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 Happy Bloody Birthday (Cousin Jed )

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MessageSujet: Happy Bloody Birthday (Cousin Jed )   Ven 7 Juil 2017 - 15:41

Happy Bloody Birthday
Il n'est pas encore vingt heures et nous sommes déjà fin saouls, Lucile et moi. La bombasse qui s'accroche à mon bras porte sur son visage fatigué toute la misère du monde, ses larmes dessinent des arabesques noires de mascara contre ses joues. C'est le début d'une soirée d'été, chaude et paisible comme tant d'autres. Peu de voitures nous dépassent tandis que nous marchons le long de la route pour rejoindre mon cher logis. C'est mon anniversaire ce soir, je suis sensé célébrer l’événement. Mais Lucile a l'alcool triste, Lucile trébuche contre les pavés et s'effondre contre mon épaule. L'ambiance est lugubre ce soir. Lucile n'y met pas du sien. Le pont qui enjambe l'autoroute nous offre pourtant une vue splendide sur Radcliff et ses lumières. Lorsque la dépressive enjambe le garde fou, je l'observe d'un air rêveur. Ce soir c'est également l'anniversaire de ma sœur jumelle, Bailee. Paix à son âme.

« C’est une belle nuit pour mourir, qu’en dis tu, Lucile ? Tente ta chance et saute. »

Je te sens encore, Bailee. Ton parfum et ta voix glissent sous ma peau, courent dans mes veines et je me fuis. Je me gâche. J’étouffe. Oui je suis mort, moi aussi. Mais ma gorge se serre, je souffre et j’enrage contre cette sensation qui m’oppresse, ce vide qui me bouffe les entrailles. Aujourd'hui, j’ai besoin de me remplir d’autre chose pour compenser, pour éliminer cette impression d’étranglement et rêver que je respire encore. Je cherche le frisson qui me sauvera, qui me maintiendra éveillé. Ce soir, c’est le vertige.

Lucile, la pute, me fixe et c’est la peur qui fait trembler ses prunelles. Je me délecte de ce qu’elle dégage et je dévore l’air qui nous sépare, il est saturé de tension et d’effroi. En équilibre sur la mince bordure, elle me fait face et j’avance vers elle d’un pas assuré. A ma gauche, je devine le vide mais je ne distingue rien, je vis dans un monde étroit, à la limite de sombrer dans les ténèbres qui m’appellent de leurs voix envoûtantes. C’est un effort de lutter contre elles. Ce soir, je les laisse me bercer, je suis fatigué. Ma voix est calme, détachée. J’avance encore et Lucile tressaille.

-« Le suicide est savoureux, j’aspire entendre le bruit de tes os s’écraser au sol et ton corps se broyer contre le bitume. Sans parler des bagnoles qui écrabouilleront ta dépouille ensuite. J'vais t’aider à te décider. »
-« Non ! »
-« Non ?… »

J’hausse les sourcils face à sa négation, le vide lui semble moins tentant tout à coup. A moins qu’elle ne se décide à m’attirer avec elle, à m’emmener dans sa folle descente. J’imagine déjà le plongeon et cette idée me grise alors que j’attrape vivement sa main, m’apprêtant à me sentir entraîné vers une chute vertigineuse.

« T'as l’occasion d’emporter avec toi l’un de ceux qui ont fait de ta vie un enfer. Saisis-là. »

Les mecs, tous des salauds. C'est pas ce qu'elle disait ? Mais l’idiote se dégonfle et elle chancelle, me repoussant vers la plate forme salutaire en tremblant. Elle ne me laisse pas le temps de lui proposer mon aide à la délester de sa vie, elle se relève fébrilement et me fuit en trébuchant pour faire demi-tour. Lucile se casse et je laisse échapper un sifflement déçu. Dommage, j‘avais pourtant espéré un envol du plus bel effet, devrais-je donc en profiter seul ? Je n'aime pas la solitude. « Rho Lucile, t'es pas drôle. »” Un ricanement blasé m'échappe. Pourtant, je ne suis pas d'humeur à me rattraper par quelques paroles enjôleuses, alors tant pis pour cette meuf qui m‘a fait faux bond - c‘est le cas de le dire - et je me détourne dans un haussement d'épaules.

Lucile court à pieds nus, ses hauts talons dans ses mains, elle sanglote. En chemin, elle bouscule un homme blond, elle lui tombe presque dans les bras et quand elle le dévisage, elle croit le reconnaître. Jedikiah. Sans certitude, elle lui crache d'une voix fébrile, tambourinant de ses poings contre son torse. «Ton cousin, c'est l'roi des saligauds !»

Pas loin de là, se trouve ma petite baraque, perdue dans ce champs broussailleux et envahi par mes sculptures métalliques. Il n'y a personne pour m'attendre chez moi, en dehors de mes deux poules qui dorment béatement à cette heure. Les lueurs de la fin du jour enveloppent cette ambiance misérable d'un halo orangé. Morbide poésie. Elle m'inspire encore plus ce soir, alors que mes sens embrumés par la drogue ouvrent mon esprit endeuillé. Peut-être le spectre de Bailee me visitera-t-il ce soir. J'en appelle au ciel, j'écarte les bras et hurle à plein poumons. « Dieu ! »

Du bruit. Des pas. Je me redresse et je me fige, surpris par ce que mes sens m'infligent, une gifle cinglante d‘émotions. Une nouvelle présence se profile et une intuition fait vibrer mon sang dans mes veines tout à coup. Un pressentiment me pousse à surveiller cette entrée, à guetter cette arrivée, je dois cesser toute autre activité et je laisse retomber mes mains, emportant avec moi ce que je tenais si serré. Objet, jouet, ami des ombres tu ne le verras pas. Mon flingue.

Je demandais un miracle. Que le spectre de Bailee vienne me chercher. Serait-ce les ondes de nos esprits qui communiquent ? Elles déferlent dans l’espace et je les attrape une par une, le front marqué par un fol espoir. L’impatience me consume alors que je grimpe le long de la corniche, gravissant lestement le mur de ma vieille maison, m’aidant de mes mains et de mes pieds sans trop de difficulté pour atteindre le rebord d’une fenêtre. Ma taille ne m’empêche pas d’être souple et ma bonne condition physique ravive encore ma dextérité. De mon promontoire, je gagne les tuiles et je me tapis dans l’obscurité bienfaitrice. J’attend.

Ombre qui pénètre mon domaine, haute et mince silhouette. Je te connais. Et mon œil se plisse, ma pupille se contracte, je retrouve ma pleine vision, chassant le trouble qui l’obscurcissait. C’est un décor fabuleux qui s’offre à moi, immense, un univers entier de possibilités, on m’ouvre les portes sur cette nuit glacée et je te vois. Bailee. Je ne rêve plus, ce n’est pas encore l’un de ces spectres qui passe devant ma pupille aveugle, pas l‘une de ces illusions, disparues dès que je les effleure du bout des doigts.

Ton cou tendu en offrande m’inspire un sourire et je me fond entre les ombres et les traînées obscures, je descend vers toi, qui t‘abandonne aux caresses de la lune. Ce soir, tendre apparition, je dois apprendre à voler sur tes ailes d’ange. Ta peau claire est une lueur dans les ténèbres et elle m’appelle dans une demande muette, je désire y poser ma main et te rattraper avant que tu ne t’efface à nouveau. Des délires me traversent l’esprit, je suffoque intérieurement et je m’égare dans des pensées étranges, tu sais que mes chemins ne sont pas ceux des autres. Tu es la seule à les connaître et les apprécier à leur juste valeur, alors cette fois, ne disparais pas. Je peux me faire silencieux, je te contourne, j’arrange nos retrouvailles et je prépare ce que tu ne vois pas.

Lorsque la silhouette passe la petite barrière, j'attend. Lorsqu'elle s'avance pour longer la maison, j'attend. Mais ce n'est que lorqu'elle passe sous moi que je m'élance, dans un plongeon de prédateur. Comme un félin qui s'abat sur sa proie. Ma chute aurait pu être plus lourde. Je repousse ma victime dans l'herbe folle, mes mains plaquées contre ses épaules. Nous roulons souplement, la terre est meuble. Il n'y a pas de mal, ni pour l’intrus, ni pour moi. Pas trop de mal, du moins.

« Oh... c'est toi ? »

Mon visage surplombe le sien. Je l'écrase de mon corps en le dévisageant de mes prunelles trop dilatées. Ce n'est pas l'aura de ma sœur mais celle de la famille qui vogue dans l'espace. Mon cousin. Ce sacré Jedikiah. Un sourire psychotique s'ébauche sur mes traits, troquant la stupéfaction pour un rire léger qui roule dans ma gorge. Je ne suis pas vraiment déçu. Non, je ne le suis pas du tout. C'est mon anniversaire et j'avais envie de me foutre en l'air ce soir. Mais finalement... j'aurai peut-être d'autres projets. Libérant ma victime de mon poids, je m'écarte sur le coté, glissant dans l'herbe pour l'observer plus sereinement, plus placidement. Je m'ébroue un peu. Mon envol m'a dopé, l'adrénaline fait battre mon cœur plus vite et mon sourire est large. Le choc a sans doute quelque peu ébranlé Jedikiah, lui aussi.

«Bah alors, comment ça va, cousin ?» D'un rapide coup d’œil, je prend la décision pour lui. «Oh tu vas très bien, on a le dos solide chez les Grimwood hein ! T'aurais pu téléphoner quand même.» Ces derniers mots prononcés d'un ton plus bourru, je le dévisage sévèrement avant de secouer la tête dans un soupir. «Bon, bon ça va, j't'en veux pas. Reprend ton souffle, on dirait que t'as vu... un fantôme.» Mon sourire refait surface, plus large que jamais. «Au fait, c'est mon anniversaire aujourd'hui, tu savais ? La chérie avec qui je devais fêter ça était trop fatiguée, la pauvre. T'as du bol. J'suis libre tout le reste de la nuit du coup ! »
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MessageSujet: Re: Happy Bloody Birthday (Cousin Jed )   Lun 10 Juil 2017 - 22:32

Happy bloody birthday
Darrel & Jedikiah



« Je… » Mon index désigne mon torse, en face de moi, le petit Fabrice fait de même, avec toute la concentration de son jeune âge. Ma main part maintenant de ma bouche, s’en éloigne, « Merci… » et immédiatement, dans la foulée, mon index le désigne, pour achever la phrase alors qu’il m’imite avec un léger temps de retard. « Toi ». Il a un sourire discret, s’emballe en essayant d’enchaîner les trois signes, avec plus ou moins de précision. « Je… bonjour… toi » Il me faut toute ma concentration pour ne pas exploser de rire, et juste secouer la tête dans un sourire d’encouragement. Immédiatement, on reprend en même temps. Dans le silence, toujours. « Je te remercie » signe ma main droite avec lenteur mais assurance. « Je… te… remercie… » Mon élève est bien plus hésitant mais cette fois, le sens est clair et mes deux mains valides s’agitent pour le féliciter, tandis que lui me récompense d’un très large sourire, avant de se jeter dans mes bras, provoquant une légère grimace de douleur lorsqu’il presse mon épaule encore bien trop sensible.

Il y a quelque chose d’apaisant à communiquer en langue des signes ; Quelque chose d’asphyxiant, aussi, lorsqu’on n’y est pas habitué. Les sons sont absents, le contact visuel est omniprésent ; la moindre mimique est un mot, la moindre hésitation est porteuse de sens, le langage corporel est au cœur d’absolument tout, alors qu’une personne qui ne souffre pas de surdité le néglige trop facilement. Avec Fabrice, c’est la première fois qu’on se voit. Il a huit ans, l’explosion survenu il y a à présent un an l’a laissé malentendant, et alors qu’ils espéraient des progrès, l’état de son ouïe s’est dégradé au fil des mois, le laissant désormais complètement sourd et coupé du monde auditif. Huit ans, tout une langue à apprendre. Et l’envie de commencer dès à présent à communiquer à nouveau avec ses parents sans attendre la rentrée dans l’institut spécialisé qui l’accueillera à la rentrée.

La séance continue, je ne me base que sur le principal, que sur ce que sa curiosité veut lui faire savoir. Il me demande comment on dit table, il me demande comment on épèle son prénom, il me demande d’épeler le mien, il me demande aussi si je suis sourd, si je suis muet, il me demande si tout est clair… il ne se lasse pas de questions, une première heure file, une seconde aussi, on entame la troisième lorsque sa maman frappe à la porte – pourtant ouverte – pour me faire remarquer que le créneau est bien plus que dépassé et que je dois être crevé. « Il n’y a aucun problème, Madame » je fais en me relevant. Nous nous étions assis en tailleur, pour plus de facilité, au milieu de sa chambre et de ses jouets, au milieu des playmobiles sortis un à un de leur rangement pour chercher de nouveaux mots à apprendre. « Je n’avais aucun impératif ce soir, uniquement… » Uniquement un anniversaire à fêter. Je blanchis en sortant précipitamment mon téléphone, oups murmurent mes yeux en voyant l’heure plus tardive, bien plus tardive que prévu. Je me tourne vers Fabrice, articule lentement pour qu’il puisse lire sur mes lèvres tandis que mes mains reprennent lentement des mots qu’on a appris en pagaille un peu plus tôt. « J’espère que ça t’a plu, tu apprends vite. » Il se lève et se tient bien droit pour me répondre, suivant à la lettre les premières consignes que je lui ai données : lorsqu’on signe, c’est tout notre corps qui parle, alors il ne faut pas signer de manière négligée. « Je… te… remercie… Jed… Jedi » Mon prénom est trop long, il s’arrête au surnom et file se cacher dans les jambes de sa mère en rougissant. J’ai un sourire en lui ébouriffant les cheveux.

Une fois les modalités des autres séances vues avec les parents, je sors de l’immeuble, débouche sur la rue où les sons et les odeurs me prennent à la gorge, comme à chaque fois que je viens de signer pendant des heures, comme à chaque fois que j’ai oublié que j’entendais, moi aussi. Je mets quelques minutes à me souvenir de ce que je comptais faire, j’en mets plus encore à me décider à rentrer à l’appartement, déserté par Selene à qui j’aurais pourtant bien aimé proposer de me suivre, ne perds pas de temps à me changer et décide que même si je vais avoir l’air formel avec ma chemise blanche et mon pantalon, Darrel ne m’en tiendra pas rigueur.

Parce que c’est bien de mon cousin dont il s’agit à l’instant, c’est bien de l’anniversaire de mon cousin dont il s’agit ce soir, et c’est bien pour mon cousin que j’attrape un paquet cadeau emballé la veille avec ce qu’il me restait – autrement dit un mélange attendrissant de papier kraft, d’un vieux motif de Minnie et de quelques avions sur fond vert, un patchwork de couleur qui ressemble à tout sauf à quelque chose. Et bien zut, au moins pour une fois dans ma vie je serai original, je n’avais pas le temps d’aller racheter du papier cadeau. Et encore moins pour aller acheter un vrai cadeau d’ailleurs. Ce sera l’intention qui comptera, cette année. Je dégringole les marches, appelle un taxi puisque conduire n’est toujours pas recommandé dans mon état, désigne l’adresse du cousin, prends deux minutes pour fermer les yeux. Le chauffeur me secoue à l’arrivée, m’extirpe d’un demi-sommeil dans lequel mon hypersomnie m’a plongé sans la moindre merci, je paie sans y penser, en laissant mon regard traîner sur le champ broussailleux, sur la baraque dont le propriétaire semble aux abonnés absents. Sur une silhouette qui court dans ma direction, et… «Ton cousin, c'est l'roi des saligauds !» « Lucile ? Qu’est-ce que tu… » Autant pour un anniversaire surprise, autant pour un anniversaire normal… « Qu’est-ce qu’il a fait encore ? Il est… » Elle me désigne une direction avant de reprendre son chemin. J’essaye de la retenir, elle me promet une baffe ou un coup de pied bien placé si j’ose, je lève les mains en reddition. Aucune envie de me battre, juste envie de faire demi-tour et de m’excuser demain pour avoir oublié son anniversaire. Si j’interprète bien tous les indices qu’on me balance à la figure, Darrel n’est clairement pas sobre actuellement et j’ai vraiment moyennement envie de me heurter à lui. Mais… s’il y a bien quelque chose de plus fort que ma lâcheté, c’est ma tendance à me dire que la famille, je la trahis suffisamment souvent pour ne pas enfoncer davantage le clou. Et je soupire, en reprenant ma route, en envisageant de balancer le cadeau dans la nature pour ce qu’il va servir.

Je n’ai aucune discrétion dans mon pas, je plisse les yeux à la recherche d’une silhouette, sans la trouver. Une nouvelle fois, je m’arrête. Faire demi-tour, envoyer Selene à ma place, ou juste… et puis qu’est ce que je lui dois vraiment à ce cousin ? C’est son anniversaire, oui. Mais c’est aussi celui de ma cousine, morte. Il n’a peut-être pas envie de me voir. Et d’ailleurs, on ne s’est pas vu pendant des années, un anniversaire de plus ou de moins de loupé, franchement, qu’est ce que ça peut… Tu recommences à te comporter comme une lopette, Jed. Oui. Je sors mon téléphone, envisage d’appeler ma sœur, me résigne à aller jusqu’au bout de mon initiative et range le portable. J’hésite à appeler Darrel, mais j’ai comme l’impression que l’écho de ma voix me ferait encore plus flipper que le silence. Le silence ne me dérange pas – au contraire de l’obscurité – mais les sons étouffés, eux, me révulsent plus que tout le reste, parce qu’ils suscitent une imagination retorse. Comme ces ombres qui me font sursautés. Comme mes doigts qui s’agrippent à la barrière, s’apprêtent à longer la maison sans rompre le contact avec le crépis, et…

Une silhouette, un mouvement, j’ai tout juste le temps de lever les mains et de hurler qu’on roule à terre, mes réflexes durement acquis en près de vingt-cinq ans d’arts martiaux conférant à ma chute un minimum de souplesse, la seule chose qui puisse actuellement sauver mon honneur. Des mains sont plaquées sur mes épaules, j’ai à peine le temps de surmonter ma panique pour réagir. « Oh... c'est toi ? » « D…D…Darrel ? » Mon bégaiement m’écrase, tout comme le corps de mon cousin, de mon taré de cousin. J’essaye d’ignorer son regard, j’essaye de ne pas me laisser faire mais bon, je ne me fais aucune illusion : je ne me dégagerai que lorsqu’il l’aura décidé. Autant pour ma réputation de lâche et de faiblard, ce n’est pas aujourd’hui ni demain que je la contredirai. « Tu… » Il me lâche, glisse dans l’herbe, je tâche de me relever avec souplesse, force, dynamisme, explosivité pour qu’il ait un minimum de respect pour moi, mais la douleur réveillée dans mon côté m’empêche de faire autre chose que me mettre à quatre pattes en grognant, avant d’atteindre la station debout. Génial. «Bah alors, comment ça va, cousin ? Oh tu vas très bien, on a le dos solide chez les Grimwood hein ! T'aurais pu téléphoner quand même.» J’ai un sourire crispé de connivence. Le dos solide, ouais, c’est tout à fait ça. Jedikiah, le plus solide des Grimwood, quelle blague… « Totalement taré » je marmonne en essayant de me recoiffer, d’enlever de mes mèches blondes la terre et les brins d’herbe. En essayant d’épousseter ma chemise, aussi, totalement fichue. «Bon, bon ça va, j't'en veux pas. Reprend ton souffle, on dirait que t'as vu... un fantôme. Au fait, c'est mon anniversaire aujourd'hui, tu savais ? La chérie avec qui je devais fêter ça était trop fatiguée, la pauvre. T'as du bol. J'suis libre tout le reste de la nuit du coup ! » Génial. J’essaye de me recomposer une stature, je cherche le cadeau des yeux, il a volé un peu plus loin, le papier est à moitié déchiré… mais bon, ça va, hein, puisque Darrel ne m’en veut pas. « T’accueilles tout le monde comme ça, Darrel, ou c’est juste parce que je suis de la famille que j’ai un traitement privilégié ? » Je grogne. « J’ai croisé Lucile, elle t’a traité de salaud. D’un certain point de vue, ça démontre plus de la lucidité que de la fatigue et… » Je me penche dans une grimace à peine cachée, me mordant la lèvre pour qu’il n’y ait pas la moindre larme dans mes yeux. Oh, tu vas très bien, bien sûr que je vais très bien. Tout le monde, il va très bien. Totalement taré, je me répète à moi-même en lui tendant malgré tout son cadeau, une bouteille d’alcool qui – on va l’espérer – a survécu au choc et deux bouquins plutôt sympas.

Avec moi, il ne faut jamais exiger beaucoup d’originalité dans les cadeaux, en général je tape « que puis-je offrir à un cousin que je n’ai pas vraiment côtoyé depuis quinze ans » et je suis à la lettre les consignes trouvées sur d’obscurs forums de discussions. « Bien sûr que je sais que c’est ton anniversaire, qu’est-ce que tu crois que je fous là ? Tiens, cadeau. Je t’avais vraiment pas appelé ? » Pourtant que j’avais marqué sur mon agenda. Enfin, je crois. Peut-être. Mon agenda est aux abonnés absents depuis que Selene a tenté de le ranger à un endroit logique, sûrement lasse de le trouver entre deux magazines de mots croisés dans les toilettes.

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MessageSujet: Re: Happy Bloody Birthday (Cousin Jed )   Sam 22 Juil 2017 - 16:40

Happy Bloody Birthday
Je voulais dépasser toutes mes limites, chercher le vivant dans la mort, recueillir les preuves que j’existe encore. J’avais besoin de cela. Je suis immortel, je peux me jeter du sommet d’un toit et me fracasser au sol, sentir l’odeur de l’enfer, y plonger mes mains… et renaître. J’irai plus loin encore, jusqu’à embrasser le diable. La façon dont le cousin bredouille ne fait qu'étirer mon sourire alors que des paillettes de joie brillent dans mon regard. Je suis totalement allumé, ça c'est clair. Je m'en fous. Au dessus de nous, les étoiles clignotent dans un ciel serein et je ne me relève pas de suite, assis sur le sol, mes yeux olivâtres perdus dans le flou. C'est moi qui ai cru voir un fantôme. Moi je me laisse souvent emporter par mes songes, je nous imagine à l’état de fœtus, ma sœur et moi, flottant dans les mêmes eaux troubles, ouvrant les yeux dans les mêmes ténèbres. Nous étions seuls dans ce paradis perdu, juste toi et moi Bailee… pourquoi séparer l’indissociable, cela ne se peut pas.

Ce que la voix de Jedi m'inspire, c'est une bouffée d'allégresse. Je lève les yeux vers lui, le voyant se relever maladroitement, tenter de remettre de l'ordre dans sa tenue, et je me marre. C'est quoi cette chemise de bourge ? « T'es un privilégié, ça c'est bien certain. Si un étranger s'imposait dans ma propriété sans prévenir, je l'aurais accueilli à coup de plomb dans le cul. » Mon ton reste anodin, comme pour la plus banale des rencontres, j’étouffe mes autres ressentis, ma tristesse, ma douleur, je les étrangle dans ma gorge. Je n’ai pas pour habitude de me laisser aller à la transparence de mes sentiments. On ne devrait pas être triste, le jour de son anniversaire.

A propos de coups de plombs, où est mon flingue ? Je le cherche du regard dans les hautes herbes qui nous entourent. Mon jardin ressemble à une jungle, il serait temps que je me décide à sortir la tondeuse, un de ces jours. Dans un haussement d'épaules, je me redresse souplement, moi aussi, mon regard incisif se plantant dans celui du cousin qui maugrée. « Oh Lucile t'a dit ça ? » Vaguement pensif, je réfléchis un moment, sondant Jedi d'un air suspicieux. Pourquoi il grimace comme ça ? C'est étrange. Il a l'air très étrange. J'arque un sourcil. « Non mais pour elle, salaud c'est un compliment. Tu vois, c'est un peu comme saluer ma virilité, mon tempérament fougueux, ma force de caractère ! Elle adore ça, tu sais. » Ou pas mais en vérité, je m'en tape royalement. Ce qui m'intrigue, c'est la posture de mon blondin de cousin. Il a beau être un peu maigrelet, ce n'est tout de même pas mon accueil qui a pu l'assommer à ce point, il est dans la force de l'âge, ce petit. Alors quoi ?

C'est avec perplexité que je le vois fureter dans la pénombre, trifouillant parmi les mauvaises herbes avant de ramasser quelque chose. Mon visage devient plus grave tandis que j'aperçois alors ce paquet à l'emballage tout déchiré qu'il me tend. Et mon regard passe du paquet à son visage et de son visage au paquet avant de poser mes mains contre mes hanches. « Non, t'avais pas appelé, Jedi. Tu m'appelles jamais d'ailleurs, c'est dingue on dirait que tu me fuis. Mais... sérieux, c'est pour moi ? » Dans un éclat de rire sonore, j'attrape brutalement le paquet cadeau, soupesant son poids. Vu le bruit que j'entends quand je le secoue, il m'a l'air d'y avoir un liquide là dedans ! Mes yeux s'illuminent alors que j'ouvre le paquet avec impatience. L'emballage est vraiment très spécial, on dirait le genre de bricolage qu'on fabrique à l'école maternelle. Mais ces petits avions et ce perso de dessin animé, c'est sûrement très symbolique en vérité. C'est avec une certaine émotion que je me rend compte que ça fait référence à notre enfance, à cette époque où non se voyait encore souvent et où on s'entendait bien lui et moi. Mais oui, c'est tellement évident...

« Oh bordel cousin, j'pensais pas que tu te rappellerais de ce jour là où on t'avait enfoncé les roues d'un p'tit avion dans le nez. Ça t'avait tellement fait marrer, enfin sauf quand on a dû te les enlever avec une pince à épiler mais... Et puis les souris ! Mon père voulait tuer les souris blanches de Bailee faut dire que ça se reproduit tellement vite ces bêtes là, puis on te les avait filées pour les sauver, t'étais reparti chez ta mère avec des souriceaux plein les poches ! »  Un rire puissant me secoue alors que j'offre une puissante bourrade contre l'épaule du cousin. Comment j'ai pu imaginer une seconde qu'il oublie mon anniversaire ? C'est juste impossible qu'il m'oublie. Tout en ouvrant mon paquet, découvrant la bouteille et les bouquins, je  me sens gagné par l'enthousiasme. Mes cadeaux sous le bras, j'attrape le cou de Jedi de l'autre pour l'écraser contre mon épaule avec chaleur.

« On va l'ouvrir tout de suite bien-sûr, c'est la moindre des choses qu'on trinque là dessus. Mais...» Ma main se plaque contre son dos dans cette accolade et c'est une sensation étrange que je sens sous ma paume. Avec curiosité, je palpe sa chemise avant de reculer pour lui offrir un regard interrogatif. « C'est quoi ce truc sous ta chemise ? Tu portes une gaine ? On dirait... que t'as un peu grossi, cousin.  » J'ignore ce que me cache Jedikiah mais il y a un truc pas net, ça c'est certain. Son attitude déjà me parait suspecte, il a l'air encore plus fragile et faiblard que d'habitude, ce qui n'est pas peu dire.

Un peu plus loin dans le jardin, se trouvent des chaises en plastique qui ont fait leur temps et qui sont situées à coté d'une tortue géante en tôles rouillées, une œuvre d'art de ma composition. C'est de ce coté là que j'entraîne joyeusement mon cousin, le repoussant vers une des chaises avant de déposer la bouteille et les bouquins sur la petite table ronde, tout aussi vieille et bancale que le reste du mobilier de jardin. « Ouvre la bouteille, et ensuite, j'crois que t'as des choses à me raconter. » Le laissant s'installer, je lui lance un regard méfiant avant de me détourner pour rejoindre l'interrupteur contre le mur et allumer l'éclairage extérieur. Ce sont des guirlandes de Noël que je laisse dehors toute l'année mais c'est bien pratique. J'en profite pour ramasser mon flingue que j'avais abandonné dans les broussailles. Ce n'est pas encore ce soir que je me l'enfoncerai dans le gosier. Mes idées noires se sont envolées. J'ai envie de rire. Mon canon se pointe dans la direction du cousin. Je m'approche de lui posément, manipulant mon arme avec nonchalance. Mon ton est on ne peut plus sérieux.

« Ça fait vraiment chaud au cœur que tu sois venu, les bras chargé de cadeaux. Surtout des cadeaux aussi intimes. C'est une fameuse audace d'offrir un livre, deux livres même. En le faisant, on prétend presque avoir deviné de quoi l'âme de l'autre est faite. J'ai lu l'article d'une chroniqueuse qui disait ça. Offrir un livre, c'est dire à quelqu'un: je crois te connaître, je crois savoir ce que tu aimes, je te donne un livre dans lequel tu passeras peut-être plusieurs heures de ta vie et peut-être que, en le feuilletant, tu penseras aussi à moi, un peu. Alors, faut que tu me dises ce qui t'a poussé à choisir ces deux bouquins là pour moi, cousin, parce que j'aimerais trop savoir comment tu perçois mon âme. » Un sourire décalé s'imprime sur mon visage alors que je suis devant lui. Et que je colle mon arme contre son museau. La folie danse dans mes prunelles dilatées. « Dis moi aussi, comment tu t'es blessé. Pourquoi t'as des bandages sous ta chemise ? »

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MessageSujet: Re: Happy Bloody Birthday (Cousin Jed )   Mer 9 Aoû 2017 - 21:05

Happy bloody birthday
Darrel & Jedikiah



Totalement taré. En deux mots, deux petits mots, j’ai l’impression que je viens de trouver la définition de mon cousin qui se rapproche le plus de la réalité. Tout en étant particulièrement injuste avec lui. Je n’ai pas envie d’être là, je n’avais même pas vraiment envie de venir ; si je me retrouve à terre, avec des larmes de douleur aux yeux, la tenue ravagée par la terre et de la mauvaise humeur aux lèvres, ce n’est que parce que je suis conscient que la famille, c’est sacré. Oh, je l’aime, mon cousin. Je le respecte, je l’admire aussi par bien des aspects - surtout ceux qui relèvent de la chasse, et de son courage -, il n’empêche que j’ai une nouvelle fois la preuve qu’il est complètement taré. Ou que je ne le comprends juste pas. Je me relève tant bien que mal, tente de récupérer mes habits, ma chemise, mon assurance et ma crédibilité. Mon cousin, lui, reste un peu plus longtemps à terre, je mesure la largeur du fossé qui nous sépare. Et la présence de ces ponts, multiples, pour nous rapprocher dans un même temps. Le pont d’une même vocation - un pont de cordes, bien fragile, bien instable - et celui, en pierre, intemporel, des liens du sang. Plus loin, je retrouve un pont en bois, finement taillé, avec soin et affection, de nos quelques années d’enfance commune. Il y a une éternité. « T'es un privilégié, ça c'est bien certain. Si un étranger s'imposait dans ma propriété sans prévenir, je l'aurais accueilli à coup de plomb dans le cul. » Je cille, étouffant avec plus ou moins de succès un mouvement de recul. « Ca doit avoir le mérite de dissuader les témoins de Jéhovah... », je souffle comme pour maintenir, sans trop d’espoir, une fausse apparence de mec costaud. Si je détiens légalement une arme, si j’en possède illégalement d’autres, si on a appris à tirer ensemble au fusil - avec plus ou moins de succès de mon côté - je reste un homme qui n’apprécie que de très loin les armes à feu. Trop dangereux. Poule mouillée. Trop meurtrier, trop sale, trop sanglant. Lopette. Je soupire, je grogne, j’essaye de noyer le poisson.

« Oh Lucile t'a dit ça ? » « C’était l’idée, je crois » J’hausse les épaules, ses histoires de couple, pas couple, amie, ami et autre ne me regardent pas suffisamment pour que je cherche à détailler davantage, grimace, pars à la recherche de son cadeau en fouillant l’obscurité du regard. Et manque de justesse de saisir le regard suspicieux qu’il pose sur moi. « Non mais pour elle, salaud c'est un compliment. Tu vois, c'est un peu comme saluer ma virilité, mon tempérament fougueux, ma force de caractère ! Elle adore ça, tu sais. » J’ai un sourire aux coins des lèvres, incapable pour l’occasion de ne pas me dérider. Il a beau m’effrayer pour bien des raisons, il a beau être très différents de moi par bien des aspects… « Je vois... », cette fois, ce n’est pas un grognement ni un soupir exaspéré, c’est un je vois aux allures de complicité qui se déride.

A l’instant où j’arrive à remettre la main sur ce qu’il reste d’un papier cadeau fait à la va-vite avec les moyens du bord pour envelopper un cadeau qui échappe à l’impersonnalité complète par le choix des romans, que j’ai fait avec soin. Ou presque. Je lui tends l’emballage. Bien sûr que je me souvenais de son anniversaire, ça fait partie des genres de choses que mon téléphone me rappelle tous les ans avec attention ; contrairement au fait de devoir appeler avant de venir, visiblement. « Non, t'avais pas appelé, Jedi. Tu m'appelles jamais d'ailleurs, c'est dingue on dirait que tu me fuis. Mais... sérieux, c'est pour moi ? » Un frisson, on dirait que tu me fuis, je me réfugie dans un sourire devant son éclat de rire. « Non, c’était pour Lucile, mais comme elle est partie… Bien sûr que c’est pour toi ! » Le paquet m’échappe des mains, il le secoue et ma mise en garde meurt en silence. Dommage pour les livres si la bouteille est brisée. Je me mords la lèvre pendant qu’il ouvre le paquet, mal à l’aise. Mes bras se croisent, se décroisent, mes mains essayent à nouveau de me recoiffer et de gratter un peu de terre accrochée au tissu. J’attends le verdict avec une certaine appréhension, surtout en le voyant considérer avec attention l’emballage. Et les avions. et les Minnie.

« Oh bordel cousin, j'pensais pas que tu te rappellerais de ce jour là où on t'avait enfoncé les roues d'un p'tit avion dans le nez. Ça t'avait tellement fait marrer, enfin sauf quand on a dû te les enlever avec une pince à épiler mais... Et puis les souris ! Mon père voulait tuer les souris blanches de Bailee faut dire que ça se reproduit tellement vite ces bêtes là, puis on te les avait filées pour les sauver, t'étais reparti chez ta mère avec des souriceaux plein les poches ! »  Son éclat de rire, sa bourrade, je remercie toute une éducation portée sur le mensonge et l’hypocrisie pour l’impassibilité qu’elle m’offre à cet instant. Mentir, voilà bien un art dans lequel j’excelle. Voilà sûrement, aussi, la raison de ma survie. Cacher à mes parents les coups que m’infligeait Grand-Mère m’a appris à conserver dans un rictus crispé un cri de douleur ; regarder droit dans les yeux des mutants pour els abattre, regarder mes parents, ma soeur, ma famille, Mike, droit dans les yeux tout en m’en sachant un m’a appris à ne rien laisser paraître de ce qui me ronge. « Ahah, comment pourrais-je oublier tout ça, tu es mon cousin, Darrel, tu es de la famille ! » Et quelque part, c’est justement ça, le coeur du problème. « Bien sûr que je me souviens de ça, même si je ne suis pas sûr d’avoir été aussi hilare que toi sur le moment... » Et je ne suis même pas sûr d’être ravi de me souvenir de la douleur à chaque fois que je reniflais, et des hurlements de mes parents devant l’invasion brutale de souris dans notre maison.

« On va l'ouvrir tout de suite bien-sûr, c'est la moindre des choses qu'on trinque là dessus. Mais...» Je me crispe sous l’accolade, sans que cela n’ait quoique ce soit à voir avec un quelconque rejet des contacts physiques. J’appréhende la douleur d’un nouveau choc sur une peau fragile, j’appréhende plus encore la suite lorsque la douleur ne vient pas tout de suite, juste des questions. « C'est quoi ce truc sous ta chemise ? Tu portes une gaine ? On dirait... que t'as un peu grossi, cousin.  » J’ai un sourire tendu. « On va dire que c’est un compliment... » Je tente de détourner l’attention, mais… mais si j’ai l’espoir d’avoir réussi lorsqu’il m’entraîne vers une table ronde à proximité d’une tortue géante - qui s’attire un regard légèrement admiratif et curieux de ma part -, cet espoir s’envole dès que Darrel reprend la parole. « Ouvre la bouteille, et ensuite, j'crois que t'as des choses à me raconter. » Je m’installe avec précaution - inutile de feindre, le suis du regard. « On a toujours toutes sortes de choses à se raconter... » Les guirlandes s’allument renvoient une myriade de couleurs, m’évoque la page instagram de Maya que je stalke de loin - comme l’intégralité de sa vie, d’ailleurs, je reste raide. Et lutte pour ne pas me défiler sous son regard méfiant.

Lutte pour ne pas non plus me défiler lorsqu’il pointe le canon de son arme dans sa direction. Je pâlis. Inévitablement. Encore plus. Je dois avoir l’air d’un cadavre, je ne me fais aucune illusion : « Darrel, tu peux éviter de... » Ma main désigne l’arme. « Ça fait vraiment chaud au cœur que tu sois venu, les bras chargé de cadeaux. » Mes yeux frôlent l’arme toujours pointées sur moi. Chaud au coeur ? Il a une drôle façon de le montrer. « Darrel… » « Surtout des cadeaux aussi intimes. C'est une fameuse audace d'offrir un livre, deux livres même. » Audace ? Une solution de facilité, plutôt. « En le faisant, on prétend presque avoir deviné de quoi l'âme de l'autre est faite. J'ai lu l'article d'une chroniqueuse qui disait ça. Offrir un livre, c'est dire à quelqu'un: je crois te connaître, je crois savoir ce que tu aimes, je te donne un livre dans lequel tu passeras peut-être plusieurs heures de ta vie et peut-être que, en le feuilletant, tu penseras aussi à moi, un peu. »
Et cette chroniqueuse, du coup, qu’avait-elle fumé avant d’écrire ? Les mots, mes remarques, restent sagement lovées dans ma gorge mais je n’en pense pas moins. Je n’aurais pas dû m’asseoir. Je n’aurais pas dû venir en premier lieu. « Alors, faut que tu me dises ce qui t'a poussé à choisir ces deux bouquins là pour moi, cousin, parce que j'aimerais trop savoir comment tu perçois mon âme. » Comme une âme totalement loufoque, instable, effrayante, qui pourrait ne faire qu’une bouchée de moi si elle apprenait qu’à chacune de mes respirations je trahis un peu plus ma famille ? Son sourire s’accentue, je recule comme je peux, collé au dossier, ferme les yeux pour ne pas loucher sur le canon du flingue. « Ecarte ça de moi… » j’articule avec difficulté, mon bégaiement n’étant sous contrôle que parce que toute ma concentration est orientée vers les syllabes pour les cracher dans le bon ordre. « Dis moi aussi, comment tu t'es blessé. Pourquoi t'as des bandages sous ta chemise ? »

Je ne peux pâlir davantage. En revanche, je peux agir, et d’un mouvement lent, j’écarte son arme. Pour pouvoir réfléchir. Et enlever une part du poids qui me compresse la poitrine. C’est dans des moments comme celui-là que je me rends compte de la précarité de ma situation. Un faux pas, un regard sur ma carte d’identité, j’ai la conviction que Darrel n’hésitera pas avant de presser la détente. Mais… mais ce n’est pas encore le cas. Pour l’instant, la situation n’est pas encore si dramatique. Il suffit juste de… d’avoir le choix entre justifier l’achat de deux livres ou de mettre encore en avant à quel point, s’il lui est taré, moi je me contente d’être raté. Un rire nerveux m’agite. « Est-ce que tu peux déjà arrêter de remuer ça devant mon nez, ça m’arrangerait. Tu sais bien que... » que quoi, que je suis une mauviette ? On a le dos solide chez les Grimwood. Alors je dois être le fils du facteur. « C’est assez stressant. Et… je n’ai pas le droit d’avoir juste choisi deux livres qui, à mes yeux, pourraient te plaire ? Ca n’a rien à avoir avec… » Si, justement. Si j’avais effectivement choisi des livres pour qu’ils lui plaisent… mince. « Il y en a un, c’est un recueil de nouvelles d’un auteur français, c’est… sur des personnages qui recherchent une perfection inaccessible. » Mes doigts cherchent, eux, à attraper les deux livres pour mettre en avant le nom du livre dont je parle, Les funambules ; et m’aider à me souvenir du nom du deuxième. Un petit livre, encore une fois, je n’ai pas eu la prétention de lui offrir deux pavés non plus. « L’autre, le personnage est complètement fou mais il a réussi à faire de sa folie une force. Ou alors il a dompté sa force pour en faire une folie… bref. » Legion se feuillette entre mes doigts, un livre que je relis régulièrement. « Au risque de te décevoir, je ne pense pas qu’il y ait de sens caché, juste… des découvertes que je te propose. » Et je n’avais pas d’idées.

Quant à mes bandages… « Pour le reste… ce n’est rien de grave. » Ce n’était pas sa question. « Accident de chasse. » Et on sait tous les deux de quelle sorte de chasse je veux parler. « J’avais une piste pour le meurtrier de Mike, j’ai voulu poser des questions, ça a… dérapé. Enfin bon, tu me connais… ma réputation me précède... » J’ai tenté de mettre un peu d’humour dans cette dernière phrase, c’est un échec criant. « Et toi, est-ce que ça va ? »

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MessageSujet: Re: Happy Bloody Birthday (Cousin Jed )   Mer 6 Sep 2017 - 20:07

Happy Bloody Birthday
Le doigt sur la gâchette, un sourire torve s'imprime sur ma face. Et si je t’assassinais cousin, si je te tuais sans sommation ? Juste pour le délire, pour le plaisir de voir ta cervelle se répandre sur l’herbe humide. C'est que je tue, moi. Je tue pour rien, je tue pour rire, quand le hanneton que j'ai dans le plafond me picote trop fort. Jedikiah a bien raison, aucun témoin de Jehovah ni démarcheur ou autre emmerdeur du genre n'ose plus venir frapper à ma porte. Les gens causent, il parait, et je ne crois pas que mes voisins négligent de faire ma publicité, cette bande de joyeuses commères, ils aiment trop les ragots pour s'en priver. Il n'y a plus que la famille pour avoir envie de venir me voir. Enfin en réalité, il n'y a plus que le cousin Jedi et sa si jolie sœur qui me rendent visite de temps à autre. Ma propre mère ne se déplacera bien-sûr jamais pour souhaiter un bon anniversaire à son salaud de rejeton. Je sais où est ma mère en ce moment... je sais qu'elle est en train de verser toutes les larmes de son corps sur la tombe de Bailee, au cimetière de Radcliff. Pas la peine que j'aille y rôder et imposer ma sale gueule à ma vieille endeuillée. Je ne suis pas si cruel, faut croire. Mon sourire s'est agrandi aux paroles du cousin. La complicité familiale, y'a que ça de vrai, je l'ai toujours dit.

Sans lutter contre son geste, mon bras armé retombe doucement contre mon flanc. « J'vais finir par croire que t'aimes pas mon arme. Fais gaffe, "grande gueule" est très susceptible, elle va se vexer si tu la repousses comme ça. » Jedikiah se marre pendant que je continue à le dévisager fixement. Un peu que c'est stressant. Un coup de feu est si vite parti, après tout, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Mes yeux olivâtres finissent par l'abandonner pour se poser avec intérêt sur les bouquins qu'il manipule. Certes, ils ne sont pas bien épais mais cela n'a aucune importance parce que c'est la profondeur de ce qu'ils renferment qui compte. C'est attentivement que j'écoute les explications du cousin et je hoche doucement la tête avec curiosité. J'ignorais totalement qu'il aimait la lecture, mais il a l'air de s'y connaître un brin. Peut-être aurais-je pu me sentir fortement déçu de l'absence de message caché dans ces choix. Heureusement pour lui, je suis passé à autre chose, à ce moment précis, et je n'en suis aucunement vexé. J'aime la sonorité de ces titres, peut-être que je lirai un de ces bouquins jusqu'au bout, pour une fois. Pas que je n'aime pas lire mais j'ai tendance à me disperser un peu, parfois. « Tes résumés sont tellement passionnants que je t'engagerais bien pour me faire la lecture. Oh attend, faut que j'aille chercher un stylo pour que tu me fasses une dédicace. Okay, c'pas toi qui les a écrit mais ça se fait non, de mettre un mot pour un anniversaire ! » Faudrait que j'aille chercher des verres aussi, tiens, on va quand même pas boire au goulot un jour pareil. Mais je suis coupé dans mon élan par la suite des paroles du cousin et ma méfiance légendaire revient aussitôt à la charge, imprimant un reflet glauque au fond de mes rétines.

Soudain, je ne ris plus et mes sourcils se froncent doucement, interloqué par l'intonation qu'il a utilisée. « Ta réputation ? » Ce qui a trait aux traditions familiales me rend toujours plus sérieux. Les Grimwood sont des chasseurs de monstres depuis des décennies et leur bravoure a toujours été reconnue. Pourtant, le cœur trop tendre de Jedikiah lui porte préjudice et nous vivons dans un monde où nous n'avons pas le droit de flancher. Si nos ennemis le considèrent comme un looser trop mou et facile à vaincre, non seulement il deviendra la risée des mutants mais il risquera de se faire descendre en moins de deux. Et je n'ai certainement aucune envie de laisser faire ni l'un ni l'autre, c'est une question d'honneur. « J'espère bien que c'est rien de grave. Je préférerais encore te tuer moi-même. » Il pourrait s'agir d'humour noir à ma sauce mais je pourrais tout aussi bien être on ne peut plus sérieux. En vrai, je le suis. Quand il me demande si je vais bien, on pourrait presque croire qu'il essaie de changer de sujet en feintant de s'inquiéter de mon bien-être. Est-ce que ce serait son genre, à ce gredin ? Après quelques secondes d'observation, un sourire revient habiller mes traits, dans un haussement d'épaules. « J'irai mieux quand j'aurai goûté ta gnôle. Bouge pas, je reviens. » Le regard que je lui lance avant de me détourner devrait le dissuader de déguerpir trop vite, du moins il a intérêt.

Pendant que Jedikiah se retrouve seul dans le jardin, bien installé sous les lueurs des guirlandes de Noël, je m'en retourne dare-dare à l'intérieur de ma baraque, tout en rangeant mon flingue dans ma ceinture. Il devrait y avoir un stylo qui fonctionne au fond du tiroir de la vieille commode et je le retourne vite fait tout en méditant sur l'histoire du cousin. Je sais bien qu'il recherche le salaud qui a buté son meilleur ami et je suis bien placé pour savoir à quel point il est frustrant de savoir qu'un merdeux pareil est en vie quelque part. La vengeance est un plat qui se mange peut-être froid mais l'attente est horrible. Le mec qui a tué ma sœur est toujours en liberté, lui aussi. Il faut qu'on les extermine tous, jusqu'au dernier, c'est la seule solution. Quand j'ai mis la main sur un stylo, il ne me reste plus qu'à filer dans la cuisine pour choisir deux verres plus ou moins propres. J'en ai cassé pas mal et ceux que je déniche sont dépareillés mais peu importe. En jetant un coup d’œil par la fenêtre qui donne sur le jardin, je lorgne sur Jedikiah sans qu'il s'en doute. Comment il a pu se laisser blesser au cours d'un simple interrogatoire ? Je t'en foutrai de la réputation de mauviette.

Lorsque je reviens auprès de lui, mes deux verres à la main, mes pensées roulent toujours dans mon esprit. Le fait que Jed soit là avec moi ce soir signifie beaucoup de choses et je commence de plus en plus à penser que c'est un signe de la part de Dieu. Il me dit : hé Darrel, vieux salopard, tu vas passer la nuit à te saouler la gueule en pleurant sur ton sort comme une femmelette ou tu vas te bouger ? Je ne suis pas un de ces fils de putes qui néglige les signes du ciel. Oui je vais me saouler la gueule mais je ne compte pas en rester là. Déposant les verres sur la table, je balance le stylo à Jed en lui désignant les livres du regard. « T'es inspiré, j'espère. » La bouteille est ouverte rapidement entre mes mains expertes et je nous sers deux généreuses rasades avant de prendre place sur l'autre chaise de jardin.  Ma voix grave s'élève alors, sur un ton pensif, en observant mon verre.« Faut que je te dise un truc, Jedi, j'ai bien réfléchi. Tu connais mon père, le vieux Nash, c'est un vrai crevard et j'ai plus envie d'avoir quoique ce soit en commun avec lui. J'veux plus porter son nom. Alors, j'me suis dit que... je pourrais bien reprendre celui de ma mère. Elle m'a pas à la bonne, cette morue et j'pense pas que ça lui ferait plaisir mais... c'est aussi ton nom, à toi. » Le cherchant du regard, j'humecte mes lèvres, pesant sérieusement les mots que je vais prononcer.  « T'en dirais quoi, que j'm'appelle Grimwood ? »

Son opinion est extrêmement importante pour moi et je guette ses réactions. Il fait partie des rares personnes auxquelles je tiens. En attendant sa réponse, je lève mon verre dans sa direction sans attendre pour en vider une franche gorgée, un peu plus nerveusement que je veux bien l'admettre. Requinqué, j'inspire avec contentement l'air frais du soir, admirant les reflets que les lampes multicolores dessinent sur la tortue de métal. « J'oublie pas ton histoire de dérapage. Va falloir que tu m'expliques exactement comment ça a dérapé. J'vais m'appeler Grimwood. Ta réputation, c'est ma réputation. Tu piges ? » Mes derniers mots grondent comme une menace sinistre.
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MessageSujet: Re: Happy Bloody Birthday (Cousin Jed )   Jeu 28 Sep 2017 - 0:17

Happy bloody birthday
Darrel & Jedikiah



Qu’arriverait-il à mon corps, si un coup partait par inadvertance, faisait exploser ma cervelle, me cueillait avec la bouche à peine arrondie de surprise et les yeux écarquillés de stupeur et de terreur ? Qu’arriverait-il à mon corps si mon cousin dépassait les limites, se laissait tomber brutalement du mauvais côté, ou s’il apprenait tout simplement ce que je cache à l’ensemble des Grimwood ? Qu’arriverait-il à mon corps ? Finirait-il sous quelques centimètres de terre, laissé à l’abandon comme le souvenir qu’on peut avoir de moi ? Finirait-il dans un cimetière, à côté de celui de ma cousine ? Finirait-il juste jeté dans un coin de forêt, à la merci de la nature et des animaux pour mieux être retrouvé des semaines plus tard, méconnaissable, tout juste identifiable, comme l’a été celui de Mike ? La question me taraude, face à son flingue qu’il agite devant moi. La question me taraude, la terreur me glace les veines, c’est avec une assurance plus que relative, juste une poudre d’illusion jetée au visage de mon cousin, que je décale son arme, que j’ôte une petite, une infime portion du poids qui pesait sur ma poitrine. Une infirme portion qui me permet de respirer. Que se passerait-il si Darrel décidait brutalement de m’assassiner, juste… pour une raison qui m’échapperait ? Rien. Rien de plus que ma mort, rien de plus qu’un corps et du sang, du sang moite, poisseux, humain, et le silence. Le silence, tout simplement. Que passerait-il si ma cervelle explosait, giclait, se répandait au sol brutalement ? Rien de plus qu’un silence après un coup de tonnerre. Rien de plus que la mort. Que ma mort, je déglutis un peu plus. « J'vais finir par croire que t'aimes pas mon arme. Fais gaffe, "grande gueule" est très susceptible, elle va se vexer si tu la repousses comme ça. » J’ai un rire nerveux, peut-être lié à la susceptibilité évoquée de son arme – de ses doigts ? de son âme, peut-être, que j’ai apparemment prétendue connaître par le biais de deux livres choisis selon mon inspiration du moment ?. J’ai un rire nerveux, peut-être lié également à la situation, à ma nervosité tout simplement. J’ai un rire nerveux qui se crispe, qui se stresse sous son regard, sous mon sourire qui tente de se maintenir sur mes lèvres, un sourire inévitablement craintif. Des mots inévitablement perdus, comme mes pensées. Pourquoi ai-je choisi ces livres-là pour mon cousin ? Les explications me permettent de reprendre le fil, me permettre de me redresser, d’avoir un prétexte pour en effleurer les pages, pour en feuilleter la quatrième de couverture. Pour retrouver le contact du papier qui me rassure bien, bien plus que celui glacé d’une arme à feu. Pourquoi ai-je choisi ces livres ?

Parce qu’ils sont beaux, à leur façon. Parce qu’ils sont inspirants, à leur façon. Parce qu’ils sont fascinants, à leur façon. Et à bien y regarder, les propos de cette chroniqueuse ne me paraissent plus si capillotractés que ça : les deux livres, je m’en rends compte après coup, ressemblent à la vision que j’ai de mon cousin. Totalement tarés, mais beau, d’une certaine manière : mon regard dérive sur les structures de fer. Ils sont inspirants, aussi, à leur façon : mes yeux reviennent sur le chasseur accompli, avec ses défauts et ses qualités, mais également un homme qui se bat chaque jour, chaque année, et plus encore aujourd’hui, pour se redéfinir sans Bailee. Ils sont fascinants, enfin, ces livres, comme Darrel. Fascinants parce qu’un instant, je suis convaincu de les avoir percés à jour, et il me suffit de respirer, de détourner le regard une fraction de seconde, pour que lorsque mes pupilles se reposent sur eux, sur lui, je comprenne qu’en réalité, je suis loin, si loin de l’avoir cerné. Alors ouais, même si je conclus qu’il n’y a aucun message caché dans les livres choisis… mon nom est Legion, car nous sommes nombreux, rappelle la quatrième de couverture du second livre décrit. Nous sommes nombreux, nous sommes une personne différente à chaque interlocuteur. Et je ne connais de mon cousin que celui qui me fait face. Alors ouais, même si je conclus qu’il n’y a aucun message caché dans les livres choisis… Les funambules… L’écho d’un souvenir de ma lecture de ce recueil me tord les tripes. Le malaise de la société contemporaine s’explique en partie par l’absence de cérémonies sacrificielles, a écrit Bello. Mon malaise à moi, lui, s’explique en partie par la présence de ces cérémonies sacrificielles. Et lui, lui, souffre-t-il d’un malaise, est-il en quête d’un sacrifice pour le faire disparaître, est-il… Je secoue la tête pour cesser de penser, cesser de me disperser. « Tes résumés sont tellement passionnants que je t'engagerais bien pour me faire la lecture. Oh attend, faut que j'aille chercher un stylo pour que tu me fasses une dédicace. Okay, c'pas toi qui les a écrits mais ça se fait non, de mettre un mot pour un anniversaire ! » Je cligne des yeux : pour cesser de penser, me voilà bien mal parti. Trouver une explication à un cadeau, et maintenant marquer ce même cadeau par mon écriture, ma signature ? Une partie de moi – majoritaire – a juste envie de dire que oui, mais non en fait. Seulement, la majorité est silencieuse. Et je me contente de sourire. « Assurément que ça se fait, un cadeau, c’est personnel, et c’est une attention d’une personne à une autre, donc en soi, on peut établir que même si je n’ai pas cherché à dévoiler ton âme par ces livres, j’ai déjà voulu écrire quelques mots sur la nouvelle page de ta vie que tu découvres et… » Et je parle trop, lorsque je suis angoissé. Je parle trop, également, lorsque je n’ai rien à dire, lorsque je me laisse aller à débattre sur un sujet sans risque, sur un terrain sans risque : celui de des quelques mots prononcés et non des actes posés. Les actes sont rares avec moi. Les propos, eux, sont une nuée d’étourneaux autour de mon esprit : plus ils volent haut et hors de portée de la réalité, plus ils sont vifs et nombreux.

Et parfois, certains de ces étourneaux sont emportés de folie et plaquent leurs ailes contre leur poitrail pour se laisser tomber, à toute vitesse, frôler la terre ferme, manquer de se faire happer par une gravité retorse, peinent à se relever, peinent à s’arracher aux bras de la réalité, peinent à retrouver leur légèreté, peinent, simplement, à échapper aux prises de ce qui se trouvaient derrière le voile de leurs illusions. Darrel était bien parti pour aller chercher de quoi écrire, je l’ai retenu et je le regrette à présent. Aurais-je dû attendre avant de répondre à sa question, sa dernière question, sa première question, la plus douloureuse et honteuse d’une certaine manière, la plus simple et la plus culpabilisante ? Sûrement. Mais… Mais je n’ai pas attendu. Mais j’ai parlé. Et ses sourcils, froncés, me poussent à détourner le regard. « Ta réputation ? » J’ai tenté de mettre un peu d’humour, mais de toute évidence, l’impression amère d’échec, je n’ai pas été le seul à la ressentir. Un soupir, un haussement d’épaules, j’ai bien envie de dédramatiser la situation mais… Un soupir, un haussement d’épaules, un mouvement de main : tout cela veut tout et rien dire dans un même temps, et pour un interprète en langue des signes comme moi, tout cela est encore plus, ou moins, porteur de signification. Laissons tomber, voilà encore une fois ce que j’ai envie de communiquer. Laissons tomber cette histoire, et… « J'espère bien que c'est rien de grave. Je préférerais encore te tuer moi-même. » Et… j’ai un rire nerveux, une nouvelle fois, un rire qui a envie de considérer ça comme de l’humour tout en comprenant parfaitement que… non. Darrel ne plaisante pas. Je le sens. Et je réprime mon rire, j’essaye de détourner la conversation avec une question que je veux sincère.

Et qui n’est rien de moins qu’une fuite, qu’une nouvelle fuite. « J'irai mieux quand j'aurai goûté ta gnôle. Bouge pas, je reviens. » Je souris, nerveusement, sous son regard. Il disparaît, je respire à nouveau, hanté par ses mots, hanté par mes mensonges, hanté par la tentation, pressante, de ne pas lui obéir et de bouger. Plutôt deux fois qu’une. Mettre à profit des années de taekwondo, de krav-maga, de sports en tout genre pour courir, courir en courant, mettre à profit des années d’arts martiaux pour obéir au très convainquant la meilleure défense, c’est la fuite, de mon premier instructeur de self-défense. Instructeur que mes parents n’avaient pas tardé à changer en apprenant ça. Mais… mais si fuir, si partir en courant en déposant mes bijoux de famille et ma dignité sur la table pour alléger mon poids et gagner en vitesse est plus que tentant… je soupire en guettant l’ombre de mon cousin. En feuilletant, une fois encore, les livres, l’envie de les relire me démangeant. Partir, ce serait agir en coupable, en lâche, en fuyard, ce sera répondre à sa question ta réputation, ce serait m’enfermer dans un cercle vicieux. Alors je reste. Alors j’attends. Alors je le vois revenir au bout d’un temps interminable. Alors…

Alors j’attrape le stylo qu’il me passe, je m’essaye sur la paume de ma main pour m’assurer qu’il fonctionne, attirant vers moi le premier bouquin. « T'es inspiré, j'espère. » Je lève les yeux au ciel. « On va voir ça » Je préférerais encore te tuer moi-même. Si je suis inspiré, bien sûr. J’ai à peine écrit un mot, même deux, très originaux comme mots, à Darrel et déjà je relève la tête pour croiser le regard pensif de mon cousin « Faut que je te dise un truc, Jedi, j'ai bien réfléchi. Tu connais mon père, le vieux Nash, c'est un vrai crevard et j'ai plus envie d'avoir quoique ce soit en commun avec lui. J'veux plus porter son nom. Alors, j'me suis dit que... je pourrais bien reprendre celui de ma mère. Elle m'a pas à la bonne, cette morue et j'pense pas que ça lui ferait plaisir mais... c'est aussi ton nom, à toi. T'en dirais quoi, que j'm'appelle Grimwood ? » Je cligne des yeux. Partager davantage encore que le sang avec mon cousin, partager un patronyme, un nom associé à bien plus que quelques bouts de papier et que quelques branches étranges d’un arbre généalogique ? Je reste silencieux, le stylo à quelques millimètres du livre. Une question au bord des lèvres. Pourquoi.

Oh, son parce que est plus que recevable, mais… Pourquoi maintenant ? Mes yeux dérivent vers le verre que j’hésite à toucher, reviennent vers mon écriture serrée, scolaire, adulte. Reviennent vers mon cousin. « J’en dirais que ça me parait… » Une bonne idée ? Non, ce serait un jugement, un jugement d’appréciation. Alors que je n’ai pas de jugement à émettre, juste… « Tu es mon cousin, Darrel. Nous sommes d’une même famille, et... » Et ? Je repose le stylo, attrape le verre. Tant pis pour mes reluctances. Tant pis pour mon hésitation. J’avale une gorgée, j’ai pas mal choisi ma bouteille, moi. « Tu es un Grimwood, Darrel. Mon nom, c’est ton nom. J’ai rien à en dire, Cousin : juste à être… » Je cherche le mot. « Fier ? » Aussi étonnant que ça peut paraître, je suis sincère en parlant de fierté. Mon cousin, je ne le comprends pas. Mais une part de moi est fascinée par lui, admirative également. Intriguée. Je soupire, cherche l’inspiration, chercher à puiser de l’inspiration dans cette nouvelle.

« J'oublie pas ton histoire de dérapage. Va falloir que tu m'expliques exactement comment ça a dérapé. J'vais m'appeler Grimwood. Ta réputation, c'est ma réputation. Tu piges ? » Dommage pour l’inspiration, les quelques mots qui commencent à se former dans mon esprit viennent de voler en éclats tout comme le peu de sérénité retrouvée dans l’atmosphère nocturne. Je fronce les sourcils. Avale une nouvelle gorgée, encore une, puis une troisième. Je ne compte pas finir mon verre cul-sec, mais l’intention aurait pu y être. Pour ce que j’en sais. Je tousse. Je me concentre sur mes lettres. A Darrel, un cousin comme on n’en fait peu ; je n’ai pas cherché à comprendre ton âme, juste à te partager un bout de la mienne ; bises du cousin ; Jedikiah. Je me concentre sur mes mots, je me concentre sur mon incapacité à trouver quoi dire, à savoir quoi dire ou penser. Sur mon incapacité à savoir quoi articuler en réponse. La nuit est trop tranquille pour être troublée.

« Je t’ai dit, j’ai trouvé une piste pour Mike. Je suis allé voir la dégénérée, j’avais besoin d’être sûr qu’elle en était bien une, alors je l’ai observée. Et quand j’ai eu la confirmation, je… j’ai voulu l’interroger. » Je ne le regarde pas. J’ai les yeux rivés sur le deuxième roman. Legion. Sur ce qu’il implique. Sur ce qu’il sous-entend. Pour moi. « J’ai été incapable de la tuer. Je l’ai voulu, vraiment. Je l’avais en joue, à quelques centimètres de moi. J’avais envie, je te le jure, Darrel, je te le jure. » Je relève la tête pour fixer mon cousin. « J’ai juste… » Je repose le stylo. Je referme le livre, vierge de toute ânerie. « Tu le pensais, tout à l’heure, non ? » Je termine mon verre. A défaut de savoir tuer comme un Grimwood, au moins, je sais boire comme un Grimwood. « Tu me tuerais, s’il s’avérait que j’étais une honte pour les Grimwood ? Un chasseur incapable d’accomplir son devoir… » Je me ressers d’autorité un verre, avec une assurance guidée par le premier. « On a bien besoin d’un homme comme toi pour relever l’honneur. C’est clairement pas moi qui vais faire trembler de terreur les mutants. » N’est-ce pas ? « En fait, la question que tu aurais dû poser, ça n’aurait pas dû être « qu’est ce que tu dirais que je porte ton nom » mais plutôt « est ce que je suis prêt à assumer d’avoir le même nom que Jed, la mauviette », tu ne crois pas ? » Je soupire, surpris par mon verbe devenu bien facile, d’un seul coup. « Enfin bref, voilà toute l’histoire. Un nouvel échec pour Jedikiah, une nouvelle mutante dangereuse dans la nature. » Je soupire. Encore. « J’aimerais, parfois, ne pas hésiter autant avec de presser la détente. » J’aimerais, également, parfois, avoir le courage de presser le canon de mon flingue sur ma propre tempe et effacer de ma lignée mon sang souillé des gênes mutants.

Puis je me souviens qu’une part de moi n’y croit pas. Puis je me souviens que je veux vivre, tout simplement. Que… « Bref. Et donc, ta dédicace. Une envie particulière ? Je peux tenter de te dessiner un petit mot en langue des signes si tu veux ? »

© Grey WIND.

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Happy Bloody Birthday (Cousin Jed )

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