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 Couleurs griffées [PV Austin]

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SUR TH DEPUIS : 28/05/2017
MessageSujet: Couleurs griffées [PV Austin]   Jeu 1 Juin 2017 - 23:35

Oh c’est très rouge… Rouge dragon.

Le vent dans mes cheveux. Mes cheveux dans mes yeux. Mes paupières se sont plissées. Mes pas se sont arrêtés. Devant un joli visage. Une jeune fille venue d’un paradis rouge.

Elle sourit. Cette grande bouche…
J’ai envie de sourire aussi.
Je souris aussi.

Le macadam ne va pas à une aussi jolie photo. Le gris gâche son rouge.

Je me baisse. Un mouchoir de papier entre la photo et moi. Le vent s’engouffre dans le mouchoir. Le papier léger. Se gorge de vent. Ma main presse le mouchoir et le vent contre la photo. Je la ramasse. Je la dépoussière. Le papier du mouchoir devient sale.

~ ~ ~

Est-ce bien sérieux ? Est-ce bien raisonnable ?

Ce n’est qu’une photo.
Un bout de carton coloré.
Un bout de Japon pris sur le vif.
Un Extrême-Orient immortel.

N’est-ce qu’une photo ?

Sur la table de la cuisine, son carton abimé. Sur mes rétines, le rouge d’un temple griffé. Dans mes yeux, la joie immortalisée.

N’est-ce qu’une photo ?

J’ai le goût du café entre mes dents. Entre mes papilles, l’amertume de la boisson. Un goût du passé. L’envie de le rencontrer.

Je dépose ma tasse. Je m’avance vers la table. J’avance ma main vers la photo.

Est-ce bien sérieux ? Est-ce bien raisonnable ?

Ai-je envie d’être raisonnable ?

Le bout de mes doigts sur la photo. J’hésite un peu. Je ferme les yeux.

Une grande marée. Mon corps envahi. J’ai froid. Une écume éblouissante. Mes nerfs oculaires assourdis. Je suis perdu. C’est un passé qui veut renaître. Mon équilibre rompu. Un jour meilleur qui mérite un lendemain. Je me détends. Une jeune fille me sourit. Rit. Ses cheveux noirs comme les plumes d’un corbeau. Ses dents blanches comme l’ivoire des temples sacrés. Son rire aigu. Fragile. Cristal. Dans le vent, s’est éparpillé. Je suis prisonnier. Ses doigts fins. Une odeur d’eau et de fleur. Je la sens. Je me sens pris au piège. Qu’est-ce ? Le temps passe. Le noir, l’absence d’air, la carence de son. La marée roule. L’écume Un homme me regarde. Sourit.
Lui aussi a aimé son sourire à elle ?

Mes yeux ouverts. Mon attention aérienne. Mon attention flottante dispersée dans la cuisine. Je suis là quelque part et nulle part là. Un sentiment me gratte le thorax. Mon intérieur me démange. Une petite voix de culpabilité. Qui me râpe les côtes. Me racle le cœur.
Lui aussi a aimé son sourire à elle ?

Lui manque-t-elle ?

Je l’entends.
Tellement.
Là.
Cette petite voix.
Au fond de moi.

Lui manque-t-elle ?

~ ~ ~

Je ne sais pas si elle lui manque. Je ne sais pas si elle est importante. Je ne sais pas s’il l’aime. Je ne sais pas si elle est son jour. Si elle est sa nuit. Son paradis. Son enfer. Je ne sais pas si elle compte. Je ne sais pas à quel point elle compte. Je ne sais pas à quel point un homme peut regretter d’avoir perdu une photo d’une femme qui sourit à un appareil photo comme si elle souriait au monde.

Je ne sais pas.

Les heures passent.

Les jours passent.

Je ne sais pas.

~ ~ ~

Mes mains dans mes poches. Serrées. Ma mâchoire contractée. Mon regard. Sur le sol. Les pierres. La terre. Oh, ma honte… Cette petite honte…
Je fais un truc idiot. Risible. Impossible. Je suis un truc idiot. Risible. Impossible.

Je me suis garé plus loin. Pour qu’il ne me voie pas. Je marche vite. Pour qu’il ne me voie pas.

Mais je ne suis pas invisible.
Je suis un homme dans un caban noir.
Un jean usé.
Une honte noire et inusable.

Comme d’habitude.

Sa maison est à l’image de la photo. Griffée. Des bouts s’envolent dans des vents invisibles. Le blanc n’est plus tout à fait blanc. Le blanc d’un paradis oublié. Un homme y vit. Qui avait la photo de la jeune fille qui souriait.

La porte d’entrée.
Je me baisse.
Du bout des doigts, dépose la photo.
Déjà, je la regrette.
Du bout de l’index, pousse la photo.
Déjà, je lui dis au revoir.

Au revoir.

Me dit-elle.
Dans un soupir qui sent le lotus et l’eau des étangs d’été.

J’ai hoquet de surprise.
Elle ne m’avait jamais parlé.
Pourquoi maintenant ?
Quand je ne vois plus qu’un de ses coins enfouis sous la porte…

Je manque de tomber.

La porte ouverte.

Deux jambes de pantalon.
Des souliers lourds et épais.

Et la photo ? La photo ?

Je n’arrive pas à me redresser.

La photo ?

Là-bas, à deux mètres, emportée par la porte. Son rouge englouti dans le sombre.

Je me relève lentement.

Je pointe la photo du doigt. Je veux lui dire « Oh la photo, elle va être engloutie ! Il faut la rattraper ! ». J’ouvre la bouche pour le dire.

Du tissu en face de moi.
Un humain en face de moi.



Je ferme la bouche.



Je redresse la tête.

- Désolé.

Je cille.

Je ne sais pas quoi dire. Pas quoi ressentir. Je suis un homme pris sur le fait. Le fait de l’étrange. Je devrais avoir l’habitude pourtant. Je n’ai jamais pris l’habitude d’être étrange. Ça me brûle, à chaque fois. Ça me tourmente. Mes joues chaudes.

- Enchanté.

Mes mains revenues dans les poches de mon caban.

- J’étais venu vous rapporter votre photo.
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MessageSujet: Re: Couleurs griffées [PV Austin]   Dim 4 Juin 2017 - 19:43


   


Couleurs griffées

Austin n’avait pas très bien dormi. Pas beaucoup en tout cas. Il était resté éveillé tard le soir, pour profiter de la compagnie des autres. De ses autres lui. Il s’était couché peu avant que le levé du jour ne vienne traverser ses volets, transpercer ses rideaux, empaler ses paupières et brûler ses pupilles. Il s’était couché en même temps que Suki, et en même temps que João. Ils s’étaient couchés tous ensemble, tous les trois dans le même lit, dans trois lits différents, leurs étreintes chaleureuses les aidant à s’assoupir. Pour elle, ce ne fut qu’une brève sieste, revigorante, rassurante, attachante, elle laissa alors après quelques heures les deux hommes entre eux, qui ne bougèrent pourtant pas d’un pouce. Ils ne voyaient pas de problème à cela, eux qui se connaissaient si bien, s’aimaient tant, se comprenaient, se faisaient confiance sans compromis ni contrepartie. La pudeur n’avait pas sa place dans une relation basée sur une telle fusion.

Ils se réveillèrent donc à dix heures, heure de Rio de Janeiro, à neuf heure chez Austin, et restèrent un peu discuter, avant de finalement se motiver à aller petit déjeuner. Ils partagèrent les œufs au bacon d'Austin, la mangue et le café de João, et le thé de Suki qui venait de terminer ses révisions. Il était alors dix heures du soir à Tokyo, elle s’était alors décidée à rester encore quelques heures avec eux avant d’aller se coucher. Et ils parlaient autour de ce petit déjeuner commun, reprenant comme s’ils n’avaient jamais fait de pause pour aller se coucher.

« J’ai pris un peu d’avance sur mon programme, je suis tellement contente !
-Tant mieux, j’ai souvent l’impression qu’on ne se voit pas assez ! La faute au décalage horaire... Faut qu’on se rattrape soulignait Austin.
-La faute du décalage horaire, corrigea alors le brésilien.
-Oui pardon. »

Ce que c’était agréable, de ne jamais être seul. Il n’y avait jamais besoin de manger seul, de dormir perdu au milieu d’un grand lit vide, d’hésiter avant de choisir vers qui l’on pouvait se tourner en cas de problèmes. Et cela, ce n’était qu’une fraction de ce qui faisait qu’Austin n’échangerait son pouvoir pour rien au monde.

Une autre fraction, c’était la découverte du monde. Avant, Austin ne s’intéressait à rien. Du tout. Il ne voyait que rarement plus loin que le bout de son nez, et quand cela lui arrivait, il s’arrêtait aux frontières de la ville. Il ne voyait pas l’intérêt du reste du monde. Ils étaient différents, bizarres, incompréhensibles, dangereux. Il n’y avait bien qu’à Radcliff que l’on était en sécurité.
Déjà, cela était faux, parce que s'il y avait bien un endroit dangereux dans ce monde, c'était Radcliff, où l'équivalent de l'Inquisition Espagnole, inattendue comme à son habitude, pouvait débarquer à tout moment et repartir avec qui ils voulaient.
Et ensuite, c'était encore faux car le reste du monde n'était pas si différent, encore moins bizarre et absolument pas dangereux, pour peu que l'on sache comment les choses fonctionnent.
C'était alors par exemple le Japon, qu'Austin confondait constamment avec la Chine jusqu'à ce qu'il rencontre Suki, c'était l'Iran qu'il prenait pour les plus gros ennemis des États-Unis d'Amérique jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'ils y étaient des gens parfaitement normaux, c'était le Brésil, ce pays forcément super pauvre vu qu'il était en Amérique du Sud. (Bon pour ce dernier point il n'avait pas forcément très tort puisque de Rio de Janeiro il n'avait vu que les favelas).

Ce pouvoir, c'étaient des souvenirs inoubliables, impérissables, qu'ils soient dans leur cerveau commun ou dans chacune de leurs maison, sur une étagère dédiée, comme un autel à leur fusion si parfaite. Par exemple, Austin avait un bocal de sable épais d'un temple japonais, de sable blanc des plages de Rio,  de sable rouge des montagnes persanes. Il avait tout plein de babioles, de photos, qu'ils s'étaient envoyés parce que c'était quand même dommage qu'ils se connaissent si bien mais finalement si peu à la fois. C'était donc la boite de thé japonais dans les placards de la cuisine d'Austin, par exemple. C'était beaucoup de photos aussi, comme celle de Suki qui prenait la pose sous autant d'arches rouges que l'on pouvait poser autour d'un temple au cœur de Tokyo, photo qui venait de glisser sous la porte de la cuisine, glissant sur le carrelage, pas si silencieusement que cela.

« Vous avez entendu ce bruit ? C'était quoi ? interrogea alors Suki, toujours attentive.
-Attend on va trouver, » répondait João, toujours curieux, se levant pour commencer à chercher.
Austin, lui, restait silencieux. On était chez lui après tout, c'était lui qui était en danger. Et s'il y avait quelqu'un dans les parages, on ne pouvait l'entendre se parler à lui-même.

« Hé Austin, ça fait quoi, ça, là ? C'est pas très sympa pour Suki ! » repris João, lorsqu'il trouva, ramassa, montra la photo de leur homologue japonaise qu'il venait de trouver par terre, devant la porte de la cuisine. Austin se leva alors à son tour, regardant tour-à-tour la porte et son alter-ego brésilien, et pouvait discerner une forme inhabituelle qui se dessinait derrière l'épais rideau qui couvrait la fenêtre de la vieille porte.
Alors, le propriétaire des lieux s'avança, récupéra la photo des mains de João et ouvrit la porte.

Il y avait un homme, encore baissé dans la même position qu'il fallait pour glisser une photo sous la porte de la cuisine d'Austin. L'homme se relève doucement, s'excusant, enfonçant ses mains dans les poches de son manteau. Une arme peut-être ? Suki se rapproche de lui, y jette de rapides coup d’œils, confirme que non, ses poches ne sont remplies que de ses mains.

« J'peux vous aider ? Qu'est-ce que vous faites-là ? demandait sèchement Austin. Il détestait que l'on s'introduise sur sa propriété, et encore plus que l'on interrompe des moments si parfaits.
-J’étais venu vous rapporter votre photo.  »

Austin marqua une pause, regardant la photo, l'évaluant, essayant de comprendre. Cette photo, c'était une photo de Suki, que rien ne liait à Austin. Comment avait-il trouvé son adresse ? Comment s'était-il même retrouvé en possession de cette photo ? C'était beaucoup de points qu'il fallait éclaircir. Alors Austin sorti, refermant la porte derrière lui. Hors de question de laisser l'inconnu entrer, voire même apercevoir à quoi ressemblait l'intérieur de son nid douillet.

« Je peux savoir où est-ce que vous avez trouvé ça ? C'est pas à moi hein, enfin vous voyez bien que je suis pas sur cette photo hein. » fit Austin, montrant la photo d'une japonaise prenant la pose devant un temple typique local. Mais il tenait fermement la photo, au cas où on essayerait de la lui voler.
Et dans sa tête, tout le monde s'affolait.
« Il sait ! Austin il sait pour ton pouvoir ! Fait attention ! » prévenait Suki, apeurée, se tenant derrière lui comme si sa carrure imposante pouvait la protéger. Alors qu'elle n'était même pas véritablement là, qu'elle ne l'avait jamais été, qu'elle n'était aucunement lié à cet endroit, à cette personne. Que cette photo était même une des seules preuves que Suki existait vraiment, qu'elle n'était pas seulement une personne sortie de l'imagination d'Austin quand son cerveau en avait le plus besoin.

« Et comment m'avez-vous trouvé, d'ailleurs ? »
© Frimelda


Dernière édition par Austin Carvel le Sam 10 Juin 2017 - 11:00, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Couleurs griffées [PV Austin]   Lun 5 Juin 2017 - 4:19

Sec. Lame. Une hache.
Un homme – hache.

Je déteste les haches. Je déteste les hommes – haches. Je déteste cet homme.

Ma nuque me tire vers l’arrière. Mon regard part au-dessus de sa tête. Mon regard cherche un bout de ciel. Je ne vois que sa porte fermée. Que le bois abîmé.

Je déteste cet homme.

« Je peux savoir où est-ce que vous avez trouvé ça ? C'est pas à moi hein, enfin vous voyez bien que je suis pas sur cette photo hein. »

Ce « hein » plébéien…

Mon père était de la terre. Mon père aimait le silence et les bêtes. Mais mon père n’avait rien de plébéien.
Lui, là, devant moi, à quelques centimètres de moi… Lui, il salit l’image des hommes de la terre. Les hommes – haches doivent-ils salir tout ce qu’ils touchent ?

Je déteste cet homme.

Je regarde la photo. Je serre les mâchoires. Je laisse mes paupières se clore à moitié. Se rouvrir toutes entières.

- Je vois…

A quel point vous êtes animal et explosion.
A quel point vous êtes comme les autres.
A quel point vous jugez comme les autres.

A quel point, de la meute des hommes, vous seriez le premier à mordre et à déchiqueter.

- … que vous n’êtes pas sur la photo.

Les mots sont sortis dans un souffle. Mes dents ont mâché chaque mot avant de les prononcer. Je le regarde. Mes yeux sur son visage.

- En effet.

Vous savez, il serait difficile de vous confondre.
Vous savez, elle est aussi délicate et jolie que vous êtes brutal.
Vous savez, elle est aussi songe et illusion que vous êtes terrien.

Vous savez, je ne suis pas idiot.



Mais la photo.
Son lotus.
Son eau d’été.

Ma main s’avance vers la photo. Mon bout d’angoisse pour autrui. De ces derniers jours. Sa voix. Son murmure de carton abîmé plein de méditations colorées.

Il la serre.
La comprime.

Je déteste cet homme.

« Et comment m'avez-vous trouvé, d'ailleurs ? »



Je ne suis pas certain de comprendre sa réaction. Je suis certain qu’il a mal formulé sa pensée – en a-t-il une, seulement ? – ou alors…

Je ne sais pas.

Un oiseau crie derrière moi.

Je me retourne.

L’espace, grand, de Radcliffe, la muette et la dangereuse.

Les champs de maïs verdissent à peine. Le ciel bleu, immense. Le ciel comme un océan échoué au-dessus de nos têtes. Et nous, petites bêtes écrouées dans ses profondeurs. Et nous, seuls face à nos prédateurs.

Je reviens à lui.

A-t-il eu peur ? A-t-il peur d’un prédateur ?

Je ne sais pas. Je ne peux pas savoir. Je ne veux pas savoir.

Je déteste cet homme.

- Puisqu’elle n’est pas à vous, je ne vous ai pas trouvé.

Je soupire.

Ces hommes-là, je les connais. Oh, ces hommes-là. Qu’ils soient haches, bêtes, ou prédateurs… Oh, ces hommes-là… Ils n’aiment que les mots, la logique, le raisonnement qui coule dans la grammaire de nos ancêtres. La grammaire séculaire. La règle immuable. L’or des mots expliquants.

- Je l’ai vue tomber du pantalon d’un homme qui vous ressemblait. Je vous ai confondus.

Je parle comme eux. Comme ces hommes-là. J’ai appris à me vêtir de leur rationalité. De singer leur besoin de comprendre.

Il n’y a rien à comprendre.

C’est simple. Ce n’est que la grammaire de sentiments.
Cet homme ne m’aime pas.
Je déteste cet homme.

Je lui tends la main. Paume ouverte vers le ciel. Voix de souffle. Voix de colère.

- Rendez-moi la photo et je m’en vais.

Moi aussi, je peux jouer le jeu des mots et des inimitiés. Je rêve tout haut. Je suis une bulle de savon. Et je me givre. Et je me glace. Mes rêves sont de neige. Mes bulles sont de cristal coupant.

Vous avez en deux phrases. En deux secondes. Fait chavirer mon bleu ardoise en rouge carmin. Griffé mes nuages gris. C’est dommage. C’est ainsi. Nous ferons avec pour le peu de temps qu’il nous reste.

- Ayez au moins cette amabilité de ne pas priver un homme de la photo d’une femme qui a souri de cette façon pour lui et pour lui seul.

Je sais que c’est vous.
Je sais que c’était pour vous.
Je sais que vous mentez.

Moi aussi, je sais mentir.
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MessageSujet: Re: Couleurs griffées [PV Austin]   Sam 10 Juin 2017 - 10:44


   


Couleurs griffées

« Rendez-moi la photo et je m’en vais » fit alors l’homme. C’était prévisible qu’il demande cela, finalement, après qu’Austin lui ait dit qu’il s’était trompé de maison. Mais tout aussi bêtement, Austin n’avait pas pensé à cela. C’était con, complètement irréfléchi, pourtant quelque chose auquel il aurait dû penser, mais l’idée qu’il ne puisse pas dire que la photo n’était pas la sienne avant de claquer la porte en la gardant avec ne lui avait pas effleuré l’esprit, ni à lui ni à João, ni à Suki. « Ayez au moins cette amabilité de ne pas priver un homme de la photo d’une femme qui a souri de cette façon pour lui et pour lui seul. » le pressait-on, lui rappelant assez que c’était pour lui et pour lui seul que Suki souriait ce jour-là, à l’autre bout de la planète, prise dans l’étreinte chaleureuse de cet homme d’ailleurs, invisible sur la photo mais tellement présent dans leur psyché.

Austin aurait dû la lui rendre, et l’abandonner aux mains de cet homme, de cet inconnu étrange tant dans sa manière de s’exprimer que dans sa manière de se justifier. Il était bizarre cet homme. Il en savait probablement plus qu’il n’en disait, mais Austin était le premier coupable de cela, alors qui était-il pour juger. Cette voix de la conscience qui lui disait de laisser tomber la photo, que le jeu n’en valait pas la chandelle, elle était fluette et japonaise au-dessus de son épaule, les deux mains jointes cachant sa bouche en signe de détresse, seulement séparées temporairement pour replacer quelques cheveux noirs et lisses derrière une oreille.
« Laisse-la lui, Austin, je t’en ferai une autre, une meilleure, même ! » lui disait-elle. Elle avait peur pour lui, elle avait peur du sort qu’on pourrait lui réserver si l’on apprenait qu’il était un mutant. Elle savait très bien ce qu’on lui ferait. On le jugerait dangereux pour une raison hasardeuse, et on le vaccinerait. Et il disparaîtrait. Non pas de Radcliff, il y était cloué à jamais, mais il disparaîtrait de Tokyo, de Téhéran, de Rio de Janeiro. Il ne les reverrait plus jamais, il ne les conseillerait plus, ne les aimerait plus et ne les comprendrait plus. Pour la première fois depuis plusieurs années il serait seul, et eux seraient amputés d’une partie de leur être. Alors il fallait éviter cela, Suki en était consciente.

Mais Austin ne pouvait pas s’y résoudre. A quoi bon lui envoyer des souvenirs de la sorte s’il était incapable de les conserver ? Suki lui avait fait confiance en la lui envoyant, avec son thé préféré et quelques autres friandises locales, ce n’était pas pour la voir adoptée par un inconnu qui avait raison sur toute la ligne mais qui n’avait pas le droit de le savoir.
« Dit pas de bêtises Suki, c’est précieux comme souvenir, on peut pas le perdre comme ça, expliquait alors João, qui semblait davantage d’accord avec Austin, ce qui rassurait beaucoup ce dernier. Gagne du temps Austin, essaye de savoir comme il t’a retrouvé.
-Sinon je peux vous aider à retrouver son propriétaire, vous pouvez me le décrire ? Reprit alors Austin, mettant le plan à exécution et gardant la photo bien en main.
-C’est trop dangereux, Austin, arrête ! gémissait Suki.
-Oui mais c’est important.
-Je suis à Radcliff depuis toujours, je connais forcément quelqu’un qui correspondra à votre description, à part moi visiblement. »

Ce plan pouvait marcher, parce qu’il n’engageait à rien. Donc il pouvait marcher, et ce serait cool, et s’il ne marchait pas, tant pis. Austin s’en voudrait, forcément, mais tant pis. Alors, cet homme en face d’eux, s’il était trop louche, il faudrait bien abandonner la photo et le laisser partir avec. S’il n’était pas trop bizarre, peut-être qu’ils arriveraient à quelque chose.
Le problème, cependant, c’était qu’Austin avait dès le début menti que cette photo n’était pas la sienne. Il ne pouvait donc pas sciemment changer d’avis comme ça, et avouer que finalement si, parce qu’il est un mutant, parce qu’il est bizarre, etc… Cela, malheureusement, il n’y avait pas pensé. Ce serait un problème qui se poserait forcément, au bout d’un moment. Les trois mutants, et surtout le seul physiquement présent, étaient trop paniqués pour pouvoir penser à quoi que ce soit, et même si la suite du plan était leur priorité, elle ne se dessinait pas si clairement dans leur tête.

« Vous voulez entrer, sinon ? » proposa d’ailleurs Austin. L’hospitalité des gens de la campagne, c’était tout sauf un mythe, et il n’y avait qu’aux individus franchement malvenus que l’on s’adressait en se tenant debout sur le porche. Les autres, on les invitait à entrer, à boire quelque chose.  Et c’était précisément ce que ferrait Austin, parce que le mettre à l’aise, c’était l’inviter à parler, à dire des choses qu’il ne dirait pas forcément debout. Ainsi, en savoir un peu plus sur cet homme, pourquoi il était là, comment il était arrivé devant cette porte. Et surtout ce qu’il voulait à Austin.
Et l’inviter sur un terrain qui était le sien, c’était aussi le mettre en garde, parce qu’il n’était pas chez lui, ne pouvait se comporter comme il le voulait. Il était chez un inconnu, comme en territoire ennemi, telle était la mise en garde. Il n’avait pas à le percevoir comme tel, là n’était pas l’objectif, il ne fallait pas le faire fuir, mais c’était souvent quelque chose d’assez inconscient, surtout chez les hommes, la notion de territoire, de dominance, de respect induit par la place qu’occupait celui qui offrait le café.
« Venez, » fit Austin, ne laissant finalement pas l’inconnu parler parce que l’on ne posait jamais une question à laquelle on ne voulait pas entendre la réponse, et qu’il ne voulait pas se voir essuyer de refus. Oui, c’était un peu le forcer à entrer, mais c’était aussi son plan.
« Asseyez-vous, mettez-vous à l’aise. Vous voulez boire quelque chose ?
-Fait attention à ce qu’il ne voit pas le thé que je t’ai envoyé, Austin, le mettait en garde Suki.
-Du café ? Du jus de fruit ? » Surtout pas de thé. C’était un indice un peu gros.
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MessageSujet: Re: Couleurs griffées [PV Austin]   Mar 13 Juin 2017 - 1:36

Il change.
Ou il change d’avis.
Il s’altère, pianissimo, parole après parole, muscle après muscle.
Très peu, finalement, un peu, tout de même.

Il est tout en mouvance, cet homme-là. Tout éclaboussé d’une source d’ombres que je ne vois pas. Qui m’intrigue. Qui titille mes paupières et le bout de mes cils.

« je connais forcément quelqu’un qui correspondra à votre description, à part moi visiblement. »
- Il vous ressemble…

Mes sourcils se haussent légèrement.

- … comme un frère jumeau.

Mes lèvres sourient légèrement… d’impossibilité à décrire quelqu’un d’autre que lui.

- Et il a le même style vestimentaire que vous.

Je hausse les épaules. Tout aussi légèrement que mes sourcils et les commissures de mes lèvres. Mes réactions sont délimitées par la légèreté imposée de l’instant. Cette sensation plume qui entoure les gens qui doivent taire un secret et parler tout en même temps. Quelque part entre vacuité et laisser-aller.

Il m’invite à entrer chez lui.

J’ai envie de laisser un « oh » surpris s’envoler de mes lèvres. Je le retiens, entre les incisives.

Il ouvre la porte.

Sa maison, il y a peu, si fermée…
Maintenant, presque une béance.
Une impression de grotte.

Pourquoi ce changement ?

Je pose un pied sur le pas de la porte.
Un second.
Je dépose mon regard à l’entrée.
Le tour de la porte.
L’intérieur de sa grotte.

« Du café ? Du jus de fruit ? »
- Du jus de fruit. Orange, c’est bien.

Et puis j’entre.

Les deux pieds très dans le sol. Ou plutôt, contre son sol. A plat. Très stables. Parce qu’ici, c’est sa maison. Son micro-cosme à lui. Son refuge tiède. Son antre velouté. Sa bulle où il peut rêver d’étoiles et de choses honteuses. Je dois me tenir ferme pour m’en protéger.



Et la photo ?

- Vous avez toujours la photo ?

Il a peut-être honte de posséder pareille photo ?

Je suis debout. Je ne suis plus aussi stable. Les questions coulent le long de mon corps. Une petite pluie glacée.

Pourquoi a-t-il honte de posséder la photo ?
De quoi a-t-il honte ?
Est-ce de la honte ?
Ou de la culpabilité ?
Que peut-il regretter ?
Qu’a-t-il à cacher ?

- Si elle est à vous… Vous savez… Il n’y a pas de quoi avoir honte de posséder une photo d’une asiatique.

Je prends mon air le plus contrit. Le plus doux. Je feins la mine des enfants sages assis sur les bancs de bois en attendant leur père après l’école. Je suis le convive antique et presque docile d’un hôte improvisé d’une Grèce millénaire.

Je suis caché. Je suis grimé. Je suis le détective qui poursuit le meurtrier et le limier qui flaire la bête.



Certes, j’exagère.

Mais cet homme, là…
Cet Austin Carvel (je l’ai cherché et trouvé), là…
Il y a du mat dans son attitude. Il y a de la dérobade. Du non éclatant. Du non jour.

- Je ne suis pas raciste.

Ce serait fort de ma part…

- A l’heure technologique… Skype… Les rencontres sont aisées.

Je le caresse dans le sens du poil. Un poil assez revêche. Mais je le caresse malgré tout.
De ma langueur langagière. De ma candeur soudain retrouvée.

Quel est ce mat qui vous habille ? Quelle est ce secret inavouable qui vous transforme en quelques secondes en un hôte bien motivé ?

- Si elle n’est pas à vous… Je peux la récupérer ?

Je lui tends la main.
Je lui souffle la question.

- S’il-vous-plait ?

Dites-moi. Dites-moi.
Dites-moi la vérité.
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MessageSujet: Re: Couleurs griffées [PV Austin]   Mar 20 Juin 2017 - 13:09


   


Couleurs griffées

Du jus de fruit. Très bien. D'oranges même, des oranges de Floride. Parfait. Pas des oranges du Japon, surtout. Les oranges, ça ne poussait même pas au Japon de toute façon. Ou peut-être que oui. Bref. Toujours la photo à la main, Austin pose le verre destiné à son invité sur la table avant de s'asseoir, attendant que l'on ne l'imite.
A force de mensonges, il s'était enfoncé dans une merde noire. Et il n'était pas le seul, parce que les deux témoins de sa débâcle désespérée le regardaient, impuissants, essayant de le conseiller en vain. Ils étaient à la fois la cause et la motivation de ce combat. Il fallait les protéger eux, il fallait se protéger soi de cet envahisseur curieux et certainement dangereux, avec son air nonchalant. Il leur réservait monts et malheurs, probablement.
Et pire que tout, le plus alarmant en tout cas, c'était que ses explications étaient plus que louches. Est-ce qu'il avait réellement vu la photo tomber de la poche d'Austin ? Est-ce qu'il l'avait suivi jusqu'à sa maison ? Sans que qui que ce soit s'en rende compte ? Très peu probable, l'homme était toujours accompagné de ses petites voix attentives à tout ce qui existait dans ce pays si lointain et exotique et coloré. Alors elles l'auraient remarqué, si quelqu'un s'obstinait à suivre ses pas, du centre-ville jusqu'à la maison de campagne.

« Oui oui elle est là » fait Austin, laissant glisser la source de tous ces malheurs au milieu de la table. Quelque part, il espère qu'elle restera sur cette table, qu'elle ne retournera pas entre les mains de cet inconnu. C'est un objet bien trop personnel pour finir entre les mains de cet inconnu. Et surtout c'est une pièce à conviction, une preuve valable et tangible qu'Austin peut être catégorisé comme un individu dangereux, puis traité comme tel. Comme si la marque indélébile sur sa carte d'identité n'était pas suffisante. Carte d'identité qui prenait la poussière au fond d'un tiroir de sa maison, et qui avait valut bien des plaintes de la famille Carvel à l'hôtel de ville de Radcliff. La famille Carvel n'avait rien à se reprocher, et encore moins un mutant entre ses rangs ! Austin n'avait jamais fait preuve de quelque bizarrerie que ce soit dans son comportement, encore moins une mutation ! Il n'était pas un monstre, alors il fallait corriger sa carte d'identité ! Il valait mieux que ça et payait ses impôts comme tout le monde !

Toujours était-il que cet inconnu, là, de l'autre côté de la table, il n'était pas encore au courant des accusations que portait la pièce d'identité d'Austin, et tout le monde dans cette pièce, à part lui, voulait que les choses restent ainsi.
« Si elle est à vous… Vous savez… Il n’y a pas de quoi avoir honte de posséder une photo d’une asiatique. Je ne suis pas raciste. A l’heure technologique… Skype… Les rencontres sont aisées. »
Pendant un instant, Austin ne répond pas, il prend malgré lui le temps de comprendre tout cela. Il en va d'ailleurs de même pour les deux autres, João et Suki, toujours debout dans la cuisine, l'un appuyé contre le plan de travail, l'autre immobile depuis tout-à-l'heure, interdite, comme tétanisée par l'intrusion si mal-venue de ce gars dans leur petit cercle si fermé et intime.
« Putain il a raison, » murmure le brésilien, et à la tokyoïte de répondre « Pourquoi on n'y a pas pensé...
-On est vraiment trop cons » Puis un rictus gêné, agacé, un peu choqué.

Et ils avaient raison. Ils s'étaient toujours dit qu'ils utiliseraient cette excuse s'ils se trouvaient face à quelqu'un de trop curieux, de trop près de la vérité, mais ce matin ils avaient tout oublié. L'idée ne leur était même pas venue. Une idée pourtant si évidente qu'ils s'y étaient préparé pendant les presque les deux ans qui les avaient réunis. Mais une fois venu le moment de s'en servir, au moment où l'on avait le plus besoin d'elle, elle disparut.
Que faire, maintenant, face à un tel aveux de bêtise ? Continuer de tout nier alors que l'adversaire venait lui-même de proposer l'excuse parfaite qu'il n'y avait plus qu'à réutiliser ? Évidemment que non. Ils avaient déjà presque gagné.
Prochaine étape, aller dans son sens. Ensuite il partirait sans la photo, la laissant à ses propriétaires véritables, croyant plus ou moins à cette histoire. Et il les laisserait tranquille. Selon ses véritables intentions, celles qui l'avaient poussé à venir ici, il faudrait peut-être ne pas trop attirer l'attention pendant un certain temps, faire profil bas, s'enfermer chez soi pourquoi pas.

Tout ce qu'il manquait alors, c'était une bonne transition. Parce qu'Austin avait commencé à tout nier en bloc, maintenant il fallait tout accepter. « [color:ef2f=FEB201]Joue la victime, fait genre t'as peur qu'on te prenne pour un gars chelou » conseilla d'ailleurs João, très doué pour manipuler les gens visiblement. Disons que c'était l'habitude de faire profil bas. Alors Austin obéït.

Détournant les yeux de son interlocuteur, son regard devenant fuyant, il devait avoir l'air d'avouer.
« Oui vous avez raison... C'est une amie à moi sur la photo...
Ce que ça sonnait faux... Austin le savait, l'inconnu aussi certainement, mais tout ce qu'il voulait c'était que cet homme s'en aille, sans la photo.
-Austin, donne plus de détails si tu veux qu'il te croie, conseillait Suki, bien obligée de l'aider puisque sinon il ne l'écoutait pas.
On s'est rencontrés sur internet y'a plus d'un an, mais... Pause stratégique pour appuyer ce qui suivrait. Je sais pas c'est la honte un peu quand même de rencontrer des gens sur internet, je sais pas ce que les gens en penseraient ici, à la campagne. Encore une pause, pendant laquelle les yeux d'Austin revinrent enfin vers l'inconnu. Surtout avec ce qu'il se passe en ce moment, les gens sont paranos, vaut mieux être le plus normal possible... »

Est-ce que ça marcherait ? De toute manière, si le gars en face, le méchant flic qui posait les questions gênantes, avait dit tout ce qu'il savait, il n'aurait pas vraiment d'objections à ce que venait d'expliquer Austin. En revanche s'il était lui aussi un menteur, ils n'étaient pas sortis de l'auberge...

« Merci de m'avoir ramené la photo en tout cas. »
© Frimelda
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Couleurs griffées [PV Austin]

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