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 mama was my greatest teacher, a teacher of indifference, hatred and contempt (victorius)

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MessageSujet: mama was my greatest teacher, a teacher of indifference, hatred and contempt (victorius)   Jeu 1 Déc 2016 - 20:52

Mama was my greatest teacher, a teacher of indifference, hatred and contempt
Victoire & Marius



Autant le dire tout de suite: c'est une chose que de picoler comme un trou avec son père, c’en est une autre que d'en assumer les conséquences ou les diverses implications. Et je ne suis pas un génie dans ce domaine là. J'ai vaguement résumé la situation à Moira le lendemain mais c'est à peu près tout. Pas beaucoup de souvenirs de la soirée et malgré la curiosité morbide d'en avoir, je crois que c'est une très très mauvaise idée de ne serait ce qu'y repenser. Alors pourquoi est-ce que j'y pense ? Peut être parce que une fois n'est pas coutume, je suis le cul vissé à une chaise pour discuter sur skype avec le responsable des cascades et que ça me fait profondement chier. Du mouvement rageur, je relance la vidéo pour voir et revoir dans notre prise test ce qu'on me reproche sur la gestuelle. Cascade millimétrée au geste près, posture calculée pour qu'on ne voie pas trop mon visage et qu'on ne reconnaisse qu'une silhouette, je n'arrive vraiment pas à… “Là !” Je repasse la séquence au ralenti. Bordel: il a raison, mon mouvement s'est un peu décalé sur la droite et mon coude ainsi que mon pied viennent de rentrer dans le décor qui sera ajouté au montage. Pas cool. Je déteste ce genre de choses, parce que ça veut dire qu’il va falloir négocier soit pour que les responsables des effets spéciaux se démerdent, soit pour que je refasse l’enchaînement. Dans tous les cas, je me prends la tête dans un soupir devant ce qui m’attend. En théorie, ce n’est pas à moi d’évaluer le coût que représenteraient les deux possibilités mais comme j’ai toujours le coeur fragile, qu’on m’interdit encore de revenir sur le terrain et que mon coordinateur de cascade s’est aperçu entre temps que je ne disais pas que des conneries… ”Qu’est ce que tu en penses, Marius ?” Je m’avachis sur mon siège, attrape un quartier de clémentine qui traîne sur la table du bureau. Ce que j’en pense ? J’en pense que j’ai fait la connerie d’aller voir mon père alors que j’avais quelques millilitres d’alcool dans le sang, j’en pense que mon coeur fait le zouave, que la prison me pend au nez, j’en pense que putain, je crève d’envie de remettre un pied sur un tournage, dans un terrain de handball, je crève d’envie de pousser mon corps dans ses retranchements sous des projecteurs, je crève, et c’est bien ça le problème. “Je pense que je peux réussir sans trop de problème à la refaire en restant dans le cadre, et que ça ne coûterait que quelques heures de tournage en plus. Il faudrait voir les devis des techniciens pour les effets spéciaux, mais sérieux, si on peut éviter ça..” A travers l’écran, il me fixe avec une suspicion affichée.


”Tu ne feras plus la moindre roulade tant que tu ne m’auras pas présenté un bilan cardiaque complet.” Je m’étouffe à moitié dans ma mastication. ”Tu te fous de ma gueule ?” Visiblement non. ”Allez… putain… tu ne peux pas me faire ça… mon coeur va bien mieux, c'est mon cardiologue qui me l'a dit, je te le jure…” Il secoue la tête. Il ne plaisante pas, je soupire. Plus les gens vont savoir que j'ai un coeur fragile, moins ils vont vouloir me faire confiance et plus ils vont devenir paranoïaques. Et on se demande pourquoi j'ai voulu verrouiller mon dossier dès le début. Il recommence à parler, je décide que ça me gonfle: ”Attends, je dois avoir un problème de connexion, je ne t'entends plus très bien.” Il peste, moi je me lève. Et j'éteins mon ordinateur. Voilà, les problèmes de connexion sont les nouveaux tunnels de la communication. Problème résolu, je n'ai plus qu'à… je m’immobilise au milieu du séjour. J'attendais quelqu'un ? Moira a les clés, Aspen est à NY, toujours plus de nouvelles de Seth, quand à Astrid ou Martial… j'affiche une moue dubitative. ”J’arrive !” J'ai du coffre, quand je gueule, tout l'immeuble doit donc être au courant et je file me rendre à peu près présentable.


Quelques pas, j'enfile un baggy exagérément taille basse sur mon caleçon Winnie l’Ourson, je démêle rapidement avec mes doigts ma tignasse et je décide d'assumer totalement mon tee-shirt Porcinet tout à fait accordé à mon caleçon. J'aime bien quand il y a une certaine cohérence dans mon choix de fringues, c'est mon côté maniaque.


Je me repointe devant ma porte que j'ouvre sans plus tarder. Pour la refermer immédiatement. Oh putain. Qu'est ce qu'elle fout là ? J'ouvre à nouveau la porte, très légèrement cette fois, les yeux rivés sur ses mains, sur son visage, sur ses mains, sur ses pupilles, son visage, ses mains… c'est une chasseuse, une chasseuse qui a poignardé mon père, une chasseuse qui est donc mon ennemi naturel, une chasseuse qui m'a ignoré pendant des années sans raison, gratuitement. Je me méfie d'elle, je me méfie de ce que cachent ses yeux, je me méfie de sa présence, je me méfie de tout.


Mais c'est ma mère. Et venir ici, c'est me concéder que j'existe. Et c'est bien plus que ce que je n'aie jamais eu en 20 ans, si on oublie les gifles. ”Qu'est ce que tu fais ici ? Martial n'est pas là, si c'est lui que tu cherches. Et je suis pas là non plus.” Je m'apprête à fermer la porte. Je veux fermer la porte. Mais je n'arrive pas à fermer la porte. ”Si tu veux essayer de me tuer, repasse demain, je suis pas hyperactif partant aujourd'hui. ” Je fais le malin, je fais de l'humour mais ça ne fait que mettre en avant cette terreur et cette franche inquiétude qui me noue les tripes pour en faire un  origami. Ou un noeud de pendu. Quelque chose s'en approchant, dans tous les cas.

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MessageSujet: Re: mama was my greatest teacher, a teacher of indifference, hatred and contempt (victorius)   Dim 11 Déc 2016 - 23:36

Mama was my greatest teacher, a teacher of indifference, hatred and contempt
Victoire & Marius



Cela faisait maintenant plus d'un mois que Victoire s'était de nouveau installée à Radcilff. Tout semblait se passer au mieux, sa vie de couple était plus épanouie que jamais (*ahem*), elle recommençait à sortir et voir du beau monde et petit à petit, elle se reforgeait une place dans la société qu'elle avait abandonné. Pourtant, malgré les soins qu'Hippolyte lui prodiguait, elle avait l'impression que son état ne s'améliorait pas. Elle mangeait mais ne reprenait pas de poids, elle avait fréquemment des vertiges et songeait sérieusement à aller faire des analyses de sang.
Ce fut d'ailleurs autour d'une conversation sur sa santé que son mari lui avoua la vérité sur leur fils Marius. Ce dernier était malade, gravement malade, et seule sa mutation lui permettait de tenir.

Cette révélation fit l'effet d'un coup de fouet à Victoire. Elle qui n'avait jamais désiré ce fils, qui avait même tenté de le tuer de ses propres mains, elle se retrouvait soudain démunie face à l'assurance de sa mort. Elle se sentit à nouveau aspirée par ce gouffre sans fond, accablée de tout le poids de sa culpabilité.
Elle ne réfléchit pas plus longtemps avant de se décider. Elle irait lui parler. Oh, sans doute se ferait-elle envoyer paître, sans doute se prendrait-elle en pleine face le résultat de 20 ans de rancoeur et de mauvais traitements. Mais n'était-ce pas, après tout, que justice ? Marius pouvait bien mourir demain, comme dans 6 mois ou 5 ans. Elle ne voulait plus se dire qu'elle n'avait rien tenté pour recoller les morceaux. C'était sa dernière chance.
Après d'âpres négociations avec son mari, elle parvint à obtenir l'adresse de résidence de son enfant. Elle passa encore une semaine à cogiter, réfléchir à ce qu'elle allait dire, à se préparer à tout ce qu'elle allait pouvoir entendre.
Puis elle se décida enfin à y aller.

La veille, elle n'avait que peu dormi, trop nerveuse à l'idée de revoir cet enfant qu'elle avait détesté et qui la détestait à son tour. Elle avait tenté d'éloigner de son esprit toute la culpabilité qu'elle portait en son coeur afin de passer au moins quelques heures de sommeil tranquille, mais rien n'y fit.
Quelques cachets plus tard et elle partait enfin dans les bras de Morphée pour être tirée du lit par les rayons de soleil criards qui filtraient à travers les stores. Hippolyte était déjà parti.
Victoire brusha impeccablement ses cheveux, enfila un tailleur bordeaux, des escarpins et un sac noir puis elle sortit en direction de l'appartement de son fils.

Elle resta plusieurs longues minutes devant la porte avant de se décider à appuyer sur la sonnette. Et là encore, elle dût se faire violence pour ne pas s'enfuir en courant avant qu'il ne vienne ouvrir. Elle sursauta quand la porte s'ouvrit et se sentit presque soulagée quand elle se referma aussitôt. Au moins c'était un refus catégorique, elle n'aurait pas à affronter les mots durs de son enfant. Elle allait entamer un demi tour quand la porte se rouvrit. Elle resta donc ici, impassible, digne dans ce couloir d'immeuble avec ce petit air hautain qu'elle avait toujours pour cacher son malaise.

- C'est toi que je suis venue voir Marius.

Il n'était vraiment pas disposé à lui parler, elle pouvait le comprendre. Déjà, alors que rien n'était dit, elle sentait la douleur sourde de la culpabilité refaire surface.

- Je ne suis pas revenue à Radcliff pour tuer qui que ce soit.

Elle avait dit cela en soupirant et se mordit la lèvre. Elle ne savait pas par où commencer. Elle ne savait pas comment aborder le problème. Elle repensa à tout ce qu'Hippolyte lui avait dit, et bien qu'elle en ait mal au coeur, elle devait affronter la suite des événements.

- Ton père et moi habitons à nouveau ensemble et tout se passe bien. Il... Il m'a dit, pour ton coeur.

Elle se sentait bête dans ce couloir, mais la porte à demi fermée de l'appartement était comme une sécurité pour elle, un rempart qui la protégeait de la colère de son fils.

- Tu vas sans doute me reprocher de ne venir te voir que maintenant après t'avoir ignoré toutes ces années, me dire que c'est trop facile de venir jouer à la maman alors que j'ai toujours refusé de l'être... Mais s'il te plaît, je voudrais que l'on discute.

Victoire ne savait pas qu'elle était grand-mère. Elle ne savait presque rien sur la vie de son fils, de la même façon qu'il ne savait pas avec quelle lourdeur elle traînait les spectres de son père et de sa culpabilité derrière elle. Elle avait donné naissance à un étranger et tentait vainement de rattacher des noeuds sans doute défaits à tout jamais. Victoire avait la sensation de se débattre vainement contre quelque chose de plus fort qu'elle. Elle luttait contre les démons qu'elle s'était elle-même créé.
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MessageSujet: Re: mama was my greatest teacher, a teacher of indifference, hatred and contempt (victorius)   Lun 12 Déc 2016 - 16:49

Mama was my greatest teacher, a teacher of indifference, hatred and contempt
Victoire & Marius



Ma mère. J’ai cherché pendant des années à exister à ses yeux. Mes souvenirs d’avant mes six ans sont si diffus que je doute de leur véracité pour ceux qu’il me reste, les souvenirs qui subsistent après ça sont désespérants de tristesse et de détresse, de colère et de rage. D’incompréhension. Je n’ai jamais véritablement compris la raison de son abandon, je n’y ai jamais vu la moindre logique, la moins raison. Pire encore: depuis que j’ai Samuel et Adaline, depuis que j’ai tenu pour la première fois chacun de mes deux trésors dans les bras, je comprends encore moins pourquoi ma mère me déteste à ce point pour aller jusqu’à nier mon existence. Ma mère. Vingt et un ans d’indifférence, malgré tous mes efforts, des plus enfantins comme des câlins recherchés aux plus violents, comme ces après-midis à me planter devant elle et à détruire, minutieusement, consciencieusement, des assiettes, des tableaux, des travaux d’orfèvre, des robes, des fortunes d’objets d’art qui passaient sous mes mains destructrices. Vingt et un ans d’indifférence, quelques gifles, quelques claques, quelques regards mais rien de plus, rien de tangible. Juste une étrangère que je poussais à bout, que je secouais comme je pouvais, une étrangère encore plus inaccessible que mon propre père, une étrangère qui ne voyait que Martial, n’aimait que Martial, ne chouchoutait que Martial. Ma mère.


Et la voilà devant moi. Devant mon appartement. A frapper, à vouloir entrer, s’immiscer dans ma vie. J’aimerais dire que je la connais mais le fait est que je ne la connais pas. Je me suis forgé d’elle une image de femme mondaine, stupide et superficielle, pour n’avoir rien à regretter, pour me dire mais c’est pas grave, regarde, elle ne vaut pas la peine d’être aimée, elle est si sotte, si ridicule, si peu intéressante. Je me suis forgé une image d’elle insipide, pour mieux ne rien envier à mon frère. Une image fragile, une image qui a tenu des années, contre vents et marées, me poussant à garder la tête haute, à me définir malgré tout, me forçant à abandonner tout espoir d’être un jour le fils d’une mère et plus l’intrus dans la vie d’une étrangère. Une image que Martial a lacéré lorsqu’il m’a dit qu’elle était une chasseuse, une image qu’elle a éventrée lorsqu’elle a poignardé mon père, une image qu’elle consume par sa seule présence sur le pas de ma porte. Si elle vient voir Martial, dommage pour elle, il n’est pas là. Si elle vient pour me voir, et bien… je ne suis pas là non plus.


Le contraste entre nos deux être est tel qu’en comparaison, je pourrai admettre ressembler un petit peu à mon paternel. Cheveux parfaitement coiffés, noirs de jais, visage ferme et fermé, tailleur réalisé sur mesure, bordeaux, escarpins, sac à main, c’est une femme d’affaire qui me fait fasse. Qui fait face à mon pantalon qui descend trop bas, face à mon caleçon à l’effigie d’un ourson, face à mon tee-shirt noir imprimé du rose de Porcinet, face à mes cheveux savamment décoiffé, face à un ex-cascadeur en convalescence. Le contraste entre nous deux est tel qu’il ne fait que mettre encore plus en valeur les traits que Martial a hérité d’elle. Je connais le visage de mon frère dans les moindres détails. Et je le retrouve dans ma mère. Ma mère. J’ai envie de fermer la porte, j’ai envie de l’ignorer, j’ai envie de la laisser plantée là, comme une idiote. L’indifférence, la pire de toutes les punitions. Après tout, je ne lui dois rien. Alors pourquoi est ce que je suis incapable de fermer cette porte, pourquoi est-ce que je continue à parler, pourquoi est-ce que je continue à la fixer, malgré cette colère qui fourmille dans mes veines, couplée à une anxiété sans pareille ? Parce que c’est ma mère, putain.


C'est toi que je suis venue voir Marius. Je cligne des yeux. Histoire d’accuser le coup. Marius “C’est mon prénom, oui.” Elle ne l’a pas prononcé devant moi depuis… depuis vingt-et-un ans, peu ou prou. Ca pique. “C’est comme ça que je m’appelle.” Qu’est-ce qu’elle fout là, putain ? “Tu as une antisèche quelque part ?” Je parle, je ne parle que pour endiguer ce flot d’émotions qui me submerge et qui me rend totalement inefficace. Pour retarder le plus longtemps possible la réalité de ce qui vient de se passer. Ma mère m’a parlé.


Je ne suis pas revenue à Radcliff pour tuer qui que ce soit. Et elle vient de recommencer. En répondant à l’une de mes questions. ”Tu m’en vois ravi” Je me sens mal, je me sens véritablement mal, j’ai l’impression que je vais m’évanouir. Mes mains tremblent, lorsque je serre mes poings. Ton père et moi habitons à nouveau ensemble et tout se passe bien. Il... Il m'a dit, pour ton coeur. Je ferme les yeux. Forcément. Tu vas sans doute me reprocher de ne venir te voir que maintenant après t'avoir ignoré toutes ces années, me dire que c'est trop facile de venir jouer à la maman alors que j'ai toujours refusé de l'être... Mais s'il te plaît, je voudrais que l'on discute. Elle n’a pas terminé sa phrase que j’ai claqué la porte.


Elle se fout de ma gueule. Je ne veux pas la voir, je ne veux plus la voir. Elle n’est là que pour apaiser sa conscience, elle n’est pas là pour s’excuser, elle n’est pas là pour se faire pardonner, elle est juste là pour apaiser sa putain de conscience parce que je vais bientôt crever. J’ai l’impression de voir mon père, à l’hôpital, il y a presque un an, qui n’en avait plus rien à faire de moi jusqu’à ce qu’il apprenne pour mon coeur. Ils sont pareils, tous les deux. Je tourne le dos à la porte de mon appartement, je donne des coups dans les premiers meubles que je croise. Hors de question que je lui accorde ça. Hors de question qu’elle s’en sorte aussi facilement, hors de question qu’on discute comme si de rien n’était. Elle n’entrera pas dans mon appartement, elle n’entrera pas dans ma vie, pas maintenant. C’est trop tard. Et je compte bien le lui dire. Sans savoir trop comment, je suis à nouveau face à ma porte, la main sur la poignée. Même ma légendaire mauvaise foi ne peut rien contre l’indéniable et l’inéluctable: je rouvre la porte en croisant les doigts pour qu’elle ait disparu.


Et en soupirant de soulagement en la voyant devant moi. “Je ne vois pas ce qu’on pourrait avoir à se dire, Victoire.” Ah ben bravo. Je viens de lutter pour ne pas lui concéder un maman, mais ça reste une victoire pour elle, comme si elle était destinée à toujours gagner. Parce qu’elle est destinée à toujours gagner, c’est évident. “Ecoute, Maman. Si tu es là pour apaiser tes remords, tout ça, on va dire que c’est fait. Lorsque je hurlais devant toi, c’était pour engager la discussion, si jamais tu n’avais pas compris. Maintenant, est-ce que je suis en train de m’égosiller des maman, regarde moi ? Non. Et ça veut dire quoi, ça ? Je te l’donne en mille: ça veut dire dégage.” J’ai envie d’avoir six ans à nouveau, j’ai envie de me réfugier dans ses bras, j’ai envie d’avoir confiance en elle, de la regarder avec admiration. “Donne moi une bonne raison de ne pas fermer cette porte pour la troisième et dernière fois. On va voir si tu es plus inventive que Papa.”

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MessageSujet: Re: mama was my greatest teacher, a teacher of indifference, hatred and contempt (victorius)   Mar 20 Déc 2016 - 13:05

Mama was my greatest teacher, a teacher of indifference, hatred and contempt
Victoire & Marius



Victoire ne s'était pas imaginé que retrouver son fils serait aussi douloureux. Elle se rendit compte à quel point il était devenu cynique, froid, sarcastique. C'était donc elle qui avait causé le changement de ce petit garçon dynamique en jeune homme aussi caustique ? Victoire ne dit rien de plus, elle continua à dérouler le fil de ses paroles, qu'elle avait répété maintes et maintes fois dans sa tête. Elle restait digne, elle arborait encore ce visage ferme de femme sévère et forte, impassible, comme une armure destinée à la protéger. Elle était Victoire Caesar, la main de fer dans un gant de velours. Elle ne pouvait décemment pas flancher devant son fils, même après toutes ces années.

Le nouveau claquement de la porte résonna comme le couperet d'une guillotine dans son coeur. Victoire se sentit soudain très faible et démunie face à cet homme qui n'avait de commun avec elle que la moitié de son génôme. La grande femme d'affaires sentit ses jambes trembler mollement alors qu'elle s'apprêtait à faire demi tour. C'était bel et bien un refus, et sans doute l'avait-elle mérité. Pourtant, elle ne voulait pas quitter le palier, elle avait l'espoir qu'il ouvrirait la porte, encore une fois...
Alors qu'elle commençait à reculer, la porte s'ouvrit à nouveau. La quadragénaire en fut à la fois soulagée et terriblement tendue, à l'idée du flot de paroles hargneuses qui risquaient de fuser.

Et ça ne rata pas. Déjà, il ne s'adressa pas à elle avec autre chose que son prénom. Ils devenaient étrangers. Elle n'était plus sa mère mais Victoire. La femme sentit alors son fils lui échapper. Ses paroles lui firent mal, comme autant de vérités difficiles à admettre tant elles étaient affreuses. Elle n'avait été rien de plus qu'une mère indigne, elle avait choisi de ne pas profiter de l'éducation de son fils, elle l'avait traité comme rien de moins qu'un parasite et maintenant, alors qu'elle se rendait compte de tout ce qu'elle avait perdu, il lui était impossible de revenir en arrière. Les paroles de Marius lui firent se mordre la lèvre mais elle ne quitta pas ses yeux, pas même quand il lui demanda de dégager. Il avait raison. Tout était fini, elle avait perdu son fils à cause d'idéaux qui l'avaient aveuglés.

Elle était une mauvaise mère.

Réaliser cela fit plus mal à Victoire que ce qu'elle aurait cru. A l'aube de ses 50 ans, avait-elle seulement fait une seule fois quelque chose de bien ? Pourquoi avait-elle passé sa vie à martyriser le fruit de ses entrailles sans en éprouver le moindre remords ? Soudain, elle sursauta quand il lui donna une nouvelle occasion de parler. Elle devait choisir ses mots avec soin mais rien ne voulait sortir de sa gorge. Elle était seule, seule face à ses doutes, ses remords, sa culpabilité. Pourquoi était-elle venue voir Marius ? Pour prendre soin de lui ou simplement pour apaiser ses propres regrets ? Et si même ce geste qu'elle pensait d'amour n'était rien de plus que du pur intérêt ?

Elle leva alors ses yeux vers son fils. Bien qu'elle gardait le plus possible un visage impassible, ses yeux brillaient de larmes qu'elle peinait à contenir. Elle se sentait coupable, immensément coupable. Elle ne savait pas quoi dire pour se justifier. Elle réalisait à quel point son comportement était inexcusable, elle ouvrit puis referma la bouche à de nombreuses reprises sans parvenir à trouver une quelconque justification à son comportement.

Finalement, d'une voix complètement étranglée, elle finit par lâcher quelques mots, avec un air totalement éperdu.

- Je suis désolée Marius.

Victoire, si souvent impassible, peinait à trouver les mots pour exprimer ses regrets, sa douleur, ses remords. Elle ne pouvait que contempler les désastres qu'elle avait causé et s'en prendre à elle-seule. Aucun motif d'atténuation. Elle était responsable sur toute la ligne et peinait à affronter ce fardeau.

- Je ne sais que trop bien à quel point il est difficile de se construire sans sa mère. Et pourtant, pourtant cela ne m'a pas empêché de te faire subir une douleur similaire. Je voudrais pouvoir te dire que si j'ai fait tout ceci, c'était contre mon gré. J'aimerais pouvoir te dire que j'ai une excuse valable pour ces années d'ignorance. Tout ceci est ma faute... Je t'ai traité toute ta vie comme un étranger alors... Alors aujourd'hui tu as le droit de me traiter comme si je n'étais pas ta mère.

La quadragénaire peinait à se remettre de l'année violente qu'elle avait passée. Par ses seules actions, elle avait déchiré sa famille, fait souffrir son propre fils. Elle avait vécu hantée par le fantôme d'un père monstrueux, par la silhouette diaphane d'une fille qui n'était pas la sienne, par la haine constante des mutations. Victoire perdait ses repères, elle était à nouveau à Radcliffe et pourtant elle se sentait plus seule que jamais.
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MessageSujet: Re: mama was my greatest teacher, a teacher of indifference, hatred and contempt (victorius)   Ven 30 Déc 2016 - 10:25

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Victoire & Marius



Exister aux yeux de ma mère. Ça a toujours été un de mes vœux le plus cher, ça a toujours été une souffrance, ça a toujours été l’un de mes objectifs principaux. Avec un regard de pseudo adulte sur mon enfance, il n’est pas difficile de comprendre que si tout a totalement dérapé entre mes parents et moi, j’ai totalement glissé sur une pente insolente, si je me suis lancé dans l’escalade de la violence, de la connerie, de l’indiscipline et de la colère, ça a été à la base à cause d’elle. A cause de ses regards qui passaient sur moi pour me faire comprendre que je n’existais. A cause de son indifférence, exemplaire, imperturbable, à cause de cette conviction que je ne valais rien, à ses yeux, que je ne méritais pas l’ombre de son attention. Et tout ça pour quoi, au final ? Pour une connerie de gamin qui a cru pouvoir défier l’apesanteur et faire la danseuse étoile sur la rambarde du balcon ? J’ai demandé, pourtant, à mon père, ce qui avait causé une réaction et une indifférence aussi vive du côté de ma mère, mais… il ne m’a même pas répondu. Demande à la principale concernée, ça avait été sa réponse, et j’imagine qu’elle serait toujours la même si je la lui reposais maintenant.

Exister aux yeux de ma mère. Marius. Mon prénom, dans ses lèvres, est une gifle, est une sucrerie qu’elle m’offre avec un grand sourire. Vieille sorcière, vieille mégère. Je voudrais qu’on discute : ma réponse ne se fait pas attendre, la porte claque et aussitôt, inutile de le nier, aussitôt je regrette. Tout en sachant que c’est la seule réaction à avoir. Ma mère se fout de ma gueule. Ma mère ne veut pas discuter, ma mère veut se disculper. Ma mère ne veut pas me demander pardon, elle veut s’excuser, se justifier, ou je-ne-sais-pas quoi. Elle ne veut pas rattraper le temps perdu, elle veut alléger sa conscience. Inévitablement, je rouvre la porte, mais c’est dans un sentiment mitigé de résignation et de soulagement. Tout comme je n’arrive plus à repousser durablement mon père, je suis incapable de repousser vraiment ma mère. J’ai beau tenter de l’appeler Victoire, j’ai beau me revêtir de l’assurance la plus Caesar et Hippolytienne possible… elle reste ma mère, et je reste un enfant qui n’a qu’une envie : me réfugier dans ses bras et la sentir m’envelopper, me protéger, contre le reste du monde. Je veux qu’elle dégage, parce que je sais que je ne vais pas réussir à le tenir loin de moi bien longtemps. Je veux qu’elle dégage, parce que je veux croire qu’elle n’a rien à m’apporter, que je n’ai pas besoin d’elle. Je veux qu’elle dégage, parce que je sais que je veux qu’elle reste. Même moi, mon incohérence me laisse parfois perplexe. Donne moi une bonne raison de ne pas fermer cette porte définitivement, je lui offre une dernière chance.

La dernière d’une longue lignée, inutile de le nier. Elle relève les yeux vers moi, j’ai la satisfaction immense de prendre conscience à cet instant que je suis plus grand qu’elle. Je surplombe mon père et ma mère, je ne suis plus l’enfant, l’adolescent à la merci des deux pires figures d’autorité du monde. J’ai la satisfaction de voir que je suis hors de portée de ses gifles, hors de portée, en quelque sorte, de sa colère. J’ai la satisfaction de voir qu’il me suffit de détourner le regard pour la faire disparaître, de savoir que jamais son ombre ne s’étirera sur moi pour me faire disparaître. J’ai la satisfaction, enfin, de voir dans son regard les lézardes qui massacrent son impassibilité. Une satisfaction malsaine de me sentir enfin puissant, de pouvoir me venger, de pouvoir à mon tour… Je suis désolée Marius. J’ai la gorge sèche. « C’est pas une raison » Pourtant, c’est la seule qui soit valable. Je veux la croire, vraiment, je ne peux que la croire. Je sais qu’elle a déjà gagné, par ces quelques mots, qu’elle a détruit toutes mes réserves. Je m’adosse au montant de la porte pour mieux croiser les bras et me donner une certaine contenance. Je ne sais que trop bien à quel point il est difficile de se construire sans sa mère. Et pourtant, pourtant cela ne m'a pas empêché de te faire subir une douleur similaire. Je voudrais pouvoir te dire que si j'ai fait tout ceci, c'était contre mon gré. J'aimerais pouvoir te dire que j'ai une excuse valable pour ces années d'ignorance. Tout ceci est ma faute... Je t'ai traité toute ta vie comme un étranger alors... Alors aujourd'hui tu as le droit de me traiter comme si je n'étais pas ta mère. Je serre les dents pour m’imposer le silence. Contre son gré. Vraiment ? vraiment ? Je serre les dents, mais ça ne fonctionne pas vraiment. Bien au contraire…

« Avec papa, vous faites vraiment la paire. Aussi menteur et lâche l’un que l’autre. Contre ton gré, vraiment ? » Je me redresse pour ouvrir grand, sortir dans le couloir, laisser mon pied en arrière pour bloquer la porte et éviter de me retrouver enfermé comme un con en présence de ma mère. « Tu sais, en vingt ans, tu as eu l’occasion de me regarder dans les yeux, de m’appeler Marius, de me faire un câlin, d’admettre mon existence… qu’est ce qui t’a empêché de le faire ? Je n’ai jamais vu quiconque te retenir d’aller vers moi, t’empêcher de me parler, te pousser à me frapper. » Je commence à m’énerver, mais la colère me semble presque pardonnable. Presque de mise, même, en de telles circonstances. « Qu’est ce que tu crois ? Que c’est aussi simple que ça ? Que parce que tu me regardes dans les yeux, que tu m’appelles Marius, que tu me dis, la larme à l’œil, que tu es désolée, je vais te tomber dans les bras et que j’oublie tout ? » C’est exactement ça, mais elle n’est pas obligée de le savoir. « Ça a peut être marché pour Papa, je veux pas le savoir, mais je retiens une chose : tu ne t’intéresses à moi que parce que je vais crever, et tu as poignardé mon père. Tu n’es peut être pas revenue en ville pour tuer, mais tu ne vas rien sauver non plus. » Je fais un pas dans sa direction. Autant j’ai toujours eu peur de mon père, autant ma mère a tant et si bien détruit les choses entre elle et moi qu’il n’y a plus rien, pas même de l’intimidation. Plus rien d’autre que des regrets et une souffrance infinie. « Tu es une mauvaise mère. Une mauvaise femme. Et vu la mioche que mon père a fait avec une autre, tu dois aussi être une mauvaise amante. Ma pauvre, tu n’as rien pour toi. » Je la repousse, véritablement. Je la repousse, comme j’ai  pu repousser Astrid, tout comme je repousse tous les cons qui ont le culot de s’approcher un peu trop de moi. « Pourquoi tu fais ça, pourquoi tu m’infliges ça ? Tu me sabordes pendant vingt ans, et tu te ramènes pile quand je n’ai plus besoin de toi, quand je veux enfin tourner la page, pile quand je commence à me demander quand tu vas venir me flinguer à ton tour ? »

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MessageSujet: Re: mama was my greatest teacher, a teacher of indifference, hatred and contempt (victorius)   Mer 4 Jan 2017 - 23:58

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Victoire & Marius



Victoire s'était livrée du mieux qu'elle l'avait pu à son fils. Elle avait tenté de mettre son coeur à nu, pour la première fois depuis si longtemps, face à ce fils qu'elle avait ignoré. Elle avait tenté de s'expliquer, de se justifier. Elle espérait au fond d'elle que son fils lui pardonnerait. Elle espérait avoir les épaules assez larges pour encaisser la salve de haine qu'elle déclencherait certainement.

Elle ne s'attendait vraiment pas à prendre autant d'insultes dans la figure.

Elle tiqua une première fois quand Marius la traita de lâche. Elle serra les poings en essayant de garder constance, de se persuader qu'il avait tort.

Elle n'avait pas été lâche quand elle avait encaissé à elle seule toutes les ambitions démesurées de son père.
Mais elle l'avait été en choisissant de courber l'échine devant lui, jusque sur son lit de mort.

Elle n'avait pas été lâche lorsqu'elle avait choisi de sacrifier la vie de son fils à cause de sa mutation.
Mais elle l'avait été en choisissant de cacher la vérité sur l'accident.

Elle n'avait pas été lâche lorsqu'elle avait choisi de sacrifier l'homme qu'elle aimait pour ses idéaux.
Mais elle l'avait été en choisissant de fuir Radcliff plutôt que d'affronter les conséquences de ses actes.

Victoire ne savait plus. Elle s'était toujours crue brillante, de glace, respectable mais aujourd'hui elle n'était rien de plus qu'une femme au bord du gouffre de la cinquantaine, face à un fils qui la refoulait. Elle faillit répondre lorsqu'il interpréta mal ses propos. Non, elle n'avait jamais fait tout cela contre son gré, au contraire ! Il devait avoir mal compris... Mais les mots, même si la raison était fausse, restaient criants de vérité. Elle l'avait ignoré, ne lui avait jamais porté la moindre once d'affection, à quoi s'attendait-elle ? Il devait avoir souffert plus que ce qu'elle pourrait jamais imaginer et tout était de sa faute...

- Je...

Elle aurait voulu lui parler, s'excuser. Elle avait des trémolos dans la voix mais, déjà, il reprenait, plus violent encore. Elle faillit se mordre la lèvre en lui assénant qu'elle venait le voir juste parce qu'il mourrait. En soi, elle avait déjà réfléchi à tenter de renouer des liens avec lui, mais c'était l'annonce de sa mort prochaine qui l'avait décidée. Parce qu'elle avait eu besoin d'un électrochoc pour réaliser qu'elle tenait à lui. Mais Marius avait-il pour autant totalement tort ? Petit à petit, il instillait le doute dans son coeur, il la ramenait à sa condition de femme cruelle qu'elle parvenait de moins en moins à porter.
Elle baissa presque les yeux quand il lui parla de sa tentative d'assassinat sur Hyppolyte. Elle s'en voulait mortellement. Elle regrettait tellement tout ce qui s'était passé, elle voulait effacer cette année de son esprit, elle voulait arrêter de se réveiller la nuit en sueur, la tête pleine de cauchemars et d'idées noires. Elle aurait voulu retourner aux premières années de son mariage où elle s'amusait, insouciante, sans penser au reste.

Victoire se rendit compte qu'elle n'avait jamais vécu pleinement sa vie d'adulte. Très vite enceinte, elle n'avait joui de la présence de ses enfants que très peu de temps, avant la déclaration de la mutation de Marius. Toujours dans l'ombre de son père, elle s'était imposée comme une dirigeante de caractère au côté de son mari. Mais au fond, à quel moment avait-elle vraiment vécu sa vie de façon indépendante ?

Marius avança, elle recula instinctivement. Cette distance de quelques pas, c'était tout ce qu'elle pouvait conserver de dignité. Les mots tombèrent comme autant de coups de poignards. Mauvaise mère. Mauvaise femme. Mauvaise amante.
Le coeur de la quadragénaire se brisa en millions de petits morceaux à ces mots. Elle n'avait jamais rien accompli de bien dans sa vie. Elle devait encore et toujours essayer d'occulter cette infidélité, la présence de cette fille, de cette bâtarde, cause pour moitié de la colère qui l'avait poussée à poignarder son mari. Marius avait souffert à cause d'elle mais elle aussi avait souffert, énormément. Elle avait toujours tout refoulé pour arborer ce costume vipérin qui lui seyait si bien. Mais devant son fils, sous ses injures, elle n'en pouvait plus.

- Arrête... Je t'en prie Marius, arrête !

Mais il continuait, maintenant il la pressait de questions. Pourquoi faisait-elle ça ? Elle n'en avait aucune idée. Elle ne voulait pas perdre son fils, elle ne voulait pas qu'il emporte dans la tombe l'image d'une mère qui n'avait jamais voulu de lui. Elle ne voulait pas que ses dernières paroles envers lui aient été des insultes.

Non.

Elle ne voulait tout simplement pas l'enterrer. Marius était son fils, elle l'avait porté avec Martial, elle l'avait autant serré contre elle que lui lorsqu'il était venu au monde. Elle avait essayé de l'aimer alors qu'elle-même n'avait jamais reçu d'amour de la part de son père. Et aujourd'hui elle s'en voulait de l'avoir ainsi dénigré alors que sa mutation était tout ce qui le maintenait en vie.
Cette fois, deux franches perles rondes vinrent rouler sur les joues de la chef d'entreprise pour s'étaler sur son impeccable veston. Le masque s'était fendu. Cette fois, ce fut à Victoire de hausser la voix.

- Arrête de dire des choses pareilles ! Je ne pourrais jamais réaliser les souffrances que je t'ai fait endurer mais ne fait pas comme si tu connaissais les mienne ! Tu ne sais pas ce que ça fait de devoir porter sur tes seules épaules l'héritage d'une des familles les plus anciennes de France ! Tu ne sais pas ce que ça fait que d'exister dans l'oeil des autres que par ton nom, d'être vu par les hommes comme un investissement plutôt que comme un être humain ! Tu ne sais pas ce que ça fait de se réveiller chaque nuit en pensant à cette bâtarde de japonaise ! Tu ne sais pas ce que ça fait de douter de chaque action que tu fais tout en sachant que tu n'as jamais le droit à l'erreur, que tu dois toujours être impeccable parce que tout le monde compte sur tes compétences ! TU NE SAIS PAS MARIUS !!

Et alors qu'elle hurlait, quelque chose d'impensable se produisit. Ce fut comme si le monde entier s'était figé autour de Victoire, comme si le Temps s'était figé partout, pour tout le monde, sauf elle. Marius semblait aussi immobile qu'une statue, les yeux braqués sur elle. C'était comme... Comme un arrêt sur image.
Le souffle de la femme s'accéléra de frayeur alors qu'elle reculait dans les escaliers. Qu'est-ce qui s'était passé ? Elle descendit les marches lentement, à reculons. Dans sa tête, tout se bousculait. C'était clairement surnaturel, elle avait suffisamment étudié les mutants pour découvrir que cela venait d'un d'entre eux. Mais qui ? Marius ? Mais dans ce cas, pourquoi semblait-il pris par ce phénomène alors qu'elle pouvait encore bouger normalement ? Est-ce que cela voulait dire que... ?

- Ce n'est pas possible !

Le dos de Victoire heurta le mur de la cage d'escaliers alors que ses yeux s'écarquillaient d'incompréhension. Elle sursauta et le temps sembla soudain se débloquer. Pour Marius, cela donnait l'effet qu'en un quart de secondes, sa mère avait descendu les marches qui séparaient son palier de l'entre-étage. Victoire était presque haletante. Elle tremblait comme un animal blessé. Elle ne comprenait pas. Elle ne voulait pas comprendre. Elle jeta un regard vers son fils en essayant d'articuler quelque chose mais plus aucun son ne voulait sortir de sa bouche.

C'était de sa faute. Elle avait foutu en l'air toute la vie de Marius. Et il était maintenant probable qu'elle était aussi responsable des gênes qui avaient provoqué ce drame, vingt ans plus tôt.
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MessageSujet: Re: mama was my greatest teacher, a teacher of indifference, hatred and contempt (victorius)   Mer 11 Jan 2017 - 23:00

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Je ne lui épargnerai rien. Il est hors de question que je lui épargne quoi que ce soit. Jamais, jamais jusqu’à aujourd’hui, jamais jusqu’à cet instant, je n’ai autant été en position de force. Elle est vulnérable, elle est venue d’elle-même me voir, portée par je ne sais quoi mais peut être des regrets. Et je suis maître de la situation. Maître d’un pardon que je refuse de lui accorder, alors que c’est certain qu’elle l’aura à moyen ou court terme. Maître de mes propos, maître de ma colère. Je peux la rejeter, je peux l’accepter, je peux lui claquer la porte au nez et elle ne pourra rien faire, rien faire de plus pour ruiner ma vie puisque ma vie, elle l’a déjà ruinée par bien des manières. J’ai admiré mon père. J’ai cherché l’approbation dans ses regards, j’ai cherché sa fierté, j’ai voulu qu’il me prenne un jour par l’épaule et qu’il me présente à ses collaborateurs, ses collègues, ses connaissances, d’un voici Marius, c’est mon fils. Ma mère, elle, tout ce que j’ai pu oser vouloir, ce n’était qu’exister à ses yeux. Je n’ai jamais espéré autre chose, je n’ai jamais osé espérer autre chose de sa part. Un regard me semblait déjà inaccessible, alors le reste… Je suis désolée, elle a bon dos, avec sa désolation.

Ce n’est pas une raison. C’en est une, c’en est une de valable, mais ce n’est pas une raison. Ses propos glissent sur moi, sont cryptés par ma colère, par ma douleur, par l’aveuglement d’une rancoeur et d’une amertume macérée dans l’incompréhension depuis des années. Depuis deux décennies. Un aveuglement qui déforme ce que raconte ma mère pour me faire entendre ce que je veux, inconsciemment, entendre. Ce que je sais, ce que je crois savoir. Ma colère électrise mon épiderme, je suis à fleur de peau. Je ne me sens plus capable de quoique ce soit. La peur que j’ai de ma mère cède le pas à la colère, juste à la colère. Une colère acide, une répartie haineuse, des pas dans sa direction qui ont la joie de la voir reculer, de la voir céder le pas devant son fils. Je... Non, pas de je, pas de elle. Elle a tenté de tuer mon père. Qui sera le prochain ? Moi ? Mauvaise femme, mauvaise mère, mauvaise amante, elle n’a définitivement rien pour elle, rien pour la sauver, rien pour l’excuser. Rien pour me permettre de lui pardonner.

Je la repousse, parce que je refuse de me faire avoir. Je la repousse, comme j’ai repoussé Astrid, comme j’ai repoussé mon père au tout début, il y a bientôt un an. Je la repousse, parce que je veux pas la croire, je ne veux pas baisser des défenses déjà détruites et retomber dans mes anciens travers de celui qui pensait un jour mériter l’amour de ses parents. Elle ne m’aime pas, pas plus que mon père: son orgueil est juste vexé de voir son fils mourir. Son fils grandir. Mauvaise femme, mauvaise mère, mauvaise amante: qu’est ce qu’elle veut de plus, pourquoi est ce qu’elle est là ? Arrête... Je t'en prie Marius, arrête ! Non, je n’arrêterai pas. Non, il en est hors de question. Qu’est ce qu’elle fait là, qu’est ce qu’elle attend de moi ? Pourquoi, alors que j’arrivais enfin à tourner définitivement la page d’une affection maternelle inexistante, elle se rappelle à mon bon souvenir, hein, pourquoi ?

Un silence, deux larmes, je me tais. Ma respiration me semble assourdissante, le silence aussi. Voir ma mère pleurer est une nouveauté, que je ne suis pas certain d’apprécier. Une nouveauté dérangeante, une nouveauté qui n’augure rien de bon. Nous n’avons jamais parlé comme ça, nous n’avons jamais parlé tout court. Je ne sais pas à quoi m’attendre de sa part. Mon père, je le connais malgré toutes nos disputes, malgré toutes nos insultes. Je sais le pousser dans ses retranchements, je sais quels mots vont provoquer quelles réactions, je sais ce que les traits de son visage veulent dire, je sais ce que son ton cache. Je sais toutes sortes de choses. Ma mère, elle, est une étrangère.

Une étrangère imprévisible. Arrête de dire des choses pareilles ! Je ne pourrais jamais réaliser les souffrances que je t'ai fait endurer mais ne fais pas comme si tu connaissais les miennes ! Imprévisible. Comme moi. ”Pardon ?” Ma voix est menaçante de surprise. Tu ne sais pas ce que ça fait de devoir porter sur tes seules épaules l'héritage d'une des familles les plus anciennes de France ! Tu ne sais pas ce que ça fait que d'exister dans l'oeil des autres que par ton nom, d'être vu par les hommes comme un investissement plutôt que comme un être humain ! Tu ne sais pas ce que ça fait de se réveiller chaque nuit en pensant à cette bâtarde de japonaise ! Tu ne sais pas ce que ça fait de douter de chaque action que tu fais tout en sachant que tu n'as jamais le droit à l'erreur, que tu dois toujours être impeccable parce que tout le monde compte sur tes compétences ! Une étrangère. TU NE SAIS PAS MARIUS !! Imprévisible. Ma mère est une étrangère que j’ai souvent reléguée derrière l’image d’une femme superficielle, mondaine, excentrique et sotte. Elle n’est rien de tout cela. Elle est ma mère.

Par bien des points. ”JE NE SAIS P…” Je cligne des yeux, elle est quelques marches plus bas, sans que rien n’ait de sens, sans que rien n’ait d’importance. ”... AS ?” Je me tourne dans sa direction, je fais quelques pas, la porte de mon appartement claque dans mon dos et nous enferme à l’extérieur. Mes clés alourdissent ma poche. Je ne veux pas penser à son déplacement soudain. J’ai cligné des yeux. J’ai mal vu. En revanche, j’ai bien entendu. ”Tu te fous de ma gueule ? SI JE NE SAIS PAS CE QUE CA FAIT ? Redresse-toi, Marius, Ecoute-moi Marius, Tiens toi bien, Marius, Comporte toi comme un Caesar, Marius !” La voix de mon père se superpose, dans mes souvenirs, à la mienne. ”Tu me fais honte, Marius. Tu fais honte aux Caesar, Marius; Tu es la honte de la famille, Marius. Comment peux-tu être un Caesar en étant aussi stupide, Marius ?” A chaque occurrence de mon prénom, j’insiste, je m’échauffe. Je ne sais pas ce que ça fait que d’être l’héritier d’une famille française ? J’ai eu le malheur d’être celui d’un empire. ”Prends exemple sur ton frère, Marius. Pourquoi n’es-tu pas comme Martial, Marius ? Tu es le vilain petit canard de ta famille, Marius !” La voix de mes professeurs, des amis de mes parents, la voix de tous ceux qui pointaient du doigt l’évidence, que j’étais un ovni dans une famille parfaite, se superpose maintenant à celle de mon père, pour recouvrir la mienne. Pour recouvrir celle du petit Marius de dix ans. ”Tiens-toi droit, pas les coudes sur la table, tiens-toi droit, redresse-toi, sois poli, ne parle pas, écoute, tais-toi,... Je connais peut être pas tes souffrances à la con, mais moi aussi, moi aussi Maman, je l’ai subie, la pression du nom ! Mais en plus, je n’avais même pas le soutien de ma mère, pas un regard, rien. Tu étais là pour féliciter Martial, pour l’aider à s’habiller, pour l’écouter jouer de son crin-crin et moi, rien, RIEN ! Moi aussi, j’ai subi le fait d’être un Caesar, mais en plus j’étais un mauvais Caesar ! Mais qu’est-ce que tu crois ? Que je vais subir ça à mon fils ? A ma fille ? Tu crois que je vais les laisser subir ça tous seuls ?” Je dégringole les marches pour revenir à distance. Pour faire disparaître la distance. ”Tu sais quoi ? Tu me répugnes.” Tout le mépris du monde est présent dans cette phrase, articulée avec l’héritage de mon père. J’ai conscience, souvent de manière diffuse, confuse, j’ai conscience d’être sur bien des points le portrait de mon père. Surtout lorsque je clame ne rien avoir en commun avec lui. ”De quelles souffrances on parle, au juste, de ton côté, en dehors des caprices d’une gamine pourrie gâtée ? Tout ça parce que Grand-mère est morte en couche, tout ça parce que t’as pas connu ta mère ? Tu as voulu reproduire chez moi le même schéma, faire comme si tu n’étais pas là ? C’est ça ton excuse ?”

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MessageSujet: Re: mama was my greatest teacher, a teacher of indifference, hatred and contempt (victorius)   Lun 30 Jan 2017 - 0:23

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Marius ne comprenait pas, pas plus qu'elle ne parvenait à s'expliquer. Elle avait été horrible avec lui, il avait raison. Elle avait connu la souffrance de ne pas avoir de mère dans les bras de qui pleurer, elle n'avait été qu'une marchandise pour son père. Avant la rencontre d'Hippolyte, elle avait été seule. Après l'accident prémédité de Marius, elle avait porté seule son secret. Quand Hippolyte l'avait trompée puis avait muté, elle s'était à nouveau retrouvée isolée de tout. Victoire avait perdu l'humanité de sa jeunesse, elle n'avait plus la sensibilité de ses 18 ans, que l'impitoyable monde des affaires avait étouffé. Marius devait avoir raison, elle n'était rien de plus qu'un être froid et insensible. Elle avait raté sa vie, elle avait manqué l'occasion d'aimer son fils et il était trop tard pour se rattraper. Il était fatigué, il allait mourir, sans doute en grande partie par sa faute, et il partirait sans doute sans jamais qu'ils aient échangé autre chose que de froides paroles.

Elle ne pourrait jamais lui parler de sa jeunesse ni apprendre ce qu'il faisait de sa vie. Elle l'avait privé d'une mère, elle l'avait tué en lui refusant son affection. Pourtant elle revoyait encore, comme si c'était hier, ce jour à la maternité où l'infirmière lui avait remis ses jumeaux dans les bras. Elle revoyait le sourire qu'elle avait eu lorsqu'elle avait senti leurs petits coeurs fragiles battre contre elle. Elle se souvenait les avoir aimés, tous les deux. Et elle s'en souvenait d'autant plus qu'elle gardait toujours, dans son sac, un petit porte clé avec un pendentif ouvrable dans lequel elle avait glissé une photo de ses deux bébés. Cela faisait longtemps qu'elle ne l'avait pas ouvert, mais jamais elle ne l'avait jeté.

Où donc avait-elle échoué ? Pourquoi s'était-elle montré si infâme ? Toute cette confiance en elle, cette morgue qu'elle se satisfaisait d'arborer en société, tout avait foutu le camp. Elle ne parvenait plus à dire quoi que ce soit, les mots de son fils étaient autant de coups qu'on lui assénait en pleine poitrine. Elle ne supportait plus tout ça, elle ne supportait plus son état, elle ne supportait plus ses angoisses, elle ne supportait plus le spectre de la bâtarde d'Hippolyte qui hantait chacun de ses cauchemars. Elle avait déjà bien entamé la seconde moitié de son existence et elle réalisait qu'elle n'avait jamais rien fait de bien dans sa vie. Au fond elle n'avait plus d'excuse, elle ne savait plus quoi dire. Elle tremblait, de peur, de rage, d'impuissance. Elle ne pouvait que contempler avec désarroi le fait qu'elle était une mauvaise personne. Son corps s'abandonnait, elle avait l'impression que plus rien ne répondait. Elle aurait voulu serrer son fils dans ses bras mais elle ne s'en sentait pas le courage. Elle avait peur, peur de lui, peur de tout. Elle aurait aimé fuir, fuir encore, mais comment ?

Au final, tout recommençait. Elle prenait la fuite. Elle ne pouvait rien faire, elle n'était pas assez bonne, pas assez intelligente, pas assez douce pour faire le bonheur de quiconque. Elle aurait voulu revenir en arrière, recommencer, tout, depuis leur venue au monde. Victoire se sentait vraiment désespérée. Elle sentit ses jambes lâcher, ses mains se desserrer. Son sac tomba au bas de la volée de marches. Ses affaires s'étendirent sur le sol, le porte-clé s'ouvrit, alors qu'elle se laissait glisser contre le mur. Ce n'était plus quelques larmes discrètes qui roulaient sur ses joues mais un flot, un torrent. Devant son fils, ses dernières résistances s'étaient délitées. Elle ne pouvait plus articuler un son, simplement déverser un chagrin trop longtemps contenu. Elle n'avait jamais pleuré comme ça, de toute sa vie. Elle n'était plus une femme d'affaires intransigeante mais une enfant brisée, une adolescente stressée, une femme bafouée, une mère coupable. Elle sentait ses larmes tacher son tailleur, elle ne parvenait plus à regarder Marius en face.

- C'est vrai... Je n'ai rien fait de bon dans ma vie, pour personne. Tu ne méritais pas une mère comme moi.

Elle tentait de contenir ses larmes mais à chaque fois qu'elle essuyait ses joues, il en revenait deux fois plus. Sa respiration était entrecoupée de sanglots qu'elle ne parvenait pas à contenir.

- Après tout, je ne récolte que ce que... Que ce que j'ai semé... Tu as raison... Je suis une bien piètre femme... ton père n'aurait jamais conçu d'enfant dans mon dos si ce n'était pas le cas...

Sa voix s'était à nouveau brisée. Elle n'en pouvait plus. Au bord de la cinquantaine, épuisée par tous les changements qui avaient bouleversé sa vie, elle regrettait sa jeunesse envolée et observait, impuissante, des dégâts qu'elle ne pourrait jamais réparer.

- Je suis désolée Marius...

Au bas des marches, la lumière se reflétait sur les photos des deux nourrissons, enfermées depuis si longtemps dans leur écrin de métal.
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MessageSujet: Re: mama was my greatest teacher, a teacher of indifference, hatred and contempt (victorius)   Sam 4 Fév 2017 - 22:07

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Il y a quelque chose d’immensément dramatique à se rendre compte, à vingt-sept ans, qu’on ne connaît pas sa mère. Oh, j’imagine que pour un orphelin, ça tombe sous le sens même si ça reste triste, mais pour un gosse qui a grandi aux côtés de sa mère, qui l’a côtoyée pendant, et bien, suffisamment longtemps, ce n’est pas normal. Et pourtant… je ne connais pas ma mère. Lorsque je la regarde, devant moi, c’est une étrangère, une étrangère dont je n’ai que quelques vagues souvenirs d’avant mon accident, une étrangère qui s’est tenue loin de moi pendant des années, une étrangère qui m’a reniée avant même mes sept ans, une étrangère que j’ai préféré mépriser pour mieux ne pas la regretter. Une étrangère. Tout comme je dois être un étranger. Jamais, jamais plus qu’à cet instant, je ne me suis senti aussi proche de mon père. A contempler le gouffre qui me sépare de cette femme que je m’obstine pourtant à appeler Maman, je me rends compte de la proximité entre mon père et moi, une proximité faite de colères et de haine, une proximité faite de larmes, de cris et de hurlements, d’insultes et de rage, mais une proximité qui existe bel et bien. Entre ma mère et moi, il n’y a que de l’incompréhension, il n’y a que de l’indifférence. Et je crois bien qu’il n’existe rien au monde pire que l’indifférence. Il n’y a rien de pire que ce meurtre continu de ma personnalité, de cette négation de mon existence, il n’y a rien de pire que cette distance qu’elle a imposée entre elle et moi, alors que je n’avais rien demandé à personne, que tout ce que j’exigeais à six ans, c’étaient des câlins et des histoires, c’était un peu d’attention. Rien de bien insurmontable, a priori.

A croire que je la dégoûtais trop pour qu’elle puisse s’y plier, à croire que Martial l'accaparait trop pour qu’elle dispense une telle affection aux deux jumeaux. Dans tous les cas, si déjà auparavant son comportement dépassait mon entendement, si déjà auparavant je ne voyais rien de logique dans l’attitude de mes deux parents à mon égard, maintenant que j’ai tenu Adaline dans mes bras, maintenant que j’ai découvert les sourires de Samuel, je comprends encore moins. Je ne la comprends pas. Et tout ce qu’elle me dira… ne la pardonnera pas. Ne la pardonnera jamais. Parce que je ne veux pas lui pardonner. Qu’est-ce qu’elle croit, que le poids d’un nom peut tout justifier ? Parce que le poids des Caesar n’a peut-être pas été dur à porter pour moi, asséné avec la violence d’un coup de poing pour pointer à chaque faux pas la différence entre moi et Martial, affiché pour mieux me ridiculiser ?

Je ne me suis jamais vu comme quelqu’un de méchant. Chiant, ça c’est une certitude. Fatigant, vexant, lourd, énervant, agaçant, exaspérant, c’en sont aussi. Mais méchant ? Est-ce que j’ai déjà fait du mal volontairement à quelqu’un, pour le plaisir de l’agresser, pour le plaisir de le faire reculer, pour le plaisir d’avoir l’avantage, pour le plaisir de faire mal, tout simplement ? Pas bien souvent. Et pas autant qu’à cet instant. Je serre le poing en dévalant les marches pour me rapprocher de cette mère que je ne connais pas, que je ne reconnais pas, que je crève de connaître mais devant laquelle je m’interdis de plier. Et j’ai la surprise de la voir, elle, flancher. S’écrouler. Son sac lui échappe des mains, elle recule, elle recule devant moi, elle recule devant le fils qu’elle a persécuté par son silence, par son indifférence, elle recule devant moi. Et elle pleure, bordel, elle pleure. Est-ce qu’elle a conscience autant que moi de ma colère brûlante, incontrôlée, est-ce qu’elle a conscience que son fils, qui se trouve devant elle, se force à ressembler à Hippolyte Caesar pour ne pas être le Marius qui pardonnerait, le Marius qui la prendrait dans ses bras parce qu’il ne supporterait pas de la voir comme ça ? Est-ce qu’elle a conscience que…

Je regarde ma mère, et plus je la fixe, plus ma colère se transforme en regret. Oh, elle est toujours là, elle sera toujours là, parce qu’elle est là depuis toujours. Mais… C'est vrai... Je n'ai rien fait de bon dans ma vie, pour personne. Tu ne méritais pas une mère comme moi. Mais autant j’ai le droit de lui dire ça, autant je m’en octroie le droit et je ne me gêne pas pour le lui dire, autant… je lui refuse le droit de me concéder ça. Je suis prêt à dire des horreurs, uniquement lorsque je sais que la personne en face ne se laissera pas atteindre. Pourquoi, dans le cas contraire, aurais-je hurlé des dizaines de fois à mon père que je le détestais si j’avais pensé à un seul instant que ça pouvait changer quelque chose ? Je suis prêt à insulter les gens lorsque j’ai la conviction que ça ne changera rien, que ça ne servira qu’à me calmer. Là… je suis désemparé devant ses larmes, ses larmes dont je suis le seul responsable. Je suis démuni, parce que je ne sais pas comment réagir face à ma mère. Elle ne ressemble en rien à cette femme forte, droite et glaciale dont le regard passait sur moi sans s’arrêter. Après tout, je ne récolte que ce que... Que ce que j'ai semé... Tu as raison... Je suis une bien piètre femme... ton père n'aurait jamais conçu d'enfant dans mon dos si ce n'était pas le cas… Je suis désolée Marius...

Je suis désolée, Marius. C’est la deuxième fois qu’elle le dit. Mais cette fois… cette fois… je descends les quelques marches qui nous séparaient encore, je reste muet en me mordant carrément la lèvre pour m’imposer le silence. Je m’accroupis, pour récupérer son sac, remettre à l’intérieur toutes ses affaires… mes doigts agrippent un porte-clé sur lequel apparaissent deux bébés. Deux visages. Je le referme, le glisse dans ma poche sans même m’en rendre compte. Cleptomane Et, enfin, je me relève pour lui tendre son sac. ”J’ai entendu.” Ma voix est bien moins sèche que j’aimerais. Ce qui ne va pas aller en s’arrangeant lorsque je reprends. Je me sens maladroit. ”Tu sais… des mauvaises femmes, des mauvaises mères… il y en a beaucoup. Regarde Papa, c’est un mauvais homme et un mauvais père, mais… il fait pas de scènes comme ça.” Qu’est ce que je suis en train de faire, au juste ? ”Ne te mets pas dans des états pareils pour ça, voyons...” Je ne sais pas trop ce que je fais, mais je me retrouve à lui tapoter l’épaule avant de lui tendre la main pour l’aider à se relever. ”Désolé… je ne pensais un peu plus solide, je voulais pas… te faire pleurer.” A ce niveau-là, ce n’est même plus être maladroit. C’est être… ridicule. Je ne sais pas comment m’y prendre avec elle, il me manque le mode d’emploi et celui que j’avais pris par défaut, comment gérer une enfoirée me semble soudain aussi dépassé que moi.

Je ne sais pas ce que je suis supposé dire, ce que je suis supposé faire. J’ai beau réfléchir… j’oscille entre la méfiance la plus absolue et l’inquiétude, le désarroi, tout ce qui fait que je suis moi et que je suis incapable d’être un digne Caesar. Martial, lui, aurait déjà trouvé les mots justes. Il aurait d’ailleurs commencé par ne pas la faire pleurer. Papa, lui… c’est la même chose. Moi… je pousse un soupire avant de la prendre dans mes bras, en m’étonnant encore une fois de voir que je la dépasse de près de vingt centimètres. ”Faut pas pleurer, Maman.” Je me crispe en l’imaginant sortir un poignard et me l’enfoncer dans l’abdomen. ”De toute manière, on ne peut pas remonter le temps, ce qui est fait est fait.” Je m’écarte d’elle, avant de remonter d’une marche dans l’escalier. ”C’est tout ce que tu avais à me dire ?”

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