa colonne en lui faisant sauter les vertèbres une à une à mesure que sa cage thoracique se mettait à vriller. Pire que des ongles sur une ardoise, ce bruit-là, tant ça avait martyrisé ses tympans. A se convaincre que c'était cette transformation sans fin, qui lui filait la gerbe. Pas l'idée de tout perdre. De ne plus jamais sortir de cette enveloppe de chair qui emprisonnait lentement ses os. Depuis qu'il avait compris, depuis surtout que Valentina lui avait expliqué ce que ces types lui avaient fait, il n'avait plus lâché un seul mot, à se contenter de jurer entre ses dents serrées quand ça devenait trop désagréable. On l'avait piqué, elle l'avait ramassé, et son corps avait filé hors de son contrôle. On l'avait vacciné, c'était comme ça qu'ils disaient. Vacciné contre les métamorphoses. Contre ce don sans lequel il ne valait pas grand chose, parce qu'il n'avait jamais su exister sans se donner en spectacle, sans ces illusions qui lui sauvaient la mise et lui permettaient de gagner sa vie. Ce n'était pas l'argent qui manquait, après une décennie à se créer une petite fortune. Pourtant ça lui faisait mal au fond du ventre, de se dire que tout ça, c'était terminé.  C'était même presque insupportable d'y penser trop longtemps, à sentir l'étreinte suffocante de l'angoisse comprimer ses côtes, à se demander ce qu'il allait bien pouvoir faire s'il devenait juste foutrement normal. Et il se mettait à apprécier autant qu'à maudire le moindre frémissement qui persistait à la surface de son épiderme, à le voir s'apaiser à mesure que sa couleur de peau s'uniformisait, comme un tableau tout juste achevé. Comme s'il s'accrochait désespérément à la sensation, celle qu'il songeait alors perdre à jamais, les lamentations barrant sa gorge alors qu'une larme unique quittait enfin la ligne de ses paupières. « Y'a plus rien, pas vrai ? » Plus rien qui se modifiait, presque plus. Plus assez pour que ce soit perceptible, de là où elle se trouvait. « J'ai l'air d'avoir quel âge ? » Et de nouveau son coeur s'accélérait dans sa poitrine encore douloureuse, à garder les yeux fermés comme s'il pouvait encore conserver l'illusion durant quelques secondes. Quel âge avait-il, avait-elle, la personne qui faisait face à Tina ? Ses doigts rendus malhabiles par l'épuisement se glissèrent le long de son t-shirt, appréciant son torse lisse, dépourvu de tous reliefs. Remontant dans son cou, à chercher les rides, à ne trouver aucun sillon, pas même en venant explorer ses joues. « J'suis encore jeune. » Un vague soulagement dans son ton bien trop neutre de ne découvrir aucune ride sous la pulpe de ses doigts. « Trop ? Trop jeune ? » Et de nouveau, la panique, alors qu'un ultime tiraillement parcourait ses joues, ses dents se plantant dans son poing pour calmer la douleur. « Comme si ça pouvait pas suffir d'me l'arracher, putain, fallait qu'ça me fasse putain de mal, j'te jure Tina, qu'jamais ça m'avait fait si mal. » Il n'y avait eu que quelques fois, au cirque, à trop repousser ses limites, à aller toujours plus vite, que ç'avait été désagréable. Mais jamais, sinon. Jamais il n'avait eu mal en se transformant. « J'veux pas me voir. C'est fini ? Merde. Merde, j'suis sûr que c'est fini. Viens voir. Regarde et dis moi si ça bouge encore. » Décollant sa nuque du dossier du divan, prenant appui sur ses coudes en tâchant de se redresser, ses yeux finirent par s'ouvrir à nouveau, d'abord sur un millier de points noirs. « Attends, attends. » Aggripant d'une main le canapé pour replacer sa carcasse en position assise, sans laisser le temps à son hôte de s'approcher, ses mains vinrent écraser son front alors qu'il se balançait dangereusement vers l'avant, la tête lourde d'un étourdissement, de n'avoir décollé de son lit de fortune qu'à de trop rares reprises durant ces derniers jours.  « MERDE ! » Tirant nerveusement sur ses cheveux courts contre lesquels vagabondaient ses doigts, un geste brusque vint en décrocher trois avant de se les planter sous le nez, à les détailler, à les faire briller à la lumière en plissant les yeux pour essayer d'en distinguer la couleur. Bruns. Bruns, avec un putain de cheveu roux au milieu. « Dis moi qu'c'est brun. Plus brun qu'roux, au moins. Mais pas roux, putain. » Parce que les personnages roux auxquels il avait pu emprunter les traits, c'était soit des ados, soit des trentenaires un peu laids, mais il n'avait jamais eu de beaux roux dans son répertoire, et c'était que ça puait sérieusement s'il s'était coincé dans l'un de ceux-là. A en oublier qu'il avait toujours eu quelques cheveux flamboyants, perdus dans la masse de sa tignasse. A ne pas même envisager la possibilité de se ressembler à nouveau. D'avoir retrouvé son visage. Celui qu'il levait vers Valentina avec l'air d'un môme désespéré.
✻✻✻
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MessageSujet: Re: (tina) a thousand silhouettes dancing on my chest.   Ven 11 Nov 2016 - 22:29

Vitali & Valentina

Cela durait depuis des jours. Valentina n’aurait jamais cru que ça prendrait autant de temps, ni de telles proportions. Elle n’avait jamais vu ça, elle était démunie. C’était loin d’être dans ses habitudes, et elle en avait les nerfs en pelotes. Elle était devenue déplacée en sa propre demeure, à ne plus savoir que faire, à éviter le salon dès qu’elle le pouvait, ou à rester plantée dans un coin en croisant les bras, à le regarder se tordre sur son canapé. En proie à une douleur qu’elle ne contrôlait pas, et sur laquelle elle n’avait aucune prise. Elle s’était parfaitement habituée à faire face à la douleur, et ce depuis la première fois où elle avait développé son pouvoir, enfant. Quand elle faisait sursauter Ezekiel en lui projetant des petites piques mentales, juste pour s’assurer qu’elle n’avait pas rêvé et qu’elle était bien capable de causer de la douleur à autrui sans même le toucher … Elle s’y était très bien faite, et elle était devenue douée au fil des ans. D’habitude, c’était elle qui entretenait la souffrance, qui l’instillait sournoisement ou qui la bombardait violemment. Elle s’était habituée aux gémissements, aux cris, aux pleurs, parce que c’était elle qui les causait et qu’elle choisissait soigneusement ses victimes. Mais elle s’était également très bien habituée à ce que les visages crispés se détendent en sa présence, à ce qu’on lui adresse de chauds remerciements et des regards reconnaissants. Elle faisait du mal, elle enlevait le mal, elle dosait tout ça parfaitement. Sauf pour Vitali. Et plus encore que de le savoir en proie à la douleur, c’était sa propre impuissance qui la mettait mal à l’aise. Ce vaccin qu’on lui avait inoculé était une aberration totale pour Valentina, elle ne supportait pas l’idée qu’on puisse créer ce genre d’arme contre les mutants. Elle était en rogne depuis le tout premier jour, quand elle avait compris ce qui était arrivé à Vitali, mais sa colère avait encore augmenté en réalisant qu’elle ne pouvait même pas contrer, ne serait-ce qu’un tout petit peu, les effets de ce poison. Elle ne pouvait rien faire sinon le regarder. Elle en était réduite à jouer les gardes-malades, à essayer de faire démonstration d’un peu de compassion. Un exercice difficile. Elle en avait, de la compassion, elle n’avait simplement pas envie de la lui montrer. S’il avait été plus discret, ou un tout petit peu plus prudent, il n’en serait pas là. Il n’aurait pas perdu cette chose qui le rendait unique. Elle était en colère contre lui, souvent, et elle devait réprimer des envies de le gifler qui la prenaient par surprise. Elle se disait alors que c’était de sa faute et qu’il l’avait mérité, et puis ça passait, et elle soupirait. Elle ne savait pas qui avait fait ça, elle n’avait personne d’autre que lui sur qui passer sa colère. Elle essayait juste d’éviter de trop lui montrer à quel point il lui vrillait les nerfs, et généralement elle finissait par sortir de la maison pour aller s’énerver sur quelqu’un d’autre, quelqu’un pris au hasard, un qui n’était pas Vitali. Quand il serait remis, elle aurait le temps de lui passer un savon tel qu’il n’en avait jamais connu. Mais tant qu’il subissait cette douleur sur laquelle elle n’avait aucune prise, elle le laissait tranquille. Elle s’occupait de lui. Elle attendait.

Et enfin … La torture sembla se dissiper, lentement. Ces six derniers jours, elle avait eu peu d’échanges avec Vitali, soit parce qu’il était trop abruti par la douleur, soit parce qu’il se tournait contre les coussins du canapé en boudant comme un gamin vexé. Qu’il soit vexé d’avoir perdu son pouvoir pour une bêtise, elle pouvait le comprendre. Elle l’avait laissé, elle n’avait pas insisté. S’il ne voulait pas parler, elle n’allait pas le forcer. Mais cette fois, il parlait. Quelques mots qui glissaient hors de sa bouche, des balbutiements encore englués par la fièvre qui le tenaillait depuis des jours. Des ordres, des gémissements, des suppliques. Elle comprit alors qu’il était en proie à une autre sorte de torture, sur laquelle elle avait encore moins de prise. Depuis quand n’avait-il pas retrouvé son vrai visage ? Depuis quand fuyait-il sa véritable enveloppe en se glissant dans celles d’inconnus ? Elle-même ne savait pas du tout à quoi il devait ressembler, quand il abandonnait enfin ses métamorphoses incessantes. Alors, avant de répondre à ses questionnements anxieux, elle prit le temps de l’observer. Valentina repoussa ses doigts fébriles qui tâtaient son visage et son torse, elle détailla ses traits si juvéniles. Il était jeune, elle le savait, mais il semblait … Bien plus jeune, soudain. Elle eut un pincement au cœur, auquel elle décida de ne pas prêter attention. Ce n’était qu’un gamin. « C’est fini. » Il y avait peut-être encore quelques petits tressaillements sur sa peau, mais dans l’ensemble son apparence restait stable. La bouche de la jeune femme se tordit quand il se lamenta sur la possibilité d’être roux, comme si elle hésitait entre rire et s’énerver. Elle lui aurait bien filé une taloche derrière la tête pour qu’il se taise une seconde et qu’il cesse un peu de gémir, ça c’était certain. Elle soupira, bruyamment. « Tu es roux, boutonneux, avec un pif terrible et un bec de lièvre. Si c’est ça, ta vraie apparence, je comprends que tu l’aies abandonnée il y a longtemps. Mais quand tu sortiras de chez moi, tu mettras un sac sur ta tête, je ne veux pas qu’on sache que je te connais. » Elle s’accroupit en face de lui et lui attrapa le menton entre deux doigts, se perdant une nouvelle fois dans la contemplation de son visage, celui qu’elle estimait être le vrai. Il n’y avait aucune raison qu’il se soit bloqué sur le visage d’un inconnu, le vaccin avait du le faire revenir à son état originel en le vidant de son pouvoir. Il n’était pas roux, et il y avait une harmonie certaine sur ses traits. Rien qui ne justifie de se cacher pendant des années, mais elle savait que ce n’était pas une quelconque laideur qu’il avait fui avec tant d’ardeur. « Si tu continues de te plaindre, je vais finir par te donner une bonne raison de le faire. Avec des dents en moins, tu seras bien moins agréable à regarder. » Le mit-elle en garde avant de se lever pour décrocher un miroir du mur. Elle le lui apporta, face contre elle pour qu’il n’ait pas une surprise trop vive en se voyant avant de s’y être préparé. « Tiens. Il faudra bien que tu te regardes, alors lance-toi. » Elle lui mit le miroir dans les mains, toujours tourné de l’autre côté. A lui de décider quand il se découvrirait. Elle brûlait de lui demander ce qui lui était arrivé, qui comment, pourquoi, mais elle se mordit la lèvre inférieure pour taire encore ces questionnements quelques instants. « Tu veux manger quelque chose ? Tu n’as rien avalé ces derniers jours. » La question était sortie avec un peu trop se sècheresse, et elle tenta de l’adoucir en y ajoutant la précision. Il y avait longtemps qu’elle ne s’était plus occupée de personne, et  vrai dire, ce n’était pas un rôle qu’elle voulait tenir. Plus maintenant. Mais elle ferait encore un effort, pour lui.

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MessageSujet: Re: (tina) a thousand silhouettes dancing on my chest.   Lun 30 Jan 2017 - 21:25

valentina & vitali

✻✻✻ C'était fini. Si elle le disait, c'était que ça devait être vrai. Quelque part, il aurait dû être ravi de savoir que ça scellait la fin de ces journées douloureuses. Après tout ce temps, ces transformations qui lui avaient semblé durer une éternité alors qu'il enregistrait mentalement chaque changement s'opérant en lui alors que le vaccin imprégnait ses cellules, c'était ce qu'il avait souhaité du plus profond de lui-même. Que ça s'arrête. Sauf que subitement, ne plus rien ressentir du tout, se dire que c'était la dernière fois, ça changeait subitement tout. Rompre avec ces métamorphoses qui avaient fait partie de lui depuis son premier souffle, c'était brutal, presque aussi douloureux que ces derniers jours. Sa respiration se bloqua quelques secondes, la cage thoracique prête à éclater sous la pression qui barrait ses côtes, angoisse insurmontable alors qu'il perdait ses repères. C'était pas ce qu'il voulait, retrouver son visage en sachant que ce serait le dernier qu'il verrait à chaque détour de miroir. Redécouvrir ses traits, il l'avait espéré durant près de trois ans désormais, mais pas dans ces conditions-là, certainement pas. Ses épaules s'affaissèrent alors que Valentina se saisissait de son menton et le détaillait, le stress comprimant son estomac alors que son regard cherchait une réaction dans le sien. « Ha-ha, trop sympa. »  Le coeur pourtant n'était pas aux plaisanteries, et il dut se faire violence pour ne pas lever ses doigts vers son visage à l'évocation des boutons. Il ne tint que dix secondes, avant qu'un grognement sonore n'échappe à ses dents serrées alors qu'il se reculait en venant frotter nerveusement sa peau, s'assurant que celle-ci était suffisamment lisse pour rompre l'image que Valentina avait infiltré dans son esprit. « C'est dégueulasse. T'es vraiment sadique, tu l'sais ça ? » Marmonnant en rebraquant son regard sur elle, c'était quand même plus simple de se concentrer sur leur échange que sur les démangeaisons qui s'animaient le long de sa chair, là où les cicatrices amassées au fil des ans se redessinaient doucement, annihilant les efforts de concentration qui avaient été nécessaires à leur disparition. Les ongles rayaient la peau machinalement, marquant une pause à la menace de la grande blonde qu'il dévisagea d'un air suspect. Il ne la ramenait plus, subitement. Il savait bien ce dont elle était capable, Tina, et ne tenait pas vraiment à lui donner une bonne raison de passer ses nerfs sur lui. Il avait plutôt conscience d'être insupportable, là, tout de suite, et sûrement un peu les jours précédents. Une chance qu'elle ne l'ait pas foutu à la porte. « Ok, ok, j'me tais. » Roulant des yeux, l'observant à nouveau, s'enfonçant un peu plus dans le dossier du canapé en comprenant ce qui était sur le point de se produire, le jeune homme arqua un sourcil à l'adresse de son hôte. « Je... j'sais pas trop, là. » Refermant ses mains sur le miroir à s'y blanchir les jointures dans la nervosité, ses yeux observèrent à nouveau ses mains, ses avant-bras, un vertige agitant son crâne alor qu'il détournait légèrement la tête, le coeur battant à tout rompre. « J'veux bien. Si t'as des restes, ça ira très bien, t'emmerde pas. » Peu importe ce qu'il mangerait, réellement, cela n'apaiserait qu'à moitié le gouffre de son estomac qui criait famine, trop noué d'appréhension pour qu'il puisse ingurgiter grand chose.

Le temps que Valentina le laisse, s'en aille s'occuper de lui apporter quelque chose à se mettre sous la dent, Vitali ne sembla pas bouger d'un poil. Comme si retourner ce miroir allait le pétrifier sur place, yeux écarquillés et bouche bée face à l'horreur, Méduse des temps mordernes incapable de supporter sa propre image. Cette idée traversa fugacement son esprit, le terrorisant un peu plus encore, déformant mentalement ces trait qu'il portait, qu'il porterait à jamais. Ceux dont personne ne le savait attifé, ou presque. Il n'y avait peut-être qu'Arabella et Lilo qui pouvaient certifier qu'il s'agissait de lui, de sa version originelle, celle à laquelle il n'avait eu de cesse de revenir lorsqu'il ne courait pas après d'autres êtres à incarner. Il avait presque envie de rappeler Tina, de lui demander de venir à ses côtés, de ne pas le laisser seul face à lui-même. S'il n'avait déjà pas eu l'impression de se comporter en véritable enfant - ce qui était assez plaisant, il fallait l'avouer - ce serait sûrement ce qu'il aurait fait, au lieu de finalement pivoter l'objet entre ses doigts tremblants. Et ce furent les larmes qui brouillèrent bien trop rapidement sa vue, masquant l'image que lui renvoyait la glace, laissant disparaître cette version vieillie de ses souvenirs qui revenaient violemment. Il avait suffi de se revoir pour se rappeler, pour que l'évidence ne se rappelle à lui, celle qu'il n'aurait jamais dû être capable d'oublier. Il se souvenait du môme qui portait ses traits avant que la mutation ne l'engloutisse tout entier. Moins fatigué, moins marqué, moins endurci, au iris pétillant d'une malice que rien n'aurait su effacer. Un geste enragé balaya l'humidité qui s'accrochait à ses cils, laissant apparaître à nouveau son visage, ses doigts dessinant les reliefs alors qu'il s'appropriait les sensations, faisait le lien entre ce type et lui. Trois ans dans les dents, trop éprouvants, et sûrement tous les ravages des années précédentes qu'il n'avait pas aperçu, pas voulu voir, bercé par les mots mielleux de Sorcha. Cet air effronté, d'envoyer le monde entier se faire foutre, les sourires aux crocs prêts à emmerder quiconque se trouverait sur son chemin, c'était pas là, c'était pas lui, pas ce que le miroir disait à cet instant précis. Il avait l'air d'un fantôme, enveloppe vide inhabitée, et la panique s'infiltra un peu plus profondément dans sa chair. La colère allait d'abord à Sorcha, toujours Sorcha, c'était le plus facile alors qu'il posait le miroir et que les jurons se battaient à ses lèvres. Puis à ces inconnus qui lui avaient injecté cette merde sous la peau. Puis à lui-même, légèrement, alors que ses mains se refermaient sur ses joues et qu'il y imprimait une pression suffisante pour lui faire mal. « J'peux pas. Putain de merde. J'peux pas. » Il mit sans doute quelques secondes à percuter que Tina était revenue, ensuite, et étrangement, son ton était bien plus calme alors que les mots lui échappaient naturellement. « J'peux pas vivre dans cette peau-là, c'est plus moi, ça m'ressemble pas. J'étais tellement en colère de plus pouvoir annuler les transformations, et au final, j'me ressemble même pas avec ma vraie foutue tronche. » Un rire nerveux secoua ses côtes, à la limite de l'hystérie, alors qu'il retombait brutalement sur le canapé en attendant que la crise cesse, le laisse en caser une ou deux entre deux ricannements. « Y'a pas un hunter qui a été foutu de m'atteindre depuis plus de dix ans, y'a fallu que ça arrive maintenant, gratuitement, putain, j'les avais jamais vu ces types en plus, j'les avais même pas emmerdé, pas comme les autres. » Il en avait cherché quelques uns, avvant ça, c'était sûr, mais eux, ils avaient aucune raison justifiée à ses yeux de lui infliger ça. Les larmes se mêlaient sur ses joues alors qu'une rage sourde continuait à enfler dans sa poitrine, son poing s'abattant un peu plus rudement sur sa propre cuisse alors qu'il contemplait le plafond. « A quoi bon, franchement ? A quoi bon flinguer la vie des gens comme ça ? » C'était quelque chose qui l'avait toujours dépassé, trop insouciant pour réellement considérer la question de ces chasseurs dont tout le monde parlait tant. « J'fais quoi de moi-même, maintenant ? J'fais comment pour gagner ma vie avec cette sale gueule de merde qui m'servira à que dalle ? » C'était pas le plus préoccupant, l'argent ne manquant clairement pas, mais il avait besoin de réfléchir de manière pratique, pour oublier l'image que lui avait renvoyé le miroir. « J'fais quoi sans ma mutation, Tina ? Dis moi, parce que sérieusement, j'sais pas. » Il s'imaginait sans peine le regard que pourrait poser Sorcha sur lui, si elle le voyait à cet instant précis. A sous-entendre que c'était de sa faute, qu'il aurait dû rester. Et un nouveau grognement lui échappa, qu'il tut à moitié en mordant à pleines dents son avant-bras comme un animal enragé.
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MessageSujet: Re: (tina) a thousand silhouettes dancing on my chest.   Dim 30 Avr 2017 - 20:53

Vitali & Valentina

Tina était démunie face à ce qui arrivait à Vitali, que ce soit sa douleur ou sa peur. Elle ne pouvait apaiser ses souffrances et elle ne pouvait pas davantage le rassurer pour lui assurer que tout irait bien pour lui. Elle n’y croyait pas, elle était presque aussi terrorisée que lui devant ce spectacle si difficile à supporter. La vaccination, l’horreur à l’état brut pour des mutants comme eux, qui ne vivaient qu’à travers leurs pouvoirs. Le fait que cette abomination existe mettait Tina dans un état de nervosité avancé, et elle n’aimait pas en avoir les effets sous les yeux. Elle ne savait pas que faire pour Vitali. Quand elle l’avait recueilli chez elle, sa première pensée avait été de se dire qu’il était perdu. Comme si sa vie venait de s’arrêter et que plus jamais il ne pourrait la reconstruire. C’était une certitude violente, qui l’avait tourmentée et qui la tourmenterait encore, mais elle se devait de la tenir éloignée d’eux. Elle n’était pas capable de beaucoup de compassion et elle ne traitait pas Vitali avec la douceur qu’il s’attendait peut-être à trouver dans un foyer ami, mais elle ne devait pas l’abandonner à sa misère. C’était la seule certitude qu’elle avait encore. « On a du me le dire une fois ou deux, peut-être. » Rétorqua-t-elle d’un ton léger avec un sourire flottant sur ses lèvres quand il la traita de sadique tout en vérifiant avec anxiété qu’elle lui avait menti à propos de ses boutons. Il était cent fois préférable de le faire marcher pour des bêtises que de le laisser s’enfermer dans des lamentations qui ne rimaient à rien. Elle était connue pour ses méthodes expéditives – et son sadisme, effectivement – il ne fallait pas qu’il s’attende à recevoir des cajoleries de sa part. Peut-être pas au point de lui mettre son poing dans la figure, du moins pas tout de suite : elle pouvait encore respecter son état de choc, même si elle allait râler là-dessus un bon moment. Mais au moins, sa petite menace eu l’effet escompté sur Vitali, qui se fit un peu (un tout petit peu) plus discret, au moins quelques minutes. Elle le laissa donc seul avec son miroir, seul avec son visage, pour aller chercher dans la cuisine de quoi le rassasier un peu. Il allait se découvrir à nouveau et il n’avait pas besoin qu’elle soit derrière lui pour ça. A sa place, elle aurait détesté avoir un spectateur pour affronter cette dure réalité. Elle fit donc durer ce moment en fouillant dans sa cuisine, alors qu’elle n’avait pas vraiment de raisons s’y rester aussi longtemps : elle n’avait pas fait la cuisine depuis longtemps et le repas qu’elle prépara se réduisit au réchauffage des restes de poulet tandoori qu’elle s’était fait livrer la veille, que Vitali n’avait pas pu avaler au milieu de ses souffrances. Quand elle revint finalement dans le salon, elle vit qu’il avait tourné le miroir. Elle l’observa du pas de la porte en silence tandis qu’il se dévisageait, son expression tordue en un masque de souffrance. Elle pouvait y lire toute la stupeur d’être privé de son don, de devoir se regarder en face à nouveau alors que personne n’avait réussi à l’y forcer depuis longtemps. S’il avait fui ses traits, ce n’était pas pour les retrouver dans ces circonstances … Mais il n’avait plus le choix.

Tina déposa l’assiette devant lui quand il réalisa enfin qu’elle était revenue et qu’il n’était plus seul. Elle écouta ses récriminations hargneuses sans y répondre, les bras croisés sur sa poitrine. Rien de ce qu’elle dirait ne l’aiderait à supporter ce visage qu’il ne voulait plus voir. Par contre, elle haussa légèrement les sourcils quand il évoqua les hunters qui l’avaient vacciné. Voilà un sujet sur lequel ils pouvaient se concentrer, plutôt que de vagir sur des choses qui leur échappaient. Ils ne pouvaient pas annuler les effets du vaccin, mais la vie ne s’arrêtait pas là. « Ils n’ont pas besoin d’une raison pour s’en prendre à toi, tu le sais bien. Comment est-ce que ça s’est passé ? Comment ont-ils su ? » Le sous-entendu était très clair : il avait du être imprudent, comme il l’était trop souvent. Elle l’avait pourtant mis en garde à de nombreuses reprises, mais il aimait trop jouer avec le feu. Et il s’était finalement brûlé, quand il s’y attendait le moins. Elle ne dirait pas qu’elle l’avait prévenu, parce qu’il en payait déjà le prix fort, mais une part d’elle-même le pensait farouchement. Il ne l’avait pas mérité, mais il avait joué avec insouciance, comme s’il ignorait les risques. Il ne pouvait pas être naïf à ce point ! « Tu sauras les reconnaître, si tu les revois ? » Elle ne laisserait pas ces hunters là s’en sortir impunément. « Un de ces jours, tu viendras avec moi, et je montrerais ce que tu peux faire de ta vie, en commençant par t’occuper de ceux qui t’ont fait ça. Ca te distraira de ton visage, tu verras. » Elle retourna dans la cuisine pour lui chercher une carafe d’eau, ainsi que deux verres et des couverts. Elle s’assit ensuite en face de lui et croisa les jambes avant de le jauger du regard. Elle le détailla pendant plusieurs secondes, ce visage inconnu révélant peu à peu ses facettes sans qu’elle ne parvienne encore à s’y habituer. « Et après, si tu as besoin de gagner ta vie, ta sale gueule devrait encore avoir du succès dans certains milieux … Je connais quelques grands-mères qui seraient ravies que tu leur tiennes compagnie, maintenant que tu fais vraiment ton âge. » Elle se moquait, mais elle ne comptait pas le rejoindre dans ses lamentations, et il devait se mettre dans la tête qu’il était le seul à trouver son visage insupportable à regarder. Pour le reste du monde, il n’était qu’un homme, dont les traits avaient un certain charme s’il cessait de les tordre de désespoir comme il le faisait depuis tout à l’heure. Elle perdit pourtant son sourire quand il lui demanda ce qu’il ferait sans sa mutation. Ce cri du cœur lui fit mal, et elle plissa les yeux, mécontente. « Comment veux-tu que je le sache pour toi ? Tu vas te secouer et trouver quelque chose ou rester couché à ne rien faire, mais ne compte pas sur moi pour te donner des solutions toutes faites. Ils t’ont laissé en vie et tu vas en profiter. Tu t’habitueras à ton visage et à ne plus avoir de mutation, ou tu te laisseras mourir parce que tu es incapable de faire face … C’est ton choix, Vitali. Tu laisses les hunters gagner, ou tu reprends ta vie en main. Il serait temps, non ? »

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