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 (Aaron) | Never knew I could feel like this

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SUR TH DEPUIS : 30/04/2015
MessageSujet: (Aaron) | Never knew I could feel like this   Dim 14 Mai 2017 - 19:19

Never knew I could feel like this
Moira & Aaron



J'ai toujours détesté les loges des solistes. Elles sont plus grandes, mieux équipées, on y trouve des cochonneries à manger et des sodas, mais on y est seul. On se retrouve seul avec soi-même, à réfléchir au sens de la vie et de notre carrière, on se prépare psychologiquement au concert... Mais je fais partie de ces musiciens que la solitude stresse au moment de monter sur scène. Je sens que les regards vont être rivés sur moi, que les enfants vont tirer la manche de leur mère en disant « regarde, maman ! », parce que voir une soliste et non un soliste c'est encore trop rare de nos jours, ou pour commenter la couleur flamboyante de mes cheveux, j'y ai eu droit plus d'une fois. Et puis il y a les critiques et les mélomanes, ceux qui vont guetter le moindre faux pas, la moindre fausse note, la plus petite grimace et extrapoler sur trois pages dans une revue musicale quelconque. Tout à l'heure, je serai seule sur scène, malgré la présence de l'orchestre. Et si je ne peux nier posséder cet orgueil propre à tous les solistes, cette façon de bomber le torse en me disant que celle qui a réussi à tirer son épingle du jeu c'est moi... Je n'aime pas adopter cette attitude au quotidien. Je ne suis pas là parce que Paganini est revenu d'entre les morts poser sa main sur mon front, ni parce que j'ai acheté ma célébrité. Je suis là parce que j'ai sacrifié mon enfance et mon adolescence à la pratique ininterrompue d'un instrument ingrat.

La solitude de l'enfant prodige, je ne l'ai que trop subie. Alors, depuis plus de dix ans maintenant, je fais fi des convenances et me mêle toujours aux autres musiciens dans la grande loge de l'orchestre. On m'a d'abord regardée de travers, certains m'ont accusé de fanfaronner, et puis maintenant, c'est passé. On est tous sur la même marche du podium et plus personne n'est choqué de me voir donner un coup dans l'épaule d'un tromboniste pour lui souhaiter bonne chance au lieu de l'ignorer avec mépris comme la plupart de mes collègues. Non, ce qui surprend ce soir... C'est mon absence dans la loge commune. Violaine, la première hautboïste, est venue frapper à ma porte pour savoir si tout allait bien, puis ça été le tour de Gregory, le pianiste. A force de m'entendre dire que tout va bien, ils n'ont pas insisté, et j'ai ignoré les regards inquiets.

Ce soir, je fais face au miroir toute seule, en silence. Ce soir, j'ai le cœur bien trop lourd pour avoir envie de jouer la comédie face aux autres musiciens. Hyper émotive comme je suis, je me sais capable de craquer devant eux, provoquant ainsi l'annulation d'un concert que nous attendons tous depuis des mois. Ce soir, Sibelius est à l'honneur, et j'entends bien m'attaquer dignement à son cruel concerto pour violon. Un enfer à travailler, une abomination à appréhender, mais un bonheur à interpréter. Ce soir, il faut que je me concentre sur mon archet, sur mes doigts, que je sente vibrer en moi le froid de la Finlande, faire résonner l'esprit de mon pays natal, il faut... Il faut que j'oublie qu'il ne sera pas dans le public. Il faut que je me focalise sur les quelques deux milles personnes venues m'écouter, quand tout ce que je voudrais, c'est ne jouer que pour lui, parce que mon cœur s'est bêtement enlisé dans des sentiments d'où il n'est plus capable de s'extirper désormais. Il faut que j'oublie que dans la tribune officielle, un siège sera libre.

Mon portable sonne et me sort de ma torpeur, j'y lis un message incompréhensible de Marius. J'ai à peine le temps d'y répondre qu'Aspen m'en envoie un tout aussi alarmant. Il se passer des choses à Radcliff que j'aurais préféré ignorer, et tandis que mon cœur s'emballe à l'idée que mes amis puissent être blessés, je fixe mon reflet dans la glace. Il était pourtant joli mon maquillage, tout à l'heure. Du moins le serait-il encore si je n'avais pas un regard aussi triste et si mes lèvres ne refusaient pas de se retrousser en un sourire. Les paillettes sur mes paupières n'égayent pas plus mon visage que ce fond de teint qui semble soudain bien trop pâle sur ma peau. Aspen est blessée. Ou plutôt, Marius a blessé Aspen. Mon téléphone sonne une fois de plus, c'est un appel. Je n'ai pas le temps de prononcer un mot que Marius m'annonce l'effroyable nouvelle avant de raccrocher. Crescentia est morte, laissant le petit Samuel orphelin de mère. Marius a blessé Aspen, Marius se retrouve seul pour gérer son fils, Marius a une sœur, blessée aussi. Marius est un alien, éventuellement ? Au point où j'en suis, plus rien ne m'étonne mais tout ça s'ajoute à ce poids qui m'écrase la poitrine et m'empêche de respirer. Blessures, trahisons, non dits... J'ai l'impression de ne plus savoir dans quel monde j'évolue.

L'arrivée à Radcliff de mon père et Artur m'avait donné un regain d'énergie, j'avais presque fini par me dire qu'avec eux, je saurais surmonter la mort de William. Et puis mon père avait disparu après m'avoir avoué être un meurtrier, Artur m'avait mentit un nombre incalculable de fois, jusqu'à ce que l'on découvre qu'il était en réalité manipulé par un mutant... Et Artur devait probablement me détester plus que jamais, depuis son passage chez Malachi. Alors je m'étais bêtement dit qu'Aaron serait là, qu'Aaron m'aiderait à surmonter tout ça, qu'Aaron m'aiderait à oublier, mais Aaron m'avait lâchement abandonnée lui aussi. « C'est mieux ainsi », qu'on s'était dit le soir de Noël.

Maintenant je me retrouve là, seule comme une andouille, à ne plus savoir quoi faire, où aller, qui croire ni qui suivre. Je me suis trop attachée à lui pour tourner la page aussi facilement, j'ai reporté sur lui l'affection que je n'avais pu donner à mon fiancé et je... Je suis injuste avec lui. Je suis en colère, je lui en veut, j'ai envie de lui hurler au visage qu'il a tout gâché, que tout est de sa faute et qu'il a joué avec mes sentiments, mais je sais aussi que j'ai clairement un problème. Je suis plus fragile qu'avant, j'ai peur, j'angoisse, j'agonise dans le noir sans trouver de solution et je lui mets injustement ça sur le dos. C'est de ma faute s'il s'est retrouvé dans une telle situation avec Celeste, et peut-être lui en veut-elle encore, d'ailleurs ? La colère et la culpabilité se font la guerre en moi, m'infligeant de violentes céphalées et me coupant l'appétit. Aaron ne viendra pas ce soir, parce que c'est moi qui lui ai suggéré que nous arrêtions de nous voir.

On frappe à la porte alors que je fini de pianoter frénétiquement sur mon clavier de téléphone. Je m'inquiète pour Aspen, pour Marius, pour Artur, mais il faut que je songe à m'en faire pour moi, ou je risque bien d'oublier la moitié des notes. Je me tourne vers la porte, c'est l'une des régisseuses qui vient me dire que c'est bientôt à mon tour d'entrée en scène. J'acquiesce en silence, prends mon violon et mon archet, vérifie une dernière fois robe, coiffure et figure pour avoir l'air présentable, et me dirige vers les coulisses et la scène. Il y a du monde, j'entends la rumeur des applaudissements à l'entrée du public, et on me fait signer d'y aller aussi. Elle est belle, cette robe de soie violine que m'a confectionné un ami d'Aspen. Vaporeuse, légère, j'ai presque l'impression de ne me porter qu'un léger voile qui allège un peu le poids qui pèse sur mes épaules. J'enfile mon costume d'actrice, sourit au public et salue avec une énergie dont je ne me serais pas cru capable. Tout mon corps murmure mon enthousiasme, mais mes yeux hurlent un appel à l'aide que personne ne peut entendre. Alors je fais le vide autour de moi, fais signe au chef et ferme les yeux le temps que l'orchestre entre. Plus rien n'a d'importance, plus personne ne compte, le public n'est plus là, l'orchestre non plus, moi-même je ne suis plus là. Il n'y a plus que la musique, et je m'y perds dès que mon archet vient glisser sur les cordes dans un premier motif emprunt d'une mélancolie qui me va bien. Les yeux fermés, je n'ai pas besoin de regarder mes doigts, ils courent d'eux-mêmes sur les cordes avec une aisance presque injuste. Ça semble si simple, si évident, maintenant... Et je m'enferme dans une bulle, donne au public ce qu'il veut et garde ma souffrance pour moi, distille ma colère dans des traits à la virtuosité indécente, achève mon chagrin dans des aigus arrachés à la naissance des cordes de mon violon, avec une rage qui en abîme les crins de mon archet.

Plus rien d'autre ne compte, tant et si bien que lorsque résonne le dernier accord, les applaudissements qui surgissent manquent de me faire tomber à la renverse. Trop de bruit, trop d'enthousiasme, trop de... Tout. Alors que je rouvre les yeux, j'ai soudain l'air paniqué et mets quelques secondes à me ressaisir, à sourire de nouveau et saluer. A ma droit, le chef d'approche pour me serrer la main et me demande avec un air inquiet si tout va bien. D'un sourire je lui réponds puis, sans demander mon reste, me faufile à sa suite jusqu'aux coulisses. Trop de monde en même temps, une foule trop compacte, trop de regards tournés vers moi... J'ai peur que ma détresse ne se soit vue sur mon visage et, avant que qui que ce soit ne me hèle pour m'en faire part, je m'enferme dans ma loge et me laisse tomber dans le fauteuil. Le reflet que me renvoie le miroir est pire encore que ce que j'aurais cru. Le maquillage ne couvre plus mes cernes et, sans que les aies senties venir, quelques larmes ont commencé à faire couler le khôl et strier le fond de teint.

J'ai l'air minable. Je me sens minable. Suis-je donc vraiment si minable ?

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MessageSujet: Re: (Aaron) | Never knew I could feel like this   Jeu 18 Mai 2017 - 12:58

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Moira & Aaron



« C'est mieux ainsi ». Il se regarde dans la glace, à la recherche d’un peu de sa jeunesse, d’un peu de sa vitalité retrouvée ses derniers mois, d’un peu de ce qui le fait sourire et paraître cinq ans de moins et non dix ans de plus. Il se regarde dans la glace, et il n’y voit que ses cernes et ses rides qui s’imposent de plus en plus. « C'est mieux ainsi » répète-t-il. « C'est mieux ainsi » ce sont-ils dit. Et « C'est mieux ainsi » confirme-t-il chaque matin, comme pour mieux s’en convaincre. Pourtant, rien n’est mieux. Celeste est toujours aussi en colère contre lui, leur relation se distend sans que rien ne vienne la reconsolider. Il ne sait comment réparer les torts qu’il a pu lui faire, il ne sait même pas exactement ce qu’elle lui reproche. Et pire que tout, il ne sait même plus s’il s’en veut, s’il a raison de s’en vouloir, s’il est supposé s’en vouloir. Que dirait Chiara ? La question l’obsède, de plus en plus et alors qu’il contemple dans la glace ses quarante-quatre ans, elle se fait omniprésente. Autoritaire. Comme pour mieux le presser d’y répondre. Que dirait la mère de sa fille en les voyant se côtoyer à couteaux tirés, en le voyant se fixer dans la glace ? Que dirait sa femme disparue depuis douze ans en le voyant repousser Moira et la laisser filer, en l’entendant dire que c’est mieux ainsi et refermer la porte ?

Elle le frapperait, pour commencer. Elle n’aurait jamais les choses se dégrader ainsi, aussi. Et elle lui demanderait également de se bouger le cul avant qu’elle ne se charge de le lui bouger elle-même, sans vouloir l’offenser bien sûr. Aaron a un sourire, nostalgique, lorsque la voix de Chiara sautille dans son esprit, tout comme son état d’esprit, son état émotionnel le plus courant s’impose à nouveau à lui, vieux vestige, vieux souvenir, souvenir rassurant, rafraîchissant, revigorant. Aaron se passe une main dans sa barbe, hésite à la raser et se résout à la laisser telle qu’elle. Une vibration et le bruit d’un oiseau, un SMS reçu, le huitième de la journée: et il n’est pas encore midi heures. Les appels, eux, ont traditionnellement lieu en fin d’après-midi, régulièrement même, à partir de dix-huit heures, comme pour mieux l’obliger à fermer ses dossiers, sortir de son bureau et rentrer chez lui. A croire que sa soeur et ses parents complotent chaque année pour mieux se répartir les rôles et la soirée. Quoiqu’il en soit, lorsqu’Aaron ressort de la salle de bain où il s’est changé après un rendez-vous particulièrement tendu avec un éventuel mécène, pour troquer chemise et costume contre une tenue bien plus décontractée, c’est un texto de Sofiane qu’il découvre sur son téléphone. Ce soir, Stephanie et Abraham sont d’astreinte, pas toi, j’ai changé ton planning. Forcément… il aurait dû s’y attendre, Sofiane a été le premier à le pousser dans les bras de Moira, et il est bien le seul à ne pas avoir baissé les bras après le fiasco de Noël. Aaron commence à taper un maladroit ce n’était pas la peine, je t’assure, il fallait… mais une main lui arrache son portable.

“Non, non, non ! Aaron Donald Trager, ce n’était pas une question !” Aaron lève les yeux au ciel, cherche du soutien mais n’en trouve nulle part. Quand certains l’accusent de faire de l’orphelinat sa maison principale, ils ne voient pas Sofiane qui entre dans la maison des Trager comme si c’était la sienne… ”Bon anniversaire, vieux, je te cherchais !” Le quarantenaire hausse un sourcil, incapable d’en vouloir à celui qui lui tient lieu de meilleur ami depuis des lustres, et de parrain pour sa fille. ”Vieux ?” C’est au tour de Sofiane de lever les yeux au ciel, avant de retourner au salon comme s’il était chez lui. Ce qui est un peu le cas, parfois. ”Je peux savoir ce que tu fais là ? Et comment tu es entré ?” Deux questions qu’il pose bien régulièrement. “Je suis venu te dire que non seulement, tu vas être en retard, mais qu’en plus, je kidnappe ma filleule pour une soirée au cinéma. Et tu ne vas quand même pas y aller comme ça, imbécile !” Aaron se retrouve un instant les bras ballants dans le couloir, avant de secouer la tête. “Il est hors de question que j’y aille, Sofiane. Déjà, il est bien trop tard pour les billets d’avion, ensuite j’ai du travail pour cet après-midi et ce n’est pas prévu que je m’absente, enfin… bon sang, Celeste ne me le pardonnera jamais.” Et c’est sa plus grande inquiétude.

Même si Aaron en veut à sa fille d’avoir ruiné ce qu’il commençait à construire avec Moira, même s’il s’en veut de ne pas l’avoir mise non plus dans les bonnes dispositions pour l’apprendre, même s’il reconnaît avoir précipité les choses, même s’il accepte avoir envisagé d’aller plus loin avec la violoniste, même si elle lui manque, même s’il a hésité plus d’une vingtaine de fois ces dernières semaines à l’appeler, même s’il a dû prendre sur lui-même pour l’éviter, Aaron est sûr d’une chose: jamais il ne s’autorisera à se faire passer avant Celeste. Quoique cela puisse lui coûter. Mais Sofiane ne semble pas l’entendre de cette oreille puisqu’il est à nouveau juste à côté de lui, à s’appuyer au mur, les bras croisés, comme lorsqu’il se retrouve à devoir réprimander un des pensionnaires de l’orphelinat. ”D’un, je t’ai dit que j’invitais Celeste au cinéma, elle ne s’apercevra pas de ton absence et au pire, je te trouverai un alibi solide. De deux, c’est ton anniversaire, donc attrape ça”, l’autre éducateur extirpe de sa poche arrière une enveloppe qu’il envoie à Aaron, condamné à obéir et à l’attraper. ”De trois, ton travail peut attendre. J’ai checké ton agenda, tu as, et je cite, repeindre le deuxième étage; ranger le bureau.” Il secoue la tête, Aaron ne peut que sourire du ridicule de la situation. Ranger le bureau. Le programme, par excellence, de celui qui n’a, pour une fois, rien de prévu dans son après-midi. Rien d’étonnant puisqu’il se l’était réservé. ”Ranger le bureau… non mais vraiment… Aaron…” Sofiane secoue à nouveau la tête, avant d’aller se servir un verre d’eau dans la cuisine sans attendre. Il est ici chez lui, et il le sait. Et il sait qu’il faut qu’il laisse Aaron seul pour que ce dernier ose ouvrir l’enveloppe et y trouver, comme il s’y attendait, deux billets d’avion. Un aller et un retour, très précisément.

Aaron soupire. Et regarde l’heure sur les billets. Il faut qu’il se décide maintenant sinon il sera trop tard; il sait aussi qu’il s’est déjà décidé et qu’il n’a qu’à accepter sa décision. Et il sait enfin que de toute manière, jamais Sofiane ne le laissera tranquille maintenant, surtout alors qu’il a la confirmation qu’Aaron n’a qu’une envie: prendre ce fichu avion, assister à ce fichu concert et… et ? Pour ne pas avoir à aller plus loin dans ses pensées, le quarantenaire faire volte-face et se décide enfin à aller se changer. Un coup d’oeil en arrière lui apprend qu’il est suivi par le sourire goguenard du traître qui lui tient lieu de meilleur ami.

Il est vingt-et-une heures, les sièges se remplissent, les rangées se peuplent, Aaron est tendu, nerveux même. Oh, il ne dépareille pas au milieu des hommes en costard cravate, des femmes en robe longue et de ces mari et femme venus assister à un concert sur Tchaïkovski pour leur soirée de St Valentin. Il ne dépareille pas en apparence mais d’un point de vue émotionnel… la soirée n’a lieu d’être, à ses yeux, que si elle est partagée. Arrivé trop tard pour se faufiler jusqu’à la loge de la soliste à l’honneur, voire simplement trop lâche et trop timoré pour le faire, il n’a pas pu aller lui signaler sa présence et il en est réduit à attendre avec impatience et excitation qu’elle apparaisse. Des concerts comme celui-là, il en a déjà fait. Peu, certes, mais il a déjà assisté à des représentations similaires. Mais jamais aussi bien placé, jamais en connaissant aussi bien l’une des musiciennes.

Lorsqu’elle arrive sur scène, son premier réflexe est de tendre l’oreille pour entendre comment elle va. Mais trop de personnes, tout autour de suite, trop de joie, d’impatience, trop de doute, trop d’espérance, trop de vie autour de lui: il est incapable d’entendre quoique ce soit avec une finesse suffisamment exacerbée pour trier et filtrer. Lorsqu’elle arrive sur scène, il n’a qu’une envie, chuchoter à ceux qui sont à côté de lui qu’il la connaît, que c’est Moira Kovalainen, une amie très proche, et surtout, il distille sans même s’en rendre compte cette fierté qu’il éprouve, garde pour lui ce pincement de douleur et ces regrets qui s’empressent aussitôt de tacher sa joie toute simple. Les émotions sont trop complexes, en règle générale, pour être solitaires. Ce sont des symphonies, sur lesquelles prennent souvent appui des solistes, certes, mais ce sont avant tout des symphonies, des orchestres aux multiples teintes, aux multiples timbres, ce sont des orchestres qu’un seul pupitre peut mener, comme à cet instant, mais ce sont des orchestres. Complexes à diriger, complexes à expliquer, complexes à détailler, diviser, dissocier, qui perdent de leur sens lorsqu’on en écoute les composants un à un. Complexes à exprimer, aussi, Aaron en a toujours été convaincu. Jusqu’à ce soir.

Ce soir, les émotions sont palpables dans les nuances que Moira impose à l’instrument. Ce qu’il entend depuis tout petit, elle le fait entendre au public. A moins que ce ne soit justement la mutation d’Aaron qui s’amuse à amplifier ce que Moira transmet pour aller jusqu’à faire pleurer les deux rangées qui l’entourent. Dans les deux cas, Aaron comprend une chose quand le dernier accord résonne, quand les applaudissements rugissent, quand il se lève le premier et qu’il applaudit à s’en faire mal aux mains. Il a l’air ridicule, le pauvre bougre, mais trop, trop de trop, et ses mains tremblent. Il comprend une chose: c’est qu’il doit parler à Moira.

Et le départ précipité de l’irlandaise le lui confirme. Elle n’a pas sitôt quitté la scène qu’Aaron est déjà dans le hall du bâtiment, à chercher les loges des musiciens. Il n’a aucun scrupule à jouer littéralement avec les émotions de ceux qu’il croise pour atteindre rapidement les bons couloirs, les bonnes portes et surtout, sa destination. Et là, il l’entend. Il l’entend si bien qu’il en a mal. Pas besoin d’être dans la même pièce qu’elle, la musique qu’elle produit n’a aucune difficulté à transpercer les murs pour atteindre le mutant en plein coeur. Si Aaron n’a compris que très récemment qu’il avait accès à tout un panel continu d’émotions, il a longtemps cru ne pouvoir percevoir que la tristesse des personnes qui l’entouraient; sa sensibilité à cette émotion est tellement qu’il perçoit presque les larmes qui doivent ravager le maquillage de Moira, à cet instant.

Inutile de préciser qu’il ne frappe même pas lorsqu’il ouvre la porte. Il n’a pas hésité à user de sa mutation sur ceux qu’il croisait pour s’ouvrir une voie jusqu’ici; il se retrouve à ne pas oser agir sur les émotions de Moira qui, il n’en doute pas un seul instant, trouvent la source de leur peine en lui et en leur relation avortée. Non, user de sa mutation pour résoudre ses problèmes n’a jamais été une bonne chose et ses parents l’ont toujours mis en garde contre cette facilité, tout comme il a longuement lui-même mis Celeste en garde lorsqu’elle a été suffisamment grande pour comprendre qu’elle possédait un don unique. Aaron ouvre la bouche, sans savoir quoi dire, concentré pour aller contre ses instincts. Il veut que la musique lente et triste de Moira accélère et pétille de vie sans qu’il n’y touche. “Je suis désolé”. Voilà qui lui semble être un excellent point de départ. ”Ce n’était pas mieux ainsi.” Première source de remords, plus intense à n’en pas douter. ”J’aurais dû en parler à Celeste avant.” Deuxième source de remords. Un tremplin pour qu’il prenne son inspiration. ”J’aurais dû lui faire comprendre que j’avais besoin de toi dans ma vie, lui expliquer que je t’aime, que c’est comme ça, lui laisser le temps de se faire à l’idée.” Il parle sans s’arrêter, sans écouter, sans la regarder. ”Mais je n’aurais pas dû te lâcher.” conclut-il juste avant de répéter un trop sincère, trop marqué, trop douloureux: ”Je suis désolé”.


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Je crois que vous êtes faits l'un pour l'autre Et nos différences ? Au premier coup d’œil, la serrure et sa clé paraissent très différents. Pourtant, un examen approfondi lui révélera que sans l'une, l'autre devient inutile. L'homme averti voit alors que la serrure et la clé ont été créées dans un même dessein. •• ALASKA (sanderson)

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MessageSujet: Re: (Aaron) | Never knew I could feel like this   Jeu 18 Mai 2017 - 13:01

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C'est idiot... C'est complètement idiot de continuer à espérer d'une histoire terminée, idiot d'attendre quelqu'un qui ne viendra pas, idiot se me bercer d'illusions quand la réalité m'a déjà percutée depuis un bout de temps. J'ai pourtant scruté la foule, cherché un visage familier parmi ceux qui me souriaient et m'applaudissaient, derrière les larmes contenues, j'ai voulu trouver son visage à lui, pour me convaincre que le dernier mois et demi n'était qu'un cauchemar et qu'en réalité, il m'attendait, gonflé d'orgueil comme un coq à l'idée de me voir faire le clown sur scène, animé des mêmes sentiments que j'éprouve toujours à son égard... Force est de constater que mes efforts sont vains et mes espoirs puériles. Dans la pénombre, je ne vois pas la tribune, et quand bien même la verrais-je, je ne préfère pas voir de mes propres yeux ce siège laissé vide parce qu'il n'a pas eu le courage de me retenir. Ou parce que je n'ai pas eu le courage de rester, qui sait ?

Mon violon n'a pas eu à souffrir la moindre fausse note, mes doigts ont parcouru les cordes avec la même dextérité que les fois précédentes, mais si critique il doit y avoir, on dira sûrement que je l'ai joué différemment. J'y met une énergie teintée de joie et de passion, habituellement. Là, je me conspue de n'avoir su animer le concert qu'avec une tristesse et une morgue que je déteste. Si je quitte aussi précipitamment la scène, ce n'est ni par pudeur ni par mépris, mais simplement parce que je sens le masque de la comédienne s'effriter. L'adrénaline et le raz de marée d'émotions qui m'ont submergées pendant le concert menace de briser le barrage que j'ai imposé à mon esprit, et je préfère encore être seule dans ma loge pour maudire mon hyper émotivité que d'offrir ça au public. Je pousse un soupir en fermant la porte, pose mon violon et baisse les yeux sur mes mains tremblantes et mes doigts encore couverts de colophane. J'ai envie de prendre toutes les pensées, toutes les idées, tous les souvenirs qui envahissent mon esprit pour les jeter un à un et faire le vide dans ma tête. Ça serait tellement plus simple... A défaut, je fixe la glace sans la voir, me perds dans mes pensées et n'en entends pas la porte s'ouvrir derrière moi. Je ne réalise que lorsqu'une voix un peu trop familière me murmure des excuses qui me font bondir de mon fauteuil.

Il est là, devant moi, et je crains presque d'être en train d'halluciner, de devenir folle au point de le voir jusqu'ici. Il ne peut pas être ici. Aaron n'aurait pas pris l'avion, n'aurait pas perdu quelques heures précieuses habituellement consacrées à l'orphelinat pour venir me voir jusqu'à Boston. Il n'aurait pas... Mais il avait promis de venir. Le jour où je lui ai tendu la place, il a sourit, m'a embrassée, et m'a promis de venir. Il est là, il est devant moi, et il me faut quelques secondes pour véritablement comprendre ce qu'il est en train de me dire. Tout mon corps tremble et je n'ose pas bouger. C'est un véritable maelström d'émotions qui combat avec l'énergie du désespoir dans mon esprit, et je me fiche bien de savoir que ça doit lui vriller le crâne et les tympans. « J'aurais dû en parler à Celeste avant. » Mes poings se crispe, ma gorge se noue, mais je reste silencieuse, une indéniable colère dans les yeux. Une part de moi est soulagée, heureuse de le voir ici, une part de moi qui a envie de le prendre dans mes bras, de lui dire de se taire et de faire comme si rien ne s'était passé... Mais il y a l'autre part. La belliqueuse, la meurtrie, celle qui n'est prête à tolérer un tel revirement de situation. Celle qui a besoin de se protéger comme un nouvel abandon. Alors je le regarde se débattre, fuir mon regard, fixer le sol et visiblement chercher les meilleurs mots pour exprimer ses regrets. Chaque syllabe est un coup de poignard, chaque aveu distille du poison dans mes veines, et je sens mes chevilles trembler au point que je manque de chuter du haut de mes sandales à talons.

”Mais je n’aurais pas dû te lâcher.”

C'en est trop, je serre un peu plus les poings et grogne d'une voix tremblante de colère :

« Tais-toi... »

Mais ça ne semble pas l'arrêter. Voilà qu'il s'excuse une fois de plus. Une fois de trop. Mes nerfs lâchent, les vannes s'ouvrent, et je les larmes et les sanglots trop longtemps contenus ruiner pour de bon mon maquillage.

« TAIS-TOI ! Arrête... Tu ne peux pas te pointer ainsi, baisser les yeux et t'excuser... Tu ne peux pas, Aaron, si tu as un peu de respect pour moi... Arrête... »

Ma voix est suppliante et le trémolo de détresse qui l'anime me donne envie de me donner des gifles. Pourtant je poursuis, déballant ce que j'ai sur le cœur sans même y réfléchir.

« Tu n'as pas le droit d'accuser ta fille et de tout lui mettre sur le dos, tu n'as pas le droit de dire que c'était notre relation, le problème... Si tu n'étais pas... Si tu n'étais pas lâche, Aaron, on n'en serait pas là ! Tu aurais dû me retenir ! Tu aurais dû m'appeler ! Tu m'as laissée dans le silence ! Tu m'as laissée seule ! Tu m'as laissée croire que tout ça ne valait rien ! Que mes sentiments pour toi n'avait aucune valeur ! »

Je suis injuste... Injuste parce que tout ça, c'est le petit spectacle morbide que je me suis monté, c'est l'idée la plus pessimiste qui soit, et voilà que je hurle en agitant les bras.

« Pourquoi tu... Pourquoi tu m'as abandonnée ? »

Plus strident que les autres, ce cri me fait comprendre que depuis quelques minutes, je perds le contrôle de ma mutation. Dans un tintement, le miroir de la loge se fendille et je comprends que je suis allée trop loin. Cette petite voix dans ma tête qui tente désespérément de me pousser dans les bras d'Aaron se fait enfin entendre, et la mienne se fait suppliante lorsque je reprends entre deux sanglots.

« Pourquoi je ne t'ai pas retenu... ? C'était pas mieux ainsi, Aaron... C'était pas mieux ainsi... J'ai besoin de toi... »

Je ne tiens plus. La fatigue, la détresse, l'angoisse, tout ce poids a raison de mes frêles épaules et je me retrouve bientôt à genoux au milieu de la loge en train de sangloter. J'ai dit que je me sentais pathétique ? Je le suis.

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MessageSujet: Re: (Aaron) | Never knew I could feel like this   Jeu 18 Mai 2017 - 13:04

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Moira & Aaron



Le concert est magnifique. Il n’en doutait absolument pas, mais… Aaron est happé par l’orchestre, happé par le violon. Hypnotisé, fasciné, transporté. Il ne détache son regard de Moira que pour fermer les yeux et accorder autour de lui les émotions de ceux qui l’entourent à ce qu’il entend pour que l’harmonie soit complète. Ses mains tremblent, lorsque la dernière note vibre sur la scène, lorsque les applaudissements rugissent autour de lui. Autour d’elle. Pour elle, plus exactement. Un sourire fier, il heurte ses mains au rythme de l’ensemble des amateurs de musique, il a les yeux rivés sur Moira. Et il comprend, aussi, que ne pas venir aurait été une erreur qu’il ne se serait jamais perturbé. C’est mieux ainsi lui a-t-il dit à Noël. C’est mieux ainsi ce sont-ils dit. Une grosse erreur. Une bien trop grosse erreur, et ses pas précipités pour devancer la sortie de la salle de concert, ces pas qui le mènent vers les coulisses où d’une poignée de mots et d’une pensée, il ouvre devant lui les portes et les accès pour aller la voir. Aller la voir. Lui parler. Parce que ce n’est pas mieux ainsi. Et ce qu’il entend, lorsqu’il s’éloigne petit à petit de la masse grouillante, ces notes lentes et douloureuses qui lui vrillent les tympans de douceur et de tristesse le lui confirment à chaque pas un peu plus. S’il s’arrête, Aaron, ce n’est que pour mieux localiser sa loge. La loge de la soliste. S’il ralentit, c’est parce que cette tristesse à laquelle il a toujours été plus que sensible lui broie le cœur et qu’il doit lutter contre tous ses instincts pour la laisser intacte, pour ne surtout pas la toucher. Surtout pas la retoucher. User de sa mutation sur Moira, à cet instant, fausserait tout, absolument tout. S’il veut qu’ils parlent, il faut que ce soit de la manière la plus naturelle possible. Sans artifice. Sans ajustement. Sans rien. S’il veut qu’ils parlent, alors Aaron doit sortir de sa zone de confort et prendre les devants. Je suis désolé commence-t-il. Parce que, après tout, c’est le principal. Je suis désolé, Moira. De quoi est-il désolé ? De tout, de bien des choses, de tant de choses… à commencer par toutes les erreurs diplomatiques qu’il a pu commettre, ce fameux soir de Noël. Il a quarante-quatre ans, Aaron, et pourtant il fait des erreurs guère moins ridicules que celles qu’il reproche tous les jours à des pensionnaires de son orphelinat. Il a quarante-quatre ans, et pourtant il s’excuse d’avoir mis tant Moira que Celeste au pied du mur, d’avoir reculé également. C’est mieux ainsi, a-t-on jamais prononcé phrase aussi ridicule, aussi inadéquate que celle-là ? Il a dans la poitrine un poids de culpabilité qui lui déchire les entrailles. Il ne s’arrête pas dans ses excuses, prenant appui sur des inspirations, sur sa concentration, sur ces mélodies qu’il entend malgré tous ses efforts. Il parle sans s’arrêter, sans respirer, sans écouter malgré tout. Jusqu’à répéter qu’il est désolé. La crispation de Moira est évidente, son immobilité est éloquente, sa réaction, finalement… « Tais-toi... » Il serre les dents, ferme les yeux, ne les rouvre que pour les fixer sur Moira. Non il ne se tait pas, parce qu’il est désolé et que de cela, il est certain. La colère de la violoniste se détache clairement, comme un contre-chant, sur l’ensemble de ce qu’elle ressent à cet instant. Une colère mise en exergue par des larmes qui forcent le passage. Aaron fait un pas en avant par réflexe, se tétanise sous le « TAIS-TOI ! » qui le prend complètement au dépourvu. « Arrête... Tu ne peux pas te pointer ainsi, baisser les yeux et t'excuser... Tu ne peux pas, Aaron, si tu as un peu de respect pour moi... Arrête... » Il ouvre la bouche pour répondre, s’arrête in extremis. Du respect ? « Tu n'as pas le droit d'accuser ta fille et de tout lui mettre sur le dos, tu n'as pas le droit de dire que c'était notre relation, le problème... Si tu n'étais pas... Si tu n'étais pas lâche, Aaron, on n'en serait pas là ! » Le voilà qui serre à nouveau les dents, sent sa mâchoire se crisper sous les attaques, accusations que Moira lui envoie sans la moindre douceur. En mériterait-il de toute manière ? Certainement. Et certainement pas. Lâche. C’est un lâche. Et il ne peut le nier. « Tu aurais dû me retenir ! Tu aurais dû m'appeler ! Tu m'as laissée dans le silence ! Tu m'as laissée seule ! Tu m'as laissée croire que tout ça ne valait rien ! Que mes sentiments pour toi n'avait aucune valeur ! »

Il reste coi, Aaron. Il reste stoïque. Désemparé devant tant de vérité, devant tant de mauvaise foi, aussi. Devant tant de tristesse, de colère, devant cette chute brutale après un concert formidable, devant la tournure la discussion, devant cette gifle verbale qu’il vient de se prendre, à juste titre. Désemparé. Et silencieux. « Pourquoi tu... Pourquoi tu m'as abandonnée ? » Son cri le fait frémir, lui donne envie de faire volteface mais… mais Aaron a conscience, miraculeusement, que ce serait à nouveau être lâche. A nouveau lâcher prise. A nouveau l’abandonner. Pourquoi l’abandonner ? « Pourquoi je ne t'ai pas retenu... ? C'était pas mieux ainsi, Aaron... C'était pas mieux ainsi... J'ai besoin de toi... » Les yeux du directeur effleurent le miroir brisé, tombent sur une Moira dont les jambes ploient sous les sanglots. Il n’a pas réfléchi, il l’a saisie par les épaules pour mieux la relever, l’enlacer, sans parler. Muet. Pour le moment. Pourquoi l’a-t-il abandonnée ? Il ne l’a pas abandonnée, tente-t-il de se déculpabiliser. Ils en ont parlé comme deux adultes raisonnables, ont convenu l’un comme l’autre que c’était mieux, mieux ainsi. Sauf que… Il prend son inspiration. Lâche, il est lâche. Et il le sait. Il ne le sait que trop bien, même. Mais que peut-il répondre à ça ? La tentation de jouer avec les émotions de Moira pour la rendre plus attentive, plus perceptive est grande, très grande. Pour la dissiper, Aaron fait la seule chose qu’il lui soit possible actuellement, la première chose à laquelle il puisse penser. Ses mains encadrent le visage de Moira pour l’embrasser, doucement, répéter un « On est bien d’accord, c’était pas mieux ainsi » avant de l’embrasser une seconde fois. Si tu n’étais pas lâche, Aaron, on n’en serait pas là « Je suis désolé, Moira. J’ai pris… on a pris la mauvaise décision. Je ne t’ai pas abandonnée, je ne voulais pas abandonner… » Quelques minutes plus tôt, il aurait pu s’énerver à son tour, lui dire très sèchement qu’il fallait qu’elle comprenne que face à Celeste, par respect pour Chiara, elle sera toujours perdante. Quelques minutes plus tôt, devant la colère de Moira, Aaron a failli partir, réagir vivement, s’énerver à son tour, participer à une escalade dangereuse. Mais il doit bien se l’avouer, la voir céder, craquer, flancher…

Aaron cherche ses mots, lorsqu’il prend Moira par les épaules pour la redresser, lorsqu’il tient son menton pour lui faire lever les yeux avec douceur. « Tu m’avais invité. J’ai hésité à venir. On m’a rappelé que je… même si je m’y suis très mal pris à Noël, ce n’est pas une raison pour tout foutre en l’air, pour baisser les bras, et… » Il prend son inspiration. « Je t’aime. Je te l’ai dit, je le pense… il n’y a aucun doute là-dessus dans mon esprit. » Ses émotions gagnent tant en puissance qu’il en vient à se dire qu’elle ne peut que les entendre, elle aussi. « Je ne peux pas le garder pour moi, on me l’a rappelé tout à l’heure. Alors oui, ce n’était pas mieux ainsi, ce… ça n’a servi à rien. Ni à toi, ni à moi, je pense. » Il déglutit, les yeux rivés sur elle, la suppliant du regard de ne pas l’interrompre. « J’ai réfléchi, dans l’avion. A Noël, j’ai cru que j’avais l’obligation de choisir entre ma fille et toi, et comprends s’il te plaît que Celeste… Mais en fait, j’en viens à me dire que je ne veux pas renoncer à toi, à nous deux. Je ne veux pas non plus briser ce qu’il reste entre Celeste et moi. Alors j’imagine… que si tu veux… si tu le veux encore… on peut retenter le coup. Sans… » Aaron s’éloigne, conscient que toute colère, explosion de Moira serait justifiée après ce qu’il va dire. Ce qu’il finit par dire. « Sans aller trop vite. Sans… sans que ces deux facettes de ma vie ne se rejoignent, dans un premier temps. » En se cachant.


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Je crois que vous êtes faits l'un pour l'autre Et nos différences ? Au premier coup d’œil, la serrure et sa clé paraissent très différents. Pourtant, un examen approfondi lui révélera que sans l'une, l'autre devient inutile. L'homme averti voit alors que la serrure et la clé ont été créées dans un même dessein. •• ALASKA (sanderson)

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MessageSujet: Re: (Aaron) | Never knew I could feel like this   Ven 19 Mai 2017 - 1:05

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Sa vision m'est douloureuse, le son de sa voix plus encore. Je n'ai qu'une envie, me réfugier dans ses bras, m'abandonner à son étreinte et m'oublier contre lui. L'écouter me murmurer tout ce qui lui passera par la tête, m'enivrer de son odeur et surtout m'accrocher à lui comme à la plus indispensable des bouées de sauvetage qui soit. Aaron n'a pas l'air de véritablement comprendre pourquoi je me mets dans cet état et... Quelque part, c'est compréhensible. Il ne sait rien de ce qu'il s'est passé depuis Noël, quand Artur est venu me demander de l'aide avant de me cracher sa haine au visage, pas plus qu'il ne sait qu'en ce moment-même, je me fais un sang d'encre pour Aspen et Marius. C'est un tel fouillis d'émotions plus vives les unes que les autres qui me remue les entrailles que j'en ai la nausée. M'est avis qu'avec sa mutation, Aaron ne doit pas être ravi de se trouver à proximité de moi. Je me sens bête de me mettre dans des états pareils et pourtant... Depuis que j'ai retrouvé Aaron, je m'autorise enfin à vivre pour moi et non plus à travers les regrets et une vengeance stérile. Je réapprends à aimer et tous les petits plans débiles que j'ai pu m'imaginer me semblent bien futiles et irréalisables. Je me sens tout simplement bête de nous avoir imaginé main dans la main en train de visiter je ne sais quelle capitale du monde, mangeant une glace sur une place méditerranéenne, gravant de beaux souvenirs dans nos cœurs et à la surface satinée d'un papier photo. Je nous ai même imaginé parents, et rien que d'y songer à nouveau, j'ai envie de rire. Franchement, Moira... Au bout de six mois, songer à ça... Il fut une époque où ce genre de chose ne m'aurait pas effleuré l'esprit avant que nous ayons passé au moins quatre ou cinq ans ensemble. Aujourd'hui, les choses sont différentes, et j'ai compris de la façon la plus barbare qui soit que la vie était trop courte pour attendre. Mais maintenant ça n'a plus d'importance. Tout ça ne compte plus parce que si les sentiments restent, notre relation est brisée et révolue. J'ai presque envie de lui demander s'il est venu pour me torturer davantage, mais j'ai la certitude de lui avoir déjà fait assez de reproches comme ça. La seule chose dont je lui suis reconnaissante, c'est de me laisser cracher la bile qui depuis trop longtemps me chatouille la gorge et ce, sans prononcer un mot ni tenter de modifier mes sentiments. Ils sont toujours aussi tempétueux et chaotiques, intouchés, et mon regard se teinte alors de reconnaissance. Je n'ai pas besoin qu'il m'aide à aller mieux avec ce genre d'artifice, j'ai juste besoin qu'il soit là. Pourquoi je ne l'ai pas retenu ? Pourquoi j'ai la première admis que c'était mieux ainsi ? Pourquoi j'ai en vain attendu qu'il revienne alors que j'avais semé les graines de toute cette mascarade ? Il n'y a pas un fautif, dans l'histoire, mais deux.

A genoux au sol, je sanglote bêtement, comme un petit animal blessé, et me ses d'autant plus ridicule que je n'arrive pas à m'arrêter. C'est nerveux, ces larmes que j'ai longtemps contenues m'aident à détendre mes muscles endoloris. Une partie de moi a envie de lui hurler de s'en aller mais l'autre, tenace, ne rêve que d'une chose : qu'il me prenne dans ses bras et me promette de ne plus jamais me laisser comme ça. C'est égoïste et je le sais, mais je n'ai plus la force de me comporter autrement. Je me contenterais d'une main sur l'épaule, d'un geste, n'importe quoi... Mais lorsqu'il s'agenouille près de moi et prend mon visage entre ses mains, son baiser me prend au dépourvu. Ses lèvres m'ont manquée, ses mains plus encore, mais lui, toute sa personne, tout ce qu'il est, il n'y a pas de mot. Ma main vient s'agripper sur la veste de son costume, mes lèvres cherchent les siennes et je refoule les derniers sanglots qui m'agitent les épaules.

« C'était la pire des décisions... », je marmonne en hoquetant.

Bon sang que je me sens bête, tiens... Il m'aura vue dans tous les états, le pauvre ! Il aurait pu m'envoyer bouler, me traiter de drama queen et me dire de l'oublier définitivement et ça, je crois que je n'aurais pas pu le supporter. Inconsciemment, j'ai attendu son retour pendant des jours, des semaines, même. S'il était revenu pour me dire de faire une croix sur son amour, il serait ressorti de cette loge avec un sévère mal de crâne et des acouphènes pour la semaine à venir car j'aurais perdu mes moyens et perdu le contrôle de ma mutation, inévitablement. Mais rien de tout cela ne s'était passé et je préférais ne même pas l'imaginer. Aaron était là, m'aidant à me relever et à lever la tête vers lui. J'ai le cœur qui bat à tout rompre lorsque mes yeux détaille chaque trait de son visage par peur qu'il ne m'échappe à nouveau. Il est beau, dans son costume, et il me fait sourire lorsque je comprends qui est l'adorable petite fée qui l'a poussé à venir. Mon sourire se fait plus espiègle tandis que ma main cherche la sienne pour s'y nicher.

« Aah... Sofiane... Que ferait-on sans lui, n'est-ce pas ? »

Mais à peine ai-je le temps de prononcer ces quelques mots qu'il réitère ses sentiments à mon égard, faisant battre mon cœur un peu plus fort encore dans ma poitrine. J'ai envie de répondre, de lui dire que moi aussi je l'aime, mais non seulement les mots restent coincés dans ma gorge, mais je vois à son regard qu'il a encore des choses à me dire. Je reste silencieuse, attentive à chaque mot et me contente de hocher la tête pour l'encourager. L'espoir enfle en moi, cristallisé par ce besoin que j'ai d'être à nouveau avec lui, mais le nom de Celeste vient rapidement assombrir le tableau. J'en ai vu, des films où c'est une femme qui se dresse entre les deux héros mais cette fois, c'est la fille et ça, je ne peux rien contre. Celeste peut tout à fait ruiner les efforts de son père et les miens par... Egoïsme ? Peur d'être abandonnée ? Je n'en sais trop rien, finalement, mais je sais en revanche que la colère enfle en moi et que je la sens prête à exploser. Aaron aussi doit la sentir, puisqu'il s'éloigne de moi. Après quelques instants de silence, je me rassérène et soupire, résignée.

« D'accord. Faisons un essai comme ça, en ne précipitant pas les choses avec ta fille. Mais ne crois pas que je vais accepter ça sans rien dire, Aaron. Ce n'est pas seulement pour moi, que je vais te dire tout ça, c'est aussi pour toi. J'ai vécu le veuvage et je le vis encore, je sais exactement ce que tu ressens, à une différence près, puisque je n'ai pas d'enfant. Celeste n'a pas à t'interdire d'être heureux en amour, même si c'est difficile à comprendre pour elle étant donné son jeune âge. Je ne la blâme pas, j'aurais réagis de la même manière à sa place. »

Si à dix-sept ans mon père avait tenté de remplacer ma mère, je lui aurais mené une guerre sans merci pendant un bon moment... Légèrement titubante, je me dirige vers la table sur laquelle j'ai posé mon violon et commence à détendre les crins de l'archet pour ranger l'instrument dans son étui. Je finis par me tourner à nouveau vers Aaron.

« Faisons un deal, tu veux bien ? Je vais... Tenter de parler avec Celeste, pas forcément de nous, mais simplement de discuter avec elle. Elle a peut-être du mal à se confier à toi parce que tu es son père et qu'elle a peur de te décevoir, alors je veux bien essayer. Mais je veux que tu me promettes une chose en échange. Qu'avant mes 31 ans tu lui aies parlé et tenté d'apaiser les choses, d'accord ? Ça t'obligera à te souvenir de la date de mon anniversaire ! »

Je le gratifie d'un sourire qui se veut amusé et referme l'étui du violon. Je n'ai pas l'intention de passer six mois à l'attendre et j'espère qu'il aura parlé à sa fille avant ça mais... Après tout, je peux bien lui faire confiance. Lorsqu'un frisson me parcourt l'échine, j'attrape ma veste et l'enfile en maudissant le peu d'épaisseur de tissus qu'il y a sur ma robe.

« Alors on est d'accord ? On refait une tentative ? »

Mon cœur bat à tout rompre alors que j'attends sa réponse, et je tente de me convaincre que mes conditions sont bien raisonnables comparé à ce que j'aurais pu lui demander. J'aurais très bien pu refuser en bloc tout ce qu'il m'a demandé, mais je peux bien accepter de me cacher quelques temps si ça peut nous permettre d'être heureux après.

« Et... Le concert t'a plu ? » demandé-je d'une voix timide en quête d'approbation.

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MessageSujet: Re: (Aaron) | Never knew I could feel like this   Mar 23 Mai 2017 - 20:57

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Pourquoi tu m’as abandonnée ? La mauvaise foi d’Aaron veut lui hurler qu’ils se sont abandonnés l’un l’autre, d’un commun accord, qu’ils sont deux à avoir décrété que ce serait bien mieux ainsi. La mauvaise foi d’Aaron le supplie de ne pas tenir compte de ce qu’il entend, d’ignorer ce qu’elle lui dit, d’ignorer ce qu’elle ressent et de ne se concentrer que sur l’injustice de cette situation, de cette situation où elle lui en veut et où il ne serait, toujours selon sa mauvaise foi, coupable de rien si ce n’est d’avoir été, à un moment donné, d’accord avec elle. Mais la mauvaise foi d’Aaron n’a jamais été prédominante chez lui. Présente, oui. Avec un droit à la parole, oui. Mais bien moins marquée que son déni, bien moins marquée que sa lâcheté, bien moins marqué que tout ce maelstrom d’émotions dont il est l’épicentre, constamment, titillé par les concertos des uns et les symphonies des autres, tiraillé entre la vie de tous ceux qui l’entourent, leur histoire et leurs émotions les plus inavoués, tiraillé entre tout ça et ce qu’il ressent lui. Pourquoi l’a-t-il abandonnée ? Parce qu’il a saisi la solution de facilité dès qu’elle a eu le malheur de passer à porter de ses mains tremblantes, parce qu’elle lui a tendu une perche et qu’il a été trop lâche, parce qu’il l’a attrapée pour ne pas avoir à se battre. La vérité, c’est qu’Aaron n’a pas vraiment abandonné Moira. Il a juste décidé de ne pas se battre. D’accepter. De ne pas s’écouter et de s’enfermer dans la certitude qu’en effet, ce serait mieux ainsi; mieux pour elle, mieux pour Celeste et surtout mieux pour lui. Oh oui, mieux pour lui.

Bêtise. Idiotie. Moira n’a pas tort, elle a besoin de lui, il a besoin d’elle et il le sait. Ce n’était pas mieux ainsi, c’était pire. Et lorsqu’il la prend dans ses bras, lorsqu’il laisse tomber ses réserves, lorsqu’il ignore leur treize ans d’écart, lorsqu’il ignore la coère de sa fille et se décide à écouter son coeur et son meilleur ami, lorsqu’il enlace Moira, il se rend compte qu’en effet, ce n’était pas mieux ainsi, c’était pire, mille fois, pire. Qu’il avait enfin redécouvert un soleil et que volontairement, il s’était débrouillé pour l’éclipser. Et qu’à présent, il s’y consume, à ce soleil. Il se consume, aux larmes de Moira. Il se consume, à ses mélodies assourdissantes qu’il se retient de retoucher, d’apaiser, de modifier par respect pour elle, par respect pour sa colère, par respect pour son inquiétude, par respect, aussi, pour tout ce qu’ils tentent de construire ensemble. Parce qu’il y a encore quelque chose à construire, n’est-ce pas ? Leurs lèvres se rejoignent, il a pris l’initiative, il veut la retrouver, Aaron, il la cherche et veut se faire pardonner. Il sait pourquoi il est là, Aaron. Il sait pourquoi il est là, il sait pourquoi il a mal, il devine pourquoi elle a mal et les mains de Moira agrippées à son costume, lui prouvent qu’il ne se trompe pas. Il se consume au contact de Moira, parce que sa solitude s’évapore, parce que la chaleur est si forte qu’il s’y brûle, qu’elle est un brasier dans sa poitrine, un brasier nourri d’un veuvage de plus de dix ans, d’un rejet de quelques mois, d’une distance insupportable, un brasier nourri par la colère de Moira, aussi. Par sa colère et ses larmes, par l’impudence de leurs émotions et leur chaos à chacun, qu’il entend, qu’il ne peut qu’entendre, qu’il est incapable d’ignorer. « C'était la pire des décisions... » Aaron la tient dans ses bras. « On est bien d’accord » marmonne-t-il en retour, tout en se rendant compte de ce qu’il font. Tout en peinant à se rendre compte de ce qu’ils font, de ce qu’il fait, de ce qu’il est en train de provoquer. « Aah... Sofiane... Que ferait-on sans lui, n'est-ce pas ? » Il secoue la tête. Sans Sofiane, Aaron continuerait à se fourvoyer, à opter pour la facilité, la sécurité et la tristesse. Sans Sofiane, Aaron ne serait pas là. Donc sans Sofiane, la réponse est relativement simple, ils ne feraient rien.

Et Aaron ne dirait rien. Je t’aime. Les mots ne lui échappent pas, non. Il les assume. Il a déjà aimé, Aaron, il sait ce que ça fait de chercher la personne, de penser à elle et de la retrouver dans absolument tout, absolument rien. Il a déjà aimé, Aaron, et il réapprend à aimer, à se rendre compte qu’il peut encore aimer. Qu’il peut à nouveau se remettre à aimer, et que ce n’est pas mal. Je t’aime, il pense chacune de ces syllabes, et cette fois, l’alcool n’est pas là pour le rendre hésitant, incertain et hébété. Il a cru, après la déroute du soir de Noël, qu’il avait à choisir entre Celeste et Moira. Il a cru qu’il avait à choisir, immédiatement.

Et là, les yeux plongés dans ceux de Moira, il se rend compte qu’il ne veut pas choisir. Tout simplement. Qu’il est lâche, toujours lâche, que sa solution, sa solution de séparer dans un premier temps les deux facettes de sa vie qui n’arrivent pas à se concilier, est la meilleure. Pas la seule, non, mais la meilleure. Il l’aime, mais lorsqu’il entend sa colère enfler, Aaron se rend compte qu’il a encore bien du chemin à parcourir. Qu’il a encore bien des choses à réapprendre. Qu’il s’y prend mal, aussi. « D'accord. » Le directeur est incapable de retenir un soupir de soulagement. Un soupir angoissé. Parce qu’il pressent, et à juste titre, que ce d’accord ne restera pas solitaire. « Faisons un essai comme ça, en ne précipitant pas les choses avec ta fille. Mais ne crois pas que je vais accepter ça sans rien dire, Aaron. » « Je m’en doute bien » acquiesce-t-il, non sans une certaine appréhension. Il a le visage grave, Aaron. Il est tendu. Ce sont deux adultes, deux adultes qui savent ce qu’ils ressentent l’un pour l’autre, malgré la différence d’âge, malgré leurs parcours chaotiques, malgré leurs vies, faites de hauts et de bas, malgré leurs défauts. Alors pourquoi les choses sont elles si délicates entre eux ? « Ce n'est pas seulement pour moi, que je vais te dire tout ça, c'est aussi pour toi. J'ai vécu le veuvage et je le vis encore, je sais exactement ce que tu ressens, à une différence près, puisque je n'ai pas d'enfant. » Un clignement d’oeil, Aaron tique. Il ne sera pas injuste au point de rétorquer à Moira qu’il est bien présomptueux de sa part que d’affirmer y connaître quelque chose au veuvage, mais une part de lui n’en pense pas moins. La part de lui qui aurait aimé rencontré Moira à trente ans. La part de lui qui l’a attendue onze ans. La part de lui, pétrie des émotions qu’il entend chez les autres. La part de lui qui le contraint à, bien plus que Moira ne peut le comprendre, savoir exactement ce qu’une autre personne ressent. Il n’est pas, empathe, Aaron, pas au sens transmutant du terme, mais il s’en approche. Excessivement. Et Moira, même si elle pense savoir ce qu’il ressent… et bien… il doute, il doute vraiment que ce soit le cas. Mais il ne peut pas se permettre de le lui dire. Les choses sont déjà bien trop compliquées entre eux. « Je sais. » Les choses sont déjà bien trop fragiles entre eux. Ils marchent en équilibre, Aaron le sent, Aaron l’entend. Ce son, lancinant, en fond. Ce son, angoissant, qui est discret mais néanmoins présent, qui teintent leurs émotions à tous les deux d’une tension qui ne peut être ignorée. «  Celeste n'a pas à t'interdire d'être heureux en amour, même si c'est difficile à comprendre pour elle étant donné son jeune âge. Je ne la blâme pas, j'aurais réagis de la même manière à sa place. » Une tension sous-jacente. Le problème ne vient pas de leur différence d’âge. Il ne vient pas de leur nature transmutante. Il vient de Celeste.

De sa fille. Aaron la laisse se décaler, sans un mot. Bien sûr que Moira comprend, qui ne peut pas se projeter dans la situation de sa petite fille. De sa petite Celeste. Vaccinée, orpheline de mère, déjà abandonnée par son père pendant trop de mois, pendant presque un an. Il ne peut pas la trahir. Mais il ne veut plus repousser Moira.

Aaron regarde Moira faire. Sans un mot. Il sent qu’il ne va pas aimer la suite, il entend qu’il ne va pas apprécier ce qui va suivre. Mais, en même temps, il ne veut pas tout gâcher. Il ne veut pas tout ruiner. Est-il égoïste ? Est-il lâche au point de mentir, au point de se mentir, pour préserver un soupçon de bonheur, pour conserver entre ses mains cette flamme qui le brûle, qui le consume et qu’il n’ose plus éteindre après avoir trop longtemps osé la rallumer ? Quelque chose lui souffle qu’il va bientôt le savoir. Et dès les premiers mots, Moira le lui confirme. « Faisons un deal, tu veux bien ? » Il hoche légèrement la tête. Un deal. « Je vais... tenter de parler avec Celeste, pas forcément de nous, mais simplement de discuter avec elle. » Doit-il lui dire maintenant qu’actuellement, discuter avec Celeste revient à souhaiter faire la conversation à un cactus ? « Elle a peut-être du mal à se confier à toi parce que tu es son père et qu'elle a peur de te décevoir, alors je veux bien essayer. » Il n’est guère convaincu le père, mais son manque de foi n’est pas omniprésent au point qu’il veuille dissuader Moira de tenter d’engager un dialogue avec sa fille. « Pourquoi pas… j’imagine que ce ne sera pas pire qu’avec moi... » Difficile, en effet, de faire pire qu’un gouffre de colère. «  Mais je veux que tu me promettes une chose en échange. Qu'avant mes 31 ans tu lui aies parlé et tenté d'apaiser les choses, d'accord ? Ça t'obligera à te souvenir de la date de mon anniversaire ! » Son sourire effleure les lèvres d’Aaron, ne parvient pas à en créer un. Il ne parvient qu’à former une boule angoissée dans l’estomac du directeur.

Parler à Celeste, arranger les choses, tenter d’arranger les choses, il le veut, il le désire de tout son coeur, mais… tenter d’arranger les choses serait déjà bien plus simples s’il savait comment s’y prendre. Il a le regard fuyant, un regard qui poursuit le miroir fendillé. Un regard renvoyé par son reflet déformé. « Alors on est d'accord ? On refait une tentative ? » Un regard qui se repose sur Moira. Un regard qui sourit. Prend sur lui. Bat à tout rompre dans sa poitrine lorsqu’il prend conscience de ce qu’il risque de perdre, de ce qu’il a la chance de gagner. Pourquoi l’a-t-il abandonnée, la première fois ? Parce qu’il a été lâche, parce que c’était plus simple. Mais ce n’était pas mieux ainsi. Parfois, le mieux demande un sacrifice, parfois, le mieux demande du courage. Parfois, souvent, le mieux demande de prendre sur soi. Aaron lui tend la main, son sourire hésite, bascule, s’affirme. « Promis, je lui parlerai. » Ses doigts s’entremêlent à ceux de Moira, l’aident à passer sa veste sans qu’elle n’en ait besoin, juste pour bouger, juste pour être là. « Je ne veux pas t’abandonner, Moira, je ne veux pas nous abandonner. » Son sourire s’affirme, teinte ses yeux de malice, le rajeunit, très certainement, de quelques années. « Alors on est d’accord, on refait une tentative. Et cette fois, je ne te lâche pas. » Et de cela, il en est certain. Il est déterminé à ne plus la laisser partir.

Comment pourrait-il, en même temps ? Moira, ça fait des années qu’il la connaissait, ça fait quelques mois qu’il la redécouvre. Ca fait quelques mois qu’elle se dévoile, qu’elle s’épanouit, qu’il l’entend surmonter sa mélancholie, qu’il l’entend se battre. Comment pourrait-il refuser de se battre pour elle ? Il a envie de l’embrasser, il a envie de la faire rire, il a envie de glisser ses doigts sur sa joue, de remplacer derrière son oreille une mèche rousse. « Et... Le concert t'a plu ? » Et cette question… cette question brise le peu de réserve qu’Aaron pouvait encore avoir, des réserves déjà piétinées par ledit concert. « Honnêtement ? » Il ouvre la porte de la loge. « J’ai trouvé l’orchestre assez exceptionnel. » Un petit ton badin. « Le chef d’orchestre m’a plutôt impressionné aussi. » Dans sa poche, son portable vibre et Aaron n’a pas besoin d’être devin pour en connaître le contenu. Ca se passe bien, signé Sofiane, très certainement. Si ça se passe bien, mieux qu’il n’aurait pu le penser.« Quant à la salle, pfiou, je n’étais jamais venu ici, je doute y remettre les pieds un jour, mais… et bah… c’était vraiment sympa. » Aaron éviterait-il, par hasard, de mentionner celle qu’il n’a pas cessé un seul instant de regarder pendant tout le concert, et celle, aussi, qu’il a applaudie plus que tout le reste ? « Mon seul regret, ce serait de ne pas pouvoir proposer à la soliste, la violoniste, d’aller boire un verre, manger si elle a faim, maintenant. Elle était plutôt douée, la petite, très, très prometteuse. »





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MessageSujet: Re: (Aaron) | Never knew I could feel like this   Jeu 8 Juin 2017 - 23:53

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J'ai bien conscience d'être ridicule, de m'emporter, de laisser l'hystérie s'emparer de mon corps pour mieux guider mes gestes et mes paroles. Trop d'événements violents et de mauvaises nouvelles sont venues se superposer ces derniers temps, et les faibles remparts de résistance que je suis parvenue à ériger en moi cèdent les uns après les autres sans que je tente un seul instant de les consolider. Il n'y a que deux hommes sur Terre à qui j'ai accordé suffisamment longtemps ma confiance pour en tomber amoureuse. L'un a été tué d'une horrible façon, l'autre se tient devant moi, me suppliant de recoller avec lui les morceaux d'une histoire trop vite entamée, trop vite terminée. Il m'est impossible de mettre des mots sur ce que je ressens à cet instant, car le capharnaüm d'émotions qui m'envahit m'est tout aussi lourd à porter qu'il doit être désagréable à ressentir pour Aaron. Tout était pourtant si parfait, il y a quelques mois... Un homme sérieux, doux et aimant, que je m'attachais à sauver de l'alcool, un mutant que je n'aurais pas eu peur de présenter à mon antipathique paternel mais que j'aurais tenu loin de mon frère autant que possible... En novembre 2015, Aaron était la personnification de cet espoir que je n'attendais plus, la bonne étoile indispensable à ma vie, en décembre 2015... Il était celui qui brisait tous mes rêves d'avenir et mettait en pièces ce que nous avions construit d'une simple phrase. C'est mieux ainsi. Phrase reprise en écho après que je l'ai prononcée en espérant qu'il me contredirait. Il m'est si douloureux de le voir face à moi sans pouvoir me réfugier dans ses bras ou lui mettre une claque ! Artur me hait, Aaron. Artur me déteste au point de vouloir me tuer, mon père a fuit pour ne pas affronter la honte que nous représentons pour lui, Marius m'esquive, fuit mes questions et ma sollicitude, mon meilleur ami refuse de se confier à moi, sais-tu combien je souffre de tous les voir me tourner ainsi le dos ? Non tu ne le sais pas. Car je ne te l'ai dis. Parce que tu n'étais pas là. Et que je n'ai pas cherché à te retenir. Au final, j'ai beau l'accabler et lui faire tous les reproches, nous sommes aussi coupable l'un que l'autre. Toute cette culpabilité me tombe sur les épaules à l'instant où mes genoux ploient sous mon poids, et c'est telle une poupée de chiffon que je me laisse tomber au sol. Pathétique, Moira, pathétique... Trop de choses m'ont brisées ces derniers mois, trop d'éléments, d'événements et de paroles qui ont martelé mon orgueil et ma volonté pour faire de moi cette créature gémissante et terrifiée que j'exècre tant. La vérité, c'est qu'Aaron n'a pas connu l'ancienne Moira. Celle qui avait juré de faire la peau au hunter responsable de la disparition de William, celle qui n'aurait reculé devant rien, celle qui n'avait encore ni connu la peur ni une mort quasi certaine. Aurais-tu aimé cette Moira, Aaron ?

Alors que je m'apprête à relever les yeux pour chercher dans les siens la réponse à cette question informulée, je sursaute en sentant ses doigts froids encadrer mon visage. Docile, je le laisse faire, cherchant son regard à travers les larmes qui floutent ma vision. J'ai presque l'impression d'être au cœur d'un cauchemar injuste créé de toutes pièces par mon cerveau et pourtant, lorsque ses lèvres effleurent les miennes, je suis sûre d'une chose : ça n'est ni un cauchemar, ni une illusion. Incapable de faire le moindre geste, je me laisse faire, gouttant simplement à ce don qu'il a pour m'apaiser. Nul besoin de mutation, ses gestes sont un baume appliqué sur mes blessures. Il est resté, il ne m'a pas tourné le dos. Pourtant il aurait pu, c'est certain ! Il aurait pu répondre à ma colère par la colère, partir en claquant la porte, et j'aurais alors été responsable de notre rupture définitive, mais il est resté. Il s'est montré plus fort que je ne le serais jamais, et c'est de toute cette force que j'ai besoin pour me relever alors que mes genoux tremblent. C'est de toute cette énergie que j'ai besoin pour rester droite, stoïque et imposer des limites que je refuse de le voir franchir. Sans tout ça, je me serais écroulée en silence dans ses bras et lui aurais tout pardonné avec la faiblesse dont je fais preuve depuis des mois. Il le dit lui-même, il se doute bien que j'ai des conditions et que celles-ci risquent de lui faire grincer les dents. Je me lance, ignorant l'agacement qui abîmes ses traits l'espace d'un instant, dédaignant ce rictus figé qui fait écho à une comparaison maladroite de ma part, et impose tout simplement ce qui me semble nécessaire : que Celeste ne soit plus un argument pour mettre en pièces notre couple, et qu'Aaron se charge de lui déblayer le terrain car je n'aurai pas la patience d'attendre une année de plus.

Il pourrait y en avoir des dizaines, des obstacles entre nous : nos treize ans de différence, nos professions trop éloignées, nos vies respectives, notre nature de mutants... Mais rien de tout ça ne me fait peur. Je ne crains qu'une chose : le rejet définitif d'une gamine qui semble m'avoir assimilée à une voleuse et une mégère. Un léger sourire se dessine sur mes lèvres tandis que je tends la main vers la joue d'Aaron.

« Nul ne peut prétendre être dans la tête de ta fille, Aaron. C'est une adolescente qui traverse quelques unes des étapes les plus cruciales de son existence, et ce qui peut nous paraître futile à notre âge est important pour elle. Je veux lui faire comprendre que... Je ne prétendrai jamais remplacer sa mère. Et je ne veux pas la mettre à l'écart non plus. »

Faire une place à Celeste tout en ne commettant pas l'erreur de jouer les mamans poules, ça me semble pour l'heure insurmontable et pourtant, il va bien falloir que je me fasse violence. Alors je chasse rapidement l'ombre de l'adolescente du tableau idyllique que nous semblons former, mets de côté le ressentiment que j'éprouve malgré tout à l'égard d'Aaron pour son manque de franchise et sa couardise, et me contente de hocher la tête lorsqu'il me promet de parler à sa fille. J'ai envie de le croire, de me persuader qu'il va commencer dès notre retour à Radcliff à mettre les choses au clair avec Celeste, mais une petite voix défaitiste dans ma tête m'affirme qu'il va repousser l'échéance jusqu'à se retrouver dos au mur.

« Personne n'abandonnera personne, d'accord ? A partir de ce soir, on reprend tout. »

J'ai vraiment envie de croire en tout ça, en un nous que nous méritons tous les deux et qui se doit d'exister. Je n'ai qu'à lui faire confiance, à fermer les yeux et à le laisser me guider sur ce chemin que nous allons désormais emprunter ensemble, mais c'est plus fort que moi, je ne peux m'empêcher d'avancer à tâtons tout en gardant les yeux à moitié ouverts pour ne pas trébucher une fois de plus. Ma pleine et entière confiance, Aaron va devoir la gagner à nouveau. Alors, plutôt que de me poser davantage de questions, je décide de profiter de l'instant présent en lui demandant comment il a trouvé le concert. Si je n'ai jamais douté de mes capacités de musicienne, j'ai toujours craint le regard que l'on pouvait porter sur moi lors d'un concert. J'ai toujours pris la critique comme une atteinte à mon travail, tout en sachant pertinemment que c'est idiot de réagir ainsi. Pourtant, je me souviens encore des premiers mots que William m'a adressés : « Quel dommage qu'un habile mouvement de poignet comme le vôtre soit terni par une tenue d'archet aussi haute ! » Au mot prêt, et je me souviens encore de ce petit sourire en coin qu'il a eu tandis que ses camarades de pupitre retenaient leur souffle en attendant de me voir exploser. Inutile de dire qu'étant donné les mois qui ont suivis, je ne lui ai pas tenu rigueur de ces mots un tantinet déplacés. Aussi, je sais que si Aaron est déçu du concert pour une raison ou une autre, je ne lui en voudrai pas. Je serai simplement peinée de n'avoir pu totalement combler ses oreilles de mélomane.

Je suis dans l'attente, curieuse, et je le sens qui joue avec mes nerfs. L'orchestre exceptionnel, oui mais encore ? Le chef impressionnant ? Pourquoi pas. Et la... Salle ? Il joue avec moi, l'idiot, et je m'impatiente bien qu'un sourire amusé se dessine sur mes lèvres.

« Et il n'y a que ça, de vraiment sympa ? Le confort des fauteuils et le clown qui s'excite devant les musiciens ? » je demanda avec un sourire.

J'ai à peine fini qu'il répond, sur le même ton amusé qu'auparavant. Je retrouve l'homme qui me fait sourire, qui m'arracha un rire même quand ça ne va pas, celui qui n'a pas besoin de se mettre à genoux pour chanter une sérénade à la gloire d'une pseudo virtuosité mécanique dont j'aurais fait preuve pendant le concert... Un homme qui me connaît suffisamment pour pouvoir user d'humour en me faisant comprendre que le concert lui a plu. Séchant mes dernières larmes, j'éclate de rire et lui plante un doigt entre les côtes.

« Idiot... Tu as de la chance, la violoniste meurt de faim et ne dirait pas non à un verre pour faire passer les émotions. »

Mes doigts se glissent sous le col de la veste de son costume et je l'attire à moi, prenant les devants pour cette fois l'embrasser et ne plus simplement me laisser faire. Redressant la tête, je me mordille la lèvre en lissant son nœud papillon.

« Je ne sais pas si on vous l'a déjà dit, monsieur Trager, mais ce costume vous va à ravir. Oh mais j'y pense ! »

Virevoltante comme un feu follet, me voilà déjà à l'autre bout de la loge, farfouillant dans une valise bien mal rangée et à l'image de mon moral ces derniers temps. Je peste pendant trois bonnes minutes contre mon incapacité à être ordonnée ou à savoir ce que je fais de mes affaires, pour finalement extirper fièrement de sous un jeans une petite enveloppe légèrement chiffonnée et ornée d'un nœud doré. Je me redresse, m'approche d'Aaron et lui tend l'enveloppe avec un petit sourire gêné.

« Désolée, ça fait un moment que je la promène dans mes affaires... En fait, depuis notre première soirée films. »

Laissant Aaron déballer le petit paquet, je ne peux m'empêcher de commenter ce qu'il a sous les yeux, comme s'il n'était plus capable de lire tout seul.

« C'est une carte d'abonnement pour le cinéma de Louisville. Tu as un accès illimité à toutes les séances, des avant première VIP, des réductions sur les confiseries... Et ça dure un an. Ah et... Tu peux inviter la personne de ton choix, si jamais tu veux aller au cinéma avec Celeste ou... Ou quelqu'un d'autre, 'fin... Hem... Joyeux anniversaire, Aaron. »

Avec le recul, je le trouve presque banal et sans personnalité, ce cadeau. Dire que sur le coup ça me semblait être une bonne idée... Je me tortille les doigts, les passe dans mes cheveux et finis par aller récupérer mon violon, mes partitions et ma valise. J'ai l'impression d'oublier quelque chose, mais quoi ? Le concert, c'est fait, les retrouvailles mouvementés aussi, le cadeau c'est bon... On est le 14 février, voilà ce que j'oublie. C'est la Saint-Valentin...

« On... On y va ? Où est-ce que tu m'emmènes ? »

A peine ai-je ouvert la porte de la loge que nous nous retrouvons nez à nez avec deux altistes à l'air soucieux, qui semblent s'étonner de me voir prendre la main d'Aaron quand, cinq minutes plus tôt, on m'entendait encore hurler à l'autre bout du théâtre. Non décidément, ça fait beaucoup d'émotions pour une seule et même soirée... Et elle n'est pas terminée. J'ai beau me persuader que tout rentre dans l'ordre, je ne me peux m'empêcher de me dire que cette soirée peut bien se finir comme très mal.

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MessageSujet: Re: (Aaron) | Never knew I could feel like this   Jeu 22 Juin 2017 - 23:39

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Moira & Aaron



Ment-il ? Aaron lui-même l’ignore. Il ignore si promettre quelque chose qu’il n’est pas certain de faire, qu’il doute, même, de réussir à faire, est un mensonge. Il ignore si regarder Moira dans les yeux, sentir ses tripes se nouer de lâcheté et de la conviction que, non, il n’arrivera pas à parler à Celeste d’ici là, est réellement en mensonge. Quelque part, le simple fait de se poser cette question est révélateur, lui souffle une petite voix. Mais quelque part, aussi, Aaron sait que ce qu’il vit avec Moira, leurs doigts entrelacés, les baisers échangés, les rires et les sourires, il sait que tout cela vaut la peine qu’il surmonte sa lâcheté, qu’il croie, ne serait-ce qu’un instant, être capable de franchir le pas avec sa fille. Il sait, Aaron, il le sait que c’est une chance inespérée que Moira lui offre. Il sait, aussi, que s’il la laisse passer… non seulement il n’en aura pas d’autres, mais aussi que Chiara lui en voudra énormément. Avec elle, il n’était pas aussi lâche, Aaron, il n’en a jamais eu conscience du moins. Et Moira, Moira ne mérite pas moins que la première épouse du directeur. Moira, même, mérite plus. Parce qu’elle a la patience de l’attendre, elle a la patience de le subir, parce qu’elle a la patience de croire en lui. Et qu’elle est là. Alors oui. Aaron veut croire qu’il parlera à Celeste. Ment-il ? Non, il veut croire qu’il n’est pas en train de lui mentir, qu’il est juste en train de relever un défi. De se lancer un véritable défi. Il veut croire qu’il va parler à sa fille. Il veut croire qu’en juin, il sera capable de regarder Moira dans les yeux. Il veut croire qu’il arrivera à concilier les besoins de sa fille et ses propres espoirs, le bonheur de sa fille et son propre cheminement. Il veut y croire, Aaron. Il veut se sentir capable de ça, il veut se savoir capable de ça. Pour il faut pour cela qu’il fasse ce que Moira lui demande. Qu’il parle à sa fille. Et on verra ce que ça donnera. « Nul ne peut prétendre être dans la tête de ta fille, Aaron. C'est une adolescente qui traverse quelques-unes des étapes les plus cruciales de son existence, et ce qui peut nous paraître futile à notre âge est important pour elle. Je veux lui faire comprendre que... Je ne prétendrai jamais remplacer sa mère. Et je ne veux pas la mettre à l'écart non plus. » Une part d’Aaron hurle brutalement que si Moira veut lui faire comprendre quelque chose, alors que ce soit elle qui aille parler à Celeste, pas lui. Que si elle ne veut pas prétendre remplacer Chiara, alors qu’elle aille, elle, l’en assurer. Pas lui. Mais cette part, Aaron la musèle, l’enferme dans un soupir, l’enferme dans un sourire. L’enferme dans un murmure. « Je sais, je m’en doute… c’est pour ça que je t’aime, Moira. » C’est l’une des choses qui lui font comprendre qu’elle est une perle rare. Douce, compréhensive, prévoyante, soucieuse… c’est l’une de ces multiples choses qui font comprendre à Aaron à quel point Moira est une pépite. Alors non, il ne la lâchera pas. Il ne l’abandonnera pas. Il ne la trahira pas. Pas encore.

Cette fois, il ne la lâche pas. « Personne n'abandonnera personne, d'accord ? A partir de ce soir, on reprend tout. » En écho, les lèvres d’Aaron confirment. « On reprend tout. » Tout à zéro ? Non, merlin non, ils ont déjà parcouru bien trop de chemin ensemble pour ça. Ils reprennent juste leur chemin, main dans la main. Ils recommencent juste à faire des pas en avant, plus en arrière, ils reprennent juste leur avancée à tâtons, un chemin qu’il redécouvre et qu’elle, Aaron en est presque certain, redécouvre elle aussi. Pleinement. Un chemin qu’Aaron entend bien fouler dès ce soir, parce qu’ils ont du temps devant eux, finalement. Parce qu’il n’a rien prévu d’autres, parce qu’il n’a rien prévu du tout.

Aaron laisse ses doutes, laisse son mensonge partiel, laisse les cris et les fissures du miroir, laisse le tumulte des émotions de côté, se reconcentre sur l’instant présent. Se concentre sur cette étincelle d’espièglerie qui ne demande qu’à s’affirmer sous la question timide de la violoniste. La porte est ouverte sous les doigts d’Aaron lorsqu’il commence à répondre. Si le concert lui a plu ? Bien sûr. Le concert, l’orchestre, le chef, la pièce, le public et même le rembourrage des fauteuils. « Et il n'y a que ça, de vraiment sympa ? Le confort des fauteuils et le clown qui s'excite devant les musiciens ? » Il a un petit regard amusé en direction de Moira, n’a fait qu’entendre, au fur et à mesure, la curiosité et la nervosité de Moira, a joué avec sans la toucher, juste dansé autour pour mieux titiller ses nerfs. Le concert lui a plu, bien sûr. Mais ce n’était pas le concert qu’il était venu voir, de prime abord. Ce n’est pas pour le programme, ce n’est pas pour l’orchestre, encore moins pour le chef, ce n’est pas pour le public ou le rembourrage des sièges qu’Aaron est monté dans l’avion, un peu plus tôt dans la journée. C’est pour cette violoniste, plutôt douée, qu’il meurt d’envie d’inviter à dîner. Meurt d’envie d’embrasser. D’enlacer. Encore et encore. Un éclat de rire, de concert avec Moira, il se dérobe à cette injuste attaque d’un pas sur le côté. « Idiot... Tu as de la chance, la violoniste meurt de faim et ne dirait pas non à un verre pour faire passer les émotions. » D’un pas vite rattrapé par les doigts de Moira. Il se laisse faire, Aaron. « J’en ai de la chance, en eff… » Son souffle se perd lorsqu’elle l’embrasse, Aaron répond, sans se faire prier. « Je ne sais pas si on vous l'a déjà dit, monsieur Trager, mais ce costume vous va à ravir. Oh mais j'y pense ! » Il rougit, le bougre, avec une simplicité désarmante. « Merci » commence-t-il, « Tu penses ? », questionne-t-il immédiatement après. Elle s’est déjà échappée, la voilà de l’autre côté de la loge, la voilà en train de chercher dans sa valise. Il fait quelques pas dans sa direction, quelques pas inutiles, finit par croiser les bras sur la poitrine. Ce ne sont pas ses pas qui manquent d’utilité, finalement, mais lui-même. « Qu’est ce que tu cherches, je peux t’aider ? » Question sans réponse, question dont la réponse vient sans trop tarder : elle lui tend une enveloppe, Aaron fronce les sourcils sans comprendre.

« Désolée, ça fait un moment que je la promène dans mes affaires... En fait, depuis notre première soirée film. » Il l’attrape trop comprendre. Depuis leur première soirée film, la soirée film ? « Hum… merci ? » Il se concentre, le directeur, pour ôter minutieusement le scotch en s’évertuant à ne pas, surtout pas, détériorer le papier dessous. Il est fatiguant, Aaron, lorsqu’il fait ça, mais rien ni personne n’a jamais pu ni su le presser dans ce genre de circonstances. Il finit par desceller l’ensemble, et extraire le contenu, en détaillant toutes les écritures pendant que Moira commente. « C'est une carte d'abonnement pour le cinéma de Louisville. Tu as un accès illimité à toutes les séances, des avant-première VIP, des réductions sur les confiseries... Et ça dure un an. Ah et... Tu peux inviter la personne de ton choix, si jamais tu veux aller au cinéma avec Celeste ou... Ou quelqu'un d'autre, 'fin... Hem... Joyeux anniversaire, Aaron. » Le directeur a un sourire ridicule aux lèvres. Et les yeux brillants de reconnaissance. Non seulement pour le cadeau – prévu de longue date s’il comprend bien – mais aussi pour l’intention, l’attention, et… « Moira, tu… » Il range précieusement la carte dans la poche intérieure de sa veste de costume, pour poser sa main sur la taille de la violoniste et l’attirer à lui. « Tu es définitivement parfaite… » Il l’embrasse au coin des lèvres. Et commence déjà à se demander qui, de Celeste ou Moira, sera l’heureuse élue lorsqu’il s’agira de l’accompagner voir l’avant-première d’un obscur film d’auteur d’un tout aussi obscur et méconnu réalisateur polonais dans la mouvance des impressionnistes contemporains nostalgiques des films muets. Mais la question n’est pas encore d’actualité, l’important pour le moment, c’est de profiter de l’autre événement du jour. Parce que ce soir, ce n’est pas seulement le concert de Moira, ce n’est seulement les quarante-quatre ans d’Aaron, c’est également le quatorze février. Et tout ce que cela implique pour les couples.

« On... On y va ? Où est-ce que tu m'emmènes ? » C’est une excellente question, à laquelle Aaron ne peut répondre que par un énigmatique « Ah… Moira Kovalainen, c’est une surprise ! » Pour une surprise, c’en est une. Pour être honnête, c’est surtout une surprise pour un Aaron pris au dépourvu, qui ne connait ni la ville, ni le quartier, uniquement les quelques rues dans lesquelles il a pu flâner avant le début de la soirée, au sortir de l’aéroport et du taxi. Et de ces quelques coins qu’il a pu remarquer, sans chercher plus loin. Sans oser faire le moindre pronostic. Il est pris dans ses pensées, manque de se faire surprendre par les deux musiciens aux mélodies pourtant bien présentes. D’autorité, par possessivité aussi, Aaron passe le bras autour des épaules de Moira. « Bonsoir, vous cherchez quelqu’un ? J’ai le regret de vous dire que je vous enlève votre soliste pour la soirée. » Il a le regard espiègle, le sourire rieur, la voix amusée et pourtant une légère, très légère méfiance derrière tout cela. « Promis, j’en prends le plus grand soin. » Promis, en effet.

Quelques minutes plus tard, Aaron se retrouve sur le trottoir, Moira à son bras. Et toujours aucune idée de l’endroit où ils peuvent aller. Ses yeux parcourent la rue, plus un boulevard qu’une rue d’ailleurs, illuminé de commerces. De musiques. Vibrant de vie et d’un dynamisme qui fait briller d’un pâle éclat les soirées les plus animées de Radcliff. Qui le perd, aussi, un peu. « Moira… » Il consent finalement à murmurer. « Je t’ai dit que c’était une surprise mais… tu m’en veux si je te dis que ce sera une surprise autant pour moi que pour toi ? » L’espièglerie qui le caractérise est toujours là, qui le rajeunit aussi, d’ailleurs ; son sourire est toujours autant présent. Mais ses yeux se voilent d’un soupçon d’inquiétude. « Tu connais… de bonnes adresses ? » Un soupir. « Misère, je fais un piètre… » petit-ami ? Le terme lui semble si enfantin qu’il n’ose le prononcer. Ami ? Non, ils sont bien plus qu’amis. « Je fais un bien piètre Valentin, très chère… » Il désigne de la main un restaurant illuminé, qui présente également l’avantage d’être trop loin pour qu’il puisse voir la carte, et donc se soucier par avance des considérations financières aux devants desquelles il va. « Ca te tente ? »



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MessageSujet: Re: (Aaron) | Never knew I could feel like this   Mar 29 Aoû 2017 - 22:01

Never knew I could feel like this
Moira & Aaron



J'ai envie de croire Aaron, envie de le suivre aveuglément, envie de lui prendre la main et d'embrasser l'avenir qu'il semble vouloir m'offre, mais... Mais l'ombre de sa fille entache ce beau tableau et m'empêche d'être pleinement sereine alors que pourtant, je rends les armes. L'ennui, c'est que les choses vont si mal actuellement que je n'ai ni la force, ni l'envie de lutter plus longtemps, pas plus que je n'ai envie de l'acculer plus encore et de courir le risque de le voir me tourner le dos définitivement. J'ai bien senti sa raideur lorsque je lui ai posé mon ultimatum, et je crains déjà qu'il ne tienne pas son engagement, alors que je lui donne tout de même quatre mois pour parler à sa fille. L'ennui, aussi, c'est que j'ignore tout de l'état déplorable de leur relation, puisqu'Aaron a un peu tendance à minimiser ses humeurs. Contrairement à lui, je ne suis pas en mesure de déceler un mensonge grâce à ma mutation. Tout ce que je peux faire, c'est lui donner une chance, nous donner une chance de reconstruire quelque chose ensemble. Fixant Aaron avec tout le sérieux du monde dans le regard, je ne peux rien faire de plus que l'encourager à aller parler à Celeste. Lui et moi ne sommes pas fait du même moule. Je me sais grande gueule et tête brûlée, avec une forte tendance à provoquer les choses plutôt qu'à les éviter – et c'est d'ailleurs ce qui me met régulièrement dans des situations peu envieuses – mais lui serait plutôt l'autruche, dans l'histoire. Si Celeste était ma fille, je le sais, je serais allée la confronter, au risque de tout gâcher et de le regretter après, parce que c'est dans ma nature. Quand on voit ce que ça a donné avec Artur, avec mon brillant talent de diplomate, on peut se demander si ce n'est pas Aaron qui est dans le vrai. Seulement là, je ne peux rien pour lui, d'autant qu'étant donné ma non entente totale avec sa fille, nous risquerions d'en venir aux mains. Ses mots me réconfortent tandis que je passe une main dans ses cheveux avec un sourire attendri. Par moments, je me demande ce qui a pu déclencher tout ça, pourquoi nous en sommes là, lui et moi, pourquoi mon cœur s'emballe dans ma poitrine lorsqu'il me dit ces mots... Il a ce talent rare, Aaron Trager, cette façon de rendre les gens plus beaux qu'ils ne sont, cette façon de calmer mes angoisses et inquiétudes... Il est doué et pourtant, c'est comme s'il refusait d'en avoir conscience. Main dans la main, c'est comme ça que nous sortirons de cette loge qui, décidément, m'insupporte. Seulement avant de sortir, il faut que je trouve le petit paquet un peu abîmé que je trimbale avec moi tous les jours depuis des semaines. S'il peut m'aider ? La bonne blague, mon sac à main ressemble la plupart du temps à un no man's land, alors je me contente de secouer la tête en résistant à la tentation de vider le contenu du sac par terre pour trouver ce que je veux. Lorsque je me relève pour lui présenter la petite carte, j'ai l'impression soudaine que mon cadeau est un peu pathétique... Un peu naze, au regard de la relation qui nous unie. Je me demande même un court instant si je ne vais pas la récupérer, m'excuser platement et promettre de faire mieux dès notre retour à Radcliff. Je suis tellement persuadée de l'absurdité de la chose que lorsqu'Aaron m'attire à lui pour m'embrasser, je reste un moment stupéfaite, le fixant avec des yeux ronds. Malgré le maquillage, je sens mes joues s'empourprer et un sourire se dessiner sur mes lèvres.

« Arrête de me dire ça, je vais finir par te croire et y prendre goût ! »

Quelque part, c'est une certaine fierté qui m'anime, alors que je glisse mes doigts entre les siens. La fierté d'être suffisamment observatrice et à l'écoute de celui qui fait battre mon cœur comme une adolescente pour savoir ce qui est susceptible de lui faire plaisir pour son anniversaire. Je ne compte même plus les années qui nous séparent, à chaque fois je me demande ce qu'il peut bien trouver à une gamine comme moi, tout comme j'ignore qu'il se pose la question inverse me concernant. Cet instant, j'ai envie de le graver dans ma mémoire, de le figer dans le temps et ne plus m'en séparer, car à cet instant, Aaron et moi sommes ensemble et unis. J'ai si peur que cette fragile utopie ne se délite que j'aimerais la chérir et l'enveloppe dans un écrin de velours pour que personne ne la brise. Que personne ne mette en péril l'histoire que nous tentons d'écrire ensemble... L'ennui, c'est que l'ombre de Celeste plane au-dessus de nous, et je me sens coupable d'en vouloir ainsi à une jeune fille qui ne cherche rien d'autre que l'amour de son père et un certain équilibre dans sa vie. Je me sens égoïste, injuste, tourmentée par des sentiments trop puissants qui m'empêchent d'être rationnelle. Après tout, comment aurais-je réagi, à son âge et à sa place ? Actuellement, si mon père rencontrait une femme, j'en serais heureuse, autant pour lui que pour elle, mais j'ai 30 ans, trop de chagrin derrière moi et une certaine compréhension des choses que que je n'aurais certainement pas eu à son âge. J'aimerais pouvoir discuter avec Celeste, la comprendre, la connaître, mais j'ai comme le sentiment qu'elle et moi sommes aussi incompatible que l'eau et l'huile. Je sens mes doigts se crisper contre ceux d'Aaron tandis que je m'impose une chose : ne pas songer dès maintenant à l'avenir et simplement vivre le moment présent, goûter à sa présence et oblitérer de ma mémoire les deux derniers mois. Mon sourire se fait alors malicieux.

« Une surprise ? J'adooore les surprises, j'ai hâte de voir ce que tu me réserves ! »

En croisant les deux musiciennes en sortant, je ne peux m'empêcher de pouffer de rire devant leur air à la fois soucieux et étonné. Il faut dire que ces derniers temps, ces musiciens avec lesquels j'ai l'habitude de jouer m'ont découvert un visage semblable à celui que j'arborais après la disparition de William. Envolée, la pétillante et bien trop exubérante Moira, disparus les sourires, les rires et le moulin à paroles... Bonjour la morosité, l'agacement et l'acidité. On dirait Artur dans ses mauvais jours ! Je glisse alors un mot aux deux altistes, leur assurant que tout va bien et qu'il n'est pas nécessaire de fixer Aaron de la sorte. Et nous voilà partis, lui en smoking, moi dans une robe certes élégante mais que dont je regrette la légèreté dès que nous mettons le nez dehors. Malgré un châle et une veste, la soie vaporeuse de la robe laisse traverser l'air glaciale de ce mois de février humide, et malgré ma moitié de sang finnois, je grelotte au bras d'Aaron. Alors qu'il m'avoue n'avoir aucune idée de l'endroit où il pourrait m'emmener, j'éclate de rire.

« Décidément, Aaron, tu ne cesses de me surprendre ! Un Valentin digne de ce nom aurait réservé la meilleure table pour sa Valentine, voyons ! » Dis-je sur un ton faussement réprimandant. « Fort heureusement, ce n'est pas un Valentin, que j'aime. »

De bout de lèvres, je lui embrasse la joue et tourne la tête vers le restaurant qu'il me désigne. Dans ce quartier, proche d'une prestigieuse salle de concert et à la vue du voiturier bien habillé devant l'entrée, je me doute déjà que la facture sera salée. Si je n'ai aucune conscience des soucis financiers d'Aaron, je me sens coupable de lui imposer une dépense induite par une tradition ridicule qui veut qu'à la Saint Valentin, un homme couvre sa bien aimée de présents et autres attentions. Lui est venu et a tenté de réparer ses erreurs, ça vaut bien plus qu'un tartare de caviar ou je ne sais quel autre truc de luxe qui sera de toute manière digéré dans l'heure. Je fais la moue en me tournant vers lui, redressant mon violon qui glisse sur mon épaule.

« Huuum... Non. Pas assez bien pour moi, ils ne servent que du Dom Pérignon en apéritif. En fait, ce qui me tenterait là, tout de suite, c'est de m'enfuir à l'autre bout du pays avec toi, mais je pense qu'on nous en voudrait un peu... »

Après tout, nous sommes déjà à l'autre bout du pays par rapport à Radcliff... J'avise alors un panneau planté à l'angle de la rue, lequel indique les grandes rues mais aussi la côté, à quelques centaines de mètres seulement.

« Une promenade sur la côte, ça ne te tente pas davantage ? C'est plus romantique, non ? Et nous n'aurons qu'à... Nous arrêter en chemin pour manger ? À moins que tu ne tiennes vraiment à ce restaurant, auquel cas je ne vais pas te contrarier ! »

Mon sourire se fait espiègle et je me blottis contre lui, aussi bien à cause du froid que par plaisir de l'avoir à mes côtés. Je vais la regretter, cette promenade, ou plutôt c'est mon corps qui va me conspuer ! Mes pieds chaussés d'escarpins m'en feront baver demain, et je rêve d'avance d'un bain brûlant mais... C'est l'esprit qui prime sur ce que veut le corps, et je n'ai qu'une envie : passer le plus de temps possible seule avec Aaron, pour rattraper ces derniers moi. Tant pis si nous devons nous contenter d'un sandwich ce soir ou d'un petit troquet de bord de mer. À mes yeux, ça a plus de valeur que toutes les belles assiettes du monde !

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MessageSujet: Re: (Aaron) | Never knew I could feel like this   Dim 10 Sep 2017 - 11:55

Never knew I could feel like this
Moira & Aaron



C’est pour ça que je t’aime. Cette phrase, Aaron n’a pas réfléchi une seule seconde avant de la prononcer et pourtant… et pourtant, à bien y repenser, elle est vertigineuse de conséquence. Depuis combien d’année n’a-t-il pas assumé aussi simplement ses sentiments envers une femme ? La réponse est simple, si simple qu’il n’a pas envie de la formuler. Oui, c’est parce que Moira est attentionnée, attentive, prudente et extrêmement patiente qu’il l’aime. C’est parce qu’elle est pétillante et énergique, et pourtant si douce et délicate avec Celeste et avec lui-même qu’il l’aime. C’est parce qu’elle lui laisse le temps, bien trop de temps, pour réagencer sa vie de veuf et lui laisser plus place qu’il l’aime. Aimer, ce mot n’a peut-être pas perdu de sa saveur au fil des années de solitude, Aaron réapprend à le découvrir, avec effroi et avec curiosité, avec timidité, avec prudence. Avec des faux pas, également, ces faux pas qui l’ont éloigné d’elle, des faux pas rattrapés par son entourage qui l’ont précipité ici, dans ses bras, devant son sourire et sa colère, devant cette discussion qu’ils devaient avoir et qu’ils ont eue. A peu près. Au moins le principal a-t-il été dit.

Au moins le principal est-il dit, et les yeux dans les yeux tentent-ils de recommencer à zéro, ou presque, de remonter le temps et d’y aller plus doucement. A pas posés. Aaron ignore encore comment la soirée va pouvoir se poursuivre, mais il est déjà près à ressortir de la loge, du bâtiment, à ressortir à l’air libre avec une femme à son bras, une femme resplendissante et une femme… en train de fouiller son sac à main. Et d’en sortir une enveloppe. Une femme en train de lui tendre une enveloppe, dont il se saisit avec interrogation. C’est… ? C’est un cadeau. Son cadeau d’anniversaire. Une carte d’abonnement pour le cinéma, le péché mignon d’Aaron – si on oublie sa guitare folk et les chansons qu’il dérouillait dans sa gorge lorsque Celeste était plus jeune – un des passe-temps qu’il avait pu citer à Moira des mois plus tôt, ce qui les a rapprochés, ce qui a brisé la glace en partie, ce qui… ce qui est tout simplement parfait. Stupéfaction aux lèvres, Aaron ne sait pas quoi dire dans l’immédiat. Il prend son temps pour ranger précieusement ladite carte dans sa veste, il se laisse perdre quelques années pour attraper Moira par la taille et l’embrasser au coin des lèvres en cessant de réfléchir et en disant tout haut ce qu’il pense tout bas. Et la stupéfaction semble brutalement être partagée, au grand plaisir d’un Aaron. Il a un sourire au coin des lèvres en la voyant s’empourprer. « Arrête de me dire ça, je vais finir par te croire et y prendre goût ! » Un sourire qui s’élargit. « Et tu penses réellement que c’est dissuasif ? » Taquin, il en reste là, il a le bon sens de ne pas en rajouter une couche et d’attendre de la voir terminer de se préparer pour sortir, pour quelques heures volées.

Il a le bon sens de ne pas en rajouter parce que le voilà concentré sur une chose : où l’emmène-t-il ? Il n’en a fichtrement aucune idée. « Une surprise ? J'adooore les surprises, j'ai hâte de voir ce que tu me réserves ! » Et pour une surprise, c’en sera une pour tous les deux, à première vue. Il ne connaît ni la ville, ni les alentours, il n’a un budget que des plus limitées et une expérience en la matière particulièrement rouillée. Quant à l’heure tardive… voilà qui ne va certainement pas arranger son affaire : Aaron se laisse volontiers distraire dans sa réflexion par l’arrivée de deux musiciens, inquiets pour Moira, légèrement intrusifs aussi. Les doigts d’Aaron serrent la main de Moira, comme pour revendiquer leur relation. Tout comme sa voix taquine qui s’élève, au sourire espiègle et aux yeux un tant soit peu menaçants : s’ils trouvent quelque chose à redire à sa présence, et bien… ils peuvent se taire, personne ne s’en verra offusqué. Sans plus tarder, les voilà dans le couloir, les voilà dans le hall, les voilà à l’entrée des artistes dans le courant d’air glacé de la mi-février. Il se sent perdu, Aaron, dès qu’ils s’arrêtent sur le trottoir, dès qu’il considère réellement la rue éclairée, les bars et restaurants au standing réclamant un smoking, une robe longue et de haute couture, et surtout un compte en banque autorisant ce genre d’écarts. Il se sent perdu, et il l’avoue finalement avec une légère inquiétude à une Moira déjà frigorifiée. Il est bien loin de Radcliff, d’un coup, Aaron. Il est bien loin de ses petites habitudes. De ses rues connues. « Décidément, Aaron, tu ne cesses de me surprendre ! Un Valentin digne de ce nom aurait réservé la meilleure table pour sa Valentine, voyons ! Fort heureusement, ce n'est pas un Valentin, que j'aime. » S’il a failli se crisper d’inquiétude, il a entendu dans la voix de Moira, et dans sa mélodie, le rythme rieur et sautillant d’une espièglerie qu’ils semblent tous les deux partager lorsque les nuages sombres de leurs doutes sont dissipés par une simplicité désarmante. Et sereine.

Cette même simplicité qui pousse Aaron à proposer à Moira de choisir leur destination puisqu’il ne connaît vraiment… vraiment pas ce qui l’entoure. Le restaurant vers lequel il agite la main discrètement lui semble convenable mais… « Huuum... Non. Pas assez bien pour moi, ils ne servent que du Dom Pérignon en apéritif. En fait, ce qui me tenterait là, tout de suite, c'est de m'enfuir à l'autre bout du pays avec toi, mais je pense qu'on nous en voudrait un peu... » Un éclat de rire : une petite angoisse disparaît de sa poitrine. « Dans un sens, on a déjà fui à l’autre bout du pays, non ? » Il lui lance un regard complice, tout en cherchant activement un endroit où aller, vers où se diriger, peut-être dans une rue adjacente, peut-être que… « Une promenade sur la côte, ça ne te tente pas davantage ? C'est plus romantique, non ? Et nous n'aurons qu'à... Nous arrêter en chemin pour manger ? À moins que tu ne tiennes vraiment à ce restaurant, auquel cas je ne vais pas te contrarier ! » Peut-être qu’il peut tout simplement laisser Moira réfléchir, décider, le guider. Encore. « Parfait, ça me va parfaitement comme idée. Rien ne me contrariera ce soir. » Il lui tend une main de gentilhomme, avec un sourire et une légèrement inclinaison de la tête pour mieux la saluer comme il se doit. « Madame… » Sa main s’empare de celle de Moira, leurs pas les guident sur une rue perpendiculaire. Aaron tente de se remémorer le plan suivi pour rallier – au pas de course, la salle de concert. « Alors je vais t’avouer que je ne saurais pas aller sur la côte, et qu’elle me semble un peu loin… mais il me semble qu’il y a un parc assez grand à quelques minutes… là-bas, regarde ! » Il est passé devant un peu plus tôt dans la soirée, a tout de suite remarqué la fontaine et le bassin, les éclairages et les jeux de lumière. Et a noté, aussi, à l’instant, les escarpins de Moira, le froid qui la pousse à se blottir contre lui. Ce qui n’est pas pour lui déplaire. Sans attendre davantage, Aaron ôte son manteau, le dépose sur les épaules de Moira, se souhaitant indifférent aux rafales de vent qui se glissent dans son cou pour rafraîchir sa gorge, au froid qui bat sans difficulté sa veste de costume. « Tiens, n’attrape pas froid. »

Quelques pas dans la rue, quelques minutes, un peu de silence. « C’est Sofiane qui m’a poussé à venir, mais je suis heureux d’être venu. Il faudra que je le remercie. Les deux musiciens de tout à l’heure, ce sont tes amis ? Tu avais déjà joué avec cet orchestre ? » Son œil accroche une nouvelle ruelle, plus conviviale, plus proche de l’atmosphère qu’il connaît, ainsi qu’une enseigne. Cuisine coréenne. « Tiens, tu parlais de t’enfuir de l’autre côté du pays… ça te dit une excursion en Asie, finalement ? » Dommage pour le parc mais… Aaron commence à avoir vraiment froid. Peut-être auront-ils le temps de s’y promener demain matin, avant que son avion ne décolle pour le ramener à Radcliff ? « Le parc ni la côte ne disparaîtront dans la nuit, après tout, non ? »


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Je crois que vous êtes faits l'un pour l'autre Et nos différences ? Au premier coup d’œil, la serrure et sa clé paraissent très différents. Pourtant, un examen approfondi lui révélera que sans l'une, l'autre devient inutile. L'homme averti voit alors que la serrure et la clé ont été créées dans un même dessein. •• ALASKA (sanderson)

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