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 (Hipporius RA) | Time will not heal our scars

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SUR TH DEPUIS : 26/05/2015
MessageSujet: (Hipporius RA) | Time will not heal our scars   Sam 15 Avr 2017 - 19:00

Time will not heal our scars
Hippolyte & Marius



Escorté par deux hommes tout de noir vêtu dont les bras puissants écartaient la foule, il pénétra avec un soupir de soulagement dans l'enceinte du bâtiment. Malgré l'isolation phonique, on entendait au dehors la rumeur grandissante des badauds venus se masser autour du stade dans l'espoir de voir leurs icônes et, pourquoi pas, d'obtenir avec une photo ou un autographe. Vêtu d'un costume sombre taillé sur mesure et d'élégantes chaussures de ville, l'homme qui venait d'entrer était encore en pleine réflexion. Avait-il bien fait d'accepter l'invitation qu'on lui avait envoyée quelques jours plus tôt ? A vrai dire, le carton l'avait fait sourire tant la coïncidence était ridicule. Lui, magnat du secteur pharmacologique, convié à un demi-finale olympique de handball. Il aurait pu refuser, c'était certain car après tout, on lui avait fait traverser la moitié de la planète pour se rendre à Rio, et il détestait déjà profondément le climat du pays. Seulement il était venu. Ni pour l'amour du sport et encore moins pour soutenir une équipe dont il portait pourtant les couleurs. Il était venu pour une autre raison, à laquelle les responsables du marketing et des invitations n'avaient probablement même pas songé.

Docile, il déposa dans un panier téléphone, clés, briquet et montre puis s'avança vers le détecteur de métaux. Dans un anglais approximatif, le vigile lui désigna son alliance, le sommant de la retirer, mais il suffit d'un regard pour qu'il comprenne que l'enlever ne serait même pas de l'ordre du négociable. Les mesures de sécurité, il voulait bien s'y plier. Retirer l'espace de quelques secondes l'unique lien qu'il avait avec son épouse à une telle distance de Paris, c'était tout simplement trop lui demander. Il passa le portique, récupéra ses effets personnels puis, sans attendre que ses garde du corps ne se décident à bouger, se dirigea vers la demoiselle qui s'occupait de placer les invités dans la tribune présidentielle. Risible, vraiment. Quelques chèques signés en tant que mécène et voilà qu'il se retrouvait à l'une des places les plus prisés des jeux.

Une volée de marches plus tard et voilà qu'il prenait place dans un fauteuil autrement plus confortable que ceux des gradins ordinaires. Arrivé en avance, il eut tout le loisir de voir ces derniers se remplir, l'excitation de la foule enfler, et les sponsors défiler sur le terrain pour les aider à patienter.

« Hippolyte Caesar, en voilà une surprise ! »

Perdu dans ses pensées, il tourna la tête vers l'homme qui venait d'interrompre son introspection quotidienne. Grand et sec, Hippolyte lui avait toujours prêté des allures de marabout, avec son long nez crochu et son crâne dégarni. A vrai dire, il ne l'aimait pas, mais ça ce n'était spécialement étonnant, puisque le français avait tendance à mépriser la quasi-totalité de ses congénères. Mais puisqu'il lui fallait faire bonne figure, il tendit une main pour serrer celle de son confrère.

« Surprise partagée, James, je ne vous savais pas amateur de handball. »

L'homme pris place à son tour, au grand damne d'Hippolyte qui aurait préféré éviter de suivre le match avec un bourdonnement inintéressant à sa droite. Homme d'affaire brillant, le grand dégarni se plaisait à se vanter d'avoir réussi à coincer le Caesar dans une sombre histoire de vaccin défectueux.

« Oh vous savez, quand on m'offre la possibilité de venir visiter Rio et encourager notre équipe, il m'arrive de trouver un certain intérêt à ce genre de frivolités. Vous avez fait le tour de la ville ? »

« Pas encore, je suis arrivé ce matin. »

« Ah très bien ! Alors... »

Des explications, un blablabla assourdissant qu'Hippolyte mit rapidement en veilleuse en se contentant de hocher la tête à intervalles réguliers ou à sourire lorsque l'autre faisait une plaisanterie. Pitié, que quelque le sorte de là, que le match commence, mais il n'allait pas supporter ça très longtemps. Finalement, lorsque les deux équipes firent leur entrée sur le terrain, le français fit signe à l'autre de se taire d'un simple geste de la main et se redressa dans son siège.

Ses yeux cherchaient un nom, une silhouette. Il cherchait un grand blond incapable de tenir en place plus de deux secondes, et il ne mit pas de temps à le trouver. Là où ses coéquipiers entraient en marchant et en saluant calmement la foule, il fit irruption sur le terrain en trottinant et s'accordant même un petit tour de piste pour être bien sûr de récolter le maximum d'ovation, de cris d'hystérie et déclarations d'amour en tous genres. Aucun doute, c'était bien lui, avec son brassard de capitaine au bras. Tournant le dos à la tribune présidentielle, il alla rejoindre son équipe, tandis qu'à la droite d'Hippolyte, le nuisible se penchait avec un air de conspirateur.

« Dites-moi... Le capitaine, Caesar... C'est quelqu'un de votre famille ? »

Sans tourner un seul instant la tête, ses yeux sombres rivés sur le terrain, il répondit d'une voix ferme où flottait une puissante aura de fierté.

« C'est mon fils. »

Le coup d'envoi fut sifflé, le match pouvait commencer.
© Grey WIND.

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MessageSujet: Re: (Hipporius RA) | Time will not heal our scars   Lun 17 Avr 2017 - 20:56

Time will not heal our scars
Hippolyte & Marius



Chacun a son petit rituel. Stéphane reste collé au téléphone avec sa petite amie qui est, bien évidemment, dans les gradins. En règle générale il n’entend pas un mot sur deux parce qu’il y a déjà trop de bruits mais, allez savoir, ça lui permet de décompresser. Amir, lui, se concentre sur le tableau des scores et surtout la liste des joueurs allemands qui a été annoncée un peu plus tôt. Jérome, de son côté, se fait masser une dernière fois parce que même s’il ne rechigne jamais à aller au contact et à prendre des coups, il est dans l’angoisse en chaque début de match d’une nouvelle rupture des ligaments croisés. Et moi, j’enfonce sur ma tête mon casque et j’arrête de penser. J’arrête de réfléchir. Je mets le son à fond, je m’enferme dans une bulle et j’arrête tout. Même de bouger. En général, ça ne dure jamais bien longtemps, mais me voir immobile un quart d’heure, ça a de quoi surprendre. Il paraît que Marc, notre entraîneur, a failli appeler les secours la première fois qu’il m’a vu faire. Mais bon, depuis le temps… depuis le temps, il s’y est habitué, suffisamment pour me confier en début de saison le brassard de capitaine. Il y en a qui le mériteraient plus, ce brassard. J’ai que vingt-huit ans. J’ai déjà vingt-huit ans. C’est ma sixième année en équipe de France, c’est ma septième année au Paris Saint Germain, c’est ma dixième année sous les éclairages des médias qui ont le handball et la presse people dans leur viseur. Mais c’est ma première sélection en tant que capitaine. Et ça, putain, ça… ça fout la pression. Je ferme les yeux, augmente le son d’un cran encore. Je dois en faire profiter tout le vestiaire, malgré mon casque. Première sélection en tant que capitaine, on se hisse en demi-finale des JOs. Il y a quatre ans, on s’était retrouvé en finale, on avait gagné la finale mais j’étais encore un jeunot. Et maintenant…

On fout une tape sur la tête, ça fait gicler mon casque et ça me sort plus que brutalement de mes pensées. « Prêt Marius ? » J’offre à Vincent, en attrapant la main qu’il me tend pour m’aider à me lever, un très large sourire. Confiant. L’avantage, lorsqu’on est moi, c’est qu’on est sûr de soi. Qu’on transmet aux autres une tranquillité… relative, mais une assurance, ça ouais. « Depuis ma naissance, Vince, et toi ? » J’éteins mon mp3, plie mon casque avant de me mettre à sautiller sur mes pieds. Un à un, je regarde les coéquipiers jusqu’à tomber sur notre entraîneur qui nous désigne le couloir nous menant vers le terrain. Et le match. Et la victoire. Et la finale. Et c’est là, franchement c’est là, que je me rends compte d’un truc. J’ai l’habitude des projecteurs. J’ai l’habitude de la pression posée sur mes épaules. J’ai l’habitude d’être regardé – et j’aime ça. Mais être capitaine de l’Equipe de France en demi-finale des Jeux Olympiques, alors qu’on a déjà un doublé olympique dans le dos et qu’on va potentiellement vers un triplet… ça… ça ne s’invente pas. Quand on a mis les pieds à Rio il y a déjà trois de jours, on envisageait de grimper sur le podium. Maintenant… maintenant, ça se concrétise. Et si on gagne le match, ce sera une certitude. J’entends les bruits de la foule qui hurle quand les trois clampins assignés au commentaire égrènent les noms de nos adversaires. J’entends celui de Kurt, l’un de mes coéquipiers au PSG, j’entends celui d’Owen, avec qui j’ai passé des vacances formidables le mois dernier, vu que je sors avec sa sœur – d’après je ne sais plus quel journal ; ils sont en retard, on a rompu depuis une éternité, mais on est resté ami… et plus. J’entends enfin Esteban Mortier, notre ailier droit. Qui sort du couloir.

Petit à petit, on y va tous. J’ai beau avoir l’impression de jouer au handball depuis toujours – et ce n’est pas tout à fait faux lorsqu’on se rend compte que j’ai commencé à sept ans à peine – mais ça, ce frisson lorsque « Mariuuuus Caesar ! » retenti dans les gradins, complété par le public, complété par tous les supporters français. Le seul moment où je suis fier de mon nom, à n’en pas douter. Le seul moment où… je chasse mon trouble, je jaillis des vestiaires comme en mon habitude, en prenant le luxe de tourner sur moi-même, de faire le show, de faire le show comme je sais si bien le faire, comme mon entraîneur sait si bien le détester. Je le vois, d’ailleurs, serrer les dents et secouer la tête pour m’interdire me faire comprendre que j’en fais trop, mais… mais je ne peux pas m’en empêcher. Ma main tape toutes celles de mes coéquipiers, je glisse deux trois mots à Vincent. Et le frisson d’excitation disparaît une fois immobilisé. Ou presque. Je sautille, incapable de me mettre totalement au repos. Condition physique parfaite, ma fracture du poignet la saison dernière n’est plus qu’un mauvais souvenir, tout comme mon entorse. Un sourire éclatant, je fais un signe aux caméras. Et un clin d’œil bien sûr. Dernière lubie de Marius avant que le sérieux ne s’immisce en moi comme à chaque début de match.

Chaque début de match. Le ballon trouve sa place dans ma main. Mon souffle, lui, reste posé, presque rythmé comme un métronome. Le match peut commencer. Les minutes se précipitent, les minutes s’entrechoquent, comme les bras, les jambes, les corps et le sol, comme la balle qui rebondit de main en main, se perd dans les cages, revient au centre et repart. Les buts, eux, s’envolent de plus en plus. Match compliqué, comme toujours face à l’Allemagne, match tendu mais on maîtrise. Heureusement. On maîtrise, on s’accorde un +2, on s’accorde des fautes, des arrêts, des pertes de balle et des remontées. Lorsque la mi-temps sonne, on a trois longueurs d’avance. Pas grand-chose, aucune certitude. Mais un bon match. « Marius, tu es la bête à abattre ! Ils vont durcir leur jeu, ils vont venir encore plus au contact. » J’acquiesce en vidant une bouteille d’eau sur le banc de touche où mon entraîneur m’a fait sortir quelques minutes en début de deuxième période, histoire que je souffle un peu. Et on repart, je reviens sur le terrain pour marquer presque immédiatement. Bordel que Luc et Jérome font un boulot de tonnerre pour me servir des buts sur un plateau d’argent ! On grimpe, le score monte à +6 toujours en notre faveur : c’est un véritable scandale qu’on est en train de faire, c’est sûr. Et comme prévu, la défense se durcit, devient agressive, me prend en tête de turc et s’articule autour de moi pour me bloquer toutes mes solutions. Pire encore, plus ça va, plus je sens que mes adversaires perdent patience. Attaque, on temporise, le temps de trouver une ouverture. Le temps de trouver un nouvel angle d’attaque et d’exploiter le fait qu’ils aient visiblement tous les yeux tournés dans ma direction.

On temporise, je jette un coup d’œil non seulement au temps qu’il nous reste – plus de dix minutes – mais aussi au score et aux arbitres qui viennent de lever le bras. Merde. D’un coup, Amir prend la décision de déclencher l’attaque, une porte s’ouvre juste devant moi dans la défense, le ballon se loge dans ma main, comme aimanté, je monte en expansion et… l’avantage quand on monte en expansion, c’est qu’on peut plus facilement s’abstraire des défenseurs, viser, qu’on se rapproche aussi des cages. Le désavantage, c’est que même si une des règles d’or c’est de ne pas toucher un joueur en expansion parce qu’il ne peut plus changer sa trajectoire, c’est que si justement on le bouscule, et bien il tombe. Ma tête heurte le sol violemment, je me réveille une poignée de secondes plus tard, totalement sonné. « Sol, vainqueur par KO » Je marmonne dans un mélange d’anglais-français-allemand en acceptant l’aide d’Owen pour me remettre sur mes jambes. L’arbitre est à côté de moi, je lève la main en faisant quelques pas. Et en secouant la tête histoire d’être sûr que tout est encore en place.  Deux minutes, c’est le temps que je reste sur le côté avant de revenir sur le terrain. Autant qu’une exclusion, je fais la remarque à mon entraîneur qui lève les yeux au ciel. « Ca fait donc ta troisième exclusion du match ? Fais gaffe, Marius, tu vas battre ton record à ce niveau-là ! » qu’il fait, juste avant de me renvoyer sur le terrain, d’une tape dans le dos, après s’être assuré que je n’avais rien et surtout que je me sentais suffisamment en forme pour clôturer le match. Il ne reste que quelques minutes, et les allemands en ont profité pour combler l’écart. Lorsque je repose un pied sur le terrain, ils viennent de recoller au score. Cinquante-neuvième minute, ils égalisent. On est à nouveau en attaque. On ne peut pas se permettre une égalité, putain ! Du coin de l’œil, je vois l’arbitre qui lève à nouveau le bras. Dernière attaque, dernière occasion, je prends ma chance. Mon boulet de canon prend totalement le gardien au dépourvu. J’avoue. Aucune finesse, aucune tactique, aucune technique stupéfiante, juste un boulet de canon qui perfore la défense. 28-29… « ON EST EN FINALE, PUTAIN ! »

L’euphorie a du mal à retomber, je n’articule pas du tout devant les caméras. Ils veulent avoir l’avis du capitaine, forcément, ils veulent avoir l’avis de Marius Caesar, ils veulent savoir si je vais bien, comment la finale contre le Danemark va se profiler vu qu’on connait déjà notre adversaire, ils veulent que… je réponds à leurs questions avec un large sourire, comme d’habitude. Je sais que Stéphane, ça le gonfle et qu’en général, il est le premier à rejoindre les vestiaires. Jérome est plus conciliant : il leur accorde une poignée de secondes. Moi… il faut que je croise le regard du coach, et aussi la présence du médecin de l’équipe, pour comprendre que mon petit ko de tout à l’heure, je vais en entendre parler. On me tend une bouteille d’eau, je m’écarte des journalistes pour aller boire et… et sans que j’anticipe quoique ce soit, le combo vertige et nausée me prend au corps et me pousse à rendre tout ce que je viens d’avaler. Aussitôt on m’entraîne dans les vestiaires, on me pose l’infirmerie, on m’ausculte. Un sale coup, forcément. Encaissé par l’adrénaline, mais dès que ça retombe… je douille un peu. Marine, le médecin qui s’occupe de moi – à tous les niveaux – m’intime de rester assis. Elle revient dans cinq minutes.

Une minute et je n’ai déjà qu’une envie : aller prendre une douche, boire un verre et manger. Deux minutes, je suis debout, la main sur la poignée… qui m’échappe puisqu’on vient de la tirer de l’autre côté. « Marine, je… Papa ? » Je fais un pas en arrière. Oh merde. Le coup a été vraiment violent, pour que je commence à halluciner. « Qu’est-ce que tu fous là ? »

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MessageSujet: Re: (Hipporius RA) | Time will not heal our scars   Lun 17 Avr 2017 - 21:09

Time will not heal our scars
Hippolyte & Marius



A l'origine, le handball n'était ni un caprice ni un sport choisi au hasard parmi tant d'autres. C'était le fruit et l'aboutissement d'une longue rééducation, c'était une promesse de rétablissement, et ce choix était l'un des rares raisonnables que Marius ait fait en vingt huit ans. A vrai dire, aux yeux de son père, ses bonnes décisions étaient si peu nombreuses qu'on aurait pu aisément les compter sur les doigts d'une main. Marius avait cette facilité déconcertante à se précipiter tête la première vers le ridicule, le honteux et le mauvaise qu'à force, son père avait fini par baisser les bras, purement et simplement. En un vingtaine d'années passées à évoluer de petit garçon courant après une balle à jeune homme et fin stratège sur un terrain olympique, c'était seulement le deuxième match auquel Hippolyte assistait.

Il avait vu le premier, le tout premier, alors que Marius était encore un bambin hyperactif et tout juste remis d'une chute qui aurait pu lui coûter la vie. Encore pataud sur ses deux jambes, il s'était escrimé à gagner ce match dans le seul et unique but de voir un peu de fierté dans le regard de son père. Malheureusement, tout ce qu'il avait pu y lire ce jour-là, c'était de l'inquiétude et une angoisse qui grandissait à mesure que le match avançait. Une inquiétude qui s'était cristallisée en colère lorsque le petit, en voulant marqué un but, s'était écroulé sur le terrain à cause de ses jambes trop fragiles. A partir de ce jour, il ne s'était plus rendu à aucun match. Les années passant et la blessure oubliée, il aurait pu retenter le coup, prendre un peu de son précieux temps d'homme d'affaires pour aller encourager son fils, mais un autre obstacle était venu se dresser en travers de la route déjà chaotique qu'ils empruntaient tous les deux. La rébellion bien trop précoce de Marius. Déjà hyperactif, il s'était mis à enchaîner bêtise sur bêtise pour attirer l'attention d'une mère qui avait depuis longtemps baissé les bras et celle d'un père bien trop absent car accaparé par son travail.

Car c'était bien cela, être Hippolyte Caesar. C'était se donner corps et âme pour faire tourner une entreprise qui pesait lourd dans la balance économique mondiale, c'était s'échiner à trouver des remèdes à tous les maux qui accablaient le monde, c'était ne plus compter ses heures, au détriment d'une vie de famille qui n'avait, finalement, jamais vraiment existé. La cohésion chez les Caesar, c'était une mirage, une utopie, un joli portrait qu'avaient brossé les journalistes avant de ne plus s'intéresser qu'au père du côté des scientifiques, et au fils cadet du côté des sportifs. La famille était si éclatée que ce n'était pas étonnant qu'on se demande quel pouvait être le lien de parenté unissant Hippolyte et Marius. Avec Martial, l'évidence s'imposait, mais avec Marius... Pourtant, quiconque les aurait observé dix minutes dans la même pièce se serait rendu compte à quel point ils se ressemblaient... Et à quel point c'était une très mauvaise idée de les laisser tous les deux.

Fébrile, Hippolyte balayant un moment le terrain du regard, puis fixa ce dernier sur ce feu follet imprévisible qu'était Marius. Que c'était frustrant de se dire que depuis près de dix ans, ils ne s'adressaient pratiquement plus la parole, sur un accord tacite et non verbalisé qui disait peu ou prou « supportons-nous, restons polis mais de préférence éloignés ». Et c'était ce qu'il s'était passé, à tel point qu'ils ressemblaient maintenant davantage à de vagues connaissances qu'à un père et un fils. Mais malgré toute l'amertume qu'Hippolyte pouvait ressentir, couplée à cet agacement qu'il éprouvait à l'idée que l'un de ses enfants soit devenu une couverture de magazine et non un brillant homme d'affaire comme lui, il ne pouvait s'empêcher de poser sur Marius le regard d'un père qui, malgré tous les mots durs et les brimades, l'aimait sincèrement. La fierté que l'on lisait dans ses yeux, ce n'était pas celle d'avoir un fils capitaine d'une équipe déjà deux fois médaillée d'or aux Jeux, c'était celle d'un homme couvant du regard ce petit garçon qui s'était hissé au plus haut à la force de sa volonté.

Les actions s’enchaînèrent, le score défila sous des tonnerres d'applaudissements, et lorsque la mi-temps arriva, James se tourna vers Hippolyte avec un sifflement d'admiration.

« Et bien ! J'ignorais que fils était handballeur, et encore moins qu'il était aussi doué ! »

Le nez rivé sur son téléphone, Hippolyte esquissa un sourire avant de fixer d'un regard mauvais son voisin.

« N'est-ce pas ? Il paraît que le talent est héréditaire... Que devient votre fille, d'ailleurs ? »

Point faible visé, point faible atteint. Le grand homme se ferma comme une huître, son sourire se fana et il tourna résolument son regard vers le terrain avec un air morose. Hippolyte était un homme calme et serein, mais c'était avant tout un requin qui usait et abusait de chaque faiblesse de ses adversaires. Les problèmes de drogue et de violence qu'avait la demoiselle dont il avait demandé des nouvelles ne lui étaient pas étrangers, loin de là. C'était toujours le meilleur moyen de faire taire cette insupportable pie bavarde qu'était son père. La deuxième période s'ouvrit sans le désagréable bourdonnement de paroles de James, et le jeu repris. A la seconde exclusion de Marius, Hippolyte se pinça l'arrête du nez. Toujours pareil, incapable de tenir en place ou de faire attention à ce qui l'entourait, Marius s'imposait et balayait tous ceux qui se mettaient en travers de son chemin. L'idiot. A ce rythme, il allait finir le match sur le banc de touche, ce qui serait tout de même assez ironique pour un capitaine d'équipe. Seulement, à peine était-il revenu sur le terrain que la défense allemande se faisait plus agressive, plus massive, et alors qu'une attaque se profilait, Hippolyte se leva d'un bond en voyant Marius disparaître de son champ de vision et s'écrouler au sol.

Si ça n'avait tenu qu'à lui, il aurait sommé une hôtesse de le conduire immédiatement jusqu'au terrain, mais ce fut un vigile qui, d'un geste poli mais ferme, lui intima de se rasseoir tant que le match ne serait pas terminé. Il était fébrile, le Caesar, tant et si bien qu'il ne lâchait plus son fils du regard tandis que ses doigts tapotaient l'accoudoir. Il détestait ce sentiment d'impuissance tout autant qu'il savait à quel point ses enfants représentaient un talon d'Achille handicapant. Il ne craignait rien d'autre que de voir un jour Marius s'écrouler, comme s'il était encore possible que sa vieille blessure se réveille et ne le paralyse pour de bon. Le score continua à défiler jusqu'à l'égalisation, et un sourire amusé vint fendre les lèvres du père alors que Marius jetait son ballon dans une dernière attaque brutale, incohérente et absolument pas calculée. Ce qu'il y avait d'asse fabuleux avec son fils, c'est que lorsqu'il pariait sur un « on sait jamais, ça peut marcher », généralement ça marchait. Sur un coup de poker, voilà que la France se retrouvait une fois de plus en finale, et Hippolyte devait bien admettre que, dans un élan de pur chauvinisme, il état bien content que ce ne soit pas le résultat inverse.

Le match terminé, il se leva, salua quelques visages et noms qui lui étaient familiers et allait tranquillement regagner son hôtel dans l'attente de la finale quand un dernier regard vers le terrain manqua de lui provoquer un infarctus. Pendant une fraction de seconde, il vit Marius, plié en deux, en train de vomir tripes et boyaux, avant que son entraîneur ne se précipite pour l'emmener hors du terrain. Finalement, le retour à l'hôtel se ferait plus tard que prévu. Suivi de ses deux immenses gardes du corps, l’irascible PDG dévala les marches qui menaient jusqu'à l'entrée et attrapa un joueur allemand qui s'apprêtait à sortir en lui demandant dans un allemand impeccable de lui indiquer au plus vite où étaient les vestiaires. Trop éberlué pour réfléchir, l'autre lui indiqua la direction sans bronche et resta tout aussi circonspect en voyant cet étrange homme en costume se précipiter vers le terrain. Laissant à ses gardes du corps le soin d'écarter les gens qui lui répétaient sans cesse que l'accès aux vestiaires et à l'infirmerie était interdit au public, Hippolyte fini par perdre patience et jeta sa carte à l'énième personne qui tentait de le retenir.

« Vous n'avez qu'à leur dire que je suis médecin, ils s'en contenteront ! »
« Mais vous... Vous êtes... ? »
« Son père, oui, je sais ! Où est-il ? »

L'avantage à se comporter ainsi, c'est qu'Hippolyte obtenait presque toujours ce qu'il voulait. Trop pris au dépourvu pour broncher, la jeune femme lui indiqua simplement l'infirmerie avant de se dépêcher d'aller trouver la sécurité. Ouvrant la porte après avoir retrouvé un semblant de calme, Hippolyte se retrouva nez à nez avec Marius. Il avait beau être là pour le voir, il se sentit soudain très bête. Qu'allait-il lui dire ? La première chose qui l'agaça fut de devoir lever les yeux pour le regarder. Il avait chaque fois l'impression que Marius continuait à grandir, et cette dizaine de centimètres qui les séparaient l'agaçait au plus haut point.

« Oh rien, je suis en vacances à Rio et je passais dans le coin... »

L'humour et Hippolyte, c'était une grande histoire... D'incompréhension. Les quelques traits d'humour qu'il esquissait en une année mettaient au mieux mal à l'aise, au pire déclenchaient des scandales.

« J'ai assisté au match. Très beau match, soit dit en passant et... J'ai vu ce qu'il s'est passé à la fin. »

Il n'ajouta pas ce « je te connais » qui n'aurait fait que faire démarrer Marius au quart de tour. Il savait que son fils n'avait pas l'intention d'accepter de se reposer et encore moins d'aller à l'hôpital.

« Et je vois qu'en plus de ça, ils te laissent seul avec un évident traumatisme crânien ? Y a-t-il des gens compétents ici ? »

Si c'était la colère que l'on entendait, c'était l'inquiétude qui s'exprimait. Des torts, il y en avait des deux côtés, mais Hippolyte se demandait parfois s'il n'aurait pas pu simplement enfermer Marius dans une bulle pour s'assurer qu'il ne mettait pas bêtement sa vie en danger. Bêtement car le jour où Marius mettrait sa vie en danger pour autre chose qu'une bêtise, son père pourrait rendre son dernier soupir en affirmant avoir enfin trouvé la lumière divine.
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MessageSujet: Re: (Hipporius RA) | Time will not heal our scars   Lun 17 Avr 2017 - 21:12

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Hippolyte & Marius



Des mauvais coups, j’en ai déjà pris pas mal dans ma vie. Des mauvaises chutes - on en parle de ma cascade du premier étage quand j’avais six ans ? - aux mauvaises fractures en passant par les entorses pas très jojo à observer, ça fait maintenant vingt-huit ans que je maltraite mon corps et que je le console après coup en veillant de manière très, très scrupuleuse à ma rééducation. Ah ça… on peut me reprocher beaucoup de choses, surtout lorsqu’on parle de mon rapport à l’autorité et à la hiérarchie, mais lorsqu’il s’agit des avis des médecins et du maintien en forme de mon organisme, je ne déconne pas. Hygiène de vie irréprochable, sérieux à toute épreuve… des mauvais coups, j’en ai déjà pris pas mal dans ma vie, mais je sais les gérer, je connais encore mieux mes limites et, à ce qu’il paraît, je sais m’arrêter de faire le con pile au bon moment. Pas trop tôt, jamais trop tard. C’est pour ça que dès que je recrache tout ce que je viens de boire, je ne proteste que pour la forme lorsque Marine et Lucien (mon entraîneur, presque un père par bien des aspects) se jettent sur moi pour me traîner à distance des caméras, journalistes, curieux et me forcer à me poser avant de me balancer une batterie de tests. Juste un mauvais coup, à priori. Comme tous ceux que j’ai déjà pu encaisser. Mais innovant malgré tout: c’est mon premier KO en compétition et je sens que je ne vais pas espérer des masses en voir arriver un deuxième. Bordel, j’ai le coeur au bord des lèvres et des vertiges, alors que je devrais plutôt être en train de fêter notre victoire et notre qualification avec tout le reste de la délégation… et merde, c’est vraiment trop injuste.

Cinq minutes, qu’elle m’a dit la Marine, en déposant ses lèvres sur les miennes avant de s’enfuir hors de l’infirmerie pour aller faire un bilan à Lucien. Cinq minutes, ce n’est pas grand chose m’a-t-elle assuré. Cinq minutes, c’est déjà trop pour moi. La moitié ne s’est pas écoulée que j’estime avoir fait suffisamment preuve de toute la bonne volonté du monde et que je cède à la tentation d’aller prendre une douche un peu trop bien méritée et surtout d’aller fêter ça avec mes coéquipiers. Deux minutes et… et merde, en fait, je ne dois pas aller aussi bien que prévu.

Si les années et la distance de plus en plus importante imposée entre lui et moi ont calmé cette agressivité gratuite qui explosait à chacune de nos rencontres, si les années, ma taille qui le dépasse de plusieurs centimètres et nos silences ont atténué la crainte que j’ai toujours eue de lui, me retrouver en face de mon père est aussi inattendu que… déplaisant. Qu’est ce qu’il fout là, sérieusement ? Parce que soyons honnête, les chances pour qu’il s’intéresse à ma vie suffisamment pour regarder le match sont déjà moindres, mais pour qu’il vienne en plus sur place le voir… « Oh rien, je suis en vacances à Rio et je passais dans le coin... » Je fronce les sourcils. Sceptique. Comme la fosse dans laquelle j’ai bien envie de le jeter, la plupart du temps? “Ah ouais ?” Il doit y avoir dans le coin un congrès pour les pharmaciens, ou pour les PDGs, ou pour les milliardaires, ou pour les balais-dans-l’cul. « J'ai assisté au match. Très beau match, soit dit en passant et... » Là, j’écarquille les yeux. Je les ouvre grand, très grand. ”Tu as… assisté.. au match ?” Il y a un piège quelque part, ce n’est pas possible. « J'ai vu ce qu'il s'est passé à la fin. » Je fais un pas en arrière. ”Et ?” Et alors, et en quoi ça le regarde ?, et… ? « Et je vois qu'en plus de ça, ils te laissent seul avec un évident traumatisme crânien ? Y a-t-il des gens compétents ici ? » Ah.

Je me disais bien aussi. L’incrédulité, la surprise, la stupéfaction, l’incompréhension qui étaient étalées sur ma gueule depuis qu’il est apparu devant moi disparaissent d’un coup d’un seul. Et mon visage gagne en colère, gagne en agressivité. Gagne en vexation. Et en acidité. ”Je me disais bien, tu es venu fanfaronner, c’est ça ? Ou juste mépriser mes potes, ma famille Oui, j’insiste sur le mot pour bien, bien, appuyer la petite provocation gratuite, ”pour étaler ta supériorité, c’est ça ? C’est dingue, tu ne peux pas t’en empêcher ! C’est ridicule ! Je m’énerve, comme d’habitude. Je m’emporte vite, trop vite, et face à un homme celui qui me fait face,... et bien c’est aussi ridicule que son attitude. ”Marine m’a dit qu’il n’y avait aucun trauma crânien, juste un gros coup en plus ! Tu racontes de la merde, pour changer.” Et voilà. C’est foutu. Je m’agite. Je suis tout en muscle, je suis tout en mouvement, je suis tout dans l’excès. ”Et qu’est ce que t’en sais s’il était beau, tu te bases de quoi pour juger, t’y connais rien de toute manière et…” Et oh merde, s’agiter, quand on est supposé rester assis voire allongé - Marine ne m’a pas fait l’affront de me demander de l’attendre allongé, elle savait bien que… bah… ça aurait été ridicule d’espérer ça de moi - ce n’est pas une bonne idée. Je m’arrête, alors qu’un vertige me prend à nouveau, et que je prends appui sur le premier support qui me passe sous la main - l’épaule de mon père - avant de tenter de vider à nouveau mon estomac. ”Putain, c’est ridicule…”

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MessageSujet: Re: (Hipporius RA) | Time will not heal our scars   Lun 17 Avr 2017 - 21:20

Time will not heal our scars
Hippolyte & Marius



En général, ce qui caractérisait une relation père/fils ordinaire, c'était la complicité, le soutien, parfois le défis, souvent la fierté... Rarement l'indifférence et le mépris. Pourtant, c'était bien ce qui unissait Marius à Hippolyte, dans une démonstration aussi triste et pathétique de ce qu'une tellement relation n'aurait jamais dû être. C'était une façon comme une autre de masquer leur incompréhension mutuelle et de trouver une raison à cette mascarade sans queue ni tête. Hippolyte ne savait pas quoi dire à son fils car il n'avait jamais pris le temps de lui parler et encore moins de l'écouter. Marius, c'était son énigme sans solution, son mystère insondable, son équation sans solution. Et pourtant, il ne pouvait que difficilement la masquer, cette fierté qui brillait dans son regard alors qu'il fixait ce maillot bleu flanqué de son nom, il avait du mal à ne pas se dire « mon fils ne m'a pas suivi mais a su se hisser au plus haut ». La seule chose qui l'ennuyait était de savoir qu'il n'était pour rien dans cette ascension. La seule chose qu'Hippolyte ait jamais faite avait été de lui fourrer un ballon entre les mains et de le laisser courir sans chercher à le rattraper par la suite. Il pouvait se permettre bien des choses, mais jamais il n'aurait osé dire que Marius en était arrivé là grâce à lui. Se voiler la face c'était une chose, pousser le mensonge jusqu'à la blague, c'en était une autre.

Pas un bonjour, pas un « comment te sens-tu ? » prononcé d'une voix soucieuse. C'est un sarcasme lancé d'une voix froide qui accueillit Marius. Dans un sens, cela faisait des années qu'ils ne prenaient même plus la peine d'être polis l'un envers l'autre. Pendant un court instant, Hippolyte cru lire du soulagement dans le regard de son fils, ou peut-être était-ce une joie teintée de surprise à l'idée qu'il soit venu assister à l'un de ses matchs.

« J'ai assisté au match, oui. Tout comme j'assisterai à la finale. »

Il y avait été courtoisement convié, pourquoi la rater ? D'autant qu'il n'aurait pas tous les jours l'occasion de voir son fils mener son équipe à la victoire, ce qui faisait aucun doute. Seulement, l'incrédulité de Marius fut de courte durée, et il se mit immédiatement à battre des bras comme un ridicule poussin beaucoup trop grand pour ses minuscules moignons d'ailes, le tout en piaillant comme une grosse dinde écervelée. Levant les yeux au ciel, Hippolyte grimaça en patientant gentiment, comme il savait si bien le faire, que Marius cesse de brailler.

« Oh je t'en prie, Marius, il n'y a pas plus de membres de ta famille ici que dans l'enclos d'une bande de babouins ! Quoi qu'à te voir t'exciter ainsi, je commence à me poser des questions ! »

Il détestait ça, le Caesar, il détestait que l'on vienne s'immiscer au sein de sa famille, tout comme il détestait que Marius crache sur son nom pour mieux se greffer à celui des autres comme un répugnant parasite. C'était sa sangsue blonde sa tique à bouclettes, et quand bien même savait-il être insupportable, Hippolyte ne l'aurait pas échangé contre un autre, pour une raison qui lui échappait toujours un peu.

« Charmant... Et qui est cette Marine ? Un médecin ou la énième idiote que tu t'es empressé de sauter à la première occasion ? »

Le regard d'Hippolyte s'était fait brûlant de jugement, sa voix tranchait comme la lame d'un rasoir et ses mots martelaient son adversaires sans la moindre retenue. Il n'approuvait rien du comportement de Marius, de son irresponsabilité à sa réputation de bourreau des cœurs. Les yeux rivés sur les grands gestes de son fils, Hippolyte se demandait dans quel ordre les choses allaient-elles se produire : Marius allait-il d'abord heurter un mur, se fracturer un doigt et hurler ? Ou allait-il être pris d'un nouveau vertige qui aurait au moins le mérite de le faire taire ?

A son grand soulagement, la seconde option l'emporta alors même que Marius affirmait que son père n'y connaissait rien en hand. Et qu'en savait-il, hin ? Pris au dépourvu, Hippolyte faillit se prendre le montant de la porte dans le crâne lorsque Marius, de tout son poids de handballeur émérite, s'appuya sur lui.

« Ce n'est pas ridicule, Marius, c'est toi qui es ridicule. Viens t'asseoir, et je te jure que si tu te relève, je te plante dans le derrière la première seringue d'anesthésiant venue dans le derrière, c'est bien clair ? »

Le choix, Hippolyte le donnait rarement, et encore moins à Marius. Il lui saisit le bras, le fit passer par-dessus son épaule et l'accompagna jusqu'au lit où il l'aida à se rasseoir. Puis, sans un mot, il lui attrapa le poignet, posa un doigt contre la première veine venue et regarda sa montre. Un peu rapide mais correct. Sans lui demander son avis, il lui écarta les paupières pour vérifier l'état de ses yeux puis recula d'un pas en croisant les doigts.

« Je connais ce qu'il y a à connaître du handball, à savoir les règles, le nombre de joueurs sur le terrain, et les conneries que font certains qui enchaînent les exclusions temporaires. Je ne suis pas ici pour mon travail, je fais simplement partie des mécènes qui aident au financement de ces jeux. Ils m'ont envoyé une invitation, je savais que l'équipe de France jouait, j'ai juste... J'ai juste envie de voir mon fils sur le terrain, je ne vois vraiment pas où est le problème ! »

Le problème, c'est qu'il avait presque honte d'admettre qu'il était en grande partie là pour Marius, plus que pour l'équipe elle-même. Peut-être aussi parce que venir le voir jouer maintenant en ayant raté tous les matchs d'avant n'avait aucun sens.

« Comment te sens-tu ? »

Question qui allait trouver une réponse dans un « dégage » ou un « va te faire foutre » mais qui valait tout de même la peine d'être posée.
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MessageSujet: Re: (Hipporius RA) | Time will not heal our scars   Lun 17 Avr 2017 - 21:21

Time will not heal our scars
Hippolyte & Marius



Avec mon père, on est parvenu à un accord plus ou moins implicite le jour où j’ai pris mon indépendance. Un accord basé sur deux trois règles aussi simples que fondamentales : moins on se voit, mieux on se porte ; moins on se parle, mieux on communique ; moins on se croise, mieux on se supporte. Tout un concept. Il n’y a rien dans notre relation qui puisse entrer dans les codes habituels d’une relation père/fils, on en est plus que conscient, autant l’un que l’autre. Et pourtant… et pourtant. A le voir face à moi, je me rends compte que d’une certaine manière, j’ai malgré tout un père. Et que les trois règles simples, fondamentales, magnifiques, splendides et idéales, j’ai parfois envie de les jeter à la poubelle, de jeter mon père aussi, tant qu’à faire, pour aller récupérer un modèle un point intelligent et riche mais aussi un peu moins compliqué à gérer. Parfois.

Je ne m’attendais pas à le voir. En même temps, il n’est jamais venu me voir, j’ai arrêté de leur envoyer des invitations puisque de toute manière lui et ma mère n’en avaient strictement rien à foutre et j’ai décidé de vivre ma vie comme je le voulais, d’oublier que j’avais des parents et puis basta. C’était plus simple. Mais là… il est venu. Il a assisté au match. A l’un des premiers matchs vraiment importants de ma carrière, puisque j’étais clairement le meneur de l’équipe malgré ma jeunesse, malgré mon peu d’expérience en équipe nationale. Il a assisté au match et je ne peux pas m’empêcher de chercher le piège. Très beau match. « J'ai assisté au match, oui. Tout comme j'assisterai à la finale. » Je bugue, complétement devant ça. « A la finale ? » Il est sérieux là ? Mon incrédulité doit me donner un air de pur idiot mais je pense que pour une fois, on n’a pas le droit de m’en vouloir. Surtout que… il a vu ce qu’il s’est passé à la fin. De mieux en mieux. Et donc ? Je fais un pas en arrière.

Et je comprends mieux. Okay, je comprends vraiment mieux le pourquoi du comment. Souviens-toi, Marius, souviens-toi : moins tu le vois, mieux tu te portes, et ce n’est pas pour rien. Ce qu’il y a de fascinant chez mon père, c’est son savoir-faire lorsqu’il s’agit d’attaquer là où ça fait mal, de dénigrer ceux que j’aime et de tourner en dérision toute ma vie et ce en l’espace d’une phrase. Ce qu’il y a de moins fascinant chez moi, c’est mon incapacité à m’y habituer. La colère monte immédiatement, s’agite, tout comme moi. Il se fout de ma gueule. Il n’est pas venu assister à mon match, il est venu pour se foutre de ma gueule, pour nous considérer avec son petit air de monsieur parfait péteux, il est venu pour nous regarder de haut et me traîner dans ma merde, comme il a toujours si bien su le faire. Sauf que non, je n’ai plus dix ans, non, je n’ai plus douze ans, et j’ai encore moins seize ans. Et il peux aller se faire foutre, mais je ne le laisserai pas m’insulter, insulter mon boulot, insulter ma copine. « Oh je t'en prie, Marius, il n'y a pas plus de membres de ta famille ici que dans l'enclos d'une bande de babouins ! Quoi qu'à te voir t'exciter ainsi, je commence à me poser des questions ! » Je m’immobilise. « Mais va te faire foutre ! » Mais qu’il aille se faire voir, qu’il aille se faire pendre ailleurs ce gros bâtard ! Il ne lui aura vraiment pas fallu longtemps pour me donner envie de l’étrangler, pour m’aider à mettre ma stupeur et mon étonnement, ma simple joie de côté et ressortir l’arsenal habituel des émotions agressives que je sors à chaque fois que je suis obligé de croiser son chemin et de supporter sa présence plus de quelques minutes dans la même pièce que moi et sans Martial pour temporiser. Et ça ne va clairement pas aller en s’améliorant vu que mon père est comme moi : incapable de se la fermer lorsque l’envie de baver des saloperies se fait sentir. « Charmant... Et qui est cette Marine ? Un médecin ou la énième idiote que tu t'es empressé de sauter à la première occasion ? » Je bondis sur mes pieds pour faire un pas en avant. « Les deux en même temps, mais c’est aussi ma copine, donc respecte la un peu, veux-tu ? Et puis d’abord, je n’ai même pas à répondre à ce genre de question, je ne veux pas de toi ici ! » Et puis d’abord, j’ai l’impression d’avoir huit ans lorsque je parle comme ça, mais je ne sais même pas comment je pourrais parler autrement : il me donne l’impression d’avoir constamment huit ans. Si ce n’est moins. Certainement pas plus. Je ne veux pas de lui ici et depuis quand il se juge capable de donner son avis sur un match de hand ?

Depuis quand est-ce qu’il s’intéresse à un sport qu’il a qualifié un nombre incalculable de fois d’occupation pour les demeurés, de distractions ridicules ou encore… c’était quoi la dernière fois ? Un attroupement d’imbéciles qui se battent pour une balle en caoutchouc, comme un troupeau de chiens. Merci Papa, j’adore. Pour qui il se prend à juger de la beauté d’un match, pour… j’aurais pu lui faire un exposé sur sa connerie si un vertige ne m’avait pas cueilli brutalement, agrémenté d’un haut-le-cœur visant à vider mon estomac déjà vide. Je suis ridicule. Détestablement ridicule. Je suis ridicule mais pire que tout… je suis ridicule face à mon père. La pire honte du monde, surtout que je m’appuie sur lui pour ne pas tomber. « Ce n'est pas ridicule, Marius, c'est toi qui es ridicule. Viens t'asseoir, et je te jure que si tu te relèves, je te plante la première seringue d'anesthésiant venue dans le derrière, c'est bien clair ? » Je me sens mal, si mal alors qu’une migraine éclose dans mon crâne, que je n’ai même pas envie de lui dire – une nouvelle fois – d’aller se faire foutre. Je me laisse guider jusqu’au lit où je m’assoie dans un grognement avant de prendre ma tête entre les mains. Et même ça, il ne me laisse pas le faire parce qu’il se saisit d’autorité de mon poignet pour… quoi encore ? Jouer son pharmacien, son médecin ? Son papa poule – là, il faut entendre l’ironie si jamais vous en doutiez – ? D’un mouvement d’humeur, je m’écarte, je le repousse. « Lâche moi ! » Il recule d’un pas, je me recule sur le lit pour m’adosser au mur, rejeter ma tête en arrière et fermer les yeux et me retenir de gémir.

Vomir sur les chaussures de mon père, avec grand plaisir. Mais gémir en sa présence… pitié, je ne suis pas tombé aussi bas tout de même. « Je connais ce qu'il y a à connaître du handball, à savoir les règles, le nombre de joueurs sur le terrain, et les conneries que font certains qui enchaînent les exclusions temporaires. Je ne suis pas ici pour mon travail, je fais simplement partie des mécènes qui aident au financement de ces jeux. Ils m'ont envoyé une invitation, je savais que l'équipe de France jouait, j'ai juste... J'ai juste envie de voir mon fils sur le terrain, je ne vois vraiment pas où est le problème ! » Je me penche en avant pour me prendre à nouveau la tête entre les mains dans un grognement – pas un gémissement, toujours pas, mais ce n’est pas l’envie qui manque. Juste envie de voir mon fils sur le terrain. Mais bien sûr, et mon cul c’est du poulet vegan. S’il croit que je vais gober, ça, je veux bien… « Comment te sens-tu ? » Je relève la tête pour le fixer avec un sourire. Il est sérieux ?

« Putain mais en fait, tu les enchaînes, là ? T’as pris des cours à l’école du rire depuis la dernière fois ? » La dernière fois étant mon anniversaire, que j’ai voulu passer avec Martial et qu’il a absolument voulu passer avec ses parents adorés. Je crois que j’avais traité ma mère de salope pour attirer son attention, ou quelque chose dans le genre, mais le résultat avait été le même : elle n’avait pas tiqué, Martial et mon père, si. Joie. « Tu voulais me voir sur le terrain pour me voir perdre, c’est ça ? Ou alors tu t’es pointé parce que tu ne savais pas que je jouais ? » Je me fous de sa gueule, ouais, ouvertement même. « Je me sens comme… j’ai l’impression que je vais dégueuler, sérieux, et j’ai un mal de crâne de merde, et putain… plus ça va, plus ça pue la gueule de bois. Ça te va comme résumé ? » Je soupire, avant de me laisser à nouveau aller en arrière pour l’adosser au mur. « Depuis quand tu connais les règles du hand ? Tu vas vraiment assister à la finale ? »

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MessageSujet: Re: (Hipporius RA) | Time will not heal our scars   Lun 17 Avr 2017 - 21:24

Time will not heal our scars
Hippolyte & Marius



Toute leur relation avait toujours été basée sur des hurlements, des vociférations et des disputes, mais tous ces éclats de voix n’étaient qu’un symptôme de plus masquant le véritable mal qui les rongeait : l’incompréhension. C’était à croire qu’ils ne parlaient pas la même langue ou ne disposaient pas des outils culturels pour se comprendre car quoi qu’ils se disent, c’était mal interprété. Un souci dans la voix du père et le fils croyait à de la moquerie. Une raillerie dans le ton du plus jeune et l’aîné prenait ça pour de la provocation mal placée. Tant que Marius s’était cantonné à des babillements d’enfant, jouant avec ses cubes et offrant à ses parents le sourire d’un petit garçon heureux et épanouit, tout était allé pour le mieux. Et puis il avait appris à parler, à dire non, à proférer des injures… Mais ce n’était rien comparé à cette fracture indélébile qui avait suivi sa chute du balcon. Les blessures de Marius avait été pansées par un père soucieux et accablé par la culpabilité, puis il avait recommencé à marcher, à courir… Mais la plus profonde et la plus insidieuse des blessures ne s’était jamais complètement refermée : sa mère s’était détournée de lui sans crier gare, et Hippolyte avait attribué ça à un traumatisme et une culpabilité qu’elle n’arrivait pas à dominer. Depuis, les relations entre le père et le fils n’avaient cessé de se détériorer, lentement mais sûrement.

Alors qu’il fixait ce jeune homme aux yeux aussi bleus que les siens étaient noirs et aux cheveux aussi blonds que les siens étaient bruns, Hippolyte ne pouvait décemment prétendre qu’ils n’étaient pas liés. Il y avait dans les mimiques et les expressions de Marius un reflet légèrement déformé de son père. Plus d’emphase, plus de violence dans ses gestes, mais le même repli et la même défiance dans le regard. La question était de savoir qui l’emporterait, cette fois. Qui du père ou fils aurait le dernier mot ? Des mois, peut-être des années s’étaient écoulés depuis leur dernière véritable discussion, et jamais un tel gouffre ne les avait séparés. Pourtant, si le père revenait à cet instant vers son fils, ce n’était pas seulement parce qu’il y a une finale, un trophée et un triomphe en vue. C’était pour quelque chose de plus sombre, de plus noir que tout le reste, pour quelque chose qui avait cueillit Hippolyte quelques mois auparavant et qui désormais empiétait sur tous les aspects de sa vie. Tous les « va te faire foutre ! » de Marius le laissaient de marbre depuis longtemps, mais il avait tellement perdu l’habitude de les entendre qu’il se prenait à serrer les poings pour se retenir de lui en mettre une. Au lieu de cela, il se vengea sur la prétendue petite amie de son fils.

« Aah… Intéressant… Et combien de temps va-t-elle tenir face à ce complexe narcissique qui te pousse à vouloir plus d’une dinde à tes pieds à la fois ? La seule au doigt de laquelle tu passeras un jour l’anneau, Marius, c’est ta propre suffisance. »

Il avait dit cela sans ciller ni sourire, comme s’il n’était ni satisfait ni honteux de prononcer ces mots. C’était simplement devenu normal pour lui de rabaisser Marius, sans qu’il puisse lui-même dire pourquoi. Quelque part, il en profitait : Marius était blessé et affaiblit, il n’était pas en mesure de se défendre comme il l’aurait fait en temps normal et surtout, il avait moins de chance de bien viser s’il envisageait de mettre son poing dans la figure de son père. Lorsqu’il se fut assuré que Marius était bien installé dans son lit et non en train de gesticuler dans tous les sens, Hippolyte se recula, les bras croisés sur la poitrine. Il avait maintes fois répété ce qu’il pourrait dire à Marius, envisagé toutes les possibilités mais à mesure que les minutes passaient, il avait de moins en moins envie d’aborder le sujet. Une chose était sûre, Marius lui en voudrait. Aussi, lorsque son fils reprit, Hippolyte ferma un instant les yeux et soupira pour se forcer à rester calme. Ne pas lui en mettre une, ne pas tourner les talons et s’en aller, et ne pas lever les yeux au ciel en implorant qui voudrait bien l’entendre de doter son insupportable rejeton de deux sous de jugeote.

« Si ça peut te rassurer, Marius, il n’y a pas de meilleure blague ici que toi. Et cesse donc de hurler, je ne suis pas encore sourd, malheureusement. »

Et puis la suite… Des agressions à la chaîne, des reproches dissimulés mais pas la moindre vérité dans le lot. Silencieux, Hippolyte observait Marius s’égosiller. Il y avait tant de vitalité et d’énergie en lui, et ce malgré la blessure… Tant de vivacité qu’Hippolyte en était d’autant plus fatigué pour deux. Pourquoi était-il venu ? Sa réponse ne lui avait-elle pas suffit ? Oui il était venu parce qu’il savait que son fils jouait. Parce qu’il avait voulu, pour la première fois de son existence, honorer le talent de sportif et de tacticien de Marius, pour ne tout simplement pas mourir sans avoir pu assister à un match. C’est qu’il le sentait, le Caesar : il commençait à se faire vieux, et l’approche de la soixantaine lui avait rappelé que certaines choses censées être importantes étaient passées à la trappe. Il ne s’en serait probablement pas rappelé à temps, s’il n’avait pas eu une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

« Je suis venu, je ne me suis pas pointé. Je suis venu parce que je voulais soutenir ton équipe mais aussi te voir jouer. Encore une fois, je ne vois pas où est le mal, je n’ai pas perturbé le match, je ne t’ai pas empêché de jouer… Et quelle gueule de bois ? Ne me dis pas que tu étais ivre sur le terrain ? »

Il en aurait bien été capable, lui soufflait une petite voix médisante dans sa tête. Mais Marius ne pris pas le temps de répondre tout de suite, il enchaîna avec deux questions auxquelles Hippolyte aurait aisément pu répondre par un mensonge, mais non seulement celui-ci serait mal passé, mais en plus ç’aurait été retardé l’inévitable. Alors il soupira, tira une chaise et s’y installa. S’il ne se prit pas la tête dans les mains comme l’avait fait Marius, se pincer l’arête du nez avec lassitude comme il venait de le faire s’y apparentait beaucoup. Perdu pour perdu, il se lança, conscient que les premiers mots sortiraient sans préparation.

« Je suis malade, Marius. »

S’il avait su que les prononcer serait si facile… Il n’aurait pas hésité aussi longtemps. Relevant la tête, il plongea les yeux dans ceux de son fils.

« Il me reste huit mois, peut-être un an, d’après les médecins. Ce n’est ni la cigarette, ni le surmenage, c’est… C’est comme ça. Ils n’ont pas d’explication et je ne suis pas certain d’en vouloir une. »

Il s’était réveillé un matin, nauséeux, fiévreux, la peau jaunit par un évident problème hépatique. Une visite chez le médecin avait suffi à l’alarmer, un bilan sanguin avait achevé le couperet de tomber : cancer. Tout ce qu’Hippolyte avait trouvé à faire à ce moment-là avait été de rire. Gros fumeur depuis l’âge de seize ans, il s’était toujours dit que si le cancer devait le toucher, ses poumons seraient les premiers à trinquer. Ils étaient parfaitement sains, c’était le foie le souci.

« C’est… Idiot, je sais. Tu vas me dire qu’il est trop tard, que c’est inutile de revenir maintenant… Mais en sachant ça, en me sachant condamné, j’ai préféré passer le peu de temps qu’il me restait à apprendre à mieux connaître tout ce qui m’échappe. A mieux te connaître toi. J’ai appris les règles du hand pour ne pas avoir l’air d’un idiot, j’ai suivi tes derniers matchs et je suis venu. C’est tout. Parce que je ne me voyais pas te l’annoncer au téléphone alors que nous ne nous étions pas parlé depuis des mois, je… Voulais juste te voir dans ton environnement. Et oui, j’assisterai à la finale. »

Pour cracher des insanités, Hippolyte était doué. Pour parler de son état de santé préoccupant ou de ses étranges priorités, en revanche…
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MessageSujet: Re: (Hipporius RA) | Time will not heal our scars   Ven 12 Mai 2017 - 20:35

Time will not heal our scars
Hippolyte & Marius



Voilà voilà… tout est à peu près dit en l’espace d’une minute : ce n’est pas que je déteste cet homme, c’est que je suis allergique à sa présence dans la même pièce que moi, voilà. Pire que les acariens, pire que le pollen, pire que la poussière, le mépris de mon père s’infiltre partout, se glisse dans mes sinus et ma trachée pour agresser mon organisme. La moindre de ses phrases est recouverte de moquerie, le moindre de ses compliments est dénaturé par le sarcasme et lorsqu’il daigne me concéder le moindre talent, c’est pour mieux m’écraser la seconde qui suit en me rappelant à quel point ce n’est rien comparé à mon frère, rien comparé à lui, rien comparé à tout ce qui n’est pas moi et donc, par définition, tout ce qui n’est pas décevant. Lamentable. Aussi brun que je suis blond, aux yeux aussi noirs que les miens sont bleus, il n’y a aucune ressemblance entre lui et moi. Rien d’autre, peut-être, que ce caractère de merde qu’on partage, cette obstination qu’on s’oppose et cette défiance avec laquelle on s’étrangle. Si à une époque, ce qu’il pouvait penser de moi m’importait, ça fait des années que j’ai tourné la page. Je crois. Si pendant toute mon adolescence, j’ai hurlé à la mort pour qu’il daigne s’intéresser à ma pathétique existence, ça fait des années que je suis allé hurler ailleurs, fatigué de gueuler à m’en casser la voix pour n’obtenir aucun résultat concluant. Alors ouais, qu’il aille se faire foutre avec ses critiques, qu’il aille se faire foutre avec sa pseudo inquiétude, qu’il aille se faire foutre avec son point de vue sur mes relations et tout particulièrement sur ma relation avec mes potes, mon entraîneur et Mélanie. « Aah… Intéressant… Et combien de temps va-t-elle tenir face à ce complexe narcissique qui te pousse à vouloir plus d’une dinde à tes pieds à la fois ? La seule au doigt de laquelle tu passeras un jour l’anneau, Marius, c’est ta propre suffisance. » J’ai un ricanement éloquent, nourri de tout ce qu’il peut me dire. Nourri de ma colère, de mon envie de lui mettre mon poing dans la gueule pour avoir le plaisir de voir sa propre suffisance se casser la tronche, se fendiller, se fissurer. Nourri, enfin, de toute la déception que je peux constamment rassembler et générer en sa présence. « Qui te dit que je veuille un jour passer l’anneau à quelqu’un ? » J’éclate de rire, d’un rire qui n’a rien à voir avec ceux que je sers à mes amis, à ceux que j’aime vraiment. J’éclate de rire, d’un rire grinçant, hautain, méprisant, dédaigneux, d’un rire que je lui ai volé. Que je crois lui avoir volé. « Quand je vois ce que ça donne, le mariage, ça donne pas très envie, faut bien se le dire… » Je siffle, ou plutôt persifle, entre mes lèvres. Je devrais être habitué à sa connerie, à sa méchanceté gratuite, à son agressivité constante; si j’ai toujours la page, je devrais y être habitué. Alors pourquoi est-ce que je le prends aussi mal, à chaque fois ?

Je chancelle, je gémis… il ne m’en faut pas plus pour comprendre que non seulement, je ne suis pas en état de me poser des questions existentielles sur ma relation totalement dysfonctionnelle avec mon père, mais aussi que le coup que j’ai pris, ce petit KO qu’on m’a servi sur un plateau d’argent, et bah… j’ai envie de dégueuler. Pas besoin qu’il fasse semblant de s’intéresser à ma santé, il n’a qu’à me lâcher, je sais retrouver tout seul le chemin du lit de l’infirmerie. Je me retiens de gémir, je me prends la tête entre le main, impatient de sentir la nausée se barrer. Ce qu’elle ne fait bien évidemment pas, la sale garce, parce que ce serait trop simple. Comment te sens-tu. J’avais juste envie de voir mon fils sur le terrain. C’est beau de se dire que pour toute autre personne, ce serait des phrases, des questions, des remarques et des envies normales entre un père et un fils. En théorie, les pères sont plutôt portés à être fiers de leurs gosses, non ? Surtout lorsqu’ils sont connus à l’international dans leur domaine d’expertise, lorsqu’ils brillent dans ce qu’ils font, tout ça… en théorie, ouais. En théorie, aussi, les parents se soucient de la santé de leurs mômes. En théorie. Mais à mes yeux, ce n’est pas normal. Il a fait l’école du rire, pour sortir autant de conneries dénuées de sens, non ? « Si ça peut te rassurer, Marius, il n’y a pas de meilleure blague ici que toi. Et cesse donc de hurler, je ne suis pas encore sourd, malheureusement. » Je lève les yeux au plafond, avant de me laisser en arrière pour m’appuyer au mur, tout en continuant et dans la lucidité, et dans l’agression. « Je suis venu, je ne me suis pas pointé. » Blablabla, blablabla, et patati, et patata… Je singe ses propos en silence, dans un et gnagnagna éloquent. « Je suis venu parce que je voulais soutenir ton équipe mais aussi te voir jouer. » Comme si j’allais le croire. Des opportunités pour me voir jouer, il en a eues des dizaines. Encore une fois, je ne vois pas où est le mal, je n’ai pas perturbé le match, je ne t’ai pas empêché de jouer…» « Encore heureux, tiens, connard. » Une petite insulte gratuite ne fait jamais de mal, ça sert de petite piqûre de rappel, en plus. « Et quelle gueule de bois ? Ne me dis pas que tu étais ivre sur le terrain ? » Je lui lance un putain de regard noir, sans même avoir besoin d’un réfléchir. Mon majeur répond pour moi, je préfère attaquer verbalement sur un tout autre terrain. Depuis quand il connaît les règles du hand, tiens ?

Mon père tire une chaise. S’asseoit. Je le regarde faire, les jambes ballantes. Je me rends compte, à cet instant, que j’ai toujours mon maillot poisseux de sueur, mes baskets qui se sont transformés pendant le match en arme bactériologique. Je me rends compte, tout simplement, que le match vient à peine de se finir mais que la présence du grand Hippolyte Caesar m’a propulsé dans une faille temporelle où le temps se tend et se distend. Où ma demi-finale des Jeux Olympiques a eu lieu il y a des heures et des heures. Et pas juste une trentaine de petites, minuscules, infimes minutes. Mon père s’asseoit. Se pince l’arête du nez. Son silence fait chuter brutalement la tension entre nous, j’ai bien l’impression. Retient ma respiration. Impose une rupture dans ma colère, mon agressivité, ses sarcasmes et l’électricité entre nous deux. « Je suis malade, Marius. » Je cligne des yeux. Malade ? « Ironique, pour un pharmacien. Et alors quoi ? Les antibiotiques sont pas assez automatiques ? » je raille, histoire de ne pas rester silencieux et surtout de ne pas vouloir entendre ce qu’il sous-entend. « Il me reste huit mois, peut-être un an, d’après les médecins. Ce n’est ni la cigarette, ni le surmenage, c’est… C’est comme ça. Ils n’ont pas d’explication et je ne suis pas certain d’en vouloir une. » C’est comme ça. Je le fixe. « Et alors ? » Et alors, c’est comme ça et puis c’est tout ? Il me reste huit mois. Genre… huit ?

Huit.
Huit mois.
Huit mois.
Il reprend, mais je n’entends que la moitié de ses propos. C’est comme ça. Un vieux souvenir de mes cours de français remonte à la surface de ma mémoire, comme un cadavre décomposé gonflerait et perturberait un lac étal. Le démon de mon cœur s’appelle – A quoi bon ? J’ai l’impression d’entre Bernanos dans le C’est comme ça. « [...] Tu vas me dire qu’il est trop tard, que c’est inutile de revenir maintenant… [...]passer le peu de temps qu’il me restait [...]. A mieux te connaître toi. J’ai appris les règles du hand pour ne pas avoir l’air d’un idiot, j’ai suivi tes derniers matchs et je suis venu.» Il ment. Je n’écoute que la moitié de son baratin, j’ai les yeux rivés sur le bout de mes chaussures. Pas des masses envie de parler pour le moment. Huit mois. Il a eu envie d’apprendre les règles du hand d’ici là ? Et alors, à quoi bon ?. Il a envie de mieux me connaître ? Et alors, à quoi bon ? Bernanos murmure dans ma poitrine. Rythme les battements de mon coeur, sonores à m’en faire mal. A quoi bon, tout ça ? Huit mois. C’est incroyablement peu. « C’est tout. Parce que je ne me voyais pas te l’annoncer au téléphone alors que nous ne nous étions pas parlé depuis des mois, je… voulais juste te voir dans ton environnement. Et oui, j’assisterai à la finale. » Je relève la tête quand il termine. Quand il met le point finale - ah ah ah, trop de lol - à sa petite déclaration. Et me laisse, de manière évidente, la parole.

Mon père n’en a plus que pour huit mois. Et il me l’annonce après avoir critiqué mes amis, ma copine, mes choix de vie et ma passion. Parfait. « Martial est au courant ? » La question me vient naturellement, avant tout le reste. Tout comme la réponse, hein. Martial aide mon père dans la gestion de Caesar Pharmaceutics, c’est lui qui en reprendra les rênes quand notre père mourra. Dans huit mois. « Martial est au courant. » j’affirme donc sans plus tarder. Avant d’enchaîner. « Tu peux pas t’en empêcher, hein ? » Je me lève brusquement. « Fallait forcément que tu me fasses un coup pareil. » Un mal de tête, des étoiles, la nausée, je me plie en deux et tant pis pour les chaussures vernies de l’autre enfoiré. « Et c’est tout, c’est tout, voilà, l’affaire est pliée, tu as une nouvelle check-list à cocher ? “voir Marius jouer”, “aller dire bonjour à Marius au Brésil”, “Manger un macaron Pierre Hermé” et puis c’est tout ? » Je vais me chercher à boire, pour nettoyer la bile qui acidifie ma bouche, crache dans le lavabo sans plus de cérémonie avant de me tourner une nouvelle fois pour lui faire face. « Et à quoi ça te servira ? Hein ? A quoi bon, tout ça, si au final, tu crèves dans huit mois, tu crèves demain ? Tu veux pas non plus que je plaque ma carrière pour m’enterrer dans un bureau et qu’au moins une fois dans ta vie, tu ne me voies pas comme le clown de service, tout ça juste pour ton bon plaisir ? » Je m’énerve, j’en ai la nausée, j’en ai des sueurs froides, mais ça ne m’a jamais arrêté et ce n’est pas aujourd’hui que ça m’arrêtera. « Tu sais quoi ? Bah j’en ai rien à foutre de ton baratin. J’y crois pas. Parce que si c’était vrai », et ça l’est, je le sais, quoique j’en dise, « si c’était vrai, tu te battrais, parce que t’es qu’un foutu con, mais un foutu con têtu. Buté. Obstiné. Arrogant. Et que non c’est pas tout. Et que si c’est tout, alors à quoi bon t’intéresser à moi maintenant ? Ca ne changera rien au fait tu ne m’aimes pas, que je ne t’aime plus, que tu ne m’intéresses plus et que je ne t'ai jamais intéressé. »

Je fais une pause. Avant de redresser le menton. Comme pour le mettre au défi de me démentir. Ou démentir. Je ne sais pas trop. « Non ? »

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MessageSujet: Re: (Hipporius RA) | Time will not heal our scars   Sam 27 Mai 2017 - 16:55

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Hippolyte & Marius



Des constantes, il y en avait peu chez les Caesar. L'amour était futile, l'affection ne devait pas être ouvertement démontrée, le mépris était incalculable et que dire de l'intransigeance, qui allait et venait à mesure que Marius s'éloignait de son père ? Non la seule constante qui demeurait, la seule qui ait jamais rythmé les battements de leur cœur respectif, c'était la déception. Déception de ne pas voir dans les actions du fils ce qui pourrait rendre fier Hippolyte, déception dans les yeux de Marius qui voyait peu à peu l'image du père idéal se fondre en un masque de monstre hideux et glacial. C'était ça, la constante Caesar. Une indescriptible déception qui se muait en colère dès qu'ils tentaient d'avoir une discussion. D'ailleurs, peu importait le sujet de discussion. Qu'il s'agisse de l'avenir de Marius, du mépris de son père ou même de savoir qui était le meilleur entre Barman et le Joker, ils arrivaient toujours à se disputer et à être en désaccord avec l'autre par principe. Cinq minutes. Ça leur avait pris cinq minutes pour à nouveau se disputer et s'attaquer à grands renforts de réflexions cinglantes et autres mots d'amour. Qu'importe l'acide qu'Hippolyte distillait dans ses mots, Marius lui renvoyait la balle sans sourciller. Plissant les yeux, le père resta silencieux. Son mariage avec Victoire était sujet à de nombreuses polémiques, à commencer par savoir s'il avait été purement arrangé ou s'il y avait bien des sentiments derrière. Seuls Hippolyte et Victoire connaissaient la vérité. Ils s'aimaient, bien plus que l'on ne pouvait l'imaginer, tant et si bien qu'un « je t'aime » murmuré à mi-voix sur l'oreiller aurait été une insulte à leurs sentiments. Depuis bientôt trente ans qu'ils vivaient ensemble, ils n'avaient plus besoin de se répéter ce genre de futilité parce qu'ils le savaient et en avaient la certitude. C'était peut-être pour cela qu'ils ne se coulaient pas des regards amoureux en public ni ne se tenaient la main.

« Navré d'avoir vécu un mariage heureux et soudé, Marius, j'oubliais que tu te complaisais dans les cris, les larmes et l'infidélité. »

Renvoyer la balle, ne jamais laisser à Marius le dernier mot, c'était un jeu extrêmement puéril mais pour lequel Hippolyte excellait largement. Il savait, malgré les années et l'entraînement, que ses remarques finissaient tôt ou tard par atteindre Marius. Il connaissait ses limites, ses faiblesses, et il ne perdait jamais une occasion de le lui prouver. C'était si facile, après tout, si prévisible ! Marius était affaiblit par sa blessure à la tête, c'en était déloyal et pourtant jouissif ! Pourtant, l'air soucieux revint bientôt figer les traits du père dans un froncement de sourcils. C'était comme les deux visages d'un masque de théâtre, le père et l'impitoyable dirigeant... Dr Jekyll et Mr Hyde, songea soudain Hippolyte en ayant la curieuse impression que cette comparaison faisait écho à une autre conversation. Malgré la gestuelle d'enfant boudeur de Marius, son père ne se démonta pas, soucieux qu'il s'assoit, se calme et prenne du repos. L'ennui, c'était que depuis toujours, il était pratiquement impossible de faire entendre raison à Marius sur ce point : hyperactif depuis l'enfance, il dormait peu, n'était que rarement fatigué, gesticulait, ne supportait pas de rester assit à ne rien faire et éprouvait constamment le besoin de bouger, parler, ou jouer avec tous les objets plus ou moins sphériques qui lui tombaient sous la main. Ah et sans oublier les injures. Car le « connard », il fusa sans que Marius ait à se forcer, poussant son père à soupirer pour la énième fois en levant les yeux au ciel à l'instant où un majeur fièrement dressé dans sa direction répondait à sa question. Qu'importe le ton qu'il prendrait pour lui annoncer la nouvelle, Marius serait dans le déni, dans l'agression, mais certainement pas dans la compassion. De toute manière, Hippolyte ne s'attendait pas à ce que son fils le prenne dans ses bras ni ne compatisse, car il aurait été bien présomptueux et ingrat d'attendre ça de lui quand lui-même avait toujours été incapable de saisir la pleine mesure de la détresse de son enfant. Les sarcasmes de Marius lui passèrent au-dessus et il poursuivit sa tirade, insensible à l'évident refus de la réalité de son fils. Qu'importe s'il refusait de comprendre, il serait bientôt contraint de faire face à la vérité, et le plus tôt serait le mieux.

« Et alors ? »

Hippolyte releva les yeux et fixa Marius en silence, laissant à sa cervelle de moineau le temps d'analyser et comprendre les paroles de son père. Et alors ? Alors son père allait mourir, bien plus tôt qu'il ne l'aurait cru. Alors, son père connaissait approximativement la date de sa mort, ce qui rendait la chose plus terrifiante encore. Alors, il s'était mis à craindre le temps, à redouter le calendrier et à ne plus supporter que la petite aiguille fasse le tour du cadran de sa montre. Alors, pour la première fois depuis longtemps, Hippolyte se sentait vulnérable, mortel et terriblement impuissant. Alors il allait mourir. Plus tôt qu'il ne l'aurait cru. Il avait beau se persuader d'avoir accepter sa condition, la terreur sommeillait toujours dans un coin de son esprit. Passé le moment de silence, Hippolyte repris, cherchant à expliquer maladroitement la situation à un Marius qui, visiblement, ne voulait pas comprendre ce qui lui était expliqué.

Puis, enfin, il se tut. Il fixa un long moment son fils, prêt à recevoir tous les reproches et moqueries du monde, car il savait qu'à aucun moment Marius n'accepterait que son père meurt et surtout aussi facilement. Parce que Marius était un Caesar, et qu'un Caesar ne se laissait jamais abattre ni dépasser. Parce qu'un Caesar digne de ce nom se serait battu, mais qu'Hippolyte n'en avait tout simplement ni la force, ni la volonté. Pourtant, la première question le pris au dépourvu. Haussant un sourcil, Hippolyte releva les yeux vers Marius à l'instant où celui se levait, et se leva d'un bond, évitant de justesse de voir son onéreux costume couvert de bile. Avec une moue dégoûtée, il regarda ses chaussures souillées et s'éloigna le plus possible de son fils, aussi bien pour éviter qu'il ne lui vomisse à nouveau dessus que pour se prémunir d'un éventuel poing dans la figure s'il lui prenait l'idée de vouloir le secouer. Au lieu de ça, il regarda Marius s'agiter autour du lavabo, continuer sa tirade, ses reproches, et l'accuser d'une chose qui donna à son père l'impression de se prendre une enclume dans l'estomac.

« Tu te trompes, Marius. Je n'ai mis Martial au courant qu'un jour avant mon départ. Depuis l'annonce du diagnostique, j'ai commencé à le former plus assidûment pour prendre mon relais, et ton frère a fini par comprendre que quelque chose n'allait pas. Alors oui, techniquement, ton frère était au courant avant toi, mais si vous aviez été tous les deux en France à ce moment-là, je vous l'aurais dit au même moment. Arrête de toujours croire que tu es la cinquième roue du carrosse. Tu n'en es que la quatrième défectueuse, si tu veux pouvoir te plaindre. »

Hippolyte se dirigea vers un distributeur de serviettes en papier, en déchira une et entrepris de nettoyer ses chaussures avant de reprendre.

« Ensuite, pour te faire plaisir, pour que tu puisses faire le martyr, tu pourras dire à qui tu le souhaites que j'ai sciemment préparé ma maladie depuis des années, et que j'attendais simplement le bon moment pour rendre le tout létal. Vivre avec une tumeur grandissante et se condamner à la souffrance et l'incontinence, quoi de mieux pour nuire à mon cher fils qui me hait tant, n'est-ce pas ? »

Il fallait bien l'admettre, les accusations et le manque de compassion de Marius le blessaient plus qu'il ne l'aurait cru. A l'entendre, Hippolyte avait l'impression que seule sa petite personne et ce qu'il pouvait ressentir comptaient, et qu'il était incapable de voir qu'en réalité, son père était bien plus vulnérable qu'il ne l'aurait cru. A sa décharge, Hippolyte n'avait jamais fait grand chose pour faire croire à ses enfants qu'il n'était pas inatteignable.

« Je n'ai pas voulu tout ça, Marius. Simplement... Je me suis accroché les deux premiers mois, j'ai tenu tout cela secret pour qu'on ne m’évince pas, j'ai essayé plusieurs traitements, sans résultat. Je me suis battu, Marius, mais je ne suis pas de taille à vaincre alors... Je ne te demande pas de plaquer ta carrière pour me rejoindre, je me suis rendu compte bien trop tard que je n'avais jamais fait un pas dans ta direction. Je te vois déjà venir, tu vas me dire qu'il est trop tard pour ça, mais je ne suis pas de cet avis. »

Las, Hippolyte alla se rasseoir sur sa chaise, non sans avoir pris la précaution de la tirer loin de la bile que Marius avait recraché.

« Je ne me battrai pas. Je ne veux pas passer les huit mois qu'il me reste enchaîné à une perfusion ni tenter tous les traitements expérimentaux du monde. Que tu ne m'aimes plus, c'est une chose. Mais si je ne t'aimais pas, je n'aurais jamais couru le risque de prendre l'avion dans mon état. Ce n'est pas ta personne qui ne m'intéresse pas, Marius. Disons plutôt que j'ai cessé de m'intéresser à tes choix de vie pour ne pas être déçu. J'avais envie que tu me prouves le contraire aujourd'hui, et tu l'as fait sur le terrain. Si rien de tout ça ne t'intéresse, je m'en irai. »

Il jouait gros, en misant sur la culpabilité ou l'affection enfouit quelque part dans l'esprit de Marius. Il jouait gros, mais le jeu en valait la chandelle. Il avait quelque mois pour se rapprocher de son fils, l'amadouer, lui donner ce qu'il voulait, et ainsi se permettre de lui demander sur son lit de mort de rentrer et de faire ce que son père avait toujours souhaité : reprendre les rênes de son entreprise au côté de son frère.
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MessageSujet: Re: (Hipporius RA) | Time will not heal our scars   Mer 14 Juin 2017 - 0:58

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Hippolyte & Marius



Il a un don, le salaud, il a un don certain pour attaquer tout ce à quoi je tiens, tout ce que je fais, tout ce que je me bats pour avoir, tout ce qui fait que ma vie est la mienne et pas celle qu’il a voulu pour moi. Il a un don, mon père, il a don pour m’humilier. D’une phrase. D’un mot. Il lui suffit d’une insinuation pour me faire exploser. Nous sommes dans la même pièce que depuis quelques minutes, il a critiqué non seulement mon équipe, mes amis, mais aussi ma copine. La seule au doigt de laquelle tu passeras un jour l’anneau, Marius, c’est ta propre suffisance. Mon ricanement est éloquent. Je ne compte pas me marier un jour, le mariage, ce n’est qu’un concept fumant à mes yeux. Un concept qui puise sa signification dans une mère que je hais, dans un père que je méprise, dans un couple qui n’a montré aucun amour à ses enfants, qui n’a fait front commun que pour mieux nous réduire à de vulgaires pantins malléables, de vulgaires pantins prompts à faire leurs moindres désirs. Je ne suis pas dupe, mes parents n’ont pas voulu d’enfants, ils ont voulu des héritiers. Des héritiers à manipuler, à exhiber en société. Moi, j’ai envoyé tout ça balader. Martial, lui, il s’est senti obligé de jouer le jeu. De leur faire plaisir. Alors non, vu ce que j’en vois du mariage, ça ne me donne certainement pas envie de m’engager auprès d’une seule fille sur la durée. Ça ne me donne même pas envie d’avoir des gosses. Ça ne me donne qu’envie de continuer à savourer ma vie comme je le fais actuellement, à prendre les choses au jour le jour, à croquer la vie et le vice à pleines dents pour ne rien regretter. Alors ouais, son mariage heureux, il peut se le mettre là où je pense. « Navré d'avoir vécu un mariage heureux et soudé, Marius, j'oubliais que tu te complaisais dans les cris, les larmes et l'infidélité. » Je le toise avec tout le mépris du monde. Un mépris dont il n’a jamais été avare envers moi, dont je ne suis pas avare envers lui depuis que je peux me le permettre. « Soudé pour détruire l’assurance de mes mômes, heureux de se complaire dans sa propre suffisance et arrogance ; se complaire dans les cris, les larmes et l’infidélité issus de votre éducation parfaite, vraiment ça fait envie. » Je ne suis plus le gosse qu’il terrifiait, celui qu’il considérait avec dédain. Je ne suis plus le môme en quête de fierté, éperdu d’admiration. Ce môme est mort, enterré sous les couches de ma propre réussite, de la distance qui s’est imposée entre lui et moi dès que j’ai pu me libérer de son asphyxiante autorité. Sans ce mal de crâne qui s’impose à mes tempes, je serais déjà, je le sais, debout à le toiser de mes centimètres en plus pour mieux affirmer mon territoire et mettre en avant le fait qu’ici, c’est lui l’importun. Et moi le maître.

Mais il y a cette migraine, il y a cette nausée, il y a ces haut-le cœur. Et mes gémissements ridicules qui suspendent mon envie de revanche. Mes doigts cherchent un support, obéissent en me ramenant jusqu’au lit pour m’asseoir et laisser mon crâne et le choc qu’il a subi se remettre un peu plus posément. Il y a les inepties et les attaques qu’il continue à me sortir, sans s’interrompre, alors que tout ce dont j’ai envie actuellement, c’est de vider mon estomac, de fermer les yeux, de dormir. Il avait envie de me voir sur le terrain ? Non-sens, jamais je ne le croirai là-dessus. Il voulait me voir jouer, soutenir mon équipe ? Il pourrait me dire que Nabilla a rédigé une thèse sur l’élevage des loutres en Papouasie Nouvelle-Guinée que ça ne serait pas moins plausible. Ni plus ridicule. Je suis malade, Marius. Ça aussi, c’est ridicule. Et ça le serait encore plus s’il n’avait pas l’air mortellement – justement – sérieux. Extrêmement sérieux. Mes lèvres articulent, mon cerveau passe en mode automatique le temps que j’assimile ce qu’il est en train de me dire. Il est malade. Il va mourir. D’ici huit mois. D’ici un an. D’ici un laps de temps si court, si bref, qu’il va passer en un soupir. Puis la vie de mon père sera mouchée comme la flamme d’une bougie. Soufflée. Volée. Il ment. C’est comme ça. Et alors ? Ma voix claque, il lève les yeux, je le toise sans souciller. Et alors ? Et alors, qu’est ce qu’il veut que je lui dise. Et alors, qu’est ce qu’il pense que ça peut me faire, cette nouvelle ? Nous nous sommes éloignés, nous nous sommes détachés l’un de l’autre. Je me suis détaché de lui, j’ai arrêté il y a des années d’espérer ne serait-ce qu’avoir un soupçon d’amour de sa part, un soupçon d’affection. J’ai été fatigué de chercher, j’ai laissé tomber. Et maintenant, il est en train de vouloir rattraper le coup ? Ses mots glissent sur mon épiderme sans le toucher. Huit mois, un compte à rebours que j’ai l’impression d’entendre, déjà. Huit mois. Bien sûr que je vais lui dire que c’est trop tard. Parce que ça l’est. Huit mois ne rattraperont pas plus de vingt-cinq ans de distance. Vingt-cinq ans d’éloignement. Huit mois, ce n’est rien. Huit mois, c’est déjà fini. Il veut mieux me connaitre ? C’est ridicule. Il exsude le mensonge autant que le luxe et la suffisance. Un silence, je me retiens de lui demander s’il a fini. Huit mois. Et il veut transformer ces huit mois en quoi ? En rédemption ? Il croit quoi, au juste ? Il n’y a rien à sauver. Il n’y a plus rien à sauver. Je le fixe. Sans savoir quoi dire.

Alors l’évidence jaillit hors de mes lèvres, d’abord sous la forme d’une question, ensuite sous celle d’une affirmation. Bien sûr que Martial est au courant. Un sursaut, je finis par rendre mon estomac, avant de me lever, indifférent au dégoût de mon père, concentré sur mes vertiges, sur ses mots, sur l’afflux d’informations. Mes pas maladroits me mènent au lavabo, j’essaye de me rincer la bouche, avant de lui faire face, les paumes appuyées sur la porcelaine glacée. A quoi ça servira, hein ? Il ne m’aime pas, je ne l’aime pas beaucoup plus. Faire semblant de s’intéresser l’un à l’autre n’arrangera rien. Non ? « Tu te trompes, Marius. Je n'ai mis Martial au courant qu'un jour avant mon départ. S’il croit que ça m’emmerde. S’il croit que j’en ai quelque chose à foutre, que Martial ait été mis au courant avant moi. Bien sûr qu’il l’a dit à Martial. Mon jumeau a toujours été son préféré. « Depuis l'annonce du diagnostic, j'ai commencé à le former plus assidûment pour prendre mon relais, et ton frère a fini par comprendre que quelque chose n'allait pas. Alors oui, techniquement, ton frère était au courant avant toi, mais si vous aviez été tous les deux en France à ce moment-là, je vous l'aurais dit au même moment. Arrête de toujours croire que tu es la cinquième roue du carrosse. Tu n'en es que la quatrième défectueuse, si tu veux pouvoir te plaindre. » Je secoue la tête, pas le moins du monde touché par ce qu’il dit. « Si tu crois que je suis jaloux de mon frère, tu te trompes, connard. Je n’ai jamais été jaloux. Je ne l’ai jamais envié. Je l’ai toujours plaint bien au contraire, plaint de se sentir obligé de vous lécher les bottes pour exister et soulager votre indescriptible besoin d’avoir des sous-fifres. » Et le pire, c’est que c’est vrai. Je n’ai jamais envié Martial. J’ai toujours considéré avec envie l’affection de notre mère pour lui, j’ai toujours voulu moi aussi mérité la fierté présente dans le regard de mon père posé sur la stature de mon frère, mais je ne l’ai jamais envié pour ce rôle qu’il a endossé, endossé pour me permettre à moi de m’en libérer. Alors s’il croit que c’est ça, qui me dérange dans tout son petit laïus…

C’est comme ça, voilà ce qui me fait le plus chier dans tout ce qu’il vient de me dire. C’est comme ça, mon œil. A quoi bon, mais bien sûr. Jamais un Caesar ne baisserait les bras aussi facilement. Jamais un Caesar ne s’abaisserait à se résigner. On ne se résigne pas. On se bat. « Ensuite, pour te faire plaisir, pour que tu puisses faire le martyr, tu pourras dire à qui tu le souhaites que j'ai sciemment préparé ma maladie depuis des années, et que j'attendais simplement le bon moment pour rendre le tout létal. Vivre avec une tumeur grandissante et se condamner à la souffrance et l'incontinence, quoi de mieux pour nuire à mon cher fils qui me hait tant, n'est-ce pas ? » Je serre les dents. Il s’obstine dans les conneries, il s’obstine dans des attaques qui ne me font rien, strictement rien. Il faut croire qu’il est blessé, il faut croire qu’il perd l’esprit, il faut croire, finalement, qu’il perd de son mordant le patriarche Caesar. Parce qu’il ne comprend rien que je n’en ai rien à cirer, qu’il me haïsse, que je n’en ai rien à cirer qu’il fasse passer Martial en premier. Tout ça, tout ça, ça relève du normal ; le reste en revanche… ça relève carrément de l’improbable. Un improbable que je ne supporte pas, un improbable que je n’accepte pas. Sans ces vertiges qui s’apaisent à peine, je serais déjà en train de lui foutre un point dans la gueule dans l’idée de le réveiller, de le réanimer, de le faire revenir à la raison.

Je ne veux pas l’entendre se plaindre, je ne veux pas l’entendre accepter un sort ridicule. Je ne veux pas qu’il meure, tout simplement. « Je n'ai pas voulu tout ça, Marius. » « Encore heureux » « Simplement... Je me suis accroché les deux premiers mois, j'ai tenu tout cela secret pour qu'on ne m’évince pas, j'ai essayé plusieurs traitements, sans résultat. Je me suis battu, Marius, mais je ne suis pas de taille à vaincre alors... Je ne te demande pas de plaquer ta carrière pour me rejoindre, je me suis rendu compte bien trop tard que je n'avais jamais fait un pas dans ta direction. Je te vois déjà venir, tu vas me dire qu'il est trop tard pour ça, mais je ne suis pas de cet avis. » « Ah ouais ? » Je suis dans l’agression, clairement dans l’agression. Je suis dans la défense, aussi. Clairement sur la défensive. Bien sûr qu’il est trop tard. Trop tard pour faire le moindre pas dans ma direction. « Je ne me battrai pas. » « C’est ridicule » « Je ne veux pas passer les huit mois qu'il me reste enchaîné à une perfusion ni tenter tous les traitements expérimentaux du monde. Que tu ne m'aimes plus, c'est une chose. Mais si je ne t'aimais pas, je n'aurais jamais couru le risque de prendre l'avion dans mon état. » « Et alors quoi, faut que je te dise merci ? » Je suis dans l’insolence, la méchanceté gratuite. Je suis dans la domination de cet échange surréaliste. « Ce n'est pas ta personne qui ne m'intéresse pas, Marius. Disons plutôt que j'ai cessé de m'intéresser à tes choix de vie pour ne pas être déçu. J'avais envie que tu me prouves le contraire aujourd'hui, et tu l'as fait sur le terrain. Si rien de tout ça ne t'intéresse, je m'en irai. » Vraiment ? Je reste debout, considère mon père assis. Considère la fatigue qui marque, en effet, son visage. Les traces de la maladie, les traces d’un train de vie épuisant. Les traces d’un combat déjà achevé, puisqu’il s’est rendu.

« Tu sais ce que j’en crois, de tout ça, de toute ta confession, là ? » Ma main se détache du lavabo pour s’agiter devant moi, appuyant le caractère fumeux de ladite confession. Elle revient bien vite me stabiliser. « Je n’y crois pas. Pas un seul instant. Oh, j’imagine bien que la perspective de l’enfer, du purgatoire ou tout simplement celle des petits vers de terre venant te bouffer comme tous les pécores que tu as si longtemps pris de haut doit te faire peur et t’amener à vouloir une rédemption divine ou, à défaut, filiale mais… » Je me détache, finalement, à mon tour, pour tenter un pas prudent dans sa direction. « Tu pars du principe que le pas que tu veux faire en avant, il m’intéresse. Que j’en ai quelque chose à foutre. Que l’intérêt que tu portes à mes choix de vie me touche. » L’acidité de mes mots me surprend, mais tombe sous le sens. « Tout comme tu crois que j’envie Martial, que je veux me faire passer pour un martyr parce que mon papa qui me déteste blablabla… » Je le fixe. « Pendant plus de vingt ans, j’ai voulu ton approbation. Pendant plus de vingt ans, tu as été mon héros, Papa. Pendant plus de vingt ans, je crevais d’envie, j’étais prêt à tout pour que tu me dises tout ça. Mais c’est trop tard, tu sais. » Bien trop tard, n’en déplaise à tout ce que sous-entend ma colère. A toute l’inquiétude, la détresse, la peine qu’elle masque. « T’es plus mon héros, tu n’es qu’un connard. Je n’en ai rien à faire de ta fierté, je me la suis construite tout seul. Ce brassard de capitaine, il vaut tous les compliments du monde. Les interviews, les journalistes, Marine, c’est toute ma vie. Et tu n’en fais plus partie depuis des années. » Je secoue lentement la tête, comme affligé par sa seule présence et ses seuls mots. « Pendant plus de vingt ans, j’ai tout fait pour que tu te comportes comme mon père. Maintenant, tu n’es plus qu’un étranger. Finalement, ton cancer, il est peut-être juste venu trop tard pour qu’il reste quelque chose à sauver dans ces huit mois qu’il te reste. » J’hausse les épaules. « Tu veux faire un pas dans la direction de quelqu’un ? Alors éloigne-toi de moi. Eloigne-toi de mon frère. Offre lui le droit d’avoir la vie qu’il aurait dû avoir, pas celle que tu lui as imposée. Parce que si tu meurs, il sera obligé de s’enfermer avec toi dans ton cercueil en endossant ton rôle, en se desséchant à une place qui ne lui plait pas. »


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