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 Victoire | I live no more to shame nor me nor you

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MessageSujet: Victoire | I live no more to shame nor me nor you   Dim 30 Oct 2016 - 22:38

I live no more to shame nor me nor you
Hippolyte & Victoire



Diriger une entreprise de l'ampleur de Caesar Pharmaceutics demandait de la patience, de l'intransigeance, et une grande capacité à réagir. Toutes ces qualités, Hippolyte les avait et, associées à une intelligence redoutable, elles masquaient à merveille ses innombrables et détestables défauts. Il n'avait pas grandit avec la poigne de fer d'un père qui lui aurait dit « plus tard, tu dirigeras cette entreprise, mon fils ». Ca, c'était ce que lui aurait voulu pouvoir dire à Martial ou Marius, tout en sachant que c'était tout bonnement impensable et impossible. Qui reprendrait le rennes de l'entreprise quand il ne serait plus là ? Qui aurait la force et surtout la ténacité de maintenir le cap sans se laisser couler ? Rien ne faisait plus peur à Hippolyte que l'idée de voir son nom sombrer dans l'oubli et son entreprise mise en faillite. Il avait pourtant craint l'idée plus d'une fois : au changement de nom et de direction, lorsqu'il avait dû se faire une place dans un milieu de requin où on le regardait comme un jeune arriviste incapable de gérer un tel business. Mais cette fois-là, Victoire était là, l'avait épaulé, lui avait donné sa confiance, l'avait judicieusement conseillé et ensemble, ils avaient transcendé l'empire du père De Langlois. Puis il y avait eu l'affaire malaria, au cours de laquelle Hippolyte avait bien failli tout perdre, quand Kovalainen l'avait lâché, que ses propres employés n'avaient plus su dans quel sens témoigner... Mais Victoire était là également. Elle l'avait suivi dans la délocalisation de leurs laboratoires, et jamais, Ô grand jamais elle n'avait remis en cause ses décisions. Elle l'avait approuvé et soutenu non pas parce que c'était son devoir d'épouse ou une ineptie de cet ordre, mais bien en tant qu'alliée, amante, amie, conseillère et associée.

Aujourd'hui... Aujourd'hui, Victoire lui manquait dans tous les aspects de sa vie. Elle lui manquait lorsqu'il rentrait chez lui et trouvait l'appartement vide, froid et plongé dans la pénombre, elle lui manquait lorsqu'il fixait le plafond en pleine nuit, en proie à d'incontrôlable crise d'insomnie, elle lui manquait lorsqu'il se rendait à ces réceptions qu'il exécrait, et elle lui manquait lorsqu'il regardait la chaise libre qu'elle avait laissé au conseil d'administration hebdomadaire de l'entreprise. Parfois, il était pris de cette curieuse envie de rire de sa propre faiblesse. Lui, l'imposant, le solitaire, le charismatique Hippolyte Caesar, totalement maîtrisé par une épouse qui avait tenté de le tuer. Et même ça, cette dernière altercation, il préférait l'oublier, la chasser de son esprit, espérant parfois que l'amnésie dont il avait été victime pourrait oblitérer ce moment douloureux de son existence. Il voulait oublier ce qu'elle lui avait fait pour la simple et bonne raison qu'il avait conscience qu'il était totalement irrationnel de ne pas en vouloir à Victoire. De ne pas être en colère après elle pour avoir souhaité sa mort, mais bien pour avoir voulu attenter à celle de leur fils. Car ça, cet événement dont il n'avait pas les détails et qui demeurait un grand mystère pour lui, c'était une chose qu'il n'était pas certain de pouvoir un jour lui pardonner. Pas en sachant qu'elle avait tenté d'assassiner un petit garçon de six ans.

Seulement pour l'heure, il ne fallait pas qu'il songe à son épouse, mais plutôt qu'il se replonge dans le compte rendu qu'il avait dans les mains et qu'il tentait vainement de déchiffrer tandis que l'ascenseur le menait des laboratoires du sous sol à son bureau, au dernier étage. Il ne cessait de pester contre les pattes de mouches indéchiffrables de sa nouvelle assistante, et regrettait de ne pas avoir un stylo rouge pour lui entourer sans ménagement les immondes fautes d'accords qu'elle faisait un peu partout. Seigneur que Poppy lui manquait, depuis qu'elle avait quitté la ville ! Pendant six mois, il avait pu compter sur une assistante efficace, pleine d'initiative et patiente. Depuis son départ, trois autres demoiselles s'étaient succédé, sans qu'aucune ne tienne plus de deux semaines. Le directeur arpenta le couloir menant à son bureau, sans accorder un regard aux employés des bureaux qui le regardaient avec un air inquiet, et ne releva les yeux qu'en arrivant prêt de la grande porte en bois vernis. Le nez dans son dossier, il entra dans la pièce, remarqua du coin de l'oeil une paire d'escarpins, et supposa qu'il s'agissait de sa maudite assistante. Sans un regard pour elle, il se dirigea vers son bureau.

« A l'avenir, miss Wilson, je vous prierai de vous équiper d'un ordinateur ou d'une tablette pour rédiger les compte-rendu, votre écriture est plus indéchiffrable que celle d'un médecin ! Et si vous tenez à travailler ici, pren... »

Il venait de relever les yeux. Il venait de voir qu'il n'avait pas devant lui Ludivine Wilson, cette brillante jeune diplômée qui espérait percer dans le métier, mais une autre femme, plus âgée et autrement plus impressionnante. Maintenant qu'il la voyait, Hippolyte se rendait compte que ses souvenirs ne lui rendait pas justice. La tristesse, la colère et la mélancolie l'avait enlaidie dans son esprit. Maintenant qu'elle était là, droite et fière, un impeccable tailleur fait sur mesure la mettant en valeur et une coiffure d'où ne dépassait pas un cheveu, Hippolyte avait le souffle coupé. Peut-être était-ce l'amour qui l'aveuglait, mais après des mois de séparation, il avait l'impression de redécouvrir son épouse. Et qu'elle était belle, Victoire, dans son expression hautaine, qu'elle était sublime, la française avec son port de tête impeccable, qu'elle était parfaite, l'épouse, aux yeux d'un mari désespéré.

« Victoire ? Mais... Que... Qu'est-ce que tu fais ici ? Qui t'a laissée entrer ? »

Le ton autoritaire revint plus vite et sèchement qu'il ne l'aurait voulu. A vrai dire, il ne comprenait pas comment son épouse avait pu franchir le contrôle de sécurité de l'entrée, alors que tous les vigiles étaient supposés savoir qu'il fallait signaler sa présence immédiatement et ne surtout pas la faire monter. Apparemment, elle avait réussi à tromper leur vigilance.

« Après tout ce temps ? Après des semaines, des mois de silence, après ce... Après avoir tenté de me tuer ? Te revoilà ? »

Il était perdu, le chasseur, perdu et perplexe. Comme pour lui rappeler son martyr, une douleur fantôme vint lui mordre l'abdomen, le faisant grimacer au passage. Peut-être était-ce pour ça qu'elle était là, après tout ?

« Si tu es venue pour finir le travail, sache que je n'ai pas plus de gênes mutants que tu n'en as. »

La défense sonnait davantage comme une provocation, et s'il mourait d'envie de s'approcher d'elle, de prendre son visage entre ses mains pour s'assurer que c'était bien elle, qu'elle était tangible et non immatérielle, Hippolyte restait figé derrière son bureau. Il n'avait pas peur, loin de là, mais il était partagé entre trop de sentiments contraire pour pouvoir à la fois bouger et réfléchir.
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MessageSujet: Re: Victoire | I live no more to shame nor me nor you   Lun 31 Oct 2016 - 14:29

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Hippolyte & Victoire



Victoire était arrivée dans les bureaux comme si elle n'était jamais partie. Elle avait revêtu un tailleur beige impeccable, avait rangé ses affaires dans un sac en cuir bleu marine et avait enfilé des escarpins assortis qui lui faisaient des jambes qui paraissaient interminables. Toute fraîche de sa mise en pli, elle arborait toujours aussi fièrement un chignon impeccable. A l'entrée, elle n'eut pas besoin de présenter la moindre carte. La jeune fille à l'accueil la reconnu tout à fait et hésita à la faire entrer. Elle avait reçu des consignes très strictes mais après tout, peut-être que Madame Caesar avait une raison d'être ici... ? Elle essaya tant bien que mal de faire comprendre à la splendide femme qu'elle ne devait pas la laisser entrer mais la perspective d'un rapport disciplinaire ou d'un licenciement lui firent céder face à celle qui était encore la femme de son patron.

Victoire entra comme une reine dans le hall, ne manquant pas d'enlever ses lunettes de soleil pour toiser avec sa morgue coutumière l'assemblée qui s'était figée à son approche. Elle devait dégager suffisamment de détermination pour que personne n'ose l'approcher. Elle se plia tout de même à une fouille de la part des vigiles afin de prouver qu'elle ne possédait rien sur elle capable d'éventrer-assommer-découper son mari, avant de prendre l'ascenseur. Les quelques secrétaires qui se trouvaient à l'intérieur libérèrent la place illico presto et la quadragénaire se retrouva tranquille, jusqu'à l'étage de la direction.
Elle entra sans s'annoncer, curieuse de voir la tête de son mari quand il la verrait.

Elle n'eut pas besoin de s'annoncer, à vrai dire. Il n'y avait personne dans le bureau. Victoire eut un sourire en coin, Hippolyte devait certainement relire des dossiers ou se trouver dans un autre ascenseur. Victoire en profita pour songer. Songer à tout ce qui l'avait poussée à revenir, aujourd'hui. Il lui manquait. Elle avait du mal à digérer l'infidélité qu'il lui avait faite, elle avait du mal à se pardonner sa tentative de meurtre. A vrai dire, elle ne savait plus du tout où elle en était. Elle rêvait trop, elle réfléchissait trop, elle commençait à questionner son éducation, les principes qu'elle avait toujours embrassé. C'était douloureux et elle avait beaucoup de mal à affronter tout ceci sans l'aide de son époux.

Elle entendit ses pas dans le couloir. Même après plusieurs mois d'absence, elle arrivait encore à les identifier. Il dû la prendre pour une secrétaire au vu de la phrase qu'il prononça. Victoire ne dit rien et attendit, simplement, qu'il relève la tête.
Il eut l'air d'abord soulagé, étonné, soufflé avant de reprendre son ton froid et autoritaire. La quadragénaire répondit par un sourire en coin alors qu'elle se déplaçait un peu, quittant le fauteuil contre lequel elle s'était adossée.

Je me suis plié à la fouille réglementaire, j'ai froncé les sourcils et ils m'ont laissée entrer. Il faut croire qu'il me reste encore de l'autorité ici.

Il avait l'air perdu, perdu de la revoir après tout ce temps. Il avait raison, cela faisait longtemps, bien trop longtemps. Il lui avait manqué aussi. Elle avait regretté son étreinte, l'odeur de son aftershave lorsqu'il sortait de la salle de bains. Elle avait presque oublié l'élégance dont il faisait preuve au quotidien, son visage si séduisant, à en faire tomber toutes les assistantes de l'étage. Elle avait oublié qu'au fond d'elle-même elle l'aimait toujours.

Oui, me revoilà. Je n'allais pas rester à Los Angeles jusqu'à la fin de mes jours. C'est trop bruyant et peuplé de parvenus qui ne savent pas se tenir.

Et c'est trop loin de toi. Elle aurait voulu le lui dire mais elle ne pouvait pas prononcer une telle déclaration. Pas après tout ça.
Il parla de finir le travail. Elle en fut blessée et amusée dans le même temps. Un léger rire franchit sa gorge et ette planta ses yeux dans ceux de son époux.

Tu crois sincèrement que si j'avais voulu te tuer je serais venue ici, en plein jour ? Enfin, Hippolyte... Elle soupira avant de reprendre. Je suis revenue à Radcliff pour reprendre ma place d'épouse et de mère.

Victoire ferma un instant les yeux. Comment expliquer tout ce qu'elle avait sur le coeur sans laisser filtrer son amertume ?

Je suis revenue, dans un premier temps, pour t'informer que j'ai pris mes dispositions auprès de notaires et d'avocats concernant ta... ta fille.

Elle avait failli dire "bâtarde" mais s'était retenue assez difficilement.

Je me suis assurée qu'elle ne touche rien lorsqu'il devra être question d'héritage. Je refuse que la moindre partie de l'empire pharmaceutique que nous avons construit tous les deux puisse revenir à quelqu'un qui n'est pas de notre sang. Pour tout te dire, je préfèrerais voir Marius hériter de la totalité de nos bien que de la voir s'immiscer dans nos affaires.

Marius.... Elle finissait par toujours y revenir. Cet être qu'elle avait voulu tuer il y avait 21 ans de cela. Son fils pour qui la mutation était la seule façon de survivre à ce coeur malformé qu'elle lui avait donné. Ce fils qu'elle haïssait mais ne pouvait s'empêcher d'aimer. Aux yeux qu'Hippolyte jetait sur elle, elle compris ce qu'il en pensait. Elle renonça à rougir ou se sentir coupable. Elle avait fait son devoir.

Je ne vais pas te mentir en te disant que je me suis sentie coupable d'avoir essayer de vous tuer, toi et lui. Mais je te mentirais également en te disant que je n'ai ressenti aucun soulagement lorsque j'ai su que j'avais échoué à vous ôter la vie.

Victoire se mordit la lèvre. Elle avait mal d'admettre tout ceci. Elle avait de la peine à transmettre à la fois sa douleur d'avoir été trahie par Hippolyte et sa culpabilité pour avoir tenté de le tuer. Elle n'arrivait pas à lui dire à quel point elle trouvait cruel que le destin qui l'avait toujours privée d'une fille se décide à en donner une à son propre époux, dans son dos.
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Dernière édition par Victoire Caesar le Mar 1 Nov 2016 - 20:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Victoire | I live no more to shame nor me nor you   Mar 1 Nov 2016 - 11:25

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Hippolyte & Victoire



Victoire et Hippolyte avaient été un couple uni pendant des années, des décennies même. D'un regard ils se comprenaient, d'un geste ils savaient. Ce n'était pas le genre de duo à nager dans le miel et la rose, à se faire des déclarations mièvres et suintantes d'hypocrisie, ils s'aimaient avec une simplicité touchante. En société, c'était un couple qui inspirait le respect, qui faisait ses déplacer les foules sur leur passage, et qui se fichait bien du regard que l'on pouvait porter sur eux. Seulement, toute cette relation, tout cet amour avait été bâti sur des mensonges. Deux mensonges qui avaient un peu plus de vingt et un ans maintenant : la naissance d'Ileana et la tentative de meurtre de Marius.

La fixant sans ciller comme s'il avait peur qu'en clignant des yeux elle disparaisse, Hippolyte se demandait s'il serait un jour en mesure d'accepter l'idée que son épouse ait pu tenté de tuer leur fils. Arriverait-il seulement à la regarder sans craindre qu'elle ne récidive ? L'inquiétude qu'il éprouvait pour Marius le rendait malade tant elle était nouvelle pour lui. Chaque fois que son esprit s'éloignait un peu de son travail, il recommençait à se remuer les méninges pour Martial, ce qui l'amenait inévitablement à songer à son cadet. Il avait envie de secouer Marius, de lui mettre des claques, de le forcer à se raisonner, à cesser d'être aussi borné qu'un âne, mais il savait aussi que plus on cherchait à mettre Marius dans un moule, plus il trouvait le moyen de s'en extirper. Marius allait mourir, et Hippolyte savait d'ors et déjà qu'il ne le supporterait pas. Il préférait que ce jour arrive le plus tard possible, et surtout pas de la main de Victoire. Car alors il perdrait son dernier soutien face au deuil.

Lorsqu'elle pris la parole, il se rendit compte que ces quelques mois d'absence ne l'avait pas changée. Elle avait toujours cette prestance et cette autorité qui faisaient qu'en claquant des doigts, elle obtenait ce qu'elle voulait. Partagé entre l'agacement et l'amusement, Hippolyte se contenta de hocher la tête. Et il la connaissait. Il savait que ce n'était pas uniquement à cause du bruit et de la population qu'elle avait quitté Los Angeles pour venir à nouveau se perdre à Radcliff. Elle savait pour Martial, elle savait pour Marius, elle savait pour Lily. Elle savait tout, car Hippolyte lui avait caché trop de choses, trop longtemps pour continuer à lui mentir. Il lui avait juré fidélité et honnêteté à leur mariage, il était à présent temps qu'il tienne ses engagements.

« Ce n'est pourtant pas si différent de Paris, et je me souviens d'une époque pas si lointaine où tu n'aurais pas conçu ta vie ailleurs... »

Puis il serra les poings. Si j'avais voulu te tuer, disait-elle. Alors c'était tout ? L'envie lui était passée, comme ça, comme elle se serait lassée d'un papier peint ou d'un canapé ? Mais il s'étrangla lorsqu'elle reprit, dans une affirmation à laquelle il ne s'attendait pas. A vrai dire, en la voyant dans son bureau, Hippolyte avait pendant un instant eut l'espoir qu'elle dirait ça, qu'elle voudrait tout recommencer avec lui, puis son rationalisme avait repris le dessus, lui affirmant qu'elle ne pouvait être là que pour demander le divorce et faire une croix sur leurs presque trente années de vie commune. Et maintenant, l'impensable se produisait, elle voulait revenir, reprendre sa place, recommencer... Une part d'Hippolyte n'avait qu'une envie, contourner le bureau, la serrer dans ses bras, l'embrasser jusqu'à manquer d'air et lui dire que tout était pardonné, que rien de tout ce qu'ils avaient traversé n'avait existé. Seulement, il aurait pu. Si elle n'avait pas tenté de tuer Marius.

« Reprendre ta place ? Bon sang, Victoire, les choses ne sont pas aussi simples et tu le sais très bien... Tu ne peux pas revenir ici et prétendre que tout va rentrer dans l'ordre... Pas après m'avoir caché pendant vingt ans que tu avais tenté de tuer Marius... Ni de m'avoir caché que c'était un mutant. Tu... Il y a des choses que tu ignores, des choses qui se sont passées pendant ton absence. Si j'avais su que Marius était un mutant, je n'aurais pas... »

Non, elle ne savait pas. Elle ignorait que lui aussi avait tiré que Marius, dans un élan de folie qui ne lui ressemblait pas mais correspondait parfaitement à ce conditionnement qu'on lui avait imposé lorsqu'il avait commencé à chasser. Un bon mutant est un mutant mort.

« Il y a quelques mois de ça... En juin... Marius est venu ici. Une chose en entraînant une autre, il a été contraint d'user de sa mutation devant moi. Je n'ai pas besoin de te faire un dessin, tu sais aussi bien que moi ce que j'ai fait. Parce que tu m'as appris que c'était notre devoir, notre mission... Depuis quand être chasseur doit-il faire de nous des monstres ? Le fait est, Victoire, que nous sommes de bien piètres parents. Si tu veux reprendre ici ta place de mère, il faudra que tu m'assures que jamais plus tu ne retenteras ce que tu as fait. Et que tu aies le courage de l'avouer toi-même à Marius. Je suis navré, Victoire, mais tu ne peux pas reprendre une place que tu n'as plus depuis des années. Pas comme ça. »

C'était dur, c'était violent... C'était la vérité. Car à présent, Hippolyte comprenait les agissements de Victoire, son attitude vis à vis de Marius, toute une multitude de signes qu'il aurait dû voir et interpréter, mais qu'il avait préféré ignorer. Victoire avait fuit plutôt que de chercher à comprendre, là où lui s'acharnait maladroitement et avec l'énergie du désespoir à faire entendre raison à Marius. Seulement... Peut-être le jeune homme avait-il besoin que sa mère l'approuve, pour pouvoir aller mieux ? Ou du moins qu'elle lui parle ? Qu'elle reconnaisse son existence en tant qu'humain, fils, et non monstre ? Hippolyte aurait pu continuer longtemps que sa lancée, déchiré entre le désir de faire table rase du passé et mettre de la distance entre lui et Victoire, mais déjà elle reprenait, en des mots qui ne firent qu'attiser la colère de son époux. Des dispositions concernant sa fille ? La sentence tomba, telle une douche glacée dans le dos du chef d'entreprise. Il serra les poings contre le bois vernis de son bureau, les mâchoires crispées, et contint à grands peines une colère qui faisait trembler sa voix.

« Elle porte mon nom, Victoire. Tu auras beau la mépriser autant que Marius la hait, Ileana est ma fille, et je ne la laisserai pas dans le besoin. Il n'a jamais été question de partager équitablement notre héritage en trois, je ne suis pas assez fou pour croire qu'un jour vous accepterez l'idée qu'elle n'est pas un monstre mais le fruit involontaire de mon erreur, et uniquement la mienne. Ileana touchera les quelques actions que j'avais acheté il y a presque trente ans, qui m'appartiennent exclusivement, et étant donné la santé de l'entreprise, elle aura largement de quoi vivre. Tu ne pourras pas m'en empêcher, ces actions sont à moi, et j'en dispose comme bon me semble. Laisse-moi donc gérer mes erreurs et occupe-toi des tiennes, je te prie... »

Le sujet Ileana était sensible et il le savait, c'est pourquoi il avait pris des dispositions depuis longtemps déjà. Son héritage serait dérisoire comparé à celui de ses frères, mais ce dérisoire s'éleva à un peu plus d'un million de dollars, il n'était pas certain qu'elle ait quoi que ce soit à redire. La colère retombant comme un soufflé, Hippolyte se pinça l'arrête du nez.

« Ecoute, Victoire... »

Mais il n'eut pas le loisir de poursuivre. Déjà, Victoire reprenait, en des mots qui le touchèrent et achevèrent d'enterrer sa rage au plus profond de son être. Que pouvait-il répondre à cela, sinon qu'il l'aimait et ne comprenait plus rien ? Comment leur histoire avait-il pu passer de la perfection au chaos en si peu de temps ?

« Tu es manipulée, Victoire. Tu suis des préceptes sans queue ni tête qu'ont t'a inculquée depuis l'enfance... Tu es victime d'un bourrage de crâne qui a bien failli te faire commettre l'irréparable. »

L'irréparable, c'était Marius, pas lui. Qu'elle ait voulu le tuer... Après tout, il avait commis suffisamment d'erreurs pour mériter sa haine, mais un enfant de six ans ne méritait rien de moins que l'amour de sa mère, et non une chute du haut d'un balcon. Retrouvant l'usage de son corps, figé depuis quelques minutes, Hippolyte contourna le bureau et vint faire face à son épouse, détaillant en silence les traits de son visage. Lifté ou non, il l'aimait toujours autant. Maquillée ou au saut du lit, elle restait la plus belle femme qu'il ait jamais vu, à tel point qu'il restait aveugle face aux autres. Il avait envie de lui prendre la main, ou passer la sienne sur son visage, remettre en place cette mèche de cheveux qui cherchait à s'extirper de son impeccable brushing, mais il se contenta de l'observer. Longuement. En détails. De peur de l'oublier à nouveau.

« Je sais que tu ne me pardonneras jamais de t'avoir menti. Ni de t'avoir caché l'existence d'Ileana. M'en excuser une fois de plus ne changera rien. En revanche... Je veux que tu saches que je ne t'en veux pas de m'avoir poignardé. T'en vouloir n'y changerait rien non plus. Simplement, je refuse que tu t'approches de Marius tant que je n'aurai pas la certitude que tu ne lui feras pas de mal. »

Et sur ce point, il serait intransigeant. Pendant vingt années, il avait refusé de voir l'évidence, exposé son fils à un danger inimaginable. S'il ne pouvait rattraper le passé, il pouvait en revanche tenter d'empêcher un autre drame d'arriver.
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MessageSujet: Re: Victoire | I live no more to shame nor me nor you   Mar 1 Nov 2016 - 21:42

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Victoire se sentait étrangère, étrangère à elle-même. Hippolyte, en une phrase, lui avait rappelé le début de leur vie de couple dans Paris, entre soirées endiablées, sorties mondaines et culturelles. Victoire se souvint soudain à quel point elle avait aimé profiter de la vie et s'amuser, malgré ses airs de femme froide et intouchable. Elle avait aimé sortir en boîte de nuit, dans les quartiers populaires de la capitale, oublier le temps d'un verre, le temps d'une danse, l'héritière qu'elle était.
Aujourd'hui que restait-il de tout cela ? A cet instant, la quadragénaire se sentait comme une coquille vide, un caillou. Elle avait presque de la peine à s'imaginer qu'elle avait un jour pu s'amuser dans sa vie.

Elle aurait aimé revenir, tout reprendre, tout effacer, se réfugier dans les bras de son mari et oublier. Mais la voix sévère de celui-ci la fit redescendre sur Terre. Non, ce n'était pas possible. Plus rien de tout ceci n'était possible. Elle avait bâti 20 ans de mensonges et Hippolyte semblait lui en vouloir terriblement. Bien qu'elle resta de marbre, Victoire sentit son coeur se fendre. Elle s'était attendue inconsciemment à un tel rejet mais devoir le subir réellement lui faisait mal, bien plus que ce qu'elle aurait pu imaginer. Puis il lui parla de choses qui s'étaient passées alors qu'elle avait pris la fuite à Los Angeles.
Victoire fronça les sourcils. Sans décroiser les bras, elle écouta Hippolyte lui relater l'incident qui avait eu lieu entre lui et leur fils. Son mari avait fait face à la mutation de leur enfant et avait agi comme un Hunter. Il avait une façon de formuler cela... Presque comme si c'était de sa faute. Comme si elle était la seule responsable de leur monstruosité. Les mots qui suivirent lui firent mal. Ils la brûlèrent comme un fer rouge posé à même son coeur qu'elle croyait de glace. A trop prendre à coeur son éducation de Huntress, elle avait délaissé la chair de sa chair. Celui qu'elle n'avait jamais voulu considérer comme son fils ne la voyait aujourd'hui plus comme une mère.

Elle n'aurait pas pensé que cela ferait si mal. La distance qu'Hippolyte bâtissait entre elle et lui n'arrangeait evidemment rien à l'affaire.

Ce fut comme si une abîme s'ouvrait sous ses pieds. Victoire réalisa qu'elle avait sacrifié, pour son devoir, son rôle de mère. La lutte contre les mutants valait-elle vraiment plus que le lien filial ? A bientôt cinquante ans, elle réalisait que le petit bonhomme qu'elle avait embrassé dans son berceau lui tournait maintenant résolument le dos. En le traitant comme un monstre, en se taisant et prenant la fuite, plutôt qu'en assumant son rôle de mère, elle n'avait plus sa place dans sa vie.
Cette situation, couplée à l'angoisse qui l'avait envahie depuis qu'elle avait appris l'existence de la fille d'Hippolyte, la déchira à un point qu'elle n'aurait pas imaginé.

Ses yeux restaient secs mais sa mâchoire tremblait. Elle ne put que lâcher quelques mots précipités, de peur de faire entendre les trémolos qui menaçaient sa voix.

- J'irai voir Marius. Je lui présenterai mes excuses.

Elle devait changer de sujet. Elle choisit de l'informer de toutes les dispositions qu'elle avait prises avec des avocats et des notaires. Evidemment, son mari la renvoya dans les cordes en lui présentant avec la froideur chirurgicale d'un homme habitué à jouer avec les chiffres, ce qu'il avait décidé de lui léguer. Effectivement, Victoire n'avait rien à y redire. Du moins en apparence... Comment aurait-elle pu lui expliquer franchement son mal-être alors qu'elle-même n'arrivait pas à mettre des mot dessus ? Elle souffrait, souffrait de son rôle de mère qu'elle n'avait jamais réussi à mener à bien, souffrait des mensonges qu'elle avait maintenu pendant deux décennies, souffrait du désir jamais exaucé d'avoir une fille, souffrait de l'adultère de son mari, son mari qu'elle aimait tant, qu'elle aurait aimé sentir près d'elle mais qui restait de glace.

Victoire n'avait jamais éprouvé à ce point la sensation d'avoir raté sa vie de famille.

Elle essaya comme elle le pouvait de se rattraper, sortant de son stoïcisme pour essayer d'avouer, tant bien que mal, qu'elle aimait son mari et son fils.
Elle écouta Hippolyte lui parler de son conditionnement, de son bourrage de crâne. Victoire aurait aimé nier tout en bloc. Elle tenait en si haute estime son père... Sa parole avait longtemps été synonyme de vérité, elle avait beaucoup de peine à remettre en question tout ce qu'il lui avait enseigné.
Elle scruta les traits de son époux, comme à la recherche d'une réponse. Elle aimait sa mâchoire carrée, sa peau légèrement hâlée, toujours empreinte d'une chaleur réconfortante. Elle aurait voulu qu'il la serre contre lui mais il ne le pouvait pas. Comment lui en vouloir ? Elle avait tout de même essayé de le tuer...

A son grand étonnement, il finit par lui dire qu'il n'en était rien. Comment pouvait-il lui pardonner d'avoir attenté à sa vie alors qu'elle ne pouvait s'empêcher de ressasser cette histoire d'adultère ? Victoire se sentit faible, injustement faible et surtout d'une ingratitude sans borne. En cet instant, elle se détestait, se trouvait indigne de l'amour que lui portait son mari.
Elle baissa la tête lorsqu'il lui interdit d'approcher Marius. C'était rude, mais logique... Puis, au fond, qu'est-ce que cela aurait changé ? Ils ne se parlaient déjà plus.
D'une voix presque éteinte, elle se décida enfin à répondre.

- Oui... De toute façon je n'ai pas vraiment d'autre choix. Je ne comptais de toute façon pas approcher Marius de sitôt. Je ne suis pas prête.

S'excuser face à Marius revenait à avouer tous ses torts de mauvaise mère et à s'exposer à des critiques légitimes de la part de celui à qui elle avait donné la vie. Victoire, malgré la constance et la force dont elle semblait se parer, était grandement fragilisée. Elle n'était pas assez forte pour encaisser les critiques de son fils sans s'effondrer.
Victoire, la puissante et draconienne femme de la famille Caesar n'était aujourd'hui rien de plus qu'un colosse aux pieds d'argile.

En pinçant les lèvres, elle replaça une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Elle se sentait laide, faible, pitoyable. Elle n'arrivait plus à faire face à son époux. Doucement, elle se déplaça vers la baie vitrée du bureau et fixa le vide, en essayant d'ignorer son reflet ténu dans la vitre.

- Depuis quelques temps, je rêve beaucoup de père. Je revois certains moments que nous avons vécu lui et moi, je revois les entraînements que j'ai enduré, tout ce qu'il m'a fait voir... C'est beaucoup plus dur que dans mes souvenirs.

La vérité, c'était que depuis presque un mois, Victoire était victime de cauchemars récurrents. Elle subissait à 47 ans le contrecoup de son éducation spartiate. Elle combattait la vision idéalisée de son père et l'impression, de moins en moins ténue, qu'elle avait subi des horreurs sans nom. Elle avait besoin d'un suivi psychologique. Elle avait besoin de sa famille, de son mari.
Doucement, elle se tourna à nouveau vers son mari. Elle aurait voulu se jeter dans ses bras et hurler son mal-être mais n'osait pas l'approcher. Elle ne voulait pas le brusquer, par après avoir tenté de l'assassiner. Et puis, il avait toujours été si froid. Elle aurait voulu le supplier à genoux de l'emmener loin d'ici, loin de tout. Elle le regarda profondément. Son visage était de marbre mais ses yeux hurlaient "sauve moi".

- Hippolyte, qu'est-ce que j'ai fait...

Victoire sentait ses yeux qui piquaient, sa mâchoîre se serra un peu plus. Elle s'avança vers le bureau pour y poser sa main parfaitement manucurée. Sa tête la lançait violemment, sans doute un contrecoup de toutes les émotions contradictoires par lesquelles elle était passée. Elle était à des lieues d'imaginer ce qu'il en était réellement.

- Je suis désolée.

Ses ongles se plantèrent un peu dans le bois du bureau. Elle avait des jambes en coton et l'impression que son visage avait pris trois teintes de blanc. Elle avait l'impression que la terre se dérobait sous ses pieds.


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MessageSujet: Re: Victoire | I live no more to shame nor me nor you   Mar 1 Nov 2016 - 23:25

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Si l'on avait demandé à Hippolyte de chiffrer son amour pour Victoire, il aurait été contraint de répondre qu'il en était incapable. Il ne pouvait chiffrer l'inchiffrable, ne pouvait définir ce qui le laissait sans voix et ne pouvait mettre un seul mot sur tout ce qui l'animait dès qu'il regardait son épouse. C'était un amour pur, sans fioritures ni déclarations, sans hypocrisie ni regrets. Pourtant, lui dire que jamais il n'avait aimé la femme avec laquelle il l'avait trompée ne changerait rien à son adultère. Au contraire, il risquait d'envenimer plus encore la situation, et ce même si sa déclaration serait sincère. A vrai dire, cette nuit passée dans les bras d'une autre était le fruit de l'ivresse, du champagne et d'enchaînement d'événements dont il ne se souvenait même pas. Ce qui était certain, c'est que malgré tout l'amour qu'il avait pour sa fille, Hippolyte ne pouvait s'empêcher d'éprouver de la culpabilité chaque fois qu'il la regardait. Il s'en voulait d'imposer cela à sa famille, mais regrettait aussi qu'Ileana soit si peu considérée alors qu'elle ne méritait pas ça.

Lorsque Victoire parla d'aller présenter ses excuses à Marius, Hippolyte grimaça. Il ne sentit pas la voix de son épouse se briser, trop occupé à se demander si c'était une bonne idée, finalement. Etait-il sage de les laisser tous les deux discuter quand on connaissait la capacité légendaire de Marius à partir au quart de tour ? Ne risquait-il pas d'envenimer plus encore la situation. Trop tôt... C'était bien trop tôt. Quelque part, c'était trop tôt pour eux deux également. Hippolyte n'avait ni le recul, ni l'envie suffisante pour passer à autre chose et rester ferme avec Victoire. Malgré la sécheresse de ses propos, il savait d'ors et déjà qu'avant la fin de leur entrevue, il céderait. Il n'avait qu'une envie, lui dire d'oublier le passé, de repartir à zéro, de revenir s'installer dans cet appartement qui, vide de sa présence, angoissait Hippolyte à un point qu'elle ne pouvait imaginer. Il l'avait dans la peau, son épouse, à tel point qu'un avenir sans elle avait autant de saveur que de la cendre. Comment pouvaient-il avoir à ce point l'air bête, tous les deux ? Ils se fixaient sans savoir quoi faire, quoi dire, quel geste éviter... C'était d'un ridicule...

Le changement de sujet les anima tous deux un peu plus, dans un désaccord qui ne résoudrait probablement jamais. Que Victoire veuille préserver sa famille était une chose, mais Hippolyte ne pouvait laisser Lily sur le bas côté comme il l'avait fait avec Marius. Ce n'était pas seulement un devoir moral et légal qu'il avait envers sa fille, c'était aussi sa volonté que de lui offrir les mêmes chances qu'à ses frères. C'était ainsi et il n'en démordrait pas. Détaillant chaque expression sur le visage de Victoire, Hippolyte cherchait le mensonge, le secret ou la rancoeur, mais il n'y lu qu'une indescriptible tristesse. Pire, il y vit une détresse qui lui fendit le cœur, et c'est à grand peine qu'il se retint de la prendre dans ses bras. Bon sang, mais pourquoi diable se l'interdisait-il ? Quelle était donc cette force irrationnelle qui tentait de le tenir à l'écart, comme s'il avait peur au fond de lui qu'elle n'use à nouveau de leur amour pour le tuer ? A cet instant, Hippolyte se rendit compte qu'il ne craignait pas de mourir. Il ne craignait que le rejet et la haine de Victoire. Pourtant, il était nécessaire qu'elle comprenne, qu'elle sache qu'elle ne pouvait reprendre sa place de mère si elle persistait dans sa vendetta contre les mutants comme son père le lui avait appris. Il le savait, qu'elle admirait son géniteur, admiration que lui-même désapprouvait au plus haut point pour avoir longtemps exécré cet homme qui avait brisé une partie de la volonté de son épouse. Lorsqu'elle accepta de ne pas s'approcher de si tôt de Marius, Hippolyte hocha la tête en poussant un imperceptible soupir de soulagement.

« Je ne suis pas certain que lui non plus ne soit prêt à... Accepter tout ça. Mais quand le moment sera venu, j'espère que vous arriverez à discuter... »

Ce n'était pas la réaction de Victoire qu'il craignait, cette fois, mais bien celle de Marius. Il le savait impulsif, vulgaire, rancunier vis à vis de ses parents, et Hippolyte ne pouvait que le comprendre : comment pouvait-il seulement accepter l'idée que sa propre mère ait tenté de le tuer lorsqu'il était encore enfant ? D'autant qu'il allait falloir que Victoire mette des mots, des idées sur tous ce qu'il s'était passé en vingt et un ans, et Hippolyte était bien placé pour savoir que prendre la culpabilité de plein fouet ne faisait pas de bien à l'ego ni au moral. Il regarda son épouse s'éloigner, pourtant désireux de la garder prêt d'elle. Lorsqu'elle reprit la parole, il sentit à nouveau ses poings se crisper, et cette envie d'en coller un en travers du visage de son beau père pour lui faire ravaler son écoeurant sadisme. Hippolyte avait appris à mépriser cet homme autant qu'il l'avait admiré le jour où il avait assisté à l'une de ses conférences, en première année de médecine. Il avait appris à la haïr autant qu'il aimait Victoire, et même mort, il lui en voulait encore. Il lui en voulait d'autant plus qu'il avait le sentiment que tous ces souvenirs qui refaisaient surface contribuaient à torturer Victoire, à lui faire revoir ses choix de vie, ses idéaux.

« Je sais l'admiration que tu as pour ton père, Victoire, mais il t'a torturée et t'a formatée selon ses idéaux, ce que lui pensait être juste... Avec le recul, y crois-tu toujours ? J'ai beau avoir une confiance aveugle en toi, je me pose de plus en plus de questions. J'ai l'impression que toutes ces années, tu as conservé ces souvenirs à travers des yeux d'enfant, je me trompe ? Ce n'est que maintenant que tu les regardes en tant qu'adulte et que tu comprends... »

Et la compréhension devait être autrement plus difficile à encaisser qu'elle brisait l'image de héros que Victoire avait longtemps eu de son père. Seulement maintenant, elle n'était plus seule, mais il ne savait pas comment le formuler. Il avait le sentiment qu'un geste aurait été bien plus parlant qu'un long discours, mais il restait figé comme un idiot, se maudissant de ne pas être le confident ni l'époux idéal. Aussi sentit-il à nouveau son cœur se briser lorsqu'elle releva vers lui un visage de marbre que trahissaient deux prunelles qui lui hurlaient leur désespoir. Elle était aussi perdue que lui, aussi désireuse de son étreinte que lui, c'était à présent évident. Tous ces tourments qui les animaient, ils ne pouvaient les surmonter qu'à deux, comme ils l'avaient toujours fait. N'écoutant plus son rationalisme, laissant parler son cœur qu'il pensait de pierre, Hippolyte contourna à nouveau le bureau et posa délicatement sa main sur les doigts crispés de Victoire. Il les serra doucement entre les siens, caressant sa peau velouté de son pouce, puis plongea son impitoyable regard noir dans les prunelles de sa femme.

« Tu n'es pas seule, Victoire. Tu n'as pas à affronter tout ça toute seule, pas si... Pas si nous tentons de surmonter ça ensemble. Si nous tentons d'être meilleurs ensemble. Si tu coules, je coule, c'est ainsi. »

Avec une douceur qu'elle était la seule à connaître chez lui, il l'attira contre lui, entoura ses frêles épaules d'une étreinte qui se voulait aussi chaleureuse que possible.

« Je suis désolé d'avoir douté de toi, Victoire... J'ai envie que nous recommencions, que nous essayions... J'ignore si ça marchera, mais... Tu m'as terriblement manqué. »

Il avait maintes fois imaginé ce moment, sans jamais trouvé la moindre issue satisfaisante. Peut-être faisait-il une erreur en s'ouvrant à elle maintenant, mais il se savait incapable de vivre loin d'elle plus longtemps. C'était elle qui avait fait le premier pas, c'était à lui de la suivre. Se détachant doucement de Victoire, il vint poser son front contre le sien, humant avec plaisir son parfum.

« Je t'en prie, reviens à la maison... L'appartement est bien trop vide sans toi... »

Lui dire qu'il l'aimait, c'était une chose qui lui semblait souvent trop grossier et simplet, pour une raison qui lui échappait.
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MessageSujet: Re: Victoire | I live no more to shame nor me nor you   Jeu 3 Nov 2016 - 10:10

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Comment, après presque un demi siècle d'existence, pouvait-on en arriver à douter autant ? Comment se résoudre à remettre en question ce en quoi nous avons toujours cru ? Comment admettre que nos héros d'antan étaient en réalité des monstres de cruauté et de manipulation ?
Victoire ne savait plus. Elle commençait à douter de son passé, à douter de ses convictions. Elle commençait à penser que, peut-être, toute sa vie n'avait été qu'un immense mensonge, qu'elle n'était pas une chasseresse au service du bien mais une horrible personne aux mains tâchées par le sang d'innocents.

Et si, pendant ses 47 ans d'existence, elle s'était trompée ?

Pour la première fois de sa vie, Victoire avançait à l'aveugle. Elle expérimentait la désagréable sensation du doute ainsi que l'amer relent de culpabilité qui l'accompagnait. Et le fait de savoir que la faute revenait grandement à son père ne parvenait pas à alléger sa peine, bien au contraire. A bien y repenser, Marius et elle n'étaient pas si différents. Elle aussi, avait souffert d'une mère absente, elle aussi avait manqué de la douceur nécessaire pour contrebalancer la rigidité d'un père aveuglé par ses convictions. Quelle ironie... Elle était la mieux placée pour comprendre les douleurs qu'elle lui avait sciemment infligées.
Lorsque Victoire se tourna vers son mari, ses yeux étaient éperdus. Elle nageait dans un flou total.

- Je... Je ne sais pas Hippolyte. Je ne sais plus rien. Je n'arrive pas à savoir si ce que je revois est la vérité, une image déformée de mes souvenirs d'enfant que j'ai longtemps refoulée ou bien une vision de mon esprit pour alléger un tant soit peu ma culpabilité. Elle soupira. Je suis perdue, complètement perdue.

Elle le regarda venir vers elle et frémit un peu en sentant sa chaude main de bureaucrate se poser sur la sienne. Elle avait oublié à quel point la sensation de sa peau près de la sienne était grisante. Là, d'un coup, elle aurait eu envie de se jeter dans ses bras. Ce petit geste anodin valait autant que n'importe quelle déclaration enflammée. Il était là. Il ne l'abandonnerait pas dans cette obscurité qui l'envahissait chaque jour un peu plus.
Les propos de son époux la touchèrent tellement qu'elle ne sut pas quoi dire de plus. Elle se laissa aller contre lui alors qu'il entourait ses épaules de ses bras si forts. Victoire frémit et serra ses propres bras autour du dos d'Hippolyte. Elle avait les mains encore raides et crispées mais ce contact lui faisait du bien.

- Toi aussi... Toi aussi tu m'as manqué.

Qu'aurait-elle fait si, ce jour là, elle avait réussi son coup ? Victoire imagina un seul instant ce que serait devenu le monde sans son époux. Cette pensée était intolérable. Elle n'aurait pas pu continuer sans lui. Peut-être aurait-elle vivoté un an, deux grand maximum, puis elle aurait fini par le rejoindre.
Victoire et Hippolyte n'étaient pas de ces couples d'Hollywood, mielleux et dramatiques à souhait, qui s'aimaient comme dans une pièce de théâtre ou dans un film. Leur amour était celui de deux aimants, lisse, froid, mais plein d'une extraordinaire force d'attraction.
Elle le laissa doucement poser son front contre le sien, se sentant soudain réchauffée. Il sentait toujours aussi bon. Depuis tout ce temps, il avait gardé ce parfum, frais et boisé, qu'elle lui avait offert, un Noël.

Sa proposition la fit frémir. Bien sûr qu'elle voulait revenir... Elle avait désespéré de l'entendre prononcer cette invitation. Avec un sursaut léger, elle le serra plus fort contre elle.

- Je vais revenir... Tout est trop silencieux quand tu n'es pas là.

Bien que Victoire ne le lui ait jamais dit, elle aimait sa façon de grogner après ses secrétaires et ses assistants quand il rentrait le soir. Elle aimait ses sifflements discrets dans la salle de bains le matin. Elle aimait le discret bruissement des cadres sur les murs de leur appartement, qu'il ne pouvait s'empêcher de redresser sans cesse.
Elle sourit faiblement et posa ses mains sur le visage hâlé de son époux avant de poser doucement ses lèvres sur les siennes. Cette sensation électrique qui l'envahit soudain lui fit réaliser à quel point sa proximité lui avait manqué. Elle l'aimait, comme une folle.

***************

Lorsque Victoire passa pour la première fois la porte de l'appartement qu'elle avait délaissé des mois auparavant, il était près de 18 heures. Ses valises avaient déjà été montées par un groom, si bien qu'elle n'eut plus qu'à se préoccuper des sensations que lui procurèrent son retour à la maison.
Sa première impression fut olfactive. Son absence lui fit redécouvrir des senteurs qu'elle avait oubliées. L'odeur douce de cire sur le parquet et les meubles, la fraîcheur de la propreté, la lavande glissée dans les vêtements du dressing, le petit parfum suave de cassis et de citron qui provenait d'une bougie d'ambiance qu'elle avait acheté l'année passée. Elle retrouva même l'odeur de son chat, lorsqu'une boule de poils claire vint se précipiter entre ses jambes. Avec un sourire, la quadragénaire laissa son Sacré de Birmanie grimper dans ses bras.

- Il a encore grandi...

Victoire sourit. Hippolyte lui avait offert Ravel l'année dernière, alors qu'il n'était encore qu'un chaton. Elle l'avait quittée alors qu'il était un jeune chat et le retrouvait en adulte. Son poil était magnifique, ses yeux pétillaient et malgré les mois d'absence de sa maîtresse, il ne semblait pas l'aimer moins.

- Je ne regrette pas d'être rentrée...

Elle souriait alors qu'elle déposait son chat sur son panier, près du canapé du salon. Rien ne semblait avoir bougé depuis son départ. Comme si le temps s'était arrêté. Elle réalisa alors qu'Hippolyte devait avoir grandement souffert de son absence. Avant, il avait l'habitude de changer les tableaux qu'il exposait tous les deux ou trois mois environ. Mais depuis son départ, rien, le même décor.
Son dressing n'avait pas été touché non plus depuis qu'elle avait fait ses valises, laissé dans le même état quelque peu dérangé (dû à sa rage du moment, sans aucun doute.) et elle revit sur leur lit, le même plaid de velours bordeaux. Victoire en fut touchée mais à présent, elle était de retour, il était temps de remettre un coup de souffle dans cette bulle temporelle.

- Le Bordeaux est peut-être un peu trop hivernal pour la saison... Tu ne penses pas qu'un Jaune pâle irait mieux ? Nous pourrions accrocher le Kandinsky au-dessus du lit, je pense que les couleurs iraient bien.

Paroles anodines et futiles en apparence, mais qui n'étaient pas moins réfléchies dans le fond. Victoire voulait ce renouveau. Elle n'avait pas envie de se faire souffrir en pensant au passé et à tout ce qui pouvait l'y renvoyer. Du moins... Pas pour l'instant.
Avec élégance, elle s'assit sur le bord du lit et ouvrit ses valises, geste symbolique s'il en était mais qui ne témoignait pas moins de toute la volonté qu'elle mettait dans son retour. Tranquillement, elle rangea ses quelques tailleurs et autres robes, les uns après les autres, jusqu'à-ce qu'il ne reste, au fond, qu'une boîte plus ou moins rectangulaire. Victoire la sortit doucement et l'ouvrit. L'intérieur était bourré de papier bulle et de papier de soie, afin de protéger le petit tableau qui se trouvait à l'intérieur. C'était une petite représentation presque abstraite d'un bouquet de fleurs, aux couleurs contemporaines, bariolées mais non moins élégantes.

-Tu devrais voir le nombre de ventes d'artistes qui se déroulent à Los Angeles !

Elle le lui tendit ensuite, avec son petit sourire en coin coutumier.

- C'est un Hockney. Quand j'étais en Californie, j'ai trouvé que ma chambre manquait cruellement de tableaux.

Le tableau n'était bien sûr qu'une métonymie. Son époux lui avait manqué, ainsi que tout ce qui se rapportait, de façon plus ou moins consciente, à ses habitudes. Enfin chez elle, Victoire leva des yeux qui semblaient un peu plus vifs dans le regard ébène de l'homme qu'elle aimait.

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MessageSujet: Re: Victoire | I live no more to shame nor me nor you   Dim 6 Nov 2016 - 11:33

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Hippolyte s'était longtemps cru fort, invincible, solide comme un roc, il avait toujours cru que jamais il ne flancherait ni ne laisserait un quelconque sentiment ronger ses idéaux. Et puis il avait laissé Victoire l'approcher, le toucher, envahir son cœur sans qu'une résistance ne s'y oppose. A présent qu'il l'avait de nouveau devant lui, il se rendait compte du gouffre que son absence avait creusée dans sa poitrine. Chaque jour lui avait paru long, morne et gris sans elle. Elle n'avait pas été là lorsque Marius avait tenté de se suicider, il s'était sentit perdre pied, incapable de savoir comment aborder une chose qu'il n'avait pas prévue et sur laquelle il n'avait aucun contrôle. Il aurait aimé que Victoire soit là, et qu'importe si elle s'obstinait à ignorer Marius depuis des années, elle aurait su quoi faire, elle aurait su quoi dire. Elle n'aurait pas été aussi désarmé que lui. Mais elle était absente, et il avait dû se ressaisir, s'adapter, réagir. Comment lui annoncer à présent qu'en plus de disparition de Martial, il fallait prendre en compte l'obstination de Marius à refuser de se soigner ? Qu'il était assuré de mourir dans les deux années s'il avait de la chance ? Pouvait-il seulement lui dire que si rien n'était fait, Marius partirait avec l'amère idée que jamais ses parents ne lui avaient tendu la main ? Et le soulagement de se dire qu'en mourant si jeune il ne risquait pas de devenir un père pire que le sien ?

Pour l'heure, il ne pouvait lui parler de tout ça. Il ne pouvait exiger d'elle qu'elle lui serve de béquille alors même qu'il était censé être son soutien, c'était à lui de l'aider à surmonter sa culpabilité, qu'ils acceptent ensemble leurs erreurs et s'attachent à les réparer. Ensemble, ils pouvaient y arriver, certainement bien mieux que séparés. Victoire était perdue, et même si Hippolyte ne connaissait pas le bon chemin à suivre, il était déterminé à lui tendre la main pour lui en montrer un moins sombre que celui qu'elle avait emprunté.

« Je ne suis pas fin psychologue... Tu sais d'ailleurs que je n'ai jamais cru en la psychologie. Mais je pense qu'ensemble, nous pouvons mettre en lumière ces zones d'ombre, nous pardonner l'un l'autre et... Je ne veux pas faire l'autruche, faire comme si tout allait bien et te laisser d'embourber dans tes hésitations. »

Il ne savait comment lui dire plus clairement qu'il serait là si elle avait besoin d'une épaule sur laquelle pleurer, ou si elle avait besoin d'une oreille dans laquelle hurler. Il serait là, qu'elle ait besoin de déverser son ire sur lui ou sur le monde entier. Il préférait cent fois qu'elle lui reproche tous les maux de la terre que de ne plus l'avoir à ses côtés. Si elle avait besoin de comprendre et de savoir, il mettrait tout en œuvre pour l'y aider. Car si sa raison continuait à lui hurler que c'était une mauvaise idée, qu'il devait se tenir loin d'elle, il avait décidé pour une fois d'écouter son cœur, qui lui n'avait aucune hésitation. Il avait l'intime conviction que désormais, Victoire avait changé, et lui aussi. Ces dix derniers mois avaient été aussi bien destructeurs que salvateurs. Un instant, il songea à se déception si elle refusait sa proposition, mais lorsqu'elle l'accepta, lovée contre lui, il sentit son cœur battre plus fort dans sa poitrine, l'ivresse lui monter à la tête et des fourmis lui chatouiller les doigts. Il n'avais pas ressentit cette sensation depuis longtemps, et bon sang qu'elle était agréable !

Pourtant, il s'attendait à bien des choses, mais pas à ce qu'elle pose ses mains sur son visage pour poser sur ses lèvres un tendre baiser qui le fit frissonner. Pas un frisson d'envie, d'amour ou d'extase, un frisson d'angoisse. La dernière fois qu'elle l'avait embrassé ainsi, c'était avant de le poignarder, et cette désagréable sensation dans son abdomen, il s'en serait bien passé. Se ressaisissant bien vite, il esquissa un sourire avant d'attraper téléphone, cigarettes et clés de bureau pour raccompagner Victoire à leur appartement.


Cet appartement du centre-ville, ils l'avaient choisi ensemble, pour son luxe, pour son allure, pour ses pièces spacieuses... Il leur correspondait, avec son parquet brillant de propreté et ses baies vitrées qui baignaient l'intérieur de soleil, en journée. Il avait connu l'effervescence de l'adolescence de Martial et Marius, marqué par les traits de violon de l'aîné et les frasques du cadet. Il avait été le théâtre de nombreuses réceptions mondaines, accueillit toujours plus de personnalités influentes du milieu des Caesar mais à présent, il semblait dépérir, à l'image de ses propriétaires. S'il était toujours d'une propreté impeccable, on remarquait assez vite que les plantes égayant l'entrée faisait la tête, quelques fleurs avaient fané dans les vases sans que qui que ce soit s'en occupe, la décoration ne bougeait plus... C'était comme si le temps s'était arrêté après le départ de Victoire. Hippolyte était un obsessionnel du contrôle, il ne supportait pas de perdre ses moyens avec qui que ce soit. Après le départ de son épouse, il avait laissé l'appartement dans le même état, comme si en le figeant ainsi il pouvait empêcher le temps de s'écouler. En réalité, il avait refusé le changement, refusé de passer à autre chose, s'obstinant à tout laisser comme avant. D'autre part, il n'avait pas passé beaucoup de temps chez lui, surtout depuis qu'il avait la fâcheuse tendance à voir des traces de sang inexistantes imprégner le parquet. Il s'était enfermé dans son travail, passant la plupart de ses nuits à son bureau, et dormant de moins en moins. A présent, la présence de Victoire semblait apporter une nouvelle chaleur à l'appartement. Il la gratifia d'un regard tendre lorsqu'elle pris Ravel dans ses bras, l'animal semblant au comble du bonheur.

« Duchesse a cessé de lui donner des coups de pattes lorsqu'il lui emprunte son panier, et ils s'entendent plutôt bien, maintenant... »

A vrai dire, les deux animaux étaient comme le jour et la nuit. L'affectueux Ravel face à la méprisante Duchesse, qui n'avait d'yeux que pour son maître et sa maîtresse, et refusait la plupart du temps que qui que ce soit d'autre la touche, comme si elle craignait que des mains sales n'abîment son impeccable pelage blanc. Ravel, c'était un peu le contraire, et Hippolyte se garda bien de dire à Victoire que le pauvre chat avait bien failli payer son accès d'affection avec quelques coups de pied lorsque Marius était venu, passablement éméché, s'écrouler sur le sofa. Quant à ce qui relevait des couleurs adaptées à la saison, Hippolyte faisait confiance à Victoire. S'il avait du goût en matière de peinture, il avait toujours laissé à son épouse le soin d'agencer leur intérieur avec goût, n'étant pas l'homme le plus à cheval sur ce genre de choses. Il savait pourtant que l'apparence était une chose primordiale dans la haute société, et qu'une pièce meublée avec une mode passée faisait bien plus jaser que le reste.

« Maintenant que tu es de retour, tu vas pouvoir transformer cet appartement, c'est vrai que... Je n'y ai pas passé beaucoup de temps, ces derniers mois. Mais plus que le Kandinsky, j'aurais bien vu cette toile de Monet que nous avions dans le petit salon, à Paris. »

Une toile qui avait une valeur autrement plus personnelle, puisqu'il s'agissait d'un cadeau de mariage. Adossé au mur de la chambre, les bras croisés, Hippolyte regardait avec amour son épouse reprendre ses marques, rangeant une à une des robes qu'il connaissait pour certaines, qu'il découvrait pour d'autres. Il la savait maniaque et pointilleuse dans son rangement, aussi la laissa-t-il faire, toujours aussi amusé de la voir classer les tenues selon des camaïeux impeccables.

« Je n'ai pas mis les pieds à Los Angeles depuis des années, il va falloir que tu m'y emmènes. Nous devrions partir en voyage, quitter Racliff un moment... Cette ville est toxique... »

Tout avait été dit sur un coup de tête, mais il le pensait. Au fond de lui, il savait qu'il avait besoin de vacances, de repos, d'un air nouveau, mais il se l'était interdit, car il ne concevait pas de partir sans Victoire, sans savoir où elle était. A présent, ce qui le retenait de lui dire de refaire ses valises, c'était ses enfants. Si Martial refaisait surface en leur absence ? Si Marius... Non. Il ne devait pas penser à cela, pas maintenant. S'approchant, Hippolyte vint s'asseoir près de Victoire et pris la toile qu'elle lui tendait. Elle avait toujours eu l'oeil pour dénicher les belles choses. Pourtant, plus que le tableau, c'est la remarque de Victoire qui le toucha. Ils avaient toujours su communiquer par sous entendus, sans réellement se dire les choses, ou toujours de manière subtile. Le message, il le comprenait.

« Il est magnifique... Nous devrions l'accrocher dans l'entrée, tu ne crois pas ? Les couleurs s'y marieraient à merveille ! »

Passé ce moment de complicité à observer la petite toile, Hippolyte la reposa dans sa boite en soupirant. Toutes ces banalités ne masqueraient pas le malaise ni l'étrangeté de la situation. Il savait certaines choses, il aimait son épouse, il voulait s'accorder et lui accorder une seconde chance, mais il savait également que leurs erreurs ne pourraient être passées sous silence, au risque d'être reproduites.

« Victoire, je... Je ne veux pas que nous fassions semblant. Je ne veux pas que nous nous comportions comme s'il ne s'était rien passé, nous avons tout à apprendre de nos... Erreurs. Et tu sais qu'il me coûte de l'admettre, lorsque j'ai tort.»

Doucement, il se tourna vers elle, détaillant son visage aux traits fins pour la énième fois, persuadé qu'il ne s'en lasserait jamais. Machinalement, ses doigts s'entrelacèrent aux siens.

« J'aimerais que tout ceci soit un nouveau départ, pour nous, pour nos enfants... Plus de mensonges, plus de non dits... »

Et il savait en disant cela qu'il allait devoir lui annoncer l'impensable : que cette malformation cardiaque dont il avait parlé quelque mois plus tôt à Victoire était en train de tuer Marius. Seulement, il ne savait pas quelle réaction il craignait le plus. Le dénis total de la part de sa femme, ou la panique pure ? Ne pouvait dire les choses aussi crûment, Hippolyte préféra la douceur et posa une main sur la joue délicatement maquillée de Victoire.

« Il n'y a qu'une constante dont je sois sûr, Victoire, c'est que je t'aime. Ce sentiment se passe de raison et de rationalisme... »

Verbaliser ainsi ce qu'il éprouvait pour Victoire le perturbait toujours un peu, comme s'il était indigne de le dire de cette manière. Pourtant, il ne se démonta pas, approchant son visage de celui de la femme qu'il aimait pour lui rendre ce baiser auquel il avait été bien peu réceptif que dizaines de minutes auparavant. Tout en elle lui avait manqué. Sa voix, son parfum, la froideur de ses doigts, la chaleur de ses lèvres contre les sienne, son cœur qu'il sentait battre sous sa paume glissée contre sa nuque. C'était plus que de l'amour, c'était de l'alchimie, et il aurait voulu ne jamais plus rompre ce contact.
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MessageSujet: Re: Victoire | I live no more to shame nor me nor you   Sam 12 Nov 2016 - 20:46

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C'est seulement quand l'être aimé disparaît de nos vies que nous nous rendons compte à quel point sa présence avait de l'importance à nos yeux... Victoire, en revenant dans son appartement, ne pouvait s'empêcher de constater l'ampleur des dégâts qu'avaient causé son départ dans la vie d'Hippolyte. La maison était devenue un musée, où la seule chose qui pouvait témoigner que le temps avait passé résidait dans les pots de fleurs fanées et la prise de masse de son chat.
Elle accueillit les observations de son mari avec un petit sourire en coin tout en caressant son animal. Le fait de pouvoir laisser vagabonder ses longs doigts fins dans la fourrure du Sacré lui procura une certaine sensation d'apaisement.

- Eh bien tant mieux, ça nous évitera d'essuyer les plâtres après une de leur énième disputes...

Victoire commença à parler décoration. Oui c'était futile et faire comme si de rien n'était ne relevait sans doute pas de la meilleure des idées possibles, mais la quadragénaire avait besoin de retrouver le bonheur même illusoire, de la sensation d'un foyer. Elle voulait oublier sa douleur, l'espace d'un instant.
Elle repensa à leur fameux petit salon à Paris. Elle avait aimé y passer du temps. C'était, selon elle, la pièce la plus agréable à vivre de la maison. Orientée face au soleil, la tapisserie qui ornait les murs était simple et très claire. Le mobilier était en bois blanc, d'inspiration Louis XIV, et l'habillage en tissus jaune perlé se révélait d'une douceur incomparable au touché. Au mur, le Monet apportait la touche de verdure qui manquait à la pièce. Elle avait la vingtaine à l'époque et se souvenait vaguement de l'air rebelle qu'elle arborait parfois, sous sa crinière brune permanentée. Elle revoyait comme dans un mirage son air boudeur, ses yeux vifs et sa façon presque nonchalante de porter ses robes pulls griffées Sonia Rykiel.

Tout ceci paraissait définitivement révolu.

- Tu as raison, le Monet irait bien mieux... Il a toujours su faire son effet.

Dès le moment où ils l'avaient reçu, dans la salle de bal de l'Opéra Garnier, privatisée à l'occasion, tout le monde n'avait cessé de s'extasier devant sa beauté. Victoire, dans son euphorie de jeune mariée, reine de la soirée, n'avait pu s'empêcher de se sentir éminemment supérieure. Le Tout Paris leur tournait autour, les félicitait, les couvrait de cadeaux, marquant ainsi l'entrée de leur règne.
Ils étaient beaux, ils étaient jeunes, ils avaient le monde à leurs pieds.
Fatalité du destin ou faute d'un père trop mégalomane, trop usé dans sa lutte, ce bonheur qui semblait si certain s'était bien vite délité.
En essayant de ne plus y penser, Victoire commença à défaire ses valises pour cacher ses regrets et son trouble. Elle classait tout par matière puis par couleur. Jamais on avait vu de dressing plus organisé que le sien. Elle sourit lorsque son époux évoqua l'idée de partir. Après tout, peut-être qu'ils avaient bien besoin de ça. S'en aller pour un moment, prendre du temps pour eux et oublier tout le reste.

- Pourquoi pas ? C'est une ville assez frivole mais elle a quelques bons côtés. Les coteaux des vignes de Californie m'ont rappelé le Sud de la France... Menton, Nice, Grasse... Tu te rappelles ce voyage ?

Elle lui offrit ensuite le cadre. Ce cadre qui lui avait rappelé la maison alors qu'elle était en fuite, loin du bruit et des noirs desseins qui l'avaient poussée à commettre l'irréparable.
Cependant, ce retour ne pouvait s'achever sans une réelle mise à plat de l'ensemble de leur passé. La quadragénaire écouta son époux parler, faisant soudain grise mine. Elle n'aimait pas entendre ça mais elle savait qu'ils en avaient besoin pour progresser. Elle l'écouta en hochant la tête et mordillant sa lèvre inférieure. Puis elle releva les yeux vers le visage sévère d'Hippolyte. Il incarnait toujours cette force tranquille, cette bouée de sauvetage à laquelle elle se raccrochait quand elle se sentait couler sous le poids de son passé familial.

- Je ne veux pas non plus faire comme si tout n'avait pas existé... Je voudrais pouvoir apprendre et sauver ce qui peut encore l'être...

Elle soupira en le regardant. Elle se sentait minable et faible. Sa culpabilité ne fit qu'augmenter lorsqu'il lui parla de non-dits. Si elle avait seulement tenté de parler à Hippolyte ce jour là, peut-être ne serait-il pas allé à Paris et l'aurait-il empêchée de commettre la plus grande folie de son existence... Victoire regrettait, son coeur était déchiré de part en part.

- Si c'est encore possible... Si c'est encore possible alors je ferais tout ce que je peux pour entamer un nouveau départ...

Elle sourit faiblement lorsqu'elle sentit les doigts de bureaucrate d'Hippolyte chercher les siens et les serra avec un peu de force. Elle rougit presque lorsqu'il lui déclara ses sentiments dans des mots qui ne lui étaient pas coutumiers. La quadragénaire sentit presque son coeur s'emballer lorsqu'il l'embrassa à nouveau. Dans ses bras, elle se sentait à nouveau jeune, vierge de tout mensonge, de toute vilennie.
Victoire sentit ses lèvres se lier avec plus de force aux siennes alors que ses doigts allaient doucement chercher la nuque puis les cheveux impeccablement brossés de son homme. Elle aimait sentir la texture épaisse de ces derniers entre ses doigts quand elle était contre lui.
Ses mouvements devenaient un peu plus fébriles, elle sentait s'éveiller en elle des désirs qu'elle croyait avoir abandonné.
Peut-être seraient-ils allés plus loin si la femme du PDG n'avait pas senti le sol se dérober subitement sous ses pieds. Sans qu'elle ait pu dire pourquoi, elle sentit ses jambes mollir et toute vigueur l'abandonner. Son visage devint soudain très blanc alors que son corps prenait plus de poids qu'un bloc de béton.
Victoire s'écroula dans les bras de son mari sans vraiment comprendre pourquoi ses malaises devenaient de plus en plus fréquents. Elle ne sentait pas la catastrophe se profiler à l'horizon. Elle ne savait pas que la mutation de Marius avait sa part d'hérédité.

- Je... ça va aller... Je vais juste prendre un peu de paracétamol...

Comme toujours lorsqu'elle était malade, Victoire était dans le déni. Elle ne voulait pas voir de docteur, elle ne voulait pas se connaître faible. Elle ne pouvait pas imaginer un seul instant avoir besoin de soins.
Difficilement, elle finit par se redresser en titubant et s'allongea sur le bord du lit. Elle n'avait pas lâché la main d'Hippolyte et haussa un peu les yeux.

- J'ai peu mangé depuis hier... C'est sans doute un simple malaise vagal, rien de très grave...

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MessageSujet: Re: Victoire | I live no more to shame nor me nor you   Dim 11 Déc 2016 - 16:57

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Hippolyte n'avait jamais vraiment caché le fait d'être un homme impitoyable et, à bien des égards, cruel. Aussi terrible cela soit-il, il n'avait séduit Victoire que pour son nom, son héritage, sa fortune, et surtout l'entreprise de son père. En intégrant les laboratoires De Langlois, son but avait été de s'approprier l'entreprise par tous les moyens, et il savait qu'il n'aurait eu aucun scrupule à épouser cette femme sans le moindre sentiment pour elle. Il aurait pu la délaisser, ne faire d'elle qu'une façade, lui donner un rôle et l'oublier ensuite pour mieux se donner à corps perdu pour la science. Il se serait bien fichu des reproches ou de l'infidélité d'une femme bafouée, et n'aurait eu que faire d'un éventuel divorce, puisqu'il aurait entre temps obtenu ce qu'il voulait.

A aucun moment Hippolyte ne s'était dit que des sentiments pourraient naître en lui pour Victoire. Pourtant, il aimait son intelligence, il adorait son sourire, il riait à ses plaisanteries, il était fasciné par son élégance... Avant qu'il n'ait pu s'en rendre compte, il était déjà éperdument amoureux d'elle. A présent, il sentait encore et toujours son cœur battre plus fort dans sa poitrine en sa présence, son parfum lui chatouiller les narines et ses sentiments s'emballer lorsqu'elle ouvrait la bouche. Contre toute attente, il l'aimait comme au premier jour, peut-être plus encore que le jour où ils s'étaient dit oui, et moins que lorsqu'ils devraient se dire au revoir. Il l'aimait et elle lui avait cruellement manqué, à tel point que le coup de poignard, l'empoisonnement et l'amnésie semblaient être passés au second plan. La seule qui perdurait était l'aveu. Elle avait tenté de tuer Marius et ça, Hippolyte n'était pas encore en mesure de passer au dessus. Comment aurait-il pu, d'un autre côté ?

Alors que Victoire évoquait la décoration et la remise à neuf de leur intérieur, Hippolyte ne put s'empêcher de sourire. Elle reprenait ses marques, réinvestissait cet intérieur qui était autant le sien que celui de son époux, et il aimait ça. Elle voulait revenir, elle voulait reprendre son rôle, et il était prêt à lui laisser les rennes de l'appartement sans la moindre hésitation. Elle avait toujours su tout faire avec goût et raffinement, à tel point qu'elle aurait pu donner des leçons à n'importe quel architecte d'intérieur.

« Et puis ce Monet... Quelque part c'est un peu nous, notre histoire, plus que n'importe quelle autre toile... » dit-il en tendant la main vers elle pour glisser ses doigts entre les siens.

Tant de choses résonnaient avec ce tableau, des choses plus profondes et personnelles que quelques coups de pinceaux sur une toile, n'en déplaise à l'incroyable talent de Monet. Ce tableau, c'était leur idylle, leur histoire, leur amour, leurs peines, leurs disputes, leur réussite. Il revoyait encore Victoire, toute jeune étudiante en pharmacologie alors que lui-même arborait fièrement son double doctorat obtenu avec les félicitations du jury, il la revoyait rire et l'envoyer bouler alors qu'il tentait maladroitement de la séduire. Aujourd'hui, il la connaissait si bien que la moindre variation de timbre dans sa voix le mettait en alerte, tout comme ce léger tremblement de ses mains fines s'affairant sur ses vêtements ne le laissa sans interrogations. Elle était tendue, sa belle épouse, tendue et troublée par bien des choses, des souvenirs, des erreurs et des regrets. Depuis le temps, elle savait que si l'envie lui prenait, elle pouvait lui parler et tout lui confier, aussi n'insista-t-il pas pour qu'elle lui raconte ce qui la troublait à ce point. Il préféré la couver d'un regard aimant tandis qu'elle évoquait ce voyage effectué des années auparavant.

« Je m'en souviens, oui... Tu en étais à peine à la moitié de ta grossesse et déjà, tu conspuais les jumeaux de te faire tourner en bourrique ! Ce n'est peut-être pas ton meilleur souvenir, mais je me rappelle avoir dû goûter pour toi tous les vins que tu voulais ramener à Paris... Et la suite m'échappe, je ne devais plus être très frais. »

Probablement devait-il être dans le même état que quelques jours auparavant, quand Marius était venu le trouver dans son salon, lui aussi particulièrement alcoolisé. Passant doucement le pouce à la surface rugueuse de la toile que Victoire venait de lui offrir, Hippolyte savait que c'était le moment de mettre les choses à plat, de parler de tous ces non-dits, ces faux semblants et ces mensonges qui avait ternis leur couple, le moment de jouer cartes sur table pour mieux redémarrer. Car s'ils n'étaient pas en mesure à l'avenir de se refaire confiance, leur mariage ne signifierait plus rien, et Hippolyte préférait ne pas songer à une telle éventualité.

« C'est encore possible, Victoire... Nous n'avons jamais eu de... Soucis de ce genre auparavant. Mais je suis persuadé que nous parviendrons à le surmonter et à avancer malgré tout. Simplement... Je pense que certains de nos combats vont changer, à partir de maintenant. »

A commencer par la chasse. Depuis quelques mois, Hippolyte se demandait si chasser les mutants était réellement une bonne chose, si ce n'était pas totalement hypocrite d'abattre des inconnus sans connaître la nature de leur mutation, alors même qu'il fermait les yeux sur celle de Marius ? Mais pour l'heure, tout ce que voulait Hippolyte, c'était retrouver sa femme, son contact, la caresse de ses doigts dans ses cheveux, l'odeur enivrante de son parfum, et il sentit bientôt son cœur de pierre s'emballer alors qu'il goûtait pour la première fois depuis des mois à ce fruit défendu qu'étaient les lèvres de son épouse. Et peut-être se serait-il passé tout ce qu'on aurait pu attendre d'un couple célébrant d'intenses retrouvailles, mais alors qu'Hippolyte passait une main derrière la nuque de Victoire, il sentit celle-ci s'affaisser dans ses bras comme une poupée de chiffon. Il se rendit alors compte que ces quelques mois avaient profondément affectés Victoire lorsqu'il sentit se petit poids plume s'effondrer sur lui. Elle avait maigrit, il sentait ses côtes contre ses doigts, et ce visage d'une pâleur cadavérique qu'elle semblait vouloir cacher achevèrent d'inquiéter Hippolyte. Soucieux, il l'aida à s'allonger sur le lit et posa une main sur son front. Sans surprise, elle était brûlante.

« Victoire, tu sais aussi bien que moi que le paracétamol tient plus du placebo que d'autre chose. Tu es brûlante de fièvre ! »

La mine grave, il la fixa sans se démonter. En bonne scientifique qu'elle était, Victoire détestait les médecins ou le fait d'être malade, ne supportait pas de mettre les pieds dans un hôpital en tant que patiente, et lui avait toujours tenu tête, à chaque fois qu'un virus avait pu avoir raison de ses défenses immunitaires.

« Sois un peu raisonnable, Victoire... Ce n'est pas depuis hier que tu manges peu. Tu as bien du perdre sept ou huit kilos depuis juin, tu es pâle à faire peur et tu as de la fièvre... Tu n'aime pas ce diagnostique, mais tu es malade, et ne compte pas sur moi pour faire comme si tout allait bien. »

Lui lâchant doucement la main, il quitta la pièce le temps de remplir un verre d'eau fraîche et d'attraper deux cachets d'antidouleurs, qu'il s'empressa de ramener à son épouse. Il avait soucieux, le bureaucrate, inquiet pour cette femme qu'il venait tout juste de retrouver et qui déjà semblait lui filer entre doigts.

« Décris-moi tes symptômes... Depuis quand ? Si tu ne veux pas aller à l'hôpital, très bien. Mais ne me tiens pas à l'écart, s'il te plaît... »

Plus de mensonges, plus de non-dits, voilà ce qu'ils s'étaient promis... Et Hippolyte était bien loin de se douter que la cause du malaise de Victoire était une sournoise et vicieuse mutation en plein éveil.
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MessageSujet: Re: Victoire | I live no more to shame nor me nor you   Lun 12 Déc 2016 - 23:41

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Victoire se détestait. Elle détestait ses choix, elle détestait ce qu'elle avait infligé à ses proches, elle détestait ce corps qui semblait vouloir la faire souffrir depuis ce fameux jour où Hippolyte lui avais annoncé l'existence de sa bâtarde. Elle était heureuse d'être à nouveau dans les bras de son homme mais déjà ses crises semblaient la reprendre. Elle aurait aimé qu'il n'aie pas à voir ça, à la sentir aussi minable alors qu'elle avait toujours été battante.
Elle avait bien essayé de se reprendre, prétexter quelque chose de moins grave, mais son mari ne s'y laissa pas prendre. Elle soupira et se laissa allonger sur leur lit moelleux sans faire autre chose que lever les yeux au ciel. Oui, elle savait très bien que le paracétamol n'était qu'un placebo mais elle ne tenait pas à s'empiffrer de médicaments pour un oui ou pour un non. Ça aurait été admettre qu'elle était souffrante.

- Beaucoup de choses peuvent expliquer la fièvre... Le décalage horaire, l'air conditionné de l'avion... Je dois être juste un peu affaiblie, pas de quoi en faire toute une histoire.

Mais il n'en démordait pas, à raison sans doute. La mâchoîre de Victoire se crispa lorsqu'il lui décerna les mots fatidiques. Oui. Il avait raison, elle était malade. Elle avait refoulé son malaise pendant des mois, elle n'avait pas écouté son corps et en payait le contrecoup. La quadragénaire n'avait jamais été épaisse ais elle avait été auparavant pourvue d'agréables rondeurs au niveau des hanches et de la poitrine, fruits d'une grossesse bien menée qui avaient laissé leurs marques sur son corps. Maintenant, elle rentrait aisément dans un 36, ce qui ne se remarquait pas au premier abord grâce à ses vêtements coupés sur mesure. Mais son mari la connaissait trop pour se faire duper.

- Je n'ai jamais eu beaucoup d'appétit, tu le sais... Mais je te jure que mis à part ces derniers jours, je me suis alimentée correctement... Tu peux vérifier, j'ai fait un bilan sanguin à Los Angeles, il est dans les papiers de mon attaché case. Aucunes carences mis à part la vitamine D, légèrement, taux normaux de glucides, un peu en dessous de la moyenne pour les lipides.

Elle désigna mollement sa mallette en cuir de sa main avant de se laisser retomber dans les coussins. Elle avala sans rechigner les cachets que son mari lui tendit et se redressa un peu. Elle posa une main sur les siennes et le regarda droit dans les yeux. Elle n'avait pas l'intention de lui mentir.

- Ça a commencé après que... Après mon premier départ de Radcliff. J'avais souvent des migraines et des crises d'angoisses la nuit mais j'ai mis ça sous le compte d'un choc psychosomatique et je me suis soignée à coups d'antidouleurs et de somnifères quand mon manque de sommeil était critique... Petit à petit les choses sont rentrées dans l'ordre... Mais après mon deuxième départ de Radcliff, ça a recommencé, plus fort. J'ai commencé à avoir des vertiges de temps à autres. J'ai pris le soleil, consulté un médecin, fait des prises de sang, mais rien n'est ressorti aux examens.

Elle regarda son mari avec un air affirmé malgré sa frêle stature. Il la connaissait assez pour savoir qu'elle ne serait jamais allée voir un praticien sur un coup de tête. Ça avait été un gros effort de faire cette concession là, dans l'espoir de conserver sa santé.
Victoire se rappela soudain une anecdote de leur vie, alors qu'ils commençaient à peine à se fréquenter. Elle n'avait jamais été dupe et s'était toujours douté qu'Hippolyte lui faisait la cour dans le but de s'emparer de la fortune paternelle. Globalement, elle n'avait jamais rien eu à redire à cela. Après tout, il avait été un des plus brillants associés de son père, ce dernier aurait donné sa bénédiction, avec ou sans consentement mutuel.
La jeune fille qu'elle avait été s'était prêtée au jeu, avec la ferme intention de mener la vie dure au pharmacien.

Elle revit cet après midi en particulier, où ils avaient fait une partie de tennis dans la villa de vacances d'un ami. Elle s'était ouvert le mollet après une chute, ce qui avait particulièrement impressionné l'assemblée. Voyant qu'Hippolyte insistait déjà pour l'envoyer aux urgences, elle l'avait royalement envoyé péter et avait réclamé, par pure bravade, du désinfectant, du fil et une aiguille avant de se raccommoder toute seule. Sans jamais cesser de fixer son mari, elle se demanda si ce n'était pas à ce moment là qu'il avait commencé à l'aimer vraiment.

- Ce n'était peut-être, que de l'accumulation de stress et de fatigue... Tout devrait rentrer dans l'ordre maintenant, tu ne crois pas ? Je te promet de manger plus et de refaire du sport, ça devrait me requinquer.

Elle se redressa un peu et l'attira à elle, au milieu des coussins, avant de se rallonger, un peu plus lascive. Elle passa doucement ses bras autour de son mari et enfouit sa tête contre son torse.

- On aura le temps de s'occuper de tout ça un peu plus tard... Ça fait si longtemps qu'on ne s'était pas retrouvés ici toi et moi.

Elle respira à nouveau son odeur boisée, caressa ses cheveux noirs, laissa ses doigts fins parcourir son col de chemise amidonné. Elle était un peu faible mais encore assez alerte pour se montrer tendre avec celui qui partageait sa vie depuis 27 ans.
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MessageSujet: Re: Victoire | I live no more to shame nor me nor you   Dim 8 Jan 2017 - 19:22

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Hippolyte avait toujours été doué pour résister à attendrissement et aux démonstrations mielleuses susceptibles de l'amadouer. Pourtant, il était incapable de rester insensible à la détresse de Victoire, à la pâleur de son visage, à ses regrets, à l'apparente maigreur de ses traits, et encore moins à cet état de fatigue qui l'accablait. C'est qu'il l'aimait, cette femme, il l'aimait à s'en faire du mal, il l'aimait au point de lui pardonner ce coup de poignard, il l'aimait au point d'être prêt à s'excuser pour son adultère jusqu'à la fin de ses jours. Il l'aimait, mais il se sentait impuissant alors qu'elle affirmait que son léger malaise n'était rien.

« Victoire... Tu as toujours été en très bonne santé, ne minimise pas tes symptômes, s'il te plaît... »

Il était tenace, le Caesar, et il ne rendrait pas les armes le premier. Pas si la santé de son épouse était en jeu. Il avait sentit ses côtes se dessiner sous ses doigts, le sommet de ses hanches, là où auparavant, de belles rondeurs féminines étaient venues adoucir l'angle un peu trop rude de son squelette. Quelque chose n'allait pas, quelque chose qui la rongeait physiquement, quelque chose de différent de la culpabilité qui se lisait sur son visage. Tout comme l'inquiétude était palpable sur celui de son époux. Sans se faire prier, il ouvrit la mallette en cuir que lui désignait Victoire et s'empressa de parcourir les résultats du bilan sanguin. Tous les taux étaient normaux, et les rares à ne pas l'être n'était qu'une preuve de la fatigue de la quadragénaire, mais il n'y avait pas de quoi s'affoler en voyant de tels résultats. Tout y était, car qui donc serait aller faire une analyse ADN pour une fatigue et un manque d'appétit passagers ? Qui se serait immédiatement dit que touts ces symptômes étaient le fruit de la manifestation d'une mutation tardive ? Certainement pas une chasseuse, dont la famille chérissait depuis des générations un impeccable patrimoine génétique humain. Pendant un temps, Hippolyte avait cru être le responsable de la mutation de Marius, seulement, tous les tests qu'il avait mené sur lui-même lui avaient donné le même résultat : il n'y avait pas la plus petite trace de gêne mutant dans son organisme. A aucun moment il ne se serait douté que c'était l'ADN de Victoire, qui avait muté. Lorsqu'elle posa sa main sur les siennes, il releva les yeux pour plonger son regard dans celui tant aimé de son épouse.

« As-tu fait un IRM ? Ou au moins un scanner ? Tu n'as pas subit de traumatisme crânien ? Les vertiges sont peut-être dus à des dégâts au niveau de l'oreille interne, et les migraines pourraient résulter d'un problème plus grave... Je... Je ne veux pas dramatiser la situation, et peut-être est-ce simplement passager, mais je vais contacter un médecin de l'hôpital pour qu'il te fasse faire quelques examens complémentaires, d'accord ? Il me doit un service, de toute manière. »

Victoire n'était ni hypocondriaque, ni une femme faible et apeurée qui se rendait à l'hôpital dès qu'un petit bobo se faisait sentir. Pour qu'elle soit allé voir un praticien, c'est qu'elle devait s'inquiéter, au fond. Victoire était une femme forte, bien plus qu'il ne le serait jamais, et bien malheureux aurait été celui qui se serait avancé pour lui prendre la main et l'aider à descendre un escalier. Hippolyte avait vu cette force s'exprimer dans bien des aspects de la vie de son épouse. Face aux caméras, elle parlait sans bafouiller ni baisser les yeux un seul instant, devant un mutant belliqueux, elle n'hésitait pas un instant avant de lui planter son poignard dans la gorge. Hippolyte aimait cette force tout autant qu'il aimait la douceur qu'elle lui réservait, mais il craignait qu'un jour, Victoire ne présume un peu trop de ses forces. Poussa un léger soupir, Hippolyte se laissa faire lorsqu'elle l'attira à lui, entourant les frêles épaules de son épouse de son bras en tournant vers le plafond un regard pensif.

« Je ne veux pas que tu te préoccupes de ta santé pour me faire plaisir, Victoire... Je tiens vraiment à ce que tu le fasses pour toi. Si tout... Si tout ça doit être un nouveau départ, prenons-le à deux, d'accord ? »

Il tourna la tête vers elle, ses doigts se perdant dans ses longs cheveux qu'il n'avait plus aucun scrupule à décoiffer.

« Des mois, je crois bien. Entre toutes les épreuves que nous avons traversés et le travail, j'ai l'impression que nous n'avons pas pris de temps à nous depuis une éternité, c'est ridicule... »

Il travaillait beaucoup, le Caesar, bien trop d'après son médecin. Mais comme il avait l'habitude de le dire, il fallait bien qu'il justifie son salaire mirobolant et qu'il soit là pour faire tourner la boutique.

« Je vais prendre quelques congés, peut-être déléguer davantage... Je veux que nous puissions passer davantage de temps ensemble. »

Ses doigts vinrent caresser le visage artificiellement lifté de Victoire, et un sourire vint éclairer son visage habituellement si fermé. Peut-être pouvaient-ils effacer les dernières minutes et reprendre où ils s'étaient arrêté ?

« Il me semble qu'avant ton malaise, nous étions lancé dans une discussion passionnante... »

Doucement, il se pencha vers Victoire et, avant qu'elle n'ait pu dire un mot, captura ses lèvres dans un baiser passionné.
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