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 fight off the light and stay with me (maxiona)

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SUR TH DEPUIS : 26/03/2016
MessageSujet: fight off the light and stay with me (maxiona)   Sam 27 Mai 2017 - 21:49

and i’m trying to find my peace of mind
behind these two white highway lines
when the city goes silent
the ringing in my ears gets violent

jetpackblues@falloutboy

Tout ton corps te semble extrêmement lourd. S’il y a bien une chose que tu as découvert depuis la perte de ta mutation il y a plusieurs mois déjà, c’est que tu détestes voyager. C’était si facile auparavant. En un seul claquement de doigt, tu pouvais être où tu veux, quand tu veux, sans devoir te préoccuper de choses comme des bagages et pire encore, un moyen de transport. Mais maintenant, tout a changé et cette réalité, elle ne te plaît pas. Elle te rappelle à quel point tu es vulnérable désormais, qu’une simple et normale humaine.

Chaque lumière que tu allumes dans ton appartement te fait mal aux yeux. Ça fait presque une journée entière que tu voyages, si on enlève le décalage-horaire, et tu peines à te tenir debout assez longtemps pour rentrer ta valise et défaire au moins ton sac à main. Les dernières semaines en Écosse n’avaient rien d’un voyage sympa pour aller voir la famille, au contraire. Tu revois encore trop facilement le corps affaibli de ta sœur cadette couchée dans son lit pendant des heures, des jours durant. La maladie lui était tombée dessus soudainement, comme une bombe enclenchée que personne n’avait été en mesure de voir venir. Ça n’avait pas été long que toute la famille s’était retrouvée à nouveau sous le même toit de la maison familiale. Le temps avait filé sans même que tu ne le réalises, chaque journée passé en Écosse une autre journée de retard sur ton parcours médical. Chaque journée une autre journée passé dans la peur et la vulnérabilité alors que même toi, future médecin, tu ne pouvais rien faire pour alléger les souffrances de ta petite sœur.

Et puis elle avait repris de l’énergie, aussi soudainement qu’elle était tombée malade. Elle passait de moins en moins de temps au lit et mieux elle allait, plus tes frères et sœurs t’encourageaient à repartir à Radcliff. À retrouver ta vie, à reprendre ton quotidien. Mais tu ne savais pas comment tu étais censée repartir aussi loin de tout le monde, sachant qu’en retournant là-bas, tu serais toute seule désormais. Caleb resterait derrière cette fois, toi qui était allée en terre américaine seulement pour être certaine qu’il allait bien, qu’il irait bien. Et maintenant il avait sa propre famille et toi, tu avais cet impression d’être abandonnée all over again. Mais tu ne pouvais rien dire, tu ne pouvais pas lui en vouloir pour faire sa vie, même si de ton côté, tu avais l’impression d’être prisonnière de la tienne.

Et puis un matin, ce matin, tu n’avais plus eu d’autre chose que de repartir. De revenir. Ta sœur allait mieux et c’est elle-même qui avait demandé à ce qu’on te reconduise jusqu’à l’aéroport. Et même si tu devrais être contente de savoir que tout allait mieux en Écosse, tu ne pouvais pas te réjouir de ton retour aux States. Pas complètement du moins.

Ta valise encore sur le bord de la porte, ton sac à main défait sur la table de la cuisine, tu regardes partout autour de toi et tu essayes de te souvenir de ce qui t’a emmené à revenir. Tu frottes des yeux de fatigue et d’un petit quelque chose de plus, de cette solitude qui ne te quitte plus depuis un moment déjà. Tu passes une main dans tes cheveux entremêlés après cette longue journée dans l’avion et si d’abord tu songes à te prendre un verre d’eau, tu optes finalement pour cette bouteille de vin qui est dans ton frigo depuis un moment déjà. Un grosse bouteille de blanc. Exactement ce que quelqu’un qui veut faire taire la solitude autour d’elle a besoin.

Tu es sur le point de terminer ton premier verre, assise sur le divan à contempler le blanc de tes murs lorsque tu entends quelques coups à la porte. Tu sursautes légèrement, le bruit te ramenant à la réalité et tu te demandes qui ça peut bien être alors que la nuit est complètement tombée. Verre toujours à la main, tu ouvres la porte surprise de voir la personne qui se trouve derrière. « Max? » Tu le dévisages pendant quelques secondes, ne comprenant pas sa présence soudaine la journée même de ton retour. Tu restes silencieuse pendant presque une minute avant de réaliser que ce serait peut-être plus poli de le laisser entrer, malgré ta surprise. « Qu’est-ce que tu fais là? Je euh.. Rentre. » La fatigue, le vin, un mélange des deux, tu ne sais pas ce qui tape le plus, mais t’as presque envie de rire lorsque tu croises à nouveau le regard de ton ami. T’es pas certaine de ce que tu y lis. Tu devrais lui laisser la chance de placer un mot, mais au lieu de ça, tu retournes dans la cuisine et prend un autre verre à vin dans le cabinet. « Je t’offre un verre? »

Tu agis bizarrement. Toi-même tu ne sais pas trop pourquoi. Comme si tu n’étais jamais partie. Comme si tout allait bien.

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MessageSujet: Re: fight off the light and stay with me (maxiona)   Dim 28 Mai 2017 - 1:05

fight off the light and stay with me
Fiona & Maxence



Ça fait des mois que je passe devant la maison à chaque fois que je vais voir Lazar. A chaque fois que je dois aller voir Lazar. Ça fait des mois que je passe, et que les volets clos me répondent. Ça fait des mois, et rien ne change. La végétation croît, les volets restent clos, le courrier, les journaux s’amoncellent. Je fais même régulièrement un petit détour pour entasser le tout à l’abri de la pluie et du vent. Sans savoir si ça aura une quelconque utilité. Sans savoir si elle reviendra. Ça fait des mois que je fais le même manège à chaque fois, avec un regard d’espoir dès que je tourne à l’angle de la rue qui me mène à portée de la bâtisse, ça fait des mois que ce regard d’espoir est mouché, étranglé de doutes que je suis obligé de garder pour moi. Elle a disparu du jour au lendemain. On ne s’était pas vu souvent, avant ça, mais suffisamment pour qu’elle entrouvre dans la vie une fenêtre de lumière, pour qu’elle me fasse croire que, finalement, j’avais peut-être droit, moi aussi, à une vie normale. A une vie avec des amis, avec des connaissances qui ne seraient pas forcément liées au trafic de drogues, d’armes à feu, à la violence ou à une incarcération dont je porte encore les stigmates. Ça fait des semaines, des mois, et aujourd’hui je doute que ça change d’un iota. Je passe devant, tout est encore fermé. Je m’approche de la porte, hésiter à frapper, lève le poing serré dans ce but mais le laisse retomber presque immédiatement devant la vacuité d’une telle action. Elle n’est pas là. Elle a disparu. Peut-être partie, peut-être pire, j’ai été incapable d’aller signaler sa disparition au poste de police, incapable de faire quoique ce soit parce que la peur panique d’être identifié m’a pris à chaque fois que j’ai songé à ne serait-ce que m’approcher d’un peu trop près de l’endroit maudit. Je laisse retomber mon poing, je me contente de me baisser pour ramasser le journal, je me contente de le poser sur la pile et de remettre par-dessus la bâche qui les protège des intempéries.

Et je repars, parce que l’heure tourne, parce que faire le pied de grue devant une maison vide est ridicule, parce que Lazar m’attend. Parce que depuis que j’ai tué pour lui, que j’ai dû abattre ces hommes pour protéger l’un de ses subordonnés, j’ai été pris un peu plus dans l’engrenage de son organisation et surtout dans la nasse qui se referme autour de moi. J’étais enchaîné par les dettes, maintenant la culpabilité est attachée à ma cheville comme un boulet. Trois heures plus tard, je marche à nouveau dans le quartier nord, des instructions à venir dans la poche, un nouveau chiffre consignant la dette que je dois encore lui rembourser en tête. Trois heures plus tard, même chemin, en sens inverse, qui me mène immanquablement devant sa maison. Une maison vide, une maison aux volets clos, aux rideaux fermés, à la lumière absente, à la vie…

Un éclat de lumière, une ombre, je me précipite immédiatement sur le perron, ne m’arrête que lorsque je prends conscience que non seulement, ça peut très bien être des cambrioleurs, mais aussi que ça peut tout aussi bien être de nouveaux propriétaires. Et que de toute manière, même si dans le meilleur des cas, elle est de retour, elle m’aura sûrement oublié. Je ne suis pas très remarquable. Je ne suis clairement pas remarquable, non plus. Il n’y a jamais eu guère que Lazar pour voir en moi un futur champion olympique et on sait ce que ça a donné. D’un soupir, je fais – encore – marche arrière. Repars, rejoins la rue, hésite encore. Jette un nouveau coup d’œil aux volets ouverts. A la lumière. A l’ombre. A l’heure, aussi, qui me laisse encore quelques heures avant de devoir travailler pour Lazar. L’indécision me cloue au sol, le doute me turlupine. Oh et puis merde

Je frappe à la porte, incapable de savoir ce qui m’a poussé à choisir pour cette option, incapable de savoir ce que je compte, même, exactement lui dire si par miracle c’est bien elle. Mais maintenant, de toute manière, il est trop tard pour faire demi-tour, donc… Elle ouvre la porte, le contraste entre la lumière de l’intérieur, et la luminosité extérieure me fait me rendre compte de l’heure plus que tardive. « Max? » Une heure plus que tardive qui devient un détail à l’instant où elle prononce mon surnom. Et qu’elle me dévisage. « Fio… Fiona. Salut. » Brillant. Vraiment brillant. Le silence s’étire entre nous, dans un malaise des plus palpables en ce qui me concerne. Brillant, vraiment brillant, si elle ne se souvenait pas de moi, maintenant c’est sûr qu’elle se souvient de mon caractère des plus pathétiques. Au bout d’une éternité, j’hésite à m’excuser et à faire demi-tour, ou à juste dire une banalité sur la température ambiante, mais elle prend les devants. Et me prend également au dépourvu. « Qu’est-ce que tu fais là? Je euh.. Rentre. Je t’offre un verre? » Sans un mot, je la suis. Sans un mot, mais dans un sourire gêné, un sourire sincère, mais un sourire de celui qui ne sait pas trop ce qu’il fait là non plus. Qui est juste heureux, peut-être, de la revoir. Oui, ça doit être ça. Juste heureux. Je la suis dans la cuisine, me passe une main gênée dans les cheveux. « Oh, et oui, pourquoi pas, je veux bien de l’eau. » Je ne veux pas déranger, surtout. « Je ne te dérange pas ? C’est juste que… j’ai vu de la lumière, et comme je… » Comme je guettais ton retour, comme tu as disparu pendant des mois, comme je m’inquiétais… « Enfin voilà, je voulais juste prendre de tes nouvelles, tu vois. » M’assurer de ton bien-être, de ton intégrité physique, de ta bonne santé, morale et physique… ce genre de chose dont je suis supposé avoir le droit de me soucier, non ?  


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J'ai pas choisi de naître ici, Entre l'ignorance et la violence et l'ennui, J'm'en sortirai, j'me le promets, Et s'il le faut, j'emploierai des moyens légaux; Envole-moi... Loin de cette fatalité qui colle à ma peau — JJG, envole-moi.




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MessageSujet: Re: fight off the light and stay with me (maxiona)   Dim 28 Mai 2017 - 1:38

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Il est là et tu peines à aligner deux pensées cohérentes une après l’autre. Il semble aussi surpris que toi, de te voir en un seul morceau, et c’est à ce moment que tu réalises pleinement l’étendu du temps qui est passé depuis ton départ pour l’Écosse. Si tes yeux ne quittent pas ceux du jeune homme devant toi pendant un moment, c’est en posant les yeux sur ton environnement que tu comprends un peu mieux ce qui se passe. Tu ne l’avais pas remarqué en rentrant, mais l’état de la maison était plus que lamentable. Des tas de journaux et de lettres débordant de ta boîte à lettres que tu n’avais même pas pris la peine d’ouvrir, tes plantes à l’entrée décédées et ce, depuis bien longtemps si tu te fais aux tas de feuilles qui ornent le plancher Des tas de détails qui t’avaient échappés lorsque tu étais seule, mais que tu ne pouvais plus ignorer depuis que Maxence se trouvait là, de l’autre côté de ton entrée, un pied dedans, un pied dehors. Comme si sa simple présence venait d’allumer une lumière que tu avais fais bien attention de garder éteinte à ton arrivée.

« Fio.. Fiona. Salut. » Tes lèvres affichent un sourire sincère pour la première fois depuis tellement longtemps que t’as l’impression d’avoir mal aux joues à simplement afficher cette émotion. Un amusement, si près de la joie, d’un sentiment heureux. Quelque chose que tu n’es pas permise de ressentir pendant tout ton voyage en Écosse, même quand ta sœur s’est soudainement remise, l’inquiétude prenant le dessus sur le reste. Et maintenant que ce n’était plus l’inquiétude, tu te confortais dans ta solitude. Mais Maxence, sans même le réaliser, il venait changer tout ça. Avec son bonjour maladroit et cette manière qu’il a de paraître toujours un peu mal à l’aise face à toi. Tu lui offres de rentrer et soudainement vous êtes là, tous les deux face à face dans ta cuisine et tu prends la dernière gorgée de ton verre de vin avant de déposer ton verre sur la table. « Oh, et oui, pourquoi pas, je veux bien un verre d’eau. » Tu hoches de la tête, dépose la coupe que tu voulais lui offrir et prend plutôt un verre dans un autre cabinet que tu remplis d’eau. Tu lui tends le verre et te concentre aussitôt sur ce que tu voulais faire avant son arrivée soudaine : remplir à nouveau ton verre de vin. Ce n’est peut-être pas la meilleure des idées maintenant que tu as de la compagnie, mais tu t’en fiches. Le liquide remplit ton verre, un peu trop même, et tu en prends une longue gorgée. Ton regard passe de ton verre aux yeux bleutés du jeune homme, toujours en attente d’une réponse à la première question que tu lui as posé.

« Je ne te dérange pas? C’est juste que.. j’ai vu de la lumière, et comme je.. » Tu hoches négativement de la tête, un peu trop rapidement, le verre de vin toujours aux lèvres, ce qui cause quelques gouttes à tomber sur ton plancher déjà bien poussiéreux. « Pas du tout, non. Je.. je suis seule, visiblement. » C’est maintenant toi qui échappe un rire empli de malaise, parce que tu n’as aucune idée pourquoi tu viens de dire ça. Il s’en fout Max, que tu sois seule ou pas. Il en a rien de cet émotion malsaine qui te consume contre ton gré depuis quelques temps déjà. Tu secoues la tête nonchalamment, dans une tentative de reprendre un peu de contrôle sur toi-même, et tu offres un autre sourire au jeune homme, bien moins sincère cette fois-ci. Tu ne sais pas s’il sera en mesure de faire la différence, tu espères que non. Y’a trop d’alcool qui coule dans ton sang déjà, s’il fallait qu’il se mette à poser des questions, t’es pas certaine que tu pourrais retenir toutes ces émotions que tu gardes en toi.

« Enfin voilà, je voulais juste prendre de tes nouvelles, tu vois.. » Tu hoches de la tête, un peu surprise par cette réponse, et sans dire un mot, tu l’invites à venir s’asseoir avec toi sur le canapé du salon. Tu déposes ta coupe sur la table basse et te retourne vers lui. Tu réalises que depuis tout le temps que tu le connais, c’est la première fois que tu le vois d’aussi près. Ou peut-être que ta perception du garçon est changé à cause de l’alcool, t’en sais trop rien. Dans tous les cas, tu lâches un long soupir, et cherche une manière de répondre à sa question sans trop te dévoiler. Sans te rendre trop vulnérable, une fois de plus. « Oh, eh, ouais. J’étais partie. En voyage, c’est ça. » Ta réponse est saccadée, c’est loin d’être naturelle comme façon de parler et de penser pour toi. Tu échappes un rire mal à l’aise avant d’essayer de te reprendre, avec un peu plus de clarté cette fois. « J’étais en Écosse. J’t’ai dis que je venais de là? J’me souviens plus.. » Ça défile vite dans ta tête, bien trop vite. « Ma petite sœur eh.. Elle est tombée malade. Alors je suis restée là-bas pour prendre soin d’elle et aider mes parents. J’imagine que c’était pas vraiment un voyage en fait.. » Tu rattrapes ta coupe et reprend une longue gorgée. Tu dois arrêter de parler, maintenant.

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MessageSujet: Re: fight off the light and stay with me (maxiona)   Dim 28 Mai 2017 - 18:42

fight off the light and stay with me
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Elle est revenue. Et j’ai peine à le croire. J’ai peine à réaliser qu’elle est effectivement revenue. Pourtant, nul doute n’est possible maintenant. La lumière est allumée, la porte est ouverte, elle est devant moi. Et de nous deux, j’ignore qui est le plus surpris par ces trouvailles. Je déglutis, j’oscille, je me passe la main dans les cheveux. Je l’observe, aussi, à la recherche de la moindre trace de blessures, du moindre détail qui pourrait m’expliquer, m’apprendre les raisons de sa disparition subite, de son retour inattendu, de sa présence, enfin, devant moi. De son sourire. De cet éclat dans ses yeux qui me serre le cœur sans raison. Mon prénom s’articule de son côté, le sien se bégaie à mes lèvres. Des questions, des hésitations, une invitation à entrer et à aller boire… J’ai l’impression que ça ne fait pas seulement quelques mois – qui sont passés à toute vitesse – que nous ne nous sommes pas vus, mais une éternité. J’ai l’impression que pendant cette éternité, on a changé tous les deux. J’ai l’impression que ce changement, on cherche tous les deux à le cacher aussi. Je la suis dans la cuisine, mes yeux glissent sur le verre d’eau avancé devant moi et celui qu’elle remplit de verre blanc à son intention. Ce n’est pas le premier verre qu’elle se sert ainsi, je ne suis peut-être pas des plus intelligents mais c’est clairement une chose que je peux lire sans trop me tromper dans ses traits, dans ses gestes, dans son silence qui s’installe et qui me pousse à le rompre.

Pour m’excuser. Forcément. Je romps le silence pour m’excuser. M’excuser. Voilà une chose qui n’a pas changée. M’excuser. Lazar m’a un jour reproché de constamment donner aux autres l’impression que je m’excusais de vivre, d’être là, de respirer leur air et d’occuper leur espace. Lazar est un monstre, Lazar est le Lucifer auquel j’ai vendu mon âme pas une fois, mais bien deux, mais c’est aussi un homme qui n’a que très rarement tort, surtout en ce qui me concerne. Et je m’excuse, je m’excuse de la déranger, j’essaye de justifier ma présence, de justifier ma venue, de justifier le souci que j’ai pu me faire pour elle, dans des phrases inachevées dont j’ai le secret, et un mordillement de lèvres qui fait ma marque de fabrique. Elle secoue la tête, me fait soupirer d’un soulagement méfiant. « Pas du tout, non. Je.. je suis seule, visiblement. » Seule ? « Oh » Il ne m’était pas venu à l’idée qu’elle ne le soit pas. Et je sens mes joues rougir contre mon gré devant tout ce que je peux croire que ça implique. Une inspiration, je fais diversion en trempant mes lèvres dans l’eau, en m’appuyant contre le mur le plus proche, en feignant – sans succès – une décontraction bien trop tendue. Je veux juste prendre de ses nouvelles, c’est ma porte de secours, une porte dérobée derrière notre amitié en construction que nous avons laissée dans un coin, il y a des mois. Une amitié bien plus précieuse pour moi que pour elle, à n’en pas douter.

Qu’a-t-il fait pendant tant de mois ? Où était-elle ? La question est sur mes lèvres, n’ose pas être posée. Je suis là pour prendre des nouvelles, mais j’ai bien trop les questions, la curiosité et l’indiscrétion en horreur pour oser la formuler à voix haute, pour oser risquer de la braquer, risquer de la blesser, risquer de… « Oh, eh, ouais. J’étais partie. En voyage, c’est ça. » « Oh » Ma bouche s’arrondit de surprise, son rire mal à l’aise me hurle qu’elle ne dit pas tout. Qu’il y a plus grave. En voyage, est-ce qu’elle parlerait de voyage s’il lui était arrivé bien pire que… « J’étais en Écosse. J’t’ai dit que je venais de là? J’me souviens plus.. » J’acquiesce sans trop oser articuler un oui. J’acquiesce mais je souris pour mieux l’encourager à poursuivre, pour que la boule d’angoisse dans ma gorge se délite totalement. « Ma petite sœur eh.. Elle est tombée malade. Alors je suis restée là-bas pour prendre soin d’elle et aider mes parents. J’imagine que c’était pas vraiment un voyage en fait... » Un tremblement agite mon bras, j’ai encore dans les yeux le regard affolé d’Eileen lorsque je suis allé la voir, alors qu’elle était porteuse de la mucoviscidose de Thais. Malade, sa petite sœur, voilà qui fait écho non seulement à la maladie de ma propre petite sœur, mais aussi à tous ces souffrants que nous semons derrière nous, malgré tous mes efforts pour prendre sur moi le plus souvent possible le mal et épargner des innocents.

Sans comprendre quand exactement j’ai bougé, je me rends compte que j’ai une main posée sur son épaule, le mur loin derrière moi. « Oh mince, Fiona, je suis vraiment désolé… elle va… » Si Fiona est de retour, c’est que la petite sœur va mieux, n’est-ce pas ? La question s’étrangle un instant dans ma gorge, j’hésite réellement à l’achever, même si la moitié du chemin a été faite. Un soupir. « J’espère sincèrement qu’elle va mieux. C’était une maladie… génétique ? » Ou une maladie issue d’une mutation, comme celle dont elle doit me penser le possesseur, vu le nombre de fois qu’elle m’a vu avec un air maladif, des mois plus tôt. « Je suis désolé, c’est horriblement inconvenant, comme question. Tu viens de rentrer du coup, l’Ecosse, c’est… » Je m’emmêle dans ce que je veux dire, je me fais loquace alors que j’ignore ce qu’il convient de dire. « Ca fait plaisir de te revoir. »


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MessageSujet: Re: fight off the light and stay with me (maxiona)   Mer 31 Mai 2017 - 4:55

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« Oh. » Ce n’est même pas un mot, pas tout à fait certaine que c’est une réaction en soit non plus. Ce n’est qu’un petit quelque chose qu’on dit quand on ne sait pas vraiment quoi dire de plus. Tu l’as dis toi-même à plusieurs occasions par le passé, et t’as soudainement l’impression que tout ce qui sort de ta bouche est peu pertinent. Que tu devrais t’arrêter maintenant avant de t’enfoncer. Que t’as pas vraiment envie de donner une mauvaise impression à ton ami, mais tu ne peux tout de même pas le chasser. Il vient d’arriver et après tout le temps qui est passé, tu lui dois tout de même plus que quelques mots incompréhensibles émis ici et là, sans grande signification. Mais l’alcool qui coule dans tes veines n’aide pas à ta concentration, ni à la formulation des phrases dans ta tête. Autant tu souhaites garder le silence, autant tu te décides à lui envoyer un tas d’infos en quelques secondes, sans ordre bien précis qui pourrait le jeune Sanderson à comprendre où tu veux en venir. Et une fois de plus, il accueille tes mots d’un simple « Oh. » et tu te mordilles la lèvre inférieure, la gêne s’emparant soudainement de toi. Mais cette fois, tu vois la surprise dans les traits du jeune homme et tu remarques qu’il s’est approché de toi tranquillement quelque part dans ton discours. Tu sens sa main sur ton épaule, et soudainement, tu te sens moins seule, moins lourde. Sans trop y penser, tes doigts viennent se poser sur les siens, naturellement. Il y a tellement longtemps que tu ne t’es pas retrouvée si proche de quelqu’un hors de ta famille, t’avait presque oublié le feeling. Mais ça fait du bien, ça t’arrache un sourire. N’importe quoi pour un sourire de plus.

« Oh mince, Fiona, je suis vraiment désolé.. elle va.. » Il laisse sa phrase en suspend et tu n’hésites pas à la compléter. « Bien. Elle va bien. » C’est la vérité après tout. La maladie était arrivée soudainement et elle était repartie tout aussi vite, laissant toutefois plusieurs semaines s’écouler entre les deux extrêmes, gardant la famille en alerte et inquiète des mois durant. La maladie, ce grand fléau. Tu sais qu’elle fait partie quotidienne de la vie de Max, et tu te demandes soudainement comment il fait pour se tenir debout malgré tout. Toi, ça te draine. La maladie chez les autres, tu parviens à gérer en tant que future médecin, mais dans ta famille, damn. T’étais proche d’y laisser ta peau et ce n’était même pas toi qui était atteinte.

« J’espère sincèrement qu’elle va mieux. C’était une maladie.. génétique? » Tu hoches légèrement de la tête, cherchant les bons mots pour expliquer ce qui s’était passé sans entrer dans un jargon trop médical. Mais soudainement, les mots se bloquent dans le fond de ta gorge, t’as l’impression que tu pourrais te mettre à pleurer d’une minute à l’autre. Alors plutôt que de te laisser à cette émotion trop intense et légèrement inappropriée, tu prends une autre gorge. Une autre gorgée trop longue, avec le goût amer du vin qui te brûle la gorge alors que tu avales. « Je suis désolé, c’est horriblement inconvenant, comme question. Tu viens de rentrer de l’Écosse, c’est.. » Tu hoches plus vigoureusement de la tête cette fois, reposant ton verre sur la table, posant doucement ton regard dans celui du jeune homme. « Non, ça va, ça va Max, t’inquiète. » Tu échappes un long soupir, non mais à cause de la question, mais plutôt parce que tu te sens étrange de repenser aux dernières semaines. Étrange aussi d’avoir quelqu’un avec qui le partager, quelqu’un sur qui t’appuyer au travers de tout ça. Tu as été seule si longtemps, avec personne à qui réellement parler, t’es plus trop certaine de la procédure. « Elle a attrapé un virus. Ils n’ont pas été en mesure de déterminer la cause, mais il a frappé vraiment fort. Elle a passé des semaines sur les antibiotiques avant qu’ils n’en trouvent un qui a finalement fait effet. » Les images sont encore trop récentes dans ton esprit, ta sœur allongée dans son lit pendant des semaines, son teint pâle, d’une maigreur à faire peur. Tu détournes le regard, puis déglutis difficilement avant de reprendre la parole. « Et puis elle s’est remise du jour au lendemain. Elle a récupéré tellement vite que j’me disais que c’était presque impossible qu’elle rechute pas. J’suis restée deux semaines de plus, juste pour être certaine. » Tu échappes un petit rire, empli d’une tristesse qu’il ne comprendra sûrement pas. Tu étais triste là-bas, mais tu l’es ici aussi. You don’t really have a home anymore. « Mais elle m’a chassé. Toute ma famille disait que je devais revenir ici, continuer ma résidence de médecine, que je prenais trop de retard. Alors c’est ce que j’ai fais. » Tu devrais être heureuse, vraiment. Alors pourquoi est-ce que t’as l’air si triste Munroe?

« Ça fait plaisir de te revoir. » Tu poses tes yeux clairs dans les siens, et tu lui offres encore un sourire, plus sincère cette fois. Toi aussi, t’es heureuse de le revoir après tout ce temps. Tu ne l’avais pas réaliser jusqu’à maintenant, mais il t’avait bien manqué dans les derniers mois, le Sanderson. « Toi aussi Max. Vraiment. » Une chose que tu ne comprends pas toutefois, c’est comment il a fait pour savoir que tu étais revenue aujourd’hui. Ça fait à peine quelques heures, tout au plus, que tu es là. Alors vraiment, sa visite impromptue, elle est tombée bien à pic, mais c’est limite étrange quand on y réfléchit bien. « Comment t’as su, dit? Que j’étais revenue aujourd’hui? »

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MessageSujet: Re: fight off the light and stay with me (maxiona)   Lun 5 Juin 2017 - 0:54

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Ma réaction est à mon image : ridicule. Un oh parfaitement arrondi, bien rond, bien dense, bien stupéfait. Bien idiot. A mon image, tellement à mon image que ça en serait presque effrayant. A aucun moment je n’ai pu penser qu’elle était partie en vacances. A aucun moment je l’ai ne serait-ce qu’envisager. A mes yeux, bien au contraire, les choix étaient simples et multiples, tous plus sombres les uns que les autres. Fuite, enlèvement, poursuite, kidnapping. Même la disparition dans un fossé, je l’ai envisagée. Tout, absolument tout, mais les vacances, pas un seul instant. Mon rire est mal à l’aise, je me rends bien compte que Fiona est une fille normale, dans un monde normal, et que je suis le seul fou à vivre dans un monde de fou. Que sa disparition n’en était pas une, que son absence se justifie et que rien, rien n’était supposé lui arriver. Que… sa petite sœur. Un nouvel arrondissement de mes lèvres, cette fois accompagné d’un mouvement dans sa direction, de ma main qui cherche son épaule, dans un geste empreint de sympathie et de compassion. De compassion née de la compréhension. Sa sœur, malade, c’est un écho fait à mes propres tourments, c’est quelque chose que je peux comprendre pleinement, bien plus que ce qu’elle peut penser. Sa sœur, malade, c’est un reflet de cette même maladie que je suis moi aussi supposé porter. Alors oui, je suis désolé, et oui, je n’ose pas continuer la question plus qu’indiscrète que j’ai pourtant commencé à formuler. « Bien. Elle va bien. » Mon soulagement est tangible, instantanément. Il transperce mon regard, détend mon visage, décrispe mes traits et enlève un poids de ma poitrine dont je n’avais même pas conscience jusque-là. L’angoisse de savoir la sœur de Fiona décédée, c’est l’angoisse de savoir qu’un jour, ce sera au tour de Thais. L’angoisse de savoir que la course contre la montre entamée il y a bien trop d’années peut s’achever à tout moment. Une angoisse que Fiona, elle aussi, a connu bien malgré elle. « Ouf alors », c’est ce que j’arrive à murmure, juste avant de céder à ce besoin d’en savoir plus ; et de regretter d’avoir cédé en voyant le hochement muet de Fiona, en voyant son silence et ce qu’il sous-entend. Ce qu’il signifie. Je m’apprête à m’excuser, prends sur moi pour éviter, bien au contraire, de m’étendre sur ce sujet inconfortable et pour elle, et pour moi, préfère – et de loin – nous offrir une porte de sortie. « Non, ça va, ça va Max, t’inquiète. » Je lui offre un sourire désolé, vraiment. « Si tu ne veux pas en parler… ce n’est pas grave… » Je lui saute dessus dès son retour, lui pose des questions complètement indiscrète et maladroites… j’ignore ce qui me pousse à un tel comportement inexcusable mais ce n’est pas bien. Réellement pas bien. D’autant plus que qui suis-je, finalement, pour m’immiscer à ce point dans sa vie ? Un ami, tout juste une connaissance, même. Elle a le droit de ne pas me répondre, elle en aurait totalement le droit ;

Et pourtant, sous mon regard inquiet et mal à l’aise, elle prend sur elle, et le temps de le faire.« Elle a attrapé un virus. Ils n’ont pas été en mesure de déterminer la cause, mais il a frappé vraiment fort. Elle a passé des semaines sur les antibiotiques avant qu’ils n’en trouvent un qui a finalement fait effet. » Mes doigts se serrent sur mon verre pour me retenir de revenir à son contact. Une gorgée, une petite gorgée d’eau bien froide, pour me réveiller. « Et puis elle s’est remise du jour au lendemain. Elle a récupéré tellement vite que j’me disais que c’était presque impossible qu’elle rechute pas. J’suis restée deux semaines de plus, juste pour être certaine. » Je n’ose pas l’interrompre, je n’ose même plus faire un geste, à ce moment-là de son récit. J’ai l’impression qu’elle ne me voit plus, qu’elle est perdue dans des souvenirs pourtant exagérément récent. Dans des pensées dont la teneur pourrait m’inquiéter, aussi, si on se connaissait mieux. « Mais elle m’a chassé. Toute ma famille disait que je devais revenir ici, continuer ma résidence de médecine, que je prenais trop de retard. Alors c’est ce que j’ai fait. » J’ai la gorge sèche. Qu’est-ce que je peux répondre à tout cela, finalement ? Ca a dû être terrible ? Bien sûr que ça a dû l’être, et le dire ne servirait qu’à tourner les derniers mois qu’elle a subis en dérision. Qu’à leur faire perdre de leur intimité. De leur substance. Tu as bien fait, ça non plus, je ne me sens pas en droit de le dire. Parce que ce serait juger, juger sa réaction, juger son choix, juger ses décisions et ça… ça je m’y refuse. Je me juge moi-même bien trop en permanence, je subis moi-même bien trop en permanence les jugements constants de Lazar et de Nolan, si différents et pourtant si semblables, il est hors de question à mes yeux d’en émettre le moindre sur les actes de Fiona. Non, finalement, tout ce que je peux dire, tout ce que je peux répondre à ça… c’est que je suis heureux, sincèrement heureux, tout simplement heureux de la revoir.

Et le sourire qu’elle m’offre en retour me persuade que, pour une fois, ma réaction a été la bonne. « Toi aussi Max. Vraiment. » A mon tour de lui offrir un sourire sincère, nourri de tout ce que j’aimerais lui dire sans savoir comment le formuler, toutes les émotions que j’aimerais lui transmettre sans qu’il n’existe de mots pour les véhicules. Fiona, aussi triste que cela puisse paraître, est l’une des rares personnes qui ne m’emporte pas dans la tourmente du calvaire imposé par Lazar. Même Priam, même mon vieil ami de taule, est lié à tout ça, ne serait-ce que par les souvenirs qu’il traîne avec lui et auxquels je refuse le plus souvent de penser. Fiona, c’est ce qu’il y a eu pendant quelques semaines de plus normal dans ma vie, et c’est cette normalité que je retrouve, que je vois en elle, dénuée de mutation, dénuée de drogue, d’armes à feu, de sang et de cadavres. Juste une personne normale, à qui il arrive des choses normales. Des drames normaux, aussi. Alors oui, je suis vraiment heureux de la revoir. Et… « Comment t’as su, dis ? Que j’étais revenue aujourd’hui? » Et un coup de poing dans l’estomac fait disparaître mon sourire. Le fait vaciller, du moins, dans un premier temps. « Co… comment j’ai su ? » Je me mords la lèvre. « Euh… hum… » La question est légitime, je n’y ai pourtant aucune autre réponse qu’un aveu ridicule que je me refuse à lui faire pour le moment. J’opte, comme le plus souvent, pour une semi-vérité, pour un semi-mensonge, pour un malaise à moitié contrôlé. « Je travaille dans le quartier, et comme je passais dans le coin, j’ai regardé en direction, j’ai vu de la lumière… » C’est une excuse de ce qu’il y a de plus véridique, pourtant. Alors pourquoi me semble-t-elle des plus bancales ? Parce qu’elle est déstabilisée par tout ce que je ne dis pas. Parce que le travail dont je parle, ce n’est pas celui chez le fleuriste qui est, de toute manière, plutôt dans le quartier sud de la ville. Parce que ce n’est pas un travail que je veux évoquer face à elle. Et parce que ce n’est pas un hasard si j’ai regardé en direction de sa maison en passant. « J’avais remarqué que tu n’étais pas là, du coup, la curiosité… le hasard… la coïncidence des horaires je présume… » Elle a bon dos, la coïncidence. « Mais du coup, tu vas reprendre le travail bientôt où tu te laisses encore quelques temps pour retomber sur tes pattes ? J’imagine que déjà, avec le décalage horaire… tu as mangé d’ailleurs ? Il est supposé être quelle heure, là-bas, en Ecosse ? » Je n’en ai aucune idée, mais un souci sincère est présent. Je viens la déranger alors qu’elle pose tout juste ses affaires, si jamais je la perturbe alors qu’elle devrait manger ou dormir… ça ne va pas le faire. « Ton frère est aussi rentré ? » Elle m’a dit qu’elle était seule, mais Caleb devrait être dans le coin lui aussi, non ? Je ne veux pas qu’elle reste seule, ce soir. Je m’en rends bien compte.


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MessageSujet: Re: fight off the light and stay with me (maxiona)   Lun 5 Juin 2017 - 21:32

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« Ouf alors. » C’est le cas de le dire. Ouf alors. Tu ne sais pas ce que tu aurais fait si ta sœur ne s’était pas remise de ce virus en réalité. Tu ne sais probablement jamais revenue aux États-Unis, tout simplement incapable de quitter cet endroit où elle, elle aurait vécu toute sa vie. Tu te serais probablement jamais pardonnée non plus, de ne pas avoir été en mesure de la sauver, toi qui étudie avec tant d’acharnement pour sauver la vie des autres. Cette simple idée te déprime alors tu tentes de chasser les images de ta petite sœur morte dans ta tête, te rappelant encore et encore que ce n’est pas la réalité. Elle est bien vivante, elle respire encore, elle va bien, contrairement à toi. « Si tu ne veux pas en parler.. ce n’est pas grave.. » Tu hoches négativement de la tête, tu prends un grand respire avant de te lancer dans ce qui semble être un roman entrecoupé, une histoire mal racontée. Ça te fait bizarre de parler de tout ça au passé alors que c’est encore si frais dans ton esprit, alors que tu avais encore les deux pieds dans la situation pas plus tard qu’hier. Mais ta famille semble vraiment tenir à ce que tu vives ta vie à toi. Et ils pensent que ta vie, c’est ici, à Radcliff, toute seule. Si seulement il savait à quel point tu n’es pas tout à fait chez toi entre ses quatre murs, pas totalement à ta place à l’hôpital non plus, peut-être qu’ils n’auraient pas insister autant pour que tu reviennes. Mais tu n’avais rien dit Fiona, à personne. Comment voulais-tu qu’ils devinent?

Ils auraient dû savoir. Du moins, c’est ce que tu te répètes encore et encore, pour nourrir cette colère, cette solitude. Comme un putain de cercle vicieux du quel tu ne sais pas comment sortir. Peut-être même qu’au fond de toi, t’as pas réellement envie de t’en sortir.

Il reste silencieux alors que tu parles encore et encore, et ça te fait du bien d’être écouter pour une fois, toi qui prend toujours la peine d’écouter tout le monde sans jamais attendre rien en retour. Mais il a toujours été comme ça le jeune Sanderson, meilleur pour écouter que pour s’exprimer lui aussi. Tu te souviens encore de ces fois où vous êtes allés prendre un café ensemble, il n’était pas rare que vous restiez silencieux, à boire votre breuvage, bien dans le silence, aucune pression de remplir l’air ambiant de mots inutiles et inconfortables. Ça te ferait du bien, un café avec lui à nouveau. Ce serait sûrement plus raisonnable que ton verre de vin que tu bois à une vitesse déconcertante, que tu ne cesses de remplir, mais pour ce soir, tu te le permets. T’as besoin d’éteindre tes émotions. De tout oublier. Max est là, mais il ne sera pas là éternellement. Bientôt, il repartira d’où il vient, comme tous les autres et tu seras seule. Et à ce moment, tu seras bien heureuse d’être sous l’effet de l’alcool pour oublier combien tu supportes mal la solitude.

Puis tu lui demandes comment ça se fait qu’il a su que tu étais revenue et tu peux voir son visage changé d’expression. Tu peux pratiquement le sentir qui s’éloigne tranquillement de toi, comme si tu venais de lui poser une question piège ou quelque chose dans le genre. Tu n’es pas certaine de comprendre sa réaction alors tu te contentes de l’observer attentivement, attendant les mots. « Co.. comment j’ai su? » Tu hoches positivement de la tête, l’encourageant ainsi à répondre à la question, pas seulement à la répéter. « Euh.. hum.. » Tu prends une énième gorgée de ton verre alors que le jeune homme cherche ses mots. Tu ne quittes jamais son regard, sans réaliser que tu es peut-être intimidante à le fixer ainsi, mais tu t’en fiches. « Je travaille dans le quartier, et comme je passais dans le coin, j’ai regardé en direction, j’ai vu de la lumière.. » Tu continues de le regarder, un air perplexe habitant désormais ton visage. Tu te souviens être allée le voir à son travail une fois, dans cette boutique de fleurs à l’autre bout de la ville. Clairement, il y a quelque chose qui cloche. « T’as changé de boulot? » T’es perplexe, mais ça se pourrait très bien en même temps. Tu as été partie pendant plusieurs mois, toi-même tu sais que les choses peuvent changer dans ce laps de temps. « J’avais remarqué que tu n’étais pas là, du coup, la curiosité.. le hasard.. la coïncidence des horaires je présume.. » Tu ne connais pas beaucoup le jeune homme, mais assez pour savoir qu’il ne te dit pas totalement la vérité, un peu comme la première fois que vous vous êtes rencontrés, à l’hôpital. « Tu travailles tard. » Tu te contentes de cette réponse, parce que tu sais que si tu forces plus pour avoir la vérité, le jeune homme risque de se rétracter encore plus, et t’as pas vraiment besoin de savoir le pourquoi du comment au fond. T’es seulement contente qu’il soit là, peu importe comment. « Mais du coup, tu vas reprendre le travail bientôt ou tu te donnes le temps de retomber sur tes pattes? J’imagine que déjà avec le décalage horaire.. tu as mangé d’ailleurs? Il est supposé être quelle heure, là-bas, en Écosse? » Trop de questions en même temps, tu te sens un peu overwhelmed par la tentative pas tant subtile du jeune homme à changer de sujet. « Euh.. je sais pas pour le boulot. J’dois encore appeler l’hôpital et savoir ce qui serait le mieux. J’ai quand même pris beaucoup de retard, il se peut que j’sois obligée de reprendre une année au complet de ma résidence. » L’idée ne t’emballe d’ailleurs pas particulièrement. Tu te surprends à te demander dernièrement si être chirurgienne, c’est vraiment ce que tu désires. Les longues heures, les horaires impossibles, la vie sociale pratiquement inexistante. Tu te demandes si c’est une vie, si tu veux ça pour la tienne. Tu soupires, réalisant que tu n’as pratiquement rien manger de la journée dans l’avion. Ce serait d’ailleurs pas une mauvaise idée que tu te mettes quelque chose d’autre que tout ce vin dans l’estomac. « C’est le milieu de la nuit là-bas. Tu m’fais penser que j’ai pas vraiment manger aujourd’hui dans l’avion. Si j’commande une pizza, tu veux bien rester et manger avec moi? » Me laisse pas toute seule. Pas toute seule, je t’en supplie Max. « Ton frère est rentré aussi? » Tu figes un peu sur place à la mention de Caleb, et tu fuis soudainement le regard du jeune homme. S’il y a une chose encore plus difficile à vivre que ton retour à Radcliff, c’est bien ton retour sans Caleb. Tu hoches négativement de la tête, tu peux sentir les larmes qui te montent aux yeux, mais tu les retiens. Pas question de pleurer ce soir, surtout pas devant quelqu’un. « Non, il.. il reviendra pas. Scarlett et lui, ils ont décidé de retourner vivre là-bas.. » Ce n’est pas une décision qui a fait ton bonheur, ça s’est clair. Mais tu ne pouvais l’empêcher de vivre sa vie, tu le savais trop bien ça. « Et puis bon, je l’aimais pas Scarlett. Bon débarras. » Tu pourrais dire absolument n’importe quoi pour t’empêcher de te mettre à sangloter là, maintenant. Mais il y a une larme qui coule sur ta joue, une seule, que tu fais disparaître d’une main brusque sur ta joue avant de renifler et de te redresser, maintenant debout devant le jeune homme. « Alors hm, pizza, ça te va? »

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MessageSujet: Re: fight off the light and stay with me (maxiona)   Mar 13 Juin 2017 - 21:30

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Il y a du soulagement, il y a de la sincérité, il y a foule d’émotions et de sentiments dans les mots que je prononce sans y songer, dans un naturel qui me dépasse et qui dévoile, j’en suis certain, la douceur que la prison a à peine éméchée, cette douceur enfantine, cette naïveté candide qui me caractérise et qui fait de moi quelqu’un d’aussi faible. Véritablement faible. Ridiculement faible, même. Faible mais meurtrier aussi, me chuchote une petite voix, une voix qui se crispe autour du verre d’eau.  Je prends mon inspiration pour me raccrocher à l’instant présent, pour oublier ma douceur salie par la force des choses, cette douceur éméchée, écorchée, rayée. Pour me raccrocher à la présence de Fiona, à son silence, à sa présence, à son retour. A ce qu’elle a pu vivre, aussi, pendant ces longs mois d’incertitude quant à la rémission de sa petite sœur. Je peux la comprendre, je pense, je peux la comprendre bien mieux que beaucoup. Et je peux comprendre, aussi, que ma question soit indiscrète. Je fais marche arrière dès que je me rends compte que Fiona gère tout ça bien moins bien que ce qu’elle peut me faire croire, le silence qu’elle m’offre ensuite, long comme des battements de cœur séparés d’éternité, m’inquiète. Et soudain elle commence à parler, et je l’écoute, sans oser m’approcher. Sans oser faire le moindre geste qui pourrait la sortir de son récit. Maladie, virus, antibiotiques, ça a dû être encore plus angoissant pour elle qui pouvait comprendre mieux que tout le reste de sa famille les termes médicaux employés pour expliquer les faits et, éventuellement, cacher la vérité. J’écoute. J’écoute Fiona, j’écoute ses mots, ses pauses, ses silences, ses phrases qui se perdent, qui s’interrompent, qui reprennent, qui se plongent dans des souvenirs. L’eau tente d’apaiser la sécheresse de ma gorge, je lutte pour ne pas trop me projeter, m’identifier à ce qu’elle dit. Je lutte pour me contenter de l’écouter. Pour me contenter de m’inquiéter sur son état, à elle, en la voyant vider son verre de vin et le remplir à nouveau sans sourciller.

Puis elle s’arrête de parler, et mon aveu tombe: je suis heureux de la revoir. C’est un fait, c’est une vérité qu’il serait inutile - voire ridicule - de nier tant elle est innocente et inoffensive. Elle doit s’en douter en voyant mon empressement à venir la voir, à venir vérifier que c’était bien elle qui avait allumé la lumière, mais je suis heureux de la revoir. Comment ai-je su si vite qu’elle était de retour ? Je bégaie en reprenant sa question, une question aussi légitime, prévisible et attendue que angoissante pour moi. Je construis maladroitement un argumentaire, frôlant un mensonge que je n’assume pas en noyant le poisson à grand renfort de hasard et de coïncidence. « T’as changé de boulot ? » La perplexité de Fiona accentue mon malaise, je me défends comme je peux. La coïncidence, je présume: même à mes oreilles, mes mots sonnent faux. Extrêmement faux. Et ce serait prendre Fiona pour une idiote que de partir du principe qu’elle ne risque pas de noter, elle aussi, la faiblesse de ma justification. « Tu travailles tard. » Mes rétines se heurtent aux siennes une fraction de seconde, j’ai une boule dans la poitrine. Je travaille tard, oui. Je travaille trop aussi. « Ca m’arrive. », je souffle. Je suis épuisé, je suis sur les nerfs, je suis écartelé entre la légalité, l’illégalité, entre mes dettes et ces deux boulots que je cumule bon gré mal gré depuis des mois, sans être pour autant capable de savoir si je vais pouvoir tenir le rythme longtemps encore. Je m’accroche à mon poste chez le fleuriste, pour m’accrocher à un semblant de normalité, mais il faut être lucide: ce n’est pas lui qui m’offrira la liberté que je recherche. Cette liberté, elle est toute entière dans les mains de Lazar, asservie, enchaînée, enfermée. Et Fiona ne comprendrait pas, j’imagine, parce que tout ça est loin, bien loin de tout ce qu’on peut imaginer, même dans cette ville, même à Radcliff où le mot justice semble avoir perdu tout son sens.

Je déglutis, dans un sourire, peu enclin à lui mentir davantage, peu enclin aussi à laisser la discussion dégringoler dans cette direction. Je préfère, et c’est injuste pour elle je le sais bien, rediriger notre attention à tous les deux sur elle. Sur ses projets, sur son retour, sur son propre travail… loin, loin de tout ce qui peut me concerner, en somme. A-t-elle mangé, d’ailleurs ? Je suis incapable de savoir l’heure en Ecosse, les décalages horaires étant abstraits dans mon esprit, comme de vagues concepts tout juste assimilés. « Euh.. je sais pas pour le boulot. J’dois encore appeler l’hôpital et savoir ce qui serait le mieux. J’ai quand même pris beaucoup de retard, il se peut que j’sois obligée de reprendre une année au complet de ma résidence. » La différence de niveau entre nous deux me submerge en une seule phrase. Une année complète de retard, ça ne me semble pas si grave d’un côté, extrêmement long de l’autre. « Oh… ça ne te semble pas te réjouir. Il n’y a pas moyen de… d’éviter ça ? » Un peu plus, et je lui proposerais bien de l’aider à réviser, ou à rattraper son retard, si j’avais la moindre idée de ce que ça impliquerait. Les études, plus encore les études longues, me dépassent. Ma scolarité s’est achevée l’année de mes dix-sept ans, et même avant ça, elle était loin d’être glorieuse. Ce n’est qu’un vieux songe, je ne sais même plus si je la regrette, cette scolarité tuée dans l’oeuf et par les Jeux Olympiques, et par les conséquences qu’ils ont eu sur ma vie. Ma scolarité, donc, est enterrée. Mais celle de Fiona, en revanche…

Je me rends confusément compte que je me soucie d’elle, de son avenir, de son bien-être, de son moral bien plus que du mien. Que je me soucie qu’elle mange, qu’elle se repose, qu’elle ne reste pas seule, pas ce soir; je m’en rends compte au moment où je pose mes questions, au moment où elle y répond. « C’est le milieu de la nuit là-bas. Tu m’fais penser que j’ai pas vraiment manger aujourd’hui dans l’avion. Si j’commande une pizza, tu veux bien rester et manger avec moi? » Je me fige, pris au dépourvu. Un bien sûr se pose sur mes lèvres, mais c’est une nouvelle question qui s’impose. Elle m’a dit qu’elle était seule, mais son frère, son frère… ne devrait-il pas être là, lui aussi ? Un mouvement de tête signe la réponse négative, des larmes dans ses yeux me font à nouveau culpabiliser. Un regard qui s’échappe. Qui veut s’échapper. M’échapper. Je retiens, encore, un pas en avant. J’avale une gorgée d’eau pour me tenir loin, à distance raisonnable, noyé dans mes incertitudes. « Non, il.. il reviendra pas. Scarlett et lui, ils ont décidé de retourner vivre là-bas.. Et puis bon, je l’aimais pas Scarlett. Bon débarras. » J’ai un mouvement pour l’approcher, j’ai un mouvement qu’elle coupe dans son élan lorsqu’elle relève la tête. « Alors hm, pizza, ça te va? » Je prends ma respiration, je reprends de l’air, je reprends de la distance.

Mes bras ne lui offriront pas de réconfort, pas encore; il y a cette distance entre elle et moi, qui m’interdit de croire à une familiarité mal venue. Nous sommes deux connaissances, deux amis, mais certainement pas deux amis qui se connaissent suffisamment pour se permettre d’être tactiles, même dans le soutien. J’en doute, du moins. Si je guettais son retour, si j’angoissais face à son absence, elle n’a pas dû, de son côté, songer un seul instant à moi. Et ça se comprend. Alors… alors je lui souris. « Ca me va tout à fait, c’est gentil à toi ! » Un grognement issu de mon estomac corrobore mes propos, me rend écarlate. Je n’ai pas eu le temps de manger ce midi, guère plus entre mon travail de jour, et celui de nuit… Je pose le verre. « C’est dommage pour ton frère… enfin, je veux dire, c’est toujours mieux d’avoir ses frères et soeurs pas loin, je comprends que tu n’aies pas l’air très enthousiaste à l’idée d’être revenue... » Ma maladresse m’afflige. « Scarlett, c’était sa femme ? » Elle t’a dit qu’elle ne l’aimait pas, Max, pourquoi tu lui en parles ? Je me reprends presque immédiatement. « C’est joli, l’Ecosse ? Je n’y suis jamais allé. En fait, je ne suis jamais sorti des Etats-Unis, et guère plus de ma ville natale, en dehors de quelques hivers où j’allais au... » Je m’interromps, trop tard. Parler pour changer de sujet, ça m’a mené sur un terrain empli de sables mouvants dans lequel j’ai mis les pieds sans faire attention, pris dans la précipitation. C’est trop tard, dans tous les cas : j’ai parlé de moi, perdu dans mon malaise de la mettre, elle, mal à l’aise. « … au Canada, chez un oncle. » Un oncle. Ne pas lui parler du snowboard, ne pas lui parler de mes entraînements, ne pas lui parler de Lazar. Trop tard. « Tu as beaucoup voyagé ? Ca doit faire loin, en avion. »


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MessageSujet: Re: fight off the light and stay with me (maxiona)   Jeu 15 Juin 2017 - 3:37

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« Ça m’arrive. » Tu ne peux t’empêcher de sourire légèrement. Parce que si de ton côté, tu lui donnes accès à un paquet d’information illimités sur les dernières semaines, les derniers mois de ta vie pas très joyeuse, Max lui, il a pas perdu cette habitude de tout garder pour lui, de donner qu’un peu, jamais assez pour satisfaire complètement ta curiosité, mais assez pour te garder intriguée, intéressée par le jeune homme. Si tu n’as pas eu l’occasion de penser à lui énormément dans les semaines qui sont passées, ce soir, il a ta complète attention, même si tu es celle qui parle sans cesse. Max, il a ce petit je-ne-sais-quoi qui te donne envie d’en savoir toujours un peu plus. Il serait difficile de définir clairement la base de votre relation, mais t’as envie de croire que malgré le temps qui est passé, tu peux encore le considérer comme un ami. Quelque chose dont tu as cruellement besoin en ce moment. « Toujours aussi mystérieux ce Maxence. » Tu essayes de dire ça sur un ton plus doux, plus simple, question d’alléger cette conversation qui te pèse plus sur le coeur que tu n’aies en mesure de l’avouer. Tu déballes un tas de choses, c’est facile pour toi de parler, mais c’est tellement dur ensuite de devoir gérer avec les émotions que ça vient engendrer. T’aimerais être aussi froide que tu le laisses paraître, aussi détachée, mais la réalité, c’est que tu ne peux juste pas te défaire de la colère, de la douleur qui t’habite constamment. T’aimerais pouvoir être mystérieuse comme Max, être bonne pour jouer la comédie. Mais ça n’a jamais été ton fort, de prétendre être quelqu’un que tu n’es pas. Le problème qui persiste toutefois, c’est que tu ne sais plus du tout qui tu es, qui tu es censée être, et ce depuis trop longtemps déjà. « Oh.. ça ne semble pas te réjouir. Il n’y a pas moyen de.. d’éviter ça? » Ça s’entend quand tu dois parler de tes études. De ta résidence que tu as mis en pause de manière abrupte pour ta famille, mais dont tu ignores le sort complètement. C’est une chose de plus à gérer, une chose de trop et tu n’as pas le coeur d’en parler, pas le coeur d’y penser. Et pourtant, tu n’arrives pas à éviter le sujet. À faire comme si tu n’avais pas entendu la question du jeune homme. « J’en sais rien. J’suis même plus certaine que j’ai envie de ça. D’être chirurgienne. » C’est la première fois que tu le dis à voix haute, même si ça fait des jours que tu ne penses pratiquement qu’à ça. Après tout, la médecine, c’est la seule véritable raison qui a forcé ta famille à te renvoyer ici, toute seule. Alors si tu n’étudies plus pour devenir chirurgienne, qu’est-ce que tu fais encore dans les parages? Et puis qu’est-ce que tu vais faire de ta vie? Depuis que tu as arrêter les compétitions équestres, la médecine, ça été toute ta vie. Mais avec ta sœur, t’as rapidement compris que tu ne connaissais pas tout, que tu ne serais jamais celle qui possède toutes les réponses, que putain, t’étais pas Dieu, et t’es pas certaine de vouloir passer toute ton existence avec la vie des autres entre les mains. « J’ai aucune idée de ce que j’pourrais faire, mais j’suis pas sûre de vouloir me sentir aussi impuissante qu’avec ma sœur, mais en tout temps, you know? » Ton regard croise temporairement celui du jeune homme et tu puis tes baisses les yeux, contemplant tes pieds alors que tu échappes un soupir. Tu peines à croire que tu arrives à être aussi honnête avec un homme que tu connais en réalité très peu et puis pourtant. Ça te fait plus de bien que tu ne le réalises, de dire tout ça.

Ça te fait du bien, mais ça te fait du mal aussi, alors que tu retiens les larmes d’inonder tes joues comme une vraie gamine qui ne sait pas s’arrêter de pleurer. Tu parles de nourriture et de compagnie, parce que c’est plus simple que de te laisser transporter par cette envie de t’effondrer devant le jeune Sanderson. « Ça me va tout à fait, c’est gentil à toi. » Tu lui offres un sourire, appréciant une nouvelle fois la simplicité avec laquelle il réagit malgré ton humeur qui semble partir dans tous les sens. Tu ne comprends pas vraiment pourquoi il reste là à t’écouter. Ce n’est probablement pas ce à quoi il s’attendait en venant cogner chez toi à cette heure, mais tu apprécies qu’il soit là. « C’est dommage pour ton frère.. enfin, je veux dire, c’est toujours mieux d’avoir ses frères et sœurs pas loin, je comprends que tu n’aies pas l’air très enthousiaste à l’idée d’être revenue.. » C’est à ce moment que tu réalises vraiment que tout ce qui sort de ta bouche semble drôlement négatif. Tu peux une main dans tes cheveux, légèrement mal à l’aise, échappant un soupir mélangé d’un rire. « Je.. j’suis désolée. J’arrête pas de me plaindre. Excuse-moi. » Mais Max, ça ne semble pas le déranger. Il reste là, sur son côté de divan et il te pose des questions le plus naturellement du monde, parce qu’il est comme ça. À préférer t’entendre parler que d’être obligé de partager à son tour. « Scarlett, c’était sa femme? » Penser à Scarlett, ça fait toujours ressortir une certaine rancoeur chez toi. Et Caleb il aura beau vouloir en dire tout le bien du monde, t’es tout simplement incapable de passer par dessus ta rancune. Incapable d’oublier l’état de ton frère après qu’elle lui ait brisé le coeur la première fois. Incapable d’oublier son petit air de supériorité au travail. Travailler avec elle c’était d’ailleurs avérer être pire que ce que tu avais pu imaginer. « Son ex pu ex. Et ma boss aussi. Enfin ex boss maintenant. Pas une relation qui va me manquer bien honnêtement. » Parce que si tu étais bien contente de ne plus partager le même lieu de travail que la rousse, le fait que ton frère disparaisse en même temps qu’elle de ton quotidien te dérangeait. Tu faisais comme si tu comprenais. Tu prétendais être heureuse pour eux, tu l’avais fait pendant des semaines devant tes parents et tes autres frères et sœurs. Mais devant Maxence, tu n’étais pas obligée de faire semblant. Tu pouvais être aussi fâchée et triste que tu le voulais, aussi vrai que possible.

« C’est joli l’Écosse? Je n’y suis jamais allé. En fait, je ne suis jamais sorti des États-Unis, et guère plus de ma ville natale, en dehors de quelques hivers où j’allais au… au Canada, chez un oncle. » Max, il a le don de trouver les mots pour changer la discussion sur quelque chose de plus facile à gérer, sur quelque chose qui fait moins mal à ton petit coeur déjà bien abîmé. Tu penses à l’Écosse et tu te sens un peu mieux, mais ce n’est que temporaire quand tu te souviens que tu viens de quitter ce coin du monde que tu considères encore comme ta maison, et que tu n’as aucune idée de la prochaine fois où tu auras l’occasion d’y remettre les pieds. Parce que ce n’est plus facile comme avant de voyager, de te déplacer. Et ça, c’est une réalité que tu n’acceptes pas, que tu ne veux pas comprendre. Alors tu t’attardes sur le dernier bout d’information plutôt que de te morfondre plus longuement sur ta maison qui n’est plus la tienne. « J’adore le Canada. C’est tellement grand et vaste et différent dans chaque province. L’Écosse, c’est plus petit. Mais c’est magnifique. » Tu parles encore de toi, sans comprendre que Max, il est en train de t’offrir ne serait-ce qu’un petit aperçu de sa vie, de son monde à lui qu’il garde si soigneusement privé alors que de ton côté, tu lui dégueules tous les problèmes de ta misérable vie sans aucune gêne. L’effet secondaire du vin probablement. Si tu ne prends pas la peine de lui poser des questions sur ses voyages au Canada, tu gardes cependant l’information sous la main, comme tu le fais de tous les petits morceaux de lui que le jeune homme s’ose à t’offrir, parfois maladroitement, d’autres fois volontairement. Et honnêtement, il t’ait encore impossible de faire la différence entre les deux. « Tu as beaucoup voyagé? Ça doit faire loin, en avion. » Tu roules des yeux alors que tu approches ton verre à tes lèvres une fois de plus. Ta réponse est immédiate, spontanée. « Ouais, je me suis promenée pas mal. Mais j’déteste l’avion. C’est trop long. » Puis tu réalises que ça ne fait pas vraiment de sens que de dire que l’avion, qui est le moyen de transport le plus rapide de tous, est trop long, trop lent à ton goût. Tu n’as jamais parlé de qui tu étais avant avec le jeune homme, ni même avec personne aux États-Unis pour être vraiment honnête. Tu ne prends même pas la peine de savoir s’il a saisi ce que tu viens de dire que tu te mets à murmurer, à te maudire en silence. « J’veux dire uh.. fuck. » Tu échappes un rire nerveux et la prochaine chose que tu sais, c’est que tu t’es rapprochée de lui. Ta voix est plus douce, comme un murmure. Tu sais très bien que vous êtes seuls chez toi, mais puisque tu sais que t’es sur le point de dire un secret, c’est naturellement que tu te mets à parler moins fort, plus près de lui. « Tu peux garder un secret Max? J’suis sûre que oui, tu dis jamais rien. » T’es d’une honnêteté brutale, tu lui laisses à peine le temps de réagir à ce que tu dis. Tu le bombardes d’information, sans même prendre la peine de vérifier si tu ne franchis pas une ligne invisible entre vous. « J’avais une mutation, avant. J’pouvais me téléporter. Et j’adorais ça. J’allais partout, en un claquement de doigt. Quand Caleb s’est installé ici, c’était facile pour moi de venir le voir. » C’est tellement libérateur, de le dire à voix haute, surtout que tu n’as plus personne dans les parages pour en discuter. Tu te sens moins lourde de pouvoir être aussi vraie, aussi authentique, même si cette histoire, elle ramène aussi son lot de mauvais souvenirs. « Et puis on s’est fait attaqué par des chasseurs qui en voulaient à mon frère pour une raison que j’ignore encore aujourd’hui. Et ils nous vaccinés. Alors maintenant je prends l’avion. Et je déteste ça. » Fin de l’histoire, boom. Ton visage est drôlement proche de celui du jeune homme, tu étudies sa réaction bien attentivement, toutefois incertaine de ce que tu lis dans les yeux de Maxence. Alors tu parles, encore un peu plus, une vérité de plus ne serait-ce que pour tasser le moindre silence. « Ça fait un moment déjà mais je.. J’sais plus comment être moi sans ça. Tu comprends? »

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MessageSujet: Re: fight off the light and stay with me (maxiona)   Jeu 29 Juin 2017 - 0:30

fight off the light and stay with me
Fiona & Maxence



Si je travaille tard ? Ca m’arrive. Ce n’est pas réellement un mensonge, mais voilà, je le ressens comme tel à l’instant où j’articule ces mots. Ce n’est pas un mensonge, mais c’en est un par ce que ça cache. Un mensonge par omission. Je suis mal à l’aise, mes mots le hurlent, ma posture l’affirme. Je suis mal à l’aise, mon sourire crispé l’avoue. Le confesse sans un mot. Je travaille tard, oui. Mais est-ce vraiment un travail ? Je ne suis pas payé pour ce que je fais, je me contente de rembourser ce que je dois. Une somme colossale que toute ma vie ne suffira jamais à effacer. Une ardoise que j’aimerais jeter contre un mur mais que je ne parviens même pas à tenir entre mes doigts tremblants. Ça m’arrive de travailler tard, oui. Quant au changement de boulot… « Toujours aussi mystérieux ce Maxence. » Je baisse la tête, je la rentre dans mes épaules, sans pouvoir m’en empêcher. Je suis bien trop concentré à ne pas m’excuser, comme j’en ai envie, comme j’ai tant envie de le faire. Je suis désolé, Fiona, désolé de te mentir, désolé de ne pas pouvoir te répondre, désolé d’être incapable de te répondre, de t’offrir des choses aussi simples que des réponses. Je suis désolé. Mais je garde le silence.

Pire que cela, je change de sujet, je lui renvoie des questions, je détourne la conversation de moi-même pour mieux éviter d’avoir à lui mentir à nouveau. Je doute qu’elle soit dupe, un seul instant, mais c’est avec un soulagement palpable que je l’entends accepter la diversion. Et je me rends compte dans un même temps que mes questions, qu’elles aient été posées pour m’épargner des mensonges, sont sincères. Inquiètes. Soucieuses. L’Ecosse, la santé de Fiona, sa famille, ses projets d’avenir, tout cela m’intéresse, tout cela me concerne d’une certaine manière. Et Fiona, dans son regard, dans ses mots, je lis qu’elle n’est pas heureuse. Qu’elle n’est pas heureuse d’être là, ou plutôt qu’elle a autre chose en tête. Ca n’a pas l’air de la réjouir, de reprendre ses études. Ça n’a pas l’air de la réjouir, que tout redevienne comme avant pour elle, ou presque. « J’en sais rien. J’suis même plus certaine que j’ai envie de ça. D’être chirurgienne. » Pour la énième fois, mes lèvres s’arrondissent dans leur étonnement naïf. « Oh… pourtant… » Pourtant quoi, Maxence ? Ma phrase n’est pas la première à mourir de la sorte avant d’avoir éclos dans son intégralité, elle ne sera sûrement pas la dernière. « J’ai aucune idée de ce que j’pourrais faire, mais j’suis pas sûre de vouloir me sentir aussi impuissante qu’avec ma sœur, mais en tout temps, you know? » Mes yeux glissent dans les siens, je retiens un pas en avant, je retiens mes mains qui veulent se serrer autour des siennes pour l’obliger à sentir mon contact, pour l’obliger à sentir ma présence et ma sincérité. Je retiens tout cela, je me contente de murmurer un simple « Je comprends… mais ta sœur a guéri. Et chirurgienne… » Et chirurgienne ? « Tu n’es pas impuissante… tu ne serais pas impuissante, bien au contraire, ou bien moins que… » Moi ? Ma phrase, une fois de plus, n’arrive pas à son terme, mais je doute que ça ait la moindre importance : ma voix était si basse et si inarticulée que Fiona n’a pas dû en percevoir grand-chose. Quoiqu’il en soit…

La conversation change une nouvelle fois de sujet, s’hasarde sur une pizza à commander, tarde sur la demande Fiona, rembraye sur une nouvelle question de ma part, sur sa famille, se perd dans une larme au coin de l’œil qui me serre douloureusement la poitrine de culpabilité. Et la pizza revient, brandie comme un bouclier, brandie comme une nouvelle diversion, une diversion en faveur de Fiona cette fois, que j’accepte sans hésitation. Ça me va tout à fait, il est tout naturel que je reste pour lui tenir compagnie si elle est seule. Personne ne devrait avoir à rester seul, surtout lorsque le moral est absent. Personne, et même si je suis conscient de ne pas avoir tous les éléments en main pour comprendre, j’en veux un instant à son frère, à Scarlett, pour l’avoir ainsi délaissée. « Je.. j’suis désolée. J’arrête pas de me plaindre. Excuse-moi. » D’un mouvement de main, je veux la rassurer : ce n’est rien. Ca ne me dérange pas, il en faut plus pour me déranger. « Son ex pu ex. Et ma boss aussi. Enfin ex boss maintenant. Pas une relation qui va me manquer bien honnêtement. » J’ai un sourire, prenant ça comme source d’amusement et non source de tristesse. Je déteste voir une ombre planer sur son sourire, je déteste la savoir triste, je déteste tout cela parce que pour le coup, c’est moi qui me sens si impuissant à lui redonner le sourire. J’essaye, pourtant. J’essaye d’éviter les sujets qui fâchent, j’essaye de trouver ceux qui peuvent lui tenir à cœur.

Les voyages par exemple ? Je n’ai jamais vraiment voyagé, juste exploré quelques régions enneigées du Canada, juste exploré les environs de Salt Lake City, juste quitté temporairement la Nouvelle Orléans. Je n’ai jamais changé de continent, jamais traversé d’océans. Contrairement à elle, contrairement à l’apaisement qu’il me semble voir sur ses épaules. « J’adore le Canada. C’est tellement grand et vaste et différent dans chaque province. L’Écosse, c’est plus petit. Mais c’est magnifique. » J’ai un sourire, devant sa facilité à parler, à se confier à s’exprimer. « Je veux bien te croire » Je me force à articuler, pour verbaliser ce que mes yeux transmettent. Est-ce qu’elle a beaucoup voyagé, pour comparer si facilement des pays tout juste cités alors que de mon côté, j’aurais presque du mal à situer l’Ecosse en Europe, à ne pas la confondre avec le Pays de Galles, l’Angleterre et le Danemark ? « Ouais, je me suis promenée pas mal. Mais j’déteste l’avion. C’est trop long. » Je fronce les sourcils, attrape mon verre d’eau. Hésite, incertain. « Mais… » Si elle n’aime pas l’avion, y a-t-il transport plus rapide ? Je me sais peu cultivé, mais tout de même… « J’veux dire uh.. fuck. » Je ne sais surtout plus ou me mettre, et je cherche mon verre d’eau pour avoir quelque chose à tenir, un verre d’eau vide, que j’hésite à remplir. Son murmure interrompt tout mouvement de mon côté, lorsqu’elle reprend. « Tu peux garder un secret Max? J’suis sûre que oui, tu dis jamais rien. » Je rougis sous le reproche – à moins que ce ne soit un compliment – avant d’avoir un regard en direction du verre de vin, vide encore une fois. « Fiona, tu… » Cette fois, c’est contre mon gré que cette phrase n’arrive pas à son terme. « J’avais une mutation, avant. J’pouvais me téléporter. Et j’adorais ça. J’allais partout, en un claquement de doigt. Quand Caleb s’est installé ici, c’était facile pour moi de venir le voir. Et puis on s’est fait attaquer par des chasseurs qui en voulaient à mon frère pour une raison que j’ignore encore aujourd’hui. Et ils nous ont vaccinés. Alors maintenant je prends l’avion. Et je déteste ça. » J’ai la gorge sèche, figé, incapable d’assimiler que Fiona…

Que Fiona, selon ses dires, en est une. Et, pire encore, qu’on lui a ôté sa mutation. D’une manière ou d’une autre. Qu’on lui a ôté sa mutation. Définitivement, semble-t-il. Se téléporter. « Co… comment ? Quand ? » Quand. Je ne sais pas quelle est la question qui revêt à mes yeux la plus grande importance. Une chose est sûre, c’est que lorsqu’elle termine, avec « Ça fait un moment déjà mais je.. J’sais plus comment être moi sans ça. Tu comprends? », je me retrouve à hocher la tête, sans un mot. Je me retrouve à poser mon verre. Je me retrouve, aussi, à l’enlacer. A céder à cette envie que je retenais depuis plusieurs minutes déjà, depuis bien trop de temps. J’ignore quand elle a subi ce que j’assimile déjà à une agression, mais je comprends une chose : c’est que Fiona est bien plus solide que ce que je pensais, pour la simple et bonne raison qu’elle a enduré bien plus qu’elle faisait voir, sans que je ne m’en doute une seule seconde. Mes bras l’enveloppent avec délicatesse, mes doigts vont chercher le verre de vin dans les siens pour l’en éloigner. « Oh, Fiona… je suis désolé… » Et la sincérité fait vibrer ma voix d’émotions. Je n’ose imaginer ce que cela fait de perdre sa mutation, mais je sais, vraiment, ce que c’est que de perdre ce dans quoi on excellait. J’ai perdu ma médaille d’or, on me l’a arrachée, j’ai perdu mon succès, on l’a tué sous mes yeux, j’ai perdu le snowboard, on me l’a interdit. Et là encore, ce que j’ai vécu, ce que je vis encore, ne doit rien à avoir avec ce qu’elle vit, pour la simple raison que j’étais conscient de perdre cela le jour où j’ai plaidé coupable pour un meurtre que je n’avais pas commun. Lentement, les joues et les oreilles écarlates, j’en suis certain, je m’écarte d’elle. « Je comprends, je comprends bien plus que ce que tu peux le croire… » Je suis maladroit dans mes mots, je m’en rends bien compte, m’empresse de rectifier avant qu’il y ait le moindre quiproquo : « Je ne suis pas mutant, non, mais… » Mais, mais ce mais est une porte ouverte sur moi. Tu ne dis jamais rien. Je ne dis, effectivement, jamais rien. Alors qu’elle se confie, si facilement. « Je suis passé par là, en quelque sorte, moi aussi. Mais tu es plus que ta mutation, Fio’. » Le surnom se glisse tout seul entre mes lèvres. « Tu es bien plus que ça, même si tu l’ignores. Tu es belle, tu es drôle, tu es redoutablement intelligente. Et quand bien même quelqu’un te rendrait moche, grave et stupide, tu resterais toi, pleinement toi. » Suis-je encore le même que celui qui pleurait de joie sur un podium, face aux caméras mondiales ? Suis-je encore le même que le jeune américain interviewé par des télévisions françaises, chinoises, russes ou encore brésiliennes ? « Je vais te confier un secret, moi aussi. » Dans ma poitrine, mon cœur s’emballe, j’ai l’impression par ces mots de trahir Thais et Nolan. mais Fiona le mérite. « J’ai failli devenir quelqu’un. Un champion. En sport. Et… on m’a trahi, j’ai tout perdu, j’ai dû abandonner mes médailles, mes titres, mon avenir. J’ai mis longtemps à comprendre que… que c’était une cicatrice, une amputation, mais rien de plus. » Rien de plus. Vraiment ? « Faut pas t’en faire, Fiona. Il n’y a jamais rien de grave, tant qu’il y a de la volonté, et la volonté tu en as à revendre. Tu baisses pas les bras, tu souris, tu avances, tu es forte. Moi je ne me fais pas de souci pour ça, parce que… tu vas trouver comment être toi sans ça. Je suis sûr qu’au fond, tu le sais déjà. Que ce soit par la médecine, ou autre chose… tu vas trouver. » Je me mords la lèvre, presque conscient que tout ce que je dis, elle n’a peut-être pas envie de l’entendre.

Qu’elle n’a peut-être, même, pas besoin de s’entendre dire ça à une heure pas possible, par un mec qu’elle connaît à peine, un presque inconnu qui la voit comme une amie mais qui ignore comme elle, elle le voit. « Mais avant ça, je pense que le mieux, c’est que tu trouves le chemin d’une pizza. Parce que l’alcool sans rien dans l’estomac, je sais que ce n’est pas une bonne idée. Et tu dois être affamé. Tu veux que je commande, peut-être ? »  


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J'ai pas choisi de naître ici, Entre l'ignorance et la violence et l'ennui, J'm'en sortirai, j'me le promets, Et s'il le faut, j'emploierai des moyens légaux; Envole-moi... Loin de cette fatalité qui colle à ma peau — JJG, envole-moi.




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MessageSujet: Re: fight off the light and stay with me (maxiona)   Jeu 10 Aoû 2017 - 2:06

and i’m trying to find my peace of mind
behind these two white highway lines
when the city goes silent
the ringing in my ears gets violent

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« Oh… pourtant… » Tu es consciente que tu ne fais pas beaucoup de sens dans ce que tu racontes. Tu peux le voir dans les yeux de Maxence qu’il ne comprend pas tout à fait où tu veux en venir, mais tu ne lui en veux pas. Tu te contentes de balbutier des mots ici et là, tes pensées se bousculant dans ton esprit. « Je comprends… mais ta sœur a guéri. Et chirurgienne… Tu n’es pas impuissante… tu ne serais pas impuissante, bien au contraire, ou bien moins que… » Tu comprends ce qu’il veut dire, tu sais très bien que médecin c’est loin d’être impuissant, mais tu comprends aussi désormais que tu ne peux pas sauver tout le monde, même si tu le voudrais réellement. Que tu ne peux pas être Dieu et que tu n’as pas le contrôle. Que tout peut t’échapper si tu n’est pas vigilante. « Je sais, je sais.. J’ai juste peur. » Peur de me perdre dans ce métier. Peur de perdre tout ceux qui me sont chers, ceux qui m’échappent déjà comme ma famille, ma sœur, mon frère qui est maintenant si loin. Peur qu’au bout du chemin, je ne serais jamais assez pour qui que ce soit telle que je suis désormais.. Un soupir, tu chasses les pensées, la dernière chose dont tu as besoin ce soir, c’est de te mettre à pleurer devant le jeune homme. « Peur que ce ne soit pas assez ou j’sais pas quoi. » Tu es prête à changer de sujet, prête à ignorer tout ce qui vient de se dire. Plus ça va, plus tu te confies, et plus tu es sur le point de craquer, et t’es certaine que Maxence n’est pas venu pour ça. Alors quand votre discussion dévie sur les voyages, tu penses que tu es finalement sauvée. Que la dépression est derrière, que tu peux faire semblant de sourire assez longtemps, jusqu’à ce qu’il parte au moins. « Je veux bien te croire » Toi aussi, tu voulais y croire, et pourtant.

Et puis fuck, tu dérapes encore et tu veux la surprise qui habite le visage du jeune Sanderson. Non seulement tu fais pas de sens une fois de plus, mais là, tu déconnes complètement. Tu risques ton plus grand secret, cette chose qui ne fait plus partie de toi mais que te défini encore beaucoup trop à ton goût. « Mais… » Tu te mords les lèvres, tu fais attention de croiser son regard, mais tu en as déjà trop dit. Alors tu te prépares à déballer ton sac. Il y a quelque chose qui te dit que tu peux lui faire confiance, que tu n’as pas à avoir peur, même si en réalité, tu es complètement tétanisée de parler de ton don à voix haute, pire encore de devoir te souvenir de ta vaccination violente. « Fiona, tu… » Tu ne lui laisses pas le temps de finir sa phrase que tu le bombardes d’informations, prenant soigneusement le temps d’éviter de regarder toutes les émotions qui doivent passer sur le visage du jeune homme. Tu échappes un léger soupir alors que tu laisses un petit silence s’installer entre vous, alors qu’il ouvre à son tour la bouche pour ajouter quelque chose. « Co… comment ? Quand ? » Tu aimerais ne pas être obligée de répondre à cette question, parce que la réalité est que toi-même, tu ne connais pas tous les détails de ce qui s’est passé. Mais tu te dis qu’à ce point, tu ne perds rien à donner tous les détails que tu sais au jeune homme. « Ça va faire un an.. une attaque sournoise. J’étais au mauvais endroit au mauvais moment. Mon frère et moi, on a jamais trouvé.. on a jamais trouvé le chasseur qui a fait ça. » Le souvenir est encore frais dans ta mémoire, allant presque jusqu’à sentir la douleur dans ton corps quand le virus s’est propagé en toi, te changeant complètement du jour au lendemain. « Oh, Fiona… je suis désolé… » Tu hausses vaguement des épaules alors que tu sens ses bras qui t’enlacent. Si tu es surprise par cet élan d’affection, tu te laisses faire complètement, en profitant pour appuyer ta tête contre son torse légèrement, appréciant le contact. Il y a si longtemps que tu ne laisses plus personne t’approcher, alors pourquoi est-ce si facile, si familier avec le jeune Sanderson? Après quelques secondes, tu te défais tranquillement de l’emprise, ton regard croisant le sien. « Ça va Max, c’est pas de ta faute. » C’est de la faute de personne, sauf peut-être de la tienne au fond..

« Je comprends, je comprends bien plus que ce que tu peux le croire… » Tu hausses les sourcils légèrement, ne comprenant pas trop où le jeune homme veut en venir. Tu l’entends alors qu’il se reprend rapidement, un léger sourire vient habiter tes lèvres. « Je ne suis pas mutant, non, mais… » Il bégaye, tu peux lire un peu la panique dans ses yeux alors qu’il hésite à te confier un secret à son tour. Tu n’as pas envie de le forcer. Pas envie qu’il soit sous l’impression que parce que tu laisses le vin prendre le contrôle de ta personne et te faire dire n’importe quoi qu’il doit en faire de même. « T’es pas obligé Max.. » Pas obligé du tout, mais tu n’en demeures pas moins curieuse. Curieuse de comprendre ce qui fait de Maxence l’homme qu’il est aujourd’hui, ce mystère ambulant dans ton univers qui est si près ce soir que t’as de la difficulté à croire que ça fait des semaines, des mois que vous ne vous êtes pas vus, pas parlés. « Je suis passé par là, en quelque sorte, moi aussi. Mais tu es plus que ta mutation, Fio’. » Tu fais signe que non de la tête. T’as envie de lui dire qu’il ne comprend pas, qu’il ne peut pas comprendre, mais il reprend la parole avant même que tu ne puisses dire quoique ce soit. « Tu es bien plus que ça, même si tu l’ignores. Tu es belle, tu es drôle, tu es redoutablement intelligente. Et quand bien même quelqu’un te rendrait moche, grave et stupide, tu resterais toi, pleinement toi. » Un sourire se pose délicatement sur tes lèvres. Comment est-ce que cet homme qui te connaît si peu peut être en mesure de te dire tout ça et le penser réellement? T’as envie de le contraire, tellement envie, mais ça te semble complètement fou. Comment être toi sans ta mutation? Tu prétends que tu le sais, mais en réalité, t’en as aucune idée. « Comment tu peux en être aussi certain? » La distance entre vous deux est toujours réduite, quelques mètres tout au plus, vos regards se perdent souvent l’un dans l’autre alors que plus vous vous confier l’un à l’autre, plus vous briser ces barrières qui ont toujours été entre vous depuis votre fameuse rencontre à l’hôpital. « Je vais te confier un secret, moi aussi. » Tes yeux ne quittent pas les siens. Tu voudrais l’arrêter, mais tu n’en fais rien, complètement concentrée, ne voulant perdre aucun mot, aucun détail de ce qu’il est finalement prêt à t’offrir. « J’ai failli devenir quelqu’un. Un champion. En sport. Et… on m’a trahi, j’ai tout perdu, j’ai dû abandonner mes médailles, mes titres, mon avenir. J’ai mis longtemps à comprendre que… que c’était une cicatrice, une amputation, mais rien de plus. » Tu ne t’attendais pas à ça, mais alors pas du tout. Et tu mets quelques secondes avant de réagir, quelques secondes avant de comprendre qu’il n’avait pas tout à fait tort, quand il laissait entendre que vous aviez plus en commun que tu ne pouvais croire. « Max, je.. j’suis désolée, j’suis vraiment désolée. » Ta main trouve la sienne de la même manière qu’il a su t’enlacer après tes aveux. Comme si depuis que vous aviez franchi la barrière de la proximité une fois, plus rien ne pouvait te retenir de le toucher, d’être en contact avec lui.

« Faut pas t’en faire, Fiona. Il n’y a jamais rien de grave, tant qu’il y a de la volonté, et la volonté tu en as à revendre. Tu baisses pas les bras, tu souris, tu avances, tu es forte. Moi je ne me fais pas de souci pour ça, parce que… tu vas trouver comment être toi sans ça. Je suis sûr qu’au fond, tu le sais déjà. Que ce soit par la médecine, ou autre chose… tu vas trouver. » Tu ne sais pas comment il fait, pour dire ces mots, ceux qui te font du bien, mais tu l’apprécies plus que tu n’es en mesure de lui dire, plus que tu n’es en mesure de lui dire. « Merci Maxence. » Ça te semble plat comme remerciement, mais les mots te manquent alors que tes doigts sont toujours entrelacés dans les siens. « Merci d’être là.. je, j’crois que j’avais vraiment besoin de ça ce soir. » Besoin de te souvenir que tu n’as pas besoin de te priver de la présence de tout le monde. Besoin de te rappeler que ton monde tourne encore, que tu n’es pas seule. Vos mains se séparent alors qu’il prend le contrôle de ton verre de vin, t’empêchant de le remplir pour une énième fois, ce qui est pas totalement une mauvaise idée. « Mais avant ça, je pense que le mieux, c’est que tu trouves le chemin d’une pizza. Parce que l’alcool sans rien dans l’estomac, je sais que ce n’est pas une bonne idée. Et tu dois être affamé. Tu veux que je commande, peut-être ? » Tu échappes un petit rire. Tu étais complètement en train d’oublier cette pizza. Tu te sens même un peu mal que Maxence sente qu’il ait besoin de prendre soin de toi à ce moment. « T’es pas obligé de t’occuper de moi tu sais. Tu dois avoir des choses à faire, quelqu’un qui t’attend à la maison.. » Manière peu subtile de lui demander s’il a quelqu’un dans sa vie? Probablement, mais t’as bu trop de vin ce soir pour te soucier d’être subtile ou non. Tu te lèves du sofa un peu trop rapidement que tu donnes l’impression d’avoir du mal à tenir debout, mais dès que tu retrouves ton équilibre tu te tournes vers le jeune homme et lui offre un sourire. « J’vais appeler. Pepperoni, ça te va? » Tu te diriges vers la cuisine où tu passes la commande rapidement et dès que c’est fait, tu reviens t’asseoir à côté du jeune homme sur le canapé. Le silence se place tranquillement entre vous deux alors que tes pensées se bousculent dans ton esprit, bien que ces dernières aient pris un ton complètement différent depuis quelques minutes. « J’peux te demander quelque chose Max? » Tu prends une longue respiration. Peut-être que tu pousses ta chance, à vouloir poser encore plus de questions, mais tout ce qu’il t’a dit, ça te trotte dans la tête, encore et encore. Les mots qu’il a choisi, cette manière qu’il avait de te regarder. « Pourquoi.. pourquoi t’as décidé de me dire ça, ce soir? » Peut-être que tu te fais des idées de A à Z aussi. Peut-être que le vin te fait imaginer des choses qu’il n’y a pas. Mais tu prends une chance parce que tu n’as plus rien à perdre. Tu te rapproches légèrement, vos visages ne sont qu’à quelques centimètres l’un de l’autre désormais. « Pas que je m’en plaigne, au contraire.. ça fait plaisir d’en savoir un peu plus sur toi. » Et puis tu fermes les yeux alors que tes lèvres rencontrent les siennes dans un baiser qui est plein de gêne, de douceur. C’est à peine si tu comprends ce que tu fais. Après quelques secondes, tu te recules, surprise toi-même de ton geste et puis te te lèves, imposant soudainement une distance qui a été brisé depuis bien longtemps entre lui et toi. « Je, j’suis désolée. Je.. j’aurais sûrement pas dû faire ça. »

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MessageSujet: Re: fight off the light and stay with me (maxiona)   Jeu 24 Aoû 2017 - 0:25

fight off the light and stay with me
Fiona & Maxence



« Je sais, je sais.. J’ai juste peur. Peur que ce ne soit pas assez ou j’sais pas quoi. » Je comprends. Comment pourrais-je ne pas comprendre, alors que la même terreur m’empêche régulièrement de dormir ? Comment pourrais-je ne pas comprendre, alors que cette crainte m’habitude à chaque fois que Thais fait une rechute entre mes bras, entre ceux de Nolan, que notre statut nous interdit de l’amener à l’hôpital tant qu’on peut s’en passer ? Est-ce que je vais ramener suffisamment d’argent, est-ce que Lazar se trouvera satisfait des heures que je consacre à rembourser ma dette et acceptera de laisser Thais et Nolan tranquille ? Est-ce que j’en fais assez, finalement, dans toutes les facettes de ma vie, dans mes luttes pour mon intégrité, pour ma légalité, pour ma survie, pour la survie de ma famille ? Alors oui, je comprends. Je comprends même très bien les doutes de Fiona, mais j’ai aussi l’intime conviction… que la médecine, c’est sa vocation. Je me souviens encore de notre rencontre, lorsqu’elle m’a pris en charge après une dégénérescence brutale des symptômes de ma sœur, je me souviens encore de son professionnalisme teinté d’inquiétude, et je me souviens encore de son obstination première pour me constituer un dossier médical, avant d’accepter de faire une exception, contre un suivi de ma santé. Elle a en elle ce qui fera d’elle une excellente chirurgienne, j’en suis certain et j’aimerais qu’elle me croie. Vraiment. Mais…

Mais je n’insiste pas. Et la discussion change, s’échappe, une diversion par en direction de la nourriture, puis de sa famille. Avant de revenir en direction des voyages, de l’Ecosse, et… un aveu. Une confidence. Guidée, j’en suis tout à fait convaincu, plus par l’alcool déjà bu, la fatigue et la faim, qu’une réelle confiance entre elle et moi. Mes interventions sont à mon image : dénuées de tout intérêt, échouées au bord de mes lèvres, perdues. Je n’ai pas demandé à être chargé de ce secret et pourtant je le recueille du bout des doigts avec une délicatesse démontrant mon malaise. Et ma reconnaissance. Une délicatesse, une prudence, une douceur mais également une méfiance certaine. Téléportation. Vaccination. Définitive. « Ça va faire un an.. une attaque sournoise. J’étais au mauvais endroit au mauvais moment. Mon frère et moi, on a jamais trouvé… On a jamais trouvé le chasseur qui a fait ça. » Un an… un an, nous n’étions pas encore en ville, Thais, Nolan et moi. Un an… je ne la connaissais pas encore. Mes lèvres articulent une première fois à quel point je suis désolé. Silencieusement. Répètent les mots sans tarder. Si un long frisson s’empare de ma colonne vertébrale, si les mots m’échappent, si je ne sais qu’en penser, l’important plane pourtant autour de moi, comme une évidence. Mes mains posent le verre qui les encombraient, viennent au contact, l’enlacent dans un geste de tendresse que trahit mon murmure, aussi sincère que chargé de compassion. Pas de pitié, non. Juste de la compassion. Elle ne sait plus comment être elle alors qu’on lui a arraché une partie de ce qui composait son être ? J’ignore ce à quoi la perte d’une mutation peut ressembler mais je sais une chose : là encore, je peux la comprendre. Je peux la comprendre bien plus qu’elle ne s’en doute. Elle se défait de mon étreinte, si brève, je me sens devenir écarlate en me rendant compte de ce que je viens de faire. Mes doigts ont ôté des siens son verre d’alcool, envisagent de le boire pour dissiper la gêne. Mauvaise idée. Très clairement. « Ça va Max, c’est pas de ta faute. » Je lui offre un sourire, d’excuse. De malaise. De soutien. Avant de m’écarter d’elle. Je comprends m’entends-je répéter. Je comprends. Et… je suis maladroit, dans mes mots, dans mes actes, dans mes pensées. Pourtant, petit à petit, je commence à partager. Avec prudence. Avec équilibre. Je commence à raconter. « T’es pas obligé Max.. » Je n’y suis pas obligé, mais je le veux. Elle le mérite, je lui dois bien ça. Elle le mérite, parce que toute relation, toute amitié, se base avant tout sur un partage et que, jusque-là, le partage n’a pas été une seule fois équitable. Ne l’a-t-elle pas elle-même fait remarquer un peu plus tôt ? Tu ne dis jamais rien. J’inspire. Je ne suis pas un mutant. Mais je suis passé par là. Et elle, elle s’en remettra. Comme je m’en suis remis. Voire mieux. Parce qu’elle est forte. Parce qu’elle est belle. Parce qu’elle est drôle. Parce qu’elle est bien, bien plus qu’une transmutante. « Comment tu peux en être aussi certain? » Je lui souris. Doucement. « Parce que. » C’est la seule réponse que je peux lui offrir. Comment puis-je en être aussi certain ? Je n’en ai strictement aucune idée, mais… du bout du doigt, je replace une de ses mèches de cheveux derrière son oreille, dans une proximité surréaliste.

Les mots se faufilent, prennent vie. Je vais te confier un secret, moi aussi. Je partage. Je me confie. Je donne, avec timidité. J’ai l’impression de trahir ma sœur, de trahir Nolan que j’ai condamnés au secret et à la solitude, mais je ne regrette pas, pour une fois. Parce que Fiona en a besoin, parce que Fiona mérite un peu de sincérité de ma part. J’ai failli devenir quelqu’un. C’est inexact : l’espace de quelque mois, je suis devenu quelqu’un. « Max, je.. j’suis désolée, j’suis vraiment désolée. » Sa main trouve la mienne, je frissonne et lui retourne, dans un petit sourire, les mots qu’elle m’a donnés un peu plus tôt. « Ca va, Fiona, ce n’est pas de ta faute… » Je souffle. De qui est-ce la faute ? De Lazar. De ma mère. Et la mienne aussi. Tout cela n’est de la faute que de ma naïveté. De ma faiblesse. De mes espoirs passés avant la raison, passés avant la lucidité. Je n’avais que dix ans, je n’avais que seize ans, je n’avais que dix-sept ans, comment aurais-je pu savoir ? Je l’ignore. Mais… Ce n’est plus l’important. Je me mords la lèvre.

Il ne faut pas qu’elle s’en fasse. Tout ira bien. Il n’y a jamais rien de grave. Tant qu’il y a de la volonté. Et de la volonté, elle en a. Et si elle n’en a plus, je lui en donnerai. « Merci Maxence. » Un sourire. Ne sais-je que faire ça, sourire ? « Merci d’être là.. je, j’crois que j’avais vraiment besoin de ça ce soir. » Je souris. Encore. Doucement. Silencieusement. Je n’ai pas envie de lâcher sa main, je n’ai pas envie de bouger, je n’ai pas envie de rompre cet instant. Mais… il y a toujours ce mais, il y a toujours ce malaise, cette timidité qui me rend écarlate, qui me pousse à parler ; à rompre le sort. On a parlé de pizza, non ? « T’es pas obligé de t’occuper de moi tu sais. » Je me rétracte dans un mouvement d’excuse. C’est vrai, elle est une grande fille et… « Tu dois avoir des choses à faire, quelqu’un qui t’attend à la maison.. » Je secoue immédiatement la tête. « Oh, non, ne t’en fais pas, ils se gèreront bien tous seuls, ils… » ils ? Lui ai-je déjà parlé de ma sœur, de mon frère, de… non. « Je vis… en colocation » j’explique sans plus tarder. Pourquoi ne pas avouer les liens familiaux avec mes ‘colocataires’ ? Parce que j’ai peur. Encore peur, qu’elle demande à les rencontrer, qu’elle ne soupçonne quelque chose d’étrange, dans la maladie de Thais, dans l’absence de maladie chez moi… Je secoue la tête, resserre mes bras autour de moi. « J’vais appeler. Pepperoni, ça te va ? » J’hoche la tête. La regarde se retrancher dans la cuisine.

Hésite à envoyer malgré tout un message à Thais et à Nolan pour ne pas qu’ils s’inquiètent, pour qu’ils… n’en fais rien. De toute manière, ils me croiront en train de travailler pour Lazar. Et je ne veux pas trop leur parler de Fiona pour le moment. Mettre une séparation entre eux et elle, m’autoriser ce petit jardin secret, me… « J’peux te demander quelque chose Max? » Je relève la tête, va même jusqu’à enlever ma veste pour la poser, pliée, sur un bord du canapé où j’ai pris place. Eloigner mon téléphone. « Oui ? » Elle prend une respiration, je me demande si je ne vais pas regretter de ne pas avoir su dire non, pour une fois. « Pourquoi.. pourquoi t’as décidé de me dire ça, ce soir? » Elle s’approche, je la regarde dans les yeux, des yeux fascinants, des yeux insistants. Mes lèvres articulent des syllabes silencieuses. « Pas que je m’en plaigne, au contraire.. ça fait plaisir d’en savoir un peu plus sur toi. » J’entrouvre les lèvres, prêt à m’excuser pour combler un silence que je ne peux que lui offrir mais… Je me tétanise.

Stupéfait. Ses lèvres ont le goût du sel de ses larmes, ont le goût d’un vin blanc bu un peu plus temps. Ses lèvres, sa présence, je n’ai qu’à peine réalisé ce qu’il vient de se produire qu’elle s’éloigne. Surprise. Presque autant que moi, j’en suis persuadé. Dans ma poitrine, mon cœur bat la chamade. Refuse de ne pas comprendre ce qu’il se passe. Un peu trop d’alcool. De la solitude. Une amitié. Des larmes. Le cocktail me semble idéal et… « Je, j’suis désolée. Je.. j’aurais sûrement pas dû faire ça. » Je ne sais pas quoi répondre.

Je me rends bien compte que le silence peut être gênant, mais je n’ose le rompre, de peur de mal le rompre. Que dire, que répondre, que… « J’ai décidé, parce que je te fais confiance. Parce que je te comprends. Parce que je t’attends depuis des mois. Parce que je m’inquiétais pour toi. Parce que… » Les vannes sont ouvertes, mes yeux sont rivés sur elle. Et dans ma poitrine, des battements de cœur s’accélèrent, loin, bien loin de se calmer sagement. « Parce que j’ai presque tout perdu une première fois, et que je ne voulais pas te perdre. Parce que tu mérites que je te parle, parce que… » Je m’approche sur le bord du canapé. M’approche d’elle. Hésitant. Timide. Je ne peux, moi, plaider l’alcool, plaider des circonstances atténuantes. Juste… Lentement, les yeux toujours rivés dans les siens, ma main glisse dans sa nuque, se faufile entre ses cheveux, mes lèvres vont, à leur tour, chercher doucement les siennes. Timidement. Toujours timidement. Elle n’est pas la première que j’embrasse. Mais la première de longue date. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que je lui rends ce qu’elle m’a offert ? Je l’ignore, je l’ignore vraiment.

Je sais juste qu’elle m’a manqué. Vraiment. Je sais juste que demain, j’en serai à nouveau incapable. Demain, il me faudra à nouveau penser à la protection de Thais, de Nolan. Demain, il me faudra penser à mon devoir. De grand frère. Mon devoir d’endetté. Alors ce soir, je peux peut-être profiter de n’être qu’un ami. Qu’un homme. Trop de gêne, trop de douceur. « C’est à mon tour d’être désolé. » je lui murmure, sans oser m’écarter. « On… on peut dire que demain, on ne se souviendra pas de cette soirée, pas de… ça ? »


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J'ai pas choisi de naître ici, Entre l'ignorance et la violence et l'ennui, J'm'en sortirai, j'me le promets, Et s'il le faut, j'emploierai des moyens légaux; Envole-moi... Loin de cette fatalité qui colle à ma peau — JJG, envole-moi.




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MessageSujet: Re: fight off the light and stay with me (maxiona)   Mer 30 Aoû 2017 - 6:49

and i’m trying to find my peace of mind
behind these two white highway lines
when the city goes silent
the ringing in my ears gets violent

jetpackblues@falloutboy

Tu ne sais pas ce qui a amené ce lot de confidences entre Maxence et toi. Tu ne sais pas si c’est seulement l’alcool qui t’a poussé à être complètement transparente devant le jeune homme, ou bien si cela cachait un petit quelque chose qui est là depuis votre première rencontre. Une rencontre qui n’avait rien d’anodin, une rencontre qui marque, qui sort de l’ordinaire et maintenant que tu avais passé plusieurs mois sans voir le jeune Sanderson, tu réalisais plus que jamais à quel point tu appréciais les moments que tu passais avec l’homme mystérieux qu’il est. Toi qui t’étais promise de ne plus t’ouvrir, de te protéger, tes secrets et celle que tu avais pu être auparavant, tu venais d’offrir un morceau de ton histoire que tu gardais normalement pour toi. Et si tu pensais depuis des mois que c’était la meilleure idée, que de t’exposer te ferait plus de mal que de bien, tu réalises que tu te sens moins lourde. Comme si un poids que tu trainais depuis si longtemps venait de quitter tes épaules. Que tu pouvais être toi-même et que ça pouvait être suffisant. Du moins, c’est ce que Maxence croyait, sans même en douter. « Parce que. » Tu sens ton coeur faire un bond dans ta poitrine alors qu’il vient replacer l’une de tes mèches de cheveux derrière ton oreille et tu dois te retenir pour ne pas attraper sa main et entrelacer tes doigts avec les siens. Tu ne pourrais pas expliquer comment le changement entre vous deux c’est fait. Si c’est la faute de l’alcool, la faute de ton absence ou si c’est parce que ça devait arriver, mais tu appréciais plus que de raison ce rapprochement inexplicable. Tes gardes descendent tranquillement et même si tu te sens devenir de plus en plus vulnérable, tu aimes cette transparence qui prend plus de place entre vous deux, cette transparence qui l'emmène à te confier un secret à son tour. Il t’offre une partie de son histoire et ton coeur se serre à l’idée qu’il n’est plus où il a un jour été, qu’il ne vit plus la vie qu’il veut, la vie qu’il mérite. Et tu sais sans l’ombre d’un doute qu’il comprend comment tu te sens. Comment c’est de devoir vivre sans cette partie de soi-même qui nous a été arracher. T’aimerais tellement lui faire comprendre à ton tour qu’il peut quand même être tout ce qu’il veut, mais les mots te manquent et tu as l’impression de ne pas assez en savoir sur le jeune homme en général pour émettre des commentaires sur sa vie actuelle. Alors tu te contentes de lui à quel point tu es désolée. Tu ne sais pas tout, mais tu es certaine qu’il ne méritait pas ça. « Ça va, Fiona, ce n’est pas de ta faute.. » Tu échappes un soupir parce que tu sais qu’il n’y a rien de plus à dire, rien de plus à faire. Tu n’as eu aucun contrôle sur ce qui t’es arrivée alors tu en as encore moins sur celle de Maxence. Vous êtes les pauvres victimes d’un destin parfois injuste et vous êtes obligés de vivre avec les conséquences. Rien de plus, rien de moins.

Un coup d’oeil vers l’horloge te permet de voir que la soirée file sans même que tu ne le réalises et que Maxence doit probablement avoir quelqu'un qui l’attend quelque part, ou peut-être seulement quelque chose d’autre à faire ailleurs. Tu n’as pas envie qu’il parte, mais tu n’as pas envie de le retenir non plus. « Oh, non, ne t’en fais pas, ils se géreront bien tous seuls, ils.. » Ils? Tu aimerais poser plus de questions, en savoir davantage, mais il y a longtemps que tu as appris à respecter la bulle de vie privée de Maxence, même s’il t’arrive souvent de vouloir pousser les limites. Alors tu te contentes d’hocher de la tête, contente toutefois de savoir qu’il n’a pas besoin de partir tout de suite. « Je vis.. en colocation. » Le terme est vague et tu aimerais réellement savoir si Max à quelqu'un dans sa vie, mais une fois de plus, tu ne poses aucune question, te contentant de rester le plus vague possible. « Ça doit être bien, d’avoir des gens avec qui partager le quotidien. » Tu pensais que vivre seule était la meilleure option pour toi lorsque tu es arrivée à Radcliff, mais avec ton frère retourné en Écosse et très peu de véritable amis, la solitude commence à te peser lourdement. Tu te dis que tu pourrais partir en colocation toi aussi, mais tu aimes ton appartement et il n’y a qu’une seule chambre. Tu pousses tout cela au fond de tes pensées alors que tu t’écartes temporairement pour commander la pizza. Mais tu n’es pas partie longtemps et dès que tu reviens, tu laisses un élan de curiosité prendre le contrôle. Quand tu lui demandes si tu peux lui poser une question, Maxence laisse entendre un simple « Oui? » auquel tu réponds instantanément avec tes questions. Tu veux comprendre le changement, savoir ce qui en a été la cause. Mais tu ne lui laisses même pas le temps de répondre que tes lèvres trouvent les siennes en un baiser aussi surprenant pour toi que pour lui. Tu ne savais pas que tu allais faire ça et pourtant, tu avais cet impression que c’est ce dont tu avais besoin par dessus-tout. Tu te recules pour apercevoir la surprise affichée sur le visage du jeune homme tout comme sur le tien. Tu t’excuses maladroitement, t’as vraiment aucune idée de ce qui t’es passé par la tête. Tu ne t’y attendais pas, mais il reprend la parole, coupant le silence maladroit entre vous deux, allant même jusqu'à répondre à tes questions un peu indiscrètes. « J’ai décidé, parce que je t fais confiance. Parce que je te comprends. Parce que je t’attends depuis des mois. Parce que je m’inquiétais pour toi. Parce que.. » Ton regard ne quitte pas le sien alors que tu es complètement surprise par les mots qu’il t’offre. Tu n’avais pas la moindre idée de l’importance que tu pouvais avoir dans la vie du jeune homme. « Parce que j’ai presque tout perdu une fois, et que je ne voulais pas te perdre. Parce que tu mérites que je te parle, parce que.. » Ta voix n’est qu’un murmure lorsque tu ajoutes timidement un « Tu ne m’as pas perdu.. » Son visage s’approche du tien à nouveau et tu sens ton coeur battre trop fort contre ta poitrine alors que sa main glisse contre ta nuque et que ses lèvres s’emparent à nouveau des tiennes. Le baiser est d’abord timide, mais il y a un petit quelque chose de plus cette fois-ci alors qu’une de tes mains vient se poser naturellement contre la joue du jeune homme. Il est le premier à briser l’étreinte, mais vous demeurez proches l’un de l’autre cette fois-ci, comme si la distance était soudainement trop difficile à gérer. « C’est à mon tour d’être désolé. » Tu hoches négativement de la tête. T’as pas envie qu’il soit désolé parce que la réalité est que tu as beau ne pas comprendre ce que ça veut dire, tu voudrais pouvoir l’embrasser encore. Tu voudrais pouvoir croire pour un moment encore qu’il n’y a que lui et toi et que rien d’autre n’a d’importance. Il y a tellement longtemps que tu ne t’es pas sentie ainsi, t’as du mal à croire que c’est réellement en train de se produire. « On.. on peut dire que demain, on ne se souviendra pas de cette soirée, pas de.. ça? » Tu fronces légèrement des sourcils, incertaine de ce que Maxence essaie de te dire. Tu n’as pas envie d’oublier. Pas envie de faire semblant que ce n’est pas arrivé. Pas envie de mettre le blâme sur l’alcool ou sur la solitude. Sans dire quoique ce soit, tu l’embrasses à nouveau, moins timidement cette fois. Il y a quelque chose de tellement particulier qui se produit quand tu embrasses quelqu'un pour la première fois. Tu découvres une toute autre partie de sa personne sans être obligé de dire quoique ce soit. «  J’vais me souvenir Max. Mais j’comprends si toi, tu préfères faire comme si de rien était.. » Tu dis que tu comprends, mais ce n’est pas complètement vrai. Il y a soudainement tellement de questions qui se bousculent dans ton esprit que tu te sens étourdie. Pourquoi est-ce qu’il t’a rendu le baiser s’il n’en avait pas envie? Pourquoi est-ce qu’il te dit qu’il t’a attendu si c’est pour soudainement te rejeter? « Je suis vraiment désolée si c’est pas ce que tu voulais, je croyais.. » Tu croyais quoi? T’en es pas véritablement certaine. Tu te lèves soudainement, imposant une certaine distance entre vous deux. « J’croyais que c’est ce que tu voulais, toi aussi.. » Mais une fois de plus, tu es probablement complètement à côté de la réalité. Une constatation qui fait toujours aussi mal.

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MessageSujet: Re: fight off the light and stay with me (maxiona)   Sam 16 Sep 2017 - 10:46

fight off the light and stay with me
Fiona & Maxence



Par bien des aspects, ma vie est une terre brûlée. Calcinée. Stérile. Dans laquelle des vestiges de la faune verdoyante et florissante qui s’y épanouissait sont encore visibles tout en s’effritant dès que j’ose espérer les frôler et les faire revivre. Dans laquelle certains arbres profondément enracinés dans mon être ont malgré tout survécu, des éclats de verdure dans un horizon mortifère et noir de cendre. Thais est un arbre en fleurs, un cerisier aux pétales rose pâle apportent de la couleur et éclaircissent, illuminent l’ensemble. Nolan, Nolan est un bosquet de ronces, survivant lui aussi, toujours présent, auquel je me heurte, contre lequel je me blesse mais qui reste pourtant présent, qui rompt pourtant avec la solitude du reste de la plaine. Et face à Fiona…

Face à Fiona, je découvre une jeune pousse dans le paysage désolé. Une pousse qui ne devrait pas être là, qui a réussi à s’imposer, qui est apparue dans ma vie sans prévenir. Sans raison. Et qui est là, pourtant, enracinée dans la terre aride, bien accrochée. Et porteuse d’autant d’espoir que Thais, que Nolan, que tout le reste. Si ce n’est plus. Comment puis-je être aussi certain de ce que j’avance, lorsque je la regarde et que je lui affirme que c’est une femme aussi extraordinaire que pétillante, que drôle, intelligente, touchante et un nombre incalculable d’autres qualités ? J’en suis certain parce que. Parce que ce parce que se suffit à lui-même. Parce qu’il me suffit de la voir, de la voir de retour pour savoir, savoir tout simplement que je suis heureux qu’elle soit là. Devant moi. De la retrouver en chair, en os et surtout en bonne santé. Parce qu’elle est un éclat vert dans un champ calciné, parce qu’elle est une fleur perçant les ruines et la cendre, parce qu’elle est elle, tout simplement. Il ne faut pas qu’elle s’en fasse, elle s’en sortira. Elle se relèvera. Elle a d’ailleurs déjà commencé à le faire, elle ne s’en rend tout simplement pas encore compte. Je ne me considère pas comme un mec particulièrement intelligent, intéressant. Je ne me pense pas sortir du lot, ce serait plutôt le contraire. Mais j’ai davantage confiance en elle qu’en moi, et c’est sa volonté, plus que tous les mots que je peux et que je pourrai prononcés qui lui permettait de se relever. Et rien que pour ça, rien que pour ça, je me surprends à lui parler. Un peu. Qu’est ce qu’elle me reprochait un peu plus tôt, dans une phrase aussi franche et directe que possible ? Que je ne dis jamais rien. Je ne peux pas me le permettre, mais je peux déjà lui offrir un aveu, un échange d’expérience. Je n’y suis pas obligé mais… mais. A mots couverts, je parle du snow, je parle des JOs, je parle de la joie, du sommet du monde, et de la chute. Brutale. Sa main trouve la sienne, ses mots trouvent mes lèvres. Ce n’est pas de sa faute, pas plus que sa vaccination est de la mienne. En revanche, sa présence, tout comme la mienne, voilà nos choix, voilà nos actes. Et voilà tout ce qui importe.

L’heure tourne, l’heure tarde. Non, je ne vis pas seul, mais non, je ne vis pas en couple pour autant : j’ignore ce qui me pousse à expliciter ce on qui m’échappe mais je me sens obligé de le faire. Pas question de parler de fratrie, pas question de mentionner Nolan et Thais, je suis en colocation et ce sera déjà très bien comme formulation. Je ne mens pas, une nouvelle fois, je m’arrange juste avec les mots, avec la réalité. Pour les protéger tout en restant ici. « Ça doit être bien, d’avoir des gens avec qui partager le quotidien. » J’hoche la tête avec un sourire que je veux communicatif, avant que la réalité de ses propos ne me prenne au dépourvu : ça doit être bien, oui, mais ce n’est plus son cas. J’ai envie de lui proposer de rencontrer mon frère, ma sœur, de faire une place dans ma vie pour elle, de lui offrir mes quelques connaissances mais encore une fois, c’est impossible. « Ca a de bons et de mauvais côtés » Ca a de bons côtés, comme avec Thais, ça en a de mauvais, comme avec Nolan. Mais je me sens trop responsable des autres Sanderson pour envisager autre chose, envisager la solitude, envisager l’éloignement.

Quoiqu’il en soit, je reste là. Et elle commande une pizza, et je vais jusqu’à appuyer mon choix de rester ici pour la soirée en ôtant ma veste, en éloignant mon téléphone, en me détachant de ma vie pour profiter de cette parenthèse inespérée. Bienvenue. Irréelle. Elle revient, elle s’approche, elle pose une question qui empoigne mon cœur comme une menace. Défensive, une part de moi se veut instantanément sur la défensive, j’envisage de regretter ma réponse. Et la suite me le confirme, d’une certainement manière. Mes lèvres articulent en silence, décontenancées. S’immobilisent lorsqu’elle m’embrasse.

L’espace d’une seconde, de moins d’une seconde, mais suffisamment pour faire naître la surprise sur mon visage. Dans mon esprit. Dans mon cœur. Elle s’excuse, je ne sais pas quoi répondre. Elle s’excuse, je reste silencieux, et face à sa maladresse, je veux la rassurer ; face à son baiser, je ne sais plus comment réagir. Et ce silence, ce silence… mon cœur bat à mes tempes, je tente de retrouver mes esprits en répondant à ses questions précédentes, comme une fuite en avant loin de tout ce que je pourrais dire concernant ses lèvres au goût de sel, ses lèvres au goût de vin. Pourquoi ai-je décidé de lui faire confiance, un peu plus tôt ? Parce que ça allait de soi. Parce que je m’inquiète pour elle, parce que je ne veux pas la perdre. Je ne veux pas la perdre et que s’il faut que je lui offre quelques confidences, alors que je me sens prêt à prendre ce risque, contre toute raison. « Tu ne m’as pas perdue… » J’ai un sourire hésitant, hésitant tout comme mon mouvement en avant, hésitant comme ma main qui se glisse dans sa nuque, hésitant comme mes lèvres qui vont chercher les siennes, hésitant comme mon cœur qui bat à tout rompre dans ma poitrine dans la crainte d’un rejet, dans l’attente d’un rejet, dans la crainte de ce qu’il pourrait se passer si le rejet ne vient pas.

Et il ne vient pas. Contre toute attente, il ne vient pas. Et cette fois, je me perds en elle, dans mes yeux qui se ferment, dans le contact de ses mains sur mes joues, dans le silence et cette proximité qu’on maintient une fois le contact rompu. Je murmure, comme un secret. Je lui murmure de m’excuser, je lui murmure ma culpabilité, je lui murmure ma crainte de m’écarter, d’ouvrir les yeux sur les faux pas que je fais. Je lui murmure que demain, demain, ça vaudra mieux pour elle et moi que nous oublions cela. Demain, pas maintenant, mais demain malgré tout. Parce que je n’ai pas le droit de lui imposer ma vie, de lui imposer mes problèmes, de lui imposer tout cela. «  J’vais me souvenir Max. Mais j’comprends si toi, tu préfères faire comme si de rien n’était… » Je me recule, avec culpabilité. Je m’éloigne d’elle. Un peu. Je sens mon regard dévié, incapable de la fixer dans les yeux. Elle est déçue. Est-elle déçue ? « Je suis vraiment désolée si c’est pas ce que tu voulais, je croyais... » Elle croyait ? Dans mon esprit, l’ombre d’un sourire se dessine : je ne suis plus le seul à ne pas finir mes phrases, à les laisser en suspens, en… « J’croyais que c’est ce que tu voulais, toi aussi… » Je me sens mal. Je me sens brutalement mais, j’aurai aimé à mon image, elle ne termine pas sa phrase. Qu’elle la laisse en suspens, qu’elle laisse place à l’interprétation, qu’elle ne m’assène pas ce reproche, justifié. Compréhensible. Et douloureux, ô oui. Ô combien douloureux. « Désolé… » Désolé de ? Le quiproquo est là, je le sens, et pourtant quelque chose me retient de le lever. La peur. La peur d’aller plus loin avec elle, la peur de trop la laisser entrer dans ma vie, la peur de la mettre dans le viseur de Lazar. La peur, enfin, qu’elle commence véritablement à risquer quelque chose.

La peur me retient. Mais… Ce que tu voulais, toi aussi. « J’en ai envie. Vraiment. » Et je suis sincère. Vraiment. « J’en meurs d’envie, Fiona, tu n’as pas idée mais… » Mais, toujours ce mais. « Je ne peux pas me le permettre. Je peux t’offrir une soirée, je peux t’offrir cette soirée, je peux nous l’offrir, mais demain… » Je me sens mal à l’aise de lui imposer ça. Une restriction. J’ai envie de l’embrasser, j’ai envie d’apprendre à la connaître, mais… Mais. Toujours ce mais. Implacable. « J’ai pas le droit de… C’était une erreur. » Une erreur que je ne regrette pas. Que j’ai peur de regretter demain. Demain. Je me lève, attrape ma veste. « Il vaut peut-être mieux que je te laisse. » Mes mains se croisent nerveuses.


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J'ai pas choisi de naître ici, Entre l'ignorance et la violence et l'ennui, J'm'en sortirai, j'me le promets, Et s'il le faut, j'emploierai des moyens légaux; Envole-moi... Loin de cette fatalité qui colle à ma peau — JJG, envole-moi.




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