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 (momorius, xmas) Songs of good cheer, Christmas is here.

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SUR TH DEPUIS : 24/01/2015
MessageSujet: (momorius, xmas) Songs of good cheer, Christmas is here.   Sam 10 Déc 2016 - 18:40

Songs of good cheer, Christmas is here.
Moira & Marius



Mon poing s’abat sur la porte de la chambre de Moira. Il est sept heures du mat’, un samedi ? Rien à foutre. Elle est rentrée avant-hier d’un concert de l’autre côté de l’état ? Rien à foutre. Elle était peut-être en train de dormir et comptait peut-être dormir encore des heures ? Rien à foutre. « Moiraaaaaaaaaaaaaaaaaaa ! C’est l’heure de décorer l’appaaaaaart ! » J’ouvre la porte en grand, sans aucune notion d’intimité, parce que de toute manière on est samedi et que l’intimité, c’est très surfait. Et puis zut, elle est rentrée toute seule. Je saute sur son lit sans la moindre délicatesse, mais en lui faisant tout de même la grâce de diminuer de plusieurs kilos mon poids, histoire de ne pas tuer ma colocataire. « DEBOUT ! » Je la secoue, je lui enfonce jusqu’aux oreilles un bonnet de lutin agrémenté d’une petite clochette, l’exacte réplique de celui que j’ai sur mes oreilles moi aussi. Je secoue la tête pour faire chanter la clochette en sautant sur mes pieds, mais toujours sur le lit. « Hop, hop, hop, debout Moira, c’est l’heure, on ne lambine pas soldat ! Je t’attends dans le salon, j’ai ressorti de vieilles boules de Noël, mais il va falloir qu’on fasse un état des lieux parce que ça ne va pas du tout ! » Ca fait longtemps que je ne m’étais pas senti aussi débordant d’énergie. Marius l’hyperactif est de retour, dommage pour toi, Moira ! Et Marius l’hyperactif est déjà sorti de la pièce, parce que Marius l’hyperactif est déjà en train de tirer la langue, en équilibre très précaire sur le dossier d’une chaise, pour accrocher des boules de Noël un peu partout dans sur les placards, les murs, le plafond, dans un système D de scotch et de bouts de ficelle particulièrement douteux.

Je me demande si ça va tenir plus d’une journée. Dans tous les cas, j’en accroche sept ou huit avant que la chaise ne commence à me dire fuck : elle tombe dans un lourd fracas, moi je saute in extremis sur le canapé et me réceptionne sur un pied, les bras brassant l’air pour ne pas aller embrasser le parquet. Tout en classe et en délicatesse. Je contemple mon chef d’œuvre, et surtout ce sens artistique qui me fait cruellement défaut, et je décide dans plus de cérémonie que : « Bordel. MOIRA ! », je gueule sans trop de complexe, parce que de toute manière, je ne suis vraiment plus à ça près. « J’vais chercher un sapin ! » Ca lui laissera le temps de se réveiller. Et peut-être même que je vais être gentil et que je vais lui ramener un pain au chocolat ou une brochette de bonbons, ou les deux, pour me faire pardonner. Dans tous les cas, j’enfile un sweat sur ma chemise – parce que oui messieurs, aujourd’hui, j’ai enfilé une chemise – et j’attrape ma veste pour dégringoler les marches de l’immeuble vers le rez-de-chaussée, la rue, le centre-ville et ce putain de marché de Noël qui me fait envie à chaque fois que je passe à côté. Rapidement, je me pèle sévère mais ça ne me dérange pas plus que ça : c’est un excellent prétexte pour sautiller sur place, trottiner et bouffer des marrons chauds. D’ailleurs, je marche d’un pas vif, en tentant de rester concentrer sur ma mission : trouver un sapin.

Je veux un grand sapin. Qui ne perde pas trop ses épines, parce que c’est chiant, mais un grand, beau, majestueux sapin. Et vert, si possible, même si je doute en trouver d’une autre couleur. Quoiqu’un bleu de Norvège pourrait être beau, aussi, mais… Je m’arrête. Je reviens en arrière. Je déteste les animaux, pourquoi est-ce que je reviens en arrière ? Je secoue la tête. Il faut que je trouve un sapin, pas un chien. Focus, Marius, focus, surtout que vu l’expérience que j’ai pu avoir des animaux de compagnie avec les serpillères de mon père, il est hors de question que… je fais à nouveau demi-tour avant d’avoir atteint le bout de la rue. Merde. Il a l’air si niais. Si ridicule. Si bête. Et pourtant il est si mignon. Etant donné que je n’ai jamais brillé par mon intelligence, ça ne surprendrait personne que je fasse une connerie comme ça sur un coup de tête mais… Je ressors de l’animalerie moins d’une vingtaine de minutes plus tard, avec la boule de poils dans les bras ; une demi-heure et je suis devant la porte de l’appartement, à me demander non pas comment je vais l’appeler, mais comment je vais expliquer ça à Moira. Coucou, j’ai pas trouvé de sapin, mais j’ai trouvé un chien ! ? Ça ne sonne pas très convaincant. Il couine, en plus, le bougre, il couine comme un petit… chien. Je suis foutu. Et il est tout de même un peu tard pour le ramener, surtout qu’il me lèche déjà la joue. Je ne vais pas pouvoir le ramener. Mais je suis ridicule. Et merde.

J’inspire à fond. Je pousse la porte, avec aplomb. Qu’est-ce que mon père m’a toujours dit ? L’assurance, l’assurance est la chose la plus importante. Quoique tu fasses, fais-le avec assurance, aplomb, confiance et culot. Et on n’osera rien te dire. Mon père ne devait pas encore savoir que des Moira existaient… « Moira ? J’ai un chien maintenant ! » Voilà, tout est normal. Je ferme la porte du bout du pied, je libère le chiot qui se réfugie entre mes jambes. J’ai l’air malin, maintenant. Au moins, j’ai pensé à prendre des croissants. « T’es réveillée ? J’ai ramené de quoi manger ! »


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MessageSujet: Re: (momorius, xmas) Songs of good cheer, Christmas is here.   Sam 10 Déc 2016 - 22:41

Songs of good cheer, Christmas is here
Moira & Marius



Être musicienne, ça ne voulait pas seulement dire travailler des heures durant pour s'approcher du son parfait, ce n'était pas non plus seulement synonyme de répétitions, de déplacements, et de sacrifices au profit d'une brillante carrière, c'était aussi et surtout des horaires décalés et une fatigue qui s'accumulait d'années en années. Pendant trois jours, j'avais enchaîné les concerts pour un cycle dédié à Vivaldi et croyez-moi, je vomissais les quatre saisons par tous les orifices possibles et imaginables. Trois jours sans pause, des nuits très courtes, un voyage éreintant... En rentrant la veille au soir, je m'étais écroulée sur mon lit en marmonnant un « salut et bonne nuit » à Marius, puis m'étais endormie comme une masse. Et bon sang que ça faisait du bien de dormir comme ça ! Le noir absolu, aucun cauchemar pour venir troubler mon sommeil, aucune insomnie angoissante pour me forer à rester là, à bêtement fixer le plafond. Rien que moi et Morphée, enlacés l'un contre l'autre pour le meilleur et certainement pas pour le pire !

Parce que le pire, il restait à venir. Le pire, il allait se matérialiser aux alentours de sept heures du matin, une heure indécente pour une marmotte telle que moi, une heure qui n'avait pas lieu d'être un samedi, une heure dont je me serais bien passée. Le pire, il pris la forme d'un boulet de canon, plus connu sous le nom de Marius Caesar, canon tout court mais surtout très con, lequel frappa violemment à la porte de ma chambre, me faisant sursauter dans mon sommeil. Grognant, je me retournais pour tourner le dos à la porte, me fichant bien de ce qu'il pouvait me vouloir à une telle heure. Aussi, quand il entra pour se jeter sur moi avec l'élégance d'un pachyderme, je tentais de lui mettra une main dans la figure avant de me retrouver avec un bonnet sur la tête.

« Mais dégaaaaage, Marius, laisse-moi dormir ! »

Je retrouvais secouée, vaseuse, le regard embué, et me demandais bien comment il faisait pour être aussi énergique dès le matin. Pas possible, c'était la mutation bonus dont l'humanité entière se serait bien passé. J'attrapais un oreiller, mais plutôt que d'essayer de le lancer dans la tête de ce grand crétin qui de toute manière l'aurait esquivé et me l'aurait renvoyé, je m'enterrais dessous et grommelais d'une voix étouffée.

« C'est ça, va accrocher des boules avant que j'te pète les tiennes, Caesar... »

Lorsqu'enfin il fut sorti de la chambre, je soupirais et me recalais sous la couette, prête à finir ma nuit. J'allais d'ailleurs de nouveau sombrer dans le sommeil lorsqu'il se mit – ENCORE – à beugler comme un veau.

« Mais ta gueule et dégage, faux blond ! »

La porte claquée... Et le silence. Le doux silence apaisant, une chose qui n'existe pas quand Marius est dans les parages et... Merde. Voilà. Gagné. J'avais les yeux ouverts, rivés sur la fenêtre et poussais un profond soupir. Je savais d'ors et déjà que je n'arriverais pas à me rendormir, quand bien même mon corps hurlait-il de fatigue. A contrecoeur, je me levais, frissonnant en quittant la chaleur agréable de mon lit et que mon pyjama bien trop court ne parvenait pas à compenser, et enfilais un gros sweat avant de traîner les pieds jusqu'à la cuisine. J'eus tout juste le temps de me préparer un thé que déjà, la porte s'ouvrait à la volée sur un Marius beaucoup trop décidé et hyperactif pour moi. Le nez dans ma tasse de thé, ce n'est qu'en entendant le couinement d'un chiot que je relevais la tête, alors même que l'affirmation de Marius cheminait jusqu'à mon cerveau endormi. Échevelée, je fixais le petit animal pelucheux, avec son air idiot à l'image de son nouveau maître, puis Marius, tellement fier de lui que ça aurait pu être son second prénom, puis le chiot, à l'air bien trop con pour son propre bien, puis Marius... Et claquais ma main contre mon front avec l'air le plus blasé du monde.

« Marius Alexandre Caesar, es-tu sincèrement en train de me dire que tu m'as réveillée pour décorer un sapin qui n'existe pas, sapin que tu étais censé aller acheter, et qui s'avère en réalité être un... Un chow-chow ? Tu te fous de ma gueule ou c'est simplement naturel chez toi de faire de la merde ? »

Je repoussais la tasse, me levais avec un furibond et m'approchais de Marius, me foutant bien de cette différence de taille qui me donnais toujours envie de lui donner un coup derrière les genoux pour qu'il se baisse, et lui arrachais le sachet de croissants des mains.

« Tu vas aller rendre ce chiot immédiatement, c'est clair ? Tu détestes les animaux, tu m'as interdit de ramener mon propre chien ici, qui vit en pension chez Seth, et toi tu te ramènes avec ce truc et... Et puis merde il est beaucoup trop mignon... »

Fichue bestiole qui commençait déjà à me lécher les doigts alors que j'agrippais le t-shirt de Marius pour le secouer.

« Tu m'soûles, Marius, tu me gonfles, j'te déteste et t'es le pire meilleur ami de la planète. J'suis sûre que tu sais même pas comment tu vas l'appeler ! »

J'étais prête à le baffer s'il me proposait Brutus ou Caligula histoire de rester dans le trou du cul romain.
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MessageSujet: Re: (momorius, xmas) Songs of good cheer, Christmas is here.   Sam 10 Déc 2016 - 23:43

Songs of good cheer, Christmas is here.
Moira & Marius



Ce serait bien que l’on puisse quantifier quelque part la bêtise. Vraiment. Parce que pour une fois, j’aurais de très, très grandes chances d’entrer dans le livre des records. Sérieusement, j’ai beau être devant Moira avec mon chien dans les bras, je suis encore en train de me demander ce que je fous là, et surtout ce que je viens de faire. Oh, il est mignon, mais bordel, qu’il a l’air con, et que je peux être con… je n’arrive toujours pas à comprendre la logique de mon raisonnement. A ce niveau-là, ce n’est même plus agir sur un coup de tête, on est bien d’accord, c’est agir après s’être pris un coup sur la tête ou quelque chose dans le genre. Parce que c’est bien, bien craignos comme décision et si je ne m’appelais pas Marius, je craindrais non seulement la réaction de Moira, mais aussi pour ma vie. J’ai encore en tête sa réaction de tout à l’heure. Je ne regrette absolument rien : son bonnet lui va à merveille et l’entendre me menacer de me faire bobo aux bijoux de famille avec une petite clochette qui fait gling, gling et qui insiste quand elle s’énerve, c’était magique. Je ne regrette rien, absolument rien, je me demande juste… il faut que j’assume, c’est sûr. Il faut que j’assume, il faut que je fasse comme si tout était normal, comme si de rien n’était. Voilà, c’est la solution, c’est tout ce qu’il faut faire. Je me baisse pour poser mon chien, mon chien, putain, par terre mais il se faufile bien trop dans mes jambes pour que je puisse me retenir de le reprendre. « Bon, d’accord, reviens par ici… » Je me penche pour qu’il se love à nouveau dans mes bras, je lance un regard plein d’espoir à ma meilleure amie. J’ai apporté des croissants, je suis sûr que ça va l’apaiser.

Non ? Sa main s’abat sur son front, je me mords la lèvre pour éviter de me marrer devant cette réaction aussi… prévisible que fantastiquement moiraienne ? Kovalainienne ? « Marius Alexandre Caesar, es-tu sincèrement en train de me dire que tu m'as réveillée pour décorer un sapin qui n'existe pas, sapin que tu étais censé aller acheter, et qui s'avère en réalité être un... Un chow-chow ? Tu te fous de ma gueule ou c'est simplement naturel chez toi de faire de la merde ? » Je me mords encore plus la lèvre, j’éclate de rire malgré tout. J’adore Moira au réveil, on dirait Martial lorsque je venais le voir en pleine nuit pour lui faire des chatouilles ou juste l’emmerder parce que je n’arrivais pas à dormir. J’adore, vraiment, son petit air furibond, ses yeux qui envoient des éclairs. Elle est tellement mignonne quand elle s’énerve, si mignonne qu’elle pourrait concurrencer Astrid si elle y mettait un peu du sien. « Ouais, c’est l’idée. Et jamais je ne te ferai l’affront de me foutre de ta gueule, Moira, tu le sais bien… » Je cligne des yeux, en me voulant charmeur, je la laisse arracher le sac de croissants tout en resserrant des bras protecteurs autour de mon chien. « Tu vas aller rendre ce chiot immédiatement, c'est clair ? Tu détestes les animaux, tu m'as interdit de ramener mon propre chien ici, qui vit en pension chez Seth, et toi tu te ramènes avec ce truc et... Et puis merde il est beaucoup trop mignon... Tu m'soûles, Marius, tu me gonfles, j'te déteste et t'es le pire meilleur ami de la planète. J'suis sûre que tu sais même pas comment tu vas l'appeler ! » Je me tourne à moitié pour que mon chien soit épargné par la violence si stupéfiante et scandaleuse de ma colocataire. Je profite pour afficher la moue la plus horrifiée de mon répertoire. « Le rendre ? Hors de question, Moira, c’est mon chien à moi ! Et je déteste les animaux, sauf lui ! Et j’emmerde la logique ! » Je me tortille pour me débarrasser de ma veste sans lâcher l’animal. « Je suis désolé, Momo, je voulais vraiment aller chercher le sapin, hein, d’ailleurs j’y retourne si tu veux ! Mais je ne sais pas ce qu’il s’est passé, il m’a regardé et… et puis… » Je me concentre pour m’asseoir, sans déranger la boule de poil qui se pelotonne contre moi. Lorsque je relève la tête pour croiser le regard de Moira, je n’essaye même plus d’assumer, d’être assuré, de faire quoi que ce soit d’autre.

Je veux juste la convaincre que je ne reviendrai pas sur ma décision, que je ne sais pas du tout ce qu’il m’a pris mais que j’adore ce chien et que voilà. Et que j’ai besoin de cette boule de poils, aussi. Est-ce que ça a fait la même chose à Moira pour chacun de ses chiens et chats ? « Je peux le garder, dis ? J’ai déjà une idée de nom, j’y ai réfléchi… » Quand est-ce que j’y ai réfléchi, déjà ? Ah, oui, à l’instant. « Je vais l’appeler… Patate. Ah, non, pas Patate. Chow-Fleur ? PalmaChow ? » Que la lumière soit. Et la lumière fut. Je me lève d’un bond en faisant couiner une nouvelle fois mon chien. « OH PUTAIN JE SAIS ! » Oui, je sais. « Je vais l’appeler… Kartoffel ! » Ca c’est un nom pour un chow-chow-chiot. « C’est doux, c’est frais, c’est classe, c’est parfait. » Je me la joue Rafiki en tenant l’animal à bout de bras, mais avec sa tête tournée vers moi pour le regarder dans les yeux. « C’est quand même nettement plus sexy que Biscuit, on est d’accord, hein ? » Non, je ne provoque pas Moira. Je la chatouille juste. Je la taquine.

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MessageSujet: Re: (momorius, xmas) Songs of good cheer, Christmas is here.   Mar 13 Déc 2016 - 14:10

Songs of good cheer, Christmas is here
Moira & Marius



Qu’on se méprenne pas, j’adore Marius. C’était un chic type, bien plus cool qu’il ne le prétendait, un ami sur qui je pouvais compter, et probablement celui qui me connaissait le mieux, celui qui m’avait bercée et consoler lorsque d’abominables cauchemars m’avaient réveillée en larmes la nuit, c’était le grand imbécile qui me faisait rire, le second petit frère que j’aurais volontiers adopté… Mais bon sang qu’il était con et imprévisible ! Noël, c’était ce moment de l’année joyeux, où on sortait le sapin, où on le décorait de boules et guirlandes en chantant Jingle Bells avec une voix de fausset, certainement pas la période où on se posait des questions sur la santé mentale dégradée de son colocataire !

Les bras croisés et le regard glacial, je fixais Marius qui me faisait des yeux de chiot triste qui auraient pu rivaliser avec ceux de la boule de poils qu’il tenait dans les bras.

« Tu détestes les animaux, Marius… Tu détestes ce qui est contraignant, tu détestes les poils qui traînent sur tes fringues de bourg à 800 dollars le caleçon, et t’es déjà pas foutu de t’occuper de tes fesses, alors explique-moi comment tu comptes t’occuper d’un chiot ? Il faut le sortir, le nourrir, l’occuper, le dresser, l’emmener chez le toiletteur… Je te jure que si je retrouve la moindre merde en guise de cadeau sur mon lit, je t’étripe et j’te fais une couronne de Noël avec, c’est clair ? »

J’étais furieuse, et c’était un euphémisme. Furieuse d’avoir été réveillée aussi tôt, furieuse de l’inconscience de Marius, furieuse… Parce qu’une fois encore, c’est moi qui allais devoir me plier à ses caprices de star.

« Tu sais, Marius, je ne paye peut-être pas de loyer parce que l’appartement t’appartient, mais j’te nourris au moins deux fois par jour, et quand Sophie n’est pas là, j’fais ta lessive et ton ménage. Alors ok, garde le chiot, mais la prochaine fois… Merde, quoi ! Mets-moi au courant avant de faire de la merde ! »

Je soupirais et allais récupérer ma tasse de thé brûlante avant de revenir vers le salon. S’il m’avait fait part de son souhait d’avoir un chiot, j’aurais été la première à vouloir le lui offrir à Noël, mais je ne comprenais rien à sa logique. Je souffrais de l’absence de Biscuit, je n’avais pas osé tenir tête à Marius à son sujet… Et voilà qu’il se mettait à ramener son propre chien ! Posant les coudes sur le dossier du canapé, je me penchais pour observer cet espèce de gros pompon duveteux qui tentait de débarbouiller la figure de son nouveau maître. Patate… Non mais sérieusement, il n’allait pas l’appeler patate ? Quand enfin il se décida sur le prénom, je soupirais en levant les yeux au ciel.

« Tu vas vraiment appeler son chien pomme de terre ? Tu as conscience que c’est super moche ? Et ne critique pas Biscuit ! Son prénom lui va très bien ! D’ailleurs… »

Je fis le tour du canapé et vint me poster devant Marius, avec la ferme intention de ne pas me démonter.

« Si tu gardes ta patate, je veux récupérer Biscuit. Il est propre, bien dressé, et il s’entend très bien avec les autres chiens. J’te demande juste ça, il va pas rester éternellement chez Seth… »

Je ne lui demandais pas grand-chose, juste de faire l’effort de ne pas jouer à la diva pour une fois dans sa vie. Biscuit n’était plus un chiot, il y avait beaucoup moins de risques que ce soit lui qui fasse des conneries. Au pire, il piquerait les caleçons de Marius, son jeu favori.

« Bon… Il va pas se décorer tout seul, ce sapin qui n’existe pas… Tu retournes le chercher ? Je suis pas super présentable pour sortir, là… Et promis, je garde un œil sur… Kartoffel, non mais ce nom… »

Le pire qui risquait de lui arriver, c’était de finir avec un ruban sur la tête histoire d’égayer un peu cette touffe informe qu’il avait sur la tête. De toute manière, Marius était têtu comme une mule et buté comme un cochon. Ça ne servait à rien de me disputer avec lui, et je n’en avais pas envie. Ce qui ne m’empêchait pas pour autant de lui en vouloir.

« Tu veux bien rapporter des sachets de paillettes pour mettre sur le sapin et des sucres d’orge, s’il te plaît ? J’adoooore les sucres d’orge ! »

Et je profiterais de son absence pour faire du chocolat. Finalement, le thé refroidissant que j’avais dans les mains me tentait beaucoup moins qu’un bon chocolat chaud maison.
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MessageSujet: Re: (momorius, xmas) Songs of good cheer, Christmas is here.   Lun 19 Déc 2016 - 23:00

Songs of good cheer, Christmas is here.
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Je ne me suis jamais vu avant ça comme un gosse de riche pourri gâté. Mais genre, vraiment. Oh, je sais que parfois je me comporte comme un gosse de riche, surtout lorsqu’il est question de fric et d’achats légèrement farfelus, je sais aussi que je me comporte parfois comme un enfant gâté, avec ses caprices et ses lubies, mais les deux en même temps ? Oh putain non, surtout pas. Non, juste non. Ce serait à coup sûr le combo de trop. Mais me voilà avec un chow-chow dans les bras, à me demander ce qu’il fait là. Et me voilà à me demander si, par hasard, je ne serais pas totalement un petit con de gosse de riche pourri gâté. Et merde. Bien sûr que je déteste les animaux, bien sûr que je déteste ce qui est contraignant et borde, bien sûr que je suis incapable de m’occuper de mes fesses, j’en laisse le soin à d’autres, mais… « Paaardon ? Mes fringues de bourge à 800 dollars le caleçon ? Non mais tu t’es regardée ? » Je n’aime pas trop la tournure de la conversation. Surtout que bordel, je ne vois pas ce que mes caleçons viennent faire dans la conversation, vraiment. « Tu sais, Marius, je ne paye peut-être pas de loyer parce que l’appartement t’appartient, mais j’te nourris au moins deux fois par jour, et quand Sophie n’est pas là, j’fais ta lessive et ton ménage. Alors ok, garde le chiot, mais la prochaine fois… Merde, quoi ! Mets-moi au courant avant de faire de la merde ! » J’écarquille les yeux. Non mais… elle se fout de moi, là ? Je resserre ma prise autour de mon chien, mon chien, c’te blague, en refusant avec obstination de reconnaître qu’elle a malgré tout raison sur absolument tous les plans. « Tu te fous de ma gueule ? Tu veux pas aussi que je t’invite à un événement « Marius va aller aux toilettes à 18h03 » tant que tu y es ? T’es pas ma mère, merde, j’achète un chien si je veux. Je suis ici chez moi, aux dernières nouvelles ! » Je suis quelqu’un qui s’emporte vite. Très vite. Excessivement vite, même. Je suis quelqu’un qui déteste être critiqué, qui n’accepte pas les moqueries et à la susceptibilité un peu trop élevée. Et ça se voit. Et ça se sait

Mais l’autre truc, c’est que je suis aussi quelqu’un qui n’aime pas les disputes et les conflits. Bien sûr que j’ai une idée de prénom, j’en ai une depuis une fraction de quart de seconde. Patate, Chow-fleur, tous les fruits et légumes vont y passer. Le soupir de Moira est comme la bave du crapaud qui n’atteint pas et n’atteindra jamais les plumes de la blanche colombe et les poils du brave chow-chiot. « Tu vas vraiment appeler son chien pomme de terre ? Tu as conscience que c’est super moche ? Et ne critique pas Biscuit ! Son prénom lui va très bien ! D’ailleurs… Si tu gardes ta patate, je veux récupérer Biscuit. Il est propre, bien dressé, et il s’entend très bien avec les autres chiens. J’te demande juste ça, il va pas rester éternellement chez Seth… » Je la foudroie du regard. « De un, ce n’est pas super moche. Au moins je ne l’ai pas appelé chien, et ensuite… tu peux toujours courir pour que ton autre boule de poil mette les pattes ici. Cet appartement ne peut héberger qu’un seul chien, et ce chien sera Kartoffel, point. » Je cherche la merde, j’en suis bien conscient. Mais j’ai grandi en disant non à tout, j’ai grandi en ne survivant que par esprit de contradiction, je suis un foutu petit con capricieux et Moira n’en a visiblement pas suffisamment fait les frais jusqu’à maintenant. « Ce sera non, Moira. » Je me retiens de terminer ma phrase comme aurait pu l’à terminer mon père, par un et si ça te déplaît, pisse toi dessus et roule-toi dedans, je ne changerai pas d’avis pour autant. Et tant pis si ça ne lui plaît pas. Je déteste les animaux. Et ce truc qui gigote dans mes bras… ne devrait même pas exister. Ne devrait pas être là. Et pourtant… pourtant il est là. Et c’est mon chow-chow à moi, mon chow-chow-patate, mon Kartoffel à moi et il est hors de question que quiconque l’embête, que quiconque le ramène à l’animalerie. Je l’aime très fort. Et ce serait bien que Moira le comprenne.

Et accessoirement qu’elle comprenne que je suis têtu et que j’ai huit ans d’âge mental. Ca aiderait. Beaucoup. Même si une petite voix s’amuse aussi à me chuchoter que, bordel, il faudrait aussi que j’apprenne à arrêter de me comporter comme une star parce que mon père et ma mère se sont comportés comme des connards avec moi. Je me demande comment cette discussion va finir. Vraiment. Parce que… « Bon… Il va pas se décorer tout seul, ce sapin qui n’existe pas… » Je la fixe avec un regard suspicieux.

Sérieusement ? Elle rend sérieusement les armes aussi facilement ? Je relâche ma prise autour de mon chien, pour le laisser marcher de son pas pataud de bébé sur le canapé, et le laisser regarder Moira d’un air… d’un air de chien battu. Aller chercher le sapin, vraiment ? « Paillette, okay. Sapin… okay, et promis, je ramène pas de macaques ou de dragons. Et sucres d’orge… okay. Mais… » Je plisse les yeux. « Interdiction de transformer Kartoffel en tartiflette pendant mon absence. » Et je suis sérieux. « Deal ? » J’attrape mes clés, je file au niveau de la porte et mon chien commence déjà à se casser la gueule en descendant du canapé pour me suivre. Bordel. « Tu comprends pourquoi j’ai craqué ? »  

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MessageSujet: Re: (momorius, xmas) Songs of good cheer, Christmas is here.   Jeu 29 Déc 2016 - 22:33

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Je serrais les poings, les dents, me crispais au mieux pour ne pas asséner ma main dans la figure de Marius. Quelque part, je savais qu'il avait assez de réflexe pour m'en empêcher, et je hurlais suffisamment fort ma non violence pour ne pas risquer de briser ma jolie couverture de princesse en détresse. J'avais envie de le secouer, de lui mettre des claques pour qu'il se réveille, pour qu'il voit à quel point la réalité était moche et injuste mais qu'elle était ainsi et qu'il fallait l'affronter plutôt que de faire l'autruche. Marius, c'était ce type un peu inconscient qui plongeait tête baissée sans réfléchir, car réfléchir signifiait aussi prendre des décisions d'adulte et se responsabiliser. Marius en était incapable, Marius était un enfant de six ans coincé dans le corps d'un adulte à qui on imposait tout sans jamais lui demander son avis, et ça j'en étais plus que conscience. Seulement, ça ne justifiait en aucun cas son comportement d'enfant mal élevé et égoïste.

« Si je me suis regardée ? Je ne suis pas la fille d'un milliardaire à qui tout a réussi, et je n'ai pas un tailleur personnel pour répondre au moindre de mes caprices ! »

J'étais injuste. Plus qu'injuste, même. Marius ne se reposait pas sur ses lauriers, il avait travaillé avant d'être contraint au repos, et j'étais d'autant plus injuste que je mentionnais par sous entendu la plus grande pourriture qui l'ait jamais empêché de vivre et respirer. Mais j'étais aussi impulsive et en colère, il fallait que cela sorte, pour moi comme pour lui. Je soupirais et me pinçais l'arrête du nez, me donnant mentalement des gifles pour ne pas répondre sur le même ton acide que lui.

« Tu as intérêt à ne pas le rendre malheureux... Les chiens supportent difficilement l'égocentrisme... »

J'achète un chien si je veux... J'avais l'impression qu'il ne réalisait pas tout à fait ce qu'impliquait le fait d'avoir un chien, de s'en occuper, de prendre soin de lui... Ce n'était pas un meuble ou un jouet, c'était un être vivant, une créature dont la vie avait autant de valeur que la sienne ou celle de n'importe qui. Enfin ça, c'était ma vision des choses. Tout ce que je voulais, c'était profiter de l'occasion pour remettre Biscuit sur le tapis. Mon chien me manquait terriblement, et avec Seth qui songeait à quitter Radcliff, qui allait s'en occuper ? Il était hors de question que Biscuit quitte la ville mais d'un autre côté, je n'étais pas certaine de m'être suffisamment remise pour foutre la paix à sa majesté Caesar et me trouver un appartement. Il me tapait sur le système, à cet instant, mais je savais qu'il m'aurait manqué à la minute où j'aurais posé mes valises dans mon nouveau chez moi. Je voulais simplement récupérer mon chien pour que tout soit parfait. Le refus de Marius me fit voir rouge. J'avais l'impression de devoir lui demander l'autorisation comme s'il avait été mon père, ça n'avait aucun sens ! Sale gosse... Putain mais quel sale gosse capricieux, entêté, buté... C'était quoi l'idée ? Me foutre dehors ? M'exaspérer jusqu'à ce que j'en ai marre ? J'avais dit adorer Marius, à cet instant je le détestais tant il me dégoûtait par son égoïsme. Je ne pensais qu'à moi et mon chien, dans cet histoire, mais à tous ceux et celles qui devaient subir des non catégoriques sans aucun fondement. Eh bèh... Pauvre Astrid ! Elle avait bien du mérite de l'avoir à peu près dressé pendant un temps !

Pourtant, je décidais de ne pas relancer le débat, de ne pas nous énerver l'un sur l'autre à cet instant. Car tout ce que j'allais dire méritait réflexion, alors autant lui balancer ce que j'avais sur le cœur quand il irait chercher ce fichu sapin de Noël. Je levais les yeux au ciel face à sa remarque. Etrangement, il avait l'air surpris de ma reddition... Fais gaffe, Caesar, la suite arrive. Il fallait tout de même admettre que ce chiot était mignon. Quoi qu'un peu con et pas très doué pour tenir sur ses quatre pattes.

« Aussi futé que son nouveau maître, c'est du génie ! C'est vrai qu'il est mignon... »

Je me penchais alors pour attraper la petite boule de poils qui tentait de suivre Marius, lui grattouillant gentiment la tête alors qu'il commençait à couiner de tristesse. Puis, alors que Marius avait la main sur la poignée, je lâchais :

« Tel père, tel fils, hin ? Tu pourras pas éternellement exiger qu'on te dise oui si tu dis toujours non, Marius. Je ne dis pas ça parce que je suis vexée. Enfin si, un peu, mais c'est surtout pour te faire réfléchir. Moi tu peux me dire non, ça changera pas grand-chose à ta vie d'être égoïste avec tes amis. Seulement avec d'autres, qui pourraient compter davantage pour toi... Ça pourrait tout gâcher. »

Adaline, Samuel, Astrid, aussi... Finalement, je m'étonnais d'avoir été aussi... Calme. A part la petite pique au début, ça sonnait davantage comme un conseil qu'un reproche. Bah ! Qu'importe comment il le prendrait, je n'avais pas pour habitude de taire mes pensées. Je préférais être honnête que ruminer des choses qui finiraient par exploser d'une manière bien plus... Brutale. Quand la porte fut claquée, je reposais Kartoffel avec un soupir de lassitude.

Ah oui... J'avais dit que je ferais du chocolat. Tout bien réfléchit, je me sentais déjà coupable de ce que j'avais dit à Marius et luttais pour ne pas dévaler l'escalier et aller m'excuser. A défaut, je me dirigeais vers la cuisine et m'empressais de préparer une fournée de ces cookies lapins qu'il aimait tant. Heureusement que j'avais fait des courses la veille... Au moins, le temps qu'il revienne, ils seraient cuits ou au moins au four. Une façon pour moi de me faire pardonner... Et un peu de l'amadouer, oui c'est petit.
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MessageSujet: Re: (momorius, xmas) Songs of good cheer, Christmas is here.   Ven 30 Déc 2016 - 10:26

Songs of good cheer, Christmas is here.
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« Si je me suis regardée ? Je ne suis pas la fille d'un milliardaire à qui tout a réussi, et je n'ai pas un tailleur personnel pour répondre au moindre de mes caprices ! » Paaardon ? Parce qu’elle pense que tout m’a réussi, à moi ? Je lui rappelle quand que j’ai arrêté le hand à cause d’un problème cardiaque ? Avant ou après m’être souvenu qu’elle n’est pas au courant de ce détail et qu’elle ne le sera jamais ? Et qu’est ce qu’elle retrouve à dire à mon tailleur ? J’ai bien compris que ce n’était pas excessivement courant d’investir des blindes d’argent dans du taillé sur mesure, mais ce n’est quand même pas parce que tout le monde ne le fait pas que je vais m’en priver, non mais ! « Et de quoi tu t’plains, dans c’cas ? » Le ton monte, entre elle et moi, le ton monte dangereusement et j’ai bien peur que ni l’un, ni l’autre, nous n’avons envie de lâcher prise. Pour qui elle se prend, aussi ? J’ai un chien si je veux, elle n’est pas ma mère et si elle n’est pas contente, elle n’a qu’à se barrer, ce sera un bon débarras ! J’ai envie de lui hurler que je fais ce que je veux avec mon fric et mon appart, et je le lui hurlerais bien d’ailleurs si je n’avais pas une boule de poils dans les bras. Mon chien n’aime pas le bruit, je vais lui épargner mes beuglements outrés. « Tu as intérêt à ne pas le rendre malheureux... Les chiens supportent difficilement l'égocentrisme... » Je me dégage une main pour lui faire un doigt d’honneur, alors que mon visage commence vraiment à se fermer durablement. D’abord parler de mon père, ensuite me traiter d’égocentrique, sous-entendre que je vais faire le malheur de cette pauvre bête…

Nous sommes au bord de la crise diplomatique aiguë. Nous sommes à deux pas de la guerre nucléaire. Nous sommes à la lisière du scandale. Mais j’ai beau savoir qu’on risque de se hurler des mots qu’on regrettera, il faut que ce soit elle qui baisse les armes la premières pour que j’accepte de la suivre dans une trêve aussi subite que bienvenue. Une trêve sur la brèche, une brèche qui se creuse, devient gouffre. Son chien ne foutra pas une patte chez moi. Point final. Et tant pis si ça ne plaît pas à Moira, je l’avais prévenue dès le début que j’avais un caractère de merde. J’ai l’impression qu’elle comprend le concept : elle laisse les choses en tas, change de sujet de conversation, me propose une nouvelle trêve, probablement un peu plus durable que la précédente mais pas autant que le développement. Durable, le développement. Paillette, sapin, sucre d’orge, je la regarde d’un air suspicieux en relâchant mon animal et en renfilant ma veste. Patate essaye de me suivre, il est beaucoup trop craquant avec ses déplacements patauds. Avoue, Moira, que tu aurais craqué ! « Aussi futé que son nouveau maître, c'est du génie ! C'est vrai qu'il est mignon... » Je lui lance un petit sourire en prenant mon inspiration. Au moins, j’ai confiance en elle ce qui m’évite de lui bondir dessus lorsqu’elle se permet de le gratouiller. Trêve, bien ; on tourne la page. Je ne lui en veux déjà plus, je…

« Tel père, tel fils, hin ? » Ma main se crispe la poignée, à m’en faire blanchir les phalanges. Tout mon corps se crispe. Tu parles d’une trêve. « Tu pourras pas éternellement exiger qu'on te dise oui si tu dis toujours non, Marius. Je ne dis pas ça parce que je suis vexée. Enfin si, un peu, mais c'est surtout pour te faire réfléchir. Moi tu peux me dire non, ça changera pas grand-chose à ta vie d'être égoïste avec tes am... » « Va te faire foutre, Kova. » Je claque la porte avant d’entendre la fin. Qu’elle aille se faire foutre. Qu’elle aille se faire foutre. Je n’ai rien à voir avec mon père, je ne lui ressemble en rien. Je n’exige même pas qu’on me dise oui, et elle n’a pas le droit de me reprocher de dire non. Bordel, son sapin, elle peut se le foutre dans l’cul, et ses sucres d’orge aussi. Tel père, tel fils, mon cul, oui. Si on se ressemblait, lui et moi, ça se saurait. Et il me détesterait moins, il me mépriserait peut-être moins. C’est Martial qui lui ressemble, c’est Martial qui est parfait. Pas moi. Je brûle d’envie de faire demi-tour et d’aller répondre à la provocation de Moira, mais je continue à descendre les marches en ronchonnant, je continue vers le marché de Noël sans regarder autre chose que mes pieds et sans cesser de l’insulter. Il n’y a qu’en attrapant le premier sapin venu que je commence à regretter.

A regretter de m’être comporté autant comme un connard. Je lui impose un animal alors qu’elle se prive de tous les siens juste parce que je ne supporte pas les chats, les chiens et tout ce qui a jamais pu attirer plus le regard de mes parents que leur fils. Je regrette. Pas mes mots, pas mes choix, mais… non, je ne suis pas mon père. Je traîne le sapin sans la moindre délicatesse, il doit perdre bien des plumes sur le chemin, mais au moins, quand j’ouvre la porte dans un grand mouvement, je suis calmé. Plus ou moins. Sans un mot, je pose et j’impose l’arbre dans un coin du salon, je sors de ma poche des sucres d’orge que je balance en direction de Moira, « Tiens. » et je retourne fermer la porte. Où je reste, la main sur la poignée. « Ne me compare plus jamais à cet enfoiré, Moira. Je lui ne ressemble pas. Je lui ne ressemblerai jamais, compris ? Je ne suis pas égoïste, je suis juste… un peu caractériel. » Je soupire. Je ne ressemble pas à mon père, et je compte bien le lui prouver. « Ok. Ramène ton clébard. Mais il n’a pas intérêt à m’emmerder, compris ? En revanche, pas de chat. Pitié, Moira, pas de chat. »

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MessageSujet: Re: (momorius, xmas) Songs of good cheer, Christmas is here.   Jeu 5 Jan 2017 - 22:51

Songs of good cheer, Christmas is here
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Je n'aurais pas dû dire tout ça. Quelque part, il y avait cette pointe de jalousie inhérente à cette infériorité que je ressentais face à Marius ou son frère. Les Caesar par ci, les Caesar par là... Tout le temps que j'avais passé en France avait été marqué par leur nom, leur omniprésence. J'étais arrivée un jour dans un collège parisien, sans connaître personne et en ne maîtrisant que la base de la langue, et en l'espace de dix minutes, je savais déjà qui étaient les jumeaux Caesar. Les fils d'un couple de milliardaires, grosse fortune française, des saints que l'on croyait capables des plus grands miracles grâce à la médecine... Ce n'était pas dans ma nature d'être jalouse, car après tout je n'aurais échangé ma place avec quelqu'un d'autre pour rien au monde, mais j'avais été peinée et presque vexée de voir que parce qu'ils vomissaient de l'argent par tous les orifices, ils avaient plus de renommée que mes parents, qui travaillaient comme des dingues pour améliorer le confort de vie de leur semblable. Je ne l'avais jamais dit à Marius, mais dans mon orgueil d'adolescente, j'avais été satisfaite de voir que mon père avait raison et que le sien avait tort. J'avais été satisfaite jusqu'à ce que le vaccin fasse des morts et envoie toute la famille au bûcher juridique. Alors je n'aurais pas dû dire tout ça à Marius. Car si on pouvait difficilement ne pas lui envier le faste dans lequel il avait vécu toute son enfance, personne n'aurait voulu du traitement qu'il avait reçu. La question ne se posait même pas, mais j'étais persuadée que si l'on avait proposé à Marius de voir le jour dans une famille modeste mais aimante et encourageante, il aurait signé immédiatement. Je n'aurais pas dû dire tout ça... Ce n'était qu'un chiot... Un chiot acheté sur un coup de tête, un chiot pataud et beaucoup trop mignon pour son propre bien, mais un chiot qui réconcilierait peut-être Marius avec les animaux. La compagnie d'une petite bête à poils lui était encore trop étrangère pour qu'il comprenne à quel point Biscuit me manquait.

M'acharnant avec une énergie rageuse sur ma patte à cookies, je surveillais du coin de l'oeil la grosse patate, qui prenait possession de son territoire. C'est ça ! Va donc pisser sur les équations de môssieur Caesar, on verra s'il te trouve toujours aussi chouette ! Après m'être prise une baffe de la part de ma conscience bien aimée, je soupirais et commençais à former des petits tas sur une plaque, avant de leur donner l'aspect du lapin que Marius aimait tant. Ce grand nigaud commençait toujours par les oreilles et la queue... Et je n'aurais pas dû dire ça. Le comparer à son père, c'était lui remettre le nez dans tout ce qui n'allait pas entre eux, dans ses traumatismes d'enfance, et je n'avais pas le droit de lui faire subir ça. Marius était mon ami, qui étais-je pour lui parler ainsi ? C'était tout moi, ça ! La gueule grande ouverte mais aucun neurone pour m'empêcher de dire des conneries ! Il n'y avait jamais eu qu'Artur pour m'empêcher de dire des âneries, c'était mon Jiminy Cricket à moi, mais le jour où il se retrouverait dans la même pièce que Marius, je me ferais la malle sans tarder ou j'agiterais le drapeau blanc.

Non mis quelle merde tu sais, Kova... Marius t'accueille sous son toit, il te laisse même la chambre de Saint-Martial-bénissez-le-trois-fois-s'il-le-faut, il se confie à toi, et voilà comment tu le traites ! La seule chose que je ne regrettais pas, c'était de lui avoir dit qu'il était sacrément égoïste. S'il avait osé prétendre le contraire, son nez se serait tellement allongé qu'il se serait mis à ressemble à... A... Machin de Bergerac, ma littérature française laissait franchement à désirer. Soupirant, j'enfournais la première plaque de petits gâteaux et m'attelais à la seconde, réfléchissant toujours à vive allure. Qu'est-ce que j'allais pouvoir lui dire quand il rentrerait ? Et s'il ne rentrait pas ? Avec une boule dans la gorge, je tentais de me concentrer sur mes cookies. Lorsque la porte s'ouvrit à la volée, le four me hurlait que les premiers biscuits étaient cuit, et je fis un bond tant j'étais perdue dans mes pensées. A vrai dire, même si je craignais que l'ouragan ne soit pas passé, j'étais plus que soulagée de savoir que Marius était revenu.

« Marius, je... »

Mais il ne me laissa pas le temps de finir. Maladroitement, je réceptionnais les sucres d'orge qu'il venait de me lancer et rentrais la tête dans les épaules, m'attendant au pire. Je n'étais pas très douée pour gérer les conflits, beaucoup plus pour les créer ou simplement baisser la tête en demandant pardon. Mais tenir un siège sur le long terme... Ça, c'était la spécialité d'Artur, pas la mienne. Aussi, lorsque Marius posa quelques mots d'une voix incroyablement calme, comme pour justifier son attitude, je soupirais de soulagement. J'étais en train de déposer les premiers cookies sur une assiette lorsqu'il m'annonça accepter que je ramène Biscuit, et je tournais la tête vers lui avec un grand sourire. En temps normal, je lui aurais fait un câlin. Mais là, j'avais les mains pleines de farine et je n'étais pas certaine qu'il ne me mette pas un pain dans le pif si j'osais. Je m'approchais, avers les cookies de réconciliation dans les mains et baissais les yeux, comme une enfant que l'on aurait prise en flagrant délit d'une bêtise.

« Je suis désolée, Marius. Je suis débile, j'aurais jamais dû te dire tout ça, en plus je le pense pas. Si quelqu'un d'autre t'avait dit ça, je lui aurais cassé la gueule, sauf que là c'est moi... Et je me sens affreusement conne d'avoir été aussi méchante. Tu ressembles pas à ton père, tu ressembles à personne d'autre, t'es toi. Avec tes qualités et tes défauts, mais bon moi j'm'en fous, je t'aime bien quand même. J't'aime même beaucoup et... Et tiens, prends un cookie, ça devient super gênant, là. »

Tout heureux, Kartoffel était venu se jeter dans nos pattes, tentant de grimper le long du jean de Marius pour tenter d'attraper un cookie, auquel il n'aurait de toute manière pas droit, puisque le chocolat était proscrit pour les chiens.

« Et... Et merci, pour Biscuit, vraiment, t'as pas idée d'à quel point tu me fais plaisir. Il... Il a été ma seule compagnie à Chicago quand... Bref, on s'en fiche. Promis, pas de chat, pas de tourterelle ni d'iguane, rien que Biscuit. »

Je lui tendis mon poings fermer pour sceller cette nouvelle alliance et enterrer notre dispute, aussi brève et destructrice eusse-t-elle été. J'attrapais un cookie et le mâchonnais distraitement en me tournant vers le sapin.

« La vache, t'as pas choisi le plus petit ! Je suis sûre qu'il est même plus grand que toi ! Mais heu... Tu as des déco, au fait ? Parce que bon, on peut toujours y foutre des papiers de bonbons ou des bouts de partitions, ça sera original, tu m'diras... »

C'était con, comme une idée, mais c'était une idée. Avisant le sapin, je posais l'assiette sur la table avant de me tourner à nouveau vers Marius.

« Un câlin de réconciliation ? »Dis-je en ouvrant les bras.

Parce que oui, mon câlin j'y tenais.

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MessageSujet: Re: (momorius, xmas) Songs of good cheer, Christmas is here.   Dim 8 Jan 2017 - 0:40

Songs of good cheer, Christmas is here.
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L’avantage avec ma connerie, c’est qu’elle est temporaire. Ou très exactement : ses conséquences le sont. Ephémères. Ma susceptibilité est couplée à une incapacité durable à éprouver de la rancœur à l’encontre de quelqu’un, lorsque l’affront se cantonne à la limite du raisonnable. Le temps que je fasse un deuxième aller-retour du côté du marché de Noël, j’ai réussi à me rendre compte que Moira n’avait pas tout à fait tort. Acheter un chien ne m’a pas semblé à un seul moment être un caprice, mais c’en est un. Une brillante idée, en revanche, pas le moins du monde. Quant à un acte d’adulte, raisonnable et mature, réfléchi et pesé… pas vraiment. Mais s’il y a une chose de certaine, c’est que je ne vais pas revenir en arrière. Je suis trop fier, d’une part, et je suis trop désespérément en quête d’affection d’une autre : je ne vais pas lâcher Kartoffel aussi facilement. En revanche… le temps de traîner ce stupide sapin, et ces stupides sucres d’orge dans ce stupide marché, j’en viens à reconsidérer ma position à propos du stupide clébard de ma stupide colocataire. « Marius, je... » Je sers les dents pour éviter de rétorquer un toi, tu te la fermes. Je préfère de loin lui balancer les sucres d’orge, agrémentés d’une remarque finalement pas beaucoup plus aimable. Et d’une mise en garde. Si je peux passer sur tout ce qu’elle a pu me dire à propos de mon égoïste, de mes caprices, de mes fringues de gosse de riche et de ma connerie, elle n’a pas à me comparer à mon père. Non. Pas du tout. Elle n’a pas intérêt à refaire ça un jour. Tout comme elle n’a pas intérêt à ramener un de ses stupides félins. Ma voix est calme, je bous toujours intérieurement. Je ferme la porte, ma veste tombe de mes épaules, je refuse de regarder Moira plus que nécessaire en préférant me concentrer sur un Kartoffel déjà trop heureux de me revoir. Lorsque je relève les yeux, c’est pour voir des cookies. En forme de lapin. Et une Moira toute désolée.

Je suis un monstre, pour être à ce point capable de retourner la situation en ma faveur, alors qu’au final, si on remet vraiment les choses au clair… c’est moi qui suis en tort depuis le début. « Je suis désolée, Marius. Je suis débile, j'aurais jamais dû te dire tout ça, en plus je le pense pas. Si quelqu'un d'autre t'avait dit ça, je lui aurais cassé la gueule, sauf que là c'est moi... Et je me sens affreusement conne d'avoir été aussi méchante. Tu ressembles pas à ton père, tu ressembles à personne d'autre, t'es toi. Avec tes qualités et tes défauts, mais bon moi j'm'en fous, je t'aime bien quand même. J't'aime même beaucoup et... Et tiens, prends un cookie, ça devient super gênant, là. » Je suis un monstre, et en plus, j’en profite en attrapant du bout des doigts un biscuit encore brûlant. Mais après tout : je ne fais qu’obéir. Je me fends d’un sourire. De toute manière, elle a raison : je ne ressemble pas à mon père, je ne ressemble à personne d’autre que moi. Ce qui est déjà pas mal : c’est difficile d’être moi. « Si c’est gênant, je vais être obligé d’en prendre un. Puis deux. » Je ne lui en veux plus. En fait… ce serait vraiment stupide de ma part de continuer à faire ma mauvaise tête. Surtout que bon, ces cookies font vraiment envie, et que je ne peux décemment pas en manger en continuant de bouder, non ? Je grignote l’oreille du premier, en tentant de ne pas me brûler. De ne pas trop me brûler. « Et... Et merci, pour Biscuit, vraiment, t'as pas idée d'à quel point tu me fais plaisir. Il... Il a été ma seule compagnie à Chicago quand... Bref, on s'en fiche. Promis, pas de chat, pas de tourterelle ni d'iguane, rien que Biscuit. » Mon poing percute le sien, j’hausse les épaules. « Pas d’quoi. » Content de lui faire plaisir. Après l’avoir bien fait chier. Je ne vaux pas mieux que mon père : je crée la demande pour mieux la satisfaire, je pousse une gueulante pour ensuite avoir la satisfaction de lui faire plaisir en revenant sur une décision stupide. L’affaire est close. Ou presque. On se tourne vers le sapin, je m’éloigne de la porte, je saute par-dessus le dossier du canapé pour m’y asseoir et laisser mon chien, mon chien putain, s’installer à côté de moi. « La vache, t'as pas choisi le plus petit ! Je suis sûre qu'il est même plus grand que toi ! Mais heu... Tu as des déco, au fait ? Parce que bon, on peut toujours y foutre des papiers de bonbons ou des bouts de partitions, ça sera original, tu m'diras... » Hum. Euh. Je lance un regard à Moira, et cette fois, je lui lance même un vrai, bon, gros, énorme sourire. Digne d’un Marius de bonne humeur.  Digne d’un vrai, bon, gros débile. « Un câlin de réconciliation ? » Je bondis aussitôt sur mes pieds, en faisant sursauter un Kartoffel pas encore habitué à mes conneries. Ca va venir, mon brave. Je bondis sur mes pieds pour ouvrir grand les bras. « Moooh, viens là, Moira… c’est moi qui ai été particulièrement con, dans l’affaire, tu sais… » Particulièrement con, et ce n’est pas prêt de s’arrêter. Je lui fais un câlin sans me faire prier, pour mieux lui chuchoter un « Si je te dis que je crois que j’ai pas plus de quatre boules de Noël et d’une guirlande, tu me tapes ? » à l’oreille, avant de lui planter mes doigts dans les côtes, à un point extrêmement stratégique lorsqu’on parle chatouilles.

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MessageSujet: Re: (momorius, xmas) Songs of good cheer, Christmas is here.   Mar 24 Jan 2017 - 15:54

Songs of good cheer, Christmas is here
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A bien y regarder, on pouvait se demander comment deux grandes gueules un tantinet susceptibles pouvaient aussi bien s'entendre en temps normal. Il fallait avouer que moi comme Marius, nous avions des idées assez arrêtées sur certaines choses, et nous hurlions fort, surtout quand nous étions dépourvus d'arguments. L'ennui, aussi, c'est qu'il nous arrivait de nous comporter comme des enfants et de dire des choses que nous regrettions immédiatement après les avoir dites. Cette capacité à ne surtout pas réfléchir avant de parler, aucune idée d'où elle venait ! Mais ça ne faisait ni partie du patrimoine génétique pompeux des Caesar, ni de celui d'huître introvertie des Kovalainen. Allez savoir, quitte à avoir une mutation, autant être casse-couilles jusqu'au bout ? Alors oui, Marius et moi avions tendance à démarrer au quart de tour... Et à nous calmer illico presto derrière. C'était un peu ça, la force de notre amitié : une incapacité notoire à nous en vouloir. En revanche, niveau instinct de survie... Il n'y avait qu'à voir mes multiples échecs pour en vouloir à Artur.

C'est tout naturellement avec un regard de chien battu et une assiette de cookies que j'accueillis Marius lorsqu'il revint avec, enfin, un sapin. Oh je m'en fichais un peu de donner l'impression d'être la faible de l'histoire en baissant les bras la première. J'avais dit le mot de trop, l'insulte de trop : je l'avais comparé à son père. Sans ça... Peut-être que je serais restée plus longtemps sur ma position, étant donné qu'il ne pouvait nier être un gamin égoïste et capricieux, même s'il ne se gênait pas pour le faire. Dans un sens, j'avais gagné, j'allais pouvoir récupérer Biscuit et... Et c'était déjà bien assez. J'attrapais un cookie du bout de doigts, posais l'assiette et soufflais sur le gâteau encore un peu chaud. Me tournant vers le sapin, je m'approchais pour l'inspecter. Le pauvre machin semblait avoir été malmené sur le chemin du retour et perdais déjà des aiguilles sur le parquet. Je retirais une petite branche cassée et tentais de lui donner une forme convenable tout en essayant d'imaginer ce grand machin avec des décos... Maison et à la mode Marius et Moira. Maroira ? Non ça c'est moche... Moi... Mor... Momorius ? Aller ! Vendu ! La combinaison de deux surnoms ridicules !

Me faufilant entre les pattes d'un Kartoffel tout apeuré qui avait tenté – sans succès – de se lever aussi vite et dignement que son maître, je lui sautais dans les bras. Voilà. Des cookies, des excuses, un câlin, une technique qui avait fait ses preuves.

« Ouais t'as été un peu con... Mais moi aussi... Du coup y a un sacré level de connerie dans c't'appart, on dirait ! »

Et vu l'air pataud de son chiot, j'étais prête à parier que le niveau allait crever le plafond d'ici peu. J'éclatais de rire en cernant – sans grande difficulté étrangement – le sous entendu, puis poussais un couinement ridicule en faisant un bond en arrière sous les chatouilles.

« Hè tu n'perds rien pour attendre, Caesar ! Et puis t'es mignon mais c'est pas avec ta minuscule guirlande qu'on va l'habiller, ce sapin ! »

Quatre boules et une guirlande... Qu'il ne me fasse pas croire que cette remarque était innocente et non scandaleusement bourrée de sous entendu ! Passant à l'attaque, je me jetais sur lui et lui enfonçais les doigts dans les côtes... Sans grand succès. Marius étalé sur le canapé et moi aussi au-dessus, je croisais les bras avec un air contrarié.

« T'es pas drôle, tu réagis pas aux chatouilles. Mais je t'ai mis à terre ! »

Enfin sur le canapé... Et si quelqu'un entrait à cet instant, nous n'aurions plus aucun argument ni aucune crédibilité pour faire comprendre que non, nous n'étions pas ensemble, que ce soit sur le plan platonique ou du batifolage. Non mais !

« Bon... Tu vas m'les chercher, tes boules et ta guirlande ? »

Avec un clin d'oeil, je me relevais et trottinais jusqu'à ma chambre/la chambre de Martial, faites votre choix, et y attrapais un carton rempli à ras bord de vieilles partitions dont je n'avais plus besoin depuis qu'elles étaient imprimées dans ma tête.

« Avec ça, on a de quoi faire des origamis marrants ou des... J'sais pas, mais il va être cool, ce sapin ! Tu veux pas enfiler ton t-shirt Tortank en haut, histoire de remplacer l'étoile ? Ou mieux ! T'en as pas un avec Stari ? »

Oui j'ai joué à Pokemon dans mon enfance, c'est quoi ce jugement que je sens peser sur mes frêles épaules de princesse ? Attrapant la première page d'un caprice criblé de notes de mon grand ami Paganini, j'entrepris de le plier en accordéon pour en faire un genre de... Papillon... Oiseau... Truc volant un peu moche.

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MessageSujet: Re: (momorius, xmas) Songs of good cheer, Christmas is here.   Lun 6 Fév 2017 - 21:14

Songs of good cheer, Christmas is here.
Moira & Marius



En fait, ce qu’il y a de marrant avec la coloc qu’on forme, Moira et moi, c’est qu’on gueule très fort, qu’on mord encore plus fort mais que… voilà. On se fait des câlins de réconciliation au bout de dix minutes, on oublie tout ça au bout de quinze et même si là, je l’ai sacrément mauvaise qu’elle m’ait comparé à mon père, je sais que d’ici moins d’une heure, ce sera vraiment derrière nous. Dans tous les cas, elle me propose, je saute sur mes pieds en faisant flipper mon chien, mon chien putain !, et en ouvrant grand mes bras. Allez, viens là Moira, qu’on se réconcilie vraiment, que je m’excuse, que tu t’excuses, qu’on tourne la page qu’on a, de toute manière, déjà déchirée pour en faire un feu de joie. « Ouais t'as été un peu con... Mais moi aussi... Du coup y a un sacré level de connerie dans c't'appart, on dirait ! » J’éclate de rire, un rire qui repart dès que je tombe sur le regard totalement intriguée voire paniqué de Kartoffel. Un sacré niveau de connerie ? ”Je crois qu’on explose tous les records, ouais…” Et pour les exploser… j’ai un sourire espiègle lorsque je plante deux doigts au niveau le plus chatouilleux de la cage thoracique de Moira, qui recule en… couinant ? Glapissant ?, alors que je fais état de tout ce que je peux avoir côté décoration: autrement dit pas grand chose. Pas grand chose du tout.

« Hè tu n'perds rien pour attendre, Caesar ! Et puis t'es mignon mais c'est pas avec ta minuscule guirlande qu'on va l'habiller, ce sapin ! » J’affiche un air outré. Je compte d’ailleurs bien me jeter sur elle pour lui faire payer tout ça mais elle prend les devants et je m’écrase sur un canapé déserté de justesse par le chiot - heureusement pour lui ! Ses doigts s’enfoncent à leur tour dans mes côtes, je ne fais même pas mine de simuler et de me tortiller, je me contente de la fixer, carrément goguenard. ”Un souci, Kova ?” « T'es pas drôle, tu réagis pas aux chatouilles. Mais je t'ai mis à terre ! » Je lève les mains, comme un voleur pris sur le fait: “J’avoue, tu as gagné, tu as totalement gagné ! Je suis vaincu par ta force et tout et touuut...” J’éclate de rire une nouvelle fois, quasiment soulagé que tout soit véritablement rentré dans l’ordre, redevenu comme d’habitude. Comme d’habitude, modulo le chien qui sautille à côté du canapé pour ne pas être de reste, parce que tout de même, ce serait sacrément dommage de louper ça. Et je suis bien d’accord avec lui. « Bon... Tu vas m'les chercher, tes boules et ta guirlande ? » Je grogne un ”Nan pas envie” plus destiner à l’emmerder qu’autre chose, mais puisqu’elle n’est pas drôle, elle est déjà debout, dans sa chambre et revient avec un carton rempli. Moi, j’ai pas encore soulevé mon auguste popotin du canapé, je suis trop occupé à faire des papouilles à Kartoffel qui a réussi, avec mon aide, à y grimper.

« Avec ça, on a de quoi faire des origamis marrants ou des... J'sais pas, mais il va être cool, ce sapin ! Tu veux pas enfiler ton t-shirt Tortank en haut, histoire de remplacer l'étoile ? Ou mieux ! T'en as pas un avec Stari ? » Je l’observe prendre une première page couverte de notes, la plier en accordéon, tenter de la transformer en truc indéterminé. Je plisse les yeux. Suspicieux. “J’en ai pas avec Stari, et jamais je mettrai mon Tortank là-haut, j’ai pas envie de l’abîmer.” Je plisse davantage les yeux en tendant une main prudente vers les partoches. “C’est pas un piège ? J’ai vraiment le droit de froisser, découper, déchiqueter et réduire en charpie une partition ?” Bah quoi, il faut comprendre mon étonnement: j’ai grandi avec un Martial pour frère, un Mogwai qui se transforme en Gremlins dès que j’ai le malheur d’effleurer un violon, un archet ou pire encore, de customiser ses partitions avec un peu de couleur. Je parle d’expérience. Alors bon, hein, qu’on ne me fasse pas croire que ça ne sent pas le piège à plein nez toute cette histoire. Un piège dans lequel je me jette parce qu’il est bien trop bien conçu et beaucoup trop tentant: je m’empare d’une première double page, que je froisse en une boule non sans une certaine délectation. Déjà parce que je suis comme Kartoffel, moi, j’aime bien les baballes, ensuite parce que… hé, oh !, que personne ne me fasse croire qu’il n’en a jamais eu envie. Dans tous les cas, je jongle avec ma boule avant de la lancer sur Moira pour le jeu, de m’empresser d’en faire une deuxième que j’envoie sur le sapin où elle reste accrochée. ”Ma parole, ma chérie… c’est ma-gni-faïque ! Regarde moi ça !” Oui, je suis fier de mes conneries. Tant et si fier que je fais une troisième boule que je balance à un chiot qui n’attendait que ça et que je saute sur ma chaise avant de m’asseoir sur la table, poussant de mon derrière la caisse de Moira. ”Tu sais faire quoi comme origami ? J’ai plus de feutres ou conneries dans le genre depuis un bail, mais je dois avoir d’autres marqueurs que ceux-là...”, ma main désigne vaguement mon tableau blanc recouvert de mon écriture en pattes de mouche un peu trop sérieuse et semblable à celle de mon père, ”... et je suis sûr qu’on peut trouver des stabilos chez Marty, pour quand il venait tenter de réviser ses partiels.” Tenter, hein, n’abusons pas.


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MessageSujet: Re: (momorius, xmas) Songs of good cheer, Christmas is here.   Sam 15 Avr 2017 - 18:52

Songs of good cheer, Christmas is here
Moira & Marius



Si la bêtise d'un Caesar se mesurait en parpaing, Marius aurait de quoi se construire le château de la Belle au bois dormant. Et si on ajoute la mienne, de connerie, on peut représenter les parpaings sur la courbe exponentielle de la connerie. Même si je ne suis pas sûre de vraiment savoir ce qu'est une exponentielle, ça fait matheux et savant et ça me donnerait presque l'air intelligente, dis donc ! Pourtant, l'avantage de notre connerie, c'est qu'elle ne détruit pas grand chose – à l'exception du repos de nos voisins – et qu'elle est rarement très méchante. Au fond, Marius et moi nous gueulons beaucoup mais nous sommes aussi deux peluches qui préférons les câlins aux conflits. Dans une ville comme Radcliff où l'on compte les gens sympathiques sur les doigts d'une main, c'est presque rafraîchissant ! Je dis presque parce que je sais aussi que nous sommes fatigants. A nous deux, on a presque soixante et pourtant, on arrive difficilement à l'âge de raison niveau mental. Alors voilà que je me retrouve perché sur lui, à lui enfoncer mes doigts fourbes dans les côtes sous le regard terrifié d'un Kartoffel qui doit se dire qu'en fait, il était bien dans son enclot à l'animalerie. Les gens devaient passer devant lui, lui grattouiller la tête, s'extasier devant sa bouille ou son derrière – faut dire aussi qu'on peut difficilement les différencier – mais il n'y avait pas d'abrutis comme nous, ça c'est certain ! Pauvre bête... S'il savait ce qui l'attend ! Et puis il m'énerve, le Marius, à ne pas réagir à mes chatouilles !

« Et comment, qu'j'ai gagné ? J'suis une amazone, moi monsieur ! Un peu comme Wonder Woman mais dans le justaucorps moulant ! »

Nan parce que me balader à moitié à poil avec un costume aux couleurs de l'Amérique, merci bien ! Je jette un œil à Kartoffel, qui a pris confiance et vient sautiller autour de nous en battant de la queue comme un bienheureux. Finalement c'est plutôt « tel maître, tel chien », la phrase du jour. J'ai juste le temps de m'éclipser dans ma chambre pour y récupérer un carton de partitions que déjà, le chiot a trouvé une place contre son maître et semble apprécier de se faire grattouiller.

« Eh bah on dirait qu'il t'a adopté ! Il est téméraire, dis donc... », dis-je en tirant la langue à Marius.

Je pose le carton dans un soupir sur la table basse, et commence à expérimenter des pliages un peu moches. Faut pas m'en vouloir, j'ai jamais su faire que les cocottes en papier, le reste ça m'a toujours emmerdé. Le pire, c'est quand maman prenait le temps d'essayer de nous apprendre à faire de jolis origamis, avec Artur. Il arrivait toujours à faire des grenouilles, des pingouins ou des grues, quand moi je galérais avec un bateau.

« T'es pas drôle... T'en rachèteras un, de t-shirt, s'il est abîmé ! Ou t'as pas un vieux truc marrant qu'on pourrait mettre dessus ? »

J'ai envie d'un sapin original. Un sapin qui fera dire aux gens « ah ouais ça c'est le sapin de Moira et Marius ! », un sapin qui se passera de guirlande qui clignote et de père Noël obèse dedans. Alors que Marius me fixe avec l'air le plus suspicieux du monde, je me tourne vers lui en haussant un sourcil.

« Bah puisque j'te dis que tu peux ?! Ce ne sont pas les originaux et de toute manière je les ai toutes dans la tête, ces partitions. »

Et je dis ça d'un ton détaché, comme si c'était... Normal d'avoir ingurgité des pages et des pages de répertoires, et d'avoir chaque note gravée dans les doigts. J'ai souvent tendance à me décrire par rapport à d'autres, et par conséquent à me dénigrer : je ne suis pas aussi intelligente qu'Artur, je ne suis pas aussi brillante que papa... Ce que j'ai pour moi c'est une formidable mémoire et une oreille très sensible. Au fond, c'est déjà pas mal. Paraît que ça a fait la différence quand il a fallu accorder le premier prix au conservatoire, mais passons. J'attrape une nouvelle feuille, cette fois c'est ce bon vieux Bach, et commence à la fixer en me demandant en quoi je vais bien pouvoir la plier. C'est à ce moment que je reçois une boule de papier.

« Hèèè ! Mais c'est pas fait pour faire des projectiles, crétin ! Et... Attends ça tient dans le sapin quand on les lance ? Hè sérieux ton accent il est à chier, t'arrives à draguer avec ça ? »

Je me tâte un instant à faire de ma sonate de Bach une boule de papier que j'enverrais dans le sapin, mais je me ravise. Je suis capable de louper le sapin, ça va faire rire Marius et ça suffit, il a assez rigolé comme ça, hin ! Je le regarde s'asseoir sur la table et jeter un malheureux Ravel à son chiot surexcité.

« RIP, Ravel, tu n'étais pas fait pour ce monde... »

Je reporte mon attention sur ma partition, prends une chaise et m’assois. Il suffit que je me souvienne comment on fait les lapins en origami... De mémoire, c'était plus facile que le pingouin ! Je relève alors les yeux vers Marius.

« Ma mère m'avait appris à en faire pas mal, mais j'ai jamais été très douée pour ça. En fait ça demande un peu trop d'patience pour moi. Mais je dois pouvoir... Attends. Bah va chercher les stabilos pendant que j'essaye de me souvenir, tiens ! »

Puis ça sera plus simple de plier ma feuille sans un ahuri qui me regarde par-dessus mon épaule. Je me concentre, plis un coin, un autre, retourne la feuille... Soupire et défais tout. Marius est déjà de retour que mon lapin a tout juste le corps de plié. Au bout de quelques longues minutes de silence, je fini par donner vie à un lapin aux oreilles difformes et fripé par des plis peur assurés, mais au moins il ressemble à un lapin !

« Tadaaaaam ! Bon ça s'voit pas trop, mais c'est un lapin ! Tu veux pas lui dessiner des yeux, avec les feutres ? »

Et puis soudain, ça m'apparaît comme une claque en pleine gueule. Sans un mot, je disparais dans ma chambre et commence à fouiller parmi les cartons que je n'ai toujours pas pu déballer, faute de place. Au milieu des recueils de gammes et des albums photos, il y a ce petit livre usé par les années et criblé d’annotations. Je l'époussette doucement en revenant au salon et le tend à Marius.

« Tiens... Ma mère m'avait offert ça pour mes... Pfiou ! 8 ans, je crois ! Tu seras p'tet plus doué que moi pour les pliages ? »

De toute manière, on peut difficilement faire pire...
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MessageSujet: Re: (momorius, xmas) Songs of good cheer, Christmas is here.   Mar 9 Mai 2017 - 20:43

Songs of good cheer, Christmas is here.
Moira & Marius



« Et comment, qu'j'ai gagné ? J'suis une amazone, moi monsieur ! Un peu comme Wonder Woman mais dans le justaucorps moulant ! » J’éclate de rire, Kartoffel partage mon hilarité en sautant de partout parce que, bon sang, il ne faudrait surtout pas qu’on l’oublie, n’est-ce pas ? Dans tous les cas, Wonder woman ou pas, elle disparaît de mon champ de vision à l’instant où je grogne que, de toute manière, j’ai pas envie de bouger du canapé mon auguste postérieur. J’ai ramené le sapin, c’est déjà bien, non ? Bien sûr qu’elle a gagné, mais juste une bataille, hein, pas la guerre non plus. Manquerait plus que je commence à lui obéir, tiens.

Décorer un sapin de Noël avec deux boules, une guirlande, des partoches et de la connerie ? Tel est le challenge relevé par la colocation la plus pétée de Radcliff, c’est moi qui vous le dis ! Elle revient avec un carton, je consens à me lever. Bon, d’accord, soyons honnête : je suis un mec curieux, et un hybride entre un con et un chat. Résultat : les cartons m’intéressent, les cartons mystérieux encore plus, et les partitions qu’on a le droit de déchirer, froisser, malmener et démolir… je jette à Moira un regard des plus suspicieux tout en répondant à ses propositions de décoration de sapin. Hors de question de risquer d’abimer mon tee-shirt Tortank, c’est une pièce de collection. A sa façon. « T'es pas drôle... T'en rachèteras un, de t-shirt, s'il est abîmé ! Ou t'as pas un vieux truc marrant qu'on pourrait mettre dessus ? » J’hausse les épaules, trop concentré à la fixer tenter de faire… quoi… un pliage de… bateau ? Lanterne ? Phasme ? On peut vraiment bousiller les partitions, celles-là même qui m’ont valu des cris et des baffes de la part de Martial le jour où j’ai voulu les colorier pour les rendre plus jolies ? Ca sent le piège, j’en suis convaincu. « Bah puisque j'te dis que tu peux ?! Ce ne sont pas les originaux et de toute manière je les ai toutes dans la tête, ces partitions. » Je lui offre une moue toujours aussi sceptique que la fosse du même nom, « Mouais, mouais... », tout en attrapant avec la prudence d’un dompteur de fauve la première page venue. « Alors, si tu les connais si bien que ça… », je jette un coup d’oeil à la page, j’en déchire la moitié pour la mettre de côté et faire une boule de ce qu’il me reste. Une boule qui atterrit dans le sapin. Une autre sur Moira. « C’est quoi la troisième mesure du sixième système du concerto machin de Tchaikovsky ? » C’est cool, je connais les mots. Les notes, vaguement, lorsqu’elles sont gentilles et restent avec magnanimité sur la portée. Et qu’on me laisse cinq minutes pour le souvenir d’où est le sol. Pas ma faute : le seul instrument de musique que j’aie tenté, c’était la batterie, et mon père m’a désinscrit du cours au bout de deux semaines.« Hèèè ! Mais c'est pas fait pour faire des projectiles, crétin ! Et... Attends ça tient dans le sapin quand on les lance ? Hè sérieux ton accent il est à chier, t'arrives à draguer avec ça ? » J’éclate de rire, avant de m’attaquer à une nouvelle partition, la suite du concerto précédent, d’ailleurs. « A ton avis, Moira, comment j’ai réussi à convaincre Aspen de sortir avec moi, hein ? » Certainement pas avec mon accent, mais bon… laissons fonctionner son imagination, en attendant, je m’asseois sur le bureau, en continuant de lancer des boulettes alternativement entre un Kartoffel complètement surexcité et un sapin malchanceux. « RIP, Ravel, tu n'étais pas fait pour ce monde... Ma mère m'avait appris à en faire pas mal, mais j'ai jamais été très douée pour ça. En fait ça demande un peu trop d'patience pour moi. Mais je dois pouvoir... Attends. Bah va chercher les stabilos pendant que j'essaye de me souvenir, tiens ! » Au prénom du chat de ma mère, je ne peux pas m’empêcher de me crisper. Et de renchérir avec « Ouais, c’est ça, RIP, Ravel » succulant d’un sadisme aussi inutile que jouissif.

Délaissant un chiot en pleine campagne contre des boulettes de papier, je file chercher des stabilos dans un tiroir, reviens avec un orange, deux jaune et un vert, et file me pencher sur une Moira encore plus concentrée que tout à l’heure. « C’est quoiiii ? » Mes trouvailles dégringolent sur la table, mes coudes s’y appuient aussi et mes joues se perdent dans mes paumes, dans l’attitude d’un gamin curieux. « Tadaaaaam ! Bon ça s'voit pas trop, mais c'est un lapin ! Tu veux pas lui dessiner des yeux, avec les feutres ? » Euuuh… « Euuuh... » Ouais, on va dire ça, mais… elle a disparu, faisant sursauter mon chien. Il est totalement adopté, c’lui-là, tiens. Je m’applique à dessiner de gros yeux vert au “”””lapin”””” de Moira, avant de lui rajouter une truffe orange - bah oui, pas de rose - et de commencer à me demander si je ne peux pas piquer du rouge à lèvres à ma colocataire pour palier ce manque cruel, lorsqu’elle revient en brandissant un bouquin de pliage. « Tiens... Ma mère m'avait offert ça pour mes... Pfiou ! 8 ans, je crois ! Tu seras p'tet plus doué que moi pour les pliages ? » J’attrape le micro-livre, par réflexe. « ‘Sais pas. » Je l’ouvre à n’importe quelle page, sans trop savoir ce que je fais. « Ta mère t’a offert ça ? Pour tes huit ans ? » Je marmonne, en essayant de me souvenir de ce que j’ai pu avoir pour mes huit ans. Pas grand chose. Un bouquin, sûrement. Mais sûrement moins fun. J’abandonne, je tombe sur la page d’un truc qui ressemble vaguement à Rudolph le renne. « Bon ben on va essayer… alooooors... » Je commence à respecter les consignes, en me laissant prendre au jeu.

Et pour cause.
J’ai l’impression de faire des maths. Ce sont des surfaces et des solides que je constitue, des lignes que je plie, des angles que je calcule, une projection dans mon esprit et en 3D de ce que ça va donné, alors qu’à la base, c’est de la 2D. Je fronce les sourcils, j’en oublie Moira. j’en oublie tout. Je ne suis pas du genre minutieux, mais je suis aussi du genre méthodique. Analytique. Même si ça ne se voit pas des masses, en règle générale, parce que je fais tous les efforts pour que ça ne se voie pas. Je récupère un crayon gris, trace dans des gestes décidés des marqueurs pour garder en tête ce que je dois plier, des lignes, j’annote, je m’arrête brusquement. Putain. Je dois ressembler à mon père. Tel père, tel fils, hein ? J’envoie balader le bouquin. « Ouais, nan, en fait, j’ai pas envie. Tu veux pas plutôt… j’sais pas, foutre des lapins partout ? Tu y arrives bien, ils sont mieux les tiens. J’vais nous servir un verre de rhum, tiens, plutôt. Et des chips. C’est bien aussi, les chips. »

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MessageSujet: Re: (momorius, xmas) Songs of good cheer, Christmas is here.   Mar 29 Aoû 2017 - 22:02

Songs of good cheer, Christmas is here
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J'ai toujours adoré Noël. Aussi loin que je me souvienne, cette fête a toujours été synonyme de retrouvailles, de jeux dans la neige, de comptage d'étoiles dans le ciel, de bûche à la crème et de fruits confits en pagaille, de cadeaux confectionnés avec les moyens du bord quand Artur et moi étions trop jeunes pour offrir autre chose... ça toujours été l'un des plus beaux moments de l'année. Seulement, depuis que j'ai quitté le cocon familial, Noël a perdu de son caractère féerique. Les premières années, je rentrais, et puis j'ai commencé à être invitée pour des concerts et récitals de Noël dans des salles trop prestigieuses pour que je refuse, et Noël s'est transformé en une simple conversation téléphonique ou une carte. Ce moment d'avant fête improvisé avec Marius, je ne l'ai pas vu venir mais je l'apprécie et le savoure comme une pépite d'innocence arrivée là par hasard dans un monde de brutes. C'est sûrement bête, vu comme ça, mais j'aime l'insouciance dont nous sommes capables de faire preuve, lui et moi... Comme si notre âge ne comptait plus et que nous n'avions plus à assumer la vie d'adulte l'espace d'une journée. Un âge que ni lui, ni moi ne semblons revendiquer, alors que nous tergiversons sur la meilleure manière de décorer ce sapin. Finalement, le choix se porte sur les dizaines de partitions qui sont entassées à la va vite dans un vieux carton. Inutile de dire que là-dedans, il y a une grande partie de ma vie : des études griffonnées et raturées, des exercices pour apprendre à placer mon archet, tant de vieilles choses qui ne me servent plus depuis vingt ans mais que j'ai tenu à emmener, « au cas où ». Ça et des concertos divers et variés, visiblement. Tandis que Marius remet en doute ma mémoire musicale, je relève les yeux vers lui avec un regard amusé.

« Tiens, tu connais le mot système, en musique ? Je suis impressionnée ! Et il n'y a pas concerto machin de Tchaïkovski. Il n'en a écrit qu'un seul pour violon, jeune padawan ! »

Par réflexe, le doigts de ma main gauche viennent mimer les positions des notes sur mon avant-bras alors que je réfléchis, les yeux dans le vague. Sixième système, c'est après l'entrée du violon, ça. Je l'ai vu des centaines de fois, ce conducteur, je le connais par cœur, mais me repérer aux systèmes et non aux notes, c'est plus compliqué que je ne l'aurais cru. Je chantonne vaguement le début de la partie de violon, les mesures se dessinant dans mon esprit, puis pointe Marius du doigt.

« Croche sur do, double sur mi, huitième de soupir, triple sur mi, noire et croche sur sol, si double, huitième de soupir... Triple sur so... Non sur si, do croche, sol double, huitième de soupir et triple sur sol ! C'était facile, c'est un motif en imita... Ouais je sais, t'en as rien à foutre. »

Marius et la musique, c'est une constante : Ça a toujours fait merde, ça fait toujours nada et ça fera toujours néant ! Je le vois bien à son regard que j'aurais pu lui répondre n'importe quoi, ça n'aurait rien changé puisqu'il n'ira pas vérifier. Gnagnagna... À la place, il préfère m'envoyer une boulette de papier en se marrant comme un con. Je ne tarde pas à renchérir en lui renvoyant une boulette, tandis que son chiot dont j'ai du mal à différencier le cucul de la têtête saute partout pour tenter d'en attraper une lui aussi.

« … J'te crois pas ! Aspen n'aurait jamais eu le béguin pour un couillon qui joue sur un accent frenchy bizarre ! »

M'étant lassée des boulettes de papier, je préfère tenter de me remémorer le pliage pas si compliqué que ça du lapin en papier. Pas si compliqué, mais ça ne m'empêche pas de lui donner une allure bizarre et approximative sur le plan anatomique. Si mon lapin avait été fait de chair et de fourrure, ça aurait été un rescapé mal foutu d'Hiroshima. Il faudrait vraiment que je me replonge dans mon livre de pliages... Que je ne tarde pas à ramener après l'avoir exhumer d'un carton. À la question de Marius, je hausse les sourcils, oubliant subitement que lui et moi n'avons pas eu ni les mêmes parents, ni la même éducation. Chez moi, l'érudition s'est toujours mêlée au jeu, et ce livre de pliage, avec ses illustrations colorées et ses modèles animaliers avait plusieurs fonctions : le jeu, la patience, l'apprentissage du gaélique, puisqu'il est écrit en deux langues, et les bases de la géométrie.

« Bah heu... Ouais, entre autres choses, pourquoi ? J'ai souvent eu des kit d'activités manuelles et du matériel pour mon violon, à mes anniversaires. Artur, son truc c'était les langues, les cailloux et les sciences... Je n'ai jamais vu un gamin aussi heureux de recevoir à Noël l'encyclopédie des mollusques et autres bestioles aquatiques... »

Les goûts et les couleurs, tout ça... Je finis par m'asseoir face à Marius, l'observant en silence alors qu'il cherche un modèle de pliage et s'y attelle. Il faut bien admettre que quiconque connaître un tant soit peu le bestiau serait étonné de le voir si calme, si concentré et si appliqué sur son travail. Je me souviendrai toujours de la première fois où Martial et moi nous sommes retrouvés voisins de pupitre en orchestre. Nous commencions alors un peu à nous connaître, entre l'école et nos parents qui passaient la moitié de leur temps à se chamailler et l'autre moitié à échanger des banalités dans la tension la plus totale au cours de repas interminables. Sensible au charme mystérieux et plus effacé de l'aîné Caesar, j'avais cru lui faire un compliment en lui disant que même s'ils étaient jumeaux, il était tout de même bien plus futé que Marius ! Martial m'avait alors rétorqué que son frère n'avait rien d'un idiot, qu'il faisait simplement semblant de l'être... Et ne m'avait plus adressé la parole de toute la répétition. J'avais alors compris ce qui unissait deux jumeaux si différents : une indéfectible et inébranlable loyauté. Surtout, je n'avais plus jamais vu Marius comme un petit con à l'intellect limité, mais plutôt comme un gamin bien trop futé pour ne pas dissimuler son potentiel. Quand je vois l'application et la patience qu'il met à réaliser un petit renne en papier, j'en ai la certitude : Marius est un génie au talent bridé par sa propre connerie. Et le reste, on ne va pas se le cacher. Dans ce fameux reste, il y a son caractère de cochon, et le voilà qui repousse brutalement le livre, la feuille à moitié pliée et le crayon.

« Mais... Qu'est-ce qui te prend, Marius ? T'étais bien parti ! En plus tu plies ça bien mieux que moi... »

Parfois, j'aimerais vraiment avoir le don de lire dans les pensées des gens, pour pouvoir connaître les pensées qui stagnent sous les monceaux d'hypocrisie dont mon frère fait preuve au quotidien, mais aussi les contradictions sans queue ni tête qui animent mon meilleur ami. J'ai souvent l'impression de voir un type en constant conflit intérieur, ça n'a aucun sens !

« Je veux bien un verre de rhum mais heu... Tu veux bien me dire pourquoi soudainement tu as décidé que ce pauvre renne ne valait pas la peine d'être terminé ? »

J'ai l'air ouvertement soucieux, l'air d'une amie qui se fait réellement du souci. Pourtant, je sais Marius buté et borné, je doute qu'il accepte de me parler même si je le menace d'une manière ou d'une autre. Y a des choses enfouies en lui, des choses qui macèrent et pourrissent depuis si longtemps qu'un jour, elles finiront pas l'asphyxier. Jouer au con c'est facile. Parler ou montrer ses faiblesses, en revanche... Je soupire, attrape une chips dans le saladier qu'il me tend et lance une boulette de papier au chiot qui s'impatiente à mes pieds. Je n'aime pas voir Marius contrarié de la sorte, mais je sais aussi que si j'insiste, nous allons encore nous disputer.
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MessageSujet: Re: (momorius, xmas) Songs of good cheer, Christmas is here.   Mar 12 Sep 2017 - 22:38

Songs of good cheer, Christmas is here.
Moira & Marius



J’adore les batailles de boules de neige. Vraiment. Je n’en ai pas fait des masses, j’ai découvert ce plaisir quand j’ai réussi à m’arracher à l’omniprésence de l’ombre Caesar et à m’éloigner un peu de Paris, de Radcliff, de la bienséance et de la bien-pensante aura de mon nom de famille, quand j’ai découvert la neige et le plaisir qu’il y a à se vautrer dedans, sans nécessairement juste connaître le ski, le snow et les téléphériques de Courchevel ou St Moritz. J’adore les batailles de boules de neige, je n’imagine pas trouver mieux en période de Noël, mais la bataille de boulettes de partition… elle envoie du lourd, du très très lourd, comme le sapin, comme notre humour, à l’inverse de notre humeur bonne enfant aussi légère que de la barbe-à-papa.

Aussi légère que nos rires, aussi légère que ces fossettes qui se creusent lorsque j’oublie la dispute d’un peu plus tôt et que je me détache de tout ça pour juste profiter d’un bon temps avec ma meilleure et plus vieille amie – dans tous les sens du terme, Mamie Momo. C’est le bonheur, de pouvoir détruire des partitions et plus encore du ravel, c’est le bonheur aussi de pouvoir jouer sur des mots, défier Moira sur son terrain et massacrer le nom des chansons – morceaux ? – avec délectation. Je ressors les trois termes de musique que Martial a jadis réussi à me faire intégrer, j’essaye de la piéger et je la fixe surtout avec fascination retrouver ce qui me paraît être juste des tâches noires perdues sur une feuille striée. « Tiens, tu connais le mot système, en musique ? Je suis impressionnée ! Et il n'y a pas concerto machin de Tchaïkovski. Il n'en a écrit qu'un seul pour violon, jeune padawan ! » « Blablabla, rien à foutre » Qu’elle ne chipote pas, j’ai déjà fait l’effort de bien articuler le nom de famille du compositeur russe – un truc dans le genre, faut pas m’en demander plus. « Et bien sûr que je connais le mot système. Tu sais, c’est comme avec les langues étrangères. Suffit de savoir dire je t’aime, ou du bist soooo schön, et hop, elles tombent comme des mouches. » J’ai un large sourire de crétin – tête de con qu’elle dirait – et un haussement de sourcil des plus suggestives et des plus rieurs. « En musique, c’est la même, suffit qu’elle ne s’y connaissait pas et je suis le nouveau Wolfang Amadeus Mozart » Et j’adore mon accent allemand, je le maîtrise à la perfection celui-là.

Mais bon, laissons l’allemand, écoutant l’irlandais jouer du violon imaginaire et… je me fais pointer du doigt, avec un grand sourire. « Alors ? » « Croche sur do, double sur mi, huitième de soupir, triple sur mi, noire et croche sur sol, si double, huitième de soupir... Triple sur so... Non sur si, do croche, sol double, huitième de soupir et triple sur sol ! C'était facile, c'est un motif en imita... Ouais je sais, t'en as rien à foutre. » J’hoche la tête, avec toujours un sourire aussi large. La partition, elle est actuellement à l’état de confettis donc je ne comptais pas vérifier et… « J’en ai carrément, strictement, absolument rien à foutre, ouais. Mais tu es trop mignonne quand tu te concentres. » Trop mignonne genre trop sexy ou trop mignonne genre « j’ai envie de te tirer les joues et de te mettre un petit serre-tête dans les cheveux avec un nœud » ? Ca, l’histoire ne le dit pas, pas plus que le Marius qui a déjà trouvé une occupation avec des boulettes – étrange comme le papier se transforme d’office en balle lorsqu’il arrive dans mes mains qui se plantent soit sur Moira, soit dans le sapin dans une décoration magnifique de notre auguste roi des forêts, soit sur la tête ou le cucul de Kartoffel qui saute comme un imbécile, à l’image de son nouveau maître.

« … J'te crois pas ! Aspen n'aurait jamais eu le béguin pour un couillon qui joue sur un accent frenchy bizarre ! » J’ai un sourire des plus éloquents et toujours aussi suggestifs en rétorquant « Ah… c’est beau le déni, c’est touchant… » avant de partir, encore et toujours dans un trop grand éclat de rire. Touchant, touchant… je doute qu’Aspen soit sortie avec moi pour mon accent, mais je me doute bien qu’il a dû jouer pour d’autres filles, et qu’elle, c’est ma connerie qui a fini par la faire craquer. Et puis… à l’époque, ça n’avait été juste que tellement un jeu.

Un jeu, comme tout le reste avec moi. Un jeu, comme ce à quoi je n’ai pas vraiment eu droit de la part de mes parents quand j’étais môme, je le sais, je m’y suis fait, mais je me le prends malgré tout en pleine face lorsque mue d’une envie soudaine d’autres décorations, Moira revient avec son cadeau des huit ans. Sérieusement, elle a vraiment reçu ça ? « Bah heu... Ouais, entre autres choses, pourquoi ? J'ai souvent eu des kits d'activités manuelles et du matériel pour mon violon, à mes anniversaires. Artur, son truc c'était les langues, les cailloux et les sciences... Je n'ai jamais vu un gamin aussi heureux de recevoir à Noël l'encyclopédie des mollusques et autres bestioles aquatiques... » J’hausse un sourcil éloquent – elle sait ce que je pense de son crétin, connard et insupportable frère – avant d’appuyer mes coudes sur la table pour la regarder faire. « Pour mes huit ans j’ai dû avoir un stylo plume, ou un dictionnaire parce que Papa devait estimer que je faisais trop de fautes d’orthographe. A moins que ça n’ait été l’année où on n’a pas fêté mon anniversaire parce que Papa n’était pas là, et que Maman n’avait pensé qu’à Martial. » Je ne sais plus du tout. On va pas se mentir : jusqu’à mes quatorze ans, mes anniversaires n’ont jamais été les moments les plus marquants de ma vie, pas plus que nos Noël ou autre. M’enfin. M’enfin. »

M’enfin, comme je dis. Je feuillette le livre, ignorant la partie en gaélique, me concentrant sur les dessins. Les schémas. Les explications. Et surtout sur ce qui me semble évident et qui n’est pas indiqué. Les angles, les rotations, la forme en trois dimensions… Je me prends vite au jeu. Trop vite. Je cesse de parler, je me concentre tout simplement sur ce qui demande une bonne vision dans l’espace, une bonne intuition, des connaissances en géométrie plus intuitives qu’autre chose et de la minutie. Ce que j’ai plus qu’on ne peut s’en douter. Je me prends au jeu, je fronce les sourcils, trace des traits à la règle, ça devient quelque chose de sérieux, marque des points de repère et… et brutalement, je me rends compte de ce que je fais. Du sentiment de honte qui m’habite, du tel père tel fils et de la rupture qu’il y a entre moi, celui que j’impose, que je mets en avant, que j’exhibe, et celui que je cache et que je viens de laisser prendre le dessus. Le renne termine sa vie à terre, le bouquin voltige. J’en ai marre, c’est nul, j’aime pas. « Mais... Qu'est-ce qui te prend, Marius ? T'étais bien parti ! En plus tu plies ça bien mieux que moi... » J’hausse les épaules. « Mouerf » Voilà, mouerf. « Je veux bien un verre de rhum mais heu... Tu veux bien me dire pourquoi soudainement tu as décidé que ce pauvre renne ne valait pas la peine d'être terminé ? » Je me glisse dans la partie cuisine, extirpe la bouteille de rhum, estime qu’elle est trop vide pour survivre et en sors une deuxième, avant de les glisser sur la table en direction de Moira et de les faire suivre par deux verres. Les chips, elles, sont balancées sans réfléchir, atterrissent pile devant Moira.

Pourquoi est-ce que j’ai décidé que Rodolph n’avait pas le droit de vivre ? « C’est pas moi, ça. » Ou si, ça l’est. Mais je ne l’assume pas. Petite nuance. « Tel père, tel fils » Le français s’articule entre mes lèvres comme une insulte. « Je n’aime pas qui je suis quand je fais des maths. Je suis trop sérieux. Trop… trop comme mon père. Je préfère être con. » Le problème, c’est qu’au fond, je sais que je ne le suis pas. Pas assez. Mais pas suffisamment intelligent non plus. Je soupire. Je n’en ai jamais parlé à Moira, mais je me doute bien qu’elle est au courant. Enfin… je veux dire… on a un tableau Velléda qui prend la moitié d’un des murs du salon, sur lequel sont inscrits des pattes de mouche qu’on appelle équations et mathématiques formelles… On est en coloc depuis six mois. Elle a dû se rendre compte que quelque chose clochait chez moi. Je me sers un verre, sers Moira en second, recule pour m’adosser au canapé tout en continuant à faire face à Moira. « Ton truc, c’est la musique, non ? L’oreille absolue, tout ça, toutes ces conneries, c’est ton truc. » Et qu’elle ne hurle pas au scandale parce que je traite sa vie de conneries, c’est qu’une expression. « Moi, j’ai kiffé les maths. Les chiffres ; les nombres. La géométrie, ça me faisait kiffer quand j’avais six ans, tu vois le truc. Puis y’a eu l’accident, je sais même plus si tu es au courant, j’ai failli crever en tombant du premier étage, une sale affaire. Bref. Et j’ai perdu l’usage de mes jambes, mon père m’a promis que je remarcherais. Et que je ferai le sport de mon choix. Du coup, je me suis jeté dans le sport, tu vois. Et j’ai laissé les maths, et j’ai kiffé le hand. Ton truc c’est la musique. Moi, j’ai eu le choix entre le hand, et… et ce qui faisait de moi un putain d’alien et un sosie d’un mec que je déteste. » Même si je ne le déteste pas. « Et à côté duquel je ne peux qu’être une pâle copie » Et ça c’est bien vrai. « J’aime pas être le mec qui kiffe les maths et la physique. Parce que j’suis juste… un ersatz de mon père dans ces moments-là. J’suis pas Marius le handballeur, Marius le crétin, Marius le fils indigne. Je suis celui qui bah ton père est un surdoué, encore heureux que tu saches compter » Pourquoi est-ce que je lui balance ça d’un coup ? J’en ai aucune idée. Je sais même pas si elle va comprendre. Mais…

Je bois mon verre cul-sec. Et j’ai un petit sourire qui refleurit sur mes lèvres. « Je te ressers un verre et on termine ce sapin ? »

1812
© Grey WIND.

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