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 « jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése » ~ Harvin

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MessageSujet: « jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése » ~ Harvin   Jeu 25 Mai 2017 - 12:33



« jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése »
@HARVEY SUNDERLAND


Ce qu'il faisait beau, à Radcliff, fin mai, à huit heure du matin . Le soleil brillait, escaladant l'est de la voûte céleste, il baignait toute la ville de sa chaleur douce, mais incomparable au Soleil qui brillait à l'est du ciel de Téhéran. Comme d'habitude, il faisait plus beau en Iran qu'au Kentucky, là où il était déjà dix-sept heures, que le Soleil allait bientôt dire au revoir et se cacher derrière les montagnes rouges qui encerclaient la ville entière.
« T'es en retard pour ton rendez-vous disait Austin à Salim, marchant à côté de lui et évaluant tous les aspects de son costume toujours aussi sur mesure, qui lui allait toujours aussi bien, justement parce que c'était du sur mesure.
-Je sais, j'ai pas réussi à m'endormir hier soir, c'est ta faute, t'étais trop sportif hier soir. Du coup je suis à la bourre depuis ce matin
Austin rit, c'était vrai que lorsqu'il était minuit à Téhéran, Austin était encore en pleine forme, à seize heures battantes, il partait même pour un jogging. Saleté de décalage horaire.
-T'as plus de somnifères ?
-Non, j'ai oublié d'en racheter et j'attends que Suki dorme pour aller à la pharmacie, elle aime pas que j'en prenne... Mais bon ses tisanes japonaises y'a bien sur elle que ça marche... »

Salim adorait marcher dans les rues de Radcliff, parce qu'il pouvait s'y sentir en sécurité, il n'y était jamais vraiment, donc loin de tout hunter américain. Il aimait le coté typiquement américain du centre ville, avec les petites façades colorées, les grandes rues vides et aérées, son côté reposant parce que dans cette ville ce n'était jamais la course, on semblait avoir le temps de tout faire.
Ce qui était sûr, c'est que ça changeait des petites rues serrées de Téhéran, où les mobylettes et les voitures se bousculaient pour éviter les hordes de piétons qui remplissaient les rues. Ça le changeait aussi des hauts immeubles qui tombaient les uns sur les autres, de l'ambiance pleine de vie souvent, oppressante parfois, qui faisaient que Austin aimait beaucoup Téhéran. Ils avaient visité tous ensemble ses plus beaux recoins et c'était une ville qui le surprenait encore.

Voilà pourquoi Salim marchait aux côtés de Austin et Austin avec Salim, chacun dans leurs vies respectives. Ils le faisaient souvent, l'américain accompagnant le banquier iranien au boulot le matin par exemple, c'était comme une routine qu'ils avaient, comme ça ils pouvaient se parler, l'un ayant même le luxe de commencer la journée avec l'un de ceux qu'il aimait inconditionnellement.
Alors, pour éviter d'attirer l'attention en parlant en public, ils avaient tous les deux des écouteurs enfoncés dans les oreilles, pour simuler un kit mains libres. Ça collait surtout à l'image de Salim, banquier qui passe sa vie à travailler, donc qui avait toujours des ordres à donner, éventuellement par téléphone. De toute façon, ils n'avaient pas vraiment besoin de parler pour s'entendre. Simplement, ils se comprenaient. Donc des écouteurs dans les oreilles ne les empêchait pas de communiquer, au contraire, cela les enfermait encore davantage dans la bulle que représentait leur petit groupe.

« Désolé j'étais avec ma mère. J'ai raté quoi ? demandait João, apparaissant à côté de Austin, sans écouteurs dans les oreilles puisqu'il était dans la chambre de sa minuscule maison des favelas de Rio. Accoudé sur le rebord de sa fenêtre sans vitres, il regardait le soleil orangé sortir des eaux de l'Atlantique.
-Pas grand chose, je viens de partir de chez moi, je suis en retard à mon rendez-vous... répondit Salim.
-Ah bah bravo. En plus t'as une tâche sur ta cravate.
-Attend quoi ? Il vérifia qu'il avait bien une tâche sur sa cravate, et le pire était qu'il avait vraiment une tâche sur sa cravate. Putain Austin t'aurais pu me le dire !
Et à Austin de répondre « Merde, j'avais pas vu, je suis vraiment désolé ! », sincèrement désolé, et Salim ne lui en voudrait pas longtemps parce qu'il pouvait ressentir la véracité de ces excuses.
-Bon je dois vous laisser les gars faut que je repasse chez moi me changer, et faut que je me dépêche, je peux pas prendre mon temps avec vous aujourd'hui » conclut Salim avant de disparaître des côtés de Austin et de João, les coupant de tout ce qui les reliait à lui et à l'Iran, les arrachant des rues de Téhéran.

Puis, Austin et João n'étaient plus que tous les deux, et ils continuaient à avancer dans les rues de Radcliff, inspectant les ombres que projetaient les collines de Rio les unes sur les autres.
« Bah bravo Austin... reprit João, riant. Tu fais quoi en ville aujourd'hui ?
-Je vais faire mes courses, un peu... puis il marqua une pause, avant de subitement baisser le ton de sa voix Hé regarde, là-bas, c'est le SDF qui vole dans mon potager de temps en temps...
-Va le voir.
-Quoi ? Pourquoi faire ? »

João avait toujours été le plus compatissant des quatre. Beaucoup plus que Austin qui avait toujours eu une mentalité de redneck conservateur avant son pouvoir, beaucoup plus que Suki qui avait la chance d'avoir eu de ne jamais être confronté à quelque misère matérielle que ce soit, et infiniment plus que Salim qui avait atteint il y a quelques années un salaire annuel à six chiffres. C'était probablement parce que João était un gars des bidonvilles, il savait ce que cela faisait d'être regardé de haut, d'être malmené, et surtout d'avoir faim.
C'était donc grâce à lui que le SDF qui était assis contre un mur un peu plus loin, de l'autre côté de la rue, avait pu continuer de piquer « en douce » des légumes du potager de Austin. Il avait eu de la chance que João le laisse faire, expliquant que s'il faisait ça, ce n'était certainement pas par plaisir.

« Mais qu'est-ce que je lui dis du coup ? demandait Austin, inquiet, en marchant lentement vers le sans-abris.
-J'en sais rien moi, un truc. Demande lui s'il a besoin de quelque chose, vu qu'il va faire les courses. T'as pas grand chose à perdre de toute façon. Je sais reconnaître les gens louches. Lui ça va. En plus à tous les coups il a dormi dehors le pauvre...
-Sérieusement ? » João haucha la tête.

Puis Austin arriva devant sa cible, encore hésitant, enlevant ses écouteurs et les fourrant dans sa poche.
« Hé, salut... T'es souvent là, dans la rue, donc vu que je vais faire mes courses, je me demandais si t'avais besoin de quelque chose... N'importe quoi... » Bon dieu que c'était gênant... De toute façon il refuserait certainement.
Et à côté d'eux deux, João riait, sachant qu'il ne pouvait être vu que d'Austin, l'imitant avec une voix débile «  jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése », l'américain physiquement sur place le maudissant intérieurement mais restant le plus impassible possible.



Dernière édition par Austin Carvel le Sam 27 Mai 2017 - 11:59, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: « jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése » ~ Harvin   Sam 27 Mai 2017 - 0:12

Jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése
Austin & Harvey



Adossé contre le mur, Harvey écoute. L’une de ses principales occupations, le jour. Ecouter. Sentir le soleil sur sa peau, aussi. Sentir l’odeur de ceux qui passent à côté de lui, ignorer celle des voitures qui empestent. Qui empestent toujours. Il n’est pas allé travailler, cette nuit. Il est resté assis là, dos contre un mur, Copenhague allongé à côté de lui. Il n’est pas allé travailler, parce qu’il était trop occupé à écouter. Ecouter Daisy respirer, dans l’immeuble à côté. Il a passé la nuit à se concentrer sur cette respiration pour ne pas, ne surtout pas la perdre. Pour inspirer en même temps, expirer en même temps qu’elle, faire le point. Un grognement, Copenhague s’agite, Harvey perd le fil de la respiration. Il a dormi. Il s’est endormi en écoutant, il a dormi dehors, encore, ce qui ne change pas trop de ses habitudes. Et lorsqu’il s’étire, c’est pour se rendre compte que le soleil se lève, qu’il est même déjà bien levé. Un coup d’œil à sa montre, on approche les huit heures du mat’, soit une heure plus que tardive pour un homme lui. Une main dans sa barbe, Harvey se rend également compte que Daisy est déjà partie. Ou qu’il n’arrive plus à reconnaître sa respiration parmi tous les bruits de la ville. Il se rassoit, dans un grognement, se cale contre le mur, contre l’angle du mur très exactement, à l’endroit idéal pour disparaître aux yeux des gens. Et il referme les yeux, même s’il se sait incapable de se rendormir à présent. Copenhague s’est levé, lui aussi, il repose sa tête sur la main de son maître, comme pour mieux l’encourager à faire quelque chose de sa journée. Brave chien. Couillon de chien. Faire quelque chose, oui, pourquoi pas. Tenter d’aller chercher à manger, fouiller ses poches à la recherche de sa dernière paie, issue de la dernière fois qu’il a fait son service de nettoyage dans le collège de Radcliff. Un emploi au black, un emploi à temps plus que partiel, un coup de pouce qu’un mec lui passe juste parce qu’il pense avoir une dette envers Harvey. Un coup de pouce dont l’ancien flic a conscience de gâcher, parfois, avec son rythme décalé et ses absences. Il masse ses mains douloureuses, sa main engourdie, il se lève, Harvey, une deuxième fois, avec la ferme intention de bouger. Des éclats de voix lui parviennent, d’ailleurs, celles d’autres flics, de vrais flics, de flics qui, contrairement à lui, n’ont pas une plaque juste en souvenir.

Harvey a plutôt intérêt à ne pas rester dans le coin, il laisse les voix devenir prioritaires dans ses pensées pour mieux s’en éloigner un maximum. Et pour ça, il traverse, pour ça, il se repère dans la ville, met une ruelle entre eux et lui, laisse le chien prendre les devants, ouvrir la voie, leur trouver un nouvel endroit où s’arrêter, non plus – assez ironiquement, cela va sans dire – du poste de police où il est presque sûr de pouvoir réentendre la voix de Daisy, en se concentrant suffisamment. Harvey considère la rue, pas vraiment passante celle-là, une veinule comparée aux artères principales, se choisit un nouveau mur et un nouveau coin, se laisse à nouveau tomber. Chercher à manger sera finalement sa préoccupation d’un autre moment. Il sait, il a beau savoir que son mode de vie est loin d’être sain, pour le moment Harvey est incapable de réfléchir autrement, de trouver autre chose à faire. La dernière fois que sa vie a dérapé à ce point, il a posé des centaines de kilomètres entre lui et le reste du monde, il s’est retranché en Alaska, avec son chien, la neige, les arbres et une hache pour fendre des bûches en deux. La dernière fois, il a fui ; cette fois-ci, il a eu beau tenter de faire de même, il n’a pas réussi et est revenu. Il sait que son mode de vie est un cercle vicieux voire autodestructeur, il sait qu’il s’y prend mal – il n’y a qu’à voir sa dernière discussion avec Daisy, quelques semaines plus tôt – mais… Harvey soupire en sortant de sa poche une pomme qu’il a chipée au Manoir d’Uprising l’avant-veille. Ses affaires y sont entreposées, pour la plupart, pour celles qu’il a pu récupérer d’ailleurs, mais il n’y dort que rarement. N’y loge pas vraiment. C’est un refuge, c’est un point de chute, mais Harvey a trop conscience qu’habiter réellement là-bas, ce serait courir le risque d’y mener le psychopathe qui l’a kidnappé, en octobre. Raison de plus pour dormir dans la rue. Ou juste se fondre dans la masse invisible de ceux que les gens lambdas s’empressent de ne pas voir. Raison de plus pour… Harvey se fige. … qui vole dans mon potager de temps en temps... Il lui faut toute son attention pour continuer à feindre l’ignorance, pour ne pas regarder brusquement en direction de celui qui doit être justement en train de le dévisager. Loin. Et à voix basse. Harvey déglutit, Copenhague jappe. Quoi ? Pourquoi faire ? Il fronce les sourcils devant cette réponse à une question qu’il n’a pas entendue.

Pour Harvey, entendre fait partie des choses normales. Ne pas entendre quelque chose, en revanche…  Mais qu'est-ce que je lui dis du coup ? Des bruits de pas, le mutant plonge lentement sa main dans sa poche, comme à la recherche de quelque chose. D’un mouchoir, d’un bout de pain. Il continue à mâcher sa pomme, il continue à feindre l’ignorance, mais sa main droite s’enroule comme elle peut autour de l’arme qu’il a toujours à la ceinture, se faufile dans une fente de son manteau spécifiquement faite à cet usage. Sérieusement ? C’est extrêmement stressant, pour lui, de n’entendre qu’une partie de la conversation. Il n’y a rien, strictement rien, et pourtant l’individu répond. A quelqu’un. A une voix dans sa tête ? Un soupir, les yeux d’Harvey fixent la rue, tentent de se poser avec naturel sur l’inconnu qui s’est, finalement, décidé à réellement se diriger vers lui. Et qui enlève des écouteurs. Inutiles. Tout comme les mots, actuellement. « Salut » L’homme est là, et c’est effectivement le propriétaire de la ferme où Harvey est déjà venu chercher quelques fois deux trois trucs à manger. Se servir, plus que simplement venir chercher, d’ailleurs. « Hé, salut... T'es souvent là, dans la rue, donc vu que je vais faire mes courses, je me demandais si t'avais besoin de quelque chose... N'importe quoi... » Harvey le fixe, sans trop savoir comment réagir à la proposition.

Honnêtement, le mutant ne s’y attendait pas. Ou plutôt… Il se relève, relâche son arme, sort la main de sa poche pour la lui tendre. « C’est sympa de ta part. » Méfiance Il hésite, il faut bien l’avouer, à demander à qui l’autre parlait. Et c’est bien la seule raison qui le pousse à ne pas décliner l’offre, la curiosité. La curiosité de comprendre, la curiosité de savoir. Il n’a pas l’habitude de ne pas entendre quelque chose, le Harvey. Et ça l’agace. «  Je suis pas contre un café. » Pour être honnête, il se sent plutôt mal de jouer le jeu du SDF, puisque c’est ainsi que l’autre l’a qualifié un peu plus tôt. Oui, il a dormi dehors. Oui, il ne roule clairement pas sur l’or, mais il a l’impression de manipuler l’autre. Mais il y a cette foutue curiosité. Et cette méfiance, cette méfiance qui le ronge de l’intérieur. « Je m’appelle Harvey »


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MessageSujet: Re: « jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése » ~ Harvin   Sam 27 Mai 2017 - 11:45



« jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése »
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« Wow, ça a marché » pensa Austin, avec la voix de João en écho à plusieurs milliers de kilomètres de là. « C’était facile. »

Alors bon, les deux hommes de Radcliff semblaient aussi surpris l’un que l’autre, mais c’était cela qui est amusant. Ou au moins qui amusait beaucoup João. « Eh bien on est parti alors ! » proposa Austin à son tour. Ce n’était pas une mauvaise idée, le café, ça permettrait à Austin et à son alter-ego brésilien de se réveiller, même si ce dernier avait toujours détesté le café nord-américain. En plus il avait raison, le café du Brésil c’était franchement autre chose que ce que l’on pouvait servir ici dans les Starbucks, remplis de sucre et d’autres cochonneries. Au Brésil, le café se buvait seul, sans ajout quel qu’il soit, et c’était inimaginable ici. Hors de question d’aller à Starbucks d’ailleurs.

« Tu te rends compte qu'il a essayé de te serrer la main et que t'es parti en lui mettant un gros vent ? » commenta João peu après le départ d'Austin, qui prenait la tête du convoi. Alors, le visage de ce dernier se décomposa. C'était horrible. Quel monstre il était. Obligé, Harvey allait le prendre pour un de ces gars qui prennent les sans-abris pour des moins que rien. Mon dieu. Il allait devoir se racheter, plus que ce qu'il avait prévu. Bon. Vite, une diversion, dit quelque chose, ait l'air sympa.

« Moi c’est Austin » commença Austin, alors qu’ils se mirent en route vers le café le plus proche, et surtout pas un Starbucks, pas certain de s’il devait, pouvait, rajouter quelque chose de plus. Tant pis, dans le doute, un sourire poli devrait faire l’affaire. Il n’était pas certain de grand-chose, Austin, parce que ce n’était pas vraiment lui qui avait voulu de cette situation, donc il n’avait aucune idée de comment il était censé la gérer. Intérieurement, il détestait João et son mélange de compassion et de malice que l’on attendait que peu d’un gamin des favelas. Mais il était toujours surprenant, comme le côté incroyablement paternel de Salim par exemple. C’était le dernier trait de caractère que l’on s’attendrait à voir de la personne la plus solitaire et opportuniste que Austin ait pu connaître, mais il était bien là. Et tant mieux.

Toujours était-il que là c’était bien à Austin d’apprendre à gérer cette situation. « Il a pas l’air si sale que ça pour un SDF. Il a de la chance » faisait João, lui tournant autour, le reniflant, n’essayant pas vraiment d’être discret puisqu’il n’avait pas à l’être. Mais au moins ça ouvrait la piste pour un essai de début de conversation.
« Donc… Ça fait longtemps que tu dors dehors comme ça ? » C’était peut-être indiscret, indélicat, pas malin, mal formulé, tout ce qui vaudrait à Austin une tape derrière la tête de la part de Suki si elle était venue l’écouter, mais au moins ça avait l’avantage d’être clair. Et Austin n’avait jamais été du genre à tourner autour du pot non plus. D’habitude, les sans-abris, ça puait. Ce n’était pas franchement de leur faute, ils se laveraient s’ils en avaient l’occasion, mais ils ne l’avaient pas. Alors peut-être que ce Harvey avait plus de chance que les autres. Il avait l’air débrouillard, parce qu’il arrivait à survivre sans pour autant faire la manche bien souvent, parce que Austin ne l’avait jamais vu quémander quoi que ce soit dans la rue. Au lieu de cela il volait dans les potagers des gens, visiblement. Chacun ses méthodes. Il avait simplement de la chance que sa victime ait un petit brésilien bavard sur son épaule pour lui rappeler que ce potager gigantesque avait, à la base, été pensé pour nourrir trois personnes, et que maintenant Austin vivait seul. Et à Suki de lui rappeler que, au moins, ça lui permettait de manger des légumes, il y gagnait doublement.
Tant mieux pour lui, leur répondit Austin, mais bon, c’étaient des légumes qu’il aurait pu vendre aux voisins, au marché, à un magasin de légumes bios. Et à Salim de préciser que, comme toujours, s’ils avaient besoin d’argent, il pourrait leur envoyer. Il aidait régulièrement João, alors un de plus un de moins ce n’était pas grand-chose.
Voilà donc une boucle bouclée grâce à laquelle Harvey ici présent avait gagné le droit de se servir (raisonnablement quand même, fallait pas abuser) dans le jardin de Austin.

Et voilà qu’ils arrivaient devant un café. Ou plutôt devant un bon vieux diner typiquement américain, avec du carrelage noir et blanc au sol, un vieux jukebox collé contre le mur, une serveuse quarantenaire sympa qui connaissait tout le monde, et plein de tables vides. Ce dernier point c’était une coïncidence, mais Austin avait toujours préféré les endroits calmes à ceux remplis d’inconnus qui parlent fort et sont trop indiscrets. C’était l’une des conséquences d’une enfance sans frère ni sœur passée dans les champs. Et au moins, ici, ils pourraient prendre un super bon petit déjeuner en plus de leur café. Ce n’était jamais de refus, parce qu’aller faire ses courses quand on a faim, c’est super dangereux, rappelait João qui, pour une fois, se faisait discret et se contentait d’écouter la conversation. De toute façon, dans l’état actuel des choses, ce n’était pas comme si Austin pourrait répondre à ses plaisanteries habituelles.

Une fois installé, la serveuse vînt les voir, leur demandant l’habituel « qu’est-ce que je vous sers ce matin ? » aux deux hommes venus petit déjeuner, remplissant d’office leurs tasses de café, puisqu’ici c’était café illimité sans même que l’on ait à demander. « Pas trop de café s’il te plait Austin, je dois dormir cette nuit » faisait Suki chez qui il faisait déjà nuit depuis plusieurs heures et qui avait passé sa soirée à réviser. « Prend du bacon s’teuplait ! » demandait Salim, qui n’avait pas le droit de manger de porc mais qui n'avait rien trouvé dans le Coran relatif à de la télépathie gustative. Il s’était découvert une passion pour le bacon, d’ailleurs.
« Des œufs au bacon s’il te plait, et une tasse de thé plutôt que du café, demanda donc Austin à la serveuse.
-Merci, fit rapidement Suki avant de s'en retourner à son bureau tokyoïte.
-Et toi Harvey ? » De toute façon c’était Austin qui invitait, évidemment, alors il pouvait se faire plaisir pour une fois. Peut-être que ça faisait super longtemps que Harvey n'avait pas eu le droit à un vrai repas. Alors même si ce n'était qu'un petit déjeuner, c'était mieux que rien. C'était le repas le plus important de la journée après tout !

Et une fois leur commande passée, la serveuse s’en irait remplir la tasse du policier accoudé au comptoir avant d’aller en cuisine leur faire à manger, laissant les deux hommes discuter à foison.




Dernière édition par Austin Carvel le Lun 29 Mai 2017 - 19:08, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: « jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése » ~ Harvin   Lun 29 Mai 2017 - 18:37

Jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése
Austin & Harvey



Dormir dans la rue, ce n’était pas l’intention initiale d’Harvey. Mais ne pas rejeter le déguisement évident, ça, en revanche, c’était un choix délibéré de sa part, une solution de facilité avec laquelle il joue depuis qu’il a refoutu les pieds à Radcliff, comme une évidence toute trouvée. Alors qu’il n’y avait jamais pensé auparavant. Il n’est pas sans abri, le mutant, il n’est même pas complètement sans ressource. Il est juste sans attache, sans amarre, sans quoique ce soit pour le convaincre de sortir de son apathie affective, et de se relever réellement. Uprising, un groupe de gais lurons qu’il utilise, pour leurs ressources et leur gentillesse, sans parvenir à leur faire suffisamment confiance pour complètement adhérer à leurs idées utopistes. Pour complètement se joindre à eux. Harvey utilise Uprising, il n’en fait pas partie. Il utilise le logement de Porter pour avoir un pied-à-terre, pour avoir un point de chute mais seulement en cas d’urgence. En dehors de ça, oui, il dort dans la rue. Mais est-ce qu’il est vraiment à plaindre pour ça ? Est-ce qu’il n’est pas en train de complètement escroquer, extorquer l’homme face à lui qui fait preuve d’une gentillesse et d’un altruisme déstabilisant, si déstabilisant qu’Harvey ne s’y attendait pas le moins du monde ? « Eh bien on est parti alors ! » Un sourire, l’ancien flic se passe la main dans les cheveux, cherche à les démêler un peu, débroussaille même sa barbe encore naissante du bout des doigts et relâche son arme pour mieux se faire cordial. Il se sent mal, injuste et hypocrite, autant ne pas rajouter impoli à ce tableau de chasse des défauts les plus écoeurants. « Moi c’est Austin » Austin, bien. Harvey hoche la tête. « Et bien… merci, alors, Austin. » Merci non seulement pour le café proposé, pour le regard lancé à un plus-démuni, pour ce temps pris, mais aussi merci pour les légumes de ton potager qui ont fini plus d’une fois dans l’estomac d’Harvey. Notamment, si ses souvenirs sont bons, il y a sept mois maintenant lorsqu’il était bien plus mal en point et fuyait des hunters, plus mort que vif, après une évasion inespérée du centre où il était retenu. Que sait Austin, au juste, de tout cela ? C’est ce qu’Harvey compte bien découvrir dans un futur proche, et c’est - il faut bien qu’il se le répète pour soulager sa conscience - l’unique raison de son mensonge par omission.

Austin se met en route, Harvey se retrouve avec la main tendue, et un vent des plus majestueux à peine compensé par un sourire. D’accord. Merci. Sympathique pourrait-il même rajouter s’il n’avait pas conscience d’abuser lui-même. Un soupir, il y a un silence entre les deux homme le temps qu’ils rejoignent le bâtiment visé. Un silence bien vite rompu, toutefois, attirant le regard surpris du mutant sous la question. « Donc… Ça fait longtemps que tu dors dehors comme ça ? » Une grimace. L’indiscrétion de la question peut totalement être un angle de défense, une façon de se recroqueviller derrière un nouveau mensonge mais Harvey n’est pas vraiment partant pour cette option. User et abuser de la confiance des gens, ça n’a jamais été son truc. Il n’a pas été élevé pour ça. Tout comme il n’a pas été élevé pour la vengeance, pour le meurtre, pour la trahison et la torture. Que son enfance lui semble loin, bon sang. Que sa femme et Violet lui semblent remonter à une éternité. Que Daisy, et leur petit périple à deux lui semblent dater de… non. Daisy est encore actuelle. Daisy est bien trop actuelle. « C’est… compliqué » concède donc Harvey, pour se donner un peu plus de temps pour choisir ses mots. Pour clôturer la conversation, également.

Se laisser du temps pour sélectionner ses vérités. Ensevelir ce qu’il refuse de dire, ce dont il refuse de parler, ce qu’il ne peut pas se permettre d’évoquer, aussi. Ils arrivent dans un diner américain, Harvey ne peut s’empêcher de remarquer immédiatement l’absence de clients, déjà, puis la présence d’un policier qui le fait se figer à l’entrée de l’établissement. Un battement de coeur, la mutation du brun le pousse à écouter les battements de coeur de l’intrus, ceux de son bienfaiteur. Il garde un oeil sur l’homme au comptoir, tout en s’installant pour avoir l’ensemble de la pièce dans son champ de vision, la sortie à portée de main et de course, une esquive facile. Il n’est pas tranquille, Harvey. Il est même nerveux, Harvey. « Des œufs au bacon s’il te plait, et une tasse de thé plutôt que du café. Et toi Harvey ? » Si nerveux qu’il se rend compte après coup qu’il est trop concentré sur son environnement pour réellement en prendre conscience. Comme souvent lorsqu’il s’attache tellement à écouter un son - en l’occurrence les battements de coeur et les grésillements de la radio du flic - qu’il en devient imperméable à tout le reste. « Pardon ? » Il cligne des yeux, se rend compte que la serveuse attend. « Juste un café. » Juste un café. « Sans sucre » Parce que le sucre sature bien trop facilement ses papilles. Un regard en direction d’Austin, Harvey se rend compte qu’il est supposé avoir faim. Qu’il a faim, même, puisque son dernier repas - sauté, oublié, négligé - remonte à bien trop d’heures. Austin offre. Et si Harvey hésite à en profiter, le grognement de son estomac, lui, a déjà pris sa décision. Avec un soupir, le mutant se résigne à ajouter « Et si vous avez… des pancakes ? Ce sera très bien. » Il lance un regard gêné en direction de l’autre homme, suit la serveuse qui s’éloigne, fixe un instant le policier et reporte son attention sur le fermier.

Qui l’a reconnu. En parlant tout seul dans la rue. Ce n’est pas un tort, bien sûr, tout le monde a le droit d’apprécier sa propre compagnie ou d’avoir des amis imaginaires, mais ce serait un mensonge que de dire qu’Harvey n’a aucun problème à l’idée qu’on se souvienne de lui. « Tu es un homme bon, Austin, c’est plutôt rare dans le coin. » La main abîmée d’Harvey reste hors de vue, plaquée contre son torse par habitude. L’autre, en revanche, pianote sur la table, selon un rythme apaisant qu’il ne peut s’empêcher d’entendre. Et qui l’aide non seulement à se concentrer mais aussi à se décontracter.  « Ca ne fait que… ça ne fait que quelques mois que je suis dans cette situation, pour tout t’avouer. Tout un tas de problèmes, j’ai perdu pied… des connaissances m’hébergent parfois, mais je ne veux pas être un poids pour eux, alors avec les beaux jours qu’arrivent... » Ce ne sont pas des mensonges, juste des vérités énoncées sous un angle différent.« On va dire que j’ai un point de chute pour me doucher, dormir parfois dans un vrai lit, mais que je ne veux pas en abuser non plus. » La nervosité accélère ses doigts. Il faut dire qu’Harvey ne peut s’empêcher de vouloir tout écouter de ce qu’il se passe autour de lui. Il attrape une cuillère posée sur la table pour la faire tourner machinalement et concentrer son attention bien trop facilement dispersée.  « Et toi ? Tu fais quoi dans la vie ? » Question innocente, question destinée à savoir à quel point l’autre est honnête.

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MessageSujet: Re: « jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése » ~ Harvin   Mar 30 Mai 2017 - 0:37



« jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése »
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« Tu es un homme bon, Austin, c’est plutôt rare dans le coin. » dit Harvey, comme ça, de nulle-part, juste après avoir commencé, arrachant un sourire gêné à Austin qui passa alors la main dans ses cheveux tout en le remerciant, tout aussi content qu’il se soit assez détendu pour commander à manger. « Merci » ajouta João, assis à côté de l’invité, invisiblement.
« Y’en a plus qu’on pourrait croire, ils ont simplement… Peur de ce qu’ils ne connaissent pas, c’est tout. Et je parle pas forcément de mutants. »

Deux choses. Premièrement, c’était facile à dire pour Austin qui avait toujours été là, qui était né à Radcliff, qui avait grandi à Radcliff, qui avait fait toutes ses études à Radcliff, donc qui connaissait toute une génération d’habitants de Radcliff. Cela les rassurait, parce qu’il était on ne pouvait plus normal. Il n’était pas un monstre, pas un dégénéré, encore moins un mutant. Il habitait toujours la même maison, on savait où le trouver, et il y avait pas mal de chances qu’il finisse par laisser échapper son dernier souffle au même endroit que là où il avait attrapé son tout premier. Et bien que cette idée l’inquiète de plus en plus là où auparavant elle le rassurait, c’était la vérité. C’était donc facile à dire de quelqu’un que tout le monde connaît, au moins pense connaître au point de lever tout soupçons sur une éventuelle mutation, parce qu’il est un habitant type de Radcliff. Il n’y a qu’à vivre à Radcliff pour être semblable à Austin.
Deuxièmement, encore plus facile à dire quand on n’avait jamais eu besoin d’aide. Dans la famille Carvel, on était très proche. On s’aidait mutuellement. C’était normal, attendu, traditionnel, tout ce que vous voulez, mais c’était comme ça. Et tant mieux, parce qu’avoir des parents sur qui l’on peut compter, cela rend tout infiniment plus facile. Et quand ses parents étaient morts, c’étaient Suki, Salim et João qui avaient pris le relai. Ils n’étaient pas ses parents, mais de lui ils étaient bien plus proche encore. Ils pouvaient absolument tout se dire, n’avaient parfois qu’à le penser, donc pouvaient compter les uns sur les autres. C’était une relation basée sur une honnêteté et une exclusivité sans conditions, qui faisait qu’ils avaient maintenant presque du mal à rencontrer quelqu’un avec qui ils s’entendaient aussi bien.
Mais tout cela avait toujours protégé Austin de quelque besoin que ce soit. Pour les besoins matériels, il y avait ses parents, puis leur héritage. Pour les besoins relationnels, il y avait son cercle fermé d’alter egos. Et puisque c’est bien lorsque l’on a besoin d’aide et seulement dans ces moments-là que l’on se rend compte de sur qui l’on peut compter, et qu’Austin n’a jamais connu de tels temps, c’était facile pour lui de dire que les gens, des inconnus qui ne lui devaient rien, avaient la main sur le cœur. Il ne leur a jamais demandé.
« Ça fait longtemps que t’es à Radcliff ? » demanda-t-il alors. La réponse à cette question éclairerait beaucoup de points selon lui. S’il était tout nouveau, normal qu’il n’ait pas grand monde vers qui se tourner... Il avait toujours l’air aussi nerveux en plus, le faire s’ouvrir aiderait peut-être.

Les assiettes arrivèrent peu après la petite tirade d’Harvey sur son histoire. Qui était somme-toute assez classique. Enfin c’était un peu ce à quoi l’on s’attendait lorsque l’on demandait à un sans-abris que l’on ne connaissait même pas ce qu’il faisait dans un tel état. « Ah bah c’est pour ça qu’il pue pas » commenta João, visiblement très attaché à son odeur corporelle. Cela aurait pu faire sourire Austin et lui arracher un léger hochement de tête s’il avait pu le faire discrètement. Mais il avait une paire d’yeux rivés sur lui, à un mètre de lui seulement. A la place, il offrit un rapide regard à João avant de revenir sur Harvey, comme s’il avait porté son attention sur quelque chose avant de décider que finalement c’était sans importance. « Bah quoi ? Crois moi t’as pas envie déjeuner avec quelqu’un qui pue comme un SDF bien crade. »
Secouant alors légèrement la tête pour en revenir à ses moutons, Austin repris la conversation. « Enfin tu sais, s’ils te proposent de t’héberger, même un peu, c’est que ça leur fait plaisir, je pense pas que t’aies trop besoin de t’inquiéter d’abuser de leur hospitalité » fit Austin, toujours aussi utopiste, souriant et plantant sa fourchette dans une tranche de bacon pour l’approcher de sa bouche.

Finalement, il arrêterait ce mouvement en chemin, parce que l’on venait de lui poser une question.
« Ooooh, sérieusement ! J’attends ce moment depuis ce matin ! » s’indigna Salim face à ce refus d’enfin savourer une tranche de bacon, ce qui fit sourire Austin. Il adorait torturer son ambassadeur iranien, c’était plus délicieux encore que ce morceau de lard grillé dans sa graisse.
« Je suis agriculteur, j’ai hérité de la ferme de mes parents il y a un an et demi, du coup j’ai repris le flambeau. J’ai pas à me plaindre, vraiment, même si c’est pas forcément grand-chose et même si c’est pas le travail le plus intéressant du monde, ça permet de vivre et ça laisse pas mal de temps libre à côté, genre pour improviser un petit déjeuner avec des inconnus qu’on trouve dans la rue, comme ça » expliquait-il, avant de marquer une pause. Un sourire narquois étira ses lèvres. Moqueur, espiègle, rieur, qui ne présageait rien de bon si l’on était pas trop du genre à rire.
« Mais bon, t’as vu à quoi ça ressemble, chez moi, j’imagine que tu le savais déjà. »

Et bam, la bombe était lâchée. Sur ces mots, en riant intérieurement, Austin enfourna une tranche de bacon dans sa bouche, l’air satisfait de ses bêtises. « Alhamdulillah ! » fit Salim, levant les bras aux ciel et disparaissant aussitôt, en retournant à ses affaires, ce qui fit encore plus sourire Austin.
C’était une blague, évidemment. Il savait qu’Harvey s’était déjà aventuré chez lui, mais il s’en fichait, encore une fois grâce à sa compassion brésilienne. Cela se voyait à son regard souriant, rieur, joueur, qui ne demandait qu’à briser la glace après tout. C’était son petit côté João qui le rendait moqueur, espiègle, piquant mais amusant, qui faisait qu’il aimait torturer un peu tout le monde.

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MessageSujet: Re: « jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése » ~ Harvin   Dim 4 Juin 2017 - 23:17

Jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése
Austin & Harvey



Autant être honnête : Harvey n’a aucune idée de l’attitude correcte à avoir devant l’homme qui lui fait face, qui lui a tendu la main – au sens figuré du terme – et qui lui offre désormais un café. Des hommes comme Austin, Harvey en a déjà rencontrés bien évidemment – il pourrait même se targuer de l’être, de l’avoir été, mais des hommes comme Austin, aussi, il n’en a que peu été la victime si on peut le dire ainsi. Harvey navigue à l’instinct, comme très souvent d’ailleurs, mais son instinct est actuellement muet, sa curiosité seule lui donnant un cap à suivre. Etre confronté à des personnes tout simplement altruistes, voilà une chose à laquelle il n’est plus habitué. Etre confronté à des personnes qui, manifestement, ne sont pas toutes seules dans leur tête, voilà une chose à laquelle il n’est tout simplement pas habitué non plus. Mais toute confrontation est bonne à prendre, toute rencontre est bonne à faire et toute curiosité ne mérite que d’être assouvie. « Y’en a plus qu’on pourrait croire, ils ont simplement… Peur de ce qu’ils ne connaissent pas, c’est tout. Et je parle pas forcément de mutants. » Un haussement de sourcils, Harvey tique à la mention des mutants, comme un cheveu tombé sur la soupe à ses yeux. Pourtant, vu les circonstances actuelles, vu la campagne de dépistage à laquelle il ignore encore s’il se pliera, vu les attentats, les morts, la milice en place… mentionner les mutants en même temps que la peur – intrinsèquement humaine – de l’inconnu, ça tombe sous le sens. Le mutant n’aime juste pas lorsque ça tombe sous le sens dans une conversation qui l’implique, lui, surtout lorsqu’il ignore dans quelle cour joue son interlocuteur.

Chose qu’il compte bien cesser d’ignorer dans les minutes qui suivent, cela va sans dire. Harvey est mal à l’aise, dos au mur, face à la salle, avec néanmoins le flic, l’ensemble de l’établissement, les sorties sous les yeux. Ce n’est pas un fugitif – il ne l’a jamais vraiment été – mais ce n’est pas pour autant qu’il apprécie tout particulièrement montrer sa carte d’identité à quelqu’un ou se faire remarquer plus que nécessaire. Il a un œil rivé sur l’autre client, donc, l’oreille attachée à sa respiration, lorsqu’il entreprend de répondre – enfin – à la question posée un peu plus tôt par Austin. « Ça fait longtemps que t’es à Radcliff ? » Si ça fait longtemps qu’il est dans la rue, dans le coin ? Ses doigts battent un rythme régulier sur la table, l’aident à se concentrer sur ses propos, pour ne pas laisser son attention se disperser sous tous les petits bruits qui peuvent le mettre sur les nerfs. Non, ça ne fait pas longtemps. Quelques mois tout au plus. Ils sont arrivés à deux, Daisy et lui, il est reparti seul ; il est revenu seul, aussi. Et depuis… Harvey fronce les sourcils, cesse de faire tourner la cuillère entre ses doigts pour remuer son café. Il a presque l’impression qu’Austin ne l’écoute pas ou qu’il – plus exactement – recommence comme un peu plus tôt dans la rue. A écouter quelque chose qu’Harvey n’entend pas. les yeux du brun se font inquisiteurs, bien involontairement. Accrochent le coup d’œil qu’effectue Austin sur le côté, ne peut lutter contre l’envie de faire de même comme pour chercher à voir la même chose que lui. Autrement dit, rien. Bon. Soit. Harvey repose la cuillère sur le bord de la petite assiette, attrape la tasse à deux mains, comme s’il s’agissait d’un petit bol, pour mieux s’y réchauffer et s’y brûler, une technique comme une autre d’accaparer ses sens pour leur tenir la bride. Et ne fait, surtout, aucune remarque. Il se contente d’observer. « Enfin tu sais, s’ils te proposent de t’héberger, même un peu, c’est que ça leur fait plaisir, je pense pas que t’aies trop besoin de t’inquiéter d’abuser de leur hospitalité » Un haussement d’épaule, Harvey tente de s’imaginer s’installer plus durablement au manoir Porter, secoue la tête pour mieux oublier cette possibilité. « Certes, tu dois bien avoir raison. » mais ce n’est pas pour autant qu’il optera pour cette option. Ce n’est pas pour autant qu’il compte même l’envisager plus d’une poignée de secondes, pour être honnête. Déjà parce que ses propos à lui relevaient d’un certain mensonge, ensuite parce qu’il est hors de question de mettre Uprising en danger d’une manière ou d’une autre, et qu’il est toujours plus simple de prendre la fuite lorsqu’on est à ciel ouvert que le contraire. Sauf que ces deux points, Austin n’en est pas au courant naturellement. Et qu’il vaut mieux, pour Harvey, changer de sujet sans plus tarder, renvoyer la balle, se faire à son tour l’interrogateur. Se faire à son tour l’enquêteur. Chercher à piéger l’homme qui lui fait face, tout en entamant ses pancakes avant qu’ils ne refroidissent.

« Je suis agriculteur, j’ai hérité de la ferme de mes parents il y a un an et demi, du coup j’ai repris le flambeau. J’ai pas à me plaindre, vraiment, même si c’est pas forcément grand-chose et même si c’est pas le travail le plus intéressant du monde, ça permet de vivre et ça laisse pas mal de temps libre à côté, genre pour improviser un petit déjeuner avec des inconnus qu’on trouve dans la rue, comme ça » Harvey hoche la tête d’un air poli. Il voit le genre, il voit même très bien. Agriculteur, ça, il était au courant. Pour le reste… ça n’explique pas…« Mais bon, t’as vu à quoi ça ressemble, chez moi, j’imagine que tu le savais déjà. » Le mutant s’immobilise. Son regard, brièvement déporté à la recherche d’une serviette, s’immobilise lui aussi. Et tous ses muscles se tendent. Des muscles qu’Harvey se force à décontracter malgré tout, alors que d’un mouvement très lent, il repose sa fourchette et son couteau, qu’il avait serré dans ses poings par réflexe.

Ses réflexes veulent lui faire articuler un pardon agressif. Son instinct lui souffle que ce n’est pas la bonne solution. Pas du tout la bonne solution. Il voulait de l’honnêteté de la part d’Austin, il l’a. Pleinement. Trop pleinement d’ailleurs. Mais il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Et assumer. « Tu sais que… » Il s’adosse au dossier de sa chaise. « C’est incroyablement gênant comme situation. » Pire que gênant, même. « Je suis désolé. » Harvey prend son inspiration. « Qu’est-ce que tu attends, Austin ? Tu veux que je te rembourse, tu veux… » Le regard de l’ancien flic glisse en direction de celui qui aurait pu être un collègue. Dans une autre vie. Une vie à des années lumières de celle qu’il vit actuellement. « T’es au courant qu’il est hors de question que quiconque me coffre. » Et il est plus que sérieux. L’insécurité d’Harvey est à son maximum, un maximum qu’il atteint constamment depuis son kidnapping.

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MessageSujet: Re: « jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése » ~ Harvin   Ven 9 Juin 2017 - 21:14


   


« jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése »

Austin était fier de sa blague, au début. João riait, même. Tellement fiers de leur humour qu’ils ne faisaient pas réellement attention à la réaction de leur victime. Ils ne virent pas les mains se crisper, les gestes se faire plus brusques, les inspirations de faire. Austin reprenait même une gorgée de thé le temps que le dindon de la farce trouve de quoi répondre.
Celui-ci commençait d’ailleurs assez normalement, pour faire suite à des accusations lancées si imprudemment. C’était gênant comme situation, disait-il. Ce qu’Austin comprenait puisque lui-même aurait horreur de dépendre des gens et de voir les faits lui revenir à tel point sur le coin du museau. Il détesterait être mis devant les faits de la sorte, un peu comme quand sa dernière petite amie en date (voire toutes, en fait, elles lui avaient toutes dit ça à un moment donné) lui disait qu’il savait très bien ce qu’il avait fait, alors que s’il savait ce qu’il avait fait, il n’aurait pas eu besoin de demander ce qu’il avait fait.
Là, les deux savaient très bien ce qu’il avait fait, Harvey. Il avait volé dans son potager, et Austin s’en fichait comme de sa dernière carotte (vu que c’était Harvey qui était parti avec). Mais Harvey ne le savait pas, et c’était pour ça que cette blague n’était peut-être pas si parfaite que cela. Finalement, il ne savait pas du tout ce qu’il avait fait.
« Mais non, t’en fait pas, si je plaisante c’est bien que je m’en fiche, t’aurais même pu me demander avant le résultat aurait été le même » allait dire Austin, qui avalait encore une gorgée de thé. Mais juste avant qu’il ne sépare la céramique de ses lèvres, on lui coupa l’herbe sous le pied. Avec la cheville, et un bout du mollet au passage.
« Qu’est-ce que tu attends, Austin ? Tu veux que je te rembourse, tu veux… »

Austin en avala de travers, s’étouffant de surprise, recrachant une partie de son thé dans sa tasse, l’autre partie sur la table. « Attend, quoi ? » fit João, aussi surpris que son homologue américain. Qu’on le rembourse ? c’était absurde. Mais pendant la fraction de seconde que pris Austin à reprendre ses esprits et contrôle sur les liquides qui sévissaient dans sa gorge, Harvey continua.
« T’es au courant qu’il est hors de question que quiconque me coffre, » fit-il après un regard rapide lancé au policier en uniforme qui regardait les infos à la télé, accoudé sur le comptoir. « Mais quoi ? » continuait d’ailleurs le brésilien.

Austin le regardait avec des yeux écarquillés, posant la tasse sur la table. De toutes les blagues qu’il avait pu faire dans sa vie, et encore plus celles qu’il avait faites avec João, jamais une n’avait eu un si mauvais effet. C’était comme de rire pendant un enterrement, voire peut-être pire, parce que lorsque la personne en face de soi a l’air déjà extrêmement stressée, et surtout lorsqu’elle ne répond même pas à la question « Ça fait longtemps que t’es dans le coin ? » on ne brise pas la glace à grand coup du « Tu sais très bien ce que t’as fait ».

« Attend, quoi ? » eut Austin pour seule réponse dans un premier temps, sourcils haussés dans une moue mélangeant surprise et incompréhension. Puis il trouva enfin ses mots, parce que le temps se faisait un peu long à force. « Mais je rigolais hein, le prend pas comme ça. Enfin… » Oui c’était gênant. Arroseur arrosé de mes deux. « Je t’en veux pas hein, je t’ai vu piquer dans mon potager dès la première fois mais je m’en fous de ça, si je voulais t’en empêcher je l’aurait fait déjà. »
Ou comment se faire passer pour un gentil sous prétexte que si je voulais te tuer tu serais déjà mort. Parfois ça marchait. Là, il n’y avait qu’à espérer que cela suffirait à calmer Harvey. Parce qu’il avait franchement besoin de se calmer. Pas étonnant qu’il soit sur les nerfs tout le temps si tout le monde lui fait des frousses pareilles dès que quelqu’un daigne lui adresser la parole. Pas facile, la vie de sans-abris, visiblement.
« Eh beh, il est sur la défensive Harvey, faut qu’il se calme un peu… Il se planque de quelque chose si tu veux mon avis, expliquait João, détective privé en herbe d’autant plus efficace qu’il n’avait jamais vraiment à essayer d’être distrait lorsqu’il inspectait les réactions de ses cibles face à tel ou tel événement. Et toi tu l’accuses de vol dans un diner où le seul témoin c’est un policier… » conclu-t-il, jetant un coup d’œil au policier qui ne bougeait pas vraiment, parce qu’il était assis face à lui, à côté de Harvey.

« Mais quoi ? » répondit Austin, faisant volte-face pour confirmer ce qu’on venait de lui dire mentalement, parce qu’il avait complètement oublié qu’ils étaient avec un représentant des forces de l’ordre les moins cools de la planète et que c’était João qui venait de le lui rappeler. Puis il revint vers Harvey, du regret et de la détresse plein les yeux. « Oh mon dieu je suis désolé ! Ça avait vraiment l’air d’un guet-apens tout pourri mais je suis désolé c’est pas fait exprès, s’excusait-il comme un enfant qui avait fait une bêtise.
-Ah bah ça tu peux être désolé ! » Et un autre regard rapide de la part d’Austin vers celui qui prenait un malin plaisir à le torturer.

Austin repris sa respiration. Il était vraiment désolé, c’était sincère, et lui qui avait toujours été expressif espérait que cela se voyait à son visage, se sentait à ses excuses qu’il pourrait répéter mille fois des vingt manières différentes qu’incluaient le japonais si Suki était là pour l’aider à s’en rappeler.
« Mais nan mais enfin je m’en fiche que tu me piques dans mon potager quoi. Désolé si je t’ai mis mal-à-l’aise, c’était pour rire, mais oui je t’ai déjà vu faire, et de toute façon ça se voit quand il manque des légumes… Il marqua une pause et se retourna encore une fois vers le policier. Et lui j’ai pas fait gaffe mais il est toujours là c’est… »
Non Austin, même si t’as toujours habité à Radcliff et que tu connais tout le monde, ne lui dit pas que tu connais des policiers ça va être encore pire. « Enfin j’avais pas prévu de te faire arrêter pour des légumes quoi. Ni de te faire rembourser, je me doute bien que tu viens pas te servir par plaisir, que si t’avais les moyens tu ferais autrement, quoi. »

« T’as le chic pour rassurer les gens, toi.
-Ta… Bon euh... Vu que t'as l'air tendu, si tu veux je te pose plus de questions... » Sauva Austin qui était à deux doigts de lancer un « Ta gueule João. »
Finalement, ce petit déjeuner allait être plus compliqué que prévu... Et Austin n'avait mangé qu'une seule tranche de bacon.
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Dernière édition par Austin Carvel le Sam 24 Juin 2017 - 21:12, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: « jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése » ~ Harvin   Dim 18 Juin 2017 - 16:10

Jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése
Austin & Harvey



Harvey est un homme facilement ronchon. C’est un fait. Plus encore depuis quelques mois, plus encore depuis quelques années. Il en faut peu pour assombrir son humeur, il en faut peu pour faire disparaître de son visage un quelconque sourire, il en faut extrêmement peu pour le rendre méfiant. Quant à sa paranoïa, elle est si constante qu’on ne peut même plus dire que quoique ce soit la déclenche : elle est là, tout simplement. Comme à cet instant, alors qu’il a l’attention écartelée entre Austin, son bienfaiteur du moment, et le flic, un peu plus loin. Une attention tendue, un organisme prêt à réagir au quart de tour, à la moindre menace, à cette menace qui l’a fait se crisper instantanément, à ce reproche, même, qu’Austin semble venir de lui faire. Un reproche cherché par Harvey mais auquel il ne s’attendait pas réellement pour autant. Un reproche qui résonne comme une menace aux oreilles de l’ancien flic, qui a coffré un certain nombre de voleurs, de voleurs bien moins récidivistes qu’il ne l’est lui-même. Je suis désolé, l’est-il réellement, Harvey, finalement, ou est-ce surtout la peur qui parle, la panique qui le taraude, l’agressivité qui hésite à prendre le pas sur tout le reste ? Les yeux d’Harvey glisse vers le flic, son instinct hurle au guet-apens, il hésite à partir directement en courant mais n’ose pas anticiper des mouvements. A dire vraiment, il n’a pas envie de fuir. Vraiment pas. Il n’a pas envie de se sentir cerné, il n’a pas envie de devenir une cible, il a envie de croire qu’Austin ne l’a pas encore dénoncé, qu’il voulait peut-être simplement lui mettre un ultimatum. Un nouveau regard, le poing d’Harvey se referme sur lui-même pour l’empêcher de se saisir du couteau, dans une déclaration de guerre ouverte. Parlementer, c’est encore l’un de ses rares espoirs qu’il lui reste. Parlementer. Rembourser. Austin avale de travers, Harvey a l’impression de l’avoir pris au dépourvu, il choisit d’enchaîner sans plus tarder dans une sincérité et un sérieux à la hauteur de son insécurité actuelle. Il est hors de question que quiconque l’enferme à nouveau quelque part. Harvey deviendrait fou, il le sait, sans qu’il ne soit pour autant devenu claustrophobe. A moins qu’il ne le soit bel et bien devenu, finalement. Personne ne le coffrera nulle part, pas sans qu’il ne se débatte. Harvey est peut-être un flic dans l’âme, et un putain de bon flic avec toute la loyauté, la droiture et l’idéalisme que ça implique, il est aussi un homme qui se sent traqué, un homme qui en a tués d’autres, un homme qui a été torturé. Un homme qui a beau voir la bonté des gens mais qui n’ose plus vraiment y croire dès lors qu’il en est le destinataire. Non, Harvey n’est pas brisé, mais il s’en sera fallu de peu pour qu’il le soit. « Attend, quoi ? » Il plonge son regard dans les yeux d’Austin. « Te rembourser. Hors de question que j’ai à faire avec eux. » Eux, la police. Eux, les autorités. Eux, et son passé. Eux et, aussi, le regard de Daisy. « Mais je rigolais hein, le prend pas comme ça. Enfin… Je t’en veux pas hein, je t’ai vu piquer dans mon potager dès la première fois mais je m’en fous de ça, si je voulais t’en empêcher je l’aurait fait déjà. » Il ne le croit pas, Harvey. Pourtant, tout est là : Austin exsude littéralement la sincérité et la gentillesse, l’honnêteté. Tout en lui hurle la vérité, l’étonnement, la surprise, même une innocence et une candeur quelque peu désarmante. Mais lui faire confiance… « Je ne te crois pas » souffle un Harvey pleinement sur la défensive.

Bien sûr qu’il ne le croit pas. Il n’est pas assez fou pour ça. Et si, au fond de lui, Harvey sait qu’il le croit, il refuse de l’admettre, il refuse de s’écouter. C’est un homme d’instinct, le mutant, mais parfois… parfois il refuse tout simplement de suivre aveuglément ce que son instinct lui hurle. « Mais quoi ? » Harvey cille, ses doigts se sont saisis du couteau, finalement. Le silence, puis la réponse, il a l’impression confuse d’Austin écoutait quelqu’un d’autre. Quelqu’un qu’Harvey n’a pas pu entendre. L’ancien flic a appris à se rendre compte de telles anomalies, à comprendre lorsqu’un mec utilisait une oreillette, ou obtenait des informations sans qu’il n’y paraisse. Et là… son instinct, toujours son instinct, hurle quelque chose de louche. « Oh mon dieu je suis désolé ! Ça avait vraiment l’air d’un guet-apens tout pourri mais je suis désolé c’est pas fait exprès, Le regard sévère répond aux excuses d’Austin, des excuses qu’il ne sait pas comment recevoir. Il garde le silence, il garde les yeux rivés sur l’agriculteur, et les oreilles dirigées vers le policier dont il entend à présent les battements de cœur tant il le surveille. A moins que ce ne soient les siens, qui s’affolent dans sa poitrine.  

« Mais nan mais enfin je m’en fiche que tu me piques dans mon potager quoi. Désolé si je t’ai mis mal-à-l’aise, c’était pour rire, mais oui je t’ai déjà vu faire, et de toute façon ça se voit quand il manque des légumes… Et lui j’ai pas fait gaffe mais il est toujours là c’est… » Harvey tente de se détendre, tente de se calmer, tente de faire confiance à Austin, tente de se convaincre qu’il dit peut-être la vérité. Après tout, le flic n’a toujours pas bougé. Et Austin n’a toujours pas hurlé à l’agression. Harvey essuie ses mains moites sur son jean, toujours pour mieux les éloigner du couteau, et de l’arme qu’il porte sur lui. « C’est… ? » « Enfin j’avais pas prévu de te faire arrêter pour des légumes quoi. Ni de te faire rembourser, je me doute bien que tu viens pas te servir par plaisir, que si t’avais les moyens tu ferais autrement, quoi. Ta… Bon euh... Vu que t'as l'air tendu, si tu veux je te pose plus de questions... » Harvey continue à le fixer. Et doit bien admettre qu’Austin semble réellement être désolé. Et doit aussi admettre que… bon sang… c’est à son tour désormais de se sentir mal d’avoir peut-être, éventuellement, surréagi pour pas grand-chose. Lamentable. Le silence se dispute ses battements de cœur, et ceux d’Austin et du flic. Le silence, puis le coude qu’Harvey redépose sur la table. « Je… non, t’excuses pas. Je suis juste un peu sur les nerfs. » Seulement un peu ? Harvey ressent tout, et tout plus fort. Mais est-ce réellement une raison pour croire que le monde entier lui veut du mal ? « Je t’ai dit, j’ai pas rencontré de gens bien, ces derniers temps. J’ai… » Un soupir. Qu’Austin cesse de lui poser des questions, ce serait une bonne chose, en effet, mais quelque part, Harvey se sent déjà suffisamment coupable d’avoir feint être en bien plus mauvaise posture qu’il ne l’est en réalité, coupable d’avoir surréagi, si en plus de cela, il se ferme totalement à la discussion…

« J’ai été cop’, pendant quelques années. Je… j’en ai coffré pour moins que ça, donc… » Une petite concession. « Puis les choses ont mal tourné après une rixe de rue, j’ai perdu pied. Ma femme, ma fille, tout ça, j’ai changé de vie. Et ça me réussit pas des masses. » Au moins, il lui offre non seulement des bribes d’explication, mais aussi la vérité. Chose aussi rare que les gens bien, malheureusement. « Mais j’étais sincère, quand je te disais que je pourrai te rembourser. Je veux dire… Parfois je trouve des petits jobs… s’il te faut quelqu’un pour désherber, ou vider tes poubelles… voler comme ça, c’est pas réellement moi. » Ses yeux dérivent vers l’assiette, le café qui refroidit. Qu’il termine en quelques gorgées. « Le flic, tu le connais, n’est-ce pas ? » Il a un mouvement de menton en direction de l’homme toujours au comptoir, toujours inconscient d’être le sujet principal des préoccupations d’Harvey.

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MessageSujet: Re: « jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése » ~ Harvin   Sam 24 Juin 2017 - 22:35


   


« jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése »

Les secondes se faisaient longues, interminables, le temps que Harvey n'articule les premières syllabes de sa réponse. Et pendant ce temps, Austin attendait, anxieux de constater les dégâts qu'il avait pu causer, sans pour autant se demander ce que tout cela pouvait bien lui faire.
D'accord, il avait fait une blague que l'on avait mal pris. D'accord, l'homme en face de lui était paranoïaque, bien plus que ce qu'Austin aurait pu l'imaginer. Mais premièrement, comment pouvait-il savoir que la rue avait un tel effet sur ceux qu'elle côtoyait trop souvent ?
Ensuite, qu'est-ce qu'il en avait à foutre, sérieusement ? L'homme en face de lui, il ne le connaissait pas mais n'avait rien prévu de lui faire subir. Vraiment. Austin le savait, donc il pouvait ne pas s'inquiéter de la sécurité de Harvey parce que rien ne lui arriverait, voire même se lever et partir, laissant le doute planer, une manière de dire « Je t'attraperai quand j'en aurait envie » pour que plus jamais il ne soit tranquille, pour s'assurer qu'on ne s'introduirait plus si facilement dans sa propriété.

Et pourtant, toutes ces pensées étaient bien loin d'Austin, suspendu aux lèvres de l'homme en face de lui. Non, il ne se fichait pas de son bien être. Non, il n'arriverait pas à vaquer à ses occupations s'il savait qu'il empêchait cet homme déjà troublé de dormir. Non, il ne lui voulait pas de mal. Parce qu'il n'était pas si différent de lui finalement.
Quand on y réfléchissait, personne n'était vraiment différent de son prochain. Mutants, hunter, ce n'était qu'une question de hasard génétique bizarre que Suki arrivait facilement à expliquer mais Austin difficilement à mémoriser. Tout le reste, c'était du bon endroit, du bon moment, et souvent inversement. Si Austin était né dans une famille de hunters, il en serait certainement un. Si son pouvoir avait été différent et ne lui avait jamais ouvert les yeux sur le monde entier, il serait peut-être contre eux.
Tout cela, il le savait justement parce que son pouvoir lui avait fait réaliser à quel point une vie peut être différente d'une autre, surtout de la sienne, et de manière tout-à-fait normale. Parce que la bonne personne au mauvais endroit peut faire toute la différence.

Alors, gratuitement inquiet, bénévolement compatissant, Austin attendait ce que répondrait Harvey. Peut-être qu'il serait gracié, pardonné, ou peut-être encore davantage accusé.

Et visiblement, la promesse de ne pas poser davantage de questions devait l'avoir rassuré. Parce que finalement, Harvey se débloqua. Et alors, il raconta tout, dans les grandes lignes. C'était plus que ce à quoi s'attendait Austin, pour sûr, mais il écoutait attentivement. Le sans-abris ne devait pas avoir grand monde à qui s'adresser. C'était souvent cela qui les faisait perdre la boule, le dédain qui leur était réservé, l'absence de considération de la part de tous ceux qui pourrait tout aussi bien s'être retrouvés à leur place s'ils avaient eu un peu moins de chance.
Donc Austin écoutait, silencieux, hochant lentement la tête de temps en temps entre quelques phrases. João aussi écoutait. Ils avaient vraiment déconné ces deux-là, et peut-être qu'arrêter de faire n'importe quoi leur permettrai de se racheter et de, pour une fois, laisser cet homme vivre quelque chose d'agréable.

Le pauvre, quand même. Il ne méritait pas tout cela. Il avait été policier. Ce n'était pas rien. Pour finir aussi bas, c'était justement qu'il n'était pas du genre corrompu, au contraire. C'étaient souvent les meilleurs qui finissaient le plus mal, parce qu'ils ne jouaient pas selon les mêmes règles que les moins scrupuleux. Sa femme, sa fille, le pauvre.

« Dis pas de bêtises, t'en as plus besoin que moi. On verra quand tu te seras remis sur pieds. le rassurait Austin.
-Lui fait pas l'aumône ; y'a rien de pire que de se sentir assisté comme ça, intervint le gamin des favelas.
-La prochaine fois que tu passes par chez moi, je te trouverai un boulot à faire histoire que tu les mérites, ces prochains légumes !
-Mais dis pas ça comme ça t'es fou. »

Austin n'essaya pas de se rattraper, c'était trop tard. Il s'était déjà suffisamment laissé emporter par ce que João avait à lui dire. Parfois les gens ne s'en rendaient pas compte, et parfois si. C'était dommage, pourtant, parce que ce qu'il disait était censé. Le plus diplomate des deux, c'était pourtant Austin, d'habitude. Mais d'habitude, ils n'avaient pas affaire à des sans-abris paranoïaques qui avaient raison de l'être.

Et alors qu'Austin profitait d'un instant de silence pour manger une de ses tranches de bacon qui refroidissait dans son assiette et la faire glisser avec une gorgée de thé, cette paranoïa reprenait le dessus d'Harvey. Mais c'était à pas feutrés qu'elle semblait revenir, plus calmement, maintenant qu'Austin n'était plus vraiment l'ennemi. Mais cela n'empêchait pas la question d'être assez délicate face à un individu si apeuré. Si bien qu'Austin pris quelques instants avant de répondre, se retournant rapidement pour jeter un coup d’œil à l'uniforme et celui qui le portait.
« Ouais... » avoua simplement Austin, posant sa fourchette pour passer une rapide main dans ses cheveux, toujours un peu désolé. « Il était dans ma classe au lycée. Et au collège. Enfin toute ma scolarité en fait, c'est pas une si grande ville ici. Donc on se connaît mais on se parle pas parce qu'on n'a jamais vraiment eu grand chose en commun.
-C'est celui qui a tapé dans l’œil de Suki la dernière fois, non ? Celui qui est sorti avec ta cousine aussi, celle qu'est trois ans plus vieille que toi. » ajoutait João, se levant pour aller l'inspecter de plus près. Il connaissait des détails de la vie d'Austin qu'il valait mieux parfois taire, bien évidemment, et cela valait pour tout le monde.

Cependant, cet homme, ce policier, Austin en avait toujours eu une bonne opinion. Il était un peu bête, mais toujours franc et loyal. Par exemple, c'était la cousine d'Austin qui avait rompu avec lui, parce qu'il l'avait pardonné trop facilement après qu'elle l'ait trompé, en gros. Mais bon, il avait pu trouver chaussure à son pied ensuite donc tout allait bien.
« Il a jamais causé de problèmes à qui que ce soit d'ailleurs. Peut-être qu'il pourrait t'aider avec les gens qui...te causent des problèmes.
-Haha j'avais raison c'est lui !
-J'imagine que la police est jamais très encline à aider quelqu'un qui dort dans la rue, mais peut-être que si je suis avec toi... »

Est-ce qu'il allait trop loin ? Austin ne le savait pas franchement... Il ne savait pas qui étaient ces personnes qui rendaient Harvey dans cet état-là, ni ce qu'ils lui avaient fait, mais pour Austin il ne s'agissait certainement de jeunes imbéciles parfois bourrés qui se disent que le monde leur appartient et qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent. Ça arrive, plus qu'on ne le croit même, les agressions en toute impunité sur des sans-abris. Et ce n'est pas seulement l'apanage de Radcliff. Si Austin pouvait donc faire quelque chose, il le ferrait.
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MessageSujet: Re: « jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése » ~ Harvin   Dim 9 Juil 2017 - 15:55

Jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése
Austin & Harvey



Il n’a pas toujours été comme ça, pourtant, Harvey. Il a toujours été d’un naturel solitaire, ronchon et taciturne, oui. Il a toujours été plus timide qu’extraverti, plus silencieux que loquace, plus râleur que débonnaire, mais il n’a pas toujours été aussi méfiant. Agressif. Acide. Paranoïaque. Les dernières années l’ont changé drastiquement, les derniers mois l’ont marqué en profondeur. Et même si ça n’excuse clairement pas tout, surtout pas ses doigts serrés, crispés, verrouillés autour d’un couteau, ses nerfs et ses sens à fleur de peau, ça peut malgré tout donner quelques pistes d’explication. Il n’a pas toujours été comme ça Harvey. Et s’il continue à ne pas réfréner son indéniable altruisme lorsqu’il entend qu’on a besoin d’aide, il a petit à petit perdu tout espoir quant à l’existence de personnes tout simplement gentilles, tout simplement généreuses, ces personnes qui donnent sans attendre nécessairement qu’on les paie en retour. Lui-même a été comme ça, lui-même ne l’est plus. S’il donne, il espère du soutien, il espère de la sympathie, il espère qu’on s’en souvienne. Ça n’excuse pas ses crispations, son agressivité latente, mais ça justifie certainement ses doutes et cette tension qui l’habite. La blague d’Austin n’en est pas une. Ses excuses… Harvey essuie ses mains moites, les tiens loin de l’arme improvisée que pourrait être le couteau devant lui, lutte pour conserver son attention rivée sur son vis-à-vis et pour cesser de surveiller auditivement le flic attablé un peu plus loin. Être arrêté pour vol, ce ne serait pas uniquement un problème pour Harvey, ce serait surtout la source de bien d’autres problèmes. Être arrêté pour vol, ce serait une honte acide, ce serait une peur panique, ce serait… Harvey inspire à fond, entreprend de se calme, de se détacher. De s’excuser aussi. Ce n’est pas à Austin de faire acte de contrition, vraiment, et il le sait. Le silence qu’il a laissé s’écouler le sait. Et ses premiers mots le savent, eux aussi. T’excuses pas, Austin.

L’ancien flic, le mutant fugitif, essaye de reprendre pied, dans un jeu d’équilibriste qui ne l’a jamais vu doué. Il essaye de reprendre pied, maladroitement. Il n’a jamais été particulièrement à l’aise dans ce genre de discussion, dans ce genre de situation… alors il tente. Il tente une petite concession, une petite confession. Pour s’excuser. Pour s’expliquer. Pour remercier, aussi, rétribuer, aussi, Austin comme il peut, avec ce qu’il peut. Ancien flic. Perte de sa femme. Perte de sa fille. Perte de sa vie. Le silence et l’écoute d’Austin l’aide à poursuivre, dans des bribes d’explication aux lacunes nombreuses mais aux conclusions exposées. Il a changé de vie, ce n’est pas peu dire. Il a changé de vie, il se retrouve là, dans la rue, des années plus tard. Bien des années. Et Daisy, pour l’aider à maintenir la tête hors de l’eau, Daisy qui lui a redonné une raison de vivre, de s’épanouir malgré tout. Daisy qui aurait bien honte de lui, qui le mépriserait très certainement, même, si elle savait dans quelle situation il se trouve. Il n’a pas toujours été comme ça, Harvey, et c’est un ancien flic : alors voler, ça ne lui ressemble en rien. Il peut faire des petits boulots pour rembourser Austin, il peut se mettre au service de l’autre, pour s’excuser. Il peut… « Dis pas de bêtises, t'en as plus besoin que moi. On verra quand tu te seras remis sur pieds. Le regard d’Harvey s’obscurcit bien malgré lui devant ce refus, ou cette pitié, qu’il a suscité certes malgré lui, mais qu’il a entretenue, et qu’il paie désormais. La prochaine fois que tu passes par chez moi, je te trouverai un boulot à faire histoire que tu les mérites, ces prochains légumes ! » Ses yeux ne se contentent plus de s’assombrir, ils s’endurcissent également, accompagnés d’une crispation sur l’ensemble de son organisme. Mérite. La culpabilité l’étouffe, l’asphyxie, obstrue ses voies respiratoires pour brûler ses poumons. « Vendu » crache-t-il avec le plus de douceur possible en réponse. Vendu. Il va essayer de se rattraper. A défaut de le promettre à Austin, il se le promet à lui-même. Refuse de relancer la discussion sur le sujet. Préfère se reconcentrer sur la menace la plus proche pour l’instant. Le flic.

Un battement de cœur qui résonne dans ses oreilles, trois battements de cœur plus exactement, il est vrai, mais seul celui du flic l’intéresse. Et le silence éloquent d’Austin, qui doit vouloir tenter de formuler le plus diplomatiquement une réponse délicate. « Ouais... » Une nouvelle crispation. « Il était dans ma classe au lycée. Et au collège. Enfin toute ma scolarité en fait, c'est pas une si grande ville ici. Donc on se connaît mais on se parle pas parce qu'on n'a jamais vraiment eu grand chose en commun. Un sourire, tendu. De connivence, on va dire ça comme ça. « Je vois, grande famille, tout ça… » La fourchette a retrouvé les doigts d’Harvey, achève ce qu’il lui reste de pancake pendant cette trêve qu’il n’ose commenter davantage que par ces quelques mots. « Il a jamais causé de problèmes à qui que ce soit d'ailleurs. Peut-être qu'il pourrait t'aider avec les gens qui...te causent des problèmes. J'imagine que la police est jamais très encline à aider quelqu'un qui dort dans la rue, mais peut-être que si je suis avec toi... » Il a les rétines rivées sur son petit-déj déjà refroidi depuis plusieurs minutes, Harvey. Il a les yeux rivés sur les miettes, sur sa mâchoire qui achève le repas, sur sa bouche pleine qui lui offre un droit au silence.

Un silence qui s’étire, qui casse la conversation régulièrement, qui en brise un rythme déjà très irrégulier. Si la police peut l’aider ? Il n’a – ironiquement – aucune confiance en elle. Nids de hunters, elle a peut-être été nettoyée avec efficacité depuis plusieurs mois, elle conserve aux yeux du mutant une aura de danger. Sans compter la présence de Daisy, qu’il n’a pas des masses envie de croiser. Aller voir la police ? « Non. » La réponse est simple, finalement. « Je doute que la police puisse réellement quelque chose contre les gens qui… me causent des problèmes. » D’ailleurs, quels gens ? Les yeux d’Harvey se plissent. « Comment sais-tu, déjà, qu’on me pose problème ? » La méfiance est de retour, et comme toujours, elle affine les sens déjà exacerbés d’Harvey. Les affinent tant et si bien qu’il sursaute, lorsqu’un peu plus loin, la radio du policier grésille. Il sursaute, il grimace même lorsque les sons deviennent exagérément désagréables et que, de surcroit, un véhicule réhaussé d’une sirène passe dans la rue, lui vrille les tympans, comme une explosion sonore malvenue. Douloureuse. Et brutalement, Harvey sent autour de lui les souvenirs du traumatisme de son enlèvement empiéter sur la réalité, un enlèvement qui avait commencé de la même manière, par des bruits destinés à l’assourdir, par des éclats de lumière destinés à l’aveugler… il se sent mal ; Harvey. Il se lève brusquement. « J’ai besoin de respirer, je… » Il n’entend plus, ou il entend trop. Harvey, ça fait des années qu’il connaît sa mutation, ses limites, ses forces, sur le bout des doigts et dans les moindres détails. Ça fait des années qu’il maîtrise, qu’il sait filtrer ce qu’il entend, ce qu’il ressent, mais là, comme régulièrement depuis qu’il s’est enfui, sa mutation devient incontrôlable, il ne parvient plus à faire la part des choses. Tout perd en équilibre, les couleurs deviennent trop vives, les sons trop forts, les odeurs lui mettent le cœur au bord des lèvres, la température irrite sa peau, brûle son épiderme… il ferme les yeux. Entend jusqu’aux froissements de vêtement du policier dont il n’arrive pas à détacher son attention. Il a les yeux fermés, obstinément, mais il a aussi comme l’impression que la lumière se glisse sous ses paupières pour lui brûler les rétines. « Austin, il faut que je sorte, je… » Ses mains viennent boucher ses oreilles. Il doit avoir l’air fou. « Aide moi » Après tout, c’est son seul allié sous la main, un allié acquis à sa cause, plus ou moins. « Il faut silence, il faut que… » La radio grésille encore, il a l’impression qu’elle est plaquée contre son oreille et il ne lui en faut pas plus pour céder à cette impulsivité qui lui ressemble. « TA GUEULE ! » Il a définitivement perdu le contrôle, et il n’a rien sous la main pour concentrer absolument son attention, il n’a pas la voix de Daisy à suivre, il n’a pas le toucher de son chien pour… « Austin, mon chien, où il est ? » Il lui faut son chien, pour laisser ses mains se perdre dans la fourrure de Copenhague, qui doit attendre à l’extérieur du restaurant. Il lui faut son chien, pour retrouver une ancre à laquelle se raccrocher et calmer l’ébullition de ses sens.


© Grey WIND.

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« jé mé déméndé si tévé bésoé de kéké chése » ~ Harvin

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