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 i know i ask you a lot, but i need your help (veronica, octobre 2015)

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MessageSujet: i know i ask you a lot, but i need your help (veronica, octobre 2015)   Jeu 26 Jan 2017 - 16:50

i know i ask you a lot, but i need your help
Veronica & Jedikiah



Le train vient à peine de quitter la gare de Louisville que déjà, je regrette. Je regrette d’être monté dedans, je regrette d’avoir cédé à la colère. Et pourtant, je refuse de faire marche arrière. Mike est mort. Cette pensée tourne dans mon esprit, s’attarde, s’impose et fait à nouveau naître dans ma gorge une boule qui m’empêche de respirer, un sanglot qui ne veut pas exploser. Qui reste là. Comme la douleur, comme la culpabilité. Mike est mort, et je n’arrive pas à assimiler ce fait. Ce qui est complètement ridicule. Mes yeux parcourent à nouveau le journal que je tenais quand j’étais gosse, celui qui me suit depuis des années, qui n’a plus de forme, dont la tranche a été scotchée et rescotchée plutôt deux fois qu’une, celui qui a subi ma colère et ma frustration, celui qui a été raturé par mon père, excédé par les fautes d’orthographe qui clairsemaient mes déclarations de petit garçon. Avachi sur le siège, les genoux remontés pour les appuyer sur le dossier du siège de devant, je pose mon journal intime sur mes cuisses et j’en tourne machinalement les pages jusqu’à remonter au quatorze avril 2002. Il y a treize ans et demi, déjà. J’ai un sourire en voyant le braille, maladroitement écrit, inutilement écrit même lorsqu’on sait que sans relief, il n’a aucune utilité. Pourtant, mes yeux parviennent à lire ce que mes doigts déchiffrent d’ordinaire sans difficulté. ⠨⠚⠄⠁⠊ ⠗⠣⠧⠿ ⠟⠥⠑ ⠨⠍⠊⠅⠑ ⠍⠕⠥⠗⠗⠁⠊⠞⠲ J’ai rêvé que Mike mourrait. Et rien d’autre. Aucun indice, aucune piste sur laquelle me lancer. Ah, si… j’ai rêve qu’une mutante tuait mon meilleur ami. Vraiment, Jedikiah-de-15-ans, ton sens du détail est époustouflant, si tu te tenais devant moi, je t’applaudirais en te foutant des baffes. Je referme mon cahier d’un mouvement rageur avant de regarder par la fenêtre.

Je prends conscience que je me suis endormi qu’une fois en gare, lorsqu’on me secoue, lorsqu’on m’extirpe avec difficulté d’une de mes rechutes d’hypersomniaque. Avec la panique, la fatigue, la stupéfaction et tout le reste, j’en ai oublié de prendre ces comprimés qui brident mon sommeil, qui creusent des cernes inutilement fatiguées, qui m’évitent parfois de me réveiller avec l’arrière-goût étrange que me laisse dans la gorge un rêve dont je ne me souviens que de quelques bribes. Quelqu’un va mourir, encore, et j’ignore qui, j’ignore où, j’ignore quand et j’ignore comment. Au final, tout ce que ça me laisse, c’est une impression distincte et le reste diffus, comme pour mieux attiser un brasier de dégoût dont je ne pourrai même pas me servir par la suite. Un amuse-gueule pour mieux m’affamer. Je grogne en récupérant mes affaires et en remerciant la personne qui m’a réveillé, avant de dégringoler et de me retrouver sur le quai de la gare de Radcliff. Quand suis-je venu ici pour la dernière fois ? Certainement pour passer un week-end en compagnie de Mike, il y a un peu plus de deux ans. Quand j’ai commencé à douter, à douter sincèrement de la nature de mes rêves. Quand j’ai commencé à douter, aussi, de la nature de mon affection pour Mike, alors que de son côté, tout était plus que clair. Je secoue la tête pour chasser mes démons, réajuste mon sac à dos, raffermis ma poigne sur la valise, tente de me repérer comme je peux.

La dernière fois, Mike m’attendait sur le quai. La dernière fois, il s’était jeté dans mes bras, avait saisi d’autorité mon sac, m’avait entraîné dans les rues de sa ville pour mieux me décrire en long, en large et en travers ses connaissances. La dernière fois… j’appelle un taxi, j’échoue dans ma chambre d’hôtel, j’esquive le lit pour ne pas y achever ma nuit, pour ne pas la recommencer. Ne pas faire de sieste, le premier impératif des hypersomniaques, une nécessité pour ceux qui ont le malheur de rêver l’avenir, même un avenir brisé. Je regarde mes mains, mon portable et le numéro de téléphone de Mike que j’ai machinalement entré. Je regarde mon journal intime, posé sur le liste. Je regarde mes affaires, j’écoute, surtout, la solitude de ma présence en ville. Qu’est-ce que je fais là ? Je cherche des réponses à des questions que je ne veux pas me poser, je cherche des explications que j’ai peur d’entendre, je cherche un moyen de faire taire ma culpabilité, je cherche un moyen de venger mon meilleur ami, je cherche, enfin, un moyen d’étouffer mes regrets. Sur tous les plans. Et qu’est ce que je vais faire, à présent ? Mon planning est incertain, et même s’il n’est pas tard, je ne pourrai pas commencer à enquêter, fouiller, fouiner avant demain matin.

Je déambule dans ma chambre d’hôtel pendant une bonne demi-heure, le regard sans cesse attiré par le lit. Puisque je n’ai rien à faire, pourquoi ne pas m’autoriser, pour une fois, à dormir ces dix-huit heures de sommeil que me réclame mon organisme ? Puisque je n’ai rien à faire, pourquoi, pour une fois, ne pas fermer les yeux et me détendre. J’ai commencé dans le train, je n’ai qu’à fermer les yeux et mon état de somnolence se transformer en véritable nuit. Je secoue la tête: je ne peux pas rester là à tourner en rond sans rien faire, c’est ridicule, je ne peux pas céder à la tentation qui serait le pas de trop en direction d’une rechute brutale. J’attrape ma veste, je jette un coup d’oeil à ma montre lorsque je sors du bâtiment. Il est dix-neuf heure passée, je suis en ville depuis deux heures et je suis déjà perdu. Si j’ai à un moment réellement su ce que je faisais là. C’est lorsque je passe pour la deuxième fois devant le même abribus que je finis par me résigner. Et par appeler ma cousine. ”Vero, je te dérange ? C’est Jed’, ton cousin, Jedikiah… je suis à Radcliff et… ça te dit qu’on se voie ?...” Magnifique entrée en matière. Depuis combien de temps est-ce qu’on ne s’est pas vu ? Bien trois ans, je crois. ”Je t’offre un café. J’ai… ça m’arrangerait vraiment de pas être tout seul, là, je t’avoue. Je t’expliquerai…” J’ai bien conscience que j’abuse tout particulièrement, à m’imposer dans sa vie, mais me retrouver seul à Radcliff, c’est plus compliqué que prévu. Infiniment plus compliqué.

J’erre, sans trop de but, en direction du centre-ville et du point de repère qu’on s’est donné. Je profite de mon indiscutable avant pour trouver une boîte de chocolat à offrir à Vero et un nouveau polar puisque j’ai terminé le précédent juste avant de prendre le train, polar que j’entame immédiatement. Reste plus qu’à attendre qu’elle arrive. En espérant qu’elle ne m’en veuille pas trop pour l’avoir dérangée, sans prévenir, comme ça…


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MessageSujet: Re: i know i ask you a lot, but i need your help (veronica, octobre 2015)   Ven 27 Jan 2017 - 15:49

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Veronica & Jedikiah



Les jappements finirent par sortir le soldat de sa torpeur. En était-ce réellement, ou était-elle simplement en quête de réponses internes ? Les questionnements restaient sans possible réfutation quel que puisse en être le dénouement. Seul le chaos avait raison sur le reste, la crainte trouvant volontiers refuge dans les âmes les plus avides de victoire provoquant par la même les injustices environnantes de cette existence. Le cercle battait de son plein, révélant pour une énième fois, les diverses mélancolies cupides et insatiables des êtres les plus bornés. L’avenir était incertain. Et avec lui, toutes les foutaises engendrées à tout va par des politicards désireux de gagner des points. Foutue mentalité, foutu pays… Le soupir de la jeune femme signifiait long sur ses pensées alors que Nick jappait encore contre sa jambe. La valide ou non ? Veronica avait tellement prit l’habitude de cette prothèse qu’elle ne savait même plus si ce qu’elle ressentait était le frottement de son chien ou celui de cette texture contre son moignon. Foutue vie… « Deux secondes… » Sa voix donnait même l’impression de venir d’outres tombes alors que ses yeux perçants jaugeaient les environs de la pièce. Qu’est ce qu’il avait encore ? Depuis plusieurs jours, ce chien s’agitait sans aucune raison apparente. Comme si il se sentait lui aussi emprunt à ces doutes, à l’affût du moindre mouvement pour se réfugier sur sa défensive et attaquer. Ainsi donc, voici que le genre humain retrouvait le chemin qu’il avait longtemps évité. Celui-là même qui lui valait sa condition : son animosité. La main certaine, Veronica finit par trouver appui sur le rebord de cette table en ferraille. Le froid lui rappelait à quel point la vie était ignoble et distante, tant cette dernière savait reprendre plus que ce qu’elle n’offrait. Bien sûr, devant la réaction de la brune, le berger allemand s’agita de plus belle, jappant un peu plus. Il avait compris qu’il avait gagné son attention et profitait bien la garder. « T’excite pas comme ça ! »qu’elle finit par prévenir tout en avançant cette même main pour venir caresser le haut de sa tête. Mais déjà l’amusement savait reprendre de ses droits alors qu’elle comprenait à peine que le danger ne rôdait pas à cet instant, il s’agissait bien plus d’un désir de prendre l’air. Une part d’elle ne comprenait toujours pas pourquoi une telle adoption. Mais devant ce comportement, cette attention et cette amitié, l’autre part parvenait à admettre que l’ancien Sergent avait bien plus besoin de ce cabot que l’inverse. Il était une sorte de rappel pour ce que la vie donnait. L’attachement qu’elle ne donnerait qu’à lui plutôt qu’ailleurs, même si il subsistait des liens dont elle ne saurait jamais délaisser.

Les rues étaient désertes certainement à cause de l’heure matinale. La nuit s’avérait être pour certain un berceau, alors que d’autre la fuyait comme la peste. Veronica n’y trouvait ni crainte, ni réconfort tant cet état lui semblait trop réel. L’abstrait n’avait plus aucune place dans ce monde, il ne savait plus exister. Peut être un jour susciterait-il un intérêt ? Elle n’était pas dupe et savait pertinemment que sa génération n’en saurait rien, peut être même que celle d’après serait ignare dans ce domaine. En attendant, elle faisait partie de ceux qui l’avaient connu, ceux qui osaient la préserver pour eux, sans la partager. La fumée de sa cigarette virevoltait autour d’elle. Une ombre à ajouter à ce tableau pourtant si noir. Une habitude trouvée depuis l’accident, celle qui lui rappelait son meilleur ami. Qu’est-ce qu’il dirait si il la voyait ? Elle préférait ne pas y songer, tant cela ne servait à rien. Ou plutôt si : la rendre faible. Et elle ne pouvait pas l’être, elle n’en avait plus le droit maintenant. Plus depuis que sa place se tenait fièrement auprès de ceux dont elle avait jugé justes. Qu’avait-elle à perdre en les sauvant ? Elle avait déjà tout perdu dans le passé… C’était surement là sa force, celle qu’il avait entraperçu au cours des entraînements qu’elle avait suivi, celle qui l’avait poussé à accepter cette offre. Celle qu’elle accepterait encore aujourd’hui s’il devait la lui proposer. Veronica aimait sa place tant cette dernière savait lui apporter ce sens qu’elle avait perdu pour vivre. Son oxygène était important, pas pour elle, mais pour les vies qu’ils seraient à même de sauver et de protéger. Ces vies qui méritaient tout alors que ceux qui les mettaient à mal ne méritaient rien. Qui était-elle pour oser un tel jugement ? N’en devenait-elle pas de ce genre là qu’elle combattait en songeant de cette manière ? Pour ce qu’elle en avait à faire, elle préférait laisser les autres se faire leurs propres idées. Il n’y avait que par la violence qu’on pouvait répondre à la violence. Le regard grave, le soldat continuait de sa démarche légèrement boiteuse. Le vétéran en profitait pour surveiller son chien, l’appelant à quelques occasions pour ainsi lui rappeler l’endroit où elle se trouvait. Est-ce qu’elle avait aspiré à ça ? La colère l’obligeait à tirer une nouvelle taffe, recrachant cette fumée blanchâtre avec une impulsion déroutante. Le temps serait venu pour qu’elle raccroche complètement, mais pas sans lui. Et à deux ils auraient su comprendre comment agir dans ce monde qu’ils avaient fuit. Rentrer devenait une nécessité, dormir également. Voilà pourquoi Nick et elle finirent par revenir sur leurs pas avant de rejoindre l’appartement de la brune. Lorsque ses yeux se fermèrent, après avoir pris ses pilules l’y aidant, la nuit noire l’emprisonna pour quelques heures.

Et la journée qui s’en suivit ressemblait trait pour trait à la précédente. Sortir Nick, rentrer pour avaler un café, ressortir avec lui pour se rendre au QG, assister à la réunion quotidienne, entendre les jérémiades de ces reportages télévisés pour essayer d’en sortir un plan à étudier en détail, faire un tour des résidents, passer par l’entraînement pour quelques heures, manger, rejoindre Smith afin de connaître ses dernières intentions, savoir garder le silence lorsque le moment était nécessaire ou au contraire dire clairement le fond de ses pensées… Voici le rituel dans lequel les Uprising tendaient à s’enfermer depuis quelques temps déjà. Il y avait trop d’avis sur les sujets, trop d’élaboration et encore plus en ce qui concernant les plans d’attaques. Tout donnait l’impression de se confondre, manquant cruellement de tact alors que chaque clan désirait la même chose. Combien de fois Veronica avait-elle tapé du poing contre la table ? Trop souvent malheureusement. Sa colère n’en ressortait que plus vive à chaque réunion, sa frustration augmentait par là même et pourquoi ? Pour qui ? Pour de simples civils qui n’avaient jamais eu à tenir un périmètre… Sa voix importait –elle ? Pour certains évènements oui, pour d’autres, ils préféraient tous passer par la politique. Il s’agissait là de leur choix, pas du sien… Et lorsqu’elle sortit des locaux en compagnie de Nick et d’un mutant enclin à une recherche de réponse, Veronica ne put qu’allumer une cigarette alors que ce dernier lui témoignait de son incertitude. « Va t’falloir du courage. T’en a d’jà eu en venant là, t’as fais l’plus dur. » Ses yeux cherchaient à capter ceux du petit jeune comme pour lui prouver de sa sincérité dans ses propos. Elle était toujours à même de les défendre, de les protéger mais surtout de les soutenir en cas de coup dur. Ce n’était pas demain la veille que ce fait changerait. La sonnerie de son téléphone coupa cet instant. « Passe devant, doit y en avoir un qui a besoin de moi. » souffla t-elle tout en faisant signe au gamin d’avancer alors qu’elle rebroussait déjà chemin pour retourner à l’intérieur. Mais en prenant son téléphone, son pas se stoppa d’une manière nette alors que le fantôme de son passé lui apparaissait comme un invité surprise. « Ouais Jed, ça va ? … » Clair et concis en une phrase, tout ce que le soldat appréciait. Son cousin l’informait de son arrivée au sein de la ville ainsi que de son désir de la voir. « Ok pour le café, je te rejoins. » Bien sûr elle avait remarqué le ton de sa voix, son malaise palpable, mais ce qui l’intriguait le plus n’était autre que cette intention de la voir si prestement. Pétrin ou pas ? Dans la famille, tous savaient qu’ils pouvaient compter les uns sur les autres.

Le centre-ville grouillait nettement plus à cette heure que la nuit passée et c’est en marchant, toujours à sa manière qui amenait certains regards, que la jeune femme finit par arriver au lieu de rendez-vous. Sa main poussait à peine la porte, enclenchant ce petit tintement usuel des cafés américains. Nick profita de ce temps pour s’engouffrer dans la pièce alors que déjà Veronica reconnut la tête blonde un peu plus en retrait. Dire qu’il n’avait pas changé serait un mensonge aussi vieux que l’Amérique, tout comme elle, Jed donnait l’impression que la vie avait eu son lot à lui offrir ou plutôt à lui prendre. « Viens Nick. » Appela t-elle doucement avant de se diriger vers la table en question. « C’est qu’t’as poussé plus vite qu’un champignon toi ! Pour peu et j’te passais à côté sans te reconnaître. » La jeune femme passait déjà ses bras autour des épaules de son cousin pour une accolade amicale. Sa famille lui avait manqué sur le front, c’était un fait qu’elle ne pourrait jamais nier. « Laisse-moi te regarder… Hey mais c’est qu’il est beau gosse. » Un mince sourire étirait ses lèvres, un rare, un qui exprimait bien sa joie même si il en était moindre. « Qu’est ce qui t’a ramené ici ? » Elle s’installa sur sa chaise, face à lui alors que sa main droite vint à montrer à Nick l’endroit où il devait se coucher, prêt de sa jambe. La curiosité l’a piqué à vif, si son cousin était ici, cela n’était certainement pas pour retrouver la famille. « Qu’est ce qui va pas ? » Le tact Veronica en manquait depuis toujours. Et ce n’était pas aujourd’hui qu’elle allait essayer de changer la donne. Ses yeux cherchaient à nouveau à capter ceux de son cousin, elle avait appris qu’il n’y avait que dans le regard qu’on pouvait jauger d’une vérité ou non.

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MessageSujet: Re: i know i ask you a lot, but i need your help (veronica, octobre 2015)   Sam 4 Fév 2017 - 11:07

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Veronica & Jedikiah



« Ouais Jed, ça va ? … » La voix de Veronica, même si elle ne doit pas en avoir conscience, dénoue dans ma poitrine un nœud dont j’ignorais jusque-là l’existence. Je sais que je lui en demande beaucoup. Certainement trop : non seulement je m’invite dans sa ville sans la prévenir, mais en plus je lui impose ma présence, je lui vole de son temps et je l’accapare sans même m’y prendre à l’avance. Et tout ça, pour quoi ? Je ne veux pas rester seul, pas ce soir, pas tout de suite. Cette ville est remplie de souvenir, et pas uniquement des souvenirs entre cousin. Elle pourrait refuser. Elle pourrait m’envoyer paître, elle pourrait… « Ok pour le café, je te rejoins. » Le nœud se desserre davantage, il pourrait même aller jusqu’à disparaître presque entièrement, à ce rythme. Ma voix est étranglée lorsque je souffle un « Merci, merci infinimement » avant de raccrocher, de souffler, de respirer. De vieux souvenirs remontent à la surface, m’aident à me diriger, m’aident même à retrouver la place où Mike et moi avions bu un café, il y a… trop longtemps déjà. Je passe acheter un livre pour m’occuper, je passe acheter des chocolats pour me faire pardonner – comble de l’originalité – j’essaye de ne pas entendre le rire de mon meilleur ami lorsque je me prends la marche en entrant dans le café, lorsque je me manque de trébucher et que j’essaye de ne pas trop rougir d’embarras. Bon sang qu’il me manque, bon sang que j’ignore comment la situation aurait pu tourner si on n’avait pas perdu contact à cause de moi, bon sang que j’ignore comment mener une enquête. Je me concentre sur ma lecture, assis au fond du café, à mordiller ma lèvre comme à mon habitude pour me maintenir éveillé.
En une quinzaine de minutes, j’ai lu deux phrases. Mes pensées, elles, voltigent un peu partout. Vero. Je me demande si elle a changé, depuis la dernière fois. Elle est aussi brune que je suis blond, aussi énergique que je suis… pataud… un tintement me fait lever la tête pour la dixième fois en quelques minutes, mais cette fois, il m’apporte une confirmation : ma cousine reste tout à fait reconnaissable, et le sourire qui éclaircit mes traits en est la preuve. Je jette un coup d’œil au chien, sans pouvoir m’empêcher de me pencher pour lui gratter la tête. « Vero ! » Enfin une tête connue ! « C’est qu’t’as poussé plus vite qu’un champignon toi ! Pour peu et j’te passais à côté sans te reconnaître. Laisse-moi te regarder… Hey mais c’est qu’il est beau gosse. » J’ôte un chapeau imaginaire. « C’est ce qu’on dit de lui, en effet… » Je rajoute même d’une voix amusée, avant de lui rendre la pareille, en toute sincérité : « Heureusement que tu n’as pas trop grandi, toi, de ton côté ! Tu es resplendissante ! » Je ne peux m’empêcher d’hésiter sur cette dernière phrase même si je la pense de tout mon cœur. Vero a toujours été un certain modèle pour moi, sa… blessure rapportée du front, elle, a causé chez moi bons nombres de cauchemars. Et aucun ne relevant de la prémonition.
Je me rassois lorsqu’elle fait de même de son côté, en refermant mon livre pour le décaler sur le côté de la table. « Qu’est ce qui t’a ramené ici ? » J’étais en train de récupérer le sac de la boîte de chocolat posé sous la table, mon mouvement s’interrompt à mi-chemin. Je dois avoir l’air fin, courbé et immobile, tétanisé par cette question plus que légitime de sa part. « Qu’est ce qui va pas ? » Ma cousine est directe, plus, certainement, que je ne le serais jamais, avec mes tendances à tourner autour du pot et à noyer le poisson pour éviter les situations problématiques. Ma mère m’a toujours mis en garde contre la lâcheté, surtout vis-à-vis des mutants et de mon héritage de chasseur que j’assume sans oser, le plus souvent, le revendiquer avec autant de force que Sélène, ma petite sœur, que sa surdité n’empêche pas de chasser ; loin de là. Ma cousine, donc, n’a rien de cette lâcheté craintive qui fait de moi quelqu’un de timoré. Et, parfois, je le regrette tout en appréciant son tact… parfois peu visible. Ce qui ne va pas ? Ce que je fais ici ? « Je… » Je me redresse, pose les chocolats, toujours enveloppés dans leur sac plastique, sur la table, pour mieux les pousser dans sa direction. « Déjà, j’espère que tu aimes le chocolat, et tiens, pour me faire pardonner pour… taper l’incruste comme ça. J’espère que tu n’avais rien de prévu. » Et pour espérer… j’espère. Vraiment. « Ensuite… » Je prends mon inspiration en regardant le plafond, les serveurs, mes mains et la carte du café, tout, absolument tout sauf Veronica. « Tu te souviens de Mike ? Mon… meilleur ami. » Le polar que j’ai acheté est fascinant, j’essaye d’avoir l’air détaché lorsque je me force à abréger un suspens dont ni elle, ni moi n’avons véritablement besoin. « J’ai appris sa mort il y a quelques semaines, j’ai… j’ai eu besoin de venir, pour comprendre. On… » Je signe tout en parlant, signe certain de ma nervosité ; comme lorsque je parle à ma petite sœur. La langue des signes s’enveloppe souvent, chez moi, d’une atmosphère d’intimité. De timidité. De sécurité. Une manie parmi tant d'autres qui me ridiculise tout autant qu'elle me rassure. « Je pensais être assez solide pour encaisser son absence mais… dès que j'ai mis les pieds à Radcliff, j'ai vu son fantôme... » Je rajoute ça comme pour m'excuser, me justifier.


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