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 (Hipporius) | Life as short as the falling of snow, and now I'm gonna miss you, I know...

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MessageSujet: (Hipporius) | Life as short as the falling of snow, and now I'm gonna miss you, I know...   Lun 25 Sep 2017 - 22:55

Life as short as the falling of snow, and now I'm gonna miss you, I know...
Hippolyte & Marius



La journée avait commencé comme toutes les autres. Un réveil déclenché pour le principe aux alentours de six heures alors qu'il était déjà debout depuis longtemps, trois cigarettes et un café en guise de petit déjeuner, un costume enfilé avec une rigueur militaire... Et des soucis plein la tête. Il avait jeté un œil à son téléphone, espérant secrètement qu'il y a trouverait un message de Martial lui annonçant qu'il était en vie, un de Marius lui disant pour une raison ou une autre d'aller se faire foutre, un de Lily lui annonçant qu'elle était sortie de l'hôpital... Mais il n'y avait que le message quotidien de Victoire qui, depuis leur lit lui souhaitait une bonne journée en le priant de se ménager. Si l'attention le touchait, il ne connaissait pas le sens du mot ménagement. Finalement, Martial était toujours porté disparu, Ileana se remettait doucement de son altercation avec Marius, lequel... Était on ne sait où, probablement en train de mettre sa vie en danger pour la énième fois afin de tenter un peu plus le destin. Il avait toujours su contrôler l'angoisse et le stress, l'impitoyable chef d'entreprise. Seulement le père, lui, n'était pas en mesure de garder la tête froide quand ses trois enfants se retrouvaient en danger. Le front plissé et la mine grave, il était monté dans sa voiture sans un regard pour le chauffeur qui le conduisait partout depuis plus de dix ans. Le regard rivé sur son téléphone, il était déjà en train de planifier sa journée pour ne plus penser à ses soucis personnels. Une réunion avec de nouveaux investisseurs, un rendez-vous avec l'une des équipes de généticiens pilotant un nouveau projet de médicament, des papiers, beaucoup de papiers à remplir... Il n'allait pas s'ennuyer, comme toujours. En s'installant dans son fauteuil, face à ses collaborateurs, il avait vu cette journée comme une journée normale et ordinaire dans la vie bien remplie d'un chef d'entreprise.

À ceci près qu'un appel au beau milieu de la réunion allait mettre à mal les rouages bien huilés de cette journée. Entre deux bilans financiers et sourires de requin de collaborateurs qu'il avait, à cet instant, furieusement envie de jeter par la fenêtre, son téléphone s'était mis à sonner, affichant le nom de son épouse. Agacé, il avait refusé l'appel, pestant contre Victoire qui savait pourtant qu'il était en réunion à cette heure. Mais elle avait réitéré son appel deux fois puis, face aux refus successifs de son époux, elle lui avait envoyé un court message, le priant de décrocher. Il se souvenait s'être excusé, avoir quitté la pièce et avoir composé le numéro de Victoire dans l'idée de lui dire plus ou moins poliment d'attendre, mais il n'en avait pas eu l'occasion. Elle le connaissait... Elle ne lui avait pas laissé le temps de dire un mot, embrayant directement sur une nouvelle qu'il aurait préféré ne pas apprendre. Une nouvelle à laquelle nul n'est jamais vraiment préparé. Il était resté silencieux, de marbre, son téléphone crispé entre ses doigts tremblant. Elle lui avait demandé comment il allait, mais il avait raccroché, cherchant le mur à tâtons pour ne pas s'écrouler. Il aurait dû le savoir, pourtant, que ce jour arriverait... Qu'on l'appellerait pour lui annoncer l'irréversible, l'irréparable... Au fond de lui, il avait toujours combattu l'évidence, mais désormais, il n'était plus ni Hippolyte Caesar le cruel chef d'entreprise, pas plus qu'il n'était Hippolyte Caesar, l'époux aimant et le mauvais père.

Il n'était plus qu'Hippolyte, l'orphelin de mère.

La suite des événements apparaissait flou dans ses souvenirs. Il se souvenait vaguement avoir repoussé son assistante lorsqu'elle était sortie voir si tout allait bien, il lui semblait avoir demandé à ce que quelqu'un suspende la réunion, puis il s'était enfermé dans un bureau. Ou peut-être était-il tout de suite sorti ? Il n'était plus tout à fait sûr. Toujours est-il que désormais, il regardait la piste de décollage de l'aéroport de Louisville défiler tandis qu'il s'envolait seul pour la France. Bien que Victoire ait tenté de le dissuader d'y aller seul, le mutisme dans lequel s'était plongé son époux l'avait rapidement convaincue de ne pas insister. Personne d'autre ne devait savoir, et surtout pas Marius. Non... Il ne voulait voir personne, parler à personne... Il voulait simplement intérioriser et enterrer son chagrin, s'interdisant comme toujours de montrer une quelconque émotion un peu trop forte et humaine. Nul ne saurait, car nul ne pouvait l'accompagner dans ce deuil, nul ne pourrait trouver les mots justes pour un homme qui n'aspirait plus qu'au silence. Elle était celle qu'il avait le plus estimé, celle qu'il avait le plus chéri, celle qu'il avait eu le plus de mal à quitter, lorsqu'il était aller s'installer à Paris. Une mère qui, même si elle n'avait jamais trop compris ce qui se passait dans la tête de son fils, l'avait toujours soutenu et encouragé. Une femme formidable qu'il allait d'autant plus regretter qu'il ne l'avait pas vue depuis plus de vingt-cinq et ne lui avait pas parlé depuis une bonne décennie. À cet instant, il regrettait d'avoir été un mauvais fils, un mauvais père, un mauvais frère, un mauvais époux... Un mauvais homme. Une dizaine d'heure le séparait de la France et pourtant, il appréhendait déjà son arrivée. Y aurait-il quelqu'un pour l'accueillir ? Il se souvenait très clairement du jour où il avait fait ses valises pour gagner la capitale, brandissant fièrement sa lettre d'acceptation dans une prestigieuse université parisienne. Il n'avait alors que 16 ans... 16 années brillantes, 16 années de frustration intellectuelle et d'arrogance, mais un gosse de 16 ans qui ne demandait qu'à faire ses preuves. La seule raison pour laquelle son père ne l'avait pas attaché dans la remise de son épicerie, c'était parce que sa mère l'avait convaincu de lui laisser une chance. Il se souvenait la jalousie de ses deux frères aînés, les larmes de sa plus jeune sœur, l'incompréhension des autres... Il avait toujours été différent, Hippolyte, toujours le nez dans ses livres, à rêver de grandeur, à vouloir rendre le monde meilleur, il avait toujours été seul tout en étant entouré, toujours au centre d'une attention étrange et pourtant si seul... Le petit génie que jamais personne n'avait compris. À cet instant, il avait réalisé que celui qui comprenait le mieux cet intellect particulier, c'était Marius, et la constatation l'avait fait sourire. Incapable de fermer l'œil, il avait regardé le paysage défiler, le jour se succéder à la nuit, puis à l'aube.

Entre le décalage horaire et la durée du travail, il posa un pied à Montpellier sur les coups de 9 heures, quelques heures à peine avant la sépulture. C'était à croire que personne ne voulait de lui ici, avec un timing aussi serré. Levant un regard vers le ciel, il trouva bien ironique le radieux soleil qui l'accueillait alors qu'il remettait les pieds pour la première fois depuis une éternité dans la ville qui l'avait vu naître. C'était bien ça, le souci. Hippolyte avait toujours cru qu'il avait le temps. Le temps de faire les choses, le temps de se rattraper, le temps de faire les choses bien, mais cette fois, le temps en avait décidé autrement. Le temps l'avait rattrapé, immuable et cruel. Vêtu d'un costume noir aussi strict qu'élégant, des lunettes de soleil masquant son regard fatigué sur le nez, il état aller récupérer sa valise en vitesse. Après plus de dix années passées aux États-Unis, il avait perdu l'habitude d'entendre parler français, mais plus encore, c'était l'accent qui le fit immédiatement tiquer. Le fort accent du sud des employés de l'aéroport, si semblable à celui de ses parents, de ses frères et sœurs... Si semblable à celui qu'il s'était empressé de gommer dès son arrivée à Paris. Hippolyte se sentait comme un étranger chez lui, et se surpris à commander un taxi en anglais, par réflexe... Ce n'est qu'en voyant le visage déconfit du chauffeur qu'il s'était repris. Tout était différent, ici... Différent des États-Unis, différent de ce qu'il avait pu voir dans son enfance, différent à tel point qu'il eut du mal à reconnaître les rues, tandis que le taxi l'emmenait jusqu'à l'hôtel qu'il avait réservé en vitesse avant de partir. Quelle ironie... Il avait quitté la région sur une violente dispute avec sa famille, coupé les ponts... Et voilà qu'il revenait comme un voleur, pour enterrer sa mère. Que craignait-il le plus, finalement ? La rancœur de ses frères ? Peu lui importait, leur jalousie ne l'avait jamais vraiment touché. La peine de ses sœurs ? Elle le toucherait, c'était certain. Mais ce qu'il craignait par-dessus tout, c'était de voir la déception briller dans le regard de son père. Le fils absent, le fils insolent, le fils arrogant... Tout ce qu'il avait pu reprocher à Marius, il en était affligé.

Sa valise posée dans sa chambre d'hôtel, il remonta dans le taxi pour prendre la direction du cimetière où devait avoir lieu la sépulture. À mesure que la voiture engloutissait les kilomètres, il sentait sa gorge se nouer et les larmes lui brûler les paupières. Il aurait souhaité que le chauffeur roule moins vite, qu'il fasse des détours mais bientôt, il vit les hauts murs de pierre du cimetière se dessiner et fleurir des mausolées de pierre rongés par les mousses et lichens. Il y était... Le moment qu'il avait tant redouté était arrivé. Il régla la course au chauffeur, descendit de la voiture et pris une grande inspiration en poussant la grille métallique du cimetière. Un grincement déchira le silence et soudain, tous les regards se tournèrent vers lui. Parmi les visages d'inconnus, il reconnu ceux d'Augustin et Théophile, ses frères, et leurs six poings se contractèrent à l'unisson, reflet de leur sempiternelle mésentente. Puis ses yeux tombèrent sur ses sœurs, partagées entre la douleur et la joie de retrouver un frère. Tout était comme il l'avait prévu, et il redoutait à présent de croiser le regard de son père. Pourtant, lorsque ses yeux croisèrent les siens, il ne lu ni colère ni déception. Il y lu un soulagement qui donna la force à Hippolyte de franchir les quelques mètres le séparant encore du groupe massés autour d'un cercueil qui, il le savait, accueillait désormais le corps paisible et inerte de sa défunte mère. Restant un peu à l'écart, il sentit à nouveau sa gorge se faire douloureuse lorsqu'il pu lire les lettres dorées gravées dans le bois :

« Alice Léontine Marie Caesar - 1933-2016 »

© Grey WIND.

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Tear me to bits enjoy the scene
Of screen name verbal vanity
Churning the words imbued in filth
Your tongue oily water under my bridge

(c) crackle bones
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MessageSujet: Re: (Hipporius) | Life as short as the falling of snow, and now I'm gonna miss you, I know...   Lun 25 Sep 2017 - 23:04

Life as short as the falling of snow, and now I'm gonna miss you, I know...
Hippolyte & Marius



Mes bras l’enlacent. Enlacent son corps endormi, enlacent son corps contre le mien, enlacent le corps de ma petite-amie. Le corps de la mère de ma fille. Et plus encore : le corps de ma fiancée. Elle dort, sa nuisette et ses cheveux me chatouillent le torse, ses mains caressent mon bras coincé, son odeur m’enivre. Et je suis bien incapable de me rendormir maintenant. Mon cerveau est actif, sa respiration m’apaise et m’angoisse en même temps, j’ai un souvenir vif de la veille, un souvenir encore palpable, un souvenir qui m’angoisse et m’apaise en même temps. Un souvenir qui s’en va embrasser Astrid dans la nuque, qui s’en va libérer mon bras dans une douceur infinie, qui s’en va embrasser Astrid sur l’épaule et remonter le drap pour pallier mon absence. Je m’extirpe du lit silencieusement, passe un short par-dessus mon caleçon, envisage de me glisser dans un tee-shirt également, abandonne vite l’idée devant la température déjà élevée qui m’attend sur le balcon. L’hôtel, grand luxe, est largement climatisé mais l’extérieur, face à la mer… nous sommes en Espagne, en plein mois d’août, il ne peut que faire chaud, il ne peut que faire chaud. Mes coudes s’appuient sur la rambarde, mon dos cassé, mes yeux plissés face à l’absence de lunettes de soleil et au soleil, justement, qui se lève légèrement sur ma droite. J’inspire, lentement, me tourne pour exposer mon dos à la mer, et observer la mère qui dort encore, imperturbable. Je me mords la lèvre en cherchant, puis apercevant, sur la table de nuit la bague encore étincelante que je lui ai présentée hier. Astrid Caroline Blake, veux-tu que je devienne ton mari, veux-tu devenir ma femme ?. J’ai encore des frissons à me murmurer à nouveau cette question, j’en ai davantage encore à me remémorer sa réponse, et j’en souris encore. Le coeur serré dans ma poitrine, encore meurtri par cette conviction que je fais une erreur, tiraillé par cette certitude que, pour la première fois de ma vie, j’ai vraiment, vraiment, pris la bonne décision. Tout en craignant de me tromper. Tout en…

L’écran de mon portable s’allume, sans rompre le silence de notre chambre, un silence encore préservé des babillements de Sam et Ada, je me glisse jusqu’à la table de nuit pour le récupérer, je me glisse jusqu’au balcon pour décrocher, sans avoir reconnu le numéro, tout en ayant reconnu la provenance. Etats-Unis. « Marius Caesar ? » L’accent français est palpable, encore instinctif malgré les années, mon nom ne naît dans ma bouche que bercé par mes sonorités natales, mais ce n’est pas pour autant que je m’attendais à entendre du français en retour. Après un silence. Et une respiration. « Ton père est en France. » Je fronce les sourcils. Mon père ? Dans ma poitrine, une main se referme sur mon coeur. Et ma voix, hébétée, bégaie. « Ma… maman ? » Elle ne m’a jamais appelé. Et… Je m’appuie à la rambarde pour ne pas m’effondrer. Je m’appuie à la rambarde une seconde avant de fermer la baie vitrée et de m’isoler complètement. « Qu’est-ce que tu... » Elle ne me laisse pas le temps d’achever ma question, sa voix sèche et autoritaire résonne à nouveau dans le téléphone. « Ton père est en France, il atterrira à Montpellier vers neuf heures, sa mère est décédée, il assiste à l’enterrement. » Je cligne des yeux. « Pardon, et qu’est ce... » Elle m’interrompt encore une fois. « Il voulait être seul, mais je me suis dit que tu aimerais être au courant. » J’ai dû mal à réfléchir, bien trop perturbé par la voix de ma mère - presque davantage que par ses propos - pour réussir à articuler tout ce que j’ai en tête. « Et tu... » « Bonne journée Marius. » « Quoi ? Maman ? Maman ? Putain MAMAN ! » Elle a raccroché, me laissant dans la gorge cet arrière-goût de surréalisme, de distance et de… de je ne sais quoi. Papa est en France, bien. A quelques kilomètres de la frontière, qui plus est. Et… sa mère est décédée. Comment ma mère à moi a-t-elle pu prononcer ces mots avec une telle froideur, une telle distance, une telle indifférence ? Comment… petit à petit, les informations qu’elle m’a balancées en pleine gueule commencent à s’organiser dans ma tête. Et je me rends compte que non seulement, elle a attendu la dernière minute pour me prévenir, mais qu’il me reste aussi à peine le temps d’hésiter. Et je n’hésite pas plus d’une seconde.

J’ai réveillé Astrid. Je l’ai prévenue, je l’ai embrassée, j’ai eu son accord - à peine quêté - et j’ai appelé mon banquier, j’ai reçu quelques minutes plus tard la confirmation d’une réservation pour une voiture, pour un avion, pour un train, pour tous les moyens de transport possible afin que je choisisse mon préféré, le plus court et surtout le plus pratique. J’ai réveillé Astrid, je l’ai prévenue, je l’ai embrassée, j’ai embrassé mon fils et ma fille qui dormaient encore, et me voilà sur les routes d’Espagne, au bord des Pyrénées, à quelques kilomètres de la Méditerranée, me voilà en France, me voilà à Montpellier, me voilà à chercher sur mon téléphone une heure, une adresse, un parking. Me voilà. Incapable de réfléchir, incapable d’organiser mes pensées, incapable ne serait-ce que de savoir ce que je ressens. Cette grand-mère, je n’en ai aucun souvenir, je ne l’ai pas connue. Je ne l’ai jamais vue, ou alors j’étais trop jeune pour qu’elle marque ma mémoire. Cette famille endeuillée, je me rends compte en entrant dans le cimetière, en suivant les personnes effondrées alors que je ne ressens qu’un vide des plus angoissants.

Aucune tristesse. Juste… du vide. Je suis incapable de pleurer une inconnue, je suis juste capable de pleurer cette absence d’émotions, justement. De pleurer le vide, l’absence même d’un nom dans ma mémoire. Alice. Avant ce matin, c’est limite si je connaissais son prénom. Il n’y a aucune tristesse, il n’y a que de la colère, de la déception, de la lassitude, de la curiosité… Tout autour, des personnes sont en groupe, murmurent, avec respect, avec émotion. La cérémonie est finie, les gens s’attardent un peu, discutent davantage à présent. Des visages qui me ressemblent. Des visages qui ressemblent à Martial. Des visages qui ressemblent à mon père. Et…

Je le vois à distance, mes pas jusque-là précipités, indifférents au lieu, à la solennité, à l’importance de ces tombes, indifférents au respect que méritent ceux qui nous ont précédés, mes pas ralentissent, s’immobilisent. Et ce n’est qu’en le voyant, presque fragile, qu’un coup de poing s’abat sur ma poitrine. Ainsi, c’est à ça que je ressemblerai le jour où ce sera son tour. C’est à ça qu’il ressemblera le jour où ce sera le mien ? C’est à… « Théophile, Marguerite te cherche. » Je sursaute, peine à comprendre que oui, c’est à moi que l’on parle. « Euuuh... » Une main se pose sur mon épaule, me crispe. Je n’ai pas à lever la tête pour croiser un regard, le regard d’un homme qui me ressemble, qui ressemble à mon père, presque davantage que tous les autres. Blond comme moi, peut-être plus châtain que blond, une barbe bien fournie, et… « Alors, Faustine, tu nous confonds encore, Mathieu et moi ? » Mathieu ? Je chasse la main, fais un pas en arrière, les sourcils froncés, le visage fermé, à l’image de l’homme qui m’a mis au monde, et surtout, à l’image de celui à qui j’ai toujours voulu ressembler. Et à qui je ressemble plus que jamais. « Moi, c’est Marius... » Je ne tarde pas à assumer, à me redresser. Je suis un intrus parmi ces noms, je suis un intrus mais je refuse d’être considéré comme tel. « Je suis le fils d’Hippolyte. » Ma voix claque, même, avec cette autorité apprise, avec cette assurance apprise, avec ce dédain, appris lui aussi. « Et toi ? T’es mon oncle, j’imagine ? » Il a un pas de recul, tout comme ladite Faustine, et même Marguerite qui vient de retrouver Oncle Théophile. Ils ont tous un temps d’arrêt, un pas en arrière, un regard dirigé vers mon père qui parle avec une silhouette que je ne connais pas - ô comme c’est étonnant. Théophile finit par me tendre une main, dans un sourire somme toute relatif. « En effet, heureux de faire ta connaissance, malgré les circonstances. Visiblement, tu n’as hérité ni de la ponctualité d’Hippo, ni de son air coincé. Tu es sûr que tu n’as pas été adopté ? »

Peut-être qu’il a dit ça pour rire. Peut-être. Sûrement. Pour briser la glace, pour m’accueillir comme il se doit, pour faire une plaisanterie et pointer du doigt mon short de plage, ma chemise décontractée - peuplée de tous les animaux de la savane, peut-être. Mais s’il a voulu briser la glace, moi, mon poing, il a voulu briser son nez. Et il l’a fait, vu le sang qui éclabousse son costume, vu les cris de stupeur, vu l’attention qui se porte soudainement sur moi. Osef. « Je m’appelle Marius Alexandre Caesar, je suis le fils d’Hippolyte, et je n’ai pas été adopté, ça te pose un problème ? En revanche, vu ton QI, je me demande si c’est pas plutôt toi, l’adopté de la famille. A moins que ce soit mon père, mais quoiqu’il en soit, impossible que vous partagiez le même patrimoine génétique, tu es trop pathétique pour ça. » Oui, il paraît que je suis excessif, impulsif, sanguin et légèrement violent, mais…

Mais il l’a cherché.

© Grey WIND.

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MessageSujet: Re: (Hipporius) | Life as short as the falling of snow, and now I'm gonna miss you, I know...   Lun 25 Sep 2017 - 23:07

Life as short as the falling of snow, and now I'm gonna miss you, I know...
Hippolyte & Marius



Hippolyte n'avait jamais été à proprement parler quelqu'un de normal. Il avait été l'enfant bizarre préférant la solitude à la compagnie, celui qui n'avait eu pour ami que des pions à utiliser, qui en grandissant avait préféré les chiffres et les sciences à d'insouciantes activités d'adolescent, celui qui avait empoché à 16 ans son bac avec les félicitations, et une certaine incompréhension, du jury, puis celui qui avait rédigé à la manière d'un robot deux thèses et tout autant de mémoire comme s'il avait quelque chose à prouver au monde. La vérité, c'était que ses connaissances et sa soif insatiable de connaissances lui avaient permis de combler un vide émotionnel qui lui avait pourrit son enfance. Ce vide, Victoire était la seule à avoir su le combler. Elle l'avait compris, avait su lui parler, le comprendre, saisir que ses silences valaient tous les discours du monde, tout comme ses regards insistants avaient plus d'importance que tous les « je t'aime » qu'il aurait pu lui murmurer en boucle à l'oreille. Hippolyte brillait grâce à un QI anormalement élevé mais peinait à atteindre le quotient émotionnel d'un iguane. Ou d'un varan. Ou de n'importe quel autre reptile totalement dénué de la moindre capacité affectueuse. Planté non loin du cercueil de sa mère, il sentait une chose insidieuse enserrer sa poitrine, l'empêchant de respirer comme il l'aurait voulu. Il le sentait physiquement, le chagrin qui cherchait à se frayer un chemin jusqu'à son cerveau, mais il était incapable de laisser les larmes ou la peine prendre le dessus. Tout de retenu et de froideur qu'il était, Hippolyte avait présentement l'air d'une statue à la rigidité douloureuse et à l'absence d'expression particulièrement déroutante. Lui qui aimait sans ses costumes, il regrettait déjà le tissu noir et la cravate bien trop serrée.

Personne n'aime les enterrements. Hippolyte les exécrait d'autant plus qu'il ne savait jamais comment s'y comporter. Pourtant, la cérémonie fut elle, il devait bien l'admettre. Présidée par un prêtre à la voix tremblante d'émotions, il ne fallu pas longtemps au fils exilé pour comprendre que cet homme avait sûrement bien plus connu sa mère que lui-même. Un homme qui l'avait écoutée parler de ses tracas, joies et peines, et qui à présent semblait faire durer son discours pour ne pas avoir à prononcer les derniers mots qui enverraient cette amie reposer sous terre. Silencieux, Hippolyte ruminait ses propres échecs et sa propre bêtise. Il avait toujours remis ses visites à plus tard, même lorsqu'il était en France. Un séminaire à Paris, il pensait toujours pouvoir faire un saut à Montpellier et finissait toujours avec un agenda trop chargé. Il y avait toujours le manque de temps mais aussi la crainte de se retrouver face à Théophile ou Augustin. À vrai dire, Hippolyte ne gardait pas beaucoup de souvenirs heureux de ses frères. Il se souvenait de la jalousie, du besoin d'embarquer le petit frère dans leurs bêtises quand il aurait préféré qu'on le laisse tranquille et surtout, il y avait eu la rivière. L'eau crasseuse et empestait la vase, vase dont il sentait encore l'âcre parfum sur sa langue dès que son esprit un peu trop fertile décidait de faire resurgir ce souvenir. Il avait gardé deux choses : une peur panique de l'eau et l'impuissance.

Lorsque les derniers mots de l'éloge furent prononcés, un silence s'installa, ponctué seulement par les sanglots de Garance, la plus jeune sœur d'Hippolyte. Tandis qu'il tournait les yeux vers elle, il remarqua qu'un homme inconnu l'enlaçait. Probablement son compagnon. Elle tenait par la main une jeune adolescente qui ne devait pas avoir plus de treize ans et qui pleurait en silence. À bien y regarder, Hippolyte se rendit compte qu'au milieu de ce groupe inconsciemment soudé et solidaire qu'était sa famille, il y avait plus d'inconnus que de visages familiers. De ses neveux et nièces, il ne reconnaissait que Marie et Alexandre, les enfants de sa sœur aînée. Tous les autres, beaux frères, belles sœurs, neveux et nièces lui étaient totalement inconnus. Quant aux amis de ses parents, il lui sembla bien reconnaître une voisine mais ce fut tout. Fort bien. Les salutations n'en seraient que plus brèves et il pourrait ainsi rapidement rejoindre sa chambre d'hôtel avant de reprendre l'avion.

Les employés des pompes funèbres prirent le relais tandis que chacun s'en retournait par petits groupes silencieux jusqu'à la grille du cimetière. Hippolyte hésita puis s'approcha finalement de la pierre de marbre gravée qui allait bientôt sceller le caveau. Dans la précipitation, il se rendit compte qu'il n'avait même pas apporté de fleurs et se jura d'en faire porter le plus rapidement possible.

« Ta mère ronchonnait à chaque fois qu'elle voyait des fleurs coupées sur les tombes... Elle disait qu'il y avait assez de morts là-dessous pour ne pas en plus tuer d'aussi belles roses et œillets. Tu es bien le seul à t'en être souvenu. »

Hippolyte sursauta légèrement et se tourna pour voir son père s'approcher de lui. Ce qui le frappa de prime abord, ce fut de voir à quel point il avait pu vieillir. Les rides creusaient son visage, son regard se faisait de plus en plus effacé à mesure que sa vue diminuait, et il se déplaçait avec une canne. Pourtant, il avait toujours le port de tête aussi droit et une voix grave et profonde plus assurée qu'Hippolyte ne le serait jamais lui-même. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres tandis qu'il réalisait que tout comme Marius, il avait toujours souhaité ressembler à son père. Être un homme d'honneur, se démener pour faire vivre sa famille, ne jamais baisser les bras... Il se sentait si loin de cet homme qu'il en eut soudainement honte. Tournant à nouveau la tête vers la pierre tombale, il murmura quelques mots.

« En réalité... j'ai oublié d'acheter des fleurs en venant. »

Ils se tournèrent l'un vers l'autre, un sourire complice aux lèvres. Elles semblaient loin, leurs disputes d'antan et pourtant, il y avait un regret chez l'un comme chez l'autre : celui de ne pas avoir tenté plus tôt de renouer contact.

« Les médecins disent qu'elle est partie dans son sommeil. La veille elle allait bien, nous avions même été marcher au bord de la rivière. Elle s'est simplement endormie. »

Un silence suivi cette déclaration. En homme de science avisé et pointilleux, Hippolyte aurait été tenté de répliquer qu'elle ne s'était pas simplement endormie, qu'il y avait d'autres facteurs à prendre en compte, mais il senti qu'il valait mieux qu'il laisse à son père cette image de Belle au bois dormant pour lui épargner davantage de chagrin. C'était la première fois depuis vingt-cinq ans qu'ils avaient une conversation pacifique, et pour rien au monde le fils n'aurait voulu briser cet instant. Seulement, il aurait dû se douter qu'un trouble fête viendrait saccager ce moment sans le moindre état d'âme. En entendant les premiers éclats de voix, Hippolyte resta résolument le visage tourné vers la pierre, comme s'il espérait que cela ferait fuir ceux qui se disputaient. Lorsque des cris se firent entendre, il consenti finalement à se tourner vers le bruyant attroupement, et ce qu'il vit le figea de stupeur et de colère.

« Qu'est-ce que c'est que ce cinéma ? Tu connais ce jeune homme en short ? »

« Malheureusement oui... »

Les dents serrées, Hippolyte venait de voir l’intarissable, l'impertinent, l'insupportable Marius Caesar assener une droite magistrale à son oncle Théophile. Au fond de lui, Hippolyte était partagé entre deux sentiments : la colère de voir son idiot de fils débarquer au milieu d'un cimetière pour se faire remarquer, et la satisfaction de voir son frère s'écrouler au sol dans un grognement de douleur. Soupirant, Hippolyte s'approcha tranquillement des deux belligérants, à l'instant même où Théophile se redressait, visiblement prêt à répliquer.

« De tous les idiots que la Terre a porté, il a fallu que les deux pires se rencontrent... »

La froideur et l'indifférence à l'état pur. Arrivé à leur hauteur, Hippolyte toisa son frère avec un mépris évident.

« Navré de te décevoir, Théo, mais Marius est bel et bien mon fils. Vous partagez tous deux le même instinct de survie déplorable et une incapacité presque pathologique à obéir au bon sens. La science soit louée, lui sait faire ses lacets, contrairement à toi... »

Le coup allait venir, il en était certain... Mais de qui ? Marius ou Théophile ? Dédaignant volontairement Marius, Hippolyte faisait face à son frère avec le sentiment de mériter sa vengeance. Finalement, ce fut Théophile le premier à réagir lorsqu'il empoigna son cadet par le col. Impassible, Hippolyte soutint son regard.

« Tu te crois malin, Hippolyte ? Tu débarques ici comme si tu étais chez toi, comme si tu te souciais de nous... Apprend d'abord la politesse à ton rejeton... »

Les yeux plissés, Hippolyte murmura d'un ton menaçant.

« Continue à me menacer, et ce nez cassé sera le cadet de tes soucis, frangin... »

Après un instant de tension, Théophile lâcha son frère et attrapa le mouchoir que lui tendait sa sœur pour éponger le sang coulant de son nez.

« T'étais où, pendant trente ans ? T'as jamais été là pour maman ni qui que ce soit d'autre, y en avait que pour toi et ta connasse de bourgeoise ! Tout ça pour quoi ? Pour l'engrosser et hériter d'un petit con qui n'est même pas capable de s'habiller convenablement pour un enterrement ? La vie de milliardaire t'a rendu encore plus méprisable... »

Piqué au vif, Hippolyte ne su pourtant pas quoi répondre. Quelque part, son frère avait raison. Il avait été absent, volontairement absent, refusant les appels, s'éloignant jusqu'à mettre un océan entre lui et sa famille. Tout ça pour quoi ? Le savait-il vraiment... ? Il s'apprêtait à répliquer quelque chose pour défendre l'honneur de Victoire à défaut de pouvoir défendre le sien, mais c'est l'instant qu'Augustin choisi pour se joindre à la joute.

« Qu'est-ce qui se passe, ici ? Théo ? Tu saignes ! »

« Finement observé, Augustin... Au moins, avec un nez cassé, on arrivera peut-être enfin à vous distinguer. »

Consentant enfin à tourner un regard où dansait la colère et la déception vers Marius, Hippolyte lui désigna ses frères.

« Toi qui voulais tant connaître ta famille, Marius, voici Théophile et Augustin. Tu comprends certainement mieux pourquoi je rechignais tant à venir les voir. »

Acide, blessé et incapable de gérer son chagrin, Hippolyte ne voyait pas qu'il était en train de se venger sur son fils et ses frères. Si les deux derniers étaient habitués à la froideur de leur frère, le premier avait dû commencer à se faire à un père plus compréhensif et patient, ces derniers temps. Seulement, les circonstances et la tristesse avaient fait ressurgir le monstre de méchanceté qu'il avait été pendant tant d'années.

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MessageSujet: Re: (Hipporius) | Life as short as the falling of snow, and now I'm gonna miss you, I know...   Lun 23 Avr 2018 - 22:35

Life as short as the falling of snow, and now I'm gonna miss you, I know...
Hippolyte & Marius



J’avoue, j’ai peut-être - sûrement hein, on va pas se le cacher - roulé comme un taré sur la route. J’ai toujours aimé la vitesse, les belles bagnoles, le bruit du moteur ronflant sous la pédale, les grandes lignes droites et plus encore celles, davantage sinueuses, de montagne. Accélération, je rétrograde, et hop, je repasse une vitesse et j’accélère. Et même si les courbes des Pyrénées, j’aurai préféré les caresser avec une moto, faut bien admettre que j’ai apprécié le trajet. Que j’ai failli apprécier le trajet. Sauf que je ne suis pas allé vite juste pour le plaisir d’aller vite, j’ai aussi accéléré pour me détendre. Pour cesser de réfléchir, devoir ne me concentrer que sur un et un seul objectif : arriver à Montpellier en un seul morceau. C’est con, ouais, je suis au courant, mais au moins, quand je me gare, quand je zone rapidement dans les rues d’une ville trop grande à la recherche d’une rue, d’une adresse, d’un parking, j’ai les idées presque claires. Sans savoir davantage ce que je vais faire, hein, une fois le cimetière trouvé, une fois mon père retrouvé. Mais j’ai jamais brillé par mon intelligence, et franchement, franchement, réfléchir avant d’agir, ça n’a jamais été mon style, et aujourd’hui, ça n’y fait pas exception.

Je le trouve presque immédiatement. Son costume ne change en rien de ses tenues habituelles, se fond dans le décor des autres costumes noirs, des robes noirs, d’une famille à laquelle j’appartiens, il paraît, mais que je ne connais pas, il ne détonne en rien au milieu de cette quinzaine de personnes qui vont et viennent et qui parlent dans un enthousiasme étrange, une solennité évidente, une émotion poisseuse et lourde. Il se fond dans la masse, mais je le trouve presque immédiatement. Parce que c’est mon père, j’imagine, et qu’un fils trouve son père sans souci ? Peut-être. Quoiqu’il en soit, je le trouve, et je m’immobilise. Surpris. En même temps, à quoi je m’attendais ? J’en sais trop rien. Mais pas à son visage marqué par l’âge, par à son visage brutalement vieilli, fatigué, défait. Est-ce qu’il ressemblera à ça, le jour où je… je n’ai pas le temps de finir ma pensée qu’on m’interpelle. Et sans attendre, je me retrouve pris dans un tourbillon de prénom, sans comprendre ce qu’il m’arrive. Mathieu, Faustine, Marguerite, Théophile, autant de prénoms d’oncles, cousines, cousins, tantes que je ne connais pas, qui ne m’évoquent rien. Pendant un instant, je me demande même si je ne vais pas finir par perdre pied mais non, je retrouve mon équilibre en un rien de temps, par ce dont je suis capable en toutes circonstances : la connerie. Et l’agressivité. Je suis pas Pierre, Paul ou Jacques, hein, aux dernières nouvelles, alors le Théo, il enlève vite sa main de mon épaule et il me regarde dans les yeux, parce que je suis Marius. et c’est marrant, tiens, de voir que j’assume pleinement qui je suis. Comme une fierté, ouais, prends toi ça dans la gueule, je suis le môme, l’un des mômes d’Hippolyte, ça t’en bouche un coin, hein ? Le ton monte, les éclats de voix attirent vers nous les regards mais tu sais quoi, Tonton Théo ? Et bien ça ne me dérange pas, ça m’a jamais dérangé, bien au contraire. Et même s’il a peut-être voulu faire une blague en parlant d’adoption, le sang qui s’écoule de son nez, bah tiens, c’est pas une blague lui. Qu’il aille se faire foutre, je ne suis pas venu pour apprendre à connaître des abrutis finis, je ne sais même pas pourquoi je suis venu, je suis venu parce que… « De tous les idiots que la Terre a porté, il a fallu que les deux pires se rencontrent... » Ah. Froideur, colère, indifférence, j’ai peut-être merdé quelque part. Au moins, maintenant, y’a un grand silence autour de nous. Un silence que je brise sans scrupule, d’une voix aussi tremblante que provocante, parce que la provocation, c’est tout ce que je connais, hein. « Ah, Papa, je te cherchais. » Peut-être pas l’attitude qu’il attend de moi, mais il sait quoi ? Rien à foutre. Tout ce que je veux, c’est savoir comment il va. Et qu’il me parle de ma grand-mère. Et… Théophile se relève, je lui lance un regard méprisant, légèrement navré par son nez en sang. Je fouille dans mes poches pour trouver un mouchoir, une de mes cousines (??) m’a pris de vitesse. Et quand je vais pour dire un truc, c’est Papa qui me prend de vitesse. Youhou. « Navré de te décevoir, Théo, mais Marius est bel et bien mon fils. Vous partagez tous deux le même instinct de survie déplorable et une incapacité presque pathologique à obéir au bon sens. La science soit louée, lui sait faire ses lacets, contrairement à toi... » Je lève les yeux au ciel. Instinct de survie déplorable, incapacité à obéir au bon sens, vraiment ? Je ne peux même pas nier, tiens, et s’il tente de m’afficher, je crois que la baffe - le crochet ? - que j’ai foutu à Théo avant avait suffit pour ça. Alors ouais, franchement, s’il croit que je vais réagir à ça, il me sous-esti… « Oh du con, lâche mon père ! » Je fais un pas en avant pour m’interposer, j’ai même les doigts sur mon bracelet, celui qui me tient en laisse, mais quelqu’un me retient. Un homme qui ressemble à mon père. Mon grand-père ? Vu l’âge, vu le regard, vu cette impression dans mes tripes, j’en suis plus que convaincu, j’en suis absolument certain. Il me retient, je me contente d’assister à l’altercation entre deux frères. Et j’ai un nouveau mouvement vif quand l’autre me critique, un nouveau mouvement interrompu par mon grand-père. Laisse-les, qu’il me murmure. Laisse-les se parler qu’il rajoute, le regard sévère. Suffisamment sévère pour que j’aie honte, d’un coup, de mon short, de ma chemise colorée, de mes lunettes de soleil, de mon teint bronzé, de mon attitude, qui ne colle en rien avec l’ambiance. Et la gravité de la cérémonie. J’ai honte, comme jamais, et c’est ça qui me retient de bondir quand il lâche mon père, et quand il attaque d’une autre manière. « T'étais où, pendant trente ans ? T'as jamais été là pour maman ni qui que ce soit d'autre, y en avait que pour toi et ta connasse de bourgeoise ! Tout ça pour quoi ? Pour l'engrosser et hériter d'un petit con qui n'est même pas capable de s'habiller convenablement pour un enterrement ? La vie de milliardaire t'a rendu encore plus méprisable... » Je serre les poings. Murmure entre mes dents un Je peux intervenir, là ? qui reste sans réponse. Juste la poigne qui serre mon bras davantage. Et un troisième couillon qui intervient, et allez, amusez-vous sans moi… « Qu'est-ce qui se passe, ici ? Théo ? Tu saignes ! » « Finement observé, Augustin... Au moins, avec un nez cassé, on arrivera peut-être enfin à vous distinguer. » Et moi, je ne suis que le spectateur de cette connerie, de mon père face à ses frangins, c’est… évident. Ils se ressemblent, ils me ressemblent. D’un mouvement de main, je me dégage enfin pour faire un pas en avant, malgré la protestation de mon grand-père. Désolé, ton petit-fils est un con, et ton petit-fils n’obéit jamais vraiment comme on l’attend. « Papa, c’est qui ces bouffons ? » Je ne vais pas me faire que des amis, ça non. Mais j’en ai rien à foutre. Ils sont supposés être ma famille, quand je vois à quel point Astrid est proche de ses frères et soeurs et de ses oncles et tantes, je me rends compte du gouffre qui nous sépare. Astrid. Et dire qu’hier j’étais plus heureux que jamais, là, je me retrouve pris dans une tempête sans pouvoir maîtriser mon cap, sans même avoir pied. J’ai l’impression de me noyer. Intrus.

« Toi qui voulais tant connaître ta famille, Marius, voici Théophile et Augustin. Tu comprends certainement mieux pourquoi je rechignais tant à venir les voir. » Je le fixe. Et j’hausse les épaules. « Et alors ? C’est pas une raison. » Et est-ce qu’il y a une raison valable, aussi, au fait que je sois si agressif, si… « C’était pas une raison non plus de me cacher ça, bordel. » Ca va tourner en règlement de compte, je le sens bien, et même si j’adore être au centre de l’attention, j’ai vaguement la sensation que mon père ne va pas trop kiffer, aujourd’hui tout spécialement, que je me mette en scène, comme ça. Je le sens bien. Il a changé, ces derniers mois, et moi aussi. Moins indifférent, moins glacial, et moi moins insupportable, moins immature. Je crois. Et le fait qu’il me fasse une rechute de connard, faut pas que ça me pousse à moi-même faire une rechute de… de quoi au juste ? J’en sais rien, et je n’ai pas le temps de savoir : « Assez. Hippolyte, va présenter ton fils à Alice,Théophile, va soigner ce nez, Augustin, ramène moi à la maison. Allez, mauvaise troupe... » Il n’a pas levé la voix un seul instant, une voix douce, autoritaire et sèche, mais douce. Si semblable à celle de mon père, et pourtant si différente. Il n’a pas besoin d’être craint pour être obéi : tous rappliquent vers les voitures garées un peu plus loin. Il se tourne juste vers mon père et moi pour rajouter, toujours de sa voix aussi douce qu’autoritaire : « On en discutera à la maison. Et Marius… même si ta grand-mère n’était pas trop portée sur les codes et les règles, essaye de mettre au moins un pantalon ». Et moi, je reste con quelques secondes.

Et quand il est suffisamment éloigné, je considère mon père. Je ne sais pas par où commencer. « Alors c’est ça, ma famille ? Je ressemble à tes frères. » Ouais, c’est la première chose qui me vient à l’esprit, la plus évidente. « Maman m’a appelé. Elle savait que j’étais à Barcelone. Tu lui as dit ? » Deuxième chose. Maman m’a appelé. J’enfonce mes mains au fond de mes poches. « Tu… tu me montres où elle est... » Mais qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Je ne la connaissais même pas. Et je suis partagé entre lui en vouloir pour ça, et hésiter à lui demander comment lui, il va. Question con.

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(Hipporius) | Life as short as the falling of snow, and now I'm gonna miss you, I know...

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